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Full text of "Revue de Bretagne de Vendée & d'Anjou"

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5lîarl)arl)  CoUrgr  ILibrar? 


rUAH    THE  FTfNLI  *iW 


CHAHLKS    MINOT 

ClKBs  <il  1828 


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REVUE 

de    Bretagne 


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^^r^W^^P^^I  '        III; 


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4*  Série*  ^7*  Année 
JANVIER   ^908.   Tome  XXXIX 


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REVUE 


de  Bretagne 

Tt£VUE  ^  REVUE 

àt  Bretagne  et  de  Vendée   *       Historique  de  tOuesi 

RÉUNIES 


J(BTUE  MET^SiœUZ 


M''  de  l'ESTOURBEILLON,   Directeur 

C  René  t>t  LAI  GUE,   J{edachur  tm  chef 

mm.  L«  C*  H  PALYS,  SccTftiirc  T^gioniJ  pour  nik-ct-VJldiic.  _  IUh>  BLANCHARD 
pour  U  LoiTt-InItrieuTt.— >  U  ChinoJn»  PEYKON,  pour  le  Finiitèr*.  —  AVGNEAU 
m  M  GRANCIÊRE.  p«ur  It  Morbihu.  —  AiAm  RAISON  Dit  CLEUZIOU,  pmm 
Ih  CMct-du-Nnd.  —  Ou^uu  di  GOURCUPP.  {kmt  Piri*, 


^ 


VANNts  jt  Paris 

.H   Oh40RE  CHAMPION 
LAFOLYE     FRERES  librairh-moitkur 

i.  Quai  MdU^uaii 

ÉojTEURa  i  NANTERRE 

M.    LE  DAULT 

a.     Plic<    do    Lier,  »^  UHBMt.i:    h^etoi,..* 

T  7*''   *^«t  J>»înl-Gtfmiiiî 

MDCCCViJî 


Sadrcs^ïtr  pour  f^  RiuAt  imn  et  V^nvai  Jci  niuuu^ii:^  j  M.k  M*'  Hi ai  ni  J.AiraMt- 

pÏKTtï  des  Lkci,  \  aunes  /  /^^  ^  ^  r^T  ^ 

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WUND.  iUL    2i    1910 


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3*  Série.  —  6*  Année 

JANVIER  1908.   Tome  XXXIX 


***  Arfrc***' 


REVUE 


de  Bretagne 


REVUE 
et  Bretagne  et  de  Vendée 


^ 


RtUNIES 
KJBTVt  MEJiSUbUM 


REVUE 

Historique  de  F  Ouest 


W  de  l'ESTOURBEILLON,  Diricteur 

C*  RBNi  Di  LAÏQUE,  J(idaet$iir  m  chef 

MM.  U  C*  w  PALYS.  Secrétaire  r^floAflf  pMr  rVU-^t'^^V^nt.  —  R*ms  BLANCHARD 
poiv  to  Loir«-lfif(dc«rc.  —  U  Chtnoinc  PEYRON,  goiir  le  Finistère.  ^  AVtfNEAU 
■i  LA  QRANCiftilB,  fwt  U  M«rbllitA^  —  Auun  RAISON  mi  CLEVZtOtt*  pm 
IH  G^tCf-dn-Hovd.  —  Ouviir  m  QOURCUf  F.  povr  PMte. 


^ 


VANNES 


LAFOLYE    FRERES 


éoiTetiRs 


Flvcc  4s  i^iCK 


MDCCCVIII 


PARIS 

HONORE  CHAMPION 

LlBRAlRË-éDITlUH 
5,  Quai  MahquaM 

NANTERRE 
M.   LE  DAULT 

LIBRAIRIE     BRBTONNE 

76.  Rue  Saint-Cerimifn 


-b 


S'juirtsscr  pour  U  Kéûxciios  et  l'envoi  des  miiuiscrits  x  M.  le  O"  RknT  ui.  LAKiUE, 
aucbâlcau  4e  I^irtiurcl,  par  Kctlim  ;  pour  rAuMJNisTKArioN,  MM.  LAFOLYR,  frcres, 
places  de$  lÀdJ,  Vanne» 


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SOMMAIRE 


L  —  A/""'  Céleste  Buition  ée  la  Vigne  \Son  mariage  avec  Château- 

bnartà].  —  E.  ilanPiN 5 

II    —  Qaetli^ins  Héraltliqms  Bretonnes,  A  propos  du  Nobiliaire  de 

Pol  de  Coirrcy*  -  C**  R.  de  Laigue lo 

IH.  —  Le*  Bretons  de   Bretagne  jugés  par  un  Breton   de  Paris 

(EcpoDse).  —  Cn  Breton  émigré i4 

IV,  —  La  Déportation  des  Religieuses  Angevines,  Leur  séjour  à 

Lorient  (i79ù  9:>),  -  K.  Uzureau ai 

V,  —  Le  Poète  Leconte  de  Liste ^  étudiant  en  Droit  à  Rennes.   — 

Al>OLFIIE  0R.i1?( 35 

Vh  —  Devant  Vépavedu  Primauguet,  —  E.  Kbenéis      ....       4i 
VU.  —  Glahac  er  Bark,  pi  Maru  Breih-Izet  {Chagrin  du  Barde  ou 

Mort  de  la  Bretagne),  —  Ekflam  Koei>-Si.au    ....       U2 
VlU.  —  Bissai  sur  t' Administration  générale  dun  District  pendant 
la  Révùtulion,  Le  District  de  Roche  fort  (Morbihan),  i^^^juit- 
tel  iim-W  mai  4795  (suite).  —  P.  Merlbt 4? 


CONDITIONS    D^ABONNEMENT 

France,    un  an 12  fr. 

Etranger,    — 15  — 

On  s'a  bonne  soit  ches  M.  le  comte  de  Laigue,  château  de 
Bahurel,  par  Bedon,  soit  chez  M.  Lafolye,  imprimeur  à  Vannes. 

Les  abonnements  partent  du  l**"  janvier  ou  du  l«r  juillet  de 
l'année  en  cours.  <—  Il  n'est  pas  vendu  de  fascicules  isolés,  sauf 
pour  les  abonnés. 

Les  travaux  comprenant  au  moins  16  pages  de  texte  sont  seuls 
tirés  à  part.  50  exemplaires  sont  offerts  aux  auteurs. 


Nota.  —  H  ter^i  rendu  compte  de  tout  ouvrage  hauteur  biiton  ou  m- 
tértâsant  U  BreiAgne^  dont  un  .exemplaire  aura  été  adressé  au  Rédacteur 
en  chef  de  la  Revue. 


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O^Ld^M  ^/'y-t^v  ir-^ 


M^^^  CÉLESTE  BUISSON  DE  LA  VIGNE 

(SOR  lARIAGE  AVEC  CHATEAOBRIAIID) 


Avant  la  Révolution,  vivait  à  Saint-Malo  un  vieux  chevalier 
de  Saint-Louis,  qui,  après  avoir  été  commandant  de  Lorieot,  était 
venu  finir  ses  jours  dans  son  pays  natal. 

Il  9'appeiail  Jacques  Buisson,  sieur  de  la  Vigne  (1;.  En  mou- 
rant, il  avait  laissé  deux  filles  :  Anne,  née  h  Lorient,  et  mariée 
le  15  mai  1789  à  son  parent  messire  Hervé  de  Parseau  (2),  et 
C<^leste,  la  cadette,  également  née  à  Lorient  en  1774. 

Céleste  était  Tamte  de  Lucile  de  Chateaubriand,  la  sœur  pré- 
férée de  René. 

Lucile.  en  termes  enthousiastes,  parlait  de  sa  gentille  amie,  à 
son  frère,  récemment  revenu  d'Amérique,  et  celui-ci  raconte, 
dans  ses  Mémoires  d* Outre-tombe  (3)  «  qu'il  la  reconnaissait  de 
loin,  sur  le  Sillon,  A  si  pelisse  rose,  sa  robe  blanche,  et  ses  che- 
veux blonds  enflés  au  vent  ». 

a  Klle  était  »,  dit-il  (4),  encore  dans  ses  Mémoires  «^  blanche, 
délicate,  fort  jolie^  et  laissait  pendre  naturellementcomme  un 
enfant,  de  beaux  cheveux  blonds  bouclés  naturellement.  » 

Je  ne  viens  pas  faire  ici  la  biographie  de  celle  qui  fut  la  com- 
pagne trop  effacée  de  René»  mais  mettre  seulement  au  point  les 
romanesques  circonstances  de  son  mariage  qui  jamais  n'ont 
encore  été  relatées,  sous  leur  jour  véritable. 

Chateaubriand  raconte  que  son  mariage  fut  célébré  par  un 
prêtr»>  non  assermenté,  au  commencement  du  mois  de  mars 
1792,  et  qu'avant  qu'il  eût  eu  la  moindre  communication  avec  sa 

(1)  Il  avait  épousé  Céleste  Rapion  de  la  Placelière  {Anciens  Registres  parois- 
siauûs  de  Bretagne  SainUMalo,  par  Tabbé  Paris-JaUobept,2»'  fascicule,  page  177 

(2)  Registres  paroissiaut  précités. 

(3)  Mémoires  d'Outre  tomber  tome  2,  page  5  et  suivantes. 

(4)  Mémoires  d* Outre-tombe,  tome  2,  page  5  «t  suivantes. 


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TT 


M  REVUK  DE  BRETAGNE 

femme,  c^ile-ci  lui  fut  enlevée,  pour  être  incarcérée  aa  couvent 
de  la  Victoire,  où  Lucîle,  son  amie,  obtint  ^autorisation  d'aller 
la  rejoLQdre. 

C'est  qu'un  oncle  de  M^'°  de  la  VignB,  M.  Vauvert,  grand  démo- 
crate, ne  voulait  pas  qu'elle  épousât  un  aristocrate  comme  Cha- 
teaubriand. 

Arguant  que  Taïeul  de  M'^"  de  la  Vigne  était  en  enfance,  il 
avait  mdme  déposé,  contre  le  futur  auteur  du  Génie  du  Christia- 
nisme, une  plainte  en  règle  pour  rapt.  Finalement,  tout  s'arran- 
gea. Après  plaidoiries,  raconte»  Chateaubriand,  M*  de  Vau- 
vert (i)  se  désista,  et  le  cure  constitutionnel  largement  payé 
cessa,  lui-même,  toute  réclamation. 

Or  Sainte-Beuve,  dans  la  5*  leçon  du  cours  professé  par  lui 
&  Liège»  en  1848-1849,  sur  Chateaubriand  et  son  groupe  littéraire 
sous  lEmpire,  s'exprime  ainsi  ;  «  Sur  ce  mariage,  il  m'a  été  ra- 
conté d'étranges  choses.  Je  dirai  peut-être  ce  que  j'ai  su,  à  la 
fin  de  ce  volume  »- 

En  effett  dans  ses  notes  il  raconte,  ensuite,  contredisant  le 
récit  de  Chateaubriand  u  que  celui-ci  aurait  imaginé  d'épouser 
«  M"'  de  Lavigne,  comme  dans  les  comédies,  d'une  façon  pos- 
«  tichei  en  se  servant  d'un  de  ses  gens  comme  prêtre,  et  d'un 
w  autre  comme  témoin.  Ce  qu'ayant  appris,  Toncle  Buisson  (2) 
<t  serait  parti,  armé  d'une  paire  de  pistolets,  et  accompagné  d'un 
«  vrai  prêtre.  Et  surprenant  les  époux  de  grand  matin,  il  aurait 
«  dît  à  son  beau-neveu  :  Vous  allez  maintenant  épouser  tout 
«  de  bon  ma  nièce,  et  sur  Thiiure  ;  ce  qui  fut  fait. 

ti  M>  de  Pougerville,  étant  à  Saint-Malo,  en  1851,  y  connut  un 
4*  vieil  avocat  de  recommandation  qui  lui  conta  le  môme  fait, 
w  et  exactement  avec  les  mômes  circonstances. 

«  Naturellement,  dans  ses  Mémoires,  M.  de  Chateaubriand 
«  n*a  touché  mot  de  cela,  11  n'a  parlé  que  du  procès  fait  à  Tins- 
«  tigation  de  l'autre  oncle.  Faut-il  croire  que,  selon  le  désir  de 
u  sa  mère,  ayant  à  se  marier  devant  un  prêtre  non  assermenté, 
«  et  a'étaat  <mgagé  à  en  trouver  un,  il  ait  imaginé,  dans  son  in- 
«  différence  ef  son  irrévérence  d'alors,  de  s'en  dispenser,  en 

(1)  Oncle  de  M^-  de  ta  Vï^ne. 

[H]  11  râ«uLt£  d«  témoin  naît,' es  que  ooii«  bvdas  recaeillis  à  Saint-Malo  que  telle 
était  b]«ii  la  façoa  dant  on  parlait  quelquefois  du  mariage  de  Château brland  ; 
quelques-uns,  avec  de  malins  iourirei,  pri^ciiaient  même  en  prétendant  qu'il 
av'&it  enl«vé  sti  iVmme, 


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n 


Mademoiselle  cëlsste  buissoi^  de:  la  vic^e 


H  tmprovisaut  l'étrangecomôdiej  à  laquelle  Toncle  Me  safemme 
fl  serait  venu  mettre  bon  ordre  (l).  n 

Pour  réïii'er  celle  version,  Edmond  Biré  invoqu^f,  en  note, 
dansk  nouvelle  édition  des  Mémoires  d^Ouire-tombe^  éditée  chez 
Garnier  frères  {2),  sous  la  nibriqae  le  Mfiriage  de  Chateau- 
briand, le  témoipn.Tge  d'un  historien  matouin,  Charles  Gunat, 
qui  drioa  iïH  Biographie  des  Matouins  cél fibres ^  donn^  in  ex- 
tenso, ïa  publicHtion  df  l'acte  de  mariage  de  Ghâteaubriand. 

Elle  irst  aiE]si  conçue  : 

Du  dimanche   18  mars  1793. 

Il  y  a  eu  promesse  de  manaf^e  entre  François- Auguste-René 
de  Ch4teaubriand,  fils  mineur  de  feu  René-Auguste,  et  de 
dame  Apolline  Jeanne-SuzBnne  de  Bédée.at  demoiselle  Céleste 
Buisson,  fille  mineure  do  feu  Alexis  Jacquos  et  de  feue  dame  Cé- 
leste Kapion,  tous  deux  originaires  et  domiciliés  (Je  celte  viîle  ; 
l*'et3'bao?. 

Voici  maint  jnaat  Tacle  du  mariage  qui  fut  célébréf  le  lende- 
main même,  à  la  cathédrale  de  Saint^Malo. 

î.undf,  lOmtfsnOE- 

FraDÇQis-Rpné  Je  Gh&uaubriind,.  111  s  second  et  mineur  da  Teu  René- 
Auguste  de  Chàteaubriatid«tdd  dume  Apolline- Jeanne- SuzannG  de  BMée, 
et  démolie Uê Céleste  Buisson,  fille  nain^m'^o  d6  Teu  si^ur  Aleiia-Tiicques 
Buisson  et  dame  Céieat»  Rapion  de  la  PLacelière,  tous  dem  originaires 
et  domiciliés  de  cette  ville, ont  reçu  de  moi,  BOUSHigné,  curé,  la  bénédic- 
tion ïi  ptiale  dans  l'étfiise  paroiasiiate.  cBJour,  19  mars  1792,  en  oonaé- 
queijce  d'une  bannie  faite  du  pEône  de  iiuUe  messe  paroissiale,  sans  ap- 
position, et  de  dispense  du  temps  prohibé  et  des  2  bancs.  La  présente 
cérémoniô  fd^M%  en  vertu  dp  2  décrets  émanés  de  la  juatiee  de  celte  ville, 
attendu  la  minorité  des  parties  contractante?»  en  présence  de  FrangoU- 
André  Buisson,  Jean-FranQois  Lôcoq,  Mif*hel  Tbomas^Bassinnt.  et  Chartes 
Mftlapect,  qui  ont  attesté  le  domicile  et  la  liberté  des  parues  et  oni  si°:flé 
av€c  les  époux. 

Ui^iesle  Bui sson *  Fra nçoia  de  Ctàteau brtand , Kran go i s- Aug asie  B a lason . 
Micliei  Bassinet,  Malapert  flle,  Lecoq* 

DUHAMKL, 

Curé, 
(I)  Chdtisaubriand  el  smi  yroupS  Htiérttire^  lounî  2,  p4g«  4uj* 


{t)  Tomo  %t  F^«  ^^^ 


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■ê  REVUE  DE  BRETAGNE 

Le  récit  des  Mémoires  d'Outre  tombe,  conclue  Edmond  Biré, 
*i  a  donc  pour  lui  toutes  les  vraisemblances,  tandis  que  la  ver- 
w  sion  011  s'e^t  complu  Sdiote-Beuve  sonne  le  faux  à  chaque 
a  ligrne  Elle  a  d'ailleurs  contre  elle  des  documents  authentiques, 
fl  des  pièces  irréfragables  ». 

«  Trtîs  pileuses  »,  dit  aussi  le  savant  critique  «  ayant  en.hor- 
ff  reur  les  prâtres  intrus,  la  mère  et  les  sœurs  de  Chateaubriand 
«  étaient  ëan^  nul  doute  restées  en  rapports  avec  des  prôtres 
4  non  assermentés,  lesquels,  d'ailleurs,  au  commencement  de 
«  1791, étaient  encore  nombreux  en  Bretagne.  Elles  ne  pouvaient 
■  donc  avoir  aucune  peine  à  en  trouver  un  pour  faire  le  mariage 
«  de  Itiur  fjJs  et  do  leur  frère,  et  ce  sont  elles  bien  évidemment 
4!  qui  se  sont  chargées  de  le  procurer.  Elles  n'auront  pns  laissé 
a  cb  soirj  à  Chateaubriand  qui  débarquait  a*Amérique,  ^t  ne  con- 
«  na'fssut  plus  guère  personne  à  Saint-Malo  »  (1). 

Tel'es  *ont  les  deux  versions,  éminemment  contradictoires, 
données  sur  les  romanesques  circonstances  qui  entourèrent  le 
mariage  de  Ch&teaubriand. 

En  réalité,  où  est  la  vérité  ? 

Ce  Duhamel  qui,  le  dimanche  18  mars  1792,  bannit,  au  prône 
de  la  messe  paroissiale,  la  promesse  de  mariage  entre  François 
de  Ch&teaubriand  et  M"*'  de  Lavigne  était  tout  simplement  le  curé 
constitutionnel  de  Saint-Malo  ;  et  c'est  lui,  dès  le  lendemain,  qui 
célébrait  hï  mfiriage  auquel  assistait  comme  témoin,  l'oncle  Buis- 
son, dont  Sainte-Beuve  cite  le  témoignage. 

Chateaubriand,  conformément  au  récit  de  ce  dernier,  se  maria 
donc  pub'iquement,  et  même  se  maria  devant  un  curé  intrus. 

Mais,  antérieurement,  dans  les  premiers  jours  du  mois,  il 
s'était  bien  marié  secrètement  devant  un  prêtre  non  assermenté. 
L?  récit  qu'il  donne  de  ce  mariage  secret,  contrairement  à  l'opi- 
nion de  Sainte-Beuve  est  rigoureusement  exact,  et  trouve  sa 
preuve  tiani  1«  procès  môme  qui  en  fut  la  conséquence. 

En  résumé,  Ch&teaubriand  se  maria  donc  deux  fois,  et  le  dé- 
sistement de  l'instance  introduite  par  M.  de  Vauvert  fut  motivé 
jusLemenlpir  l-a  promesse  faite  par  Châleaubîiand  de  se  marier 
à  nouveau  devant  un  prêtre  constitutionnel. 

Ain-i,  tout  le  mon  Je  fat  satisfait,  toutes  les  consciences  tran- 
quillisées, la  loi  respectée,  et  Duhacnel  largement  rétribué. 

{%)  Pftg«i  i^û  #t  581,  Métnoires  (V<)utre-tombe,  le  Mariage  de  f'Mteaubrianci . 


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Mademoiselle  cëlëste  nuiss^o:^  pk  ik  vignk  9 

A  Saioi-Malo,  rue  des  Grands  D^j^^réa  —  soiibre  et  étrange 
Ttif  formée  cl*iin  lon^  esealier  do  granit  qiii  escalade  une  partie 
de  1  anljQue  rocher  d'Aiiroî),  —on  montre,  au  n^  4,  une  belle  mai- 
son de  pïerre,  d'austère  architecture;  elle  portait  autrefois  le 
ïi^  479,  C'est  là.  dans  un  salon  aux  coins  arroudis,  et  richement 
lambrissé  d'acajou,  qu'au  rommencf^iT^nt  du  mois  de  mars  1792, 
se  maria,  eïîec'ivement,  Chateaubriand  avec  Célnsle  deLavigne, 
la  douce  jeune  fille  de  dt\*huit  ans  auK  traits  délicats  et  blancs, 
à  ta  longue  chevelure  bouclée,  qu  elle  laissait,  comme  un  enfant, 
tomber  sur  ses  épaules. 

Mais,  la  tradition  locale  n'a  pas  conservé  le  nom  du  prôtre  non 
a^Si-Tmpnté  qui  bénit  celtd  union  secret». 

Peut-être  fct-ceTabbé  Manel,  rhïsJorienbien  counu,  qui  exer- 
çiJt  ators  en  secret  son  saint  minUtère,  et  avait  été  professeur 
au  collège  de  Dinan,  alors  que  Chateaubriand  y  faisait  ses  études  ? 

E    Hkbpin. 


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QUESTIONS  HÉRALDIQUES  BRETONNES 


A    PROPOS 

DU  NOBILIAIRE  DE  POL  DE  COLRCY 


L^Armorial  de  Pol  de  Courcy  est  le  plus  complet  qui  ait  été 
écrit  sur  TétaL  nobiliaire  de  la  Bretagne.  Malheureusement  il 
date  d'un  demi-sièele,  et  l'école  de  1850  avait  une  critiqué  bien 
diflérente  de  celle  que  demandent  nos  historieûs  contempo- 
rains. C'est  ainsi  notamment  que  les  sources  de  l'œuvre  sont 
rejelêes  en  bloc  à  la  fin  du  dernier  volume  alors  que  nous  sou- 
haiterions les  voir  accompagner  chaque  indication  d*armoiries 
ou  de  ftiits  généalogiques.  On  se  trouve  en  face  d'une  fouie  d'af- 
firmations qu'il  est  impossible  de  contrôler  etles  recherches  de- 
viennent du  môme  coup  très  difficiles  à  faire  sérieusement.  Il 
faut  accepter  aveuglément  chaque  article  ou  se  perdre  dans  des 
analyses  que  Tauleur  aurait  pu  nous  éviter  par  de  simples  notes 
indicatrices. 

Pourtant  ne  critiquons  pas  trop  Pol  de  Courcy;  il  fut  de  son 
lemps  v^  'ravailla  comme  on  travaillait  alors.  Mais  cela  ne  nous 
empéulie  pas  de  dire  que  le  Nobiliaire  de  Bretagne  esi  condamné 
à  subir  âinon  une  refonte  totale  sur  un  autre  plan,  du  moins 
une  nouvelle  édilion  conforme  aux  exigences  de  Técole  histo- 
rique actuelle.  J'en  ai  parlé  aux  meilleurs  de  nos  généa'ogistes 
et  tous  ont  été  dt^  mon  avis. 

Voyons  brièvement  ce  qu'on  peut  reprocher  de  plus  grave  au 
Nobiliaire  de  Bretagne  de  Pol  de  Courcy. 

Je  prenda  le  bulfetin  bibliographique  du  tome  III,  p.  537;  là 
sont  indiquées  les  sources  où  l'auteur  a  puisé  pour  édifier  ce 
Nobiliaire  : 

Chartes  de  ratifications  des  seigneurs  et  gentilshommes  de  Bre- 


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L 


à  PROPOS  DU  NOBILIAIRE  DE  POL  DR  COURCY  11 

tagne  à  raccord  pa^sé  à  Gtférande  entre  le  roi  de  France  et  le  due 
Jean  IV  en  iSSO: 

Courcy  ne  parait  pas  avoir  consulliS  lui-mÔme  ces  ratiftcations 
dont  les  originaux  exist'^nt  encore  avec  leurs  sceaux  aux  Ar- 
chives Nationales.  J*ai  pu  m'en  rendre  couiple  en  constitanl  les 
différences  qui  fïxistent  entre  les  sceaux  originaux  et  les  armes 
données  par  le  Nobiliaire^  Certainement  Courcy  a  travaillé  sur 
une  mauvaise  copie. 

Hé f or maiions  des  fanages  de  Bretagne  de.  142%  à  fôiS  : 

Les  réformations  bretonnes  offrent  le  plus  grand  intorôt  pour 
nos  anciennes  familles.  On  peut  repruclier  à  Courcy  d'avoir  fait 
ici  des  omissions  et  tt^avoir  maliu,  mal  compris  et  mal  corrigé 
certains  passages  des  reformations. 

Deux  exemples. 

A  l'article  Croc  {l,  314)  s^  de  la  Robinaye  paroisse  de  Bain  de 
Bretagne,  Courcy  attribue  à  cell^  famille  Pierre  Croc,  ofTIcier  de 
Tristan  de  la  Lande,  lors  de  la  ré  formation  de  1437,  Or  la  réfor* 
matioD  en  question  n'a  jamais  porté  Pierre  Crac  mais  Pierre  Le 
Coq,  ce  qui  est  bien  diiîérenL  Les  Croc  de  la  RobinaytJ  n'habi- 
taient pas  Bain  à  cette  époque. 

A  Tarticle  D»  l^Saulayi  (UL  114),  Courcy  mentionne  ïes  sei- 
gneuries du  Plessix  Goullu  en  Mliutoû  et  du  Bois  h\x  Voyer  en 
Maure.  Ces  tc^rres  appartenaient  en  réalité  à  la  famille  de  la 
Fouaye  q{x*ïl  a  parfaitement  trouvée  à  la  réformation  mais  dont 
i)  a  mal  lu  le  nom. 

Armoriai  de  r Arsenal  : 

Ce  précieux  armoriai,  qui  comprend  prèsdoSOÛécussons,  a  été 
très  mal  compris  par  Courcy.  Les  notes  qui  accompagnent  les 
dessins  concernent  te  plus  souvent  des  noms  de  terres  et  non 
des  noms  de  familles,  L*auteur  du  NobUtnire  ne  s*en  est  pas 
aperçu,  et  par  suite  a  fait  des  doubles-emplois  ou  créé  des  fa- 
milles qui  n'ont  Jamais  existé. 

A  rtnorial  de  Guy  Le  Borgne  : 

Pareille  observation  en  ce  qui  concerne  l'Armoriai  de  Guy  Le 
Borgne.  Courcy  ne  semble  pas  toujours  en  avoir  saisi  le  sens 
exact. 

Enfin  un  examen  attentif  des  150  premières  pages  du  tome  î 
du  Nobiliaire  de  Courcy  pourra  nous  donner  une  idi^e  des  correc- 
tions à  faire  à  Touvragf*  : 

Familles  oubliées  :  de   l'Abbaye,  Adam,   TAvocat,    Agaisse, 


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12  REVUE  DE  BRETAGNE 

Alanet,  Albert,  Allain,  Allanic,  Alleno,  Allory,  Baudouin,  de  la 
Bigotaye,  Le  Blanc,  Le  Bley,  de  la  Boconnière,  Bodart,  de  Bo- 
drual,  du  Bois  de  Caercron,  Le  Borgne  (sautoir),  du  Boschet,  etc 

Apuril.  Erreur  d'armes. 

D'Ardaine.  Attribution  sans  aucune  preuve  à  cette  famille  de 
Dardaine,  champion  anglais  à  la  bataille  des  Trente. 

D'Aumer,  Erreur.  Il  s'agit  de  Dauvet  originaire  de  Paris. 

Ausprac,  Mauvaise  lecture  de  l'article  de  Guy  Le  Borgne. 

Avice.  Confusion  d'armes  entre  deux  familles  de  ce  nom. 

Avignon,  Mauvaise  attribution  d'armes. 

De  Bagatz,  Les  secondes  armes  données  (variante)  sont  celles 
des  de  Perron  du  Ghesne. 

Le  Baillif.  Armes  fausses.  Les  vraies  sont  au  mot  de  Suzlé. 

Le  Baillif  de  TourauU,  Désaccord  avec  Guy  Le  Borgne. 

Delà  Barbais.  Famille  qui  n'a  jamais  existé.  Il  s'agit  desPépio, 
sieurs  de  la  Barbais. 

Le  Bastard  de  la  Bastardière.  Armes  fausses. 

Le  Bastard  de  Villeneuve.  Article  à  refaire.  * 

Batidry.  Erreur  d'armes. 

De  Bavalan.  Triple  emploi  avec  de  Trémouart  et  de  Quifistre 
qui  ne  sont  ici  qu'une  seule  et  môme  famille  quoique  citéd  3  fois 
sous  ces  3  formes. 

De  Beaucours,  Article  à  refaire. 

Bernard,  Article  à  refaire. 

Bezay,  Egale  certainement  de  Rezay. 

Billy  et  Bilsic,  Confusion  d'armes. 

Be  Bintin,  Article  à  refaire. 

De  Blossac,  Différence  d'arme*'  avec  le  sceau  original  des  Ar- 
chives Nationales. 

Bocher  et  Bohier,  Confusion  entre  ces  deux  familles. 

DeBodéru  ^idu  Bo/^r/"  double  emploi.  C'est  une  seule  et  môme 
famille. 

De  Bohal,  Erreur.  Il  s'agit  des  Henry  de  Bohal. 

Du  Bois,  (Talensac).  Ce  sont  les  armes  de  Ferrières  dont  une 
branche  fondue  dans  Bintin,  (voyez  Guy  Le  Borgne  au  mot  Bois 
Bintin). 

Du  Boisarmé.  Confusion  certaine  avec  Cojalu. 

Du  Boisbrassu.  Article  à  compléter. 

Du  Boisdu  lié.  N'ont  jamais  comparu  à  la  réformation  dlzé. 

Bonamy,  Armes  très  probablement  fausses. 


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A  PROPOS  DU  NOBllUmE  liK  POL  DE  COURCY  13 

Bonn€t  elBouvei.  Confusion.  Double  emploi. 

Le  Borgfie  et  dit  Bourne*  Double  emploi* 

De  la  Bos$fIaye  et  de  iaBouëss^laye.  Double  emploi. 

De  Boîcudon.  Il  s'agit  de  la  famille  Corar/ sieur  de  Botcudon 
omise  par  Gourcy. 

BothereL  Le  sceau  indiqué  comme  étant  celui  de  1381  est  dis- 
semblable de  Toriginai  de  1381  qui  est  aux  Archives  Nationales. 

DêB  Bouchaux.  Même  observation. 

Baiihier.  Les  deux  familk^s  de  t^e  nom  n'en  font  qu'une  en 
réatîté. 

Bouverei.  Il  s'agit  des  Quistinic  de  Boverel  (double  emploi). 

Ûe  BramherL  Lire  de  Bmmbeaî. 

De  Brignac.  Armes  fausses,  etc.*  etc. 

Ce  court  aperça  doit  suffire  pour  montrer  tout  Tintérêt  qu'il  y 
aurait  à  rééditer  en  le  corrigeant  le  ïfoàiUaire  de  Bretagne  par 
Pol  de  Gourcy,  ou  à  faire  paraître  un  nouveau  Nobiliaire  breton. 

C^*  R.  DB    LAtOUK. 


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LES   BRETONS   DE  BRETAGNE 

JUGÉS  PAR  UN  BRETON  DE  PARIS 


RÉPONSE 


Au  mois  de  juin  dernier  paraissait  en  brochure,  chez  Simon, 
à  Rennes,  un  discours  d'une  dizaine  de  pages  précédemment 
prononcé  au  Sacré-Cœur  de  Montmartre  (1).  De  si  Join  qu'il  vînt 
et  si  court  qu'il  fût,  ce  discours  ne  pouvait  passer  inaperçu  chez 
nous,  soit  à  cause  de  son  auteur,  le  chanoine  Goriton,  qui  est  de 
Bretagne,  soit  surtout  à  cause  des  idées  particulières  qu'il  con- 
fient. Ce  n'est  pas  que  les  idées  de  M.  Goriton  soient  neuves  ou 
personnelles  :  non,  sor> mérite  n'est  pas  là;  il  se  trouve  bien  plu- 
tôt dans  la  bonne  volonté  qu'il  a  mise  à  les  recueillir,  et  dans  le 
talent  incontestable  qu'il  a  dépensé  pour  les  mettre  au  jour.  Il 
est  vrai  qu'il  eût  donné  plus  de  facilité  aies  juger  s'il  les  eût 
exprimées  ailleurs;  et  voilà  pourquoi,  tout  en  le  remerciant  de 
la  liberté  grande  qu'il  nous  octroie  de  ne  pas  penser  comme 
lui  (2),  nous  lui  ferons  remarquer  néanmoins  que,  si  son  discours 
est  profane  bien  que  prononcé  en  chaire,  il  n'en  demeure  pas 
moins  prononcé  en  chaire  bien  que  profane.  Mieux  aurait  valu, 
pour  lui-même  et  pour  nous,  éviter  semblable  anomalie. 

Or,  dans  l'avant-propos  qu'il  donne  à  son  œuvre  oratoire, 
M.  Goriton  écrit  cette  phrase,  qui  en  est  pour  ainsi  dire  le  résu- 
mé :  (c  On  reproche  aux  Bretons  de  n'avoir  pas  conscience  de  leur 
«  état  ;  on  se  scandalise  de  leur  orgueil  national  plus  encore  que 

•)  Discours  prononcé  par  M.  Pahbé  Corilon,  chanoine  honoraire,  vice-official 
de  I*archeTèché,  aa  pèlerinage  des  Bretons  de  Paris,  en  la  basilique  du  Sacré- 
Cœur  de  Montmartre,  le  3  mars  1907.  —  Rennes,  imp.  Simon^  1907. 

(0  •  L*état  moral  et  religieux  de  la  Bretagne  apparaît  aux  yeux  de  tous.  Tout 
«  le  monde  sur  ce  point  peut  aToir  un  atis,  et  nul  n*est  obligé  de  partager  le 
«  mien.  Cf.  Avant-propos.  » 


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LES  BRETONS  DE  BRETAGNE  15 


«  de  leors  faiMessc^.  »  La firmdii w  et  oalAviia  ae  se  peut  nier  ; 
mais,  tandis  qu'il  était  en  veine  d'indiscrétion,  M.  CoriKon  iL'ao- 
raitil  pas  bien  fait  de  nous  dire  aussi  quelles  sont  les  ftmes  dé- 
licates chez  qui  nos  inconsciences  et  notre  vanité  suscitent  tant 
de  gène?  Car  il  est  aussi  facile  d*embusquer  des  foules  derrière 
un  pronom  indéfini  que  de  s*y  établir  tout  seul  soi-môme  ;  et  que 
d'honnêtes  gens  nous  jugent  maU  cela  doit  être  vrai,  puisque 
M.  Coriton  l'affirme;  et  qu'il  soit  lui-même  sévère  pour  nous, 
la  seule  lecture  de  son  discours»  suffit  pour  s'en  convaincre; 
nous  le  connaissons  lui,  nous  ne  savons  pas  les  autres^  et  il  nous 
manque  grandement  d'avoir  appris  les  noms  de  ses  amis  ju- 
dicieux. 

Assurément  beaucoup  de  Bretons  se  rencontrent  qui  ont  l'or- 
goeil  de  leur  race  :  il  y  en  a  partout,  dans  les  livres  et  dans  les 
journaux,  à  la  ferme  et  à  l'atelier,  au  château  et  au  presbytère. 
Ils  s'imaginent,  à  tort  ou  à  raison,  que  leur  pays  n'est  pas  le 
plus  laid  de  France,  qu'il  a  conservé  autant  que  d'autres  et  mieux 
que  plusieurs  les  traditions  du  passé;  ils  disent  et  écrivent  que 
leur  nation  est  vivante  et  vigoureuse;  ils  se  passionnent  pour 
son  histoire,  pour  sa  poésie,  pour  sa  culture  matérielle  et  morale  ; 
ils  rêvent  pour  elle  un  avenir  moins  mauvais  ;  et  s'ils  montrent 
beaucoup  de  ténacité  pour  y  conserver  ce  qui  leur  semble  déci- 
déiAent  bon,  ils  sont  prêts  à  sacrifier  aussi  tout  ce  qui  chez  elle 
leur  paraîtrait  caduc.  Qu'il  y  ait  en  tout  cela  pas  mal  d'exagé- 
ration souvent  un  peu  de  vanité  quelquefois,  nous  nous  garde- 
rons bien  de  le  nier;  toujours  les  défauts  apparaissent  miins  et 
les  qualités  se  manifestent  mieux.  Il  en  est  ainsi  plus  particuliè- 
rement dans  toutes  les  réactions,  et  nous  sommes  ici  en  pleine 
lutte  contre  une  mentalité  qui  n'est  pas  la  nôtre.  Peut-être  est-ce 
là  un  mal>  encore  qu'il  soit  moins  facile  d'entraîner  par  le  blâme 
des  vices  que  par  la  flatterie  des  vertus  ;  en  tous  cas,  s  il  y  a  lieu 
de  condamner  ceux  qui  se  lancent  en  avant  avec  trop  de  jeu- 
nesse dans  l'énergie,  il  conviendrait  à  bien  plus  forte  raison  de 
plaindre  ceux  qui  ne  les  comprennent  pas,  ou  qui  ne  veulent  pas 
les  diriger  ou  qui  leur  demeurent  hostiles  ?  Car,  hélas  I  tous  les 
Bretons  ne  sont  pas  orgueilleux  de  leur  race,  et,  M.  Coriton  n'a 
qu'à  faire  appel  à  ses  propres  sentiments  pour  en  devenir  plus 
convaincu  que  personne. 

C'est  ce  qui  explique  d'ailleurs  les  reproches  qu'il  nous  adresse, 
nombreux,  quelquefois    précis,    ordinairement  généraux,  trop 


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16  REVUE  DE  BRETAGNE 

généraux,  et  ne  serait-ce  ^que  pour  cela  déjà,  inexacts  et,  la  plupart 
au  temps,  injustes.  Voilà  pourquoi  nous  nous  demandoDs  si 
M.  Goriton  a  connu  la  Bretagne  ailleurs  que  dans  les  lambeaux 
qui  s'en  trouvent  à  Paris,  ou  si  ses  yeux  de  vacances,  ces  va- 
cances dont  il  parle  très  agréablement,  n'étaient  pas  trop  désha- 
bitués de  notre  soleil  pour  nous  voir  comme  nous  sommes,  en 
notre  véritable  jour. 

Est-ce  qu'il  dit  vrai,  par  exemple,  quand  il  met  rémigration 
bretonne  sur  le  compte  de  nos  divisions  intestines?  Evidemment 
non.  Nous  sommes  divisés,  c'est  vrai,  d'une  façon  profondétnent 
pidicu*t*,  plus  ridicule  encore  que  profonde,  sans  savo'r  ni  pour- 
quoi, ni  comment,  de  contrées  à  contrées,  de  paroisses  à  paroisses, 
avec  des  aversions,  des  antipathies,  on  jurerait  quelquefois  des 
haines  ;  mais  est-ce  qu'un  «  Gallo  »  a  jamais  chassé  un  «  Mitau  >» 
vers  PariSt  est-ce  qu'un  <t  Pourlette  »  s'est  jamais  enfui  vers  la 
capitale  parce  qu'il  détestait  le  «  Mouton  »  son  vois'n?  Il  serait 
Lout  bonnement  puéril  de  seulement  le  penser.  —  Et,  si  M.  Go-. 
piton  a  voulu  parler  de  divisions  politiques,  il  n'a  peut-ôlre  pas 
réûâchi  que  la  Bretagne  est  encore  le  pays  de  France  où  pour  la 
République  on  se  querelle  le  moins. 

Qu'il  affirme  après  .cela  que  les  émigrés  de  Paris  ne  soient  pas 
de  faux  Bretons,  nous  lui  répondrons  :  c'est  vrai,  seulement  ce 
ne  sont  plus  des  Bretons  de  Bretagne,  ce  sont  des  Bretons  pari- 
siens. Ges  gens  là  apportent  à  la  capitale  les  défauts  de  leur  race, 
ce  qui  est  une  nécessité,  puisque  leur  pays  leur  donne  leur  tem- 
pérament»  leurs  propensions;  mais  il  ne  leur  donne  que  cela:  les 
vices,  ils  les  prennent  ailleurs.  «  Le  ruisseau,  a  écrit  M.  Goriton, 
ne  roule  entre  ses  rives  que  Teau  fournie  par  sa  source.  »  Nous 
le  croyons  presque  comme  lui,  —  mais  sa  phrase  a  besoin  d'ôtre 
complétée  et  nous  y  ajoutons  —  à  moins  que,  pure  et  limpide, 
quand  elle  jaillit  du  sol,  elle  ne  se  contamine  en  chemin,  se  sa- 
lisse et  s'empoisonne  I  Nous  ne  souhaitons  pas  à  M.  Goriton  de 
boire  à  ses  déjeuners  de  l'eau  de  Seine  qui  a  traversé  Paris,  et 
pourtant  c'est  de  l'eau  de  source  I 

Aussi,  que  le  contingent  qui  chaque  année  franchit  notre 
frontière,  arrive  dans  la  grande  ville  déjà  mûr  comme  un  fruit  de 
seâ  faubourgs,  nous  estimons  cela  impossible. 

11  y  a  de  l'ignorance  chez  nous,  oui  :  (nous  parlons  d'ignorance 
religieuse)  il  y  en  a  partout.  Mais  en  Bretagne  il  y  en  a  et  il  doit 
y  en  avoir  moins  qu'ailleurs.  Ici  nos  écoles  libres  sont  peuplées. 


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IBS  easTONs  m  BftÈtAGÎit  n 

riostroctioD  se  donae,  plus  rai  emenl,  mais  enfin  elle  se  donne 
encore  en  famille  ;  ici  les  églises  sont  fréquentées  par  un  peuple 
qui  écoute,  et  qui  pour  l'ordinaire  comprend*:  ici  les  œuvres  de 
femmes  sont  nombreuses,  celles  d*hommes  et  de  jeunes  gens 
grandissent  et  se  multiplient  Quels  sont  les  diocèses  de  France 
qui  sont  plus  instruits  que  celui  de  Nantes,  et  il  est  pourtant  en 
Bretagne,  et  si  nos  autres  diocèses  bretons  savent  moins  leur 
religion  que  celui-là,  combien  en  compterait-on  dans  toute  la  Ré- 
publique qui  leur  soient  supérieurs  ou  même  seulement  égaux? 
— Admettons  que  nous  ignorions;  au  bout  du  compte^on  est  tou- 
jours l'ignorant  de  quelqu'un  ou  de  quelque  chose  ;  mais  alors 
que  penser  de  ces  malheureuses  contrées,  qui  sont  la  moitié  de 
la  France,  où  Therbe  pousse  dans  les  églises,  où  la  morale  s'ar- 
rête au  seuil  du  foyer,  où  Dieu  s'apprend  à  la  première  commu- 
nion qu'on  se  hftte  d'oublier  tout  de  suite  et  pour  jamais?  Est-on 
ignorant  là  ?  et  si  on  Test  en  Bretagne,  comment  l'est-on  dans  ces 
pays  qui  ne  sont  pas  Bretons? 

Il  n*est  pas  plus  exact  de  nous  traiter  d'alcooliques.  Nos  gens 
sont  buveurs,  et  ils  partagent  avec  les  Polonais  et  les  Irlandais 
cette  réputation  qu'ils  n'ont  d'ailleurs  pas  volée.  Pourtant  ils 
ne  s'enivrent  qu'à  de  certains  jours  de  dimanche,  dans  leurs 
réunions  et  dans  leurs  fôtes.  Est-ce  avec  de  l'alcool  ?  Moins 
souvent  qu'on  le  croit,  et  nos  médecins  morbihannais  consultés 
naguère  (1)  répondaient  presque  unanimement  que  la  boisson 
ordinaire  chez  nous  était  encore  le  cidre.  Au  reste  le  paysan 
jeûne  après  ses  excès,  il  se  contente  souvent  d'eau  pure  par 
nécessité  de  misère  ;  et  la  nocivité  de  l'alcool  absorbé  disparaît 
dans  la  réaction  de  son  travail  de  tous  les  jours.  Que  M.  Goriton 
nous  cite  donc  l'œuvre  scientifique  où  il  a  vu  que  l'eau-de-vie 
produisait  dans  la  Bretagne  entière  les  désordres  dont  il  parle  i 
Qu'il  nous  montre,  je  ne  dis  pas  telle  ou  telle  interview,  mais 
bien  des  statistiques  officielles  établissant  pour  nos  cinq  dépar- 
tements les  déchets  qu'il  mentionne  I  Comment:  il  a  écrit  que 
l'alcoolisme  atteignait  la  race  bretonne  dans  sa  source  vive  1  que 
les  médecins  militaires  réformaient  dans  certains  de  nos  cantons 
plus  de  la  moitié  des  contingents  I  Uù  a-t-il  pris  ces  chiffres? 
Quels  sont  ces  cantons?  Combien  y  en  a  t-il  ?  Ils  doivent  être 
nombreux  puisque  c'est  la  race  entière  qui  est  atteinte  et  jusque 

(t)  Consul tatioo  faite  par  la  Revue  Morbihannuise  (rj06i. 


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13  REVUE  DE  BRET\GNB: 

dans  ses  sources  1  Hélas  l  nous  peasions  alimenter  de  nos  jeunes 
gens  la  flotte  française,  fournir  aux  casernes  de  la  région  des 
ooniingentfi  si  forts  qu'il  fallait  en  répartir  le  trop  plein  à  la 
frontière  et  jusqu'en  Algérie.  Et  il  paratt  pourtant  qu'en  dépit  de 
son  augmentation  numérique  la  race  bretonne  est  susceptible  de 
disparaître.  C'est  du  moins  M.  Coriton  qui  le  dit.  Eh  bien,  soit, 
nous  n'y  contrôdiaons  pas  ;  mais,  tout  de  mêGoie,  avant  que  nous 
ne  dIsparaissioQs,  il  faudra  bien  que  notre  augmentation  nu- 
mérique 9*arrôte,  et  il  est  trë^  probable  que  de  plus  alcoolisés 
que  nous,  les  Normands,  pour  ne  nommer  que  ceux-là,  auront 
depuis  tongtemps  cessé  de  vivre.  Nous  ne  sommes  pas  prêts 
d*y  être. 

Que  M.  Goriton  se  rassure  donc  :  notre  esprit  religieux  nous 
sauvera.  Il  n'y  croit  pas  beaucoup  à  notre  esprit  religieux,  ou, 
pour  parler  exactement,  il  le  juge  en  voie  de  devenir  passable- 
ment formaliste  (1):  églises  qui  se  vident,  prières  qui  s'oublient, 
rangs  anarchistes  qui  se  grossissent,  religion  qui  n'est  plus  ni 
pensée  ni  vie.  C'est  beaucoup,  et  c'est  pourtant  le  reproche  qu'il 
nous  adresse.  Nous  avouerons  humblement  que  quelques-uns 
d'entre  nous  le  méritent.  Oui,  et  M.  Qicquello  avait  raison  de  ré- 
crire il  y  a  deux  ou  trois  mois  dans  la  Revue  du  Clergé,  nos  côtes 
morbîhannaises  çà  et  là  se  déchristianisent:  fruit  de  Tencaserne- 
ment,  des  voyages  continuels  qui  tuent  la  vie  de  famille,  de  l'i- 
gnorance causée  par  réloignemenl  du  prêtre,  de  l'immoralité 
enfin,  qui  n'est  plus  bridée  par  les  sacrements.  Nous  reconnais- 
sons cela,  mais  sans  concéder  davantage,  parce  que  ce  serait  ca- 
lomoie.  Jamais  par  exemple  o  i  ne  nous  fera  dire  que  nos  popu- 
lations maritimes  soient  gâtées,  car  sur  plusieurs  points  elles 
sont  restées  bonnes,  et  presque  partout  l'élément  féminin  y  a 
gardé  une  foi  très  pratique  et  très  instruite.  Jamais  nous  ne  re- 
connaîtrons que  l'intérieur  du  pays,  sauf  de  rares  exceptions^  ait 
oublié  ses  traditions  chrétiennes. 

Il  pldtL  à  M.  Goriton  de  nous  traiter  de  paresseux  (2),  en  quoi 
donc?Qtiand  on  injurie,  on  précise;  ici  il  faut  préciser.  Qu'il 
nomme  la  classe  de  la  société  bretonne,  la  contrée  ou  la  paroisse 

(t)  Ditcourjt,  pi|f«  tt,  1igii4^9,  <  C«  ii'«it  pas  sealement  loin  de  son  pays  qu*il 
«  dé^artâ  l'A^Uiâ,  c<^M«  de  dir^  4«s  pri4râi,  grossit  le  rang  de  Tarinée  qui  monte 
V  àl'aasnut  ilu  la  lo  ci  été.  * 

{2)  Discouru,  page  i^.  li^ne  2S  ï  *  EUeest  (la  Bretagne)  hora  d'état  d'arracher 
f«a  enfants  à  leur  dé  fan  t  dominant  qni  est  ta  paresse... 


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LES  BRBT0N8  OB  BRETiiGNE  %9 

qa*il  marque  ainsi  da  sceau  de  l'ignomiaie  I  Nou9  vouloas  croire 
qu'il  coanatt  le  peuple  doot  il  parle,  qa*il  Ta  étudié»  pratiqué 
chez  lui,  Doo  pas  daos  les  agglomérations  urbaines  trop  mêlées, 
mais  là  où  il  se  trouve  vraiment  lui->mdme,  dans  ses  villages  et 
dans  ses  hameaux  ;  nous  voulons  croire  qu'il  a  scientiflquement 
procédé  et  qu'il  possède,  nombreux  et  décisifs,  des  faits  sur  les- 
quels il  étaye  son  discours.  Alors  qu'il  montre  donc  comment 
nous  autres  Bretons  ne  voulons  pas  avoir  d'aptitudes  (1),  à  quel 
moment  nous  nous  sommes  dérobés  à  la  responsabilité  et  à  Tini- 
tiative*  sur  qui  pèsent  Tinertie  et  la  mollesse  et  quels  noms 
portent  ceux  qui  les  abritent  sous  leur  voile*  Il  a  lâché  un  gros 
mot,  M.  Goriton  ;  il  a  dit  qu'en  Bretagne  on  avait  le  spectacle  de 
l'abandon  de  nos  compatriotes (2).  Gest  trop  vague,  trop  im* 
précis  ;  qu'il  désigne  mieux  les  abandonnés  et  qu'il  dénonce  pu* 
bliquement  les  abandonneurs  I  Sans  doute  il  s'imagine  que  le 
peuple  breton  tout  entier  procède  par  routine,  et  que  nous  mar. 
chons  ici  notre  chemin  sans  conception  raisonnée  de  la  vie  et 
sans  intelligence  des  personnes  et  des  choses^  au  milieu  des- 
quelles nous  nous  rencontrons.  Eb  bien  I  puisque  nous  le  sup- 
posons homme  d'action  et  d'idées  tout  à  la  fois,  qu'il  nous  expose 
aes  théories  lui-môme,  qu'il  nous  éclaire  sur  son  système  meil- 
leur que  le  n6tre,  pour  conduire  et  diriger  les  hommes.  Passe 
d'avoir  comparé  la  Bretagne  à  une  veuve  éplorée(3),  il  reste  à 
M.  Goriton  d'abord  de  nous  dire  à  nous  comment  s'appelait  le 
mari  défunt,  etexisuite  de  lui  donner  à  elle  ses  prudentes  direc- 
tions pour  son  veuvage. 

Q  j'entendil  bien  au  juste  lorsqu'il  parle  de  renoncer  à  la  lutte 
pour  se  jeter  dans  l'action  (4).  Ne  serait-ce  pas  agir  que  lutter,  et 
si  nous  n'agissons  pas  lorsque  nous  ferraillons  dans  la  bataille 
livrée  autour  de  nous  pour  la  défense  de  notre  foi,  de  nos  mesura, 

(I)  ùiseours.  page  14,  ligne  2.  «  Pour  garder  notre  simplicité,  nous  atons 
«  qaelqrefoit  mil  det  bomet  à  no«  progrès  et  à  nos  efforts.  Nous  nous  sommes 
«  diiqae,  poar  n'aroir  pM  de  prétentious,  leplas  sûr  moyen  était  de  n*a?oit  pag 

•  d^aptitndes.  Nous  nous  sommes  dérobés  aa  tra?ail,  k  rinitiatife,  et  la  respoa- 

•  sabilité;  notre  simplicité  a  été  an  foile  sons  lequel  se  sontoachéev  notre  inertie 

•  et  noire  mollesse.  » 

(i)  Ibidem,  pages  11  et  12.  «  Nos  infortunés  compatriotes  sont,  je  ne  dis  pas  ce 
«  qa*oo  1m  fitit,   maïs  ce  qu'on   les  laisse  devenir,  loi  (à    Paris),  nous  avons 

•  le  spectacle  de  leurs  misères^  en  Bretagne  nous  avons  celui  de  leur  abandon. 
(')  Discours^  page  12,  ligne  4. 

{h)  îbidem^i^  14,  ligne  IS.  «  Noua  ne  Tonlons  pas  renoncer  à  la  lutte  pour 
nous  jeter  dans  l'action.  » 


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70  RBVÛB  DE  BRETAGNE 

tie  nos  tradiLions,  de  notre  langue,  qu'esL-ce  que  nous  faisons 
donc  alors  7  Qu'on  ne  coupe  les  oreilles  de  personne  pas  même 
de  Malchus  comme  il  le  demande,  nous  y  consentons  volontiers, 
mais  la  vie  catholique  a-t-elle  cessé  d'être  un  combat,  et  si  le 
combat  chez  nous  se  livre  d'une  façon  déplaisante  à  M.  Goriton, 
auroit-il  la  prétention  d'af Armer  que  ce  n'est  pas  la  bonne  7  Sou- 
tierdrâ-t"il  que  la  sienne,  car  il  doit  en  avoir  une,  est  la  véri- 
table, et  qui  puisse  toute  seule  nous  conduire  à  la  victoire  ? 
Que  M.  Goriton  se  rassure  ;  nos  âmes  bretonnes  ne  sont  point 
.  si  imprégnées  d'Imaginatives  rêveries  qu'elles  conçoivent  l'exis- 
tence autrement  qu'elle  n'est.  Il  y  a  longtemps,  très  longtemps 
que,  tout  en  vivant  beaucoup  dans  l'au-delà,  nous  nous  sommes 
constitué  une  manière  d'être  pratique  avec  un  catholicisme  qui 
inspire  nos  pensées  et  qui  règle  nos  actes.  HIst-ce  que  la  com- 
plexité (1)  des  événements  aurait  attendu  à  demain  pour  nous 
saisir  dans  notre  vulgarité  naïve  I  Hélas  I  nous  l'endurons, 
comme  on  Ta  endurée  avant  nous,  et  comme  on  l'endurera  en- 
core après,  et,  si  ce  n'est  pas  de  la  même  manière,  ni  avec  une 
aussi  grande  intensité,  ce  n'est  du  reste  pas  non  plus  sans  y  être 
préparés  aussi  bien  qu'ailleurs  (2). 

Et  maintenant  du  discours  de  M.  Goriton  que  demeure-t-il  7 
Ceci  d'abord,  qu'il  n'a  voulu  ni  outrager  le  peuple  breton,  ni 
même  nous  être  désagréable.  A  la  façon  des  vieux  recteurs  de 
chez  nous,  qui  les  jours  de  fête  profitaient  jadis  de  l'assemblée 
plénière  de  la  paroisse,  pour  conter  leurs  quatre  vérités  à  leurs 
ouailles,  M.  Goriton  a  cru  que  l'occasion  était  bonne  à  Mont- 
martre pour  dire  aux  Bretons,  ce  qu'il  en  pensait  sans  ambage. 
Les  vieux  recteurs  étaient  loyaux.  M.  Goriton  fut  loyal  aussi. 
Les  vieux  recteurs  se  gardaient  bien  de  célébrer  des  vertus, 
M.  Goriton  n'a  parlé  que  de  vices.  Les  vieux  recteurs  enflaient  la 
voix  tout  ex  près.  M.  Goriton  a  exagéré  aussi  étrangement,  et  nous 
voudrions  qu  il  Tait  fait  en  diplomate.  Or^  les  temps  paraissent 
fiais  où  le  peuple,  où  tout  un  peuple  surtout,  puisse  entendre 
sans  blessure  un  certain  genre  d'hyperboles. 

Un  Breton  Amioré 


(1)  Discours,  pag«s  14  et  15  :  «  tout  défient  oompleze  aatour  de  nous  à  l'heure, 
■  où  noua  sommeil  le  temptde  la  bise  tiendra  pour  eUe  (rame  bretonne)  comme 
m  pojiT  la  ci^la  de  la  fable,  il  ne  lui  suffira  pas  alors  d'avoir  chanté  tout  Tété.  > 

(^)  Ibidem  page  15.  lignes  14  et  18  :  «  Avant  tout,  elle  (la  religion)  est  une 
pçntée  et  une  i?ie.,..  elle  a  été  cela  en  Bretagne.  » 


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Li  DEPORTATION  DES  RELI6IE0SES  iNGEÎINES 

LEUR  SÉJOUR  A  LORIENT  (1794-95) 


L*  As  semblée  Conatituante  oonûaqaa  Les  btens  ecclési  Astiques  et  ré- 
duisit les  retigisuses  à  une  pension  ;  TAsseiubléô  Législative  châsaft 
le3  religieuses  de  leurs  cûurents  et  décréta  qu*elles  préter&ieat  le  ser- 
ment de  liberté -égalité  ou  qu'elles  perdraient  leur  pension;  la  Con- 
76miOD  ?4fttionftle,  appliquant  cette  lot  du  seraient,  uon  seulement 
priya  de  leur  peoeion  les  religieuses  qui  ne  le  pràtèrent  pas,  mais  encore 
les  emprisonna,  les 'condamna  ou  à  la  mort  au  à  la  déportation,  toutes, 
même  les  tmurs  des  hôpitaux  (l). 

Les  religieuses  angevines  eurent  plus  que  d'autres  k  sou  Sri  r  de  la  per- 
sécution. Ooe  fut  gaillotinée,  quatre  fusillées  et  un  grand  nombre  con- 
damnées  à  la  déportation. 

L'une  de  ces  dernières^  la  mère  Jeanne^Jacquine  Ifoutardeau,  reli*' 
gieuee  Ursuline  d'Angers,  a  composa  une  relation  des  événements  ac- 
complis pendant  ces  temps  malheureui.  Nous  la  donnons  plus  loin 
sans  réflexions  ni  commentaires,  certain  que  les  paroles  n'ajouteraient 
rien  k  son  éloquente  simplicité. 

Un  mot  sur  la  narratrice.  La  Mère  Jeanne-Jacquîne  Moutardeau 
était  née  à  Saint-Miebel-de^la-Palud  dans  la  ?ille  d'Angers  en  1761 
Elle  ût  profession  le  19  janvier  1783.  Chassée  de^on  courent  le  30  sep^ 
tembre  1792,  elle  se  retira  dans  sa  ville  natale  chez  des  amis.  Arrêtée 
le  13  avril  1794  comme  insermentée,  elle  fut  condamnée  à  La  déportation 
le  El  avril  et  partit  avec  ses  compagnes  le  ^4  Juin  suivant.  On  verra 
que  les  pauvres  détenues  n'allèrent  pas  plus  loin  que  Lorient.  Sortie 
de  prison  en  1795,  elle  entra  bientôt  dans  la  communauté  que  les  Ur- 
sutines  avaient   reformée  à  Gh&teiu*Qantier.  C'est  li  qu'elle  écrivît, 


fi]  Voïei  quelle  était  U  formula  du  i«rai«nt  de  liberté  et  égalité  :  ••  Je  jura 
d*Atre  fidèle  à  tit  nation,  de  munt>>nirde  tout  inoa  pouvoir  \a  liberté/ régaUtéf 
Uiûreté  des  pereonnei  et  dei  propnéiég,  et  de  mourir,  k'il  le  faat,  pour  t'eiécu* 
ûon  da  la  LoL  h  Ce  sermeut  ne  fut  j&mftii  coadamoé  par  le  P&pe. 


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22  REVUE  DE  BRETAGNE 

40  ans  après   les  éyénements,  le  récit  des  derniers  jours  qu'elle  passa 

au  monastère  d* Angers  et  de  sa  captivité  (l). 

J'étais  religieuse  auxUrsulines  d'ÂDgers  avec  ma  sœur  Tem- 
plerie  (2)  et  ma  sœur  de  Brassé^  encore  novice.  Ma  naère»  voyant 
plus  clair  que  nos  vénérables  Mères,  les  engagea  à  se  préparer  à 
leur  sortie.  Elle  envoya  chercher  la  novice  ;  mais,  personne  ne 
voulant  la  dévoiler  ni  lui  ouvrir  la  porte,  je  m'armai  de  foi  et  de 
courage,  et  je  fis  l'un  et  Tautre  (3). 

Depuis  ce  temps-là,  nous  fûmes  harcelées  et  fatiguées  par  les 
municipaux  de  ta  ville  en  public  et  en  particulier.  Ils  en  vinrent  au 
point  de  faire  Télection  (4);  mais  nous  réélûmes  la  même  supé- 
rieure. Ils  firent  ensuite  Tinventaire  dans  tous  les  offices  de  la 
maison  et  de  la  sacristie  :  vases^  ornements,  linge,  rien  ne  fut  ou- 
blié [5).  Us  enlevèrent  les  vases  sacrés;  nous  étions  consternées. 
Le  saint  ciboire  contenait  500  hosties  nouvellement  consacrées. 
Le  bon  Dieu,  qui  n'abandonne  jamais  les  siens,  permit  qu*un 
monsieur  de  distinction  procurât  à  notre  Mère,  M°*  Heurtelou, 
un  prêtre  qui  en  habit  séculier  nous  confessa  dans  un  petit  ré- 
duit extérieur  tandis  que  nous  étions  dans  Tintérieur;  je  ne  me 
rappelle  pas  s'il  dit  la  messe,  mais  il  nous  communia  et  nous 
donna  à  chacune  plusieurs  hosties.  Notre  Mère  le  pria  d'en  ré- 
server quelques-unes,  ce  qu1l  fit  pour  notre  consolation.  L'or- 
fèvre eut  la  bonté  d'avertir  du  jour  destiné  pour  Tenlèvement 
des  vases  sacrés,  et  un  prêtre  dévoué  eut  le  courage  de  s'exposer 
aux  plus  grands  dangers  pour  venir  enlever  la  custode  en  plein 
midi.  Nous  fûmes  donc  abandonnées  à  nous-mêmes  sans  prêtre 
et  sans  autel.  Nous  passâmes  ainsi  plusieurs  mois.  Ma  mère  et 
mon  frëre^  qui  nous  faisaient  de  fréquentes  visites,  nous  dirent 

(t)  Uofl  i.utr«  Helation  du  lùGyûgû  dêi  religieuses  Angevines  à  Lorient,  compo- 
eiè  pur  nna  ikuln  Unulitie,  la  Mère  B«snard,  a  été  publiée  par  V Anjou  ffisto- 
Hque(n''  daftiUlet  19^3). 

{2}  La  Mr«  Catb«HDfl-H.flnè«  Moutardeau  de  la  Templerie,  né«  dans  la  paroÎMe 
d«  SflJDt-Miehel  d«-ia-PaUd  en  1763,  avait  fait  profeMion  le  19  janTÎer  1784.  U 
eji  iara  que«ltoii  plui  loia. 

(3)  D^  le  SS  octobre  1780,  TAj^eiablée  Constituante  suspendit  rémission  des 
V€ouE  monatiiqae».  Le  tj  février  misant,  un  nouveau  décret  prononça  la  snp- 
presiioa  des  ordres  reli^ieuE  et  de&  congrégations  dont  les  membres  émettaient 
des  Toeui  lolenneJi. 

(4)  Su  exéûutkon  du  déorel  du  I  octobre  1790. 

(&)  Un  premier  inventaire  fut  fait  par  la  mnnicipité  le  26  avril  I7B0,  et  un 
Autre  par  le  districi  le  tfl  septembre  suivant. 


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t 


La  DEPORTATION  DES  RKUGI RUSES  ANGEVINES  2i> 

que  le  public  croyait  que  c'étaient  les  prêtres  qui  dqus  rete- 
naient, ne  pouvaat  se  persuader  que  des  religieuses  passent  se 
passer  des  secours  de  la  religtOHi  ce  qui  causait  leur  admiration 
et  non  leur  conversion. 

Le  jour  deretilèveinentdes  cloches,  nos  Mères  d'étant  laisaéea 
persuader  qu'elles  ne  sortaient  que  pour  le  momentané  voulaient 
pas  que  l'on  brisât  le  lambris  de  Tégli&e  ;  nous  eûmes  eepeudant 
la  douleur  de  Teûteadre  casser,  après  bien  des  iaierrogàtions 
et  des  rtmontranees  qui  nous  furent  faites  pour  noua  inU- 
mîder. 

Le  jour  que  le  décret  (i)  arriva^  les  naunicipaux  entrèrent  el 
Dous  signifièrent,  au  nom  de  la  loi  et  de  la  nation,  qu'il  fallait 
que  la  maison  fût  évacuée  le  30  septembre  1792,  Chacune  se  retira 
cbez  ses  parents  ou  amis  parce  qu'ils  ne  voulaient  pas  de  ras- 
semblement. Je  ne  sais  par  quel  hasard  huit  de  nos  sœurs  eurent 
la  consolation  de  rester  ensemble,  mais  cela  ne  dura  pas,  madame 
la  nation  leur  donna  la  volée. 

Ma  mère  était  entourée  de  bons  patriotes  d'une  prévenance 
charmante,  toujours  sur  ses  épaules*  Mon  frère,  chargé  par  la 
ville  de  monter  la  garde»  le  faisait  jour  et  nuit.  Ma  sœur,  malade 
et  dans  fa  désolation,  était  obligée  de  se  retirer  dans  le  {^reniera 
cause  du  grand  nombre  de  soldats  qui  étaient  à  la  maison.  Quel 
parti  prendre  ?  La  Providence,  qui  veille  à  tout,  permit  qu'une 
dame,  amie  de  ma  mère,  décidât  avec  elle  que  sadomesbique 
viendrait  nous  chercher  le  28  octobre  de  grand  matiDj  pour 
nous  conduire  chex  trois  de  ses  sœurs  dans  Tintérieur  de  la 
ville  {2}  ;  là,  on  nous  donra  une  chambre  sur  le  derrière  d'une 
grande  maison,  espérant  que  nous  y  serions  oubliées*  Nous  y 
étions  parfaitement  bieo^  ayant  le  bonheur  d'entendre  quelque- 
fols  la  sainte  messe  et  de  nous  revêtir  de  notre  saint  habit,  ce 
qui  était  très  fort  du  goût  de  ma  sœur  et  de  celui  de  ces  demoi- 
selles, et  non  du  mien  qui  r^ai  jamais  aimé  les  imprudences. 
Dans  le  même  temps,  on  nous  dit  qu'un  prâtre  revêtu  de  ses 
omemenls  sacerdotaux,  avait  été  guillotiné  (3)  avec  plusieurs 
autres  prêtres  ;  il  fut  Hussi  guillotiné  plus  de  vingt  hommes  de 

(  )  C*eit  le  décret  du  17  aoAl  tTt'l  qui  ordonnit  qu«  toat«  let  mmûont  oeeu* 
p^ea  par  Ui  relipeuse^  B^raifnt  ^v&caée«  pûur  \^  l*^  octobre  iuiyaoL 
(<)  Cbez  M.  H«daA«,  place  N«uYâ,  n*  S93  (Anjou  Historifue^  znmi  1903), 
ff)  M.  Noël    Pinot,  e^ré   du  Lonroiii^l^éconnàif^,  (^uiUf  lin!  Ic^  ft  f^-vri«T  1TV4 
[Anjou  Bistoriqjte,  janvier  190S\ 


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U  REVUE  DE  BRETAGNE 

8uite(lj,  je  crois  que  c'était  un  dimanche.  Ces  demoiselles  avaient 
un  frère  âgé  et  très  dévot  qu'on  vint  chercher  pour  le  mener 
à  la  prison  nationale  ;  les  républicains  firent  ensuite  une 
recherche  exacte,  fouillant  partout,  depuis  le  grenier  jusqu'à 
la  cave  qu'ils  labourèrent  comme  un  champ,  mais  ils  ne  trou- 
vèrent ni  la  cache  au  bon  vin  de  1781  ni  celle  de  l'argenterie. 
Apparemment  qu'ils  pensaient  trouver  un  prôtre  dans  les  boîtes 
de  toilette  qu'ils  visitèrent  aussi,  et  où  la  mattressede  la  maison 
crut  qu'ils  lui  avalent  dérobé  un  diamant.  Lorsqu'ils  passèrent 
devant  notre  chambre,  la  personne  qui  les  accompagnait  leur 
dit  :  a  Voici  la  chambre  de  ces  dames  qui  sont  en  prières.  » 
Providence  de  mon  Dieu  !  ils  passèrent  outre.  Nous  avions  dans 
cet  appartement  des  effets  et  des  marchandises  très  précieuses. 
Nous  voici  arrivées  au  grand  jour,  jour  fameux  dans  les  annales 
de  TEglise.  Le  13  avril  1794,  dimanche  des  Rameaux,  on  ferma  les 
portes  ÔB  la  ville,  et  la  garde  fut  commandée  pour  aller  chercher 
les  religieuses  non  assermentées  et  les  amener  au  bureau  révo- 
lutionnaire, séant  dans  la  salle  de  rév6ché(2).  Sur  les  sept  heures , 
la  domestique  nous  dit  toute  tremblante:  c  Mesdames,  deux  na- 
tionaux emmènent  M"*  Roussel  (3)  ».  Tout  de  suite  nous  réci- 
tâmes les  prières  des  agonisants.  A  huit  heures,  on  nous  appela  ; 
arrivées  dans  un  étroit  appartement  sur  la  rue,  nous  prtmes  notre 
petit  paquet  qui  était  fait  depuis  quelques  semaines  (4).  Nous 
vîmes  avec  surprise  plusieurs  nationaux  se  saisir  de  deux  jeunes 
personnes  malades.  Ils  nous  firent  des  reproches  de  les  avoir  fait 
attendre,  puis  nous  partîmes.  Quand  nous  fûmes  à  moitié  de  la 
montée  de  Tévôché,  ils  offrirent  le  bras  à  ma  sœur,  qui  refusa  en 
disant  qu'elle  n'en  avait  pas  besoin  pour  aller  au  martyre.  Arrivées 
à  Tévêché,  on  nous  conduisit  dans  une  salle  où  étaient  déjà  réu- 
nies beaucoup  de  religieuses.  Je  laisse  à  penser  quelle  fut  la  joie 
commune  dont  nous  fûmes  émues.  Quand  toutes  les  recherches 


(1)  La  Uil«  complèu  dei  perionnes  gaiUotiaéas  à  Angers  depuis  le  30  oc- 
tobra  (793  jaiquVa  U  octobre  1794  a  été  publiée  daos  V Anjou  Historique 
{Dmi  1901}> 

{Z)Lj!l  narratrice  vaut  dir«  le  Comité  de  Surveillance  ou  Bévolutionnaired'Xn' 
fert,  créé  le  8  juitlrt  i793,  et  qui  s'installa  à  TéTéobé  au  mois  d'octobre  suivant  ;  il 
j resta  jusqu^tta  JOman  179»,  jour  desasnppression  {Anjou  Historique,  mai  1904)* 

(3)  Religieuse  Carmélite  d'Angers. 

[k)  Elles  ponvaieni  bien  s'attendre,  en  effet,  à  être  mises  en  prison,  car  le 
10  murs  préeédeat  on  avait  arraché  des  trois  hdpiiaaz  d'Angers  les  sœurs  qui  les 
d«i««rf aient  pour  les  incaroérer. 


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LA  DEt'ORTATION  DSS  aELlGIEUSKS  ANGBVTNBâ  U 

furent  doies,  on  nous  fît  passer  dans  une  très  beli.e  pièce,  oh. 
nous  trouvgl[B6s  le  tribunal  (1),  qui  nous  interrogea  séparément 
d'une  manière  très  honnête.  Quel  bonheur  pour  nous  de  con- 
fesser notre  foi  dans  i^n  lieu  érigé  pour  la  confirmer  ! 

On  nous  meoa  ensuite  deux  à  deux  au  grand  séminaire  (2); 
DOS  parents  et  nos  amis  firent  apporter  ce  qui  nous  était  néces- 
saire; tous  ces  objets  sont  restés  au  proAt  de  ta  nation  à  notre 
départ. 

Le  15  du  m6me  mois,  mardt*saint,  arrivèrent  dans  la  nuit  lei 
dames  hospitalières  de  Beau  fort,  au  nombre  de  20>  et  une  reli- 
g-iense  de  la  Visitation  de  Saumur.  Ces  dames  furent  fouillées  très 
strictement  elles  avaient  été  déjà  fort  maltraitées  par  les  habi- 
tants de  Mazé,  qui  firent  un  grand  ravage  dans  leur  cave,  où 
elles  trouvèrent  un  national  mort  dans  Tivresse.  Il  est  à  remar- 
quer qu'à  répoque  de  leur  sortie,  elles  avaient  caché  un  jeune 
prêtre,  qui  fut  heureux  de  ce  qu'une  tourière  resta  pour  Tassister, 
ce  qui  ne  Tempôcha  pas  de  perdre  la  tête.  Ces  pieuses  flUes  eurent 
continuellement  la  pluie  sur  le  dos  pondant  leur  voyage  ;  il  y  en 
avait  plusieurs  de  malades^  deux  surtout,  et  uue  troisième  qui 
avait  un  vésicatoire  à  la  jambe  ;  celle-ci  resta  à  Angers  {3). 

Nous  avions  presque  tous  les  jours  un  sermon  ualionul  au  sé- 
minaire, prononcé  par  te  frère  d'une  de  nos  religieuses  (4).  Il 
était  monté  dans  la  chaire  du  réfectoire,  et  nous  étions  toutes 
debout  très  gênées* 

^Le  18,  nous  comparûmes  au  bureau  du  séminaire (5)  où,  après 
beaucoup  d'interrogations^  en  présence  du  neveu  du  curé  de  notre 
paroissOfils  me  demandèrent  qui  m*avaitsî  diablement  fanatisée. 
«  Votre  oncle  "»  répondis-je,  en  m'adressant  au  neveu  du  curé. 

Le  soir  de  ce  même  jour,  lorsque  nous  étions  sur  nos  matelas 

<!}  C«tt-à'dLro  l«i  membre*  An  GomiU  Hé?olutioaiimir«,qiii  itT^ieot  étâinslal- 
U«  le  tfi  min  1791.  Ut  étaieat  moiitft  TArooes  que  leurs  prAdécefaeart,  qui  araient 
été  révoqué*  p^r  les  repré««DtaDti  du  peuple. 

(ï)  Le  gtmad  eémiDaire  arail  4(é  tr&aafarmé  ea  priioa.  G'a«t  a^ujourd'hui  le 
MuMée  et  la  Biblioihèque. 

(i)  Persécution  endurée  pendant  ta  Héiaoiutian  par  te*  reliçieueer  Ho.tpitti' 
lière*  de  SaiiU-Josepfi  de  beaufort-en- Vallée,  parddiii  Fiolin  (Anî^eri,  Btrasié, 
îêi3.} 

(l)  C'était  le  «îtojeû  Sartre -Poît^vinière,  frère  d'une  UreuHne  d^Anger»  qui 
avait  prêté  leroient  le  9  janvier  1794. 

(&}  C'ett-à^dire  que  la  CommUtion  militaire  ilél%ua  deui  de  ees  memhri^s,  U'9 
&itojefia  ûouppil  f^t  Obrumier,  pour  interroger  lee  «iétenoea  dâua  la  pntua  : 
113  pruonalirii*  fureat  interroféia  c^  jour-là^  parinî  leaqueUe»   bi  religieuiaa^ 


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26  MVUE  DE  BRETAa^E 

qui  étâdetit» bien  êti tendu,  le  carfeaa,  ilétitrft  titl  homitie,  le  sabre 
à  la  main»  avec  iih  habilletnetit  garni  depuis  le  6ou  jusqu'aux 
pieds  de  petits  boutons  d'acier.  Une  barbe  d*une  grandeur  ex- 
trême, un  chapeau  illumine  :  c'était  le  vrai  portrait  du  diable. 
Après  s'être  promené  quelque  temps  dans  la  chambre,  il  nous 
demanda  combien  11  y  en  avait  qui  eusent  prêté  le  serment. 
Nous  répondîmes  unaiiimement  :  «  Pas  une.  -^  Notls  verrons  de- 
main »,  dit-il.  «  Eh  bien  I  à  demain»  »  dîmes-nous.  Il  sortit,  le 
diable  confondu  avec  lui. 

Lé  lendemain,  vendredi-sainte  le  beau  personnage  décrit  ci- 
dessus  vint  nous  chercher  une  à  une,  et  nous  faisait  traverser 
une  cour  et  un  jardin  nous  conduisait  dans  une  chambre  voisine, 
puis  il  retournait  en  chercher  une  autre»  ôè  qui  dura  jusqu'à  la 
dernière.  Jugefc  de  notre  inquiétude,  en  ne  voyant  revenir  per- 
sonne !  Ceci  était  une  nouvelle  tentative. 

Le  20,  la  commission  nous  flt  descendre  avec  un  grand  ïiombi'e 
de  femmes  de  Segré,  pour  comparaître  devant  les  juges.  On  nous 
appela  toutes  les  unes  après  les  autres,  puis  ils  marquaient  une 
Pou  une  N  selon  leur  volonté.  Quand  la  scètie  fut  finie,  toutes 
celles  qui  étaient  dans  la  cour  intérieure  eurent  ordre  de  remon- 
ter, avec  défense  de  mettre  la  tête  à  la  fenêtre  sous  peine  de 
mort.  Quelle  fut  notre  douleur  d'eUtetidre  les  cris  des  pauvres 
malheureuses  femmes  qui  partaient  pour  la  fusillade,  et  parmi 
lesquelles  était  M"'''  Chasserie,  dont  la  Aile  religieuse  était  avec 
nousl  (1) 

Le  21  et  le  22,  nous  fûmes  conduites  deux  à  deux  dans  Téglise 
des  Dominicains;  présentement  la  gendarmerie,  tribunal  public 
de  la  Gotumission  Militaire,  où  nous  refusâmes  toutes  le  seï*- 
ment,  excepté  cinq,  deux  religieuses,  deux  toufièreset  une  maî- 
tresse d'école  de  la  campagne.  On  nous  demanda  notre  nom, 
noire  âge,  notre  pays,  notre  maison  ;  ensuite  on  nous  flt  à  cha- 
cune en  particulier  la  question  suivante  :  «  Religieuseï  avez-vous 
fait  le  serment?—  Non  »,  tépondîmes-nous.  a  Le  voulee-Vous 
faire?  —  Non,  Dieu  me  le  défend  et  ma  religion  aussi.  » 

Les  sœurs  de  Saint-Jtan,  celles  de  THÔpital  Général  et  celles 
des  Incurables  furent  aussi  interrogées  en  public,  le  mardi  de 
Pâques.  Ces  fameux  juges,  dont  le  tribunal  était  érigé  dans  Té- 

(1)  La  narratrice  fait  ane  petite  erreur  de  date,  bien  excusable  après  une  pé- 
riode de  40  ani  :  o*est  le  10  avril  1794  qne  ce«  pauTrea  femoles^  parmi  leaqu«)ll«8 
la  Mère  d'drie  Urmliae,  fttrenl  fuailléee  au  Champ^aes-Martjra  d*Ang«H. 


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LA  DÉPORTA TÎOI^. DES  RELIGIEUSES  ANGBVINES  27 

glise  sur  le  tombeau  de  NotreSeipfneur  Jédus-Chrtst.  passèrent 
dans  la  communauté  afin  de  prendre  les  voix.  Après  Un  court 
intervaUe,  ils  remontèrent  sur  leur  tribunal,  et  nous  dontiërdût 
lecture  de  notre  jugement,  qui  nous  condamnait  toutes  97,  reli- 
gieuses^ Ursulines  ou  Hospitatières,  à  la  déportation  perpétuelle 
bors  du  territoire  français,  puisque  de  notre  aveu  nous  préfé- 
rions ia  mort  h  la  liberté,  que  nous  aurait  procurée  le  serment 
répubHcain.  Cette  sentence,  qui  faisait  notre  gloire  sans  qu'ils 
i^^eû  doutassent^  fut  prononcée  en  présence  d'une  fôule  im- 
Daense*  dont  mon  frère  faisait  partie. 

Nous  fûmes  ensuite  menées  à  la  prison  nationale,  ci-devant 
royale  (1).  11  était  très  tard  ;  les  boutiques  des  rues  Saint-Laud, 
des  Poôïiers  et  du  Pilori  étaient  fermées.  Nous  arrivâmes  au  gui- 
chat,  où  nous  passâmes  une  à  une,  au  milieu  de  la  garde  redou* 
blée  et  de  la  multitude. 

Notre  premier  asile  fut  la  cour  des  hommes.  Nous  étions  ac- 
compagnées de  ce  charmant  individu,  nommé  Colas,  qui  recom- 
mença à  nous  fouiller.  A  la  suite  de  cette  opération,  on  nous 
l!t  entrer  dans  notre  chambre  k  courber,  située  au  rez-de-chaus- 
sée ;  elle  était  garnie  de  paille  mi-usée,  il  y  avait  seulement  deux 
Hts,  elle  était  occupée  par  une  quantité  de  femmes  qui  nous  firent 
rhoûneur  de  nous  la  céder,  se  réservant  seulement  la  cour. 

Au  second  étage  était  une  aulre  chambre  meublée  de  la  môme 
manière  et  remplie  de  poux,  de  punaises  et  de  puces,  de  sortô  que 
nos  chemises  étaient  comme  teinles  de  sang.  Nous  étions  telle- 
ment pressées,  qu'étant  assises,  nos  pieds  ne  pouvaient  s'allon- 
ger* Une  dame  de  la  Visitation  y  mourut.  Nous  avons  été  109  per- 
sonnes dbQsces  deux  pièces,  depuis  le  22  avril  jusqu'au  24  juin. 
M*"'  de  Ja  Porestrle  était  £ous  un  escalier  ;  elle  mourut  dans  ce 
réduit  comme  aaint  Alexis. 

fies  messieurs  de  la  ville  nous  visitèrent  et  nous  firent  la  grâce 
de  nous  demander  si  nous  avions  quelque  chose  à  réclamer;  nous 
répondîmes  que  nous  ôtione  trop  bien  pour  rien  désirer  (2). 

(I)  Siiué^  place  des  Haiits,c^Xie  priion  &  été  démolie  au  début  do  XiX*  siècle. 

{1)  Dam  *ùn  Journal  contemporain,  M.  Qrug^t,  ouré  d«  la  Trinité  d*Angert,  ca- 
ché en  e«ite  tUI»,  écrivait  le  diniAziobe  fS  mai  1 194  :  «  Les  religieuses  et  les  sœurs 
déUfiaesea  prison  sont  toujours  tfés  piit^s,  mnlgréles  maurais  traitements  qu'on 
Lsur  fait  éprouver.  Dvus  autre*  sont  dérédées  des  misères  qu'elles  avaient  es- 
iQjéeê.  >  —  te  ^5  mai  :  «  On  a  affiché  JVxportation  à  perpétuité  des  religieuses 
•i  des  iœuri  qui  oui  refnié  le  termeni.  »  —  Le  2  juin  :  «  Les  religieuses  sont 
toujours  très  contentes  da&i  les  prison».  Mïm  s'oceapéiltà  ebâtttor  les  lo^anget 


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28  HBVUE  Dft  BRETAGNE 

Le  24  jain  fut  le  premier  jour  de  notre  voyage.  A  2  heures 
après  midi,  deux  messieurs  en  habit  bourgeois  vinrent  fort  hon- 
nêtement Qous  faire  passer  dans  la  cour  des  hommes»  nous  ran- 
gèrent  sur  deux  lignes  et  nous  conduisirent  à  la  porte  de  la  pri- 
son; làp  une  forte  garde  nous  attendait;  nous  prîmes  nos  rangs 
et  nous  marchâmes  d'un  air  très  satisfait,  nos  petits  paquets  sous 
le  bras,  au  milieu  de  deux  colonnes  de  nationaux,  au  son  du  tam- 
bour qui  battait,  m'a-t-on  dit,  l'air  du  Pange,  lingua.  Nous  tra- 
versâmes une  partie  des  halles,  le  Pilori,  la  rue  des  Poôliers,  celles 
de  Saint-Laud  et  de  Baudrière^  le  port  Ligny,  et  nous  nous  em- 
barquâmes à  4  heures  sur  le  petit  pont,  aujourcf'hui  le  quai.  On 
nous  donna  trois  pains  de  munition  pour  deux,  en  nous  disant 
que  ce  serait  pour  longtemps.  L3  bateau  était  chargé  de  carreaux 
qui  nous  servirent  de  lit^de  repos  el  de  fauteuil  à  la  belle  étoile 
tout  le  temps  que  nous  fûmes  sur  Teau.  Les  bords  de  la  rivière 
et  les  ponts  étai<^nt  couverts  d'une  foule  immense  qui  ne  nous4it 
pas  un  mot  soil  n  bien  soit  en  mal,  ce  qui  nous  surprit  beau- 
coup. 

Arrivées  en  pleine  Loire,  nous  commençâmes  à  avoir  un  peu 
d'înquiétnde;  on  dit  que  le  marinier  avait  ordre  de  nous  faire 
boire  à  la  grande  tasse,  à  la  Baumette,  qui  est  à  uqe  lieue  d'An- 
gers, Ce  bruit  fut  bientôt  détruit,  parce  que,  dit-on,  le  marinier 
avait  répondu  qu'il  ne  voulait  pas  perdre  sa  marchandise  pour 
noyer  des  femmes  (1).  Nous  couchâmes  la  première  nuit  à  la 
Pointe,  le  lendemain  25  à  Montjean,  le  26  à  Ancenis, 

Le  27,  les  Vendéens  nous  saluèrent  d'une  fusillade  et  blessèrent 
notre  commandant  vers  Ghamptocé.  Ainsi  nous  pouvons  dire 


d«  Dieu  et  k  consoler  ceax  et  celles  qat  7  sontoonduites.  Le  25  mai,  qaatre  re- 
ligieuses qui  a'aYaient  point  été  prises  arec  les  autres,  furent  conduites  en  prison 
,«7âc  les  autre}*.  Défense  a  été  faite  de  rien  leur  faire  passer  hier.  »  —  Le  4  juin  : 
«  Oa  parle  lie  mettre  les  soeurs  dans  des  bateaux  pour  les  faire  noyer  dans  la 
nviére.  »  ^  Le  24  juin  :  «  Sur  les  2  heures  après>midi»  on  a  pris  les  pauvres 
soeur»  qui  étaient  dans  la  prison.  On  les  a  attachées  deux  à  deux  et  conduites  au 
port  Inigny.  Ce  spectacle  a  attendri  toutes  les  âmes  sensibles.  Oo  ignore. ce 
qu'on  va  en  faire.  On  craint  qu'on  ne  les  fasse  noyer  en  route.  » 

(l)  Quelques  mois  aprèj,  le  3  novembre  1794,  Simon  Edon,  capitaine  de  g:en- 
darm«rît9  d*Angers,  fit  au  Comité  Révolutionnaire  la  déclaration  suivante  :  «  Après 
le  jugemeQi  rendu  contre  les  religieuses  déportées,  je  me  trouvai  avec  Félix,  pré- 
sident de  la  Commission  militaire,  qui  me  dit  en  causant  sur  le  voyage  de  ces 
r^ligiAuttsi  qu'ils  étaient  autorisés  par  Francastel,  représentant  du  peuple,  à 
mettre  dans  les  lettres  de  voitures  que  les  voituriers  ne  seraient  pas  respon- 
sablssd  aucun  coup  de  vent  ni  d*aacan  autre  événement...  • 


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»F*       W^'-^WT^ 


LA  DEPORTATION  DES  HEUGJEUSBS  A^GEVINES  39 

que  Douâ  avoûÊi  élé  à  la  guerre  sur  i'ddu  ;  heureusemeiit  pour 
DOUS;  DOS  gardes  manquaient  de  munitionSi  ce  qui  fit  faire  la  paix. 

Nous  arrivâmes  à  Nantes  vers  5  heures  du  soir,  et  nous  dé- 
barquâmes près  du  château,  où  il  y  avait  un  rassemblement 
nombreux.  Ma  sœur  dit  à  un  soldat  :  »  Citoyen,  j*ai  peur*  —  Pre* 
nez  mon  bras,  répondit-il,  et  soyez  tranquille.  »  On  laissa  Le  ba- 
teau en  pleine  eau,  et  nous  passâmes  sur  une  planche  Tune  après 
Taulre,  Oa  nous  déposa  sur  ta  place  du  Bouffay,  ou  nous  res- 
tâmes debout,  exposées  à  la  rigueur  du  soleil  et  aux  regards  de 
toute  la  multitude*  qui  ne  nous  parlait  qu'à  demt-voiXj  parce 
qu'elle  craignait  la  garde  qui  était  très  forte.  Je  tenais  sous  le 
bras  d'un  côté  ma  sœur,  et  de  Tautre  M^^'  Richou.  tante  de 
M^^*  Lemercier,  laquelle  avait  très  bonne  mine.  Un  jeune 
homme  l'aborda  en  disant  :  <c  Voici  la  Mère  Abbesse.  n  ^  A 
8  heures,  on  nous  mena  à  la  prison,  qui  regorgeait  de  prison 
niers.  Nous  vîmes  M^"'de  Charu  par  une  croisée  bien  grillée. 

Les  Nantais  étaient  fort  mécontents  de  n'avoir  pas  été  prévenus 
de  notre  arrivée.  Enfin  nous  fûmes  conduites  dans  la  salle  d'au- 
dience, dont  le  christ  était  brisé.  Le  parquet  nous  fut  donné  pour 
sommeiller.  On  nous  donna  aussi  de  la  boisson  dans  un  grand 
cuvier.  Vers  le  milieu  de  la  nuit,  les  portes  s'ouvrirent  :  un  grand 
nombre  d'hommes  armés  se  présentèrent,  Arent  le  tour  de  la 
salle  en  jurant  et  blasphémant.  Nous  étions  toutes  assises  le 
long  de  la  boiserie.  Immobiles,  ne  voyant  rien,  et  nous  reposant 
doucement  dans  le  calme  de  notre  conscience-  Ces  hommes  se 
retirèrent  comme  ils  étaient  venus. 

Le  5*  et  le  6' jours  de  notre  voyage»  nous  restâmes  à  Nantes  ; 
nous  repartîmes  le  7*,  à  dix  heures  du  soir.  Un  nous  ûi  sortir  8 
à  8  par  la  porte  du  Bouffay,  où  nous  montâmes  dans  des  char- 
rettes à  bcaufs.  Je  demandai  au  garde  placé  près  de  moi  dans 
quel  Heu  on  nous  déposerait.  Il  me  répondit  qu'il  avait  ordre  de 
nous  conduire  à  Savenay,  avec  défense  de  nous  Taire  aucun 
mal.  La  douceur  de  sa  réponse  m'engagea  à  le  prier  de  nous  re- 
commander à  la  garde  qui  te  relèverait. 

Le  1*'  juillet,  huitième  jour  depuis  notre  départ,  nous  entrions 
dans  Savetiay,  à  10  h,  du  matin.  L'église  paroissiale  de  Saint- 
Martin  nous  fut  assignée  pour  asile.  Les  habitants  nous  procu- 
rèrent tous  les  secours  que  la  charité  peut  suggérer.  Je  me  con- 
tentai de  demander  un  couteau  à  un  factionnaire  ;  ma  sœur  ûb* 
manda  des  ciseaux  k  une  petite  demoiselle  bien  gentille,  qui 


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90  KeVUB  DB  BHJBTAGNK 

au33itOt  Iq3  détacha  de  sa  ceinture  et  les  lui  présenta  avec  beau^ 
coup  de  délicatesse. 

..  Oq  «ait  tQu(  ce  qu*a  souCTert  Savenay  dans  ces  temps  malheu- 
reux* Quand  la  nuit  approcha,  il  fallut  rentrer  dans  l'église.  Ma 
sœur  et  moi  nous  prîmes  notre  repos  sur  les  marches  de  Taulel. 
Je  ne  tardai  pas  à  m*endormir.  Ma  sœ  ir  me  dit  le  matin  que 
toutes  ces  dames  avaient  été  incommodées.  Je  crois  que  nous 
Tûmes  les  ^ules  qui  n'éprouvâmes  pas  d'indisposition,  attendu 
que  nous  n'avions  rien  pris  d'extraordinaire. 

Le  2  juillet,  nous  sortîmes  de  Savenay,  à  six  heures  du  matin* 
Après  avoir  fait  trois  lieues,  nous  nous  arrêtâmes  à  Pon/  Château, 
ou  nou&  restâmes  dans  nos  charrettes  à  Tardeur  du  soleil,  très 
vive  ce  jour-là.  A  midi,  nous  arrivâmes  à  La  Roche- Bernard  ;  on 
nous  mit  dans  un  mauvais  grenier.  Un  homme  en  aidant  une 
malade  à  descendre,  lui  dit:  «  Vous  me  faites  pitié,  mais  votr^ 
cause  est  belle  ;  quand  on  fait  son  d^voir^  on  est  toujours  heu- 
reux ;  soyez  toujours  fidèle  I  » 

Le  3,  nous  partîmes  de  la  Rocbe-Bernardi  à  cinq  heures  du 
matin  ;  nous  fûmes  à  pied  jusqu'au  port,  et  nous  passâmes  laVi- 
lâinOf  accompagnées  d*unë  foule  de  monde.  C'est  en  cet  endroit 
qu*on  fit  sur  nous  une  très  jolie  chanson,  sur  TairilA/  vous  dirai- 
jey  maman,  qu'on  ne  se  contenta  pas  de  chanter,  mais  dont  on  nous 
&l  présent.  Nous  atteignîmes  de  bonne  heure  la  petite  ville  de 
HuziUac,  où  nous  coucbânes  entassées  les  unes  sur  les  autres 
dans  uoe  église  pleine  de  paille  et  de  poux.  Nous  éprouvâmes 
là  une  si  grande  chaleur  qu'une  bonne  Carmélite  ne  put  s'em* 
pocher  de  dire  &  la  municipalité  qu'elle  n6  voulait  pas  étouffer 
avant  d'être  rendue  à  sa  destination.  On  lui  répondit  :  «  Madame, 
nous  ne  répondons  pas  de  vous  ».  On  doubla  et  tripla  la  garde,  et 
il  nous  fut  impossible  de  sommeiller. 

Le  4  juillet,  à  cinq  heures  du  malin,  noui  quittâmes  Muzillac 
pour  aller  à  Vannes,  où  nous  arrivâmes  à  midi.  On  nous  logea 
dans  le  dortoir  de  la  maison  de  retraite,  où  nous  couchâmes  sur 
le  carreau  toutnu.  Les  municipaux  venant  le  matin  faire  leur  vi- 
site s'aTTëtèrent  aux  pieds  de  ma  sœur,  et  lui  demandèrent  si  elle 
voulait  faire  le  serment  de  liberté  et  d'égalité.  «  Messieurs,  ré- 
pondit-elle, si  j'avais  voulu  le  faire,  je  ne  serais  pas  venue  si  loin. 
—  Si  voua  saviez  ce  qui  vous  attend  î  reprirent-ils.  —  Le  Dieu 
pour  qui  je  souffre,  saura  bien  me  soutenir.  —  Vous  êtes  bien  or- 
gueilleusel  —  En  ngiatière  de  foi,  il  n'y  a  pas  d'orgueil  »  Voyant 


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LA  DIPURTATiO^f  DES  RELrctROSfiS  ANGEVINES  31 

qu'ils  ae  gagaaîent  rien,  ils  se  retirëren  t  en  silence,  aprùs  lui  ^voîr 
accordé  de  rencra^  dix  papier  et  des  plumes  pour  écrira  à  ma  mèr^. 

Le  5  jLiîUat,  nous  pardmes  de  Vannes,  &  sU  heures  du  matin  ; 
nous  y  laissàiies  Mme  Boulay,  reliKi^use  Carméntef  malade 
d'une  fièvre  putride.  Nous  passâmes  devant  ia  cathédrale  pour 
rejoindre  nos  charrettes,  et  nous  étions  entourées  de  personnes 
quÈ  gardaient  le  silence  et  qui  s'approchèrent  quand  nous  fûmes 
montées  dans  nos  voitures,  à  36  portières  ;  elles  me  donn&rent 
trois  crucifia  :  elles  paraissaient  painées. 

Nous  arrivâmes  de  bonne  heure  à  Auray »  On  nous  fit  descendre 
i  la  prison  nationale,  qui  était  belle,  mais  malpropre  et  de 
mauvaise  odeur,  et  dont  le  geôlier  n'était  pas  complaisant.  On 
nous  dit  que  notre  garde  avait  commandé  de  nous  faire  de  la 
soupe  sur  s%  paie^  ma^s  le  geôlier  n'avait  pa^  voulu  ta  laisser  passer . 

Le  6  juillet,  treizième  et  dernier  jour  de  notre  voyage  pour 
torieni,  nous  parltmes  d'Auray,  à  4  heures  du  matin.  Nous 
fîmes  halte  à  Landévanl,  oil  il  y  a  un  fort  joli  port.  Nous  eûmes 
une  très  grande  peur  lorsque  nous  entendîmes  crier  :  a  A  Veau 
les  femmes  des  prêtres  l  n  Nos  gardes,  sans  se  troubler  répon- 
dirent ;  **  Ce  sont  les  bonnes  soeurs  d'Angers.  ^  Nous  passâmes 
le  port,  et  nous  traversâmes  la  ville  pour  nous  rendre  au  ma- 
gasin des  Indes,  lieu  de  notre  déportation.  Nous  trouvâmes  tes 
bords  de  la  mer  couverts  d'ouvriers  et  de  vaissaux.  Oi  nous  dit 
qu'on  allait  nous  embarquer  avec  les  galériens  pour  Madagascar* 
Ce  bruit  fut  b^.entôt  détruit,  parce  que  les  armateurs,  voyant 
tant  d'homoies,  craignaient  une  révolte  ;  s'il  n'y  avait  eu  que  des 
femmes,  ils  les  auraient  mises  en  sûreté  1 

La  première  nuit,  nous  couchâmes  dans  des  hamacs,  lits  or* 
din aires  des  matelots. 

Dans  une  chambre  vis*à-vis  la  nôtrei  50  à  60  femmes  étaient 
là  en  arrestation.  Nous  étions  toutes  logées  dans  deu£  grandes 
salles  ;  nous  avions  pour  reposer  des  lits  de  sanglas  et  dtjs  cou- 
chettes sans  rideauic,  un  matelas  garni  de  filasse,  un  drap  de 
grosse  toile,  une  couverture  de  cheval,  un  révr^rbère  rempli  d'huile 
de  poisson*  Dans  chaque  chambre  il  y  avait  deux  forçats  pour 
nous  servir  ;  ils  étaient  honnêtes  et  complaisants.  Notre  nour- 
rîture  était  celle  des  matelots,  c'est-à-dire  de  la  soupe  dans  de 
petits  baquets  que  nous  entourions  10  à  la  fois,  une  ration  de 
vin  rouge  ;  le  tout  nous  était  distribué  par  un  maître  de  la  Ga- 
yemie  trois  fois  par  jour.  L'eau  douce  nous  était  plus  précieuse  que 


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#1  anm  m  iftCTAGXB 

U  rm,  fnsit  H  n>  avail  pas  de  puils  et  il  fallait  raller  chercher 
aux  KnnX'Honneê,  k  2  lieues  de  Lorient.  Je  laisse  à  jager  quel 
fui  riMtre  Je&Qis  dan»  Pli  i  ver  de  1794  à  1795.  Je  ne  dois  pas  omettre 
qu'on  ifî  servait  également  de  petits  baquets  à  soupe  pour  laver 
h  lirlff'^ 

Tr»ut  In  monde  était  admis  dans  Dos  salles^  et  ceux  qui  vou- 
laient r^xi^rcer  lu  chiirité  en  trouvaient  roccasion  (i).  Il  y  avait  une 
jnflrrn^riij  commune  pour  les  hommes  et  pour  les  femmes  ;  le 
mMHim  de  ta  marine  les  visitait  tous  les  jours  ;  il  voyait  fré- 
qiiumrnrnt  nia  sœur  qui  tomba  malade  etqui,  malgré  tous  les 
ffulns  pQinibtoH  nn  pareille  circonstance,  succomba  avec  de  très 
gfriridr^H  Inquiétudes.  Souvent  elle  répétait  devant  tout  le  monde, 
fît  rnArnii  di^vant  Ifii  forçats,  qu'elle  désirait  retourner  à  Angers 
pour  avoir  un  prêtre.  Elle  poussait  cette  plainte:  «  Ah!  mon  Dieu, 
fnnt'll  nimirir  sans  avoir  la  conaolaiion  d'ôtre  assistée  par  le  mi- 
UÉHtrfM)uHMlgneurt)»Uii3lqu'un  lui  on  ayant  offert  un,  elledemanda 
s'il  avitit  prAtrï  le  serment.  Sur  ta  réponse  affirmative,  elle  le 
n^fufiti  avec  [ndignalion>  R'Ile  sa  fit  lire  Tévangile  de  la  Passion, 
tiL  mri  dit  ptustiMirs  Tois  i  »  Tu  t'en  retourneras  à  Angers,  prends 
îfardn  h  Lut,  iU  tuiLortilleront  si  bien  les  choses  qu'ils  vous  sur- 
priuuirunt.  i^Noub  t5Ûmes  la  visitodes  autorités  qui  accompagnè- 
nnitnn  reprt^Metitiint,  Itiquet  étant  Brrivé  devant  son  lit  lui  de- 
ntitn«Ja  ni  ellenvait  quelque  choso  à  réclamer.  «  Le  ciel,  citoyen, 
rAfuHidii  elle  KfiitfiM  moi  le  plaisir  de  me  procurer  votre  registre.» 
Il  Ui  tn,  lit  tnuifi  mouranle  qu'eHe  était,  elle  copia  notre  jugement, 
qui^  ïnmi  fr^ro  K^^r^^^'  {^ncore  avec  ses  papiers  de  famille.  Nous 
Iritoiions  pour  lus  liabitautsile  la  ville.  Un  jour  qu'elle  vit  une 
mhKi^tJtif  It'S  bras  croisés  près  de  son  lit»  elle  lui  dit  :  «  Travailles 
doni\  on  ttirait  quft  It^s  rcligieiiaes  sont  des  paresseuses.  »  Vous 
pouvïii  piuiii?r  combien  U*s  Jours  me  semblaient  longs  en  voyant 
ainsi  souffrir  ma  pœtir.  KuAnDieu  mit  un  terme  à  ses  souffrances 
H  rappf  t*  k  lui  la  :^3  janvier  1795.  à  I rois  heures  de  Taprès  midi. 
"  8ur  la  fin  dt'  tw  mnhidit\  ««Ue  demanda  à  mon  insu  à  voir  une 
Sivur  de  8au)t  Jean«  paralytique  La  94»ur  supérieure  fut  de  suite 
au  lit  At  i^**Ue  pauvre  inrtrme  et  lui  dit  :  «  Sœur  Geneviève, 
M**lVmpl#ne  wmt  dt^m^udi^  *  Aussitôt,  sans  délibérer  et  sans 
fair^i  aui^niud  r^(HUi»9.  «He  part  conime  ai  elle  eût  été  en  santé, 

,1    U  n  m^^u  -Vf#  l't*    îi   Urwr»U  J'Am^^pi^  »«nt  a*»*  *>•  J^H^nMl  :  •  0« 


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LA  DKPOBTATIO^J   DES  BBLtGÏKUSSS  ANG£VIN£S  ^ 

traverse  une  très  tonge  sallo  et  se  rend  auprès  de  ma  sœur.  La 
supérieure,  personne  d'un  grand  mérite^  en  me  racontant  ce 
trait,  m'assura  qu'elle  avait  cru  y  voir  un  miracle,  qu'elle  attri- 
buait à  sa  prompte  obéissance.  J*ai  vu  cette  soeur  infirme  plu- 
sieurs fois  depuis  ce  temps,  ce  qui  m'a  confirmé  dans  le  senti- 
ment de  la  supérieure  (1). 

Nous  avions  aussi  une  sœur  dtj  Buron,  de  ChâteaagODlier{2), 
une  Dominicaine  ou  Mayette  du  Mans^  arrêtée  pour  avoir  caché 
un  prêtre  qui  fut  aussitôt  guillotiné,  et  elle  fut  condamnée  à  la 
déportation,  d'où  elle  ne  revint  qu'après  nous.  Il  lui  fallut  un 
grand  courage  pour  se  soutenir,  traînée  ainsi  seule  de  prison  en 
prison.  Il  y  avait  encore  avec  nous  une  dama  de  Mello,  religieuse 
de  la  Fidélité,  qui,  je  croîs,  avait  un  cancer  ouvert,  ce  qui  ne 
Te  m  pécha  pas  de  confesser  sa  foi* 

La  mort  de  Robespierre  mit  un  terme  à  nos  maux.  On  vint 
chercher  les  déportées,  comme  on  aurait  fait  des  marchandises 
venues  des  Indes.  Je  fus  prise  par  une  charitable  veuve,  dont 
toate  [a  famille  s'empressait  ^  me  faire  plaisir.  Pour  moi,  je  ne 
songeais  qu'à  retourner  chez  mes  parents.  Le  bon  Dieu  vint  à 
mon  secours.  Il  y  avait  à  Lorient  une  dame  qui  partait  pour 
Nantes  ;  elle  m'offrit  de  raccompagner,  ce  que  J'acceptai  à  con- 
dition qu'on  me  donnerait  une  adresse  sûre  pour  cette  ville.  Ma 
demande  fut  accueilïie,  je  fus  pdressée  à  un  négociant,  chez 
lequel  je  passai  un  mois,  à  l'égale  satisfaction  de  l'un  et  de 
l'autre. 

Pour  seconder  Timpatience  oîi  j'étais  de  revoir  une  mère,  un 
frère  et  une  soeur  que  j^aimais  tendrement,  il  me  procura  un  ba- 
teau pour  me  rendre  à  Angers,  où  il  voulut  me  conduire  lui- 
même.  Nous  y  arrivâmes  le  jour  de  Pâques  (5  avril  1795}, 

M°*'  Boulay,  Carmélite,  que  nous  avions  laissée  h  Vannes,  vint 
nous  rejoindre  aussitôt  que  sa  santé  fut  rétablie^  malgré  les  op- 
positions des  dames  de  Phôpital  et  des  messieurs  de  la  ville. 
Elle  leur  répondit  qu'elle  ne  voulait  point  passer  pour  avoir  fait 
le  serment.  Un  brave  gendarme  eut  la  complaisance  de  la  rame- 
ner derrière  lui  fut  son  cheval  à  Angers  ;  elle  alla  finir  ses  joura 
chez  les  Carmélites  de  Tours,   accompagnée  de  M'"*  Roussel, 


(I)  La  sfï^tir  GeneTÎèvâf  do  a  t  il  nat  tel  qu^ition.  FHlé  dif  la  GLi^nt4  da  Th^pilal 
âAtDt'X^m  d'AagEïr«,  rentra  iiao9  câtte  ua^igoo  en  1 7'ij  «t  j  moarnt  i&  ïljmn  1807   , 
(1)   Elle  fl«  QOnimaLt  AlUîr«i. 

Janciar  i^Ûé  i 


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m  REVUE  DE  BRETAGNE 

J'aurais  bien  désiré  les  suivre^  mais  elles  me  dirent,  que  Dieu 
avait  d'autres  desseins  sur  moi. 

En  efTel,  après  avoir  fait  mes  arrangements  avec  mes  parents 
lit  avoir  rempli  les  volontés  de  ma  mère,  je  me  décidai  à  venir 
donner  un  peu  de  secours  à  nos  mères  de  Château-Gontier»  ce 
que  je  fis  avec  un  très  grand  plaisir.  Maintenant  je  ne  désire 
qu'une  mort  heureuse.  Amen,  Amen  (1). 

La  mère  NCautarleaa  mournt  dans  son  ûouvent  de  Chfttean-Gontier 
le  31  mars  1849,  &gé6  de  88  ans, 

P.  UZUREAU, 

Directeur  de  V ANJOU  HISTORIQUE. 


{\)  Annttlêâ  âé  Vordre  û^  Sainië-Unulâ  exît    XIX*  siècle^  l,,  pagas  lu   «i   f^nU 


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LE  POÈTE  LECONTE  DE  LISLE 


ETUDIANT  EN  DROIT  A  RENNES 


L'académicien  Lecoate  de  LUfe  (Charles-Marie),  bit^n  que  né  à 
Saint-Paul,  dans  Tîle  de  la  R^>union,  était  d'origine  bretonne. 
il  viat  en  France,  en  1B37,  chez  son  oncles  maire  da  Dinan,  et 
plus  tard,  en  18%0,  nous  le  trouvons  étudiant  en  droit  à  la  faculté 
de  Rennes^  ^t  demeurant  dans  cette  viUei  che^âa  tantaj  M""^  U- 
ger,  rue  des  Carmes^  y. 

Le  futur  auteur  des  Poème$  barbare i  et  des  Poèmes  tragiques 
n'avait  guère  que  2Û  ans  et  déjà  la  Muse  Tavait  touché  du  doigt. 
11  écrivait  de  fort  jolis  vers  et  des  nouvelles  très  originales. 

Dès  à  cette  époque,  c'était  un  solitaire  et  un  laborieux.  11 
n'allait  pas  dans  le  mondf^  et  ne  fréquentait  que  quelques  amis, 
avec  lesquels  il  fonda  une  Revue  littérnire  n^ensuelle  qui  eut 
pour  titre  La  Variété,  Kile  élail  du  format  de  la  Revue  des  Deux- 
Mondes t  ei  chaque  livraison  avait  92  page»  d'impression.  Elle 
vécut  un  an. 

Je  possède  les  12  livraifcons  parues^  et  je  remarque  que  La  Va- 
riété était  en  grande  partie  rédigée  paf  Leconttj  de  Liste,  qui  y 
publia  des  esquisses  littéraires  en  prose  dans  un  style  char- 
mant :  Hoffmann^  De  la  satire  fantiistique  ;  —  Schéridan,  De  l'art 
comique  en  Angleterre  ;  —  André  Chénier^  De  la  poésie  lyrique 
k  la  fin  du  XVlli*  i^iècle  ;  et  Mon  premier  amour  en  prose.  Des 
poésies:  h^a-Ben  Maviam;  —  Lélia  dans  la  solitude;  —  La 
Gloire  et  le  siècle  ;  -   A,  M*  F.  Lamennais  \  Hehdiei  Sléphany^ 


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|«  Rf VL'E  DE  BaETAGBfB 

Bêii^oHabûratéurs  <5titîenl&louardTorquely  (qu'on  appela  plus 
lard  le  nu  aîné  de  Lamartine),  —  P.E.  Duval,  —Emile  L^nglois, 
—  AJex/indre Nicolas,—  Charl^fs  Bénéz\U  —  Charles  Vergos,  — 
N.  Mïlle*  —  A.  Lefas,  —  Julien  Rouiïet,  —  de  Labasfang,  —  J. 
M.  Tiengou,—  P,  M.  Vill^hlancb*?,  —  Kdouard  Alix,  —  Jules  de 
la  Oardiôre,  —  CJ^jarl^;»  de  Ullormay 

L'[in  de  ces  jeunes  gtius  écrivit  à  Chclteaubriand  pour  lui  de- 
mander BU  collaboration.  L'auteur  de  René  répondit  : 

PatiSy  14  mai  1840, 

«  VolTiî  lettrG,  Monsieur,  m'a  fait  un  bien  grand  plaisir  en 
m'appn^titint  Tutila  et  généreuse  entreprise  des  jeunes  Bretons 
vosamiiï^  (Iroyez»  Monsieur,  que  si  je  n'avais  pas  entièrement 
renoncé  aux  lettres  et  à  la  politique,  je  vous  demanderais,  tout 
vinnx  qUB  jn  Buts,  à  combattre  dacs  vos  rangs.  Grâce  aux  armes 
modorneë,  l*âgo  n'est  plus  une  excuse  pour  refuser  de  descendre 
lin  ctiamp  clos  ;  niaiij,  pour  écrire  avec  succès,  il  faut  avoir  la  foi, 
et  Jti  n'en  ai  plus  aucune  dans  la  société.  Tous  mes  vœux.  Mon- 
nlour,  seront  pour  volrtj  Hevue  iiiiéraire^  Il  y  a  aujourd'hui  en 
Mn'liigun  trois  ou  quatre  talents  dont  les  preuves  sont  faites,  et 
qui  ^Bfont  sans  doute  très  disposés  à  vous  prêter  secours  dans 
viiâ  bulles  uludes. 

«  Agrôoiî*  etc. 

i^  CUATBAUBRIAND.   » 

Mais  rt'Vt'tuin.<  \x  Leconte  de  Lisie  ; 

Sa  uouvoUti  .Vqh  premier  €unonr  en  prose  ^ni  une  bluette  ravis- 
santis  pleine  d'humour  et  d'espriK 

tVesl  un  souvenir  de  Ttle  de  la  Réunion. 

Li*  poMû  racutîlô  qu'il  aperçut*  un  jour  dans  une  église  de  ce 
|ïay$,  une  jeune  femme  h  la  peau  orangée,  aux  lèvres  de  rubis, 
caohôe  ?eous  an  chapeau  de  paille  à  roses  blunches  et  à  rubans 
wriéis  11  eu  devint  tH^t'ï'^^^^^ient  amoureux, 

«  Si  W  ii^iîeil  du  p^radi5,  di:îiit-il  dans  5es  rêves,  s'est  joué 
doucement  *iir  lef  l^vriôs  rose^*  o  mou  âme  î  je  sais  un  soleil 
pïu$  deu,\  encort*:  —  U*  eomuis-tut 

•  Si  quelque  ange  ^mi5  dao*  Ion  s^unre  un  souiiîe  plus  lim- 
pide et  plu*  p.*rfumi^  que  U  senteur  de  U  myrrne  —  je  sais  uq 
Sgu^Ae  qui  donne  des  ailes  pour  >  w:el  :  —  \c  connais-tu  ? 


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LK  POÈTE  LLGONTE  DE  LISLE  37 

^  Si  la  nuit  éblouissante  a  couvert  tes  cheveux  noirs  de  son 
otûbre  divine,  —  je  sais  uq  voite  plus  discret  et  plus  beau  :  —  le 
COQ  nais-tu? 

•  Ce  doux  soleil t  ce  voile  discret  et  beau,  ce  souffle  céleste, 
ô  mon  âme,  c'est  ramour!  n 

Il  aima  la  femme,  à  la  peau  orangée  et  au  chapeau  de  paille 
à  roses  blanches  et  à  rubans  ci;rise,  jusqu^au  jour  où  la  rencon- 
trant dans  un  manchy,  portai»  par  des  nègres,  il  l'entendit  crier 
d'une  voix  aigre,  fausse,  perçante,  saccadée,  méchante  et  inin- 
ieltigente  :  ».  Louis,  si  le  manchy  n*est  pas  au  quartier  dans 
dix  minutes,  tu  recevras  vingt-cinq  coups  de  chabouc  ce 
aoirl  > 

L'amoureuE  prit  alors  une  pose  grave  et  triste,  puis  il  étendit 
la  main  vers  cette  perle  de  la  nature  matérielle  qui  ne  renfermait 
pas  d'âme,  il  lui  dit: 

~  Madame,  je  ne  vous  aime  plus  ! 

Elle  répondit  par  un  éclat  de  rire  strident^  et  s*éloigna,  portée 
par  sas  noirs^ 


Les  poésies  de  Leçon  te  de  Lisle,  dans  la  Variété,  sont  trop 
longues  pour  Ôtre  reproduites  ici  en  entier,  nous  nous  contente- 
rons de  citer  quelques  strophes  de  La  Gloire  et  le  Siècle. 

tïon,  Id  gloire  n'est  ptua  cette  voix  solennelle, 
Que  vingt  siècles  éteints  ont  rendue  éternelle  ; 
Cette  voit,  qui  du  food  des  temps  évanouis 
Cliante  Homère  ou  Virgile  *in  nos  cœurs  éblouis  ! 
UommQ  le  bruit  des  mers  toune  et  meurt  sur  la  grève, 
La  gloire  de  ce  sièele  a  le  destin  du  rêve  ; 
Et  ces  nomâ  triomphantî»,  que  sa  voix  a  sacrés 
Pareils  à  des  rayons  dans  ieî^  cieux  égarés, 
Symboles  inaonstaats,  que  médite  le  sage, 
S'engloutiront  bientôt  dans  leur  passé  sans  ftge  ! 
Us  dorment  pour  toujours  ces  siècles  de  splendeurs, 
Dont  le  génie  enfant  domine  nos  grandeurs  ; 
ûu  Dante,  où  kaptiai^l,  Taigle  à  côté  de  Tange, 
Où  le  sculpteur  géant  qu'on  nomme  Michel-Ange, 
Se  partageant  enfer^  cieii\^  larmes  et  rayons. 
Semblent  dans  le  passé  d'immenses  visions  : 


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M$  REVUE  DE  BRfiTAaflK 


Oh!  n*éveiUedonc  pas,  cœur  doux  et  fiolitaire, 
Goaar  oii  ctiËLiite  la  foi,  oat  Edâa  de  la  terre  I 
Oh  I  n'éveille  donc  point,  dans  ta  sincérité, 
La  gloire,  ce  gerpentt  soas  les  tieurs  abrité  ! 
La  gloire,  ce  vain  son  des  voii  coatâmporaines  1 
Cet  orgueil  quï  surgit  d'un  amas  d'cBUvr^s  vaineâ. 
Qui,  semblable  aur  vapeurs  que  poursuivent  dob  Tœux» 
Croît  en  se  dissipant  remonter  vers  les  cieaxl 


Il  y  avait  à  Rennes  un  horloger  du  nom  d'Edouard  Alix  qui, 
lui  ausâi^  était  poète  à  ses  heures,  et  chez  lequel  Leconte  de  Lisle 
allait  souvent  causer. 

Alix  était  un  garçon  d'esprit,  fort  aimable  et  grand  ami  de 
la  jeunesse.  Tous  les  collaborateurs  de  La  Variété  redonnaient 
rendez -vous  chez  lui. 

L'horloger  poète  avait  un  album  qui,  par  le  plus  grand  des  ha* 
sards,e3t  devenu  ma  propriété  et  où  se  trouvent  les  vers  suivants 
de  Leconlede  Lisle  : 

PREMIERS  REGRETS 

0  revenez,  mes  joueuses  chimères  1 
Oiseaux  dorés,  célestes  passagers,  ' 

Tendez  vers  moi  vos  ailes  éphémères, 
Veuez  berser  mes  tristesses  amères 

De  chants  légers  t 
L'heure  n>st  plus  oïi  le  bonheur  facile, 
Gonde  le  cœur  de  désirs  superdus; 
Où  le  doux  rèvô  à  tous  les  vents  vacille  \ 
L'heure  est  venue  où  la  vie  indooile 

Ne  sourit  plus  ! 
L'heure  est  venue  ou  la  brune  vallée 
tTa  plus  d'échos  pour  les  adieux  du  jour  ; 
Ou  la  candeur  aux  cieux  s'est^en roiée, 
Oix  tout  s'enfuit  de  r&me  désolée, 

Même  Tamourî 


y  ■  Digitized  by  VjOOÇ IC 


LE  POÈTE  LKCDNTE  OE  USLK 

0  revenez,  mes  joyeuses  chimères  1 
Oiseaux  dorés,  céleste»  passagers, 
Tendez  vers  moi  tos  aï  te  s  éphémères  ; 
Venez  bercer  mes  tristesses  amères 
De  chants  légers  \ 


Au  mois   de  décembre   iS42,  Leconle  de    Lisle  et  ua  autre 

étadiaat,  appelé  Duclos,  essayèrent  eD  vain  de  faire  paraître  le 
premier  numéro  d'un  journal  mensuel,  littéraire»  critique  tst 
politiqae,  ayant  pour  titre  :  Le  Scorpion  qai  avait  été  annoncé 
par  un  prospectus. 

Un  procès  fut  intenté  à  M.  Jausîons,  imprimeur,  qui  avait 
refusé  le  concours  de  ses  presses.  Nos  jeunes  gens  lui  de- 
mandaient 1.500  fr.,  de  dommages-intérêts  et  20  fr.,  par  jour  de 
retard. 

M*  Provins,  leur  avocat^  se  basait  sur  Tart.  7  de  ia  Charte  de 
18M,  qui  donnait  aux  Français  «  le  droit  de  publier  et  de  faire  im- 
primer leurs  opinions  *>• 

*  Le  refus  des  imprimeurs,  disait-il,  s'il  était  sanctionné  par 
une  décÊsioa  du  tribunal,  serait  une  annulation  de  cet  article, 
puisque  le  droit  d'imprimer  n'ôlait  accordé  qu'à  un  petit  nombre 
de  personnes.  »> 

L'aËTaire  occupa  deux  séances  du  tribunal  civiL 

Le 2  janvier  1843,  devant  un  nombre  considérable  d'étudiants, 
M*  Carron,  le  défenseur  de  l'imprimeur  Jausions,  déclara  que 
l'esprit  du  journal  Le  Scorpion  méritait  la  réprobation  des  gens 
de  bien. 

^  On  s'explique  dès  lors«  ajoulatt^t,  pour  quels  motifs  tous 
les  imprimeurs  de  Rennes,  hommes  qui  doivt^nt,  comme  tous 
les  industriels^  profiler  de  toutes  les  occasions  pour  faire  des 
aiïairefl,  se  sont  abstenus,  au  mépris  de  leurs  intérêts,  de 
fournir  leur  concours  au  journal  en  question.  Il  résulte,  en 
effet,  d'un  prospectus  déjà  imprimé,  et  des  articles  d'un  premier 
numéro  que  Ion  avait  proposé  à  Tim pression,  que  les  person- 
nages  les  plus  recommandables  par  leur  position,  et  les  plus 
honorables  par  leur  caractère,  devaient  tour  à  tour  être  soumis 
aux  attaques  du  Scorpion. 

En  prêtant  le  concours  de  leurs  presses  à  de  pareilles  œuvri^s. 


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^0  REVUi!:  DE  BRETAGNE 

qui  devaient  aécessairement  provoquer  les  poursuites  du  minis- 
tère public,  les  imprimeurs  n'engageaientils  pas  leur  responsabi- 
litéT  Ne  s'exposaient-ils  pas  à  être  acousésde  complicité  avec  les 
auteurs  du  journal.   » 

M.  Malberbe,  procureur  du  roi ,  donna  des  conclusions  en 
faveur  de  la  plaidoirie  de  M^  Carron. 

Enfin  le  9  janvier  1843}  le  tribunal  donna  gain  de  cause  à  l'im- 
primeur Jausions  en  déboutant  les  demandeurs  de  Taction 
qu'ils  lui  avaient  intentée. 

£t  voilà  pourquoi  le  journal  Le  Scorpion  ne  vit  pas  le  jour. 

Adolphb  Orain 


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DEVANT  L'ÉPAVE  DU  PRIMAUGUET 


Au  Barde  qui  si  ckanU  Pritnauguei 

0  pauvre  vieux  Croiseur,  déchiqueté,  brisé, 
Tqq  nom  :  t  Le  Primauguet  »  évoquait  des  batailles  1 
Maînteuant  des  bourreaux  font  crouler  lei  muraiUeflj 
Veatîge  d  autrefois;  sur  la  grève  échoué . 

La  mer  vient  doucement  caresser  ton  Bquelettep 
Le  ciel  s'est  endeuillé  de  fins  nuages  blaucs. 
Que  le  soleil  de  mars,  de  ses  rayons  tremblants. 
Perce,  pour  éclairer  ta  forme  si  coquette. 

Lliomme  r&néantlt,  car  toute  chose  passe; 
Hais  moi  je  Vaime  ainsi,  triste  et  chère  earcasse. 
Et  je  veux  dans  mon  cœur  garder  ton  aouvenir  t 

Adieu I  repose  en  paix,  i"^  vieux  vaisseau  de  France! 
Moi,  j'ai  dit  à  3otrelt  ton  chantre,  ma  soullrance 
De  t'a  voir  vu  trembler  —  toi  le  Brave  —  et  mourir 

E,  KERNÈis 
Grève  du  Ga^-ên-Saini-Marc,  lu  2~i  mare  iPûT 


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GLAHAR     ER    BARH 


à^RXi    BREIH-IZEL 


D'en  Eutru  £n  Estourbeillon 
é  testoni  a  garante. 


Itif'stoio. 


Ton  Kkmhaku, 


^^^^^^M^^ 


Gué'ha  -  rai,  o  Breih    ka  -  ret.  Ha  hanù  ér   bed  'oé  bru- 


m^^^^^^^^^^m 


det.  Meï-ko-  ni  -  us.   Ter  ha  aer  -  hus,  Ti  oé  hemb  par  Ar  en 


^^mM^im^^^^^ 


doarl     Allas  l    blDiii.  o  mem  Bro,  Thum  daul   de  gousket  en 


^^te^jÉ^^^s 


droî  0  peh  sa- far  î  O  peh  gïa*har!'Ous  e  ver-ùel,  Breih -I  -  zel. 


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LE  CHAGRIN  DU  BARDE  if 


Ha  h&nû  ér>ed  oé  bmdet  : 

Melkônias, 

Ter  ba  nerhtis, 

11  oé  liemb  par 

Ar  BU  ddar. 

Allas  1  hiniû,  a  mem  Bro, 
Tboca  daul  de  gouBket  en  dro  1 

0  p^b  safar  ! 

0  pdii  glahar  1 

'Ous  é  vertitli 
Breili'lxei  i 

■m 

Tî  ken  difaaud,  guéharal, 
PeraL  ptegeg  tj  ha  dalî 

Ha  ti  kan  peur, 

*Re8  U  ha  eur 

D'en  es  Ire  n  fal 
A  Vro-Gal  ? 

lit 

Ti  *oer,  allas!  a  goal  più, 
E  ouB  goal-draillôt  hïDlû  ? 

Fal  Fransi/jo^, 

Eneberiofi, 

Petftf  ha  cbuj 
'Ven  disiroj!! 

TV 

En  Arvor  taag  en  Argoed, 
E  falat  er  Vretoried  1 

'Ran  ket  mm  n'hé, 

D'où  bugalé, 

les  na  mocteu 
Ou  z&deu  1 


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*^  REVOB  hn  BRETAGNE 


Eq  Arvor  hag  «n  Argoed, 
E  goaDnat  er  Vretoned  ! 

Erguerzenneu, 

Er  soônenQeii, 

Ne  boulant  ket 
Ou  laret  ! 

m 

Na  penaus  e  oh  kablus, 
Kereni  digarant^us  1 

£  Breih-Iz€l, 

Gober  Brezel 

D'er  brehonneg  1 
Tra  dibueg  ! 

DiSXAN  deùâa:^ 

0  pegûurs  enta,  m  en  Doué, 
Ë  achiûoa  men  buhé  : 

Eit  ein  ôr  marù 

Ne  vou  ket  garù, 

ûus  e  verùel 
Breih-laeilîl„- 

Efflam  Kûbi>-Skaù. 


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LE  GnAGR[S  DU  BURDK 
TRADUCTION 

LE   CHAGRIN    DU    BARDE 
LA  MORT  DE  LA  BRETAGNE 


A.  M.  DB  l'Estoobbiillom. 
en  témoignage  d'amiti*. 


Autrafois>  ù  Bretagne  chérie,» 
Ton  nom  dins  Tuaivârs?  était  vénârl^ 
Kél&ncolîqae, 
Forte  et  solide 
Tu  étais  s^n^  é^&le 
Sur  la  terre. 

Hélas  î  ftujourd'tiui,  6  mon  paya. 
Tu  ta  rendors  à  nouveau. 

0  \  quel  malheur! 

0  !  quel  chai^rla  I 

Tu  meures, 
0  Bretagne  I 

tt. 

Tôt  si  libre  jadis, 

Pourquoi  inclines  taie  front? 
Ettoi'si  pauvre 
Donnes-tu  ton  or 
Au  mauvais  étraoger 
Dd  France  ? 


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fiB  HEVUK  DE  BRETAGNE 


m 


•    . 


Tu  saÏB,  hélas  i  de  la  part  de  qui 
Tu  es  aussi  morfondu  aujourd'hui 
De  méchants  Français^ 
Tes  ennemis. 
Jusqu'à  ton  souvenir 
Veulent  déiruire. 

IV 

En  ÂfTor  et  eu  Argoed 

{Sur  le  ImPiJ  di*  la  rupr  pt  rlans  la  hauliî  lerre  ) 

Les  Bretons  se  corrompent, 
lis  n'enfiejguënt  plus 
A  leurs  enfants 

Ni  la  langue  ui  le3  coutumes 
De  leurs  pères. 

V- 

En  Arvor  et  en  Argoed 
Lea  Bretons  faiblissent^ 

Les  guerzes, 

Ni  les  soues. 
Us  ne  savent  plus  les  chanter. 

VI 

0  combien  vous  êtes  coupables, 
0  parents  pervers  ! 

En  Bretagne 

Faire  la  guerre 

Au  breton, 
Chose  inf&me  l 

O  quand  donCi  5  mon  Dieu, 

Finira  ma  triste  vie  ! 
Pour  moi  La  mort 
Sera  moins  amèr« 
Que  de  voir  mourir 
Ui  Bretagne. 

tV¥LkM    KOED-SKAUi 


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EsBAÎ  sur  i administration  génf^rale  d*un  Disirict 
pendant  la  Hévoîulion. 


LE  DISTRICT  DE  ROGIIEFORT 

1'^  JUILLET  179(J  -  20  MAI   1795(1) 

PRIEUR   DE  LA  MARNE   RENVERSE  LE   DIRKCTOIRE  (2). 

u  Le  24  février,  pendant  que  le  Directoire  de  Rochefort  éUiit 
en  séance,  ne  se  doutant  de  rien,  le  citoyen  Manuel,  commissaire 
du  représentant  du  peuple.  Prieur  de  ta  Marne,  arrive  brusque- 
ment au  milieu  des  conseillers  et  lut  l'arrêté  suivant  :  «  Liberté, 
EfBlité,  Fraternité,  au  nom  du  peuple  français,  à  Vaanes, 
ce  i*'  ventôse»  an  K  de  la  r*5 publique  française,  une  et  indi- 
visible. 

Le  représentant  du  peuple  dans  le  Morbihan,  en  vertu  de  pou- 
voirs à  nous  donnés  par  la  Convention  nationale,  en  vertu  de 
la  loi  du  16  août  dernier,  articles  fî  et  7,  avons  arrêté  ce  qui 
suit  : 

a  Les  administrateurs  actuels  du  district  de  Hoche-des*Tois 
sont  destitués  de  leurs  fonctions  et  sont  provisoirement  rem- 
placés par. . , 

41  Les  juges  du  tribunal  du  district  sont  destitués  et  remplacés 
par.,. 

(I)  Voit  k  Rçrue  de  décembre  I«a7. 
(I)  Ltff  notes  de  M.  Piéderrièr«. 


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48  REVUE  DE  BRETAGNE 

t'  Le  citoyen  Manuel  est  chargé  de  l'exécution  du  présent  décret, 
il  se  rendra  sur  les  lieux,  prendra  des  renseignements  précis  sur 
la  conduite  des  membres  de  la  municipalité,  du  comité  de  sur- 
veillance, des  citoyens  républicains  proposés  pour  remplacer 
tous  ceux  qui  sont  destitués.  Il  est  chargé  d'instituer  une  société 
populaire,  composée  de  trois  sans  culottes. 

Signé  :  Pribuh  db  la  Marnb. 

«  Aussitôt,  les  anciens  administrateurs  sortirent  du  lieu  des 
séances  et  furent  remplacés  au  plus  vite  par  les  nouveaux  nom- 
més. Manuel  leur  dit:  «  que  le  Représentant  du  peuple,  Prieur 
de  la  Marne,  leur  confiait  de  hautes  et  importantes  fonctions 
qu'ils  sauraient  remplir  en  étudiant  la  loi  du  14  frimaire  précé- 
dentp  » 

«  La  venue  de  Prieur  de  la  Marne  avait  pour  objet  d'épurer  le 
Directoire  en  éliminant  ses  éléments  modérés  pour  les  remplacer 
par  las  plus  farouches  révolutionnaires.  \ 

ff  Le  25  février,  les  nouveaux  administrateurs  reçurent  en  don 
patriotique  de  Tagent  national  de  la  commune  des  Fougerèts  un 
ciboire  et  un  ostensoir  qui  pesaient  7  marcs  û'argent. 

»  Le  commissaire  qui  avait  accompagné  la  force  armée  le  17 
courant  arrive  et  fait  son  rapport  :  «  j^rançois  Nyol  et  Mathurin, 
son  fils,  avaient  eu  connaissance,  dès  le  20  février  de  Tannée 
précédente  de  l'attroupement  qui  devait  avoir  lieu  à  la  Chapelle- 
des-Landes  en  la  commune  d'Allaire,  et  comme  notables  surtout, 
ils  devaient  en  donner  connaissance  à  Tautorité.  Ce  qu'ils  n*ont 
pas  fait  et  ce  qui  donne  lieu  de  soupçonner  leur  civisme.  En 
outre,  ils  ont  des  rapports  avec  les  prêtres  réfractaires  et  ont 
assisté  plusieurs  fois  aux  processions  faites  à  Saint-Jacut  pro- 
cessions qui  avaient  pour  but  de  chanter  des  prières  et  litanies 
dans  une  pensée  contraire  à  la  Révolution.  Ils  ont  aussi  caché  et 
retenu  pendant  15  jours  des  chefs  de  brigands. 

«  Joseph  Roussel  était  avec  les  Nyol, un  des  principaux  chantres 
des  processions  de  Saint-Jacut,  ainsi  que  Julien  Grâyot  qui  de- 
puis ^'esL  oppocé  à  l'exécution  de  la  loi  sur  le  recrutement.  » 

^  Le  directoire  arrêta  que  Joseph  Roussel,  et  Mathurin  Nyol, 
soumis  à  la  première  réquisition^  partiront  à  l'heure  même  pour 
Ttirniée  ;  que  François  Nyol  et  Julien  Grayot,  également  saisis, 
vont  être  envoy('»s  au  tribunal  révolutionnaire  de  Brest.  Les 
scellés  sont  apposés  sur  leurs  meubles. 


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^^wr 


LE  DISTRICT  DK  Î^ÔCflEFÔRÎ  4| 

s  Le  2S  février,  le  Représentant  du  peuple  Laignelat  ordonne 
aux  femmes  d'ensemencer  le  20*  de  leurs  terres  labourables  en 
pommes  de  terre. 

n  Le 4  mars, sur  la  demande  du  comité  desurveiliance  de  Peil* 
lac,  on  accord  3  k  M*  Pucelie,  prfitre  non  assermenté,  jusque-là 
Caché,  la  permission  de  se  rendre  seul  aux  prisons  de  Vannes, 
Le  directoire  accepte  ces  recommandations  de  l'ex-prôtre  pa- 
triote, Dugoé,  et  prend  en  cûnsidératiDo  les  infirmités  de  vieil-p 
lesse  de  Pucelte.  Cependant,  s'il  ne  s*est  pas  présenté  devant  1q 
comité  de  surveillance  de  Vannes  au  moins  le  9  courant,  il  st^ra 
arrêté  par  la  force  publique. 

«  Le  6  mars,  la  ville  de  Bordeaux  réclame  encore  du  grain  :  on 
lui  répond  que  le  district  est  déjà  dans  une  misère  profonde. 
A  la  même  séance  se  présente  le  président  du  comité  de  surveil- 
lance de  Caden.  Il  annonce  Farrestation  de  Jacques  Dubot,  vagan 
bond  mendiant»  originaire  de  Péaule,  et  demande  son  incarcé- 
rât ion  fondée  sur  ce  que  tous  ses  pareils  sont  des  agents  de» 
chefs  de  brigands  qui  tendent  à  soulever  les  campagnes.  Celui- 
ci  ne  peut  faire  exception. 

«  Le  7  marSj  5 boulangers  du  district  partent  en  destination  de 
Brest  pour  se  mettre  au  service  des  armées  de  terre  et  de  mer* 

«  Le  il  marSj  le  chirurgien  du  district  se  présenta  cjevant  le 
Directoire,  Técharpe  aux  couleurs  nationales  teinte  de  sang.  Le 
citoyen  Rivière,  membre  du  Conseiï  municipal  d'Allaire,  a  été 
Tictime  d'un  attentat  commis  sur  sa  persqnne  pendant  Taccom* 
plissement  de  ses  fonctions.  Aussitôt  l'administration  considère 
un  pareil  attentat  comme  un  crime  de  lèse-nation,  envoie  lûO 
bommes  de  troupe,  pria  à  Bochefort  et  à  Redon,  au  bourg  d'Al- 
laire. A  ses  yeux,  tous  les  habitants  sont  coupables  de  ce  crime, 
les  tins  pour  Tavoir  commis,  les  autres  en  qualité  de  complices 
pour  ne  l'avoir  pas  empêché.  Par  conséquent,  ils  sont  considérés 
comme  en  état  de  rébellion.  Les  nommés  Joseph  at  Julien  Fil- 
leul, Bloyet  et  BoulTay  et  autres  doivent  être  saisis,  les  déser- 
teurs poursuivis  et  ai  on  ne  peut  las  atteindre,  on  arrêtera  leurs 
père  et  mère  à  leur  place*  Le  commissaire,  mis  à  la  tète  des 
troupes^  restera  au  bourg  d'AUaire  jusqu'à  entier  accomplisse- 
ment de  sa  mission.  Les  soldats  seront  nourris  et  entretenus 
par  les  habitants. 

«  Le  14  mars^  le  château  de  la  Moriais  en  Missiriac  est  vendu 

«  Le  15  mars,  le  comité  de  surveillance  de  Peillac  saisit  le  nom- 

Janmcr  f^Qi  ^ 


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■C  REVUR  DE  BRETAGNE 

mé  Ottfmard,  ck*rc  minoré  et  le  fait  emprisonnera  Rochefort 
par  la  garde  nationale.  Son  interrogatoire  et  une  lettre  écrite  par 
un  pairioli!  lo  Tunt  confler  à  la  gendarmerie  qui  l'accompagnera 
au  tribunal  r^ivolutionnaire  de  Lorient. 

■r  Un  conitate  audsi  que  les  bois  taillis  servent  de  repaire  aux 
chouans,  et  on  décider  de  les  faire  abattre. 

«  Un  citoyen  de  Carentoir  demande  Tautorisation  de  tenir  Té- 
colo  cummUTialû.  Uo  citoyen  est  connu  par  son  patriotisme  et 
comme  il  donnera  h  la  Jeunesse  tous  les  éléments  d'une  éducation 
républicaine,  son  écolo  est  autorisée.  Une  femme  de  la  môme  com- 
munii  vient  déclarer  que  depuis  15  mois  elle  est  chargée  d'un  pe- 
tit uEifant  appartenant  au  révolté  Montméjeanet  réclame  qu'il  lui 
Qitd(l  d'aprùi  leurs  conventions  125  livres.  Le  directoire,  bien 
que  GonnalHsant  U\ê  crimes  de  Montméjean,  ne  veut  pas  étouffer 
en  elln  tout  sonlimont  d'humanité  et  accorde  125  livres  à  la  péti* 
tlonnalrCf  maU  il»  stsront  pris  sur  les  biens  de  ce  révolté.  Le 
27  mtira,  loi  Jeunus  gens  de  la  Oacilly,  pris  par  la  loi  de  conscrip- 
Mont  demandent  k  partir  immédiatement  pour  Tarmée.  Cette  at- 
tituda  leur  vaut  dt)s  ôloges. 

ti  L^  mAme  jour  on  arrête  les  fermiers  des  émigrés  Quiflstre 
et  Staplpton  on  Berric-  Leur  retard  à  payer  les  fait  passer  pour 
autpccti.  On  signale  encore  le  service  mal  fait  de  la  poste.  Le 
fourrier  ne  te  rend  h  Vannes  que  deux  fois  par  semaine  pour 
prtmdro  les  diH>â€he3  de  Paris  qui  n*y  arrivent  que  2  fois,  le  mer- 
crt^dl  et  le  dimanche.  On  arrête  que  le  service  de  Rochefort  à 
Vannes  ao  fera  3  fois  par  semaine,  aller  et  retour  le  môme  jour,  et 
1501)  Uvn's  seront  alloués  au  destinataire. 

fi  Le  grain  manque  encore  au  commencement  d'avril.  Le  ci- 
hiyi*n  Uut^ngi>«  meunier  à  Cohignac,  en  Berric,  sort  de  prison  i 
Ucvindittoiî^sous  sa  n^sponsabihté  personnelle,  d'instruire  Tad- 
mnii5lrfttk\n  de  tous  les  mouvements  et  rassemblements  qui 
auront  Ikni  dans  \ù  tifrrttoire  de  la  commune  et  dont  il  no  pourra 
pn^te^trr  if  iioraitce, 

•  Le  5  âvriU  d^f  commissaires  sont  envoyés  dans  toutes  les 
I^aroistes  ivur  fAim  le  rectnisement  des  grains.  Us  prendront  les 
officiers  muiiu*:paux  p^^ur  les  aocom-^vigner  dans  les  maisons  et 
jcrenters  ^t$  partunili^rs.  On  fut  à  Ploi^rmol  chercher  ces  com* 
iu;«s.a;!vs  tvur  ^uWs  n*  fus^sent  pas  expc^es  à  épargner  des  pa* 
rvttî»#l  Jéj  A^xx  Ko  retour  Rvx^htfc^rl  fourn.tau**:  des  commis- 
*4ws  peur  fr.rtf  It  ^^tlû  trxrxÀ  à  U  Rvvhe-Beraani.  Le  c:Wytn 


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LE  DISTRICT  DE  ROCHEFORT  H' 

CbédaJleux,  ex-prêtre  de  PelUac,  demande  &  être  déchargé  de 
cette  commission  qu'on  venait  de  lai  confiePt  Le  directoire  dé- 
chargea <  ce  zélé  patriote  de  sa  commission  parce  qu'il  était 
tnembre  dia  comité  de  surveillance  de  Peillac  et  que  sa  présence 
fêtait  nécessaire,  h  cause  de  Tintérêt  qu'il  porte  au  bien  de  la 
république  ;  jour  et  nuit  il  donne  des  preuves  de  son  infatigable 
activité  en  amenant  plusieurs  fois  chaque  semaine  des  déser- 
teurs à  Rocbefort  oh  il  vient  encore  de  conduire  un  chef  reconnu 
de  brigands  »_  Du  reste,  Ghédalleux  montra  que  le  comité  de 
surveillance  dont  il  était  membre  sur  le  point  d'être  assailli  par 
des  attroupements  qui  se  formaient  dans  les  communes  de  Saint- 
Vincent,  SaintrJacut  et  autres  et  qu'il  aurait  besoin  de  soldats 
pour  les  déjouer  et  leur  résister.  On  lui  accorda  15  militaires  qui 
seront  entièrement  à  sa  disposition  jusqu'au  moment  où  d'autres 
événements  les  appelleront  ailleurs, 

K  Le  15avril>  un  membre  du  directalre  déclare  que  les  soldats 
malades  à  l'hâpital  de  Rochefort  sont  dans  un  abandon  absolu  et 
à  peine  visités  par  les  gardiennes.  ^  La  conduite  de  ces  gar- 
diennes est  une  suit^  de  leur  aversion  et  de  leur  haine  contre 
les  républicains.  Elles  vont  dans  tes  campagnes  oi^,  soas  prétexte 
de  voir  les  malades,  elles  ne  visitent  que  les  aristocrates,  et  les 
fanatiques  qu'elles  s'eiïorcent  d'endoctriner.  Elles  sont  les  ci- 
devant  sœurs  de  la  Sagesse  et  appartiennent  à  une  association 
criminelle  qui  avait  aidé  à  allumer  et  à  alimenter  dans  la  Yen* 
dée  le  feu  de  la  guerre  civile. 

«  Elles  ne  se  sont  point  conformées  à  la  loi  en  faisant  le  serment 
prescrit,  et,  cependant  grâce  à  Tindolence  de  la  municipalité, 
elles  ont  conservé  leurs  positions.  »  Il  concluait  en  demendant 
des  poursuites.  Immédiatement  une  commission  est  dirigée  sur 
lliôpital  avec  les  gendarmes  dans  le  but  de  saisir  les  sœurs  de 
la  Sagesse  et  de  les  envoyer  aujs  prisons  de  Vannes.  La  munici- 
palité fut  requise  de  choisir  de  bons  patriotes  et  de  les  constituer 
gardiens  de  Thôpital  à  leur  place. 

«  Le  23  avril,  le  sieur  Le  Chêne  du  village  de  Crénoîs,  ayant  re- 
celé chez  lui  des  couverts  de  table  en  argent  que  lui  avait  confiés 
le  prêtre  émigré,  Gatineli  recteur  de  Caden,  est  arrêté  et  conduit 
à  Vannes  pour  n'avoir  pas  livré  à  l'administration  un  argent 
qui  appartenait  à  la  république,  et  ne  s'être  jamais  fait  connaître 
comme  un  partisan  de  la  Révolution,  Le  môme  jour^  on  mène  au 
tribunal  criminel  de  Vannes  Jeanne  Briend,  chez  laquelle  a  été 


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m  REVUE  DE  uneTAGNE 

saisi  Noël  Brtend,  ci^devanl  prêtre,  son  frère,  dans  la  paroisse 
de  Peillac.  Ils  devront  paraître  devant  la  justice. 

ii  Le  27  avril,  Tagent  national  Le  Glainche  prononça  le  discours 
suivant  :  »  les  ennemis  de  la  liberté,  désespérés  des  mesures  ri* 
goureuses  que  la  Convention  nationale  ne  cesse  de  prendre  pour 
conduire  au  port  te  vaisseau  de  la  république,  emploient  tous  les 
moyens  que  leur  suggère  leur  rage  impuissante.  Ils  répandent 
dans  les  campagnes  des  écrits  incendiaires  et  appellent  à  la  ré- 
volte des  hommes  qu'ils  y  croient  disposés.  Ils  savent  bien,  les 
traîtres  î  que  leurs  projets  atroces  ne  réussiront  pas,  mais  les 
troubles  de  la  patrie  sont  leur  aliment  ;  ils  ne  peuvent  subsister 
que  par  eux>  ils  croiraient  avoir  assez  fait  s'ils  provenaient  par  ta 
guerre  civile  à  détruire  la  récolte  abondante  qui  se  prépare.  » 

Q  On  statua  que  tous  ceux  qui  recevront  de  pareils  écrits  de* 
vront  les  remettre  dans  la  journée  à  Tadminisiration  sous  peine 
d'être  déclarés  suspects  et  traités  en  ennemis  de  la  république. 

CE  LeSOavHj,  des  attroupements  se  forment  dans  les  environs 
de  Rocheforl  et  menacent  la  ville.  On  fait  rentrer  trois  détache- 
ments de  troupes  qui  demeureront  jusqu'à  l'apaisement  des  at- 
troupés. 50  hommes  se  dirigent  sur  Caden  avec  mission  de  s'em- 
parer de  Péniquel,  Boulo,  Guiilouche,  leurs  femmes,  la  veuve 
Goubin,  etc*,.  pères  et  mères  de  déserteurs  de  la  première  réqui- 
sition ou  receleurs  d'ennemis  de  la  république.  Le  citoyen  Ghé* 
dalEeux,  commissaire  en  cette  circonstance^  «  a  rempli  sa  mission 
avec  zèle  ». 

tt  Le  il  mai,  les  bras  manquent  pour  cultiver  les  champs;  les 
fermiers  sont  réduits  à  gémir  d'avoir  fourni  leurs  fils  comme  dé- 
fenseurs delà  Patrie.  Les  ouvriers  et  les  domestiques  demandent 
comme  gages  des  prix  exorbitants.  On  les  tariOe  et  quiconque 
demandera  un  salaire  supérieur  sera  traité  comme  suspect. 

<i  Le  18  mai,  le  citoyen  Roche,  chef  du  1*^  bataillon  des  amis 
de  la  république  trouva  le  coffre-fort  de  l'église  de  Gaden.  Les 
2i8  livres  qu'il  contenait  furent  remis  au  receveur  des  do- 
maines, R 

La  27  mai,  par  sentence  de  juîït^ment  rendu  par  les  chefs  du 
district  de  Rocheforl,  Louis  NoiM  et  Yves  Richard  d'Allaire  sont 
écrouésàla  prison  de  Vannes  pour  complicité  avec  leschouans(l). 


(t)  ÂtXÂ.  dép^  V&nnes  di^tn^l  d«  Hoctmforl.  police  partieaLière  2*  liasse  an- 


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LE  DI5THTCT  DE  ROGHEFORT  53 

Quelque  temps  après,  sur  Tordre  ds  Le  Clainche,  le  comité 
révolutioûnaire  décide  qu'une  battue  générale  sera  exécutée 
dans  la  commune  d'Allaire  dans  le  but  de  rechercher  les  réfrac- 
iaires  et  de  s'emparer  de  4  prêtres  réfractaires  faisant  faire 
des  Pâques  u  aux  fanatiques  de  cette  commune  ».  Ghédalleux 
avait  dénoncé  les  cachettes  de  Deill  et  du  Vaudequip  au  Direc- 
toire. 

Cette  fouille  eut  lieu  (2  germinal  an  II]  et  fut  faite  par  un  dé- 
tacbemeotde  troupes  républicaines,  composé  de  deux  colonnes, 
sous  la  direction  et  le  commandement  du  capitaine  Dubois.  L'une 
des  colonnes  déboucha  à  Deill  qui  passait  pour  être  un  centre 
aotirévolulionnaire;  Tautre  se  dirigea  sur  le  Vaudequip.  Elles 
se  rejoignirent  au  bourg.  Leur  arrivée  jeta  Témoi  dans  la  popu- 
lation* Ghédalleux  accompagnait  Taraiée  en  qualité  de  commis- 
saire. La  municipalité  en  prit  occasion  pour  protester  du  répu- 
blicanisme des  citoyens  d'Allaire  et  pria  le  capitaine  de  ramener 
ses  troupes  dans  leur  cantonnement.  Le  capitaine  Dubois  reçut 
cette  invite  de  fort  mauvaise  humeur.  Réflexion  faite,  il  décida 
de  ne  pas  arrêter  je  maire  qui  toutefois  «  commence  à  devenir 
suspect  ^s  <•  d'ailleurs,  écrit-il,  Voïsin  de  Chez-Méhaud  fut  cons- 
terné et  demeura  muet  de  surprise  quand  il  apprit  qu'un  garde 
républicain  avait  trouvé  dans  le  clocher  de  Téglise,  sous  la  toi- 
ture, le»  habits  sacerdotaux  du  citoyen  Baston,  ci-devant  recteur 
de  la  paroisse  »:  On  les  déposera  à  Rochefort, 

Au  bourgeon  opéra  une  perquisition  complète  chez  les  Juhel  : 
on  ne  trouve  rien. 

Du  bourgf  l'expédition  révolutionnaire  a^  dirigea  sur  Laupo 
ùt  d'après  des  renseignements  devait  se  trouver  un  prêtre  in- 
sermenté et  une  chapelle.  En  route,  sur  la  lande  da  Brancheleux, 
il  avise  un  paysan  et  Tinterroge  sur  la  cachette  du  prêtre.  Gelui-ci, 
pour  toute  réponse,  s'apprêtait  déjà  à  lui  administrer  un  furieux 
coup  de  pelle,  quand  un  sergent  lui  fracassa  le  bras  d'un  coup  de 
pistolet. 

A  l'approche  des  soldats,  Fabbé  René  Hémery,  ancien  recteur 

deSaint-Gorgon,qui  se  trouvait  à  la  Vilte-Mahé  avec  4  confrères, 

prit  la  fuite*  Les  soldats  le  poursuivirent  jusque  dans  les  bois  du 

Vaudequip  où  ils  Tégarèrent.  Les  autres  avaient  disparus  à  tra« 

1  vers  les  marais  de  Laupo»  Pendant  ce  teuips,  le  capitaine  perqui- 

I         sitionoaità  ja  Ville-Mahé,  saccageait  la  chambre  de  TabbéHémery 

I         et  la  chapelle  de  Laupo.  Il  emporta  les  ornements  sacerdotaux 


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54  REVUE  DE  BRETAGNE 

qu'il  avait  pu  dérober,  1  chasuble,  1  missel,  1  manipule,  1  calice, 
etc.,  qu'il  fit  déposer  à  Rochefort. 

De  la  Ville-Mahé,  la  troupe  gagna  le  Plessix-Rivaud  où  se 
tenait  la  marquise  douairière  de  Grégo  (1). 

A  la  suite  de  ces  incidents,  Tabbé  Hémery  se  sauva  à  TAsné  en 
Allaire.  Déguisé  en  paysan,  sa  principale  occupation  était  de 
garder  les  moutons.  On  le  traqua  comme  une  bote  fauve  et  il 
lui  arriva  des  histoires  impossibles.  Sur  la  fin»  il  s'enfuit  en 
Espagne. 

a  Le  15  mai.  —  La  veuve  Cadio  est  conduite  en  prison  à  Vannes, 
Elle  est  suspecte,  étant  la  mère  «  d'un  brigand,  d'un  révolté  »  (2). 

n  SO  mai.  -^  Les  plombs  des  clochers  et  des  monastères  sont 
enlevés  pour  faire  des  balles. 

«  5  yt/m.  —  Michelle  Légal  de  Malansac,  accusée  de  fanatisme^ 
est  relaxée.  Mais  comme  elle  avait  dans  cette  paroisse  des  liaisons 
avec  des  personnes  séduites  comme  elle  par  des  prêtres»  on 
l'envoya  à  Plumelec,  chez  son  gendre  qui  est  chargé  de  la  sur- 
veiller. 

a  9  juin.  —  La  société  régénérée  et  montagnarde  de  Ploerme) 
écrit  qu'il  y  a  encore  des  armes  dans  quelques  maisons,  surtout 
à  la  Gacilly,  50  hommes  et  un  commissaire  y  vont  faire  des  re* 
cherches.  Ils  auront  aussi,  pour  jeter  une  terreur  salutaire  dans 
les  campagnes,  à  se  transporter  au  village  du  Rocher  en  Tréal 
oh  le  patriote  Hurel  a  été  assassiné  par  les  chouans.  Ils  saisiront 
toutes  les  personnes  qu'ils  trouveront  ainsi  que  les  bestiaux  et 
les  amèneront  à  Rochefort.  Ils  réuniront  ensuite  les  officiers  mu- 
nipaux  qui  fourniront  à  l'instant  les  déserteurs,  ou,  à  leur  défaut, 
leurs  père  et  mère.  Si  les  officiers  montrent  la  moindre  mau*- 
vaise  volonté,  ils  les  arrêteront. 

tt  30  Juin.  —  Le  directoire  accorde  200  paires  de  souliers  aux 
soldats  du  1'''^  bataillon  de  la  réunion^  en  constante  activité. 

a  2  juillet.  —  Après  la  fête  de  l'être  suprême,des  plaintes  furent 
portées  à  l'adresse  des  soldats.  Le  directoire  répondit  que  les 
chansons  qui  ont  égayé  la  fête  sont  vraiment  triviales  et  peu  en 
rapport  «  avec  la  dignité  de  l'Etre  suprême,  mais  qu'elles  res- 
pirent le  républicanisme  le  plus  pur.  La  diatribe  contre  le  culte 
i^atholique  était  de  trop  dans  le  temple,  car  elle  pouvait  dégénérer 

(1)  Police  particulière,  Àrch.  départ.  Vannes  2*  liasse,  1794, 

(2)  Suite  iei(tiielle  des  notes  de  M.  Piéderrière. 


; 


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LE  DÏSTWCT  DE  ROCHEFORT  hk 

en  rîxes  et  amener  Teffusion  du  sang  »,  à  l'avenir  la  célébration 
des  fêtes  décadaires  sera  plus  ûïgne.  Une  commission  serachar- 
géede  composer  des  hymnes  et  des  odes  qui  seront  répandues 
dans  le  public  et  envoyées  aux  bons  citoyens, 

w  6  juiUet^  —  Un  membre  adresse  la  parole  à  ses  collègues  : 
«  les  meurtres  des  patriotes  que  les  afîaires  ou  les  intérêts  de  la 
république  appellent  dans  les  campagnes  nous  annoncent  que 
nos  ennemis, désespérant  de  nous  vaincre  en  masse,  ont  formé  le 
projet  de  nous  détruire  en  détail.  Nous  n'aurons  bientôt  plus  de 
communes  qui  ne  nous  aient  offert  le'  spectacle  d'un  défenseur 
de  [a  Patrie,  trouvé  suspendu  à  un  arbre  sans  vie,  ou  d*un  pa- 
triote tombé  sous  lô  couteau  d'un  assassin.  Les  auteurs  de  ces 
crimes  sont  ou  les  paysans  ou  des  étrangers  que  les  communes 
recèlent.  Les  paysans  deviennent  en  tout  cas  complices  de  nos 
assassins  ou  auteurs,  et  ils  ne  sont  pas  guéris  de  leurs  préjugés» 
Il  faut  les  atteindre  dans  ce  qu'ils  ont  de  plus  cher  afin  de  les 
éclairer,  ou  de  les  prendre  par  leurs  intérêts  ï>, 

a  Encore  bous  rinfluence  de  cette  harangue,  le  directoire 
arrêta:  1^  que  toute  commune  sur  le  territoire  de  laquelle  un 
patriote  aura  été  tué  sera  obligée  à  payer  à  ses  hôriliers  la  somme 
de 6000  livres;  2°  que  cette  somme  sera  versée  sous  trois  jours 
parles  J2  paysans  les  plus  riches  de  la  commune  qui  auront  re- 
couFi  sur  leurs  compatriotes»  à  Texception  des  patriotes  qui  ne 
paJeroat  rien. 

tÊ  juillet,  —  c(  Le  directoire  est  d'avîs  que  les  paroisses  bre- 
tonnes  du  district  doivent  leur  incivisme  à  leur  parler,  et  envoie 
à  Benic  ûD  instituteurde  Questembert  qui  réunira  les  jeunes 
gens  et  les  jeunes  filles  pour  leur  expliquer  la  déclaration  des 
droits  de  Thomme,  les  lois  de  la  république  et  le  nouveau 
régime. 

^  aoûi.  —  «  L'agent  national  Le  Clainche  s'exprime  ainsi  : 
«  Les  désertions  continuent  parmi  les  jeunes  gens  de  la  première 
réquisition*  La  seule  commune  de  Limerzel  en  a  16,  Là,  tout  cons- 
pire pour  les  cacher.  Je  vous  propose  d'envoyer  demain  un  com- 
missaire avec  100  hommes  de  troupe.  Pour  donner  un  exemple 
m  saisira  tous  les  membres  du  comité  de  surveillance,  les  dé- 
serteurs ou,  à  leur  défaut,  leurs  père  et  mère,  et  à  défaut  de 
ceux-ci  leurs  frères  et  sœurs,  n 

a  Le  directoire  accorda  à  Tagent  national  ce  qu'il  désirait,  et  le 
9  août  on  dirigea  sur  Vannes  les  it  membres  du  comité  de  sur- 


tf. 


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afi 


REVUE  DE  BRETAGNE 


veillance  avec  6  autres  hommes  accusés  d'avoir  donné  asile 
au  chouan  Davolo. 

a  Le  môme  jour  de  fortes  dissensions  éclatèrent  au  sein  de  ras- 
semblée directoriale,  on  s'accuse  mutuellement  de  sacrifier  les 
intérêts  de  la  république  aux  intérêts  particuliers,  en  se  servant 
des  moyens  déloyaux  pour  acquérir  à  vil  prix  les  biens  des  émi- 
grés* L'un  d'entre  eux,  I^e  Glainche,  est  traduit  devant  le  tribunal 
criminel  de  Vannes.  C'est  la  réaction  thermidorienne  qui  com- 
mença it  à  Rochefort.  » 


{A  suivre.) 


P.  Mbrlbt. 


Le  Gérant  :  F.  Chevalier. 


VaoncB.  —  Imprimerie  LAFOLYE  Frèkes,  2  place  de»  Lices. 


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REVUES  BRETONNES 


L*H£KMU«E  :  18*  ann.  Mensuel.  1  an  12  fr.  Union  postale  15  fr. 
Le  numéro  1  fr.  25.  Les  abonnements  partent  du  20  octobre. 
Directeur  :  Louis  Tiercelin,  à  Paramé  (Ille-et- Vilaine). 

Les  Annales  de  Bretagne  :  22*  ann.  Trimestriel.  1  an  10  fr. 
Union  postale  12  fr.  50.  Publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de 
Rennes.  Rédacteur:  G.  Dottin,  37,  rue  de  Fougères,  Rennes. 

Lb  Clogoer  Breton  :  14«  anik  Mensuel.  1  an  5  fr.  50.  Directeurs  : 
René  Saib  et  Madeleine  Desroseaux.  Bureaux.  29,  rue  Belle-Fon- 
taine, Lorient. 

Bulletin  de  la  commission  diocésaine  d'architecture  et  d'archéo- 
logie DU  diocèse  DE  OuiMPER  ET  DE  LÉON  :  6*  ann.  Tous  les  deux 
mois.  1  an  5  fr.  Ouimper. 

La  Revue  Morbihannaise  :  11*  ann.  1  an  5  fr.  Directeurs  : 
J.  Buléon,  V**  de  la  Grancière,  E.  Sageret.  Chez  Lafolye,  Vannes. 

La  Paroisse  Bretonne  de  Paris  :  9*  ann.  Mensuel,  1  an,  2fr.  25^ 
Directeur  :  M.  l'abbé  Cadic,  13,  rue  Littré,  Paris  (VI*  ar»). 

La  Jeune  Bretagne:  5*  ann  mensuel.  1  an,  2  fr.  pour  la  Bre- 
tagne, 2  fr.  50  pour  le  reste  de  la  France.  Bulletin  d'études  et  d'ac- 
tion sociales.  Rennes.  30,  rue  Hoche. 

Feiz  ha  Breiz  :  8*  année.  Tous  les  mois.  1  an  3  fr.  Les  abonne- 
ments partent  du  1*' janvier.  S'adressera  M.  Cardinal,  recteur  de 
Saint- Voueay,  par  Plouzévédé(Finistère),etpour  les  abonnements 
à  M.  Caroff,  vicaire  aux  Carmes,  Brest  (Finistère). 

I  Bretoned  Paris.  Bulletin  de  la  Société  «  La  Bretagne  »,  4*  année. 

I  1  an,  2  fr.  50.  Direction  :  40,  rue  du  Cherche-Midi,  Paris. 

Revue  du  Pays  d'Aleth  :  4*  année,  mensuel.  1  an,  3  tr.  Dircv 
teur  :  Jules  Haize,  rue  Jacques  Cartier,  Saint-Servan. 

Le  Pays  d'Arvor  :  2*  année,  1  an,  5  fr.  Directeur  :  Jacques  Pohier, 
à  Ancenis  (Loire-Inférieure).  Administration  et  Bureaux,  25,  Haute 
Grande  Rue,  Nantes. 


Kbvue  du  Traditionnisme.  —  Rev.  iniern.  du  folk-iore  —  mens 
1  an,  10  fr.  N*,  1  fr.  --  Directeur  :  M.  de  Beaurc paire-Froment 
Paris,  60,  quai  des  Orfèvres. 

Revue  du  BAS-Porrou,  20*  année,  trimestrielle  ;  1  an  :   8  fr. 
N«  2  fr.  50.  —  /)'  M.  René  Vallette,  à  Fontenay-le-Comte. 

L'ANJOU  HISTORIQUE.  —  7*  anu.  tous  les  2  mois.  1  an  î  6  fr.  />' 
M.  l'abbé  Uzureau,  aumônier,  à  Angers.  Edit'  :  M.  Siraudeau 
4,  Chaussée  Saint-Pierre,  Angers. 

Revue  des  Traditions  populaires,  22*  ann.  mens,  i  an,  15  li. 
N«  1  fr.  50.  Direct.  M.  Paul  Sébillot,  80,  boulev.  St-Marcel  Paris. 

La  Revue  Bleue,  15.  rue  des  Saints-Pères,  Paris. 
^   La  Vendée  historique.  —  (Revue  de  la  Vendée  militaire).  Tous 
les  quinze  jours  ;  11*  année.  —  Ëdit.  sur  papier  fort„6  fr.  50  ;  édit. 
ord.  5  fr.  —  D'  Henri  Bourgeois,  à  Luçon  (Vendée). 

Revue  de  l'Anjou,  57*  année,  12  fr.  par  an.  —  Librairie  Germain 
et  Grassin,  Angers. 

La  Revue  Héraldique,  fondée  en  1862.  Mensuel,  Directeur 
Y**  de  Mazières-Mauléon.  Bureaux  :  8  rue  Daumier,  Paris 


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CHEMINS  DB  FER  D'ORLÉANS 


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ré«eau.  pour  les  stations  thermales  et  hivernales  du  Afidi  : 

!•  Des  Billets  d'Aller  et  Retour  individuel»,  avec  réduction  de  25  •/•  en 
1"  clawe  et  de  20  Vo  en  2*  et  3»  classes,  sur  les  prix  calculés  Aq  tarif  gé- 
néral d'api]ès  ritînéraire  effectivement  suivi  ; 

2"  pes  BtUets  de  famille  de  1'%  2"  et  Z*  classes,  comportant  une  réduction 
de  2Ô  à  40  Vo.  suivant  le  nombre  des  personnes,  sous  condition  d  effec- 
tuer ufà  parcours  minimum  de  300  kilomètres  (aH«r  et  retour  compris). 
Our/i  de  validité:  33  jours,  non  compris  les  jours  de  départ  et  d'arrivée, 
avec  faculté  de  prolongation. 

CHEMINS  DE  PÊR  DB  L'OUESt 


CARTES  DËPAKTEIIERnLSS  DE  CIRGOLATIOS  A  DSII-PLACS 

La  C^nipagQie  des  Chemins  de  fer  de  TOûest  déliv^re  des  oarles 
nominatives  et  personnelles  valables  pendant  6  mois  on  1  an  et 
donnant  le  droit  d'obtenir  des  billets  à  deali-tarirpour  des  parcours 
ezclusivemeot  Ouest  entre  tontes  les  ^res  d'un  môme  département. 

Les  départements  desservis  par  le  réseau  de  TOuest  sont  répartis 
en  deux  catégories  : 


1"  Catégorie 


Calvados, 

Cétee-da-Nord, 

Eure, 

iile-et-Vilaine» 

Manche, 


Orne, 

Seine,  8eine-et- 
Oise  et  Oise, 
Seine-lnfér*^, 


2«  Catégorie 


Eure-et-Loir, 
Finistère. 
Loire-lnfér^*, 
Maine-et-Loire, 


Mayenne, 
Morbihan; 
Sarihe. 


Les  cartes  sont  délivrées  pour  les  départements  de  chaque  catégo- 
rie, moyennant  le  paiement  préalable  des  prix  suivants  : 


A.  *- Cartes  donnant  droit  (  i^ninifl 
à  des  bmets  ft  demi-tarif  de  |  ,  ™  * 
toutes  oîasses  pendant  (   *  *" 


B.  —  Cartes  donnant  droit  (  a  q.^;» 
à  des  billets  à  demi-tarif  de  {      " 
2«  et  3*  classes  pendant         (  '    ° 


•C.  —  Cartes  donnant  droit  ( 
à  des  billets  à  demi-tarif  de  | 
3"  classe  seulement  pendant  { 


daiets 
I  an 


l"  CatÉKOrie 

(r.     c. 

50    >. 

60     » 

80    » 

65    » 

40     . 
50     • 

32    » 

40     »» 

25    » 

30    « 

50    »        " 
25    « 

II  est  perçu,  en  outre,  à  chaque  voyage,  la  moitié  i\i  prix  d'uu 
billet  simple  (place  entière)  de  la  classe  demandée  par  le  voyageur 
pour  le  parcours  qu*il  veut  etfectuer. 

Ces  billets  à  demi-tarif  sont  délivrés  au  titulaire  sur  la  présenta- 
de  sr  carte  au  guichet  des  garef^  et  haltes  du  département  qu'elle 
concerne. 

Vannes.  —  Imp.  Lafolys   frèret,  2,   place  des  Lices. 

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/•^•/■ 


^. 


4*  Série.  —  7*  Année 
FÉyWBR  içoS-  Tome  XXXIX 


'^  iif  ulf* 


,l1l«»* 


REVUE 


de  Bretagne 

jœvUB  4-  REYUB 

44  Bretagne  et  Je  Vendée  f^      HUtorique  ii  fOueH 


/' 


KjBrm  MomimiM 
^^M»-  de  L'BftTOURBBILLON,  Vircckur 

MM.  Le  V-.C*«ïu.E«  OE  CALAN.  Stcrétahrc  régioml ^jour  rik-tt-Vilâlnc.  —  ^wi 
BLANCHARD  pour  U  LoÏTc-lftf«rkucc^*-T  Cli«Ni^1»ErRON.p9«  **f  i";*»*^*' 
-  AVemSAU  0»  LA  GRANQIÊRB,  pour  le  Morbî^tn.  —  Vai^  RAISON  0u 
CLEUZIOU,  pour  )o  Cè«-dii->«^Ul  —  Olivier  de  GOURCUFf .  T»^r  Paris. 


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VANNES 

tAFOLYE    FRERES 

ÉDlTEIfRS 
S,    P14CC    des    t)co 


•Y 

iHDCCCVJU 


PARIS 

HONORE  CHAMPION 

LIBRAIRB-ÉDITEUR 
5,  Quai  MaliK^uais 

MANTERRE 
M.  LE  DAULT 

LIBRAIRIE     ■HITOWWB 

76,  Rue  Saint-Germtln 


5'adï^ser  pour  la  Rédaction  et  l'envoi  des  manuscrits  à  M.  le  O*  Hi-N'è  i>v.  LAIGUE , 
««relï'âteau  de  Bafctrrd,  pur  R«don  ;  pour  rAoMLNivniATiON,  MM.  lAl'OLYE,  frcrc*, 
pUces  des  Ugk^r^-nn&s . 


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SOMMAIRE 


1.  "  Cinquanienaire  de  la  Revue  de  Bretagne  el  Trenliènie  Anni" 
versaire  de  la  Société  des  Bibliophiles  Bretons.  Matinée 
mu»icalcj   liUâraire  H  dramatique,  et  Banquet  amical  à 

Nantes  le  15  décembre  I§07^  —  G.  W 67 

!K  —   Le  Converti  de  Noire- Dame,  —  J.  Le  Bâton 76 

lît.  —   L'imagier    de    Saint' Florent,    JX°  siècle,     —    Alexandre 

Massebosc      * 87 

IV,    —   Une  Pûge  de  VHt^tùire  de  la  Roche-Derrien,  ISùô-ISli?,  — 

CHAnLES    DB    FÈDES,        * ~.  9I 

\.  —   La  Chapelle  de  Marie  ^tuari  à  Roscoff.  -—  EtiEiXNR  Dupont.       98 
vi,  —   Efsai  sttr  l^Adminhiration  générale  d'un  District  pendant  la 
Réiotation,   Le  District  de  Hochefort  (Morbihan),  /•"' Jui/- 

lêl  Î790-W  mai  nu^lmlit}^  —  P.  MRfkLET 102 

VII.  —  Bibliographie  ,     *     *     ,     1     • '118 


CONDITIONS    DABONNEMENT 

FraûC€,    un  aE 12  fr. 

Etranger,    —    *     * 15  — 

Od  s'abonne  soit  chez  M  le  comte  de  Laigue,  château  de 
Bahurel,  par  Hedon,  &oit  chez  M.  Lafolye,  imprimeur  à  VaDnes. 

Les  abonnements  partent  du  1*»"  janvier  ou  du  i»*"  juillet  de 
Tannée  en  cours.  —  11  n  est  pas  vendu  de  fascicules  isolés,  sauf 
pour  les  abonnéî^' 

Les  travaux  comprenant  au  moins  16  pages  de  texte  sont  seuls 
tirés  À  part.  50  exemplaires  sont  oITerts  aux  auteurs. 


Nota.  —  Il  ^era  rendu  cùmpîe  de  tout  ouvrage  d'auteur  breton  ou  in- 
iêretsant  i.'i  Bretagne,  doni  vn  t^xemplftire  aura  ^té  adressé  au  Rédacteur 
0n  chef  de  la  Revue, 


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Ii^liiilip"W*Pi'!ff*'^ 


CINQUANTENAIRE 

DE  LA 

REVUE  DE  BRETAGNE 

ET 

TRENTIÈME  ANNIVERSAIRE 

DE    LA 

SOCIÉTÉ  DES  BIBLIOPHILES  BRETONS 

MATINÉE  MUSICALE,  LITTKRAIRE  ET  DRAMATIQUE     ' 

ET 

BANQUET  AMICAL 

A    NANTES 
UE    16   P^nFrMBFlE    1907 

/ 

Kn  dépit  de  plusieurs  contre-temps  imprévus,  la  jolie  Salle  des 
Fêtes  du  Cercle  du  Chapeau-Rouge  était  remplie,  le  dimanche 
i5  décembre  1907,  par  un  auditoire  nombreux  et  distingué. 

Répondant  à  Tappel  des  apôtre*^  de  la  bonne  et  féconde  décen- 
tralisation, les  amis  de  la  renaissance  provinciale  étaient  venus 
saluer  la  manifestation  littéraire  et  artistique  organisée  pour  les 
Noces  d'or  de  la  Revue  de  Bretagne  et  pour  le  30*  anniversaire  de 
la  A  Société  des  Bibliophiles  Bretons  et  de  THistoiie  de  Bre- ' 
tagne  ». 

Un  élégant  programme,  illustré  de  deux  dessins  bretons  iné- 
dits, dus  au  talent  si  personnel  du  très  aimable  maître  Jacques 
Pohier,  promettait  un  régal  de  haut  goût  :  la  promesse  fut  tenue. 

Le  premier  numéro  était  une  Danse  Bretonne,  pour  orch»^stre, 
œuvre  originale  et  colorée  :  elle  fut  conduite  avec  brio  par  le  jeune 
compositeur  nantais  Michel  Langlois. 

Le  marquis  de  TEstourbeillon,  député  de  Vannes,  Président 


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JSê  REVUE  DE  liRBTAGNE 

de  r  «  Union  Ré^ionaliste  Bretonne  »,  Directeur  de  la  Revue  de 
Bretagne,  prononça  alors  ce  vibrant  panégyrique  qui  fut  salué 
de  bravos  nourris  lît  chaleureux  : 

Depuis  quelques  années  la  célébration  d'un  cinquantenaire  est  de- 
venue chose  presque  banate  et  %\  Ton  saisit  avec  empressement  ces  oc* 
casions  eiceHentes  de  donner  à  nos  compatriotes  des  distractions  ou 
des  fêtes,  Je  personnage  ou  Tobjet  quI  les  provoque  sont  assez  loin 
parrois  de  valoir  tout  ce  bruit,  et  tel  est  tiré  de  l'oubli  qui  serait  fort 
iurprlfi  de  voir,  s'il  le  pouvait,  évoquer  sa  mémoire. 

Il  est  toutefois  de  ces  commémorations  qui  sortent  de  l'ordinaire  et 
auiqueliea  leur  caractère  comme  leur  but  laissent  une  toute  parti cu- 
liëi'e  empreinte  d'originalité  et  de  f^randeur.  il  n'est  pas  téméraire 
d'art]  rmer  que  les  anuiversaires  de  nos  vieilles  Revues  provinciales 
peuvent  être  rangés  de  ce  nombre.  Trop  souvent  en  effet,  douées 
d'une  existence  éphémère^  à  peine  trois  ou  quatre  d'entre  elles  ont- 
eltes  eu  jusqu'à  nos  Jours  ce  privilège, et  ce  n*est  pas  un  mince  honneur 
d'avoir  pu,  pendant  cinquEinte  ans  capter  et  surtout  retenir  la  faveur 
d'un  public  lettré»  patriote  et  délicat. 

Sur  notre  terre  d'Armor,  la  R^vue  de  Bretagne  a  eu  cette  bonne  for- 
tune et  il  eut  été  inadmissible,  personne  n'eut  compris,  que  doyenne 
des  Kevufs  bretonnes*  Tune  des  deux  ou  trois  plus  anciennes  pa^nii 
les  Revues  françaises,  elle  ne  célébrât  pas  ses  Noces  d'or  en  associant 
ses  lecteurs  Pt  nos  compatriotes  à  sa  joie. 

C'est  dans  cette  pensée  que  s'organisèrent  les  fêtes  de  ce  jour.  Après 
un  demi-siècle  d^eiistence,  la  Revue  de  Bretagne  a  tenu  à  jeter  un  re- 
gard rétrospectiTsur  les  années  déjà  longues  de  son  passé  bien  rempli, 
à  revenir  jusqu'à  son  berceau. 

Or  ce  berceau.  Messieurs,  ne  futnl  pas  la  ville  même  de  Nantes,  la 
grande  et  noble  cité,  mère  de  toutes  les  idées  généreuses,  terre  féconde 
d^s  nobte^  pensées,  génératrice  inlassable  de  tous  les  élans  de  pur  et 
vrai  Patriotisme?  U  était  du  devoir,  Messieurs,  du  Directeur  de  la 
Hitvuê  de  Bretagne  et  de  ses  dévoués  collaborateurs  de  ne  point  Toublier 
et  voilà  pourquoi  ils  ont  eu  à  cœur  par  cette  réunion  et  ces  fêtes  d'y 
associer,  dans  un  commun  élan  de  ^^ratitude  et  d'allégresse,  les  habi- 
tants de  la  vieille  cité  qui  vit  ses  premiers  pas. 

Comme  le  laboureur  qul^  au  déclin  du  jour,  s'arrête  au  bout  du  sillon 
pour  mesurer  du  regard,  t  étendue  de  la  tâche  accomplie,  ainsi  après 
une  course  déjà  lonjcue  ferons -nous,  si  vous  le  voulez  bien,  quelques 
Instants  ensemble.  U  sera  réservé  à  notre  dévoué  Rédacteur  en  chef, 
M.  le  C**  de  Laigue.  de  vous  exposer  les  origines  de  notre  Revue  et  le 
récit  de  9es  muiUplês  etrorts,  cependant  que  M.  le  V^  Charles  de  Calao^ 


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CJNQrAXTEXAmE  DE  LA  «  REVUK  DE  BHKTAGSK  tft 

réaiio€Qt  président  de  Ja  Société  dsf  Bibliophiles  bretont^  ?ous  mnn- 
trerA  arec  sa  oompétêûce  et  son  bubituel  talent,  Tinâuenoe  aussi  réelle 
que  profonde,  qu'elle  sut  exercer  pendant  un  demj*slècle  sur  l'histoire 
et  les  lettres  de  notre  Province, 

Aassi  bien  toutefois  est-ce  égaiement  un  devoir  pour  son  modeste 
Ûireet^ur  de  constater  [Importance  de  son  rôle  et  la  p?rnianenco  du 
programme  et  du  but  qu^elle  s'ctait  assignée.  Son  illustre  fondateur,  le 
regretté  U.  de  La  Borderie^  L'avait  fort  bien  défini  dans  son  premier 
numéro  de  janvier  1^57, 

H  Cette  Repue,  disait  U,  respectera  constammf^nt  ce  que  tous  les 
bonoètes  gens  respectent,  sans  eutrer  d'uucurie  Taçon  dans  les  dissen- 
ttinents  qui  les  séparent,  heureuse  Beulement  d'apporter  dans  la  sphère 
où  elle  s'enferme,  un  modeste  contingent  d*e(ÏV>i  ta  à  la  défense  géné- 
rale lies  jsrrands  principes  d'ordre  moral,  social  ol  religieux,  seule  base 
de  lacivilisatien  chrétienne,  si  menacée  de  nos  jours.  A  cet  égard,  iJ 
n>  aura  dans  la  RêPue  qu^un  esprit  et  qu'un  bat.  » 

Qr,  avec  des  collaborateurs  comme  ceux  dont  ii  s'était  entouré,  î^ 
Border ie  ne  pouvait  manquer  d'atteindre  ce  but,  de  pleinement  réali- 
ser cet  esprit. 

Et  quel  lustre,  quelle  autorité  tous  ces  hommes  éminents  stirent, 
âhê  ses  débuts, donner  à  notre  Recueil?  L'Histoire  de  Bretagne,  demeu- 
rée jusqu'alors  enténébrét  et  fort  confuse,  n 'ocrait  gUàre  aux  curieux 
ou  aux  savante  de  la  petits  Patrie  que  des  séries  ou  collections  de 
documents  de  baute  valeur  parfois,  U  est  vrai,  comme  les  compilations 
des  BénédicUns  du  de  quelques  chercheurs,  ou  des  publications  de 
détails,  n'enrisageant  qu'un  poir^t  déterminé  de  son  histoire,  n'ayant 
roavent  pour  bases  que  des  fictions  ou  des  légendes.  La  Borderiê, 
LéopoH  Detisl0,  de  Kerdrelf  le  G'*  d#  Carné ^  J^.  de  Barlkètemy,  Pol  de 
Cùurçy,  Oestin  de  Bourgogne,  Alfred  iMlliè,  de  Fourmont,  de  la  Gour- 
nerié^  de  Belizal^  Charles  de  la  Monneraya^  l'abbé  Ctthour,  Léon  Mau' 
pillé,  îiosenzweiy  Sigismond  i^opartz,  Tabbé  Guiiiotin  de  Cordon  le 
O*  OlîTier  de  SeJsmaÎMonit,  dit  ChaiëiUer,  Kené  de  Ki^rviler,  le  V*'  de 
Kersoùiec^  de  Bvéhier,  Robert  OAéî.ï:»  Alfred  Ramé^  Le  Men,  Lèùn  MaUre, 
etc*,  etc.^  surent  rétablir  sur  ses  véritables  boises  par  la  critique  ou  la 
publication  des  Sources  et  en  faire  un  véritable  monument  de  notre 
Histoire  nationale. 

L'Arehéologîe  embourbée  dans  les  vieilles  ornières  de  théories  la 
pïopirt  du  temps  austî  risquées  qu'inexactes  sut,  en  s  inspirant  des 
règles  et  principes  posés  par  Timmortel  Aroisse  de  Caumout^  révéler 
à  tous  ses  secrets,  ses  merveilles  et  son  histoire  vraie  par  les  travaux 
des  du  Cleu^iou,  abbé  Bmm  ^  Edouard  Bureau,  Joseph  Fowion, 
M^  Fournierf  René  Galles .  de  Clùvaadêuc,  Kugène  Orieux^  Gaultier 
dit  Motlay,  Meurêi,  abbé  RouiteaUf  ânthime  Métxard^  de  Rochelfrune^ 


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fiO  REVUE  DE  BREtAGNE 

ParenteaUt   baron  de    Wismes,  Perthuis- Laurent,  Le  Meignerty  P.  d^ 
Lijle  du  Drinevc,  de  Reranflech,  etc.,  etc.  i 

La  tangue  tiatioDale  bretonne  presque  méconnue,  malgré  lès  travaux 
savants,  mnisparifoi s  confus  des  Dom  Le  Pelletier,  Grégoire  de  Rostre- 
neneiLa  Tour  d Auvergne,  devint  non- seulement  Tobjet  d'une  étude 
attentive,  mais  d'un  juste  et  ardent  amour,  à  la  suite  des  publications 
si  curifUFes  et  ai  captivantes,  des  éloges  aussi  mérités  qu'enthousiastes 
des  Le  Huêrouj  d^s  abbés  Le  Joxibioum  et  Guillôme,  des  Le  Scour,  des 
Lud  Jan^  des  Pronojst,  des  EmauU,  des  Vallée,  et  dés  Lolh  et  surtout 
du  vaillant  Charlas  de  Gaulle,  du  bon  poète  Luzel  et  du  regretté  la 
YiiUmarquè^  qui  sut  mieux  que  personne  mettre  en  lumière,  toute 
sa  poésie,  son  charme  et  sa  beiuté.  La  littérature  môme  et  la  poésie 
y  ont  brillé  avec  éclat  sous  la  plume  des  Brizeux,  des  Edmond  Birè, 
de  FranchevîUe,km^lB  Pehant,  abbé  Jubineau,  de  Lorgeril,  Audran, 
O^  de  Saint- Jean,  de  la  Gournerie,  Hippolyte  Violeau,  Edouard  Twr- 
quety^  Louis  de  Saisy,  Joseph  Rousse,  Hippolyte  Thibeaud,  Louis  de 
Kerjean,  Ëmlie  Grimaud,  René  de  TMverçay,  C»«  de  Palys,  Olivier  de 
Gourcuff,  Louis  Tierceltn,  abbé  Max  Nicol,  etc.  Et  ne  peut-on  pas  af- 
firmer avec  raison  que  c'est  gr&ce  à  cette  admirable  efflorescence  de  ta- 
lents et  de  travaux  auHBl  multiples  que  variés,  que  nos  compatriotes 
bretons  surent  vraiment  reprendre  conscience  d'eux-mêmes  et  se  pro- 
clamer, à  bon  droit,  fiers  de  leur  petite  Patrie? 

C'est  qu*en  vérité,  nuFs  plus  que  ces  hommes  éminents  n'étaient  qua- 
lifiés pour  taire  vraiment  revivre  et  vibrer  l'&me  de  la  Bretagne  ;  aussi 
bien  que  mettre  en  pTeine  lumière  le  riche  et  admirable  patrimoine  de 
gloires,  de  grandeurs,  d'illustrations  et  de  force  morale  qu'elle  avait  à 
travers  les  siècles  apporté  à  la  France.  —  Qui  donc  à  cette  époque,  il 
y  a  cinquante  ans,  songeait  encore  à  nos  vieilles  Provinces,  aux  tradi- 
tions du  terroir,  à  tous  ces  souv«»nirs  glorieux  dont  avaient  vécu  nos 
ancêtres.  Oialoquée!^  et  meurtries,  l'ouragan  révolutionnaire,  suivi  de 
la  centralisation  à  outrance  du  régime  impérial,  semblait  avoir  à  ja- 
mais détruit  dans  le  cœur  de  leurs  enfants  tous  les  germes  d'idéal,  et 
tombée  dans  utte  sorte  de  léthargie  pj:*ofonde.  notre  Bretagne,  semblait 
bien  condamnée  à  un  éternel  sommeil.  Mais  le  génie  de  la  Race  Bre- 
tonne ne  devait  pas  ainsi  disparaître.  La  Revue  de  Bretagne  devint  le 
nouveau  phare  dtstiné  à  éclairer  bien  des  consciences  et  les  travaux 
de  ses  collaborateurs,  fut  pour  nombre  de  gens  une  véritable  révélation. 
Leur  science  fit  ce  miracle,  mais  aussi  incontestablement  leur  ardent 
Patriotisme  breton. 

«  U  est  toujours  vivant,  l'esprit  de  nos  pères,  écrivait  le  hsvde  Luzel 
i'  en  1859.  et  il  vivra  aussi  longtemps  que  le  monde,  car  nous  le  préférons 
H  à  la  jriebêsee. 


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CINQUANTENAIRE  DE  tA  «  REVUE  DR  BRETAtiNE  >^  M 

m  Âusgi  Longt€mps  que  dureront  les  rochers  au  rivage  des  mers  ;  aussi 
«  loD^empa  que  le  mèrae  b&riâchaQtpra  sur  le  seuil  de  ia  porte.  Ausai 
«  longteoips  durera  notre  vieille  langue  au  paya  d^Ariaor.  » 

Qn^  ù  Ton  parcourt  les  travaux  de  i^^êpue,  les  multiples  Mémoires 
de  ses  historieDS,  ses  littérateurs  ou  ses  poètes*  surtout  dans  ses  vingt 
premières  années^  on  ne  saurait  les  lire,  sans  se  sentir  Involontaire* 
ment  pénétré  de  ce  soûl  de  bienfaisant  qui  fortifie  les  âmes,  trempe 
l^s  caractères  et  fait  germer  dans  les  cœurs  Tamour  de  ces  vérités  la* 
tentes  que  ne  sauraient  entamer,  ni  le  dédain  des  esprits  Taibles.  sou* 
cieui  seulement  de  toutes  les  nouveauléit,  ni  les  sarcasmes  des  soi* 
disant  esprits  forts  dont  le  mépris  pour  la  tradition  ne  cache  trop  sou- 
vent que  l'ignorance.  La  noble  pléiade  des  fondateurs  de  la  Reoue  de 
Srelagn€  présida  réellement  k  la  résurrection  de  l'îdês  bretonne  et 
dota  la  Pranee  de  l'un  des  plus  vastes  et  des  plus  précieuc  trésors  bis- 
lori'^uesde  son  Histoire,  N'est-ce  pa^  U  la  plus  noble  tâche  et  la  plus 
délirât] le  récompensé  que  puissent  envier  des  hommes  de  science  et  de 
laheurs  * 

Aussi,  en  poursuivant  la  mission,  était-ce  un  devoir  pour  la  Revus  de 
marquer  la  courte  halte  de  Bes  Noces  d'or  par  un  témoignage  de  haute 
et  profonde  gratitude,  par  un  h  ^mmage  solennel  rendu  à  tous  ces  vail- 
lants, qud  nous  sommes  hf^uretix  aujourd'hui  de  saluer  bien  bas  parce 
quen  nous  révélant  notre  BUioire,  ils  surent  nous  inspirer  ainsi  un 
Tioient  amour,  une  juste  admiration  pour  notre  cher  P&ys.ia  Br&iagne. 

Messieurs,  si  ce  nous  est  un  devoir  bien  doux  de  louer  et  acclamer 
leur  mémoire,  il  nous  e3t  aussi  un  autre  devoir  que  nous  serions  cou- 
pables d'oubEier.  Ils  nous  ont  tracé  la  voie  à  suivre;  il  appartient  à 
leurs  continuateurs,  k  leurs  mo  lies  tes  disciples,  de  ne  pas  s^en  écarter. 
(7est  le  but  que  s'elTorcera  plus  que  jamais  dd  poursuivre  et  d'atteindre 
la  R^vue  de  Bretagne^  dans  le  second  cycle  de  son  existence.  Pleine  de 
corjtidince  dans  la  noblesse  de  sa  cause,  assurée  que  la  grande  majo- 
nié  de  nos  compatriotes  aiment  trop  leur  pays  pour  se  désintéresser 
de  son  Histoire  ;  persuadé  enfin  qu<^  non  seulement  ils  lui  continueront 
leur  bienveillant  concours,  mais  ti'eir>rc^ront  p^ut6t,  davantai(e  encore^ 
au  milieu  des  ^utie^^  et  des  ditUnuté^  multiples  des  temps  nouveaux 
de  seconder  ses  efforts,  pour  l'honneur  de  la  race  et  la  gloire  de  la 
Br  tai^ne^  elle  s^appUquera  à  demeurer,  de  plus  en  plus,  la  gardienne 
intangible  de  nos  traditions  et  la  divulgatrice  autorisée  de  son  Histoire, 
Be  rappelant  sans  cesse  ces  paroles  si  éloquentes  et  si  Traies  de  l^e 
Suërou^  dans  son  numéro  de  mai  iHbi)  : 

«  La  Bretagne  ne  saurait  périr!  Mais  veillons  et  travaillons.  Les 
loavenirs  des  Natio^aliiés  sont  *indestru^tii>les.  Us  peuvent  être  alté- 
rés, obscurciSp  submergés  pirlois,  au  milieu  de  la  tourmente  :  mais 
ils  ne  périssent  jamais*  ils  finissent  toujours  par  surmonter  l'abim^. 


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«2  REVUE  DE  BRETAGNE 

toujours  ils  finissent  par  reparaître  à  la  surface.  C'est  là  comme  un 
symbole  de  l'immortalité  qui  leur  est  réservée.  » 

En  Bretagne  la  tradition  demeure  :  comme  un  dépôt  sacré,  puisse- 
t-elle  rester  à  jamais  au  cœur  de  ses  Enfants.  Breiz  do  virvihen  ! 

A  la  suite  de  ce  beau  discours  on  applaudit  Tardeur  organisa- 
trice et  la  brillante  inspiration  deM™*  L'Herminier,  Thabile  pro- 
cesseur, qui  fit  chanter  par  sa  Société  chorale  a  Les  Chanteurs 
d'Armor  »  son  majestueux  Salut  à  la  Bretagne, 

Une  poésie  touchante  de  M.  J.  ^o\i\^.r  :  Les  Sabots  du  petit 
mousse^  fut  dite  avec  la  sioiplicité  voulue,  par  M.  Yann-ar- 
Poulgoat.  Puis,  M"°  Koridwen  Riou,  accompagnée  par  sa  sœur, 
M"*  Qafd  Riou,  moiulaavec  grâce  Disul  vint  in  {Dimanche  à 
l'aube),  de  Bourgault-Ducoudray,  l'illustre  Nantais. 

Le  comte  René  de  Laigue,  le  vaillant  et  sympathique  Rédacteur 
en  chef  de  la  Revue  cinquantenaire,  prononça  sur  La  Revue  de 
Bretagne,  son  histoire,  un  discours  aux  larges  envolées. 

Quand  M.  Houeix  eut  dit  à  merveille  le  Chant  provençal,  de 
Massenet,  M"«  Yvonne  UHerminier  déclama  avec  une  émotion 
communicative  une  belle  pièce  de  Botrel  :  Lintersigne  de  la 
bague  d'argent  y  et  M"*  Riou  termina  la  première  partie  avec 
Pebez  kelon  [La  triste  nouvelle),  de  Bourgault-Ducoudray. 

La  seconde  partie  s'ouvrit  avec  Minuetto,  pour  orchestre,  dé- 
taillé en  perfection  sous  la  baguette  de  M.  Michel  Langlois. 

M.  le  vicomte  de  Calan,  Térudit  et  zélé  Président  de  la  «  So- 
ciété des  Bibliophiles  Bretons  «^devait  en  ce  moment  prendre  la 
parole  pour  disserter  sur  Le  mouvement  historique  breton  au  XIX^ 
siècle  ;  la  R^viie  de  Bretagne  et  la  «  Société  des  Bibliophiles  Bre- 
tons ».  Retenu  à  Rennes  par  une  indisposition  subite,  il  avait 
envoyé  son  manuscrit  qui  n'arriva  à  Nantes  que  le  lundi.  Nos 
lecteurs  auront  donc  la  primeur  de  ce  captivant  morceau  : 

Mesdames,  Messieurs, 

Prononcer  le  nom  de  M.  de  la  Borderie  quand  on  parle  d'Histoire  de 
Bretagne  o>st  évoquer  l'image  du  créateur  de  toutes  les  initiatives  fé- 
condes. C'est  de  lui  qu'on  vient  de  vous  parler  en  vous  narrant  la  fon- 
dation de  la  Revue  de  Bretagne  ;  c'est  dans  cet  organe  créé  et  pendant 
tant  d'années  dirigé  par  lui  que  Messieurs  de  Kerviler,  Ouillotin  de 
Corson,  Pocquet  du  Haut-Jussé  et  tant  d'autres  ont  fait  leurs  premières 
armes  ;  c'est  là  que  vous  avez  pu  lire  ces  beaux  travaux  qui  sont  de« 


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CINQUANTENAIRE  DB  LA  «  REVUE  DE  BRETAGNE  »  61 

renai  des  livres  qui  s'intitulent  :  «  La  Brêloffne  à  VAcctâèrnie  Fran^ 
çaue  »  ;  Les  Grandes  Seigneuries  de  Haute^ Bretagne;  Lee  Origines  de  la 
Kholutton  en  BreUigne.  >»  Or,  yingt  ans  aprè8>  c'est  eneore  à  M.  de  la 
Borderie  qne  nous  devons  Timpulsion  qui  aboutit  en  1877,  U  y  a  juste 
trente  ans,  à  la  fondation  de  la  Société  dei  Bibliophiles  Bretons  ei  de 
îEisUfire  de  Bretagne.'M.  de  la  Borderie  aTait  bien  vu  que,pour  donner 
une  base  solide  aux  traTauz  historiques  qu'il  espérait  voir  se  continuer 
après  lai,  il  ne  suffisait  pas  d'ouvrir  aux  jeunes  écrivains  les  colonnes 
d'an  périodique  où  l'espace  leur  était  forcément  mesuré  et  dont  il 
Yonlait^  fort  intelligemment,  bannir  tout  ce  qui  paraissait  trop  aride 
afin  de  conserrer  à  la  Revue  de  Bretagne  son  caractère  de  revue  histo- 
rique destinée  au  grand  public.  Il  connaissait  à  fond  les  trésors  que 
renferment  nos  grands  dépôts  d'archives.  U  savait  que  pendant  des  an** 
nées  et  des  années  on  pourrait  y  puiser  largement  et  qu'une  belle 
moisson  de  documents  inédits  était  promise  à  ceux  qui  voudraient 
se  donner  la  peine  de  les  glaner.  Les  Bretons  répondirent  en  grand 
nombre  à  l'appel  de  l'éminent  historien  patriote.  Les  publications  se 
succédèrent  et  la  Société  des  Bibliophiles  Bretons  peut  se  flatter  d'à* 
Toir  garni  la  bibliothèque  de  ses  membres  de  bon  nombre  de  volumes 
dont  la  perfection  typographique  rehausse  encore  la  valeur  scientifique. 

Notre  vieil  historien  Alain  Bouchart,  dont  les  Chronicques  étaient  in- 
trouvables a  pu  de  nouveau,  gr&ce  à  M.  Le  Meignen,  faire  apprécier  le 
charme  de  sa  naïve  narration.  La  Chanson  d'Aquin,  la  seule  chanson 
de  geste  qui  soit  incontestablement  bretonne,  a  cessé  d'être  inédite 
grâce  à  M.  Jouon  des  Longrais.  M.  René  Blanchard,  notre  distingué  se- 
crétaire, a  réuni  dans  une  publication  monumentale  et  si  Justement 
appréciée,  Les  Actes  du  duc  Jean  V  en  grande  partie  inédits.  M.  de  Carné 
a  exhumé  de  la  Bibliothèque  Nationale  la  curieuse  Correspondance  du 
duc  de  Mercœuravec  la  Cour  d'Bipagne.  M.  de  Berthou  nous  a  permis 
de  savourer  les  Impressions  de  voyage  d'un  touriste  archéologue  du 
XVII*  siècle  sur  ia  Bretagne.  M.  de  Laigue  a  commencé  par  l'évéché  de 
Vannes  la  publication  des  Reformations  nobiliaires  du  XV*  et  du 
XVI*  siècles  si  précieuse  pour  l'histoire  des  familles,  la  linguistique  et 
la  géographie.  Enfin  M.  de  la  Grimaudière,  en  étudiant  les  crimes  de  La 
Commission  Magnier^  nous  a  fait  connaître  un  dramatique  épisode» 
l'époque  révolutionnaire.  J'en  passe  nécessairement  et  non  des 
moindres. 

La  littérature  n'a  pas  non  plus  été  oubliée  :  la  littérature  ancienne 
Olivier  Maillard,  Jehan  Mesohinot,  Paul  des  Forges,  dont  MM.  de  la  Bor- 
derie, de  Oourcuff  et  de  Kerviler  ont  donné  d'excellentes  éditions. 
MM.  Emault  et  Guillerm  ont  réclamé  une  place  pour  la  littérature  en 
langue  bretonne;  et  la  plume  alerte  et  experte  de  M.  Sébillot  s'est  em- 
ployée à  vulgariser  pour  les  Bibliophiles  Bretons  quelques-unes  de  ces 


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64  REVUE  DE  BRETAGNE 

innombrables  légendes  profanes  ou  sacrées  que  cet  infatigable  mar- 
cheur a  recueillies  dans  ses  pérégrinations  en  pays  Gallo.  Voilà  notre 
passé,  U  ne  dépend  que  de  vous  que  notre  avenir  ne  lui  soit  en  rien 
inrérieur.  Apportez-nous  votre  adhésion,  remettez  à  notre  trésorier 
votre  cotisation,  et  Toi  d'érudit,  vous  n'aurez  pas  à  vous  en  repentir.- 
Mous  avons  distribué  Tan  dernier  le  curieux  Uvre  de  Comptes  d'un 
chanoine  nantais  du  XVl«  siècle  et  les  intéressants  Mémoires  d'un  gen- 
Hihommê  breton  gous  les  débats  du  règne  de  Louis  XV  ;  nous  venons 
de  distribuer  le  tome  I  de  r^û/oir^  inédite  des  Bretons  de  Pierre  Le 
Baud  \  La  Correspùndance  des  Intendants  de  Bretagne  à  la  un  du  règne 
de  Louis  XLV  sera  terminée  ces  jours-ci;  la  version  inédite  du  poème 
sur  le  Gmnbai  des  Trente.  Les  tomes  il  et  lll  de  VHistoire  inédite  des 
Bretons  de  Pierre  Le  Baud,  les  documents  inédits  sur  les  Etati  de  Bre^ 
tagneau  XVI*  siècle,  les  procès-verbaux  inédits  des  Etats  de  la  Ligue 
attendent  impatiemment  leur  tour  d'aller  chez  l'éiitear  Je  vous  en 
prie,  Mesdames,  Messieurs,  ne  vous  lassez  de  nous  lire  que  quand  nous 
fierons  lassés  de  travailler  à  la  gloire  de  la  Bretagne,  et  que  ce  soit  pour 
vous  et  pour  noua,.,  le  plus  tard  possible. 

V»«  Ch.  de  Calan, 
président  de  la  Société  des  bibliophiles  Bretons. 

Easiiile  défllèrent  :  le  barde  J.-T.  Kenerarmor,  justement  ap- 
plaudi dans  sesœuvres,  de  gracieuses  niélodies;—  M°**P.Jaouen, 
qui  chanlaet  dani^a,  de  naanière  à  ravir  Tassistance,  plusieurs 
numéros  des  Vieilles  Chansons  du  pays  Nantais,  si  patiemment 
rocueillies  et  si  habilement  harmonisées  par  M.  l'abbé  Abel  So- 
reaui  —  M,  Yann-ar-Poulgoat,  fort  bien  grimé  en  vieux  mathu- 
rin,  dont  le  talent  se  donna  libre  carrière  dans  une  poésie  angois- 
sante d»^  Botrel:  Péri  en  mer;  —M"'  Riou,  qui  souleva  Tenthou- 
siasmeavec  deux  airs  de  Bourgault-Ducoudray  :  La  Chanson  de 
Loïc  ^i  La  Softpfi  au  lait;  —  M.  Houeix,  pour  qui  le  célèbre 
arioso  ûu  fioî  de  Lahore  fut  un  nouveau  et  légitime  succès;  — 
M*'  Louis-Armand,  brillante  élève  de  VJ'«  L*Herminier,  dont  la 
diction  impeccable  nuança  merveilleusement  un  des  bijoux  de 
Pailleron  :  La  Poupée, 

Après  Gavotts  et  Musette,  de  M.  Langlois,  supérieurement 
rendues  par  Torchestre,  la  salle  entière  se  leva  pour  entendre 
avec  respect  la  patriotique  composition  du  barde  Taldir,  le  Bro 
goz  ma  zadoit  ^  le  chant  national  du  peuple  breton.  ...  de  ce 
peuple  qui  ne  veut  pas*  mourir  I 


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CIÎIQi:\%TEN\miî  DE  LA  «  REVUE  DE  BRETAGNE  -  riS 

La  chanson  popuTaire  des  Sab^yis  de  la  du'^hesse  Anne,  qui 

n'était  pas  au  programme,  fui  enlevée  avec  entrain  par 
M"'  L'Hei^minier.  le  ba^'dti  J.-T.  Kenirarcnor,  les  Chanteurs 
d'Armor  et  môme  par  un  grand  nombre  d'asi^istants. 

Jean- Marie t  l'immortel  chef-d'œjvre  d'André  Ttieuriet,  cou- 
ronna celt«  inoubliable  séance  :  ce  petit  dram^e  breton»  dû  à  un 
étranger,  fut  joué  de  la  façon  la  plus  rtim=iriïuar*le  par  M^^"  L'Her- 
minier  et  MM"^  Christian  d*Arsy  et  J.-T.  Kenerarmor. 


t      t 


A  7  heures^  un  banquet  amical  râunisgail  dans    tus  ^alon  i 
cia  Faisan  Dîré,  rue  Crébillon.  de  nombreux  ft*rventi  de  la  Pe- 
lite  Pdtrie»entreauïrt's:le  marquis  d^  l'EitourbeillOfi^M,  Joseph 
Riusse*  Vice-Président dt^s  Bibliophiles  Bretons  rit  G >n3ervatedr 
delà  Bibliothèque  de  Nantes,  M.  DorteK  Président  de  la  Société 
Académique  de  Nantes,  le  baron  ne  Wismes,  Président  da  la 
Société  Archéologique  de  Nantes,  M.  René  BUnchard,  Secrétaire 
des  Bibliophiles  Bretons  et  Archivistt^  de  la  ville  de  Nantes,  le 
comte  de  Laigue,  M.  Jacques  Pohipr,  directeur  du  Pai/s  d'Ârvor^ 
M.  Lol4  Herrieu,  directeur  de  Dihunamb,  les  bons  poètes  natio- 
DauifAlcide  Leroux  et  Dominique  Caillé,  le  commandantde  Mk)- 
leray,  le  baron  de  Samt-Pern,  M,Lafolye.  imprimeur  de  la  Revue 
de  Bretagne,  M,  SiUllardetM   Houd-t,  Blbl'othéCHire  et.  Secré- 
taire du  Comité  de  la  Société  Archéologique  d«  NiiUes.M.  R  ondol 
et  M*  Poiri»  r,  Trésorier  et  Bibliothécaire  de  li  Sociéé  A -adé- 
mique  de  Nantes,  M,  Joseph  Angot,  rédacteur  en  chef  du  Pays 
d'Arvor,  le  baron  Gaétan  de  Wiamea,  Vice-Président  delà  Société 
Acajémique  de  Nantes^  elc,  etc, 

La  plupart  des  artistes,  --  M°"  et  M"*  L'Herminier,  M""  Korid- 
wen  et  Gdïd  Riou»  a  ^xquelles  s'était  j  jinte  Ir'ur  sœur,  M^'*  R  iZôu 
Rou,  MM.  Langloia,  J.'T.  Kent^r^rmor,  Christian d'Ar^sy  et  Yjnn- 
ar-Poulgoal^  —  ainsi  que  les  représenlants  de  tous  Ids  grands 
journaux,  le  Pelil  Phare,  VEx/jress  de  l  Ouest ^  le  Populaire ^ 
y  Espérance  du  Peuple^  le  NouoeUisie  de  Bretagne,  avaient  ré- 
pondu à  rinvilatlon  des  orga[n?atBurs. 

Aulourdeii  tdblesdt'licieuiemeattleuries,  s'asseoient  les  joyeux 
convives  qui  savourent  d'avance  le  copieu;!  repas  annonce  par  de 
pittoresques  menus  —  cadeau  gracieux  de  la  maison  Lefèvre* 


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66  REVUE  DE  BRETAGNE 

Utile,  —  illustrés  de  lôtes  de  femmes  d'Ouessant,  du  Huelgoat, 
de  Soin,  de  Biud,  de  Locminéet  de  Callac,  toutes  abritées  par  la 
coiffe  locale.  Voici  le  détail  de  ce  dîner  qui  fait  le  plus  grand 
honneur  aux  hiaîtres-queux  Mauduit  et  Fiok  : 

Consommé  de  volaille  Gauloise. 
DéMces  de  sqI^h  Marguery, 
Noix  de  veau  Armoricaine. 
BaUotine  de  perdreau  à  la  gelée. 
Poularde  rôtie  cresson. 
Satade. 
Petits  pois  en  chiifonnade, 
^  Cèpes  à  la  Provençale. 

Pudditig  Irlandais. 

Ces  agapes  entre  vrais  amis  furent  d'une  cordialité  exquise. 

Au  Champagne,  M.  de  l'Eslourbeillon  se  leva,  remercia  et 
félicita  chacun  avec  sa  bonne  humeur  et  son  esprit  coutumiers. 
M.  Dûrlel,  aurom  de  la  Société  Académique,  le  baron  de  Wismes, 
au  nom  de  la  Sociélé  Archéologique,  formèrent  des  vœux  pour 
le  succès  toujours  croissant  de  la  Revue  de  Bretagne  et  des 
«  Bibliophiles  Brûlons  ».  Au  nom  de  cette  Société,  M.  Joseph 
Roiiss(3  prononça  quelques  paroles  charmantes.  M"*  L'Herminier 
se  levci  à  son  tour  et  lui  ce  tons!  remarquable  : 

i'  NficabABrss, 

c  Jb  remercie  ïa  Revue  de  Bretagne  et  les  «  Bibliophiles  Bretons  » 
d'avoir  songé  aui  ■  Chanteurs  d'Armor  t  en  cette  belle  fête  régionale 
qui  restera  gr&irée  dans  la  souvenir  de  tous  ceux  qui  ont  Thonneur  d'y 
assister. 

Il  Les  noces  d*or  de  la  Revue  de  Bretagne  sont  une  alliance  bienfai- 
sante, car  elles  cimentent  celte  Ere  nouvelle  du  Régionalisme  qui,  gr&oe 
à  M,  le  marquis  de  rEstaurbeillon,  qui  en  a  pressenti  Tavenir,  grâce  à 
son  dévoué  Comité,  est  devenue  la  fusion  rôvée  des  meilleurs  sen- 
timents. 

<  Dans  ce  )olt  petit  coin  de  France  fiui  a  nom  la  Bretagne,  une  telle 
alliance  d'intelligences  qui  £e  rapprochent,  lettrés,  penseurs  et  artistes 
se  comprenant,  ee  sondant  dans  un  môme  but,  devient  un  bienfait  réel. 
C'est  une  force  créatrice  capable  de  fonder  un  centre  sérieux  littéraire 
et  muHioal  et  dont^  dès  maintenant,  on  peut  constater  toute  Tutilité. 

t  ABsurémeni  e^  n'eM  pas  pour  nous  que  nous  travaillons.  La  vie 


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CJNQP^XTE^AÎRB  DB  LA  «  REVUE  DE  BRETAGNE  «  6T 

est  ocurt^.  D'autres  viendront  qui  profiteront  de  nos  routes  tracée!. 
L'idée  émise  progfïérera,  fruciifîerft  :  «n  attinint  Jeâ  travailleurs  tntel- 
ïectoeîs  de  la  Région  notre  alliance  régionaliste  les  consolera,  les  dé-^ 
dommagera  d'être  loin  de  ÏBt  Capitale  où  il  semble  (par  routine,  il  est 
vrai)  <|ue  toute  œuvre  nonvelia  doit  recevoir  le  baptême  de  la  vie*  Eu 
tes  faisant  connaître  par  des  réunions  artistiques,  nous  évoillerons 
Tessor  des  poètes,  des  musiciens^  des  littér&teurs»  ûpb  chanteurs,  des 
diseurs  ;  nous  grouperons  autour  de  la  banDlère  régionale  les  cœurs 
eotbousia^tes  qui  ont  reçu  de  Dieu  cette  étincelle  indispensable  à  Tart; 

«  Le  don  de  sentir,  d*aimer  et  de  vibrer. 

€  Ainsi»  Mesdames,  Mesbieurs,  en  nous  unissant,  nous  pourrons 
dans  ce  beau  but  être  uUles  à  tous  ;  à  ceui  qui  nous  succéderont  aussi 
bî&n  que.  dès  maintenant  à  nous-mêmes  en  utilisant  nos  forces  pré- 
sentes pour  maintenir  la  grande  oeuvre  rêvée. 

-  En  cette  circonstance,  mes  *  Chanteura  d'Armor  **  vous  apportent 
ieurs  coaurs  et  leurs  voix,  leurs  talents  et  leur  enthousiasme,  comme 
leur  Fondatrice  Directrice  ses  vœux  les  plue  sincères,  sou  beureui  dé- 
vouement et  sa  profonde  sympathie.  *' 

M.  Lois  Herrieu  souleva  l'bîlarité  ^i^néraie  avec  une  chan- 
son bretonne,  si  drôlemeut  mimée  que  tous  les  profanes  com- 
prirent. 

Le  poète  Jos  Parktr  avait  adressé  ce  joli  sonnet  : 

  LA  RKVUE  DÏÏ  BRETAGNE 

L*homme  eu  son  berceau,  l'oiseau  dans  son  nid, 
Nul  ne  peut  savoir  le  sort  qui  l'encbaine, 
S'il  est  fait  de  jours  qu'un  ûi  réunit 
Ou  si  d'acier  pur  est  faite  sa  ciiaine. 

Qu'il  est  beau  le  tien  l  Tu  prends  au  granit 
L'&ge  qu'il  a  jeune  auprès  d*un  vieux  ohéne  ; 
Ainsi  la  moitié  d  un  siècle  finit, 
Sans  cSore  pour  toi  la  moitié  procbaîne^ 

Cinquante  ans  sonnés  sans  cheveux  d'argent  ! 
Aïeule  qui  vas  d'un  pied  diligent. 
Tu  domptes  le  Temps  et  la  Destinée  ; 

Si  tu  peux  compter  des  soirs  glorieux 
Quand  d^autres  n*ont  vu  qu'une  matinée. 
C'est  qu'on  te  soutient  dans  des  bras  pieux. 

Enfin ,  BU  nom  de  ses  cullègues  de  la  Presse  ,  M.  Léonce 

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il  REVUE    DR  BRETAGNE 

OtivpaT-d,  représentant  de  ['Express  de  V Ouest,  dit  en  termes 
choisis  el  aimables  la  reconnHi3âance  et  les  espoirs  de  tous. 

Beaucoup  d'amis  de  l'Armorique  avaient  exprimé  leurs  regrets 
les  plus  bincères  de  ne  pouvoir  assister  à  ces  belles  fôtei  régio- 
nales. Citons  :  ^ 

MM.  Léopold  Delisle,  membre  de  L' Institut  ;  Bodinier,  sénateur;  C^*  Le 
QoniJec  de  Traissan^  C^*  Lanjuia&is,  lieutenant-colonel  du  Hdkl^ouêt» 
M^deMontaigu,députés;V*' Olivier  de  Oourcuflf.incienrédacteurencûef 
de  la  R/evue  de  Bretagne  ;  Joa.  Parker,  sous-directeur  de  V  Union  Bégio- 
nali^te  Bretonne  ;  René  Valette,  directeur  de  la  Revue  du  Bas-PoUou  \ 
C^  de  Palyg,  aous-di  recteur  de  la  cUese  d'Archéologie  à  i^AssociaUQn 
B t*e tonne  ;  &hbé  Bu léo n,  gli ré  de  Saint- Pierre  de  Vannes,  directeur  de 
[^  Revue  Mort  hunnaUe;  Simon,  imprimeur;  Plilion,  éditeur  ;  C*«  de  Kon- 
seray  ;  V"  dVAm  jLernet  ;  M™*  Baudry  ;  Charles  Le  Oolfic  ;  M*«  de  Mont- 
glat  ;  0,  Dottin,  professeur  à  la  F<lc  ilté  des  Lettres  de  Rennes,  di- 
recteur des  Anna'ei  de  Bretagne  ;  Trévédy  ;  Senot  de  la  Lon  Je  i  Doc- 
tôor  Picquonard  ;  H.  de  Barmon  ;  M^"*  de  Volz,  née  de  Querhoônt  ;  Abbé 
Gadic,  directeur  de  la  Paroitte  Bretonne  de  Paris  ;  René  Saïb,  direc- 
teur du  docker  Breton  ;  P.  Couraud  ;  L.  de  Villé»rs,  secrétaire  de  ta 
cU&se  d  Archéologie  de  ÏAssQCiaiiQn  Bretonne  ;  Edouard  Pied,  le  che* 
ralier  d'Achou  ^  etc. 

On  pas^e  alors  fumer  et  deviser  gaiement  dans  la  grande  ga- 
lerie  du  Pdîsan-Doré,  pendant  que  la  salle  du  bar  quel  te  t^ans- 
forme  en  salle  de  concert*  Bienlôi  on  y  rentre  et,  plusieurs  heures 
durant,  c^est  une  suite  ininlerrompue  de  chansons  gr.ives  ou  co- 
miques, de  morceaux  de  piano  exécutés  avec  maestria,  de  poé- 
sies dramatiques  ou  joyeus^es,  débitées  dans  toutes  les  règles  de 
l'art  M.  de  lEstourOeilloo  lui-môme  se  jette  dans  la  mê  ée,  et 
puisant  darjs  [Almfinoch  de  i  Union  Bégionalisle  Bretonne  (i) 
nous  procure  avec  Coule  breton  une  pinte  de  bon  sang. 

La  clôture  d'un^^  journée  si  bien  remplie  fut  magistrale  :  les 
Va  coups  de  minuit  vennieut  de  sonner,  tous  les  assistants  se  le- 
vèrent et  avec  une  émolion  profonde  chantèrent  le  superbe  Bro 
gaz  ma  zadou. 


(t)  Cet  Almaa&ch,  du  140  pAge»,  dé  (m  te  par  un  Calendrier  des  Saint»  de  aotre 
FfOTïnc«p  reQt'«r£ae  nombre  i^nTJi  uult^a  et  fourmille  de  poésies  et  de  chansons 
en  breion  et  en  jraaçij«  et  d'vrliaifti  pAtnoliques.  l£dité  par  Kra^ncis  SiHtiN,  à 
UxHN«a,  il  cotîM  U  c«7(T4H£s.  Que  loits  les  Bretons  rachètent  et  le  répandent  l 


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CJÏÏQUANTENAIRE  DK  LA  *   REVUK  DE  BRETAGNE    -  fifl 

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i*i 


Telles  furent  les  belles  maTiffestatîonii  bretonnes  du  I&  décembre 
1907,  en  ïa  vieille  cité  de  la  Bonne  Duchesse,  Elles  lalBseront  danfl  Tàme 
deceui  qui  y  participèrent  un  soutenir  impériBsable. 

Dès  ie  lendemain  la  grande  Preftâe^.  avec  une  unanimité  qui  lui  fait 
honneur,  affirmait  la  réussite  complète  de  ces  fêtes  nationales.  Nos 
lecteurs  seront  honreux  de  connaître  quelques  courts  ex  traits  de  ces 
arUcles  élogif'tix. 

«  M,  de  rE^tourbeillon  prit  la  parole  et,  en  termes  beureui,  rappela 
de  quelle  utilité  (ut  le  périodique  aux  destinées  duquel  il  préf^ide... 
L'aoditoireÛt  le  meilleur  accueil  à  ces  paroles,..  Le  soir,  à  sept  heures, 
Bretons  de  Nantes  et  d'ailleurs  se  retrouvaient  duns  un  banquet  tout 
intime,.,  La  plus  grande  cordialité  et  le  plus  ehaleurc^ux  entrain 
régnaient  parmi  les  convives...  Au  chaoipa*rne,  M.  de  rEstourbeillon, 
après  avoir  excusé  Tun  des  fondateurs  de  la  Revue,  M.  Léopold  Delisle, 
ainsi  que  beaucoup  d'autres  amis,  évoque  la  mémoire  de  M,  de  la  Bor- 
derie  et  rend  hommage  à  M.  Joseph  Rousse.  Il  remerete  tous  ceux  qui 
ont  collaboré  à  la  réussite  de  ce  Cinquantenaire.,.  La  soirée  ee  tertsine 
comnse  le  concert  par  le  chant  breton  qui  groupe  tous  les  assistants 
dans  la  même  é motion  >  ** 

{le  Petit  Phar«}, 

n  Un  concert  des  mieux  organisé  et  des  mieux  composé  &  été 

parfaitement  exécuté.  Nous  léii citons  en  bloc  tous  les  artistes  .,..  Uu 
drame  en  vers,  Jean-Marie^  a  élé  très  bien  rendu.....  M,  le  M'*  de  rEs** 
tourbeillon  a  prononcé  un  magnifique  discours En  résumé,  char- 
mante réunion,  dont  nous  garderons  te  meilleur  souvenir,  >« 

*  {L'Espérance  du  Peuple)* 

M  A  2  heures  et  demie  une  assemblée  sélect  te  trouvait  réunie 

pour  Taudition  du  programme  musical,  littéraire  et  dramatique.  Disons 
tout  de  suite  le  grand  suc^cès  remporté  par  les  organisateurs  de  cette 
tètet  H  combien  turent  L  la  hauteur  les  diflérents  artistes  qui  avaient 
assumé  la  lourde  l&che  d'intéresser  un  puhlic  d'amateurs  choisi  et  com- 
pétent, La  matinée  s'ouvre  par  une  Danse  bmionne  enlevée  avec  une 
maéàtha  véritablement  remarquable,  Fuiâ  M.  de  rEstourbeillon  pro- 
nonce une  très  intéressante  et  très  littéraire  allocution A  signaler 

la  parl&ite  exécution  d'un  petit  drame  d'André  Theuriet,  Jmn-Marie    « 

[Le  Populmte). 


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70  REVUE  DE  BRETAGNE 

Les  organisateurs  des  Fôtes  bretonnes,  par  lesquelles  la  Revue  de 
Bretagne,  toujourji  Tivace  et  jeune  en  dépit  des  années,  commémorait 
son  Cinquantenaire,  peuvent  être  satisfaits  :  un  public  choisi  arait 
répondu  à  leur  appel  et  gardera  un  souvenir  durable  du  régal  déli- 
cat, tout  embaumé  du  parfum  des  bruyères  de  la  lande  bretonne,  qui 

lui  fut  offert Pour  la  première  (ois  de  la  saison,  les  «  Chanteurs 

d'Armor  »,  que  M™'  L*Herminier  dirige  avec  beaucoup  de  sens  artis- 
tique, ont  montré  leurs  sérieuses  qualités  et  la  sûreté  de  la  direction. 
M"*  Yvonne  L'Herminier  a  dit  avec  un  charme  très  émouvant  une 
jolie  poésie  de  Coppée.  Notre  jeune  compatriote,  le.  compositeur  Michel 
Langlois,  dirigea  l'exécution  par  Torchestre  de  plusieurs  pièces  de  sa 
composition,  d'un  coloris  très  personnel  et  d'une  jolie  inspiration.  Mais 
le  succès  de  la  matinée  fut  pour  M"*  Loeiza  Riou  (Koridwen),  qui  dé- 
tailla avec  un  art  véritable  de  chanteuse  et  de  diseuse  plusieurs  com- 
positions de  Bourgault-Ducoudray,  les  unes  chantées  en  français,  les 
autres  en  breton,  mais  toutes  très  justement  applaudies;  cela  sortait 
absolument  du  banal.  Nos  compliments  à  la  charmante  interprète  et  à 

sa  sœur  qui  l'accompagnait La  matinée  se  terminait  par  Jean- 

Marie,  le  drame  breton  si  émouvant  d'André  Theuriet,  à  l'interpréta- 
tion duquel  M*>*  Yvonne  L'Herminier  apporta  le  charme  de  sa  diction 
si  juste  et  son  jeu  émouvant;  elle  avait  de  dignes  partenaires  en 

MM'*  Christian  d'Arsy  et  J  T.  Kenerarmor Au  début  de  la  séance, 

M.  le  M^"  de  l'Estourbeillon  est  venu  exposer  le  but  des  fôtes  bre- 
tonnes   Le  distingué  et  très  actif  Directeur  de  la  Revue  de  Bre- 
tagne rappelle  qu*eile  eut  Nantes  pour  brrceau,  puis  il  s'attache  à  dé- 
montrer l'importance  du  rôle  qu'elle  a  rempli  et  la  permanence  de  ses 
efforts  pour  établir  sur  ses  véritables  bases  Tbistoire  de  la  Bretagne. 

M.   le  comte  René  de  Laigue  retrace  les  principales  étapes  de 

Fœuvre  d'érudition  féconde  entreprise  par  le  grand  savant  que  fut 
M.  de  la  Borderie  ;  il  évoque  les  noms  aussi  bien  de  ses  collaborateurs 
de  la  première  année  que  de  ceux  qui  aujourd'hui  contribuent  à  as* 
su rer  la  victoire  de  la  Revue.  Il  remercie  tout  particulièrement  M.  le 
baron  Gaétan  de  Wismes,  qui  fut  le  tout  dévoué  et  le  très  habile  orga- 
nisateur de  la  fête. 

En  somme,  belle  journée,  où  l'on  sentait  battre  tous  les  cœurs  à 

l'unisson  dans.l'amour  de  la  Petite  Patrie,  amour  qui  ne  les  empêche 
pas  d'être  les  meilleurs  serviteurs  de  la  Grande  Patrie,  la  France.  » 

f L'Express  de  VOuest). 

'(  Le  dirons-nous  ?Eh  bien,  le  triomphe,  et  c'était  naturel  en 

une  fête  bretonne,  fut  pour  deux  Vannetaises  en  costume  national, 
M'^  Riou.  M"«  Loeiza  Riou  se  tailla  un  beau  succès  avec  see  chants 
français  et  bretons  ;  œs  derniers  n'étaient  compris  que  d'une  rare  élite, 


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CINQUANTENAIRE  DB  LA  •  REVUE  DE  BRETAGNE  »  71 

fluis  ils  étaient  rendus  avec  une  telle  ^me^  des  accents  si  sincères 
aaii  à  une  science  simple  de  la  vocalise  que,  comme  le  disait  le  soir  le 
Président  de  la  Société  Archéologique,  le  baron  4e  Wismes  :  «  Je  n'ai 
jamais  tant  regretté  d'ignorer  le  breton  qu'en  l'entendant  poétiser  par 
MU'Loeiza  Riou  et  par  le  barde  Loeiz  Herrieu.  »>....  Le  marquis  de  l'Es- 

toorbeillon  a  prononcé  un  fort  beau  discours La  séance  se  termina 

par  le  cbant  national  breton  Bro  gox  ma  zadou,  que  l'assistance  écouta 

debout  très  respectueusement,   répétant  le  refrain Le  soir,  une 

cinquantaine  d'invités  se  réunissaient  en  un  banquet  tout  amical 

La  devise  do-fondateur  de  la  Revue  de  Bretagne  <  Qui  l'aborde  rit  n  fut 
la  règle  de  cette  soirée,  et,  après  les  toasts  d'usage,  ce  ne  furent  jusque 
bien  arant  dans  la  nuit  que  chants,  récits  et  causeries  Jojeuses>  puis 
chœur  final  du  Bro  goz  ma  sadou.  Ainsi  se  termina  cette  belle  manifes- 
tation régionaliste  bretonne.  Breiz  da  virviken  !  > 

[Le  Nouvelliste  de  Bretagne), 

Dans  le  n*  du  21  décembre  de  Nantes- Mondain^  notre  vieil  ami,  le 
V^  Olivier  de  Gourcuff,  écrivait  ces  lignes  spirituelles  : 

«  J'ai  fort  regretté  de  n'ôtre  point  à  Nantes  dimanche  dernier.  On  a 
célébré  un  Cinquantenaire,  et  celui  d'une  dame  encore,  ce  qui  pourrait 
n'être  point  très  galant  s'il  s'agissait  d'une  perdoAne  naturelle.  Ras- 
surez-vous :  la  dame  était  moins  âgée  que  l'Académie,  à  qui  vieux  et 
même  jeunes  littérateurs  content  volontiers  fleurette  -,  c'était  haute  et 
noble  Bévue  de  Bretagne,  née  à  Nantes  en  l'an  de  grâce  1857^  tenue  sur 
\bb  lonts  baptismaux  par  Maître  Arthur  de  la  Borderie  et  son  collègue 
Kmile  Qrimaud.  Je  ne  sais  pas  si  la  Revue  de  Bretagne  a  des  cheveux 
gris  et  des  ridées  ;  je  l'ai  trop  aimée,  pendant  certain  commerce  de  treize 
années  que  )'ai  eu  avec  elle,  pour  m'apercevoir  qu'elle  vieillissait,  ni 
même  que  nous  vieillissions  ensemble.  Si  j'aveis  été  à  Nantes,  j'aurais 
évoqué  en  prose  —  ou  en  vers,  pourquoi  pas  ?  —  ces  souvenirs  et  bien 
d'autres.  A  distance,  j'aime  à  me  remémorer  les  hommes  que  j'ai  con- 
nus, fidèles  soutiens  de  cette  doyenne  de  la  presse  périodique  bretonne, 
et  qui  à  tour  de  rôie  lui  olTraient  galamment  le  bras.  Près  du  grand 
historien  La  Borderie,  fléau  des  légendes  et  lecteur  dévotieux  de  la  lé- 
gendaire Vie  des  Saints  d'Albert  do  Morlaix  (ceci  n'est  qu'un  apparent 
contraste),  prè!«  d'Emile  Grimaud,  vif,  ardent,  qui  papillonnait  autour 
des  héros  de  la  Chouannerie,  je  vois  l'admirable  poète  Hersart  de  la 
Villemarqué,  dont  le  Barzax  Breiz  a  toujours  le  privilège  d'aiguiser  les 
dents  de  l'envie,  et  Audren  de  Kerdrel,  qui  n'eut  pas  son  pareil  pour 
présider  une  assemblée  parlementaire  ou  un  congrès,  et  Ëimond  Biré, 
qui  s'offrait  le  plaisir  de  disséquer  Victor  Hugo  avec  le  scalpel  de 
Sainte-Beuve,  et  René  Kerviler,  qui  aurait  dû  terminer  sa  Bio-Biblio» 
ifapkie  bretonne  dans  un  de  ces  fauteuils  d'académiciens  bretons  si  pa- 


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72  REVUE  DE  BRETAGNE 

tiemmest  décrits  par  lui.  Voilà  dMlInstres  collaborateurs,  ou  je  ne  m'y 
connais  pas,  et  Je  n'ai  nommé  ni  Brizeux,  ni  Victor  de  Laprade,  ni  Henri 
de  Bornier,  qui  tous  trois  envoyèrent  à  la  Revue  de  la  bonne  copie.  » 

(fanées  Mondain), 


TREDE  LIZER  EUS  NAONED 
Kknvroïz  Ker, 

Evit  ar  wech-man  ne  gomzin  ket  d'ac'h  eus  Ireo  koz.  Re  a  blijadur 
am  eus  bet,  re  frealzet  eo  bet  ma  c'halon  gant  an  treo  eus  an  amzer  a 
Treman.  C*boant  bras  *zo  ganin  da  zisplega  d>oc*h  ar  pez  am  eus  gwelet 
ha  klevet  disul  tremenet,  er  Todadeg  breton  savet  evit  lida  banter- 
kantved  bla  ar  geloen-gelc'b  brudet  e  reer  anezi,  en  g^Weg^  Revue  de 
Bretagne,  «  Keloen-gelc'h  Breiz  ». 

Da  genta,  petra  eo  ar  Revue  de  Bretagne  ?  Hen  laret  a  rin  en  berr 
gomzou. 

Eur  geloen-gelc'h  eo  savet  hanter-kant  via  *zo  gant  eun  den  gwiziek 
meurbed  bag  eur  breton  kalonek,  an  aotro  de  La  Borderie,  evit  beza 
eun  ôre  être  ar  Vretoned  a  gare  o  bro  eveltan  bag  a  gare  studian  istor 
Bretz  bag  an  treo  koz  a  gaver  eleiz  war  bon  douar,  ilizou.  kestel,  mein- 
hirr,  dolmen,  bag  ail. 

Dam  a  laro  :  Petra  *dalv  kement-se  evidomp-ni  ?  Daoust  ba  n'in  ket 
banter-sod,  an  dud-se,  o  tremen  o  bue  o  furchal  koz  vogeriou  pe  bape- 
rou  banter-vrein,  banter-debret  gant  al  lognd  ?  Laret  ket  ze,  kenvroîz 
ker.  Ma  eo  anaveet  ganeomp  bueou  bon  zent  koz,  laboariou  uhel  ha 
kalonek  bon  tadou  koz,  ir  breznliou  «oneet  gant  bon  roueed  bag  bon 
duked,  dre  labour  an  dud  gwiziek-se  eo  e  teuomp  do  anaout. 

Nag  a  sk>ueriou  kaer  ha  talvoudus  a  lennomp  en  o  levriou  bag  a 

entan  bon  c'halonou  !  Ne  vije  ket  eur  gwir  Vreton  an  hmi  na  larfe  ket 

» 

goude  beau  lennet  an  istoriou  kaer-ze  :  Daoust  ha  ne  rin  ket  evel  ma 
c*hendadou^  pa  Inan  o  gwad  o  redek  barz  ma  gwazied  ? 

Bvelse  *reomp-ni,  barzed  ha  skrivagnerien  breton  :  Perak  emaomp-ni, 
kement  ao*banomp,  o  p  eal,  o  labourât  noz  de  gant  levriou  ha  keloen- 
nou,  evit  skigna  etouez  an  dui  karante  Doue  ba  karante  Breiz?  Perak? 
Dre  ma  zo  bel  tud  gwiziek  meurbed  en  bon  raok^  hag  o  deus  diskouelet 
an  hent  d'eomp,  evel  ma  ra  an  tour-t&n  d'al  listri  war  ar  mor. 

Hag  ouppen-ze,  ni,  barzed,  skrivagnerien,  bemde  o  vale  bro  da  gomz 
d*an  dud,  o  t^kriva  pennadou  skrid  da  ganan,  da  c'boari,  o  bada  en  o 
c'breizbad  mat  ar  garante-vro,  penaos  e  c'hellfemp  ni  kaout  amzer 
evit  studia,  evit  klask*barzal  levriou  koz  danve  an  istor  a  displegomp 
ar  bjb  ,    ma  ne  v^jemp  ket  tikouret  gant  tud  hag  a  labour  evidomp 


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CrNQUANTBl^iAlRK  DE  LA  «  REVUE  DE  BRETAGNE  »  73 

evel  ma  ra  ar  vederien  a  drouc'b^  a  zerr,  a  zorn  an  ed  6 vit  ar  miliner 
h^  ar  miliner  a  val  anean  evit  ar  fornier  ? 

Efelse  en  em  barp  pep  micberour  ar  spered  koulz  ha  mlcherourieD 
!□  douar. 

EQor  'ta  ha  tri]  gare  ha^î  anaoudegez  val  d'an  dud  gwlziek  a  labour 
eridomp  *mesk  ai  tevriou  koz,  kuzet,  daoubieget  war  an  daol  skriTâ, 
©Tel  mederien  war  an  ero. 

Cbomet  on  re  b6Ïl  da  zisplega  al  iabouf  mat  a  ra  Eêvue  de  Bretagne. 
TrawAlc'b  am  eui  c'bosz  da  gonta  d'aclj.  Da  genta.  evei  m'bo  peua  ben 
fweiet  war  Groas  ar  Vreloned^  ar  zuri  dîweïan,  baan  'zo  bet  eur  voda- 
deg  dudius,  da  diou  eurd'abardp.  Goudeprezegennou  dispar  graet  gant 
laaotro  markiz  Eitourbeillon  ha  g  ea  aotro  kont  de  Laigue,  e  oe  kivget 
giDt  BF  muîit  kanaouennou  gralîek,  dagenta,  ha  goude,  re  brezonek. 
Pebez  dadi  klevet  hon  yez  m^ule t  gant  an  hoLi  î  Fa  zavas  war  al  leur- 
c'hoan  an  dimezel  Biou,  bon  c'hanârez  diapart  gwisket  ganii  gwiska- 
iQâDt  ken  kaef  Pontavet),  kredi  *riâ  gwciet  eur  rouanezosevel,  kement 
e  oe  fltrakfit  an  daouarn  d'ei.  Kaoet  ganti  ar  Brezoneg  a  7eblant  yez  an 
ele,  ar  j€z  a  gomzer  «r  baradoz.  Ken  c^houek,  ken  brao  e  teue  ar  giriou 
hag  an  ton  unanet  ;  ken  dereat  ar  muzik  c'bcariet  gant  he  e'boar  oc'b 
eila  anei  war  ar  piano*  An  boll  a  oe  gonêet  bag  a  anzava  trec'het  gant 
nen  ar  wirione  :  <  Ar  Brezoneg  a  zo  re  d'ar  Gaileg  evit  ar  c'hanouennou 
hagar  varzoniez.  »  —  m  BJskoaz  n'am  eus  bet  kement  a  geun  o  vean 
bep  gouzout  ar  Brezoneir,  >  a  lare  eun  aolro  pinvik  bras  eus  Naoned. 
Eritgwiri  me  ton]  penôs,  bep  dale,  ne  vo  ken  bodadeg  ebetda  gana, 
eo  Breii,  hep  ne  vo  kaneteun  dra  bennak  en  Brezoneg. 

Ha  pa  weian  kement-se  en  kôrlou  bras,  pa  welan  tad  a  spered  ubel  o 
komz  evelse  eus  ar  Brezoneg,  o'cb  ober  meulodi  bro  ba  yez  koz  o  zadou, 
pen6s  belllemp  tremenbep  dioar^in  gant  an  dimezelligo  e  weierre  ane 
'barï  ar  boarko  o  vale,  ar  zulio,  eun  tammîg  koz  tok  war  o  fenn,  goude 
bean  gwerzet  bolen  pe  moru  epad  ar  zun,  bag  oc' h  ober  fae  war  Bre- 
£oneg.  'n  eur  drei  o  geno  evel  marmouzien  :  Je  ne  parte  pas  cette  langue- 
là!  C'est  one  langue  de  iauvaché^  î  f^  Sauvacbe  >,  ne  gredan  kete  vefen, 
dîmezelL  nag  bo  kerent,  kennebeut,  ba  na  ^ooizont,  koulskoude,  nemet 
brezoneg*  Diwaliet  kentoc'h  da  gouean,  c  boni,  erenk  ar  «  sauvaçbed  y* 
Bean  'zo  tud  en  Paris  bag  a  gomz  galleg,  —  eur  galîeg  brein,  gwir  eo» 
—  bag  a  20  gwasoc'h  evit  morianed  an  Afrik. 

Ne  achcfen  ket,  ma  karfen  displega  pep  tra.  Arôk  en  em  dispartia,  e 
oe  kanet  ar  ganaouen  dispar-ie  a  zo  eun  ère  être  ar  Vretoned,  Bro  gos 
ma  sadou  ;  kaer  'oa  gwalet  an  holt,  savet  en  o  zav,  oc'h  unani  o  mouez 
evit  an  diskan  bag  o  bûchai  a  greiz  knlon  i 

Q  Brelzn  nia  Bro.  me  *|^ar  ma  bro, 
Tra  ma   vo  mor  *t«1  mur  *a  b#  zro, 
Ea  veio  digabestr  ma  bro. 
Février  iiêê  f^ 


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74  Kmm  DS  brëtàghb 

pE  Ye<iasl»m«t  Br^toii^d  evit  eun  dra  bennak,  n'^nt  ketevit  'n  em 
dispartian  hep  azaan^  evel  breudear,  da  gaozeal  kalon  ouz  kalon  eua 
'ireo  o  M&iii^Vfo  Brefs. 

Evelse  'oe  ^rct  ive.  Wardro  banter-kant  e  oamp  unanet  evitar  banvez 
'bapz  ar  ^weUan  tiost»lipi  eus  tCaoned,  ean  hostaiiri  evel  n'eus  hiûi 
^weUoc'h  en  PâHs.  Mat  tre  e  oi  ar  geg[n  ;  gwelloo'b  c'tioaz  e  oa  ar 
prezêgennou  Uag  ar  c'banaouennou.  Betek  hanter-noz  e  cbomjomp  da 
'gaose&l,  da  gfina»  da  diriza.  Pa  Te  BreCoaed  unanet  asambleBt  a^iot  ket 
eTit'n  em  zispartia.  ErÛn,  rdd  a  oe  taret  kenavo  an  eil  d*6giLe.  Hfis 
re  a  blljadar  bon  ôus  bel,  ba  me  'gred  e  hadkrogfomp  eur  wecb-ait. 
Gwelet  bon  rus  potra  eo  an  unvaniez.  Pegent  krenv  e  vjjemp-ni,  Bre- 
toned,  ma  ouifemp  en  em  barpst  eirezomp,  rei  skoaz  d'hon  braudeur,  be- 
Ta  bepred  erel  tad  «ue  ar  memez  gwad.  Kement-sc»  'zo  gn;t  dija  en  Pa* 
ris  gant  ar  vreuriez  dispar  a  rer  anei  lireuriez  Breiz:  perak  ne  rafemp 
ket  evelBe  en  Bfaoned  gant  sikour  Eev rédigez  Breit^ï  Evit  miret  ar 
Bonj  en 8  an  darrouiou  evurus,  aliea  ve  savet  bospitalioa,  levrdiou  ; 
evelse  rer  en  Bro-Zaoz. 

Perak,  evU  miret  envor  hanter-kantvel  ginivelez  ar  Revue  de  Bre^^ 
tagne,  ne  tïjg  ketaavet  en  fïaoned  ean  tl  evitar  Vretonedî  Evit  sur, 
netra  na  btijfe  muioe'b  d'be  rener  kenU^  aa  bistonan  bras  a  gare  ke- 
ment  e  Vreiz,  an  aotro  de  La  Borderie. 

GWKLTAS. 

{Kroaz  ar  Vretoned}- 

ËnBn,  Le  Pays  d'Arvor,  la  jeune  et  brillatite  Revue,  a  consa- 
cré,  dans  sa  livraison  de  janvit^r  1903^  des  lignes  charmantes  a.ux 
fêtes  du  15  décembre. 


,s 


Une  excellente  nouvelle  pour  finir. 

M.  Edouard  Pied,  dont  la  maîtrisa  6Q  ce  genre  est  connue  de 
loas,  accepte  de  dresser  des  tablas  complètes  des  50  AWNèKs  de 
la  BRVue  dk  Brctagm;  :  rulTabb  érudit  mettra  ainsi  aux  maÎDS 
des  innombrables  travailleurs  régionalistes  la  clef  du  trésor 
inappréciable  enfoui  dans  ces  100  volumbs  auxquels,  depuis  un 
demi'Siècle,  collaborèrent  tous  les  Bretons  de  valeur» 

Puisse  là  réaUsation  de  cet  utile  projet  ne  pas  se  faire  trop 
attendre  I 

G.  W. 


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LE  CONVERTI   DE  NOTRE-DAME 


\ 


PERSONNAGES 

MoitSEffUR  t>E  KERÏOr.BT. 

UtfiSïRi  DU  Gard»  caiiseilt«r  da  Parlemeiit. 

[>aM  MicHRL,  CETine  da  eouTent  de  Sainte^ Anne  d'Aurmy. 

Paytant  breiom,  boargeùit,  tnendianls,  deax  coquiltards,  veftdean  d^  ûom^ 
pLùni£t.  cnfanU. 
Le  J<nir  du  pardon,  à  Ifolre-Oame  de  HiMéricordû,  en  PI  a  vigne  r,  1034^ 


LE  CONVERTI  DE  NOTRE-DAME 


4  gaachêt  au  fùnd,  la  chapelk  ;  dans  le  mar  if  as  qai  occape  le  fond  de  la 
tcéne,  one  porie  s'oavre  Mur  la  campagne  ;  à  droiUf  un  vieux  calvaire^ 


SCÈNE  PREMIÈRE 
DoM  MICHKL,  stEsâittE  DU  GÀEO,  la.  Foti.B. 

Au  lever  du  rideau,  un  chant  lointain  csi  entendu,  plus  intense, 
par  intervalles  brusïquea,  à -chaque  fois  que  s'ouvre  la  portt:  de  la  cha- 
pelle pour  laisser  entrer  ou  sortir  des  pèlerins. 

Sur  la  scène,  des  paysans,  quelques  bourgeois  vont  et  viennent, 
ceuï-là,  les  bras  croisés,  le  chapeau  sous  Vaisselle^  le  chapelet  à  la 
mitn,  ceux-^ci  moins  dévoUeux  en  leur  attitude. 

Sur  un  mode  monotone,  des  mendiante  glapissent^  en  breton  et  en 
français,  leurs  plaintives  supplicuUoas    —  Mouvement  général. 

(Musique  de  scène) . 

Les  Prlëkïns,  dftwt  îm  chapelle  (1). 

De  notre  cœur,  V^ierge  Marie, 
Un  cri  d -espoir  ruonle  vers  vous» 
Vers  le  cceur  qui  vous  prie 

O  Pia  t 
Doucement,  pcncbez^vou^, 

jli'e  Maria, 

W)  Kàt  r«ctiâiltt  par  M,  Boargaull«Dacoadcif  d»Qt  iei  t  Chaau  poptilair^t  d'à 


1^ 


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n 


RfiVUE  DB  BRËTAGJVE 

Uh  Vbndeur  de  complaintes  et  quelques  mendiants, 
[Air  du  cantique  breton  à  N.-D,  de  Quelven)  (1). 


Oyeï»  6  douce  Mère, 

Patronne  de  ce  Ueu, 
Oyez  notre  prière, 
Portez-la  jusqu'à  Dieu, 


Afin  qu'il  nous  accorde 
La  grâce  du  pardon, 
Par  la  Miséricorde 
De  votre  cœur  si  bon  I 


Un  Mendiant. 

Ayez  pitié,  mes  boas  pèlerins,  du  malheur 
Qui  me  rend  impossible,  à  jamais,  fout  labeur. 

Un  Grabataire» 

Secourez,  s*îl  vous  plaît,  le  pauvre  misérable 
Que  cloue  à  son  grabat  ùa  mal  impitoyable. 

Un  Aveugle. 

Hqu  péet  truhé  ag  er  peurkèh  dal,  me  zud  vat  (2). 

Un  autre  Mendiant. 

N'em  es  chet  mui  na  brér,  na  oér,  na  mam,  na  tad. 

De  tempâ  en  temps  un  gros  sou  tombe  bruyamment  dans  les  «  co- 
quilles de  saint  Jacques  n  et  les  sébiles  qu'ils  tiennent  à  la  main. 

L'Aveugle,  à  un  pèlerin. 

rriigéré  (B). 

Le  Grabataire,  à  un  autre  pèlerin. 

Merci  bien. 

Il  compte  son  argent. 

Le  Vendeur  de  Cantiques. 

Achetez  la  complainte 
Nouvellement  «  levée  »  en  Thooneurde  la  Sainte. 

Il  chante  : 
Oyez,  ô  bonne  mère,... 


(f  Cr.  l«  mélodie  «i  raccompagnement  de  cê  cantiqoê  dans  1m  «  GoUeetioas 
d*  pièî^e*  d^orgue  «  do  M.  Th.  Decker. 

il]  Ajtï  pi  lié  da  pauvre  aTç^iglc,  bipp  nés  gens.  —  Je  n*ai  plat  frère  ni  sœur, 
mèpt  ni  pèn* 


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M^i^'l 


LE  GDKVeRTl  DE  NOTRE-DAME 

Ùff  Bourgeois. 
Combien  est-ce? 

Lb  Vendbou   db  Cantiqubs. 
Uû  denier.  —  Merci  bien. 

Uk  Mendiant,  d'un  ion  lamentable. 

Charité  ! 
{Fin  de  la  mttsique  de  ieine), 

Dv  Garo  à  Dom  Michel  i|u'il  rencontre  dans  la  foule. 

Ah  ï  Dom  Michel,  qael  beau  pardon,  en  vérité  ! 
Quelle  foi  1  Quels  élans  vers  la  Vierge  bénie 
Dans  la  foule  icnplorante,  k  ses  pieds,  réunie  I 

Do!t|    MlCIIBL. 

Nous  avons  confessé,  sans  trêve,  celte  nuit. 

Du  Gaho. 

En  ce  cas,  il  est  temps  de  prendre  du  répit. 
Vous  devez  être  las»  mon  père. 

Don  Michel. 

Pas  très  las. 

Du  GAfio, 

A  votre  &ge, 
On  devrait  —  permettez  ce  conseil  —  être  sage, 
Modérer  son  ardeur  apostolique  un  peu.... 

DOM    Ml  eu  EL. 

Bah  !  comptez-vous  pour  rien  les  grâces  du  bon  Dieu  ! 

Du.  Gard. 

Ah!  les  grâces  d'étatl.*.  Profltoaa-en,  mon  père, 
Mais  point  d  abus  L.. 

Dom  ?4ichel,  ft'ëloignant. 

Ne  craignez  rien. 

Ux  Mendiant^  à  Du  Garo. 

Pe  ma  misère 
Ayez  pitié,  Seigneur. 


77 


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n  .REVUE  DE  BRETAéï^E 

Un  autre  Mendiant. 

Et  de  )a  mienne  aussi. 

Du  Garo  leur  distribue  quelques  menues  monnaies  ;  des 
enfants  viennent  baiser  les  mains  de  Dom  Michel. 

Dom  Michel,  les  bénissant. 

Que  la  Vierge  vous  garde,  mes  enfants  ! 

Les   Pauvres  à  Du  Garo. 

Merci. 
Dieu  vous  le  rende  1  ...         *        . 

Un  Aveugle. 

Oyez  la  plainte  lamentable 
Du  pauvre  aveugle-né;  soyez-lui  charitable. 

Un  Bourgeois,  à  Tun  des  pauvres. 

Mon  ami,  vous  ferez  une  procession, 

A  la  fùotaine,  après  les  vêpres,  en  mon  nom. 

DoH  MlCHBL,  redescendant  en  scène,  après  avoir  échangé,  au  fond, 
quelques  paroles  avec  un  groupe  de  paysans. 

A  propos^  savez-vous  ce  que  Ton  dit,  messire? 
—  En  vous  le  répétant,  je  ne  crois  pas  médire  — 
Que  votre  redouté  collègue  au  Parlement, 
Monsieur  de  Keriolet... 

Du  Garo. 

Ajoutez  :  mon  parent. 

Dom  Michel. 

Reconquis  par  le  diable,  a  quitté  la  Chartreuse 
Pour  reprendre,  dit-on,  sa  vie...  aventureuse. 

Du   Garo. 

Quoi  d'étonnant?  Le  loup  retourne  aj  bois  toujours, 
La  nouvelle  d'ailleurs,  vieille  de  quatre  jours, 
Depuis  jeudi,  de  bouche  en  bouche,  vagabonde. 

DoM*  Michel. 

Je  rignorais,  vivant  toujours  si  loin  du  monde  1 

Do  Garo. 

Ne  vous  Tavals-je  pas  prédit  ?  Un  ne  fait  point, 
Avec  Teau  qui  croupit  dans  la  fange,  du  vin. 


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LB  CONVERTI  DE  KOTRg-DAME  79 

Dieo  le  fit  à  Cana,  noessire.  * 

ï>0  Gabo. 
C'est  d'eau  pure 
Qui!  se  servit,  mon  père.  —  Ce  parjure 
De  ses  crimes  anctens  n'est  que  le  fruit  prévu. 

DllM    MiCHIL. 

A  sa  conversion,  messire,  j'avais  cru, 

J*ai  connu  —  Dieu  me  Ht  cRtte  Krâce,  —  sa  mère, 

Une  sainte. 

Dw  G*iicj, 

Une  sainte  en  eiïeh 

DoM  Msciiet, 

Son  rosaire, 

—  Qu'elle  égrenait  très  lentement  —  entre  ses  doigts. 
Son  «  Livre  d'Heures  »  sous  les  yeu3L,  je  la.revois. 
Dans  son  humble  oratoire»  à  genoux,  sur  la  pierre. 
Priant  pour  que  Dieu  fit  un  prêtre  de  son  Pierre.   , 

Du  Gabo, 
Rêve  étrange! 

Don   Michel, 

Ce  rôve  est,  measirej  celui 
Qui  de  toule  mère,  chez  nous,  hante  Teaprit. 
Dieu  Texauce  à  son  gré- 

Un  Bqt^ttfïfiois,  à  un  vendonr  de  cierges. 

Faites  bénir  ce  cierge 
Et  le  portez  ensuite  à  Vanlel  de  la  Vierge. 

DoM  MicifBL,  en  hënl^sani  le  cierge  d'un  large  signe  de  croix. 

Est-ce  pour  vous? 

Lb    BOUHGIOIS. 

C'est  pour  mon  IVIs  qu'hJlle  a  guéri. 
J*ai  fait  vœu  de  venir  lui  rendre  giàceic". 

Un  Vieillard, 

Moi>  mon  père,  je  viens  pour  ma  pet  i  le  ^  fi  lie, 

—  Une  enfant  de  seize  ans,  —  GVst  loute  ma  famille 


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$0  REVUE  DE  BRETAGNE 

Que  je  perdrais,  hé]as  !  si  Dieu  me  Tenlevait. 

Elte  se  mit  au  lU,  ua  soir  qu'elle  arrivait 

Des  champs.  —C'était  au  temps  des  semailles.  —  «  Grand-père, 

Medit-etlep  j'ai  froid,  comme  avait  froid  ma  mère 

Lorsqu'elle  se  coucha  pour  la  dernière  fois 

Dans  ce  môme  lit-ctos  ;  j'ai  la  fièvre,  je  crois.  » 

La  fièvre  ia  tenait,  en  effet,  la  pauvrette  ! 

Plus  pâle  chaque  jour,  maigre  comme  un  squelette, 

Sans  se  plaindre  pourtant,  résignée  à  son  sort, 

Ëfles'en  allait,  à  grands  pas,  devers  la  mort. 

J'avai3  déjà  perdu  tout  espoir,  tout  courage. 

Lorsqu'un  soir,  le  premier  soir  de  mai,  son  visage 

Me  parut  rayonner  d'un  éclat  merveilleux. 

La  vie,  abondamment;  revenait  en  ses  yeux 

Qu'elle  fixait,  avec  amour,  sur  une  image 

De  la  Vierge,  clouée  au  mur,  —  œuvre  sans  âge, 

Devant  laquelle,  sans  répit,  pendant  neuf  jours, 

J*avais  de  Notre-Dame  imploré  le  secours.... 

L*enfant  se  releva,  de  la  sorte  guérie. 

Un  soir  de  mai,  par  la  puissance  de  Marie. 

H  s'éloigne  dans  la  direction  de  la  cnapelle. 
Un  JEimB  Homme. 

Je  Tai  prise  pour  mère,  étant  un  orphelin. 
Je  n'ai  Jamais  manqué  de  travail  ni  de  pain. 

Un  vieux  Mabin  qu'accompagne  un  mousse  portant  un  petit 
navire  ex-voto. 

Elle  m'a  préservé  de  mort  dans  un  naufrage 
Où  j'ai  vu,  sous  mes  yeux,  périr  tout  Téquipage. 
A  la  Mère  de  Dieu  moi  seul  m'étais  voué. 
Que  son  nom  soit  béni  l 

La  Poule. 
Que  son  nom  soit  loué  ! 

La  foule  s'éloigne. 
DoM  Michel. 

Celle  qui  fait  tant  de  miracles,  —  Notre-Dame, 
—  Exaucera  peut-être  aussi  la  sainte  femme 
Qui,  chaque  jour,  pleurait  devant  son  cruciRx, 
En  priant  Dieu  de  faire  un  prôtre  de  son  fils. 


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LR  CONVERTI  DE  NOTaS-DAME  A) 

Du  Garo. 
Quoi  !  pouyes-vous  encore  avoir  cette  espérance  ! 

DOM   MlC*bEL. 

La  pitié  de  la  Vierge  est  grande  —  et  sa  puissance 
Egale  sa  pitié,  m=î88ire.  —  Entendez- vous 
L'inceasante  clameur  de  la  foule  à  genoux  ? 
Cest  elle  qu*on  implore,  elle  qu*on  remercie, 
Parce  qu'elle  est  puissante  et  bonne...  à  la  folie. 

L*entratnant. 

Allons,  messire»  allons  la  prier,  nous  aussi, 
Même  pour  le  pécheur  dans  le  crime  endurci. 

Depuis  quelques  instants,  le  chant  de  la  foule,  d'abord  lointain,  est 
devenu  plus  distinct.  Va-et-vient  de  pèlerins  sur  la  scène. 

La  Poulb,  dans  la  chapelle  (1). 

Pour  obtenir  du  bon  Sauveur 
Le  retour  du  pauvre  pécheur. 

Refrain. 

Nous  vous  prions f  à  deux  genoux^ 
Marie,  exaucez-nous. 

Les  Pauvres,  en  scène. 

Pour  le  pauvre  qui  tend  la  raain, 
Souffrant  du  froid  et  de  la  faim. 

Refrain,  chanté  par  la  foule. 

Nous  vous  prions ^   à  deux  genoux ^ 
Maris,  exaucez^nous, 

SCÈNE  II 
Les  MèsfBs, Monsieur  de  Keriolet,  le  feutre  en  bataille,  l'épée  au  côté. 

Kbriolet,  aux  pauvres. 
Holà  I  Qui  veut  gagner  dix  écus  tout  de  suite  ? 

Tous,  les  uns  avec  surprise,  d'autres  avec  efTroi. 
Monsieur  de  Keriolel  !   . 

(1)  Cf.  Th.  Decker,  «  Collection  de  pièces  d*orgae  » 


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82  REVIJE  DE  BRETAGNE 

Kbriolbt. 

Qu'il  se  présente  vite  î 
J*ai  besoin  pour  Tin  s  tant  d'un  homme  vigoureux 

Montrant  le  calvaire. 
Pour  oescendre  ce  Christ  de  son  arbre  hideux. 

Nul  ne  s'avance. 

Quoi  !  la  somme  n'est  pas  suffisante?...  Je  double. 

A  part,  pendant  qne  pauvres  et  pèlerins  disparaissent,  Tua 
après  Vautre,  dans  la  direction  de  la  chapelle. 

Je  ne  puis  supporter  son  regard  ;  il  me  trouble 
Dans  rivressB  de  mes  débauches  ;  —  dans  la  nuit 
Dont  s'entoure  mon  âme,  implacable,  il  me  sait. 
Haineusement,  dans  Tombre,  il  me  cherche,  il  me  blesse, 
Il  me  tue  K..  —  Abattez  cette  croix  qui  se  dresse, 
Insolente  comme  un  déB^  devant  mes  yeux. 
Je  ne  crains  pas  le  jugement  de  mes  aîeux^ 

Se  retournant  brusquement. 
Ni  le  vôtre,  manants  ! 

Du  Garo,  au  fond. 

Ouvrer  la  grande  porte 
Pour  que,  sur  le  parvis,  la  procession  sorte»* 

Kbriolbt,  à  part. 

Depuis  quand  peut-on  faire  une  procession 
Sur  ma  propriété,  sans  ma  permission? 

Haut. 

Hé  1  les  terres  qui  sont  autour  de  la  chapelle 
Sont  miennes  I 

Du  Garo. 

Mon  cousin,  vous  nous  cherchez  querelle 
Bien  importunémeni  Je  trouve  :  il  est  de  droit 
Que  la  coutume,  en  cas  semblable,  fasse  loi. 
Or,  ici,  la  coutume  existe  —  séculaire,  — 
De  suivre,  tous  les  ans,  la  Vierge  et  sa  bannière, 
Le  long  des  champs  de  blé,  par  les  sentiers  fleuris 
DoDi  rherbe,  sous  les  pas,  s'étend  comme  un  tapis, 


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LE  CONVERTI  DE  NOTRE-DAMB  11 

Tdpis  que  volontiers  qous  prêtait  votre  mère- 
Donc,  çan    léser  vos  droits  stricts  de  proppiétaire. 
Nous  suivrons  la  cou I  urne,  et,  sana  peur,  en  ehrétieni. 
Nous  Terous  ce  qu'ont  Tait  vos  aï«ux  et  l^s  miens. 

Kemiolkt. 

Vous  parlez  en  jurigii  tiujieccable,  mesaire. 
Hais,  quoi  que  vous  d<^iez,  sHl  me  platt  d'interdire. 
Sans  plus  ample  discours,  cette  procession. 
Ni  cnutame  ni  loi  ne  m'en  empêcheront 

Du  GÀito. 

Eh  quoi  ï  vous  oseriez  commettre  ce  scandale  l 

Kbiiiolit,  d^fttnant. 

Oui,  certes,  et  cela,  sans  eicuse  légale; 
Et  si  quefqu*Qn  s'oppose  à  mon  libre  dessein, 
El  risque  fort  de  trépasser,  sans  médeciBi 
Avec  trois  pouces  de  ce  fer  dans  le  bas -ventre* 

Impératif. 
Que,  sur-le^hamp,  le  peuple  en  la  chapelle  rentre. 
Dit  Gauo. 

Que  la  Vierge  plutôt  en  sorte  et  Ton  verra 
Devant  Tautre  qui  de  vous  deux  reculera. 

Lfts  cloches  sonnent  à  taules  volées,  le  peuple  chante  les 
litanies  de  la  Vierge  ;  d'un  remous  de  la  foule,  sur  un  bran- 
card parte  par  quatre  robustes  paysans,  la  statue  de  Notre- 
Dame  surgit,  radieuse, 

Kebiolkt^  avec  épouvante. 

Oti  1  la  Vierge  I». 

La  Fodlr* 

Titrriê  ehurnea,  or  m  pro  n&bi9. 
Du   Gauo. 
Sans  glaive  au  poing  et  sans  visière... 
Kkrioi.kt. 
Oh!  ravoir,  en  ce  fol  combat,  pour  adversaire I 

La  Foulb- 
Au^Uium  christianorumt  ût-a  pro  nobU 


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Il  BBVUB  DE  BRBTAGNB 

Kahiolbt,  aux  porteurs  de  la  Vierge.     ' 

Arrêtez  1 

La  Foule. 

Refugium  peccatorum,  ora  pro  nohis, 

Keriolet. 

Arrêtez!,...  Ne  f dites  plus  un  pas. 

Du   Garo. 
Avancez  ! 

Keriolet,  à  Du  Garo. 

Par  pitié,  messire  !...  Ce  n'est  pas 
Contre  Elle  que  je  vaux  me  battre....  Dieu  m'en  garde  t 

Du  Garo 

Vous  reculez,  Monsieur  de  Keriolet  l...  Eu  garde  l 
Le  temps  presse,     . 

KBitioLET,  suppliant. 
Arrêtez  \  * 

La  procession  s'arrête. 

Je  sens  vibrer  en  moi 
Je  ne  sais  quels  frissons  invincibles  d'effroi... 
Oh  !  son  regard  sur  moi  s'abaisse,  sans  colère. 
Sur  mes  lèvres  je  sens  frémir  une  prière, 
La  prière  qui  monte,  à  travers  le  ciel  noir, 
De  mon  cœur  jusqu'à  vous,  ô  Vierge,  chaque  soir, 
jife,  ape,  Maria  ! 

La  Foule 
^fc,  «PC,  Maria  ! 

Keriolet,  à  la  Vierge. 

Pourquoi  me  regarder  avec  tant  de  clémence! 
Ne  voyez- vous  donc  pas  ma  turpitude  immense? 
Mon  cœur,  ce  pauvre  champ  où  ma  mère  a  semé 
Un  blé  qui;  par  ma  faute»  hélas  1  n'a  point  germé  ; 
Champ  divin  où  devait  mûrir  la  moisson  riche, 
Aujourd'hui  dévasté  comme  une  terre  en  frichel 
N'abaissez  pas  sur  lui  votre  regard;  j'ai  peur 
De  vous  voir  reculer^  Vous  ^i  pure,  d'horrei^p  | 


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LB  CONVERTI  DE  NOTRE-DAME  S5 

J'ai  penr  de  votre  doux  regard  ;  j*ai  peur...  je  souffre... 
On  dirait  que  mon  âme  ett  tombée  eo  uu  gouffre 
De  silence  et  de  nuit...  0  Vierge,  c'est  Tenfer 
Qui  m'engloutit,  vivant...  L'horreur  étreint  ma  cliair  ! 

II  tombe  sur  un  genou,  la  tète  courbée  très  bas. 

Au  secours»  Vierge  forte,  au  secours  !.•.  Ah  I  j'expire  I... 
Mais  non»  vous  me  sauvez  I... 

Il  ralève  la  tête  et  tend  les  bras  vers  la  statue. 

Votre  geste  m'attire, 
Moi,  le  pécheur  souillé,  vers  les  cimes  d'azur  t.. . 
Pour  monter  jusqu'à  Vous  quand  serai-je  assez  pur?... 
Par  les  routes  du  mal  j'ai  tant  erré  I...  Mon  âme, 
—  Chapelle  profanée  —  est  un  cloaque  inf&me 
Où  je  n'ose  descendre...  Et  pourtant,  ce  bourbier, 
Vous  voulez  bien  m'aider  à  le  purifier  ! 

Il  se  relève,  en  laissant  tomber  son  ëpée. 

0  miracle  ! 

La  Poule,  au  premier  rang  de  laquelle  on  aperçoit  Dom  Michel. 

Miracle  ! 

Kbriolbt,  dans  une  attitude  sacerdotale. 

Oh  I  que  vous  êtes  bonne  1 
Qu'il  est  doux  le  pardon  que  votre  cœur  nous  donne  I 
Mais  pourquoi  me  blesser  ainsi  de  tant  d'amour  ? 

La  Vierge,  d'une  voix  lointaine. 
Parce  que  tu  m'as  dit  un  Ave,  chaque  jour. 

Chœur  Final  (1) 

La  Foule 
Victoire  à  Notre-Dame  ! 
Les   Enfants 

Ave,  ai>e^  ave,  Maria, 

(I)  Musique  de  M.  Théodore  Decker. 


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>  m  RBVUB  DE  BRKTAGNB 

Kbriolbt 

*  PrîeM  pour  noué,  pauvre  pécheur^ 

A  ifQU9  fnon  âme^  à  vous  mon  cœur, 

La  Foule 

Victoire  à  Notre-Dame  ! 

Kbriolet 

,  A  vouë  mon  cœur  y  à  vous  mon  âme.     ^ 

La  Foulb 

L'amour  de  la  Vierge  est  plus  fort 
Plus  fort  que  la  haine  et  la  mort. 

Kbriolbt 
A  vous  à  la  vie^  à  la  mort  ! 
PeDdant  ce  chœur  final,  les  pauvres  chantent,  sur  Tair  connu, 


1b  cantique  breton 


Santéz  Mari  guir  vam  de  Zoué. 


FIN  DB  L  ACTE 


Bignan,  le  2  février  i9&8. 
En  ta  fête  de  la  Purification  de  Marie, 

J  Lb  Batqh. 


1^1 


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Jiâ 


LIMAGIER  DE  SAINT-FLORENT 

IX'     SIÈCLE 


«  Vous  taillerez,  mon  fïls,  dans  la  pierre,  uoe haute  statue  du 
très  noble  et  très  puissant  prince  Nominoé,  et  sur  la  tour  du  mo- 
Dastère,  voua  la  dresserez  face  h  l'Orient.  Vous  la  couvrirez  de 
vives  couleurs  et  d'un  or  chatoyant  pour  que  tout  étincelante 
aux  rayons  du  soleil,  elle  dise  au  peuple  que  le  chef  des  Bretons 
lance  un  défi  à  Gbaries,  II*  du  nom,  petit-flls  de  Gharlecnagoe, 
notre  bienfaiteur  dont  Dieu  ait  l'âme  I  Ainsi  Ta  ordonné  le  vain- 
queur qui  se  dit  roi.  Allez,  mou  fils,  et  que  la  paix  du  Seigneur, 
soit  avec  vous  1  ■> 

Le  moine  bénédiDiin,  à  qui  le  Père  Abbé  du  très  vénérable  et 
vénéré  monastèredeSaint-FlorenLdHGlonneadressaitce  discours 
Tan  di5  grâce  845,s  indina  à  terrd  sous  ladextre  bénissante  de  son 
supérieur  et  sorUt  à  reculons  sans  proférer  une  parole  :  par 
obéissance  certainement^  par  slnpeur  peut-ôtre.  Il  entra  dans 
ratalter  vide  à  cette  heure  du  soir  où  les  religieux  méditaient 
sous  les  arcs  lourds  du  cloître  impérial  ;  il  s'assit  sur  un  bloc  de 
pierre  et  il  songea  dans  l'étonnement:  le  moine  Guennal  était 
perplexe. 

Il  lui  importait  vraiment  peu  que  sa  chère  abbaye  fût  à  Charles 
dit  te  Chauve,  roi  des  Franks,  ouàNominoô,  comte  de  Vannes  et 
chef  des  Bretons  révoltés,  il  ne  partageait  pas  les  opinions  légi- 
timistes de  TAbbé  Didon  qui  avait  voué  à  ia  race  de  l'Empereur 
une  fidélité  inébranlable  parce  que  Charlemagne  avait  fait  jadis 
édifjer  en  marbre  son  monastère  et  l'avait  enrichi  de  terres  et  de 
présents.  Le  moine  Guennal  ne  faisait  pas  de  politique.  Il  disait 
pieusement  TofOce  divin,  et,  indifférent  au  monde  extérieur,  il 
se  nDurlssait  d'images  idéales,  flUes  de  son  âme  d'artiste.  Et  cette 


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%S  REVUE  DE  BRETAGNE 

&me  mystique  du  moine  imagier,  l'ordre  du  Supérieur  de  SaîDt- 
Florent  de  Glonne  Pavait  aujourd'hui  singulièrement  troublée 
Guennal  murmurait  d'amères  réflexions  : 

«  Je  sais,  dit-il,  commeil  faut  représenter  Jésus,  Notre-Seigneur, 
et  Madame  la  Vierge,  ma  Mère,  que  j*ai  vue  souvent  me  souriant 
à  rheiïre  des  songes,  je  pourrais  tailler  dans  la  pierre  Jes  Anges 
et  le  flfs  prédestiné  de  Zacharie  et  d'Elisabeth,  les  quau^e  Ëvan- 
gélistes,  voire  môme  les  saints  religieux  venus  d  outre-mer,  qui 
jadis  arrachèrent  la  Bretagne  au  culte  impie  des  idoles;  mais 
j'ignore  Lien  comment  j'exécuterai  les  ordres  reçus.  Je  n'ima- 
gine pas  quels  traits  conviennent  à  ce  comte  Nominoô  que  j*ai  vu 
pner  dévotement  devant  notre  autel  et  dont  le  seul  nom  fait,  dit- 
on.  trembler  les  plus  braves.  Mon  ciseau  ne  sait  point  fsiire 
œuvre  profane.  Mais  il  me  faut  obéir.  Tel  est  le  devoir.  » 

La  cloche  de  Tabbaye  jetadans  les  airs  quelques  notes  calmes, 
lentes  comme  des  glas  ;  et  la  brise  les  porta  sur  la  plaine.  Les 
religieux  rentraient  dans  leur  cellules.  Le  moine  Guennal  pour  la 
première  fois  s'endormit  l'âme  inquiète.  Son  sommeil  fut  trou- 
blé de  pen^ers  lugubres.  Il  vit  Nominoë  le  menaçan*  de  son  épée; 
et  l«'  héros  breton  chevauchait  sur  un  dragon  à  sept  tôti'S  que 
Guenoal  avait  admiré  la  veille  en  un  manuscrit  enluminé  par  les 
moines  d'Hybernie  et  rapporté  de  l'au-delà  des  mers  pour  enri- 
chir le  trésor  célèbre  des  moines  de  Saint-Florent  de  Glonne. 
Au  réveil  l'imagier  confia  ses  angoisses  à  son  ami  Riwelen.  Et 
tous  deux  s'abîmèrent  dans  des  réflexions  sans  issue. 

Il  ne  leur  vint  naturellement  pas  à  l'esprit  que  Nominoô  me- 
nant encore  campagne  autour  du  monastère  de  Saint-Florent  de 
Glonne  où  il  entrait  chaque  jour  vénérer  les  reliques  précieuses, 
il  eût  été  intéressant  de  le  voir  de  près  avant  de  tenter  de  le  pé- 
trifier. Â  cette  idée  fort  simple,  et  qui  nous  parait  à  tort  peut-être 
élémentaire,  qu'il  faut  b'en  examiner  un  homme  avant  de  faire 
sa  statue,  il  fallut  plusieurs  siècles  pour  pénétrer  le  cerveau  des 
artistes  du  moyen-âge  peu  occupés  de  l'existence  d'un  monde 
extérieur  qui  ne  valait  à  leurs  yeux  que  comme  symbole  de  l'au- 
delà. 

Mais  le  moine  Riwelen  était  un  homme  fertile  en  expédients. 
Il  dit  bieptôt:  «  Ne  m'avez-vous  pas  assuré,  mon  frère,  que  la 
statue  qui  cause  votre  souci  cuisant  devait  être  dressée  sur  le 
clocher  du  monastère?  A  cette  hauteur  un  guerrier  ne  saurait  se 
distinguer  beaucoup  d'un  ermite.  Et  votre  atelier  vous  fournira 


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L'IMAGIER  DE  SAINT-FLORENT  89 

quelque  saint  de  pierre  qui  figurera,  vu  de  loin,  le  puissant  chef 
des  Bretons.  r> 

Ainsi  fut  fait.  Et  les  imagiers  transformèrent  par  le  ciseau 
en  an  Nominoë  tout  neuf  un  Saint-Gildas  encore  mal  dégrossi. 
Il  avait  été  taillé  pour  le  moustier  lointain  de  Rhuys  où  avait  pé- 
nétré la  renommée  des  artisans  de  Saint-Florent  de  Glonne,  cé- 
lèbres des  confins  extrômes  du  pnys  de  Mauge  aux  comtés  de 
Poher,  de  Léon  et  de  Ooëlo.  La  statue,  vôlue  de  pourpre  et  cas- 
qiiée  d'or,  reçut  une  épée  qu'elle  tint  roide  comme  un  cierge. 
Elle  fut  hissée  sur  uae  plateforme  étroite,  et,  à  la  première  au- 
rore, le  soleil  qui  rougeoyait  vers  Toridnl,  mit  une  auréole  res- 
plendissante au  front  du  libérateur  de  la  Bretagne.  Quelques 
moines  menacèrent  du  poing  le  vainqueur  de  pierre,  pendant 
queGuennal,  délivré  de  la  tâche  importune,  songeait  à  la  Ma- 
done qui  sourit  au  pécheur. 

Nominoô  vint  le  jour  môme  au  monastère.  Il  vit  la  statue  qui 
dominait  la  plaine.  Il  se  reconnut  aisément.  Il  lui  fut  agréable 
de  se  voir  aussi  doré.  C'était  bien  la  statua  splendida  qu'il  avait 
rôvée.  Il  témoigna  par  de  grandes. largesses  faites  à  l'abbaye  de 
sa  joie  et  de  sa  reconnaissance.  Il  donna  à  la  communauté  des 
moines  un  plou  sis  dans  le  comté  de  Vannes  et  qu'il  avait  lui- 
même  reçu  en  héritage  d'un  riche  machtiern.  Il  annonça  qu'il 
quittait  le  pays  avec  tout  son  ost  et  qu'il  s'en  allait  en  Angers. 

Le  lendemain  le  moine  Guennal  fut  mandé  par  TAbbé  de 
Saint-Florent.  Il  entendit  ces  paroles  :  «  Vous  taillerez,  mon 
flis,  dans  la  pierre,  une  statue  de  Charles,  roi  des  Franks,  le 
seigneur  très  pieux  auquel  il  est  de  notre  devoir  d*obéir  sur  la 
terre.  Vous  abattrez  l'emblème  néfaste  que  le  bras  du  vainqueur 
adressé  sans  droit  sur  le  clocher  de  notre  église,  et  vous  placerez 
en  son  lieu  la  face  vaillamment  tournée  vers  la  Bretagne  occi- 
dentale, le  petit-fils  de  Charlemagne,  notre  mattre.  Par  cette 
image  les  hommes  sauront  que  bientôt  sera  châtié  le  comte 
Nominoô,  lui  qui  a  eu  le  front  de  se  révolter  contre  la  race 
impériale.  Allez,  mon  fils,  et  que  la  grâce  de  Dieu  vous  accom- 
pagne. » 

Le  bon  frère  Ouennal  gagna  sa  cellule  en  titubant.  La  paix 
bienfaisante  lui  échappait  de  nouveau,  la  paix  chère  à  l'imagier 
qui  vit  étranger  à  la  terre.  Par  bonheur,  il  rencontra  Riwelen  et 
lai  dit  tout  en  larmes  la  douleur  nouvelle. 

Le  subtil  Bénédictin  réfléchit  quelques  instants  et  répondit  : 

FevrUr  f90ê  7 


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m  REVUE  DE  BRETAGNE 

«  Ne  vous  troublez  point,  mon  frère,  et  obéissez-  Gtj  n'est  pas 
à  nous  qu'il  incombe  d'expliquer  des  ordres  étranges,  oï&is  it 
nous  appartient  aeolement  de  les  exécuter.  Gela  est  facile.  Notre 
Qildas  devint  hier  un  Nominoô.  Que  Nominoê  à  son  tour  devienne 
aujourd'hui  un  Charles-le-Chauve»  Il  suffira  de  lui  tailler  les  che- 
veux. Nous  pourrons  aussi  changer  la  couîeur  de  son  manteau. 
A  Tœuvre,  OQon  frère,  et  consolez  vite  votre  âoae  éplorée,  » 

La  nouvelle  transformation  fut  vile  exécutée^  Ki  les  historiens 
des  temps  futurs  eurent  à  travers  les  siècles  beaucoup  de  peine 
à  se  mettre  d'accord  sur  les  personnages  que  représentaient  les 
statues  successives  de  âaint^Florent  de  Qlonne.  Et  pour  Cciuse  ! 
L'Abbé  se  réjouit  d'une  joie  profonde  en  voyant  la  nouvelle 
œuvre.  Il  eut  tort.  Il  avait  compté  sans  le  traître  nécessaire  à 
toute  hisloire  médiévale.  Le  traître  prévint  Nominoë. 

Et  comme  les  moines  au  crépuscule  regagnaient  leurs  ermi-' 
tagGi  pelotonnés  sous  l'église  du  monastère,  des  trompettes  ter- 
rifiantes lancèrent  leur  fanfare  dans  la  paix  du  soir  que  troublait 
seule  vers  les  étangs  rapprochés  le  chœur  inharmonieux  des 
grenouilles.  Nominoô  vengeur  se  dressa  devant  Saint-Florent  de 
Glonne,  immobile  dans  son  armure,  la  main  levée  menaçante  vers 
la  statue  du  roi  des  Franks  que  les  premiers  rayons  d  une  lune 

très  pâle  enveloppaient  de  leurs  lueurs  paisibles 

Le  monastère  fut  brûlé.  Mais  Nominoë  redoutant  à  juste  titre 
le  courroux  céleste  fit  h  l'abbaye  de  grands  présents. 

Aux  jours  qui  suivirent  1  incendie,  les  moines  reçurent  de 
Charles-le-Chauve  le  domaine  de  Pocé  où  ils  se  retirèrent* 

lis  marquèrent  hautement  des  sentiments  peu  bienveillants  à 
l'égard  de  Nominoè,  lis  écrivirent  un  hymmo  latin  où  ils  le  mal* 
menèrent  en  octosyllabes  rimes,  il  est  même  probable  qu  ils  y 
modifièrent  l'histoire  à  leur  profit.  Cela  est  humain. 

,,,  Et  sur  les  débris  encore  fumants  de  Saint- Florent  de 

Qlonne,  rimaglner  Guennal,  resté  seul  dans  les  ruines  apaisées, 
tailla  dans  la  pierre  une  nouvelle  statue  de  Gildas  le  Sage,  Abbé 
de  Rhuys,  mort  en  I  Ile  de  HoQalh,  le  vingt-neuvième  de  jour 
de  janvier  de  Tan  de  grâce  570. 

Alixanors  Massieron. 


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i 


J 


m  PAGE  DE  L'HISTOIRE  DE  LA  ROCHE-DERRIEN 

1345-1347 


Att  douleur   3.    La   Kollahd, 

Ckêlotîliêr  d€  là  Légion  (thùnneur, 

Conséiiter  générvl^ 

Maire  40  ta  Roch^- Dtrrien, 

hommtf*  d«  ijmpatkkï*  r««peettt*tti« 
à*  Èon.  eompï triait. 


SONNET-PRÉFACE 

A  LA   ROCtfB*OSHRrBN 

Le  Jaudjf  lent  et  gr&Te,  emmi  ta  rague  grise, 
Te  ceinture  de  moire.  Ô  cfté  deâ  grands  giieoj  1(1) 
Et  ton  clocher  eneor  montre  du  doij^t  les  deux. 
Comme  au  âiècle  lointam  oh  les  AngT&is  t'ont  prise. 

Car  tu  connus  jadifl  lesi  combats  Taleureux 
Oeg  Montrons  et  des  Blois;  Duffueâclin  Va  conquise; 
Kt  ce  fait  montre  assez  que  nul   ne  te  méprise 
Uu  souTeraJo  rasA  ton  cliàteau  dangereux 

Mftii  de  tout  ce  p&ssé  do  bravaure  et  de  gloire, 
QuL  Ût  ton  nom  Tameni  dans  ti  «  petite  liistoire  «» 
Il  ne  reste  plus  rien  qu'un  souvenir  coufUs, 

Et  c'est  pourquoi  Je  Tiens,  dans  ces  pa^es  bàtïTes, 
Redire  en  quelques  mots  tas  heures  convuIsiToe 
Aui  enfanta  oublieux  des  gueux  qui  ne  sont  plus. 

Gbarlks  de  Finis. 


^'V 


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n  tlËVUE  DE  BRETAGNE 

Jenn  III,  dit  le  Bon,  fut  duc  de  Bretagne  de  1312  à  1341. 

En  1338,  ayant  perdu  tout  espoir  d'avoir  des  héritiers,  il  réunit 
les  Etats. 

Son  frère  aîné  aurait  dû  lui  succéder.  Mais  ce  frère,  Gui  de 
Penthièvre,  était  mort,  laissant  une  fille,  Jeanne.  Il  s'agissait 
d'arrôter  ai  ia  couronne  ducale  passerait  à  Jeanne  de  Penthièvre 
ou  au  frère  cadet  de  Jean  111,  Jean  de  Montfort. 

Les  Etats  décidèrent  de  «  s'en  rapporter  au  duc  lui-même.  Ce 
prince  conclut  alors  te  mariage  de  sa  nièce  —  Jeanne  —  avec 
Charles  de  Blois  —  fils  de  Gui,  comte  de  Biois  et  de  Marguerite 
de  Valois,  sœur  de  Philippe  VI,  roi  de  France  —  et  le  désigna 
pour  son  successeur,  «  i 

Les  choses  semblaient  ainsi  réglées  lorsque  en  1341,  à  la  mort 
de  Jean  III,  Jean  de  Monfort  résolut  de  faire  valoir  ses  droits  à 
la  CQuronne  de  Bretagne.  «  Nous  verrons  bientôt,  dit  une  His- 
toire, de  grandes  puissances  arriver  en  Bretagne  pour  appuyer 
tes  prétentions  de  Ihm  et  de  l'autre.  Charles  de  Blois  aura  pour 
défenseurs  de  sa  cause  te  roi  de  France,  le  duc  de  Normandie, 
le  roi  de  Navarre,  un  duc  d  Athènes,  des  auxiliaires  génois,  etc. 
Montfort  verra  dans  son  parti  te  roi  d'Angleterre,  Robert  cT Ar- 
tois, èeau^frère  du  roi  de  France,  des  stipendiaires  allemands 
et  ta  plus  grande  partie  des  villes  de  Bretagne,  » 

Le  combat  de  laRoche-Derrien  que  nous  voulons  reconstituer 
n'est  qu'un  épisode  de  cette  guerre  qui  dura  plus  de  vingt  ans. 


Le  comte  de  Montfort  mourat  à  Hennebont  le  26  septembre 
1345.  Sa  femme,  la  comtesse  Jeanne,  après  avoir  mis  son  fils  en 
sûreté  à  la  cour  d'Angleterre,  continua  la  campagne. 

Aux  comtes  de  Northamplon  et  d'Oxford,  le  roi  d'Angleterre, 
Edouard  III  (1),  avait  adjoint  Thomas  d'Ageworte,  comme  ca- 
pitaine générât  des  troupes  anglaises  de  Bretagne  (2). 

En  décembre  i345  (3),  Northampton  se  dirigea  vers  leTrécor. 

{\\  Âcelt« époque  1«  roï  Eiiou&rd  lil  dUptitait  la  coaroone  de  France  à  Philippe 
4e  ValoÎB.  Ko  1346,  il  ga^nA  la  batailla  de  Crécj.  fia  1347,  il  prit  Calais.  Bn  1356, 
il  fit  priaonaittr  Jeao  Le  Bon  à  PoUiefi,  11  fut  ensuite  Taincu  par  Charles  V. 

{l)  P.  Fr.  Gujot-Desfonuiiaet,  Hûimre  des  ducs  de  Bretagne.  «...  areo  plein 
pouToir  de  f&itis  tout  ee  qu'il  jugflrait  à  propos  pour  ie  bien  de  son  serrioe  et  de 
touobt»f  i^$  rtTenuf  du  duché  k  condition  néanmoins  d*en  rendre  compte  ii 
J#kn,  flli  du  fBU  oomte  de  Montfort,  dont  oe  prince-roi  était  tutenr.  » 

(3)  B.  Jolllvet,  Le*  CéUs-dv^^rd. 


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U?fe  PAGE  DS  LHISTOIRE  DE  LA  ROGHE.DKRRIEN  93 

Il  prit  Carhaix,  échoua  devant  Guimeratnp  èi  assiégea  La  Rocbe- 
Derrien.  Au  second  assaut  Tune  des  portes  de  la  place  fut  dé- 
truite par  le  feu  et  la  capitulation  s'imposa.  Le  commandant, 
Bue  Cassiez  se  rendit  au  camp  anglais  et  obtint  pour  Hue  Arrel, 
évéque  de  Tréguier,  Raoul  de  la  Roche  et  toute  la  garnison  la 
libre  sortie  de  la  vitle.  Las  Anglais  pillèrent  La  Roche  et  firent 
un  riche  butin,  <c  notammeni  plus  de  SOO  tonneaux  devint  de 
France  et  fS  à  14  tonneaux  devins  d'Espagne  appartenant  à  des 
marchands  de  cette  nation  (1)*  »  Northampton  continua  sur  Lan- 
niof).  Grâce  au  courage  des  habitants  de  cette  ville  il  ne  put  y 
pénétrer  et  se  retira  dans  le  Léon. 

Eq  134<Ï,  le  commandant  de  Guingamp^  Gebffroi  Tournemine, 
seigneur  de  la  Hunaudaye,  voulut  attaquer  la  Roche-Derrien 
psndant  l'absence  d'une  partie  de  la  garnison  anglaise.  Son  pro- 
jet fut  découvert,  les  Anglais  le  battirent  et  il  dut  regagner 
Guingamp  (2), 

La  même  année,  un  dimanche  à  l'aube,  Richard  Toussaint, 
commandant  anglais  de  La  Roche,  s^empara  par  traîtrise  de  Lan- 
Dion  (3).  Les  soldats  pillèrent  la  place  et,  pour  venger  leur  capi- 
laiae  blessé  (4),  massacrèrent  ceux  des  habitants  qui  voulurent 
se  défendre.  De  ce  nombre  furent  messire  Tournemine  (5), 
G^oïïroy  de  Kerimel  et  le  chevalier  Geoffroy  de  Pont-Blanc  (6). 

Les  Anglais  condutsirônt  à  La  Roche,  entre  autres  prisonniers, 
tnessire  Rolland  t'hélippes,  sénéchal  de  Bretagne  pour  le  comte 
de  Blûis,  le  sire  de  Coétuhan  et  Thibaut  Mérien,  docteur  ec 
droit  {?). 

Quelque  temps  après  cette  expédition  de  la  garnison  anglaise, 

;t)  B.  JolUT«t,  Lei  Côîes-du^N&rd. 

\t)  B.  J«>niret,  Us  Côies-dwNord. 

fS)  U  M  fit  oavrir  ana  faïuue-porta  par  deux  soldats  de  la  YiUe. 

(4)  B.  Jollifet,  Les  Câtet'du-Sord. 

(5)  Pierre  de  Lac  ni  an,  frénéatogie. 

\h)  Noms  Usooi  dam  Vîiistaire  dû  Bretagne  :  «  EveiUé  aux  oris  des  Tictimes 
as  chevalier,  nommé  Geoffroy  de* Pont- Blanc,  sort  du  lit,  prend  une  lance,  re- 
poQssii  )«s  Anglais  la  long  de  ia  rua  et  se  défend  contre  tous;  mais. atteint  en- 
fin cl*aci  trait  qun  Im  latce  ua  sroher,  l'intrépide  cheTalier  succombe.  Les 
ÂDgUii  lai  arrachèrent  U^  dents  et  les  yeux  et  le  firent  ainsi  mourir  au  milieu 
dM  tourmenis^  ■  Une  plaqu«  commémorative,  à  Lannion,  porte  :  «  Ici  succomba 
béroTiaement,  en  'iérenJant  la  TjLle  de  Lannion  contre  les  An^^lais,  le  sire  Geof- 
frojr  de  Pont- Blanc,  chevalier,  1344.  » 

0]  Pol  da  Courcy.  De  Rennes  à  Hrêst  et  à  Saint- Malo.  —  Dans  la  Généalogie 
d«  Pierre  da  Lannton,  Tûibaut  Mênen  est  appelé  Tbébault  Mescou. 


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il  REVUE  D g  BRETAGNE 

Charles  de  Biais,  a  la  iéie  de  13  600  à  16.600  hommes,  mit  le  siège 
devsai  la  Roche- De rricfO  (1). 

La  Roche-Derrien  est  ferinée  à  1  Ouest  et  au  Nord-Ouest  par 
ii  Jaudy  qui  baignait  mêoie  les  murtiilles  ouest  du  château. 

Au  Sud*Ëst  de  la  place  (route  actuelle  de  Ouingamp),  sur 
uue  élévation  dite  coiline  de  Mézeaux  ou  Mézou  (aujourd'hui 
Beltevue)  {Z\,  se  voyait  un  moulin  à  vent. 

Charles  de  Blnis  prit  ses  dispositioDS.  Il  plaça  une  partie  de  ses 
hommes  au  Placis-Verit  t^n  Langoaii  pour  se  garder  de  la  rive 
gauche  du  Jaudy.  Lui-même,  avec  le  reste  de  son  armée,  campa 
entre  la  chapelle  de  Notre-Dame  de  Pitié  et  le  moulin  à  vent  (3). 
Bn  prévision  d'uoa  sortie  de  la  garnison  aoglaise  de  La  Roche, 
les  soldats  campés  en  Langoat  construisirent  les  fortifications 
du  Château -Noir  dont  la  majeure  partie  existe  encore  et  le  fort 
de  Coat-ar-Fô,  rasé  en  1834  (4), 

L'armée  du  comte  de  Blois  comprenait  presque  tous  les  grands 
seigneurs  du  parti  :  le  sire  de  Laval  et  son  flls,  le  vicomte  de 
Rohan,  Raoul  de  Montfort,  les  seigneurs  de  Rougé,  de  Derval, de 
Chateaubriand,  le  sire  de  Quintin  et  son  fils  Quillaume,  Geoffroy 
Tournemlne,  Thibaut  de  Boiâ-Bouexel,  les  sires  de  Beauma- 
noir,  maréchal  de  Bretagne,  de  E^iz,  de  Rieux,  de  MachecouL 
de  Uoiitrenen,  de  Lohéac,  du  la  Jaille,  de  la  Roche,  Robert  Arrel, 
titCM  etc.  (5). 

Les  dispositions  prises,  Raoul  de  Montfort  «  fit  agir  ses  ma^ 
chines  qui  étaient  si  fortes,  dit  Ogée^  qu'elles  jetaient  dans  la 
ville  des  pierres  de  3  ei  400  livres  (6).  »  La  garnison  et  la  popu- 
lation épouvantées  proposèrent  de  se  rendre,  mais  Charles  de 
Bluis  refusa  de  négocier,  se  croyant  certain  de  vaincre  les  se- 
cours qui  pourraient  venir  aux  a^tsiégés  (7). 

{1)  B*  JoUiret,  L##  Câîês-du^ï^ord.    «  fCiles  se    composaieai  (les   troapes   de 
Charl«i)  de  1.6Û0  hommes  d'armes   parmi  If^squels  ftgaraient  400  cheTaliers  ei 
ii  baanereu  *i  de  V2.000  bomm»«  d*infaaiens.  Ogée  augmente  le  chiffre  de  oêite 
Armée  «%  U  porte  à  li.AOO  hommcif  force  considérable  à  cette  époque.  » 
(î)  8.  Jolïiïet,  Lês  Côi«s*dM^Naré. 

(I)  Pni  de  Couroy,  De  iUnvitt  à  HrëH  ei  â  Saint' Malo. 
(I)  a»  JoUÎ7*"t,  Lês  Cât*s-du-Nôrd.  Os  différenu  travaux  éuient  en  terre. 
[k)  P*  Kr,  OuTot-D^fontaïn^s^  Hiti.  duts  ftr^f.  —  B.  JoUiret,  Lêt  Côief-du^Nord, 
{%)  h,  JoLtiTii,    L€9  Câtei-du^Xord.  Le  même  auteur  écrit  que  Tune  de  ces 
{lierres  •  tomba  par  hasard  sur  la  maison  du  commandant  de  la  place,  dont  la 
femme  venait  d'accoucher.  Cette  dame  fut  tellement  épouvantée  qu'elle  sapplia 
•OD  mari  d*  capiiu1«r  *. 
,1)  B.  JoUiTtt.  Ut  CôtM-itH^N^mi. 


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U5B  PAGE  DE  LBISTOÏRE  DE  LA  ROCttE-OERRlEP*  H& 

Cependani  Thomai  d'Agewottet  Tanguy  du  Châtel  et  Jeâû 
Hartwal,  instruits  des  tentatives  conlre  La  Roche-Derrien,  quit- 
tèrent Carhaix  à  la  tâte  de  8.000  hommos  à  pied  et  l.OOÛ  hûmmes 
d'arme»  (1)  <<  dont  quatre  cens  étoient  chevaiiers  et  vingi-lraù 
banuerets  (2).  « 

Le  18  juiD  1B47,  d'Ageworte  ùi  3on  araisoQ  à  Tabbaye  de  Bé* 
gird  —  iô  kilotnètrea  de  La  Hoche  —  se  remit  en  marche  et 
p^sa  le  Jaudy  au  pont  Aziou  sous  Trézélan  (3).  Uo  espion 
rayant  iciformé  de  la  disposition  exacte  des  troupes  ennemies, 
il  dbandonna  les  sentiers  suivis  jusque  alors  et  prit  la  grand'- 
route  qui  passait  à  proximité  des  fourches  patibulaires  (4)  et 
aboutissait  au  quartier  de  Ctiarles. 

La  nuit  était  venue,  très  noire.  L'armée  anglaise  approcha 
sans  dvûir  éveiilé  rattention  des  chevaliers  de  garde  dont  étaient 
les  sires  de  Derval^  de  Beaumanoiret  Robert  Arrel  (5),  Vers  mi- 
nuit seulement  tes  valets  perçoivent  le  bruit  des  pas  et  pré- 
viennent le  guet  qui  attaque  Tavant-garde  avec  succès  et  fait 
prisonnier  d'Ageworte.  Quelque  temps  après  le  capitaine  anglais 
est  délivré  par  ses  soldats. 

Maïs  1  alarme  est  donnée.  Les  troupes  de  Ctiarles  sont  sur 
pied.  Le  comte,  secondé  par  Hohan,  Laval  et  quelques  autres 
seigneurs  (6),  combat  à  la  lueur  des  flambeaux.  Il  fait  prisonnier 
d*Ageworte,  le  confie  à  une  garde  et  rentre  dans  la  môlée.  Il  est 
pris  et  délivré  trois  fois. 

D'Ageworte  est  prisonnier,  les  Anglais  reculent.  Lu  com- 
mandant de  La  Rûcbe-Derrîtn,  averti,  fait  une  sortie  à  la  tète 
de  5Ô0  tiommes  arm^s  de  haches  (7)  et  délivre  d'Ageworte. 

Alors  l'armée  de  Charles  se  débande*   Lui-même,  pria  entre 
deux  feux  et  ne  pouvant  compter  sur  les  troupes  du  Placia- 
Vertj  se  retire  vers  la  colline  du  Mé2eaux. 
Adossé  au   moulin,  il  combat  désespérément.  Mais  la  fatigue 


(I)  Pal  de  Couroyp  lUnnet  à  Brest  et  Saint-Malo, 
il}  P,  Pr,  Qajov-Dt^tfûnUiiiéA,  IfUt.  ducs  BreU 

(S)  Fol  de  Courcy,  De  Benms  à  Brest  et  d  Saint- Malo. 

i\}  Gujot-D*ifonUiiiM*  liutoire  des  duc*  de  Bretagne.  U  pièce  de  terrt  où 
i*éleTa|flnt  w*  fourcluît  l'appelle  encore  Parc-ar-JuHUQ  et  la  cAte  ^ni  y  ooû- 
duh,  AVtf  ar  Justiso. 

t&J  B.  Jollivet.  Les  Côtes-du-Nord. 

(t)  GuTot-Deifontaioea.  HisiQtre  des  ducs  dé  Hretagne. 

\1\  Eiâtùire  de  Mretagnê. 


1 


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J 


91  REVUE  DK  BHETAGNB 

et  la  faiblesse  —  il  perd  le  sang  par  dix-huit  blessures  —  font 
vite  abattu. 

Les  Anglais  le  font  priëonnier  et  le  couchent  sur  uo  lit  de 
plumes  (1)  sitôt  qu'il  a  remis  son  épée  à  Robert  du  Chàtet,  che- 
valier breton. 

L^armée  anglaise  entra  dans  La  Roehe-Derrien  avec  ses  pri- 
sonniers dont  le  comte  de  Blois,  le  sire  de  Beaumanoîr  et  îe  fils 
aîné  du  sire  de  Laval  (2). 

Cette  nuit-là  périrent  nombre  de  vaillants  chevaliers  du  parti 
^  de  Charles  :  les  sires  de  Laval,  de  Raix,  de  Rieux,  de  MachecouL 
de  Rostrenen,  de  Lohéac.  de  la  Jaille,  le  vicomte  de  Rolian,  Raoul 
de  Montfort,  les  seigneurs  de  Rougé,  de  Derval  et  de  Chateau- 
briand, le  sire  de  Quintin  et  son  fils  Guillaume,  Geoffroy  Tour- 
nemire  et  Thibaud  de  Bois-Bouexel  «  ai^ee  plus  de  deux  cents 
autres  chevaliers  et  quatre  mille  hommes  d'armes  *  (3). 

Dès  que  le  Comte  de  Blois  fut  sulïlsamment  rétabli,  les  An- 
glais le  conduisirent  à  Garhaix,  puis  h  Quimperlé,  à  Vannes  oii 
il  séjourna  un  an  (A),  à  Brest  et  enfin  à  Hennebont  d'où  ils  la  di- 
rigèrent sur  la  Grande-Bretagne. 

Les  hostilités  continuèrent  entre  Jeanne  de  Penthîèvre,  com- 
tesse de  Blois  et  Jeanne  de  Flandre,  comtesse  de  Monfort,  les 
deux  Jeannes. 


Les  Anglais  étaient  détestés  des  habitants  de  La  Roche  et  des  po- 
pulations voisines  qu'ils  tyrannisaient  pour  les  punir  d'avoir  aidé 
Charles  de  Bloîs  pendant  le  siège  (5).  Ils  n*épargnèrent  que  le 
nombre  de  paysans  indispensables  pour  cultiver  le*s  terres  (ô). 
Les  nobles  de  Tréguier  (7)  demandèrent  secours  à  Philippe  de 
Valois  qui  leur  envoya  quelques  hommes  et  un  corps  génois  sous 


{{}  HUtùirë  de  Bretagne^ 

(î)  Goyot-D«ifootnioe«,  Histoire  des  rfuci  de  Bretagne,  —  B.  Jo!Uf«t,  Les  Côiêt- 
du-Nord. 

(*)  GuJO^DeafonUmei,  Hisîoire  des  dt4cs  de  Bretagne.  —  B,  JoUivei,  LetCétes- 
dtt^NûTti. 

(4)  Oujot-DovIbaUiJiiet  IlUtoiré  dei  ducê  d^  Bretagne, 

{h)  Pol  dé  Courcy,  De  Rennes  à  Brest  et  à  Saint- Malo. 

(fl)  Pol  de  Couriîx,  De  Rennes  à  Brest  et  à  Haint-Mala* 

(7)  Guyot-DeafonUinei  ne  parU  paa  de  cette  délivrance  <1«  Ut  Uocb«-Demea. 
Toû*  c«i  détail*  viennonl  de  V  Histoire  de  Bretagne,  dei  voluroei  de  Pd  de  Goupcy, 
De  Rennes  à  Brest  et  à  Saint-Maio,  *m  de  B.  JaUiTel,  Les  Cttef-du-Nord. 


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UNE  PaGK  de  L  histoire  de  la  ROGHE-DERRIEN  97 

le  commandement  de  Pierre  de  Craon  et  d'Antoine  Doria  (l). 
Ces  troupes  et  tous  les  habitants  en  état  de  porter  les  armes  mar- 
chèreat  en  août  1347  contre  La  Roche-Derrien. 

PeQdant  deux  jours,  sans  répit,  ils  attaquèrent  la  ville.  La  gar- 
nison eut  peur  et  proposa  de  se  rendre  «  vie  et  bagues  sauves  »  (2). 
LesTrécorrois,  furieux,  refusèrent  de  parlementer  et  donnèrent 
un  dernier  assaut* 

Pierre  de  Craon,  craignant  le  retour  de  Thomas  d'Ageworte  (3), 
promit  cinquante  écus  au  premier  qui  entrerait  dans  la  ville  et 
pîaça  une  bourse  contenant  cette  somme  au  bout  d'une  pique. 

Stimulés  par  1  appât  du  gain  les  Génois  déploient  un  grand 
courage.  En  un  instant  cinq  d'entre  eux  «  sapent  la  muraille  et 
ea  font  tomber  cinquante  pieds  de  largeur  (4)  ». 

Les  soldats  s'élancent,  la  ville  est  pritie  et  pillée.  Deux  cent 
cinquante  Anglais  se  réfugient  dans  le  château,  les  autres  sont 
tous  passés  au  fil  de  l'épée. 

Le  château  se  défendit  quelque  temps  ;  mais,  à  la  fin,  les  An- 
glais débordés  capitulèrent.  Us  eurent  la  vie  sauve  à  la  cbndi- 
tJOQ  de  se  retirer  à  dix  lieues  de  la  Roche-Derrien.  Sylvestre 
delaPeuillée  fut  désigné  pour  commander  Tescorte  qui  devait 
les  accompagner  jusqu'à  Quintin. 

La  haine  de  l'Anglais  était  si  forte  que  les  paysans  des  envi- 
rons de  La  Roche  së  réunirent  et  assommèrent  une  grande  par- 
tie des  vaincus.  Ceux  qui  échappèrent  furent  assaillis  à  feutrée 
de  Quintin  par  les  artisans  dirigés  par  les  bouchers.  Malgré  les 
courageux  efforts  de  Sylvestre  de  la  Peuillée  et  de  l'escorte  ils 
furent  tous  massacrés. 

Ainsi  furent  délivrés  des  Anglais,  en  août  1347,  la  ville  et  le 
château  de  La  Roche-Derrien  (5). 

Charlis  db  Fèbbs. 


(t)  Pûl  d«  Coaroy  e|  B.  JoUiTet. 
(l)  B.  Joilivet, 
{Z)  B.  JolliT«l, 
(4)  Ristùire  de  Bretagne. 

{b}  A  U  «uite  de  Ja  repn»e  de  La  Roche-Derrien  sur  les  Anglais  la    comtesse 
d«  au»ii  confia  La  oo  m  mandement  de  la  place  à  Antoine  Ooria  (VoirB.  Jollifet). 


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LA  CHAPELLE  DE  MARIE  STUART 

A  ROSCOFF 


Les  plus  modestes  ohapelles  de  Bretagne  ont  leur  histoire  ou 
leur  légende;  elles  36  rattachent  presque  toutes,  qu'elles  soient 
perdues  tiu  fond  des  bois,  au  miKeu  des  landes  ou  à  l'eKlrémité 
des  procnontoiras  graiiiliques  qui  mordent  la  mer  sauvage,  àdet 
faits  glorieux  dans  ias  annales  miiitaires  ou  religieuses  du  pays 
breton,  à  des  traditions  populaires  d*une  grftoe  exquise,  im* 
prégnéifs  toujours  de  la  plus  sudve  poésie.  Les  pèlerinages,  les 
pardons,  les  simples  viages,  tes  remplissent  de  souvenirs  tou- 
jours vivants,  malgré  les  défaillances  de  la  foi  et  Tabandon  lent 
mais  proRressif  des  anciennes  traditions  ;  toutefois  la  marée 
montante  d'UQ^  civilisation  ennemie  du  passé  n'a  pas  encore 
submergé  toutes  ces  modestes  ecclésioles  dont  il  est  bon  et  utile 
d'évoquer,  souvent,  iâ  douce  et  consolante  histoire. 

L'une  de  ces  chapelies  intéresse  à  la  fois  deux  pays  que  leur 
ciel  brumeux,  leurs  cotes  découpées,  battues  par  une  mer  hou- 
le use  >  rapprocb  en  t  beaucoup  par  leur  configuration  physique: 
la  Bretagne  et  TEcosse  :  c'est  l'oratoire  de  Saint-Ninien,  en 
Roscoiï,  près  de  Morlaix.  Mais,  hélat  !  elle  est  vide  et  lamentable 
cette  chapelle  que  rbistoire  remplit  pourtant  d'un  grand  sou- 
venir! Ce  n'est  plus  qu'une  reUque  en  ruines,  devant  lequel  le 
passai! L  attristé  murmure  le  vers  mélancolique  du  poète:  Etiam 
periere  ruin^  !  >» 

Ge|rui  la  Révolution  qui  détruisit  de  fond  en  comble  ce  mo- 
deste oratoire,  élevé,  dit-on,  à  Tendroit  même  où  débarqua  Marie 
Siuart,  en  1458.  Sfis  dimensions  sont  exactement  de  14  mètres 
de  longueur  sur  6*33  de  largeur  \  aux  heures  troublées,  Tinté- 
rieur  fut  saccagé  par  d»^s  mains  impies;  mais  les  murailles 
d'un  solide  et  beau  granit,  extrait  des  flancs  môme  du  sol  qui  les 


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■  jiâ 


LA  CHAPELLE  DE  MARIE  STUART  A  ROSCOFF  99 

supporte,  flOTit  restées  debout,  comme  pour  témoigner  de  leur 
fldéiité  à  fâme  pieuse  qui  les  éleva;  n'«at-ce  pas  le  deul  monu- 
ment que  l  on  doive  à  Finfortunée  Marie  SLuarl  et  C'est  un  peu 
d'elle  même  qu'elle  laissa  sur  cette  terre  bretonne  où  elle  fut 
accueillie  avec  tanl  de  joie. 

Celte  relique.  Lord  Guthrie  voudrait  \b  conserver,  la  restaurer; 
c'est  presque  un  déshonneur  de  laisser  ces  murailles  vénét*able8 
tOQilier  par  pans  entiers  ou  servir  de  lieu  d'arflchage  Ou  de  dépôt 
a  des  choses  sans  nom.  Et,  cependant,  ces  ruines  pourraient  en* 
core  être  sauvées;  des  trois  fenêtres,  l'une^  celle  de  l'Est,  côté  du 
port,  conserve  encore  un  beau  dessin;  la  porte  d'entrée,  vefi 
l'Ouest,  est  bien  conservâeet  à  Tintérieur  on  remarque  toujours 
deux  autels  de  pierre. 

Cette  restauration  serait  acoueiU*e  avpc  joie  et  reconnaissaûce, 
croyonsnous,  par  la  population  de  RoscolT  qui  conserve,  sur  deux 
autres  points,  le  soovt^nir  de  la  gracieuse  souveraine  descendue 
si  jeune  sur  son  rivage.  Mais,  tout  d*abord«  il  était  nécessaire 
qae  ta  tradition  el  ThisloirH  Tussent  d'ticcord.  Marie  Stuart  était- 
elle  vraiment  débarquée  à  RosûofT,  dans  le  cours  du  mois  de  mai 
1548'  Les  historiens  anglnis,  écossais  et  français  étaient  en  con- 
tradiction sur  ce  poii4;  les  uns  voulaient  que  le  débarquement 
eut  eu  lieu  à  Brest,  les  au  très  à  Roscoff  ;  mais  voilà  que  deuJt  do^ 
cumeotfl  ont  été  trouvés  à  la  Blbliotlièque  Nationale  à  Paris,  et 
qui  démontrent,  sans  discussion  possible,  que  Roscoff  est  bien 
t'endroit  de  la  terre  brt^tonne  où  la  jeune  Marie  mit  pied  à  terre; 
une  lettre  de  Henri  11,  de  France,  datée  de  Turin,  24  août  1548, 
dit  :  •  J*ay  eu  certaines  bonnes  nouvelles  de  Varrivée  en  bonne 
laoté  de  ma  fille  la  royne  d'Escosse  au  havre  deRoscoU  prés  Léons, 
m  mon  duché  de  BrHagne,  qui  m'a  esté  tel  plaisir  que  povez 
penser  et  croyCE,  mon  cousin,  qu'il  ne  m'a  esté  moindre  d'avoir 
veu  par  vos  lettres  du  XI*  de  ce  mois,  que  je  reçuez  hier  que  tous 
mes  enfants  se  portent  bien.  —  Escript  à  Thurin  le  XXIIIIde 
aouat  1548.  —  «  Henry.  *  {Bsbî.  Nat,  ;  fonds  franc.  3.134,  ft»  12. 
—  L'autre  lettre  est  datée  de  Rossegouf,  13  août  1548  :  elle  est 
adressée  h.  M*  de  Breaé  ;  elle  dit  :  <i  Monseigneur,  Estant  les  gal- 
lères  arry  vées  en  ce  lieu  de  Russecon,  je  n'ay  voulu  faillir  troys 
ou  quatre  jour»  après  ta  descente  de  la  petite  reine  d'Escosse  les 
envoyer  à  Rouen  pour  entendre  It^  commandement  du  Roy  de  ce 
qu*il  iuy  plaira  qu'ils  facent  n  (BibK  Nat.,  même  fonds  20^457, 
L  121)*  11  n'est  pas  douteux,  pour  tous  eaux  qui  connaissent  Tal- 


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im  REYUfi  DE  BRETAGiNB 

tératioa  des  noms  de  lieu,  que  Roscou  ou  Rossegouf  sont  bien 
mis  pour  Roscoff. 

Cette  chapelle  était  sous  le  vocable  de  saint  Ninien.  Quel  est  ce 
saint?  La  meilleure  forme  du  nom,  d'après  l'abbé  Duine,  hagio^t, 
graphe  érudit  qui  a  bien  voulu  nous  renseigner,  serait  Niniaw  ; 
mais  la  forme  Ninian  ou  Ninien  est  dans  Tordre  habituel.  La  ra- 
cino  Nin  est  mentionnée  dans  la  Chrestomathie  Bretonne  de 
M,  Loth.  Saint  Ninien  ou  Ninian,  après  avoir  étudié  à  Rome  et 
y  avoir  été  consacré,  serait  revenu  dans  son  pays  d'origine,  la 
Grande-Bretagne,  et  aurait  établi  son  siège  à  Whitern  (Oallo- 
way).  D'après  Miss  Arnold  Poster  [Studies  in  Church  Dedica- 
tiens),  il  serait  le  patron  defirougham,  de  Cury,  de  Penton,  de 
Whitby. 

A  notre  connaissance,  il  n'existe  pas  en  Bretagne,  ou  en  France, 
d'aulr  *  chapelle  ou  sanctuaire  dédié  à  saint  Ninien.  Guérin  [Petits 
Boilandisles)  prétend  qu'une  des  églises  de  Douai  possède  un  re- 
liquaire contenant  un  bras  de  ce  saint.  Cette  particularité  d'une 
saule  chapelle  en  France*  sous  le  patronage  d'un  saint  honoré 
en  Ecosse,  n'fSt^etle  pas  une  preuve  presque  absolue  de  l'origine 
étrangère  de  cet  oratoire  sur  la  terre  française? 

Une  tradition  populaire  ou  plutôt  une  gracieuse  coutume  se 
rattacherait  encore  au  p^tit  sanctuaire  de  Roscoff.  Les  femmes, 
les  soeurs,  les  tilles  et  les  fiancées  des  hardis  marins  que  donnent 
cette  belle  côte  bretonne  venaient,  dit-on,  après  la  messe  célé- 
brée à  rintention  des  absents,  souffler  sur  la  dalle  poudreuse  de 
l'oratoire  et  la  direction  prise  parles  grains  de  poussière  disait 
quelle  brise  ramènerait  celui  qui  s'était  perdu  sur  l'immensité 
des  flots  !  On  voit,  qu'à  plus  d'un  titre,  la  chapelle  Saint-Ninien 
est  intéressante. 

Les  archives  du  Finistère  renferment  peu  de  pièces  relatives  à 
cet  oratoire;  aucun  acte  de  fondation  n'a  pu  être  découvert.  Il 
fut  vendu  comme  bien  national,  le  5  thermidor  an  VII,  et  acheté 
pour  la  somme  de  300  francs,  par  un  sieur  Hersant,  fournisseur 
des  bois  de  la  marine.  Après  avoir  passé  par  différentes  mains, 
ell^  fut  acquise  par  M.  Paul-Louis  de  Courcy  qui  lui  a  consacré 
une  notice.  Il  la  céda  au  département  du  Finistère  qui  en  fit  don, 
le  14  avril  1874,  à  la  commune  de  Roscoff.  Les  ruines  de  la  cha- 
pelle allaient  être  démolies  et  une  école  primaire  construite  sur 
son  emplacement,  quand  de  généreux  Ecossais  intervinrent  ; 
elle  fut  préservée  de  la  destruction.  Elle  le  sera  encore  une  fois, 


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LA  CHAPELLE  DE  MAftlE  STUART  A  ROSCOFF  101 

esp^rons-le  ;  les  Sociétés  Savantes  de  Bretagne  se  sont  émues  et 
les  Pouvoirs  Publics  semblent  bien  disposés  en  faveur  d'une 
resUaratioo.  La  Société  Pranco-Ecossaise  tiendra,  paraît-il,  à 
honneur  da  prêter  son  puissant  appuL  Tout  fait  donc  espérer 
qne  la  petite  chapelle  sera  reconstruite  prochainement  et  que  les 
nombreux  Ecossais  qui  visitent  la  Bretagne  n'auront  plus  la 
douleur  de  voir  dans  un  étfit  fameatable  cet  oratoire  qui  leur 
rappelle  de  grands  et  impérissables  souvenirs. 

*    Eticnns  Dupont. 


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^VP^ 


Essûi  sur  l'administration  générale  dan  District 
pendant  la  Révùiution, 


LE  DISTRICT  DE  ROCiHEFORT 

(MORBIHAN) 

1'^  JUILLET  1790  —  2()  MAI  1795 

Suite  (1) 


Chapitrb  V 

LA  RÉACTION  THERMIDORIENNE 

La  cliutede  Robespierre  futaccaeillie  avec  enthousiasme  à  Re- 
don, à  Rochefort  et  à  la  Roche-Beronrd.  11  semble  que,  jusqu'au 
27  juillet  1794,  les  adminislrateurs  aiml  tremblé.  Elle  se  marqua 
d'une  manière  tBective  par  Tépu ration  des  divers  corps  consti- 
tués. Elles  s'ouvrit  par  la  réorganisation  des  juges  de  paix  et 
des  greffiers.  Puis,  le  27  vendémiaire  an  III,  Binel,  agent  national 
de  Redon,  écrivait  aux  municipalités  de  Al laîre,  Rieux,Saint-Per- 
reux.  Saint- Vincent  et  Béganne  :  «  Je  vous  préviens  que  le  re- 
présentant du  peuple  (BoursauU  sera  au  temple  de  l'Etre  sur 
prême,  demain  28,  à  10  ht;ures  du  matin.  Il  m'a  chargé  de  vous 
invitera  réunir  le  plus  que  vous  pourrez  d'habitants  de  votre 
commune  àserenrira  ici,  à  Theure  indiquée  ci-dessus.  Je  compte 
assez  sur  votre  patriotisme  pour  croire  que  vous  n'allez  pas 
perdre  un  instant  pour  inviter  les  citoyens  de  votre  commune  à 
se  rendre  ici,  et  certes,  tous  les  vrais  républicains  ne  manque- 

(1)  Voir  U  Heviuê  de  janvier  1908. 


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LK  DISTRICT  DE  ROGHSPORT  103 

root  pas  de  s'y  trouver.  Il  est  d'aotant  pins  avantageux  pour  vous 
et  pour  eux  d'y  venir  que  le  représent^int  du  peuple  a  des  véri- 
tés ei  des  vérités  bien  ûoniolantes  h  dire  (1).  » 

Nous  n'avons  aucun  détail  sur  ce  discours,  à  peiné  une  indi- 
cation dans  ia  correspondance  de  l'agent  national  qui  le  0  bru- 
fflaire  écrit  au  comité  du  salut  public  :  «  Le  représentant  Bour- 
sault  a  prononcé  un  discours  qui  a  ranimé  les  esprits,  il  a  parlé 
le  langage  de  la  vérité,  de  la  justice  et  de  la  vertu.  Les  communes 
des  campagnes  qui  étaient  invitées  à  se  rendre  ici  s'y  sont 
trouvé  et  ont  raconté  à  ceux  qui  n'étaient  pas  venus  les  senti- 
ments de  fraternité  que  le  représentant  leur  avait  inspirés,  ce 
qui  ne  contribue  pas  peu  à  réveiller  l'esprit  public  des  té- 
nèbres ou  l'avaient  plongé  un  moment  de  terreur  »  (2). 

Ce  texte  est  très  caractéristique.  La  venue  de  Boursault  à 
Redon  avait  pour  but  d'épurer  les  corps  constitués  des  plus 
farouches  révolutionnaires.  Le  Bastide  et  Le  Batteux  sont 
arrêtés  à  Redon,  Le  Clainche  de  Rochefort  est  traduit  devant  le 
tribunal  criminel  de  Vannes.  Mais  la  chouannerie  durait  encore  i 
les  campagnes  se  soulevaient  avec  un  regain  de  violence,  les 
condamnations  se  multipliaient. 

La  réaction  ihurmidonenne  n'est  pas  seulement  caractérisée 
par  une  opposition  violente  faite  au  Robespierrisme,  mais  aussi 
par  une  recrudescense  de  mesures  anticléricales.  La  raison  en 
est  la  suivante-  Le  gouvernement  thermidorien  n'abrogea  pas 
comme  on  Tavait  espéré,  les  décrets  portés  contre  les  prêtres 
réfractaires.  On  se  bornait  à  les  Lclérer.  Cette  déception  les  poussa 
à  protester,  et  la  conséquence  fut  que  Ton  prit  contre  eux  de  nou- 
velles  mesures  coercitives. 

Eu  fait;  la  guerre  n'avaitjamais  cessé.  Les  prêtres  et  les  nobles 
dirigeaient  toujours  la  lutte  dans  les  campagnes.  Un  texte  le 
prouve:  c'est  un  arrêté  du  représentant  du  peuple  Carpentier 
adressé  à  toutes  les  municipalités  du  district  de  Rochefort  et  en- 
registré par  les  officiers  le  16  tioût  1794  : 

A  Considérant  qu'il  est  temps  de  mettre  fin  à  une  lutte  déjà  trop 
longue  entre  le  fanatisme  et  la  raison,  le  crime  et  la  vertu,  le 
royalisme  et  la  liberté  : 

D'après  les  avis  qui  nous  ont  été  donnés  sur  l'existence  de  la 

(tj  Arch.  départ  R«nne«  A,  D.  1.  V*  2  L.  95  bU. 
(1)  Ateh,  départ.  iUiiûêi  A.  D.  L  V,  î  L.  95  bit. 


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loi  REVUK  DK  BRETAGNE 

multiplicité  des  mouvements  insurrectionnels,  dits  processions 
nocturnes. 

Considérant  que  ces  mouvements  ténébreux  sont  un  nouvel 
effet  de  la  perfidie  des  ci-devant  prêtres  qui,  réunis  à  d'autres 
malvt'îllants,  cherchent  à  eotndner  dans  des  démarches  sédi- 
tieuses les  moins  éclairés  pour  en  faire  de  nouveaux  prosélytes 
au  fanalisme  et  de  nouveaux  ennemis  au  gouvernement  républi- 
cain. Arrêtons  ce  qui  suit: 

Article  2.  —  Sont  compris  dans  la  suppression  et  démolition 
les  bâtiments  ci-devant  connus  sous  le  nom  de  chapelles,  et  ser- 
vant aujourd'hui  de  rendez-vous  pour  les  rassemblements  fana- 
tiques et  contre-révolutionnaires, 

Articls  3.  —  Sont  réputés  ennemis  de  la  chose  publique  tous 
ceux  qui,  sortis  de  leurs  foyers  pour  troubler  la  paix  des  cam- 
pagnes, formeraient  des  processions  nocturnes. 

Article  4.  —  En  conséquence  la  force  armée  sera  employée 
contre  eux  et  les  directeurs  des  attroupements  seront  saisis  et 
traduits  comme  conspirateurs  devant  le  comité  de  sûreté  géné- 
rale de  la  Convention. 

Article  5.  -  Quant  aux  autres  individus  qui  auraient  été  en- 
traînés dans  les  dits  rassemblements,  ils  seront  également  saisis 
el  conduits  à  la  maison  d'arrêt,  pour  être  interrogés  et  traités  en- 
suite selon  lecaractèrtî  de  leur  délit,  et  il  sera  rendu  compte  du 
tout  au  représentant  du  peuple* 

Article  6.  —  Les  administrateurs  du  district  et  les  municipa- 
lités requerront,  autant  que  besoin  sera,  les  commandants  de 
force  armée  qui  demeurent  chargés  d'employer  aussitôt  tout 
moyen  de  vigueur  et  de  prudence  nécessaire,  conjointement  avec 
les  commissaires  des  autorités  constituées. 

Article  7.  —  Il  est  expressément  recommandé  aux  dites  auto- 
rités de  veiller  à  la  célébration  de  la  Décade  instituée  par  la  loi, 
et  de  tenir  note  de  ceux  qui  affecteraient  de  consacrer  au  ci-de- 
vant dimanche  un  temps  qui  appartient  exclusivement  à  la 
Patrie* 

Articlk  8.  —  Le  présent  sera  envoyé  aux  départements  de  la 
Manche,  de  rille-et-Vjïaine,  dffs  G6tes-du-Nord  et  du  Morbihan 
qui  sont  invités  à  en  transmettre  aussitôt  des  expéditions  à  cha- 
cun ctes  diï^trlcls  de  leur  arrondissement,  chargés  de  son  exécu- 


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LE  DISTRICT  DE  ROCHEFORT  105 

tiOD,  à  l'effet  de  quoi  il  sera  imprimé  et  publié  dans  les  formes 
ordinaires. 
Port-Malo,  le  16  thermidor,  Tan  2»  de  la  République. 

Le  Garpbntibr.  )>  (t) 

«  Le  13  août,  —  Vente  des  objets  appartenant  aux  prêtres 
émigrés  ou  déportés. 

«  ^3  aoûl.  —  Françoise  Lanoë  d*Allaire  a  logé  dans  son  grenitr 
un  déserteur;  elle  est  déclarée  suspecte  et  emprisonnée  à 
Vannes.  Marie  Juhel,  d'Allaire,  est  requise  d'écrire  une  lettre  au 
chef  des  chouans,  Briend,  de  Malansac,  lettre  insidieuse  qui 
aurait  pour  but  de  le  faire  arrêter.  Sur  son  refus,  on  prie  son 
père  (l'user  de  son  autorité  sur  sa  fille.  On  n'obtient  rien  de  ce 
côté-là  non  plus.  Le  père  et  la  fille  sont  déclarés  suspects  et  con- 
duits en  prison. 

«  24  août.  —  Les  cabarets  de  village  ou  isolés  servent  aux 
réunions  des  chouans.  Ils  sont  déclarés  suspects  et  fermés. 

«  28  août.  —  Assassinat  de  deux  patriotes  sur  la  route  de  Re- 
don, en  sortant  du  bourg  d'Allaire.  On  envoie  30  hommes  à  pied 
et 2  chasseurs  h  cheval  pour  faire  des  recherches.  D'après  le 
procès-verbal  de  Joseph  Morice,  juge  de  paix  du  canton  de 
Peillac,  ces  deux  paysans  Allairais  et  révolutionnaires  «  Raoul 
Danto,  52  ans,  et  Joseph  Lambert,  47  ans,  furent  trouvés  morts 
d'un  coup  de  feu  à  la  tête  et  de  plusieurs  autres  coups  d'instru- 
ments tranchants  au  contondants  sur  la  route  de  Redon  à 
Vannes,  près  la  métairie  de  L'allier  »  (2)  Comme  représailles  les 
colonnes  révolutionnaires  mirent  le  feu  à  la  chapelle  de  Bocqué- 
reux  et  fusilla  deux  paysans  de  Rieux  sous  la  châtaigneraie  située 
entre  les  fermes  du  Bourgeix  et  de  Quian.  Le  comité  de  Roche- 
fort  annonce  à  celui  de  Redon  qu'il  fait  lever  tout  le  pays  contre 
les  agressions  des  chouans  et  Tinvite  à  se  concerter  avec  lui.  Ce 
qui  eut  lieu. 

«  12  octobre.  —  On  découvre  2  réfractaires  dans  un  souterrain 
pratiqué  dans  le  bois  taillis  de  Cohignac  en  Berric.  Ils  sont  con- 
duits à  Vannes  (3). 
a  8  novembre.  —  Les  gardes  nationaux  de  Peillac  ont  pris  le 

{\)Areh.  dép.  Rennes.  A.  D.  I.  V.  2  L  83^  folio  132. 

(2)  Âctes^de  la  mairie  d*Allaire. 

(3)  Suite  det  notet  de  M.  Piéderrière. 

PévHer  t90ê  * 


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Ifie  RRVUR  DE  BRETAGNE 

ohef  cLiouan^  Briend^  fils.  11  est  envoyé  à  Vaanes.  «  Des  hordes 
de  fanatiques  parcoareot  les  campagnes.  On  demande  de  nou- 
velles troupes  et  on  fortifie  Rochefori-  La  cavalerie  qui  .est  à 
Questembert  est  appelée  en  toute  hâte.  » 

tt  4  décembre,  —  La  commune  de  Berricesf  en  pleine  insurrec- 
tion. Elle  n'a  aucun  enfant  au  service  de  la  république  et  a  re- 
fusé toutes  les  réquisitions  et  ne  veut  même  pas  recevoir  le  bul- 
letin des  lois.  Elle  a  abattu  Tarbre  de  la  liberté  et  n*a  aucun  rap- 
port avec  le  district.  On  n*y  envoie  300  hommes  pour  la  sou- 
mettre. 

<t  Le  M9  novembre.  —  Le  représentant  du  peuple  Legris  esta 
Rochefort.  Il  épure  le  Directoire  et  nomme  une  nouvelie  admi- 
nistration pour  le  district.  Cette  administration  a  de  la  peine  à  se 
constituer  et  manque  totalement  de  zèle. 

«  16  décembre.  —  L'instruction  primaire  qu'on  avait  timide- 
ment organisée  a  subi  partout  des  échecs  piteux. 

«  Zô  décembre.  —  Un  arrêté  des  représentants  du  peuple  Le- 
gris et  Bourret  est  publié.  Ils  offrent  une  récompense  à  tous  ceux 
qui  auront  fait  prendre  un  chouan,  un  prêtre  ou  un  réfractaire. 
La  gratiflcatton  est  de  1000  écus  pour  un  chef  chouan, 100  livres 
pour  un  chouan,  5O0  livres  pour  un  prêtre  ». 

Oo  le  voit»  les  agitations  dans  les  campagnes  n'avaient  pas  di- 
minué et  les  chouans  du  général  de  Sol  de  Grissol  tenaient  tou- 
jours la  campagne.  C'est  alors  que  la  Convention  essaya  de  remé- 
dier à  cette  situation  générale  dans  les  départements  de  l'Ouest. 
Par  ia  loi  du  12  frimaire,  elle  décréta  qu'une  amnistie  pleine  et 
entière  serait  accordée  aux  brigands  et  aux  chouans  qui  se  sou- 
mettraient. Cette  loi  était  accompagnée  d'une  proclamation  des 
représentants  du  peuple  Quesno  et  Guermeurqui  au  commence- 
ment de  1795  étaient  dans  le  Morbihan.  Jean-Jacques  Moulin, 
vicaire  épiscopal  à  Vannes,  écrivit  à  Le  Gu,ermeur  :  «  oui,  bien- 
faisant Guermeur,  c'est  moi  qui,  à  Vannes,  fit  exposer  au  citoyen 
Malltaud,  votre  collègue,  et  à  vous,le  jugement  qui  faisait  mourir 
un  citoyen  sous  les  yeux  de  son  épouse  enceinte  de  Rochefort  et 
qui  faisait  teindre  de  son  sing  les  murs  de  sa  propre  maison. 
J'étais  vicaire  épiscopal  et  je  l'ai  accompagné  au  supplice,  et  je 
vous  présentai  Thorreur  de  cette  situation.  Nous  pleurâmes  en- 
semble et  fîtes  changer  la  forme  du  jugement.»  Cet  homme, 
mis  à  mort  si  cruellem  ent,  était  Briend,  fils. 
Cette  loi  d'amnistie  produisit  un  efifet  contraire.  Tout  le  mois 


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LE  DISTRICT  DB  ROCHEFORT  107 

de  pluviôse  fut  agité  de  troubles  graves.  Même  situation  dans  le 
district  de  Redon  et  le  comité  révolutionnaire  de  cette  ville  la 
peignait  sous  les  couleurs  les  plus  noires  :  «  12  pluviôse  III. 
Nous  trahirions  la  confiance  publique  si  fermant  les  yeux  sur  les 
désastres  qui  nous  environnent,  nous  négligions  d'en  tracer  le 
déchirant  tableau.  Depuis  environ  trois  décades  une  horde  de 
scélérats  forment  des  attroupements  royalistes  et  fanatiques, 
errent  de  commune  en  commune,  égorgent  la  nuit  les  patriotes, 
enlèvent  leurs  effets  et  abattent  partout  les  arbres  chéris  de  la 
liberté.  La  terreur  est  répandue  parmi  les  habitants  des  cam- 
pagnes :  les  membres  des  corps  constitués  désertent  leurs  mai- 
sons et  cherchent  dans  les  bras  de  leurs  voisins  un  asile  de  sécu- 
rité contre  les  inquisitions  de  ces  infâmes  brigands  ;  chaque 
naît  offre  de  nouvelles  horreurs  à  apprendre  (1).  » 

De  telles  craintes  n'étaient  pas  exagérées.  La  chouannerie 
désorganisait  les  administrations.  Toujours  quelque  membre 
démissionnait,  déterminé  par  la  peur. 

Le  Directoire  ne  tarda  pas  à  s'en  émouvoir  et  le  général  Krieg 
établit  de  distance  en  distance  des  cantonnements  de  républi- 
cains. Plusieurs  de  ces  garnisons  furent  assaillies  par  les  troupes 
cbouannes  du  général  de  Sol  de  Orissol.  Le  23  ventôse  an  III  le 
Directoire  de  Redon  dépeint  la  poeition  sous  les  couleurs  les  plus 
sombres  :  «  que  la  nuit  dernière  un  cantonnement  de  50  hommes 
de  nos  troupes,  placé  au  bourg  d'Allaire  (au  presbytère),  à  une 
lieue  et  demie  de  Redon>  sur  la  route  de  Vannes,  ayant  été  ai- 
lailli  par  plusieurs  centaines  d'attroupés,  il  les  a  repoussés  1 1 
en  a  tué  un  --,  on  le  dit  chef  —  et  blessé  plusieurs  ;  mais  que 
l'obscurité  ayant  empêché  d^.  se  livrer  à  leur  poursuite,  il  n'y 
a  point  de  prisonniers. 

Qu'il  semble  résulter  de  ces  faits  qu'on  s'agite  pour  former 
dans  ces  cantons  une  nouvelle  Vendée  ; 

Que  les  esprits  sont  exaspérés  partout  ce  qu'on  leur  a  fait  souf- 
frir, n'étant  que  trop  faciles  à  se  laisser  séduire  et  entraîner  par 
des  gens  qui  ne  veulent  que  l'anarchie,  le  meurtre  et  le  pillage  »  (2j. 

LabatailleeutlieuàChez-MéhaudenAllaire.  Plusieurs  paysans 
furent  tués  et  blessés.  La  nuit  venue,  les  femmes  les  inhumèrent 
dans  un  champ  appelé  le  «  courtil  Chauvin  ».  Un  autre  chouan 


(t)  Areh.  dèp.  Rennes  A.  I).  I.  V.  OM  19. 

(2)  Arch.  dép.  Rennes  A.  D.  L.  V.  l  L.  83%  folio  g3. 


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I 
ift  REVUE  DE  BRETAGNE 

blessé  s'en  fut  mourir  à  )a  Regaudaie  où  il  fut  enterré  au  pied 
d'un  châtaignier.  Un  chef  chouan  fut  tué  dans  la  maison  du 
Yaujouan.  Il  se  promenait  le  soir  et  lisait  à  la  lueur  d'une  faible 
lumière  dans  la  cuisine.  Les  républicains  Taperçurent  et  le  fusil- 
lèrent à  tmvers  la  fenêtre. 

Le  22  avril  le  général  Avril  demande  au  Directoire  de  Roche- 
fort  nu  certificat  qui  atteste  qu'il  n'a  pris  aucune  part  aux  opé- 
rations sanguinaires  de  Le  Batteux  àPéauleetàNoyal-Muzillac. 
L'administration  certifia  que  le  général^  pendant  toute  la  durée 
de  son  commandement  à  la  Roche-Bernard»  a  toujours  été  à  la 
disposition  des  membres  du  Directoire,  et  que  c'est  gr&ce  à  son 
activité  que  las  attroupements  ont  été  étouffés.  Dès  le  principe 
sa  conduite  Tut  humaine  et  il  n'accompagna  pas  Le  Batteux  dans 
ses  excès  à  Hochefort^  à  Questembert»  à  Péaule  et  ailleurs. 

Le  registre  du  Directoire  est  clos  le  4  mai  1796.  On  va  à  Vannes 
en  chercher  un  autre,  mais  le  papier  manque.  On  se  servira  d'un 
vieux  registre  à  moitié  usé  et  rempli  (1).  A  partir  de  ce  moment 
les  documents  précis  concernant  le  Directoire  font  presque  tota- 
lement défaut.  Aussi  serons-nous  forcé  de  nous  borner  au  récit 
de  quelques  événements  typiques  à  l'aide  desquels  nous  pour- 
rons nous  faire  une  idée  approximative  de  l'état  du  District  pen- 
dant les  derniers  mois  de  la  gestion  du  Directoire  et  montrer  la 
persistance  des  troubles. 

Une  mi  aère  noire  régnait  dans  le  district  de  Rochefort  à  ce 
moment  :  il  n'y  âvait  plus  de  grains  et  les  chouans  interceptaient 
toutes  les  réquisitions.  L'église  de  Rochefort,  transformée  eu 
magasin,  est  évacuée.  Berric  est  toujours  en  plein  soulèvement 
fit  le  5  avril,  Joseph  Briend,  «  brigand  reconnu  et  l'un  des  chefs 
du  parti  »,  fait  sa  soumission  en  déclarant  vouloir  profiter  des 
lois  de  l'amnistie  et  déposa  2  pistolets.  Il  fut  autorisé  à  vivre 
&  Rochefort.  Les  officiers  ne  trouvent  même  plus  de  logements 
à  louer  et  on  semble  se  coaliser  pour  les  leur  refuser. 

Le  20  floréal  an  III  (10  mai  1795),  les  troupes  ayant  été  retirées 
de  la  OaoiHy,  les  habitants  vinrent  à  Redon  exprimer  les  craintes 
qu  ils  avaient  de  voir  piller  les  grains  appartenant  à  la  répu- 
blique. La  preuve  en  était  que  la  veille,  après  le  départ  des 
troupes,  les  chouans  étaient  entrés  dans  le  bourg  et  s'étaient  em- 
parés de  toutes  les  armes  qu'ils  avaient  pu  découvrir.  Redon  dé- 

(1)  loirosiibJa   lie  le  retrouver. 

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LE  DISTRICT  DE  ROCHEFORT  109 

eida  d'enyoyer  25  hommes  jusqu'à  ce  que  le  district  de  Roche- 
fort  ait  fait  enlever  les  graias.  Il  nomma  en  outre  en  qualité  de 
commissaire,  Séguin,  juge  de  paix  du  canton. 

Le  18  prairial  an  III,  Tadministration  de  Redon  apprend  qu'un 
chef  de  parti  royaliste  doit  le  jour  même  passer  en  revue  le  can- 
ton de  Saint- Vincent.  Tous  les  individus  de  18  &  35  ans,  armés  ou 
ooQ,  doivent  se  réunir  sur  une  lande  près  du  bourg.  Or,  récem- 
ment, le  10  et  le  17,  dans  ce  canton,  des  assassinats  ont  été  com- 
mis sur  un  certain  nombre  de  volontaires  du  bataillon  de  la  Côte- 
d'Or  et  les  arrivages  ont  été  empAchés.  Séance  tenante  le  Direc- 
toire requiert  le  commandant  de  la  place  d'y  envoyer  un  déta- 
chement et  de  visiter  Saint- Vincent  et  les  lieux  voisins.  Sont 
nommés  à  cet  effet  commissaires  civils,  Gentil,  administrateur, 
etLefeuvre,  membre  du  Tribunal.  L'expédition  ramena  plusieurs 
prisonniers  (1). 

Ainsi  s'ouvrait  la  guerre  d'extermination  qui  devait  se  pro- 
longer au-delà  de  Tadministration  directoriale,  et  par  intermit- 
tence jusque  sous  le  Ck)nsulat.  Les  mouvements  des  chouans 
continuaient  nombreux  :  ils  commettaient  des  assassinats  jou- 
naiiers,  volaient  les  chevaux,  les  bestiaux  et  tout  ce  qui  se 
trouvait  à  leur  portée.  Des  attroupements  nocturnes  se  tenaient 
aux  environs  de  Redon  dirigés  par  le  général  de  Sol  de  Orissol 
et  reprenait  en  messidor  leur  tentative  de  mars  1793,  et  cher- 
chaient surtout  à  s'emparer  de  Bedon,  ville  ouverte,  presque 
dépourvue  de  garnison.Le  général  Hoche  vint  protéger  le  district. 
Peu  à  peu  les  chouans  reculèrent  devant  les  armées,  aban- 
donnant pour  longtemps  le  district  de  Redon.  Le  20  frimaire 
an  IV,  sur  la  demande  des  administrateurs  de  la  Roche-Bernard 
le  Directoire  de  Redon  envoya  un  détachement  au  confluent 
de  la  Vilaine  et  de  TUust  pour  leur  couper  le  chemin. 

An  début  de  l'an  IV^  un  grand  nombre  d'églises  ayant  été 
rouvertes  au  culte,  les  grandes  raisons  d'agitations  disparais- 
saient. La  révolte  s'éloignait  et  les  prêtres  qui  juraient  de  mainte- 
nir la  Constitution  de  Tan  III  n'étaient  pTus  inquiétés.  L'adminis- 
tration révolutionnaire  se  désagrégeait  sous  les  coups  que  lui 
portaient  les  décrets  de  la  Convention  et  surtout  la  constitution  de 
fructidor.  Le  Directoire  n'existe  plus.  I^a  Constitution  de  Tan  II  a 
établi  le  canton  comme  unité  administrative  et  désormais  l'admi- 

(1)  Ch.  Dabreail,  page  152  et  153. 

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iiti  REVUE  DE  BRETAGNE 

nislralioD  générale  de  l'arrondissement  que  nous  venons  d'éiudier 
se  confond  avec  celle  des  neuf  cantons  de  Tex-district  de  Ro- 
chefort. 

En  1796  des  colones  volantes,  pillant  le  pays,  tuèrent  8  prêtres, 
dont  elles  découvrirent  ia  retraite.  Un  jeune  diacre  de  Ménéac, 
Jean  Gaudaire,  fut  tué  dans  le  champ  des  Roches-Blanches. 
Dom  Voisin  fut  fusil  lé  à  Trouhesnel  et  deuxautres  prêtres  à  Saint- 
Qorgon  et  à  la  Cadaia  en  Allaire. 

L'an  VI,  \e2Z  brumaire  [dans  la  nuit  du  21  au  22]  Joseph  Lanoô, 
aubergiste  au  bourg  d'Allaîre,  indiqué  comme  juge  de  paix  du 
canton  de  Rieux,  fut  assassiné  par  les  chouans  sous  les  chà- 
taigners  du  Vaudepierre.  Ji  fut  capturé  dans  son  lit.  Le  môme 
jour,  la  môme  troupe  de  chouans  assassina  Lallemand  à  la  Po- 
terie (1). 

Pour  rendre  odieux  les  vrais  Chouans,  le  Directoire  faisait  par- 
courir les  campagnes  par  des  contre-chouans,  ou  faux  Chouans. 
«  Cette  nuit,  parlent  des  républicains  déguisés  en  brigands,  con- 
duits par  un  guide  que  ces  scélérats  voulaient  «débaucher  »,  dit 
le  Directoire  au  mois  de  prairial  an  IL  Le  chef  de  ces  derniers  à  AU 
laire  était  bien  connu-  On  se  souvient  encore  avec  horreur  de  ce 
monstrueux  personnage  qui,  &  34  ans,  souhaitait  de  revivre  les 
sombres  jours  delà  Terreur.  Les  méfaits  mis  à  son  actif  sont 
presque  incroyables.  C'est  ainsi  qu*on  Taccuse  d'avoir  incendié 
les  Petites-Forêts  en  Allyire  et  d*y  avoir  fait  rôtir  un  petit  bébé 
embroché  au  bout  de  sa  baïonnette.  Le  souvenir  de  ces  atrocités 
est  encore  bien  vivant,  mais  chose  curieuse,  ce  sont  les  vrais 
chouans  qui  an  portent  la  peine. 

La  tradition  rapporte  que  le  château  de  la  Saudraye  en  Allaire 
fat  incendié  par  LeBatteux.  Voici  ce  qu'était  ce  personnage  bien 
digne  de  passera  la  postérité.  Avant  la  Révolution, il  était  cui. 
sinier  chez  les  Bénédictins  de  Hedon.  Dom  Jausions  Taccuse  for* 
mellement  d'avoir  allumé  rincendie  qui  consuma  une  partie  de 
l'AbbayCj  le  i4février  1790.  Dénué  de  tout  préjugé  et  de  tout 
scrupule,  et  de  toute  honnôtetéf  avide  de  parvenir,  il  se  fit  révo- 
lutionnaire par  haine  de  ses  anciens  mattres  et  par  ambition.  A 
la  (Inde  1790,  il  était  directeur  des  Postes  à  Redon.  Les  élections 
de  1702  montnnl  qu'il  était  devenu  Tâmede  la  Révolution:  il  est 
ilu  scrutateur  et  administrateur.  Carrier,  lors  de  son  passage  à 

H)Aetit  de  Ta  mairie  daRîetix* 


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LE  DISTRICT  DE  ROCnEFORT  .      Hl 

HedoOj  le  connut.  Il  comprit  qu'il  trouyerait  un  aide,  un  auxi- 
liaire tout  dévoué  dans  cet  ardent  ambitieux.  C'est  lui  qui  inau- 
gure la  Terreur  à  Redon  et  parcourt  en  les  ravageant  les  com- 
munes du  district  de  Rochefort.  Quelques  mois  après^  Carrier, en 
rail  5ÛD  agent  à  Tarmée  des  Côtes  de  Brest.  Il  accomplit  Cette  be- 
sogûe  avec  rigueur,  arrêtant,  fusillant  comme  coupables  des 
hommes  à  peine  suspects,  soulevant  après  lui  une  ten^péte  de 
malédictions  et  de  haines. 
Il  revient  h  Redon  au  mois  de  nivôse  an  II,  et  le  voilà  en  butte 

I  rhostilité  des  habitants,  et  le  19;  CarHef  rend  pefsonnelletuent 
respoosabEes  tous  les  citoyens  de  la  ville  si  l'on  touche  à  lui.  Oe 
décret  épouvante  les  Redonnais,  et  Batteux  loge  tfatiquillement 
avec  sa  fdcnille  au  couvent  des  Calvériennes. 

Le  2S  vendémiaire,  an  il,  sur  l'ordre  de  Boursaalt,  il  est  arrê- 
té, transféré  à  Rennes,  puis  à  Paris  où  il  fut  Jugé  avec  Carrier. 

II  mourut  à  Redon  en  t805  ou  1800,  confessé  et  ejctrémisé  par 
M.  Loaiseïi  revenu  d'exiL 

Une  autre  flgure,  mats  plus  intéressante,  est  celle  de  François 
LeClainche^  Avant  la  Rt^volution  il  était  un  brillant  avocat  du 
barreau  Hoche Tortais,  notaire  et  procureur  fiscal  des  seigneuries 
de  Talhou6t  et  de  Clergerel  en  Pluherlin.  Très  intelligent^  mais 
avide  de  parvenir,  il  se  fait  révolutionnaire  par  ambition.  Il  est 
Élii  procureur *syncliCi  puis  devient  agent  national  près  le  Direc^ 
tolre  de  Rocheforr.  C'est  lui  qui  installa  la  terreur  à  Rochefort  et 
devint  1  âme  de  la  Révolution  dans  tout  le  District.  Il  eut  surto(it 
la  spécialité  de  se  rendre  acquéreur  à  bon  compte  de  nombreux 
biens  nobles  et  ecclésiastiques  vendus  par  la  nation  (1).  Il  réalisa 
de  ce  chef  une  fortune  considérable,  plus  de  50.000  fr.  de  revenu. 
Il  fut  traduit  devant  le  tribunal  criminel  et  révolulionnaifo  de 
Vannfts  pour  ce  motif. 

Après  la  Révolution,  11  redevint  notaire  public  à  Hochefôft  et 
s'employa  à  régulariser  la  transmission  de  sft  fortune  parles 
managea  subséquents  deâ  nombreux  membres  de  sa  famille. 

0)Àrûh,  départ,  bi«ni  d«  i**  éi  2*  origine. 


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îîî         •  REVUE  DE  BRETAG^E 

Chapitre  VI 
LE  CLERGÉ  DU  DISTRICT  DE  ROCHEPORT 

LesprôtreBcatliOliquesélaientextrémementsympathiquGsdans 
les  paroisses  du  district  de  Rochefort.  Pauvres,  parce  que  ré- 
duits à  la  portion  coqgrue,  —  charitables,  une  foule  de  misé- 
reux assiégeaient  chaque  matin  les  portes  du  presbytère  qui 
était  comme  le  bureau  de  Qharité  de  la  localité,  —  bienfaisants^ 
lis  avaient  su  se  faire  aimer  et  aimer  la  religion  catholique.  Ils 
rendaient  aussi  de  très  grands  services  au  milieu  d'une  popula- 
tion îllettrée,  en  remplissant  le  rôle  d'intermédiaire  entre  elle  et 
les  pouvoiri  constitués.  Cette  sympathie  pour  le  prêtre  sera  d*ail* 
leurs  [a  cause  de  tous  les  événements  que  nous  venons  de  relater. 
La  Chouannerie  fut  au  pays  de  Rochefort  un  mouvement  surtout 
clérical,  un^  r<^présaille  des  lois  condamnant  à  la  déportation, 
puis  à  la  mort  les  prêtres  qui  ne  voulaient  pas  prêter  serment  à 
ta  constitution  civile  du  clergé,  et  toutes  les  causes  que  d'autres 
historiens  essaieront  de  lui  donner  ne  sont  que  des  prétextes. 

Au  débuts  le  bas  clergé  et  les  paysans  se  montrèrent  favorables 
en  somme  à  la  Révolution.  Les  députés  du  clergé  (1),  M.  Loaisel, 
curé  de  Redon,  le  recteur  de  Questembert  voteront  même  la 
constitution  civile  du  clergé  sous  l'influence  de  Lanjuinais.  Ils  se 
rétractèrent  ensuite.  Ce  ne  sera  qu'après  la  confiscation  des  pro- 
priétés ecclésiastiques,  après  le  décret  relatif  à  la  constitution 
civile  que  les  prêtres,  unissant  leur  cause  à  celle  des  nobles,  en- 
traîneront le  peuple  à  leur  suite.  Les  décrets  de  la  Législative 
condamnant  à  mort  les  prêtres  réfractaires,  l'arrivée  des  prêtres 
assermentés,  des  curés  «  réformés  »  Degoussée  à  Redon,  Du- 
gué  à  Saint-Jacut  (2),  Chédalleux  à  Peillac,  accentueront  encore 
les  mécontentements. 

«  Ils  purent  rester  en  grand  nombre  dans  les  paroisses  j  us- 
qu*au  mois  de  juillet  1792.  Ils  étaient  obligés  d'user  de  beaucoup 
de  pf udt*nc*3  et  de  réserve.  Us  demeuraient  cachés  au  sein  des  fa- 
milles amies  ou  cléricales  et  célébraient  peud*offices  solennels. 

(1)  cr,  hlLida  miéressaiite  da  Bénédictin  Dom  Blayo,  parue  dans  \a.  Revue  Mor- 
t0%&nnai$€^  en  août  1907. 

(î)  Aroh.  d«  la  Tabrique  de  Saint-Jacut. 


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LE  DISTRICT  DK  ROCHKFORT  il3 

Parfois  on  les  poursuivait,  mais  l'émigration  n'était  pas  encore 
une  nécessité  absolue.  Le  décret  du  20  mai  qui  condamnait  à  la 
déportation  tous  les  prôtres  insermentés  les  détermina  à  quitter 
leurs  paroisses.  Traqués  comme  des  botes  fauves,  ils  s'enfuirent 
généralement  en  exil  quand  ils  ne  furent  pas  arrêtés  par  les  pa- 
triotes (1). 

«  Dans  le  district  de  Rocbefort,  plusieurs  résolurent  de  rester 
au  milieu  de  leurs  ouailles  et  cela  au  périt  sans  cesse  renouvelé 
de  perdre  la  vie.  Le  secret  fut  gardé  de  telle  sorte  que  fort  peu  de 
ces  prêtres  purent  être  capturés. 

«  Les  paroisses  du  District  comptaient  environ  80  ecclésias- 
tiques. Ils  demeurèrent  fidèlesàla  très  malheureuse  exception  des 
noms  suivants  Nous  avons  déjà  vu  un  nommé  Dugué,  prêtre 
apostat  de  Saint-Jacut.  Il  fut  membre  du  Directoire  et  prit  part  à 
de  nombreuses  mesures  violentes. 

«  Il  acheta  les  biens  de  la  fabrique  et  du  presbytère  de  Saint- 
Jacutet  plusieurs  chapelleniesdes  paroisses  d'Allaireetde  Saint- 
Jacut.  Sur  la  fin  de  sa  vie  il  restitua  à  la  fabrique  de  Saint-Jacut 
les  biens  dont  il  s*était  rendu  acquéreur.  Il  mourut  plusieurs  an- 
nées après  la  Révolution  dans  une  maison  (}e  village  en  Saint-Ja- 
cut, où  il  était  allé  caché  sa  honte,  vivant  en  solitaire  et  portant 
au  front  le  caractère  indélébile  de  l'opprobre  dont  il  s'était  cou- 
vert et  dont  il  était  stigmatisé.  Personne  ne  voulait  le  voir. 

«  Nous  avons  aussi  remarqué  Ghédalleux  qui  avait  été  vicaire  à 
Peillac.  Il  apo:!tasia,  devint  prêtre  assermenté  à  Peillac  et  membre 
du  comité  de  surveillance  de  cette  commune.  Le  25  juin  1794,  il 
est  accusé.  Un  membre  du  Directoire  de  Rochefort  prit  la  parole 
et  dit:  «  la  conduite  du  citoyen  Ghédalleux,  ex-prêtre,  offre  un 
constraste  qui  fait  remarquer  en  lui  un  ennemi  de  la  chose  pU' 
blique.  Sous  les  voiles  du  plus  ardent  patriotisme,  il  cache  des 
desseins  pervers  et  contre-révolutionnaires. 'Pourquoi  a^vait-il 
refusé  de  livrer  et  de  remettre  ses  lettres  de  prêtrise  à  la  muni- 
cipalité de  Malestroit  devant  laquelle  il  abdiqua  ses  fonctions  ? 
Pourquoi  s'opiniâtre-t-il  à  les  retenir  encore  ?  Sans  doute  pour  se 
conserver  un  moyen  de  figurer  sous  un  nouveau  régime  du  fana- 
tisme qu'il  espère  voir  rétablir.  Pourquoi  affiche-t-il  tant  de  zèle 
pour  prendre  les  autres  ecclésiastiques  non  assermentés?  Pour 
déguiser  ses  véritables  projets,  pour  faire  présumer  qu'il  veut 

\i)  Notes  textuelles  de  M.  Piéderrière. 


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lU  REVUE   l»E  BnKTAGNE 

âbittre  ridole  qu*il  encense  encore,  pour  trouver  le  moyen  da 
régner  un  jour  Bans  rivaux.  Si  l*on  en  croit  les  officiers  munici- 
paux de  Peillac,  il  savoure  déjà  le  goût  de  la  tyrannie,  il  com- 
mande supérieurement  au  comité  de  surveillance  et  à  la  muni- 
cipalité ^t  il  lui  Tant  de  leur  part  une  obéissance  sans  examen 
eL  sans  murmure.  Autrement  il  menace  de  la  force  armée  qu*il 
prétend  avoir  à  sa  disposition. 

<t  Les  déclarations  que  nous  recevons  demandent  d'ôtré  appro- 
fondies, continua  Le  Ctainche,  elles  contiennent  Jes  accusations 
posiUves  de  pillage.  Ghédalleuz  doit  s'en  laver^  et  les  membres 
du  comité  dont  il  fait  partie  doivent  s'ea  laver  eux-mêmes.  Si, 
Ghédalleux  n'est  pas  coupable,  tout  le  comité  est  criminel  ;  si^ 
au  contraire,  il  est  coupable^  les  membres  du  comité  sont  de 
lâches  Ûattburs  qui  idolâtrent  leurs  tyrans  et  secondent  ses 
efforts. 

«  On  ma  raconte  que  Ghédalleux  travaille  à  trouver  les  patriotes 
en  faute  et  leur  suppose  des  crimes  singuliers.  Ses  discours 
tendent  à  arrachera  la  république  des  hommes  qu'il  désespère 
d'enlratner  autrement,  à  diriger  contre  eux  les  rigueurs  de  la  loi 
qu*ils  savent  défendre  avec  fierté.  C'est  un  moyen  de  contre-ré- 
volution déjà  plusieurs  fois;  employé  sous  le  masque  du  patrio- 
tisme. » 

i*  Le  Directoire  arrêta  qu'un  commissaire  sera  envoyé  te  lende- 
main à  PeiUaCi  assisté  d*un  détachement  de  cavalerie.  Il  s'assu- 
rera de  la  personne  de  Ghédalleux  et  le  conduira  à  la  maison 
d'arrêt  de  Eochefort  ;  il  fera  en  sa  présence  toutes  les  recherches 
possibles  pour  s'emparer  de  ses  lettres  de  prêtrise  et  apposera 
las  scellés  sur  ses  meubles.  Les  membres  du  comité  de  surveil** 
lance  seront  également  amenés,  et,  après  les  avoir  entendus,  on 
verra  ce  qu'il  y  aura  à  faire  contre  eux. 

d  II  paraît  que  le* malheureux  apostat  fut  relâché  car,  quelque 
temps  après  Jes  portes  de  sa  maison  furent  enfoncées,des  hommes 
y  entrèrent...  Qumd  ils  furent  partis,  on  ne  trouva  plus  qu'un 
cadavre  horriblement  mutilé  et  en  lambeaux  près  de  la  cheminée. 
Chaque  piirtL  fui  accusé  de  cette  mort  sur  laquelle  on  n'a  jamais 
pu  faire  fa  lumière. 

u  Le  17  avril  de  la  même  année,  Vincent  Moreau,  curé  de  Saint- 
Marcel,  se  préseûta  au  Directoire  et  dit  :  «  Citoyens,  dans  un 
moment  où  te  ministère  du  culte  catholique  est  devenu  un  sujet 
d'inquiétude  pour  la  république,  le  prêtre  qui  aime  sincèrement 


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LE  DISTRICT  DE  ROGBBFORT  115 

sa  Patrie  doit  s'empresser  de  dissiper  les  soupçons  qu'inspire 
l'exercice  de  ses  fonctions  sacerdotales*  Botièrement  dévoué  à 
la  cause  de  la  liberté  et  de  Tégalité,  je  veux  convaincre  nos  frères 
de  la  pureté  de  mes  sentiments.  Je  viens  au  milieu  d'eux  décla- 
rer que  je  renonce  à  Tétat  et  aux  fonctions  du  prêtre.  Je  dépose 
mM  lettres  de  prêtrise  sur  le  bureau,  et  je  demande  acte  de 
tout.  » 

«  Immédiatement  on  fit  droit  à  sa  demande  et  on  lui  remit  acte 
de  son  apostasie  et  de  la  remise  de  ses  lettres  de  prêtrise  et  on 
loi  déclara  qu'il  recevrait  un  secours  par  application  du  décret 
du  2  frimaire. 

«  Un  autre  prêtre  assermenté,  René  Rubaud, curé  constitution- 
nel de  la  Gacilly»  se  présenta  également  le  même  jour  et  s'expri- 
ma ainsi  :  «  Gomme  les  fonctions  de  mon  ministère  paraissent 
contraires  à  Tesprit  public,  ne  voulant  en  rien  contrevenir  aux 
lois  de  la  république,  je  viens  déclarer  en  véritable  républicain, 
qae  j'y  renonce.  Je  me  ferai  toujours  et  en  toutes  choses  un 
devoir  de  donner  des  preuves  de  mon  civisme.  Je  dépose  mes 
lettres  de  prêtrise  sur  le  bureau  et  signe  ma  présente  décla- 
ration. » 

«  Ainsi  sur  80  prêtres  du  District  de  Rochefort  4  prêtèrent  le 
serment  à  la  constitution  civile  du  clergé  et  cet  acte  les  amena 
en  peu  d'années  à  l'apostasie  la  plus  complète. 

«  Lé  25  mai  1794,  le  Directoire  est  informé  que  les  meubles  du 
prêtre  déporté.  Le  Breton^  en  Pleucadeuc,  existent  encore  dans 
la  maison  et  sous  la  garde  de  sa  nièce.  Le  dénonciateur  requiert 
une  vente  immédiate  qui  lui  est  accordée.  Ce  prêtre  était  resté  en 
réalité  caché  dans  sa  famille  :  «  le  commissaire,  procédant  à  sa 
mission  au  village  de  la  Grenouillère  en  Pleucadeuc,  rencontra 
habillé  en  paysan  un  homme  qui  venait  au-devant  de  lui.  Cet 
homme  lui  déclara  être  prêtre  et  se  nommer  Le  Breton,  ancien 
vicaire  de  la  paroisse.  Il  lui  demanda  un  cheval  et  le  pria  de  le 
conduire  aux  prisons  du  département.  Depuis  longtemps,  lui  dit- 
il,  il  désirait  s'y  rendre,  mais  les  infirmités  l'avaient  empêché.  » 
Ces  infirmités  furent  reconnues  graves,  susceptibles  d'empêcher 
son  séjour  d'être  dangereux  dans  son  village.  En  conséquence 
on  l'envoya  à  l'administration  départementale  qui  prendrait  les 
mesures  qu'elle  croirait  convenable. 

€  Le  23  juin  suivant  le  prêtre  réfractaire,  René  Collet  de 
Saint-Perreux,  âgé  de  64  ans,  demande  aussi  son  incarcération 


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ilK  ftRVUE  DE  BRETAGNE 

à  Vannes.  On  constata  qu'il  n'avait  été  porté  aacaae  plainte 
contre  lui,  et  on  tui  remit  un  passe-port  pour  se  rendre  seul  en 
prison.  Si,  cependant,  il  ne  s'était  pas  présenté  pour  le  7  juillet 
devant  le  comité  de  surveillance  de  Vannes,  on  procédera  contre 
lui  selûû  toute  la  rigueur  de  la  loi. 

«  Pendant  Tannée  1793,  les  prêtres  assermentés  reçurent  cha- 
cun 1500  livres. 

*  L'année  suivante Tal location  qui  leur  fut  distribuée  fut  minis- 
sinie.  Du  reste,  ils  avaient  apostasie.  Les  prêtres  insermentés  , 
restés  ftdèles  ^  leur  devoir,  sexagénaires,  furent  enfermés  aux 
prisons  de  Vannes.  En  octobre  1792  il  y  en  avait  43,  et  en  1793 
il  y  en  eût  51. 

«  Le  1*"^  juillet  1793,  les  évêques  constitutionnels  furent  char- 
gés de  faire  le  service  des  campagnes  qui  n'avaient  pas  de  prêtres 
assermentés,  L'évêque  de  Vannes  Le  Masle  en  trouva  deux 
qui  lui  obéirent  ;  l'un  fut  refusé  par  la  paroisse  où  il  fut  envoyé, 
l'autre  s'excusa  sur  ses  infirmités  ». 

M.  Olivier  Le  Pellîc,  prêtre  à  Bubry^  se  tenait  caché  dans  le 
pays.  Il  fut  priSj  condamné  à  mort  à  Lorient  et  exécuté  le  11  dé- 
cembre 1703,  âgé  de  39  ans. 

M.  Julien  Minier,  né  à  Limerzel  où  il  était  vicaire,  comparut 
devant  le  même  tribunal  le  10  janvier  1794,  condamné  et  guil- 
lotiné sur-le-champ. 

M.  Rtsné  S^irve^  prêtre  à  Molac,  sa  paroisse  natale,  fut  con- 
damné à  la  réclusion  le  11  février  1794  et  non  à  mort,  étant  âgé 
deôôans. 

Nous  avons  tenu  k  donner  ces  nobles  exemples  à  une  époque 
où  la  religion  est  de  nouveau  persécutée  par  un  gouvernement 
sectaire. 

La  terreur  se  ralentit  au  commencement  de  1795,  et  les  prêtres 
cachés  commencèrent  à  célébrer  publiquement  la  messe,  mais 
les  condamnations  et  les  exécutions  reprirent  à  la  fin  de  l'année. 

M.  Yves  Le  Manour,  prêtre  de  Languidic,  fut  exécuté  à  Vannes 
sur  la  place  du  Marché  le  31  décembre  1795. 

En  1796  des  colonnes  voiantes,  pillant  le  pays,  tuèrent  8  prêtres 
dont  elles  découvrirent  les  cachettes.  En  1797  et  1798  plusieurs 
envois  de  prêtres  eurent  lieu  vers  la  Guyenne  où  le  plus  grand 
nombre  périrent  de  faim  et  ûh  maladie.  En  janvier  1799,  M.  Mi- 
chel, prêtre  de  Malansac,  meurt  en  Espagne  ;  on  déporte  à  l'île 
de  Ré  les  prêtres  qu'on  arrête. 


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LK  lïlsriUCT  DE  ROCHKFORT  117 

«  En  1800.  un  synode  est  tenu  à  Lorient  par  TévêqueLe  Masie 
où  un  certain  nombre  de  prôtres  assermentés  s*y  rendirent. 
Voici  leurs  nomii  :  ^  Charles  Le  MasIe,  évoque  constitutionnel, 
Louis  Le  Sans,  vicaire  épiscopal,  Pierre  Kerviche,  vicaire 
épiscDpal,  Pierre  Brossière  curé  de  Lorient,  Jacques  Gautier, 
Gabriel  HalLey,  Jean  Piron,  Jean  Evain,  Louis  Le  Lièvre,  Au- 
gustin Besanceoet,  loua  vicaires  de  Lorient,  Mathurin  Denis, 
euré  de  NeulliaCi  Jean  Guillouzic,  curé  de  Naizin,  François  Tati- 
bouët,  curé  de  Plouay,  Jean  Boulère,  vicaire  de  Plouay,  Yves  Le 
Gouhier,  curé  de  Plouhinec,  Guillaume  Faucher,  vicaire  dePIou- 
binec,  Etienne  Le  Gueonec,  curé  de  Quévin,  Julien  LeGallic,  curé 
de  LanguidiCt  Pierre  Barbedieone,  vicaire  d'Hennebont,  Henri  Le 
Mérier,  curé  de  Pontivy,  Jean  Frapper,  prêtre  à  Pontivy,  François 
Le  Cam,  vicaire  ûe  Sainte-Brigitte,  Jean  Bio,  curé  de  Gléguer, 
FrançoisHobo,  curé  de  Pluméliau,  FrançoisFréleau,  curé  d'Ingui- 
oel,  Louis  Evan,  curé  de  Plœmeur,  Vincent  Bocherel,  curé  de 
Sâint-Patem  k  Vannes,  Jean  Girardin,  vicaire  de  Saint-Pierre  de 
Vannes,  Toussaint  Berruyer,  curé  de  Ploôrmel,  Jean  Perrotin, 
curé  deSérent,  Jean  Êono,  curé  de  Gampénéac,  Lévéque,  curé  de 
Sainl-Doîayj  René  Rubaud,  vicaire  à  La  Gacilly.  En  tout  35  prôtres 
jureurs  dans  le  diocèse  de  Vannes  dont  7  seulement  de  la  partie 
française. 

u  La  liste  des  prôtres  émigrés  publiée  par  Tadministration 
supérieure  du  Morbihan  pendant  les  années  1793  et  1794  con- 
tient les  noms  de645  prêtres  insermentés.  Encore  cette  liste  est 
incomplète  r>. 

La  loi  du  17  février  18O0  supprima  les  Districts  et  la  religion 
catholique  commença  à  respirer,  et  le  15  juillet  1801  le  Concordat 
était  signé. 

Mi'  de  Paocemont,  du  diocèse  d'Autun,  fut  nommé  évoque  de 
Vannes^  le  9  avril  1802,  et  le  13  septembre  suivant  il  publia  un 
mandement  renfermant  la  liste  des  paroisses  érigées  et  le  tableau 
des  recteurs  nommés. 

[A  iuivre).  P.  Mbrlbt. 


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BIBLIOGRAPHIE 


Annuairb  Officiel  d'Ille-et- Vilaine  76*  année. 

En  vente  à  rimprimerie  Simon,  &  Rennes,  boulevard  Laénneo,  38,  *et 
quai  Lamartine,  17^  et  dans  toutes  les  librairies  et  bureaux  de  tabac, 
r Annuaire  Officiel  d'Iile-ei^Yilaine^  administratif,  industriel  et  com- 
mercial (édition  Fr.  Simon).  Mention  honorable  à  TExposition  univer- 
selle de  I90O. 

Le  plus  complet,  le  mieux  renseigné  :  plus  de  1500  pages  de  rensei- 
gnements r^Latif^  aux  organisations  religieuses,  judiciaires,  militaires, 
scolaires,  administratives  et  civiles  du  département  d'Ille-et-Vil«ine. 
Contient  :  Un  b€au  plan  cf«  Rennes^  avec  les  lignes  de  Tramioays  ;  les 
portraits  de  Sa  Grandeur  Mr  l' Archevêque  de  Rennes,  de  M-  Sagebien 
préfet  dllle-et- Vilaine  ;  des  sénateurs  et  députés  d'ille-et- Vilaine  ;  de 
M.  le  général  Lerort,  commandant  le  10«  corps  d'armée  ;  de  M.  Maulion 
premier  président  de  ia  Cour  d  appel  ;  de  M.  Roullet,  procureur  général, 
Bt  de  M.  pinault,  sénateur  maire  de  Rennes.  Histoires  et  légendes  locales, 

Epbémérides  rennaises  depuis  509  Jusqu'à  nos  jours. 

Adresses  de  Rennes,  Fougères,  Montfort,  Redon,  Saint-Malo,  Vitré 
et  de  tous  les  cantons  du  département. 

Répartition  des  troupes  de  Tarmée  ft^ançaise  et  très  nombreuses 
autres  Indications. 

Prix  .ZTr.\  franco  :  2  îv,  85. 

Pour  tes  autres  départements  :  4  fr.  ;  franco  :  4  fr.  85. 


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Société  Acai>kmi(^)i:i:  de  Nantes. 

La  séance  générale  mensuelle  de  la  Société  Académique  du  20  janvier 
a  revêtu  un  caractère  particulier  de  solennité.  On  installait  en  effet  le 
nouveau  Bureau,  et  un  public  nombreux  remplissait  à  cette  occasion 
la  salle  des  séances* 
Le  Rurf^Akj  pour  Tannée  1908-1909  eti  ainsi  composé  : 

Président MM.  le  B^i"  Qadtan  de  Wismes. 

Vicê-Frèsidmt Baranger. 

Secrèiaire-gênéral .     ...  Louis  Linyer,  flls. 

Secrétaire-a<^oint  ....  D'  Sébileau. 

Trêmrier Riondel. 

Bil^Uothècaire Poirier. 

M*  Doftet,  Président  sortant,  dit  en  termes  délicats  sa  tristesse  de 
quitter  une  présidence  au  oooni  de  laquelle  il  avait  éprouvé  tant  de 
satisractions.  rencontré  tant  dé  sympathies,  et  la  Joie  qu'il  ressent  de 
remettre  les  destioées  de  la  Société  dans  d^aussi  bonnes  mains  que  celles 
de  M.  Gaétan  de  Wismes.  il  adresse  en  terminant  ses  remerciements 


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BltlLlOGlUPHlIÏ  119 

à  tous  les  membres  du  barfian  qui  lui  ont,  chacun  dans  ses  attribu- 
tions, fkcilité  Ba  tA.<ïhe. 

M-  Qaitan  dêWismM,  nouveau  Président,  prononce  un  discours  aussi 
remarquable  par  le  fond  que  par  ta  forme.  II  remercie  tout  d*abord  ses 
collègrues  de  1  honneur  qu'ils  lai  ont  fait  en  li^i  conférant  une  dignité 
dont  il  apprécie  l'tianneur.  mftU  dont  it  ne  se  dissimule  pas  le  poids. 
Appuyé  sur  ses  coElaborateun  du  Bureau,  M.  0.  de  Wismes  consacrera 
toute  son  énergie  au  développement  incessant  de  la  Société  Académique. 

Oes  deux  beaai  discours  sont  salués  par  des  applaudissements  una- 
nimes. 

Il  est  ensuite  procédé  à  l'élection  de  cinq  nouveaux  membres  : 

Deux  membres  titulaires  :  MM.  le  D'  Terrien,  présenté  par  Mil.  le 
D'  Polo  et  a.  de  Wismes,  et  M.  Michel  Langlois.  présenté  par  MM.  Caillé 
it  EUoDdeL 

Trots  membres  correspondants:  MM,  François  Saint-Manr,  M.  Btbier 
et  M'^»  Anne-Marie  Poirier,  présentés  par  MM.  Fortineau  et  Riondel. 

La  séance  se  termine  par  la  lecture  d*un  rapport  très  intéressant  de 
M.  PDirier,  consacré  k  l'étude  d'un  romun  de  M»»  Baudry,  membre 
correspondant  de  la  Société,  intitulé  -  Devant  VOMacle. 


ECOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES  SOCIALES  16,  rue  de 
la  Sorbonne.  —  ÉcoiJi  Sot  ialh,  t907-19(®.  —  La  Renais- 
sance Ckltjque  CoNTEMPORArNTE,  par  M.  Yann  Morvran 
Goulet,  examinateur  à  ilnëtitat  Commercial  de  Paris,  les 
samedis  à  5  h.   1/2  à  partir  du  samedi  18  janvier. 

1.  Le  monde  celtique  au  XX*  siècle,  \><  janvier.  »  2,  La  Renaissance 
celtique,  25  janvier.  —  :].  La  Langue  des  ancêtres,  {•'  lévrier.  —  4.  Lit- 
térature celtique  moJerne,  8  février.  —  5.  Les  arts  néo-celtiques,  15  fé- 
vrier. -^  6.  Le  mouvement  écODomtqae  et  social,  22  février.  —  7.  La  vie 
nouvelle  des  cinq  nations^  :2'J  lévrier  —  8.  Les  Celtes  d'Amérique.  Le 
Panceltisrae.    Intérêt  international  de  ia  renaissance  celtique,  7  mars. 


La  SociéxÉ  Galloise  de  BrnLiOQRAPHiB  (Cymdeithas, 
Lyffryddol  Cymru). 

La  Société  ijalloise  de  BîbUot'raphie  ii'OL^cupe  de  réunir  des  contribu- 
Uona  de  tous  ^nx  qui  sHniéreasent  à  ta  Bibliographie  et  à  la  Littérature 
du  Pays  deGaltes.  Désormais  aes  <^  Transactions  »  (Annales)  contenant 
les  études  de  ses  membres  paraîtront  réj^ulièrement  chaque  année. 

Parïoi  les  eoHatHïrutians  déjà  atiâurâes,  citons  les  suivantes  :  Ballades 
gallolsee  (J.  H.  Davjes,  Goodwin  et  Lewis),  Bibliographie  de  Th.  Charles, 


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im  RBVUE  DB  BRETAGNE 

et  littérature  du  début  du  XVIll*  siècle  (Rév.  Shankland,  de  Bangor), 
Ancieunes  publitïaiions  des  sociétés,  etc.  (Lleufer  Tbomas).  Ouvrages 
anciens  (Ernest  Rhysj,  La  presse  galloise  en  Patagonie  (Qoodwin).  Bro- 
chures sur  réducattoB,  etc.  (Principal  Salmon,  de  Swansea).  Ancien 
ibé&tre  gallois  (T.  Mattbews).  Lettres  d'invitations  et  faire-parts 
(James),  Hymnes  {H^y,  ELvet  Lewis).  Registre  des  imprimeurs  gallois. 
(Tous  les  membres  sont  invités  à  envoyer  des  renseignements  pour 
cette  compilation). 

Four  adhérer  k  la  Société  et  prendre  part  à  ses  travaux,  il  suffit  de 
payer  une  cotisation  annuelle  de  5  schellings  (6  fr.  25).  On  peut  être 
reçu  membre  à  vie  en  payant  une  fois  pour  toutes  une  cotisation  de 
Liv,  St.  3.  3.  0  (73  fr,  75j. 

Le  bureau  de  la  Société  est  ainsi  composé  :  Président,  A.  Sir  John 
Williams;  Trésorier,  H.  John  Ballinger  (Cardifif)  ;  Secrétaire,  M.  D.  Rhys 
Phillips  (Swansea);  ifemôrej  :  MM.  Davies,  Lleufer,  Tbomas,  Vincent 
Kvans,  T.  Sbankïand,  J.  Fisber.  Ifano  Jones.  H.  James,  Roberts,  Jenkins. 

Adresser  les  adhésions  et  toutes  communications  à  :  M.  D.  RHYS 
PHILLIPS,  Welsh  librarian,  SWANSEA.  (Wales).  Iles  Britanniques. 


Assises  d'hïvkr  de  l'Onion  RÉoioNAUSTis  Brbtonnb 

VILLE  DE  JUGON 

28-29  Mars  1908 

PROGRAMME 

Samedi  28  mars,  k  10  h.  1/2,  entrée  et  réception  des  Congressistes  à 
Jugon.  —  Vin  d'honneur  oflert  par  la  Municipalité. 

A  2  b.  1/2,  séance  solennelle  d'ouverture.  Allocution  du  Président.  — 
Conférence  surThist  ire  de  la  viilo  de  Jugon  et  la  Décentralisation  bre- 
tonne, par  M,  Léon  Le  Berre,  barde  Abalor.  secrétaire  de  TU.  R.  B. — 
Chants  populaires  bretons. 

A  8  b.  l/à  du  soir,  séance  de  travail  de  TU.  R.  B. 

Dimanche  29  mars,  à  9  h-  1/2,  séance  de  travail  de  TU.  R.  B.  —  A 
S  heures,  grande  représentation  bretonne  :  Pour  la  Bretagney  de  Louis 
Tierceiin  ;  Mélodies  bretonnes,  Concert  breton. 

A  7  heures,  ^rand  banquet. 

Lundi  30  mars.  —  Des  eicarsions  facultatives  pourront  être  organisées 
aui  célèbres  mines  du  château  de  la  Hunaudaye  etdeTabuayedeBoquien- 

N.^B.  —  Un  programme  sera  rédigé  ultérieurement  pour  les  détails 

des  deux  séances. 

le  Directeur  :    Dr  L'EsTOURBKirj.ON. 

Les  Secrétaires  :  Léon  Le  Bkrke. 
liOEÏz  Herrieu. 

Le  Gérant  :  F.  Chevalier. 

Yannei.    ^  Impri tuerie  LAKOLYE  FrèKEs,  2  place  «les  Lices. 


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REVUES  BRETONNES 


L'HERMii>iE:i8*  ann.  Mensuel.  1  an  i2'fr.  Union  postale  15  fr. 
Le  numéro  i  fr.  25.  Les  abonnements  partent  du  20  octobre. 
Directeur  :  Louis  Tiercelin,  àPararaé  (Ille-et-Vilaine). 

Les  ânhales  de  Bretagne:  22*  ann!  Trimestriel.  I  an  10  fr. 
Union  postale  12  fr.  50.  Publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de 
Bennes.  Rédacteur:  G.  Dottin»  37,  rue  de  Fougères,  Rennes. 

Le  Clocher  Breton  :  14*  anik  Mensuel.  1  an  5  fr.  50.  Directeurs  : 
René  Saib  et  Madeleine  Desroseaux.  Bureaux.  29»  rue  Belle-Fon- 
taine^ Lorient. 

BuLLirm  DE  LA  COMMISSION  DIOCÉSAINE  d' ARCHITECTURE  ET  D' ARCHÉO- 
LOGIE DU  DIOCÈSE  DE  QuiMPER  ET  DE  LÉON  :  6«  auu.  Tous  les  deux 
mois,  i  an  5  fr.  Ouimper. 

La  Rbyue  Morbihannaise  :  il*  ann.  1  an  5  fr.  Directeurs  : 
J.  BuLÉON,  V^  de  la  Grancière,  E.  Sageret.  Chez  Lafolye,  Vannes. 

La  Paroisse  Bretonne  de  Paris  :  9«  ann.  Mensuel,  i  an,  2fr.  25. 
Directeur  :  M.  l'abbé  Cadic,  13,  rue  Littré,  Paris  (Vl«  ar»). 

La  Jeune  Bretagne:  5*  ann.  mensuel.  1  an,  2  fr.  pour  la  Bre- 
tagne, 2  fr.  50  pour  le  reste  de  la  France.  Bulletin  d'études  et  d'ac- 
tion sociales.  Rennes,  30,  rue  Hoche. 

Feiz  ha  Breiz  :  8*  année.  Tous  les  mois,  i  an  3  fr.  Les  abonne- 
ments partent  du  !•' janvier.  S'adressera  M.  Cardinal,  recteur  de 
Saint- Voujçay,  par  Plouzévédé  (Finistère), et  pour  les  abonnements 
à  M.  Caron,  vicaire  aux  Carmes,  Brest  (Finistère). 

Bretoned  Paris.  Bulletin  de  la  Société  «  La  Bretagne  »,  4*  année. 
1  an,  2  fr.  50.  Direction  :  40,  rue  du  Cherche-Midi,  Paris 

Retue  du  Pays  d*Aleth  :  4«  année,  mensuel,  1  an,  3  tr.  Direc 
teur  ;  Jules  Haize,  rue  Jacques  Cartier,  Saint-Servan. 

Le  Pats  d'Arvor  :  2*  année,  1  an,  5  fr.  Directeur  :  Jacques  Pohier, 
à  Ancenis  (Loire-Inférieure).  Administration  et  Bureaux, 25,  Haute 
Grande  Rue,  Nantes. 


Revue  du  ÏRADmoNNiskE.  —  Hev,  iniem,  Au  folk-lore  —  mens 
1  an,  10  fr.  N",  1  fr.  --  Directeur  :  M.  de  Beaurepaire-Froment 
Paris,  60,  quai  des  Orfèvres. 

Revue  du  BAS-Porrou,  20*  année,  trimestrielle  ;  1  an  :  8  fr. 
N<»  2  fr.  50.  ^  Z>'  M.  René  Vallette,  à  Fontenay-le-Comte. 

L'Anjou  historique.  —  7*  ann.  tous  les  2  mois.  1  an  t  6  fr.  /)' 
M.  Tabbé  Ûzureau,  aumônier,  à  Angera,  Ed il' :  M.  Siraudeau 
4,  Chaussée  Saint-Pierre,  Angers. 

Revue  des  Traditions  populaires,  22«  ann.  mens  1  an,  15  h. 
N»  1  fr.  50.  Direct.  M.  Paul  Sébillot,  HO,  boulev.  St-Marcel,  Paris. 

La  Revue  Bleue,  15,  rue  des  Saints-Pères,  Paris. 

La  Vendée  historique.  —  (Revue  de  la  Vendée  militaire).  Tous 
les  quinze  jours  ;  \\*  année.  — Edit.  sur  papier  fort,  6  fr.  50;  édit. 
ord.  5  fr.  —  D»-  Henri  Bourgeois,  à  Luçon  (Vendée). 

Rkvue  de  l'Anjou,  57«  année,  12  fr.  par  an.  —  Librairie  Germain 
et  Grassin,  Angers. 

La  Revue  Héraldique,  fondce  en  1862.  Mensuel,  Directeur 
V»«  de  Maiières-Mauléon.  Bureaux  :  8  rue  Daumier,  ParitJ 


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\.  V 


CHEMINS  DE  FER  Ey'ORLËANS 


J    <, 


>N 


BIUIK  D'AUiU  «t  IITODB.IIDIIIKDEIS  et  dt  FAIIUI 

Pour  les  SUtions  Thermales  et  Hivernales 


098  Pyi^éM  et  «lu  Golfe  de 

s     ,    Daz,  Ffna,  fialieB-de-I 


\) 


le.  ^rcacfarair  Biarrlte 


Tari/"  spécUl  O*  V.   A'**  100  (Orléàng,) 


'  y    JLa  Compagnie  d'Orlédns  délivre  ti»ute  l'année,  à  toutes  leftsares  de  sqài 
C^meau.  pour  les  stations  thermales  et  hivernales  du  Midi  : 

^Oes  Billets  d'Aller,  et  Retour  individuels, -aréc  réduction  d^25«/«en 
i'«  cia^e  et  de  20  •/©  en  ^  et  3*  cl^ssea,  sar  las  prix  calculés  an  tarif  gé- 
^ffnrès  ritinéraire  alFéctîvem«Dt  suivi  ;  , 

sjvtttets  de  f^mitie  de  1",  2*«t  S*  classes,  Oûm^ortant  une  réduction 
à  40//II  suivant  le  nombre  des  parsoanef.  â^ûs  condition  d'effec- 
^  cours  minimum  de  300  kilomètres  W^r  et  retour  compris), 
validité  :  33  jours,  non  compris  les^our^  de  départ  et  d^rrivée, 
aveo^culté  de  prolongation. 

CHEHINS  DE  FER  DB  L'OUEST 


CiRTS^  PlPARTEIERTAlES  W  CIBCDUTIPH  i  DUf-PLiCK 

i    ;  " 

\  La  Compagnie  des  Chemins  de  fer  de  TOuest  délivre  des  carf«s 

1afomioà(i\e8  et  personnelles  valables  pendant  i  mois  oa  1  an  ei 

\  ^    donnant  t^  drc^t  d'obtenir  des  biifets  à  demirfarrf  pour  des  parto^rs 

^     exclusivement  Ouest  entre  toutes  les  /rares  d'un  même  département. 

Les  départements  desservis  par  le  réseau  de /Ouest  sont  répartis 

en  deux  catégories  : 


V 


1»  Catégorie 


CôlWdUrNord, 
\EHre/ 

Jile-et-7ilaine, 
Manche, 


Orne, 

Seine,  Se:  oe-et- 
Oise  et  Oise, 
Selne-Infér**, 


2«  Catégorie 


Eure-et-Loir, 
Finistère, 
Lolre-lnfôH*, 
Maine-et-Loire, 


Mayenne, 
MorbihaO; 
Sar  he. 


.    if  s  cartes  sont  délivrées  pour  les  départements  de  chaque  catégo- 
rie/ moyennant  le  paiement  préalable  des  prix  suivants  ; 


A.^—  Cartes  donnant  droit  (  c  mAi« 
à  des  birteta  A  demi-tarif  de  {  ^"^^^ 
toutes  otoees  pradant  ( 

B.  ^'iûaftes  donnant  droit 
k  deabiliets  à  demi-tarif  de 
2^  ^t  3'  classes  pendant 

'  C.  —  Calmes  donnant  droit  ( 
à  des  billeu  à  demi-tarif  de  { 
3*  cissse  seulement  pendant  ( 


t  aUv 

6  mois 
1  an 

Omois 
ian 


1"  Catégorie 

2*  Catégorie 

.60    » 

m'  >i 

40    • 

^   > 

25    » 
30    » 

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50    » 

â5    » 

3B    >. 
40    « 

50    1% 
25    o 

11  est  perça,  en  outre,  à  chaque  voyage,  la  moitié  du  prix  d'un 
.billet  iimpie  (place  entière;  de  la  classe  dentandée  par  le  voyageur 
pour  le  parcours  qu'il  veut  etTectuer. 

Ces  billets  à  demi-tarif  sont  délivrés  au  titulaire  sur  la  prééeata- 
de  sa  carte  au  guichet  des  gares  et  haltes  du  département  qu^etle 
concerne. 


Vunneii.  —  linj>.  La/oltk   frères,  2, 


place  dei  Lices 

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:y 


4*  Série.  —  7*  Année 
MARS  1908.   Tome   XXXIX 


REVUE 


de  Bretagne 


REVUE  ^  REVUE 

éUSrctagfic  et  dt  Vendée  ^ 


AIE 
Historique  de  tOueû 


RÉUNIBi 
KJBTUE  JŒnSUEUM 


W  de  t'ESTOURBElLLON,  Directeur 
C  R«N«  Di  LAIOUB.  nédackur  m  ehêf 

MM.  J-c  V»'  Charles  de  CALAN,  Secrétaire  rcrionti  pour  l'Ht-ct- Vilaine.  —  René 
Bt,A><CHARD  pour  It  Loirc-Inférieiw*.—  LcQuwoin*  PEYRON.pour  Je  Pinittèrc. 
^  AVENEAU  DB  (A  GRANCIÈRE.  |>oicr  le  Morbilun.  --  Alain  RAISON  ou 
C|,eUZ10U.fM>ur  les  CMet-du-Nofd,  -^  Oliviei  de  COURCUFF,  pour  P«ri«. 


Y 


*? 


VANNES 


LAFOLYE    FRERES 


EptreURs 


*f,  -Plhiee  des  Lîcct 


À  PARIS 

-         HONORE  CHAMPION 

LIBRAIRE-éoiTEUR 
5,  Qutl  Malsquais 

NANTERRE 
M.   LE  DAULT 

LIBRAIIUE     BRETONNE 

76,  Rue  Saint-GcrniRin 


MDCCCVJII 


S'adresser  pour  K  Rédaction*  et  r«:tivoi  des  m.inuscritiâ  M.  ïc  O'  Ht.NL  de  LAIGUE, 
sndiiceaç  ^ç\Bahurel^  par  Redon  ;  pour  I'Admixistratton,  MM.  LAFOLYK,  frères 
f|>ccs  àfit  Uces.  Vtnncf. 

.-'    ;  Digitizedby  VjOOQIC 


SOMMAIRE 


I*  —  Mékinges  hUtçriqu^,  —  V*  Ce.  lïfi  la  Laiibe  ds  Citiiiv.   .     121 

11.  —  Les  Chants  de  Noces  du  Bariaz-Brek,  traduits  en  vers 
français  avec  élude  critique  sur  une  partie  du  teile.  — 
E,  Ernault  .     ,  12» 

m.  —  tiuloire  de  Noire-Dame  de  Rosirenen  et  de  son  pèlerinage 

riS00'i9O7J.—â,BhVB9^\. î3H 

4T.  —  Essai  sur  rAdminiMfration  générale  d'un  District  pendant  la 
Hévolution,  Le  District  de  Hcckefùri  (Morbihan h  i^^  juil- 
let i790-W  mal  Î7UÔ  (fin).  —  P.  Merlkt ltJ« 

V.  —  Hibliogrophie ».     ,     175 


CONDITIONS    D  ABONNEMENT 

France,    un  an. 12  fr. 

Etranger,    —    ,.>-..,,       i5  — 

On  s'abonne  soit  chez  M  le  comte  de  Laigub,  château  de 
Bahurel,  par  Redon,  soit  chei  M.  Lafolyë,  imprimeur  à  Vannes. 

Les  abonnements  partent  du  l*'  janvier  ou  du  1<"^  juillet  de 
ranoêe  en  cours.  —  Il  n'est  pas  vendu  de  fascicules  isolés,  sauf 
pour  les  abonnés. 

Les  travaux  comprenant  au  moins  16  pa^es  de  teite  sont  seuls 
tirés  à  part.  50  exemplaires  sont  offerts  aux  auteurs. 


Nota.  —  /(  sern  rendu  compte  de  tùut  ouvrage  d'auteur  Lu  ton  ou  m- 
téresSAnt  U  Bretêgne^  dont  un  exemplêire  Murs  été  Adressé  mu  Béd Acteur 
en  chef  de  U  Revue, 


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l^ÉLANGES  HISTORIQUES 


Bd  préparant  pour  la  Société  des  Bibliophiles  Bretons  une  édi- 
tion annotée  des  tome  II  et  III  de  V Histoire  inédite  des  Bretons  de 
Pierre  Le  Baud,  dans  lesquels  se  trouve  comprise  la  période  qui 
TE  do  fabuleux  Cooan  Mériadec  aux  prerrières  années  du  XIV* 
8i6cle>  j'ai  été  nécessairement  amené  i  porter  mon  attention  sur 
certains  points  de  Thistoire  de  cette  période  où  la  lumière  ne  me 
paraissait  pas  faite  de  façon  définitive.  Le  lecteur  trouvera  ici  les 
résultats  de  cette  enquête.  Qu'il  veuille  bien  excuser  le  manque  de 
proportion  et  d'enchaînement  qu'il  pourra  remarquer  entre  ces 
articles  juxtaposés,  ces  pages  étant  avant  tout  un  commentaire 
et  non  un  récit  historique  suivi. 

I.  —  Saint  Malo  bt  Saint  Mailmon 

Les  deux  très  remarquables  articles  consacrés  par  M.  Ferdinand 
Lot  aux  anciennes  biographies  de  S.  Malo,  dans  les  Annales  de 
Bretagne  de  jml\ei  et  de  novembre  1007,  ont  complètement  bou- 
leversé toutes  les  notions  généralement  admises  sur  la  vie  de  ce 
saint  personnage.  De  la  discussion  de  M.  Lot  m'a  paru  résulter 
comme  incontestable  cette  conclusion  que  la  plus  ancienne  bio- 
graphie de  S.  Malo  est  celle  qui  a  été  publiée  par  M.  de  la 
Borderie  au  tome  XVI  des  Mémoires  de  la  Société  Archéologique 
d'IUe-et-Vilaine,  que  cette  vie  date  probablement  du  milieu  du 
IX*  siècle  et  que  c'est  d'elle  que  se  sont  inspirées  toutes  les  bio- 
graphies postérieures,  notamment  celle  qui  a  été  écrite  par  Bili  à 
la  6n  du  même  siècle. 

Il  en  résulte  que,  lorsque  Bili  modifie  certaines  données 
de  l'auteur  anonyme,  ces  corrections  sont  son  œuvre  propre  et 
doivent  nous  inspirer  une  certaine  défiance; il  en  résulte  de  plus 
que  ce  qu'il  ajoute  est  également  fort  sujet  à  caution.  11  faut  par 


tUr$  i$Si. 

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122  RBVUR  DE  BRETAGNE 

conséquent  rayer  de  la  biographie  de  S.  Malo  tout  ce  que  Bili 
nous  raconte  de  ses  rapports  avec  le  roi  franc  Philibert  et  avec 
le  roi  breton  Gonomor^  ainsi  que  je  l'avais  conjecturé  dans  mes 
Notes  pour  servir  à  Vhistoire  des  Saints  bretons  (1).  Il  y  a  plus,  et 
M.  Lot  a  également  établi  qu'il  n'y  avait  aucun  rapport  entre 
S.  MaCùtUs  ëH  fraûçàK  Màcodje,  et  S.  Maclovius,  eÀ  breton  Malo 
en  français  Maclou  ;  que  les  reliques  du  premier  étaient  con- 
servées au  IX*  siècle  à  Saintes  et  les  reliques  du  second  à,  Alet  et 
quepar  conséquent  les  récit  8,d'ailleurs  très  difîéreats, par  lesquels 
on  s'était  efforcé  d'expliquer  le  transfert  des  reliques  de  saint 
Malo  dd  Saiûtei  à  Alet  étalent  absolument  dépourvus  de  valeur 
hiétôHque»  Lia  vte  de  S.  Malo^  telle  que  nous  la  possédons,  est 
donc  le  résultat  de  la  mise  bout  à  bout  dô  traits  empruntés  à  la 
biogmphie  dé  deux  personnages  différents.  G*est  ainsi^  où  le 
ëaiti  que  là  vie  de  8.  Patern,  évéque  de  Vannes,  a  été  fabriquée 
à  l'aidé  de  traits  empruntés  à  la  biographie  de  deux  autres 
personnages  du  même  nom»  un  évéque  d*A vranches  et  un  évêque 
dti  pays  de  Galles.  Dans  ces  condition?,  je  crois  qu'il  y  a  Heu 
de  revenir  à  Thypothèse  émise  jadis  par  M.  Gaidcs  (2),  et  de 
retrancher  encore  de  la  vie  de  S.  Malo  tout  ce  qui  concerne 
ses  rapports  avec  S.  Brendan,  Tauteur  ayant  identinë  très  pro- 
bablement à  tort  S.  Macoux,  honoré  à  Saintes,  et  S.  Mochuda, 
disciple  de  rirlandais  S.  Brendan.  Cette  élimination  nous  amène 
d'ailleurs  à  cette  autre  conclusion  que  tout  ce  que  l'on  a  dit  du 
séjour  de  8.  Brendan  dans  le  pays  de  Galles  est  dépourvu  de 
toute  valeur  historique  et  repose  eimplement  sur  la  confusion 
de  8.  Mochuda)  d'une  pert  avec  s.  Macoux,  de  rentre  avec  s.Melo. 
J'ajoute  enfin  que  je  suis  complètement  d'acoord  avec  M.  Lot  : 
1*  pour  croire  que  le  rapport  de  parenté  établi  par  le  biographe 
de  S.  Malo  entre  son  héros  d'une  part,  6.  Magloire  et  S.  Sam- 
son  de  l'autre^  est  absolument  contraire  à  la  vérité  historique 
et  n'a  d'autre  but  que  de  placer  B.  Malo  sur  là  même  ligne 
que  les  deui  grands  évêques  de  la  région  évangélisée  par 
lui,  lesquels  ont  vécu  assez  longtemps  avant  lui  ;  2*  pour 
admettre  que  te  nom  du  père  du  saint  »  Guento^  n'est  autre  que 
la  personnification  du  pays  de  Gwent  dont  S.  Malo  était  pro- 


(\)  Association  hreUmne,  Année  Id04,  page  162. 
(2)  Rétwe  OètHim,  toMe  VI»  page  IS4. 


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MELANGES  HISTORIQUES  123 

bablement  originaire.  M.  Lot  fait  remarquer  que  le  nom  de  la 
mère  du  saint,  Oarwala,  ressemble  au  nom  de  lieu  armoricain 
Derval.  Je  serais  donc  tenté  de  croire  que  nous  sommes  ici  encore 
en  présence  d'une  indication  géographique  transformée  en  indi- 
cation généalogique,  et  qu'il  faut  interpréter  les  expressions  : 
Malo,  fils  de  Gwenio  et  de  Darwala,  comme  sigoiflant,  MalO;  né  à 
Oarwala  au  pays  de  Gwent. 

L'existence  d*un  S.  Malo  ayant  vécu  au  p&ys  d'Alet  étant 
admise  par  M.  Lot,  je  ne  vois  pas  pourquoi  on  effacerait  de  sa 
biographie  ce  qui  ne  peut  se  rapporter  ni  &  S.  Mochnda  ni  à 
S.  Macoux.  Il  reste  évidemment  peu  de  chose,  mais  ce  peu  de 
chose  a  le  mérite  de^  n'ôtre  en  rien  contraire  à  l'histoire^  Malo, 
né  aa  pays  de  Gwent,  a  fort  bien  pu  être  élevé  dans  le  monas- 
tère voisin  de  Nantcarvan,  être  consacré  évéque  dans  Tlle  de 
Bretagne,  passer  ensuite  en  Ârmorique  et  se  trouver  en  rapports 
avec  un  chef  breton  nommé  Haiioch.  M.  Lot  qui  admet  que  cet 
Hailoch  est  le  même  que  le  Haelomus  dont  S.  Méen  eut  &  se 
plaindre,  croit  que  le  biographe  de  S*  Malo  a  emprunté  ce  nom 
à  la  biographie  de  S.  Méen.  C'est  là,  je  Tavoue/un  poiot  de  dé- 
tail sur  lequel  je  ne  puis  être  d'accord  avec  le  savant  historien. 
Le  biographe  de  S.  Méen  faisait  de  Haelomus  un  méchant 
homme  qui  mourut  daos  Timpénitence,  le  biographe  de  S.  Ma- 
lo en  fait  un  méchant  nomme  qui  se  convertit.  Il  me  semble 
qa'il  y  a  là  Técho  de  deux  traditions  différentes  à  l^égard  d'un 
homme  qui  n'avait  pas  montré  de  dispositions  identiques  pour 
les  deux  saints  en  questioo.  Si  l'un  des  deux  récits  avait  été  copié 
sur  l'autre,  le  chef  brrton  aurait  dans  tous  les  deux  la  môme 
physionomie.  Est-ce  là  tout  ce  que  nous  savons  de  S.  Malo?  Qu'il 
me  soit  permis  de  hasarder  ici  une  conjecture  qui  nous  per. 
mettrait  de  compléter  quelque  peu  ces  renseignements  succincts . 
Je  crois  en  effet  que  S.  Maelmon  et  S.  Malo  ne  sont  qu'un  seul 
et  môme  personnage.  Tous  deux  ont  été  évoques  au  pays  d^Âlel; 
tous  deux  ont  été  en  rapports  avec  le  roi  breton  Judicaël,  et 
les  termes  dans  lesquels  Ingomar  cité  par  Le  Baud  parle  de 
l'intimité  de  Judicaôl  et  de  S.  Maclou  ressemblent  fort  aux  termes 
dans  lesquels  un  fragment  de  la  vie  latine  de  S.  Judicaël  publié 
par  M.  de  la  Borderie  d'après  le  manuscrit  latin  9889  de  la 
Bibliothèque  nationale  parle  de  l'intimité  de  Judicaôl  avec  le 
bienheureux  Maelmo. 

Maelmon  ou  Malo  aurait  donc  vécu  dans  la  première  moitié 


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ÏU  REVUE  DE  BRETAGNE 

du  VII*  siècle.  Il  aurait  été  le  contemporain  de  S.  Macoux  de 
Saintes  et  cette  contemporanéité  a  peut-dtre  aidé  à-confondre  les 
deux  saints. 

II.  —  Lb  Monabtèrb  db  s.  Maelmon 

M.  de  la  Borderie,  parlant  (1) des  fondations  pieuses deS.  Maêl* 
mon,  en  nomme  deux  principales:  un  monastère  appelé  Lan  Mail- 
mon  lequel  aurait  élé  situé  à  peu  de  distance  du  Couesnon,  et  un  hô- 
pital où  le  roi  Judicaet  venait  de  temps  en  temps  visiter  le  saint  ;  il 
ajoute  qu*il  a  été  jusqu'ici  im  possible  de  déterminer  l'emplacement 
de  ces  deux  établissements.  Or  il  existe,  dans  le  canton  de  Saint- 
Méen,  une  commune  appelée  autrefois  Saint-Meamon,  et  aujour- 
d'hui Saint-Malon  ;  on  sait  que  Juiicaôl  aimait  beaucoup  cette 
région, puisque  c'est  au  monastère  de  Saint-Méen  qu'il  voulut  finir 
ses  jours.  Il  me  semble  que  remplacement  de  l'hdpital  de 
S.  Maélmon  est  tout  indiqué  à  Saint-Malon. 

Le  monastère  de  Lan  Mailmon  n'est-il  pas  la  même  chose  que 
l'hôpital  de  S.  MaSlmon  7  Le  seul  texte  sur  lequel  M.  de  la  Bor- 
derie  se  soit  appuyé  pour  affirmer  que  ce  monastère  était  situé 
près  du  Couesnon,  est  un  passage  de  la  vie  de  S.  Judoc  publié 
par  dom  Morice,  où  il  est  dit  que  ce  prince  ayant  rencontré  près 
du  monastère  de  Lan  Mailmon  une  caravane  de  pieux  pèlerins,  se 
joignit  à  eux  etfi*anchit  le  Couesnon  en  leur  compagnie.  La  tra- 
versée de  cette  rivière  eut-elle  lieu  aussitôt,  ou  n'est-elle  qu'un 
des  incidents  du  voyage?  Rien  dans  le  texte  ne  permet  de  déclarer 
Tune  de  ces  deux  suppositions  mieux  fondée  que  l'autre,  et  nous 
ignorons  donc  à  quelle  distance  Lan  Mailmon  se  trouvait  du 
Couesnon.  Jodoc,  frère  de  Judicaêi,  ne  devait-il  pas  plutôt  fré- 
quenter les  environs  de  Saint-Méen  que  les  rives  du  Couesnon. 
La  vraisemblance  ici  encore  nous  reporte  donc  vers  Saint-Malon. 


III.  —  S.   GOULVBN 

m 

S.  Ooulven,  en  latin  Oolvinus,  mena  en  Bretagne  une  vie  éré 
mitique  ;  il  mourut  à  Rennes  où,  dit  son  biographe  latin,  il  s'était 
rendu  pour  affaires,  il  y  fut  enterré  et  ses  reliques  y  ont  ^ujours 

(1)  Histoire  de  Bretagne»  tome  I,  page  85. 


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MEL/^NGES  HISTORIQUES  125 

été  honorées.  Sur  ce  point,  toutes  les  traditions  sont  d'accord. 
Elles s'enteudeDi  également  sur  ic  nom  de  la  localité  oîi  était 
son  ermitage^  plebsDesiderii,  dit  la.  tradition  léonaise  représentée 
par  une  biographie  latine  du  XIII*  siècle,  S.  Didier  dit  la  tradi- 
tion rennaise,  recueillie  au  XVI*  siècle  par  d'Argentré,  mais  là 
on  cesse  de  s'accorder;  p/f65  Desiderii  est  dans  l'évéché  de  Léon^ 
disent  les  uns,  c'est  aujourd'hui  la  paroisse  de  Plouider,  S.  Di- 
dier est  dans  l'évôché  de  Rennes,  disent  les  autres,  c'est  une 
paroisse  du  canton  de  Gbateaubourg.  De  quel  côté  est  la  vérité? 
Des  deux  côtés,  a  répondu  M.  de  la  Borderie  qui,  cédant  une 
Msde  plus  à  sa  constante  préoccupation  d'étoffer  le  plus  pos- 
sible la  Yie  de  nos  saints  bretons  a  mis  bout  à  bout  les  deux  tra- 
ditions, sans  paraître  choqué  de  Tinvratsemblance  qu'il  y  avait 
à  nous  montrer  S.  Ooulven  choisissant  successivement  deux 
paroisses  du  môme  nom  aux  deux  extrémités  de  la  Bretagne 
poor  y  mener  le  môme  genre  de  vie.  On  oserait  à  peine  défendre 
un  pareil  système  s'il  était  appuyé  sur  des  textes  anciens  et  sé- 
rieux. Que  dire  du  moment  où  il  no  repose  sur  aucun  texte  et 
oh  il  est  môme  en  contradiction  avec  la  seule  biographie  détaillée 
qui  nous  soit  parvenue  de  S.  Goulven.  Une  pareille  conciliation 
est  impossible.  De  toute  nécessité  il  faut  opter. 

J*avoue  que  je  m'étais  d'abord  laissé  influencer  par  l'estime 
que  M.  de  la  Borderie  accordait  à  la  biographie  latine  du  saint. 
Aussi  dans  mes  Noies  pour  servir  à  r Histoire  des  Saints  de  Bre» 
tagne  (1)  avdis-je  écarté  la  tradition  rennaise  que  je  considérais 
alors  comme  un  simple  démarquage  de  la  tradition  léonaise,  oc- 
casionné par  la  présence  à  Rennes  des  reliques  du  saint.  Obligé 
de  sacrifier  Tune  des  deux  tradition?,  je  pencherais  aujourd'hui 
à  sacrifier  la  tradition  léonaise.  Qu'un  ermite,  voire  même  qu'un 
évoque  du  pays  de  Léon  soit  venu  mourir  à  Rennes  et  que  son 
corps  n'ait  pas  été  rapporté  dans  son  pays,  voilà  en  effet  une 
première  chose  qui  paraît  invraisemblable,  tandis  qu'il  est  tout 
naturel  qu'un  ermite  du  pays  de  Rennes  soit  mort  et  ait  été  en- 
terré dans  la  ville  la  plus  voisine  de  son  ermitage.  En  second 
lieu,  le  culte  de  saint  Goulven  n'est  point  ancien  dans  le  pays  de 
Léon  :  il  n'est  pas  mentionne^  dans  les  litanies  léonaises  du 
Xl«  siècle,  contenues  dans  le  missel  de  8.  Vougai  où  figurent 
cependant  des  saints  beaucoup  moins  connus  que  lui.  Enfin,  sa 

(t)  Assoeiation  bretonne,  année  1904,  p.  1^8. 


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\2^  REVUE  DE  BRETAGNE 

biographie  latine  qui  représente  la  tradition  léonaise  est,  à  la 
bien  examiner,  un  document  fort  sujet  à  cautionr  Elle  paraît  bien 
appartenir  à  ce  groupe  de  productions  littéraires  rédigées  aux 
XII?  et  XIV*  siècles  pour  le  plus  grand  honneur  du  pays  de 
Léon^  destinées  à  revendiquer  pour  cette  région  l'honneur  d^avoir 
été  le  théâtre  de  toi^s  les  événements  importants  de  la  vieille 
histoire  bretonne  et  reposant  sui*  Tidentiâcation  des  deux  mots 
Letavia  et  Leonia,  de  sorte  que  tous  les  événements  qui,  d'après 
les  anciennes  traditions,  se  passaient  en  Letavia  étaient  censés 
dorénavant  se  passer  en  Leonia.  Le  biographe  de  saint  Ooulven 
émet  positivement  cette  assertion  ;  nous  pouvons  donc  en  con- 
clure que  s'il  a  eu  sous  les  yeux  un  texte  où  il  était  dit  que  Goul- 
ven* avait  vécu  en  Letavia,  c'est-à-dire  en  Armorique,  il  en  a 
conclu  qu*il  avait  vécu  en  Léonia,  c'est-à-dire  au  pays  de  Léon. 
Il  ne  lui  a  pas  dès  lors  été  difficile  de  trouver  une  paroisse  dont 
le  nom  ressemblât  au  nom  du  S.  Didier  où  avait  vécu  Goul- 
ven  :  ce  fut  pour  lui  la  paroisse  de  Plouider,  et  une  fois  cette 
identification  établie  et  le  culte  du  saint  implanté  sur  ce  terri- 
toire, la  piété  populaire  se  chargea  de  retrouver  dans  tous  les 
environs  les  traces  du  patron  de  la  paroisse. 

Quelques-unes  de  ces  localisations  ont  en  effet  un  caractère 
apocryphe  qui,  loin  d'authentiquer  les  assertions  du  biographe, 
contribuent  au  contraire  à  jeter  le  doute  sur  leur  valeur.  Gom- 
ment veut-on  par  exemple  que  le  village  actuel  de  Kermaden  ait 
gardé  le  souvenir  de  l'unique  serviteur  de  S.  Goulven,  ce  Madenus 
dont  après  M.  de  la  Borderie  j'ai  eu  tort  de  faire  un  saint  car  le 
biographe  ne  lui  attribue  nulle  part  les  qualificatifs  de  saint  ou 
de  bienheureux  ?  Kermaden  ne  me  paraît  guère  pouvoir  remonter 
au  VI*  siècle  et  le  serviteur  de  S.  Goulven  n'est  représenté  nulle 
part  comme  le  propriétaire  d'un  domaine  distinct.  D'ailleurs, 
M.  J.  Loth,  en  établissant  à  rencontre  de  M.  de  la  Borderie  (1), 
que  Lesneven  n'avait  rien  à  voir  avec  Even,  et  que  le  biographe 
de  S.  Goulven  avait  commis  là  une  fausse  étymologie,  nous  a 
par  là  mômermis  en  garde  contre  les  autres  identifications  de  ce 
vieil  écrivain.  Toute  la  biographie  léonaise  de  S.  Goulven  est 
donc  à  rejeter  dans  le  domaine  de  la  fable,  ce  qui  ne  veut  pas 
direqueTauteurait  inventé  les  noms  de  Glandavus,de  Gologuena^ 
de  Godiamus  et  de  Madenus,  mais  simplement  qu'il  a  déplacé  le' 
vrai  cadre  géographique  de  la  vie  de  son  héros. 

S.  Goulven  n'a  donc  très  probablement  pas  été  le  successeur 


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MÉIfANOBS  HISTORIQUES  117 

de  S.  Paul  sur  le  siège  de  LéoOt  d'autant  que  la  façon  dont  son 

biographe  nous  montre  Cetomerlnna  administrant  le  diocèse 

entre  la  mort  de  S.  Paul  et  l'acceptation  de  Qoulven,  est  des 

plus  étranges  et  n*a  évidemment  d'autre  but  que  de  concilier 

Tépiscopat  de  Goulven  avec  la  tradition  contradictoire  qui  faisait 

de  Cetomerinus  le  successeur  de  S.  Paul.  Mais  s'il  n'a  pas  été 

évéque  de  Léon,  a-t-il  été  du  moins  revôtu  de  la  dignité  épisco* 

pale.  Il  est  bien  remarquable  que  tous  nos  livres  liturgiques  lui 

donnteni  ce  caractère ,  le  missel  du  chancelier  Ynisan  de  1457 

eomcne  le  missel  rennais  de  1485,  et  le  bréviaire  de  Léon  de  1518 

comoQie  le  bréviaire  de  Dol  de  1519?  Aurait  il  été  par  hasard 

6v6qiie  de  Rennes  et  serait-ce  à  ce  titre  que  la  cathédrale  de 

Rennes  possédait  la  totalité  de  ses  reliques,  «  iotum corpus? 

Ou  bien  a-t-on  conclu  de  la  possession  de  ces  reliques  par  une 

cathédrale  au  caractère  épisoopal  de  notre  saint  7  Ge  sont  là  deux 

hypothèses  entre  lesquelles  Je  n'ose  me  prononcer. 

{A  suivre). 

V  *  Gli.  01  LA  LanDI  01  Galan. 

(f)  Berne  CêMque,  lom«  XXJh  P»g«  i<4. 


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LES  CHANTS  DE  NOCES 

DU    BARZAZ   BREIZ 

Tradmts  en  vers  français,  avec  Etude  critique 
sur  une  partie  du  texte. 


I 
LA  DEMANDE  EN  MARIAGE 

Lb  Bazvalan  (1). 

Bonheur  et  Joie,  au  nom  et  du  Père  et  du  Fils, 

Au  nom  de  l^Esprit-Saint,  aux  gens  de  ce  logis  ! 

Je  V0U3  souhaite,  h  vous  comme  à  tous  ceux  que  j'aime. 

Plus  de  bonheur,  hélasl  que  je  n*en  ai  moi-même. 

Lb  Brbutabr  (2). 

Qu'est-ce  donc,  mon  ami,  qui  trouble  ton  repos, 
Et  pourquoi  qous  tiens-tu  de  si  tristes  propos? 

Lb   BA^VALAlf. 

Auprès  de  mon  p»geon  ma  petite  colombe 

(Ce  souvenir  toujours  sur  mon  ftme  retombe  1) 

Ma  colombe  chérie  était  au  colombier. 

Prorapt  comme  un  coup  de  vent,  voilà  que  Tépervier 

3'abat  ;  elle  s'enTuit  de  frayeur  éperdue,     . 

Et  depuis  je  ne  sais  ce  qu*elle  est  devenue. 

Lb  Brbutabr 
Ah!  oui-dal  Mais,  mon  cher,  pour  un  homme  affligé 
Ton  costijme  pimpant  n*est  pas  trop  négligé  ; 
Tes  blonds  cheveux  lissés  avec  soin  sur  ta  tôte, 
Par  ma  foi,  ron  dirait  que  tu  t'en  vas  en  fdte  ! 

(1)  «  G*t«l,  «D  féoéraf,  utk  taiUear  qai  êtt  le  bojrvalan,  oa  meMagêr  d  amour 
lia  jvafie  bonim«,  près  dei  pftrentt  de  la  jeane  fille  ;  il  a  soa^ent  poar  cadacée, 
dam  Teterckfl  dv  »ei  rooctiont,  une  branche  de  gendt  fieari...  ;  de  là  vient  te 
nom  qn'tl  porter.  •  Vicooite  H.  de  la  Villemarqaé,  Barzax  Breii,  édition  de 
1167,  p,  4M.  On  ptal  Toir  «ar  ce  mot  mon.  Glossaire  moyen-breton,  2* éd.  *S0. 
■i  Revue  Celtique,  xx,  toi. 

(2)  *  Af  ûcat,  plaideur.,  défeiuear.  • 


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LKS  GH\NT8  DB  NOGBS  DU  BARZAZ  BREIZ  129 

Lb  Bastalaii 

Asses,  je  vous  en  prie,  ami  ;  ne  raillez  pas. 
Dites,  est-elle  ici  ?  Je  n'ai  plus  ici-bas. 
Je  n^ai  plus  désormais  de  bonheur  en  ma  vie 
Si  je  ne  trouve  point  ma  colombe  chérie. 

Lb  Brbutabr 

Elle  n*est  pas  ici,  ni  ton  pigeoQ  non  plus  ; 
Ni  l'un  ni  l'autre  :  aucun  de  nous  ne  les  a  vus. 

Lb  Bazvalam. 

Dis-tu  bien  vrai,  jeune  homme  ?  En  passant  par  la  rue, 

Près  de  cette  maison  des  personnes  l'ont  vue 

Du  côté  de  ta  cour,  légère  voltiger  ' 

Et  m6me>  mVt-on  dit,  descendre  en  ton  verger. 

Lb  Brbutabb. 

(Test  celui  d'un  voisin  t  on  n'a  vu  dans  le  nôtre 
Colombe  ni  pigeon  :  pas  plus  l'une  que  l'autre. 

Lb  Bazvalam  * 

Mon  pauvre  pigeon  blanc,  il  va  mourir,  hélas  ! 
Si  sa  compagne  etft  morte  ou  ne  s'en  revient  pas. 
Oui,  le  pauvret  mourra  si  sa  compagne  est  morte. 
Mais  je  m'en  vais  un  peu  voir  à  travers  la  porte. 

Lb  Brbutabr. 

Halte-là  t  chez  les  gens  on  n'entre  pas  ainsi. 
Je  vais  moi-même  voir  ;  vous  m'attendrez  ici. 

Il  entre  dans  U  maison,  et  revient  un  moment  après. 
Je  viens  de  mon  courtil.  Votre  colombe  blanche, 
Je  n'en  ai  pas  vu  trace,  ami  ;  mais  en  revanche, 
Des  fleurs,  encor  des  fleurs  :  cela  ne  manque  pas. 
J'ai  vu  s'épanouir  églantine  et  lilas  ; 
Mais  ce  qui  m'a  frappé  surtout,  c'est  une  rose 
En  un  coin  du  hallier  tout  fraîchement  éclose. 
Je  vais  vous  la  chercher,  tenez,  si  vous  voulez. 
Pour  rendre  un  peu  de  joie  à  vos  esprits  troublés. 

Il  entre  ane  seconde  fois  dans  la  maison,  puis 
revient  en  tenant  une  petite  fille  par  la  main. 


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m  REVUE  DE  BRETAGNE 

Lb  BusviJLÀir. 

Charmante  fletir,  vraiment  1  geotUlt»,  et  bien  capable 
De  réjouir  un  cœur  de  son  odeur  aimable. 
S'il  était  la  rosée,  oui,  mon  ramier,  bien  sûr, 
Se  laisserait  tomber  dans  son  calice  pur. 

""  Après  une  pause. 

Mais  je  monte  au  grenier  ;  car  c'est  là  que  peut-dtre 
L'oiseau  timide  s'est  glissé  par  la  fenôtrer 

Le  Breutabr. 

Non,  l'ami  ;  j'y  serai  grimpé  plus  promptement; 
Attendez  un  peu,  c'est  l'affaire  d'un  moment. 

11  revient  avec  la  maîtresse  de  maison. 
Je  reviens  du  grenier,  j'ai  là-haut  fait  ma  ronde  ; 
Pas  de  colombe  encor,  non,  pas  le  moins  du  monde  ; 
J'ai  trouvé  seulement  et  pour  toi,  mon  garçon, 
J'ai  pris  cet  épi  mûr,  débris  de  la  moisson. 
Bien  volontiers  je  Ven  fais  don,  sur  ma  parole; 
Ornes-en  ton  chapeau,  va-t'en,  et  te  console  I 

Lb  Bazvalan. 

Autant  qu'il  est  de  grains  dans  cet  épi  doré. 
Autant  sous  ma  colombe  heureuse  je  verrai 
De  petits  se  presser  à  l'abri  de  son  aile  ; 
Elle  au  milieu  du  nid,  si  candide  et  si  belle  f 

Après  une  pause. 
Aux  champs... 

Lb  Breutabr. 

Je  ne  vaux  pas  du  tout  que  vous  alliez. 
Y  pensez-vous,  T^mi?  salir  vos  beaux  souliers  I 
Je  vais  moi-même  voir,  j'y  vais  à  votre  place. 

U  revient  avec  la  grand'mère. 
De  la  colombe  encor  je  n'ai  pas  vu  de  trace  : 
Seulement,  au  milieu  du  feuillage  entassé 
J'ai  trouvé  sous  un  arbre  et  pour  vous  ramassé 
Toute  jaune  et  ridée,  une  pomme  reinette. 
Tenez,  il  la  faudra  mettre  en  votre  pochette. 
Vûus  la  ferez  manger  à  votre  cher  pigeon  ; 
Il  ne  ipémira  plus  ensuite  :  c'est  $\  bon  I 


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LES  CHANTS  D&  NOCES  DU  BARZAZ  BRBIZ  iSi 

Le  Bazvalan. 

Voilà  bien  des  cadeaux  ;  >e  vous  en  remercie. 
Un  bon  fruit,  que  sa  peau  soit  ridée  ou  jauoie, 
Ne  perd  pas  pour  cela  son  agréable  odeur. 
Mais  je  n'ai  point  envie  ou  de  pomme  ou  de  fleur 
Ou  d'épi  :  je  veux;voir  ma  colombe  que  j'aime, 
Et  je  vais  à  l'instant  pour  la  chercher  moi-mâooe. 

Le   Brbutabr. 

Seigneur  Dieu  I  que  ce  gars  est  donc  un  homme  fln  ! 

Viens  avec  moi,  mon  cher,  tu  l'emportes  enfln. 

Ta  petite  colombe,  elle  n'est  pas  perdue  : 

Je  la  gardais,  je  veux  qu'elle  te  soit  rendue. 

Dans  ma  chambre  une  cage  en  ivoire  luisant 

A  ses  riches  barreaux  mêlés  J'or  et  d'argent  ; 

Cest  là  qu'elle  est,  avec  sa  parure  qui  brille. 

Vive,  alerte  et  joyeuse  en  sa  grâce  gentille. 

Le  bazvalan  est  mtroduit  ;  il  s'assoit  an  nioment  à  table, 
puis  va  prendre  le  fiance.  Anssitôt  que  celui-ci  paratt,  le  père 
de  famille  lui  remet  ane  sangle  de  cheval  qu'il  passe  à  la  cein- 
ture de  sa  future.  Tandis  qu'il  boucle  et  qu'il  délie  la  sangle, 
le  breutaer  chante  : 


II 
LA  CEINTURE 

J'ai  vu,  comme  j'allais  à  travers  la  prairie, 
Une  jeune  cavale  et  joyeuse  et  jolie. 

—  Toute  chose,  garçon, 
S'achève  à  sa  façon  : 

Le  toit  fait  la  maison, 
La  faux  fait  la  moisson, 
£t  lair  fait  la  chanson  I  — 

Or  elle  ne  songeait  qu'à  bien,  j'en  réponds,  certe 
A  coorir  par  la  prée,  à  paître  l'herbe  verte, 

—  Toute  chose,  etc. 

Et  librement  s'ébatlre,  et  lasse  de  sa  course 
A  s*abreuver  à  l'eau  limpide  de  la  source. 


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I3i  REVUE  DE  BRETAGNE 

Mais  comme  elle  y  plongeait  encor  sa  bouche  avide,. 
Un  jeune  cavalier  passe  d'un  pas  rapidi) 
Sur  la  route  :  bien  fait,  de  tournure  gentille, 
Beau,  vif  ;  avec  Targent  Ter  sur  ses  habits  brille. 
La  cavale  Ta  vu  venir  d'un  pied  agile, 
L'étonnement  nsuet  la  retient  immobile  ; 
Puis  elle  s'est  vers  lui  doucement  dirigée; 
Sa  t6te  fine  au  bord  du  clos  s'est  allongée. 
Le  jeune  homme  à  son  tour  approche  et  la  caresse, 
Môle  ses  blonds  cheveusc  à  sa  crinière  épaisse  ; 
Et  quand  avec  douceur  sa  bouche  au  front  la  baise 
fille  frémit,  charmée,  et  ne  se  sent  pas  d'aise  : 
Alors  il  Ta  bridée,  et  sa  main  qui  la  flatte 
Sous  la  sangle  a  serré  sa  taille  délicate. 

—  Toute  chose,  garçon, 
S'achève  à  sa  façon  : 
Le  toi (  fait  la  maison, 
La  faux  fait  la  moisson, 
Et  Tàir  fait  la  chanson  !  — 


III 
LA  CHANSON  DE  TABLE  (i) 

—  U  notre  sainte  Dame  honorée  à  Plévin  ! 
Je  vois  le  soir,  je  vols  encore  le  matin 
En  me  levant,  du  toit  d'une  maison  aimée 
Chaque  jour  vers  le  ciel  s'élever  la  fumée  : 
C'est  la  maison  de  celte,  hélas  1  dont  la  rigueur 
Accable  d'un  chagrin  bien  lourd  mon  pauvre  cœur. 
Il  faut  que  j  aille  voir  la  belle  que  j'adore  ; 
Chez  elle,  s'il  se  peut,  que  je  lui  parle  encore  I  — 

lilenant  pattre  ^iu  champ  neuf  ses  vaches,  ce  matin, 
Loïzaîc  Alan  chantait  un  gai  refrain. 
Plus  vive  qu'un  oiseau  gazouillant  sur  la  branche. 
Elle  avait  sur  son  front  levé  sa  coiffe  blanche  ; 


(I)  DoQoAf  pftr  B.  dfl  1a  VïUemarqué  eomme  exemple  de  ce  qa'on  chante  %û% 
ftpu  d«  âOcet« 


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LES  CHANTS  DE  NOCES  DU  BARZAZ  BRBIZ  1S3 

Son  œil  esl  bleu  d'azur,  c'est  comme  an  coin  du  ciel, 
Ses  beaux  cheveux  bouclés,  couleur  d'or  et  de  miel  ; 
Sa  joue  est  rose  ainsi  que  la  fleur  de  l'érable  ; 
Mais  nul,  dit-on,  n*a  d'elle  un  accueil  favorable. 
Or  pendant  qu'elle  était  montée  à  Téchalier 
Pour  ouvrir  la  barrière  au  troupeau  familier, 
Elle  aperçut  Piarric,  le  beau  Piarric  qui  l'aime, 
Marchant  par  la  vallée  en  une  h&te  extrême. 

Piarric. 
Ma  douce,  c'est  l'amour  qui  m'a  mis  en  chemin. 
Je  m'en  allais  chez  vous  demander  votre  main. 
Aurai-je  la  réponse  aimable  que  j*espère, 
Que  votre  mère  fit  jadis  à  votre  père? 

LoizAic. 
Je  répondrai,  jeune  homme,  et -ne  cacherai  rien 
Puisque  vous  me  parlez  si  gentiment,  si  bien  ; 
Et  sans  plus  de  détours  ni  de  cérémonie 
Je  vous  le  dis  tout  net  :  jeudi  je  me  marie. 
Sur  la  place  du  bourg  on  voit  maint  ouvrier 
Pour  ma  noce,  fixée  à  jeudi,  travailler  ; 
Ils  font  des  escabeaux  par  douzaine,  et  des  tablas 
Où  paraîtront  jeudi  des  mets  fort  présentables. 
Vous  arrivez  trop  tard  :  c'est  jeudi  le  grand  jour. 
Un  autre  en  mon  courtil  sema  la  fleur  d'amour. 

Piarric 
C*est  moi  qui  l'y  semai  le  premier,  chère  amie. 
Vous  l'avez  arrachée,  elle  est  en  vous  flétrie. 
Mais  elle  vit  toujours  en  moi  :  penser  à  vous 
Et  le  jour  et  la  nuit  c'est  mon  soin  le  plus  doux. 
Votre  haleine  qui  passe  aux  fentes  de  ma  porte 
M'éveillant  en  sursaut,  de  bonheur  me  transporte. 
Près  du  seuil  que  souvent  touchent  vos  pieds  chéris 
J^ai  passé  tout  en  pleurs  plus  de  cinquante  nuits 
Battu  des  vents,  et  Teau  découlant  goutte  à  goutte 
De  mes  habits  trempés  (vous  l'ignoriez  sans  doute). 
Trois  fois  des  souliers  neufs  à  mes  pieds  tour  à  tour 
Se  sont  uséSy  ma  mie,  à  vous  faire  la  cour  ; 
J'étrenue  une  autre  paire,  et  je  ne  puis  entendre 
Un  dernier  mot  de  vous  1 


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184  REVUE  DE  BRETAGNE 

LoIZAlC. 

C'est  trop  vous  faire  attendre. 
Hé  bien  I  mon  dernier  mot,  écoutez,  le  voici. 
On  peut  par  trois  chemins  aller  chez  vous  d'ici  : 
Prenez-en  un,  sans  en  chercher  un  quatrième, 
Et  ne  revenez  plus. 

S'en  allant,  triste  et  blême. 
Gomme  )ft  mort  :  —  Au  lieu  du  bouleau  du  vainqueur 
Je  t'ai  cueilli,  dit-il,  coudrier  de  malheur  (1)  1  — 


IV 
LE  CHANT  DES  PAUVRES  (2). 

Au  ciel  saint  Pierre,  un  jour,  disait  au  doux  Sauveur  : 

—  Irez-vous  faire  un  tour  en  Bretagne,  Seigneur  ? 

—  Mais  non,  je  n'irai  pas  ;  et  qu'y  ferais-je,  Pierre? 
Les  corps  et  les  esprits  y  sont  sains,  l'eau  légère.  — 
A  la  Vierge  saint  Jean  disait  au  paradis  : 

—  Irez'vous  des  Bretons  visiter  le  pays? 

—  Un  de  mes  grands  amis  m'invite  :  eh  oui,  sans  doute. 
J'y  vais  ;  il  faut  demain  que  je  me  mette  en  route.  — 

C'étaient  à  Plouigneau,  le  lendemain  matin. 
Et  des  cris  d'allégresse  et  des  chansons  sans  fin, 
Et  les  sonneurs  sonnaient,  sonnaient  à  pleine  tdle. 
Le  bourg  entier  était  chez  un  brave  homme  en  fdte. 
Chez  un  chef  de  maison  riche  et  compatissant 
Qui  pour  la  pauvreté  fut  toujours  bienfaisant. 
Aussi  de  son  bon  cœur  le  ciel  le  récompense  : 
Plus  il  fait  des  heureux,  plus  il  est  dans  l'aisance. 

{ I  )  •  L«  UndexxiftiD  de  la  noce  est  le  jour  des  pauyres  :  il  en  anÎTe  par  ce»* 
Uinee.,.  Ils  mangeât  In  r«Btet  da  festin  de  la  Taille;  la  nonTelle  mariée,  r.  sert 
elle-même  les  femmes,  et  «on  mari  les  hommes.  Aa  second  service^  celui-ci  offre 
]«  bras  à  U  mendiante  la  plus  respectable,  la  jeune  femme  donne  le  sien  an 
maodiani  le  plus  oonslJéré  de  rassemblée,  et  ils  Tont  danser  a^eo  eux...  On 
commence  en  génfirat  par  une  ronde  en  l'honneur  de  Tépoisée.  J'ai  entendu 
chanter  k  cette  occasion  une  naïve  légende  allégorique  qui  est  un  appel  délicat 

la  charité,  w  Barj,  Br^  434. 

(1)  Vûif  p  pims  loin,  Isi  notes  sur  cette  pièce. 


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LES  CHANTS  DB  N0CB6  DtJ  BARZAZ  BREIZ  :  135 

Or  ce  chef  de  famille  avait  pour  héritier 
Un  gars  de  dix-huit  ans  qu'il  allait  marier  ; 
En  l'honneur  de  ce  digne  objet  de  sa  tendresse 
Il  voulut  voir  cheB  lui  tout  le  mcûde  en  liesee  : 
Il  avait  invité  parents,  amis,  voisins^ 
Et  les  pauvres,  qni  sont  les  grands  amis  des  saints. 
Bien  avant  dans  la  nuit,  comme  ils  étaient  à  table, 
Dne  femme  en  haillons  chétlve  et  misérable 
Tenant  un  jeune  enfant  pressé  contre  son  sein 
Arrive,  les  pieds  nus,  et  lasse  du  chemin. 

—  Vous  qui  venez  si  tard,  soyez  la  bienvenue, 
Pauvre  mère!  —  Et  prenant  la  main  de  Tinconnue 
Le  chef  de  la  maison,  la  soutenant  un  peu. 
Tremblante  la  conduit  auprès  du  joyeux  feu, 
Afin  qu'à  sa  chaleur  Thospitalièfe  flamme 
Réconforte  à  la  fois  et  Tenfant  et  la  femme. 
L'enfant  aux  invités  souriait  gentiment 

Mais  tous  deux  ne  voulaient  prendre  aucun  aliment 

—  Pourquoi  donc  refuser  boisson  et  nourriture? 

C'est  avec  grand  plaisir  qu'on  vous  sert,  je  vous  Jure  i  --* 

Elle  dit  :  —  Je  n^at  faim  ni  soif,  et  si  je  viens 

Cest  pour  vous  témoigner  ma  tendresse,  chrétiens, 

Car  vous  ne  m*avt9z  pas  en  ce  jour  oubliée, 

Oh  !  non,  et  de  grand  cœur  vous  m'avez  conviée 

A  venir  assister  à  ce  festin  si  doux. 

C'est  un  bonheur  pour  moi  d'être  au  milieu  de  vous, 

Et  pour  mon  fils  Jésus  autant  que  pour  moi-même 

Voir  d'aussi  bonnes  gens,  c'est  un  plaisir  extrême. 

Nous  ne  sommes  jamais  connus  que  de  celui 

Dont  Taumône  adoucit  la  misère  d'autrui. 

Ah  !  que  votre  maison  soit  mille  fois  bénie  ! 

A  vous  revoir  un  jour,  là^haut^  dans  la  patrie  1  ~ 

Ce  chant  nouveau  fut  fait  au  patois  du  bon  Dieu 
Devant  la  Triûité»  Bretons,  dans  le  ciel  bleu. 
Sous  un  buisson  chargé  des  plus  suaves  roses 
Qu'oa  YOieattX  frais  bosquets  du  paradis  éoloses. 


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tM  REVrC  DE  BBKTAGNK . 

V 

LE  CHANT  DE  LA  FÊTE  DE  L'ARMOIRE  (!]. 

LB  IBfJKB   HOMIIB* 

Belle  veuve,  écoutez  mes  doux  propos  d'amoar. 
Il  faut  vous  décider  :  if  €81  temps  qu'en  ce  jour 
Vous  me  disiez  enfin  ce  que  vous  voulez  faire. 
Et  que  vous  répondiez  à  votre  amant  sincère. 

La  Veuvb. 

Je  ne  me  marlrai  jamais  plus,  et  le  deuil 
Désormais  me  suivra  jusque  dans  mon  cercueil. 
A  mon  premier  époux  je  veux  rester  Adèle 
Et  partir  pour  le  clollre  où  le  bon  Dieu  m'appelle. 

Le  jeunb  Homme. 

Au  cloître  !  y  pensez* vous?  Vous  ne  le  ferez  pas. 
Laissez^  qu*&  mon  hameau  je  conduise  vos  pas. 
Va-t^on  cacher  les  Heun»  dans  des  prisons  bien  closes? 
Non,  c'est  pour  les  jardins  que  fleurissent  les  roses. 

La  Veuve. 

Si  la  rose  au  jardin  est  faite  pour  fleurir, 
Dans  le  champ  du  repos  Tir  doit  vivre  et  mourir  ; 
£t  moi,  pour  soulager  ma  tristesse  profonde 
J'ai  choisi  comme  époux  te  créateur  du  monde. 

Lb  jsunb  Homme. 

Douce  belle,  oubliez  ce  projet  affligeant. 
Tenez*  je  vous  fais  don  de  cet  anneau  d*argent; 
C'est  le  gage  assuré  d'un  amour  fort  et  tendre. 
Voulez-vous  avancer  votre  doigt  pour  le  prendre? 


{\}  m  Kn  LAon , . .  U  jour  1«  plut  gai  det  nocei  ett  le  troisième,  où  Ton  porte 
cher.  1«  mart  Parmoire  dt  la  j^uoe  femme...  H  7  a  une  chanson  que  j*ai  «Aten- 
due  au  banquet  qui  iuii  la  cérémonie...  :  c*est  un  dialogue  entre  une  veUTe  et 
uû  jeune  homme  qui  U  dejoaûde  en  mariafe  »  Barz,  Br.  4i7.  «  Singulier  molif 
de  ebanson  de  ûoees  î  >>  remarque  plut  loin  Tautear. 


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N 


LES  CfiANTS  DE  ^OCES  DU  BaR2AZ  BRElt 

La  Vbuvb. 

Non,  gardez  votre  bague  ;  il  n*en  est  plus  pour  moi 
Qae  celle  du  Seigneur^  car  lui  seul  a  ma  foi. 

Le  jbunb  Hommb 

Vous  voulez  donc,  hélas  !  vous  voulez  avant  Theure 
Que  rebuté  par  vous,  ô  madame^  je  meure? 

La  Vbuve. 

Mais,  jeune  homme,  je  tiens  à  vous  dédommager 
Du  temps  que  vous  fait  perdre  un  espoir  mensonger; 
Du  temps  que  vous  avez  perdu  dans  Tespérance 
De  passer  à  mon  doigt  l'anneau  de  Talliance  ; 
Et  je  vais  nuit  ^t  jour  prier  qu'an  paradis 
Nous  nous  trouvions  enfin  tous  les  deux  réunis. 


xsl 


R.  Bknault. 


(A  suivre). 


kÉJv/Mf 


i 


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HISTOIRE  DE 

NOTRE-DAME  DE  ROSTRENEN 

KT    DR 

SON  PÈLERINAGE 

(1300-1907) 


'^^"'^'AAAA/'JWVXAA^'v-»»!  ■■ 


PaiCMlÈElB   PARTIK 


HISTOIRE   DU   PELERINAGE 


AVANT' PROPOS 


G^était  à  Taurore  du  XI V«  siècle,  de  ce  siècle  héroïque,  qui, 
plus  peut-âtre  que  tout  antre,  est  demeuré  célèbre  dans  les  fastes 
de  notre  histoire  nalioufile.  La  Bretagne,  en  effet,  fut  alors  dé- 
chiréei  durant  vingtciaq  années,  par  une  lutte  fratricide,  appe- 
lée guerre  de  la  Succession  de  Bretagne.  Cette  lutte  se  déroula, 
sanglante,  entre  un  héros,  Jean  de  Montfort^  et  un  saint,  Charles 
deBlois,  pendant  que  les  Bretons  s'entr'égorgeaient  sous  la  ban- 
nière de  leurs  seigneurs,  partages  en  deux  camps  ennemis,  et 
que  la  France  et  l'AngleLerre  jetaient  leur  épée  dans  la  balance 
où  se  jouaient  en  ce  momeot  le  sort  et  les  destinées  de  notre  pe- 
tite patrie. 

Le  parti  breton  l'emporta  sur  le  parti  français  par  la  défaite  et 
la  mort  de  Charles  de  Btois  à  la  bataille  d'Auray. 

Au  début  du  XIV*  siècle,  la  belle  et  riche  baronnie  de  Ros- 
trenen,  située  au  centre  de  la  Basse-Bretagne  (1),  avait  pour  sei- 

(t)  Aujourd'hui  cbeMieu  du  caotoa  de  rarrondisiement  de  Qaingamp  (CAlM- 
dn-NordJ. 


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HISTOIRE  DE  NOTRfi-DlMR  DR  ROSTRENEN  IM 

gneur  Pierre  IV,  sire  de  Rostreneo,  époux  de  Nicole  de  Vitré.  C'é* 
tait  un  bon  et  dévot  seigneur  qui  contribua  à  nombre  de  pieuses 
fondatioDs,  parmi  lesquelles  celle  du  couvent  des  Jacobins  de 
Goiogamp  (1)  où  il  fut  inhumé  le  11  mars  IdOT  (2).  Son  sceau,  re- 
prodoit  par  Dom  Morice,est  «  D'hermines  d  3  faces  de  gueules  {S). 

En  son  riche  et  antique  château  de  Rostrenen,  Pierre  IV  rece- 
vait d'illustres  et  nobles  hôtes,  parfois  aussi  son  toit  abrita  de: 
saints  personnages.  C'est  ainsi  que  le  bienheureux  saint  Yves^ 
voyageant  de  ville  on  ville,  de  château  en  château,  pour  recueillir 
des  subsides  en  vue  de  la  construction  de  Téglise  de  Lan-Trtf* 
gnier,  s'arrêta  un  jour  au  château  de  Rostrenen.  Laissons  parler 
Albert  Le  Grand  : 

>  Saint  Yves  ayant  eu  advis  que  dans  la  fores t  de  Rostrenen  y 
avoit  de  beaux  arbres,  alla  trouver  le  seigneur  Pierre  de  Ro8« 
trenen  pour  luy  en  demander  quelques  uns  et  obtint  de  luy  per- 
mission d'en  prendre  autant  qu'il  luy  en  faudroità  son  choix. 

c  Saint  Yves  le  remercia  et  s't^n  alla  à  la  forest,  choisit  grand 
nombre  de  beaux  arbres,  tes  fait  marquer  et  abattre,  maiB,'comm0 
lacour  des  grands  est  d'ordinaire  remplie  de  flatteurs,  aucuns  de 
ce  métier  qui  avoient  oui  saint  Yves  faire  cette  demande  au 
seigneur  et  l'eussent  bien  voulu  dès  lors  flaire  éoonduire,  mais 
o'avoient  osé  en  présence  du  saint,  le  lendemain  dirent  au  sel* 
gneur  qu'il  étoit  bien  simple  de  se  laisser  ainsi  affronter  par  cet 
hypocrite,  que  sous  prétexte  de  bâtir  Téglise  de  Lan*Tréguier,  il 
amassait  un  grand  argent  et  qu'abusant  du  pouvoirqu'il  avoit  eu, 
il  avoit  abattu  deux  fois  plus  d'arbres  qu'il  n'enfalloit  pour  cs$t 
édifice  et  des  plus  beaux  qui  fussent  en  toute  la  forest. 

«  Ce  seigneur  croyant  trop  aisément  aux  faux  rapports  de  ces 
garnements,  se  mit  en  colère  contre  le  sainct,  et,  quand  il  s'en 
fast  retourné  le  remercier,  le  tança  rudement  et  luy  dit  môme 
quelques  injures  et  mots  de  travers.  Saint  Yves  endura  patiem- 
ment cette  attaque  et  respondit  seulement  que  c'estoit  pour  le 
service  d'un  seigneur  qui  estoit  riche  et  puissant  pour  le  ré* 
compenser  et  qui  ne  manquoit  jamais  à  récompenser  ceux  qui 
se  monstroient  libéraux  à  luy  bastir  et  orner  des  temples  ;  au 
reste,  que  la  chose  n'estoit  pas  comme  on  la  luy  faisoit  entendre 


(1)  Dom  Morice,  Hisi.  de  Bretagne,  I,  209. 

(2)  Dom  Lobineaa,  74 . 

(3)  Dom  Morioe,  n«  95. 


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no  REVUE  DE  BRETAGNE 

que  la  lendemain  matin  il  lui  feroit  voir  qu*il  n'avoît  pas  prlns 
un  seul  pied  plus  quMl  n'en  falloit  pour  Tédiflce,  au  dire  des 
ouvriers  qu'il  avoit  amenés.  * 

et  Le  lendemain  donc,  la  messe  ouyedans  la  chapelle  du  chas- 
teau,  saint  Yves  et  le  seigneur  de  Rosirenen,  son  train  et  les 
ouvriers  altèrent  à  la  forest  voir  les  arbres  qu'il  avoit  abattus  et 
I  marqués  et  trouvèrent  (chose  miraculeuse)  que  sur  le  tronc  de 
chacun  arbre  qui  avoit  été  coupé  le  jour  précédent,  ceste  nuit 
eatoit  criiu  trois  arbres  beaucoup  plus  beaux  que  ceux  que  Too 
avoit  coupés,  de  sorte  que,  si  on  en  avoit  coupé  vingt,  il  s'en 
trouvoii  soixante. 

«  Le  seigneur  de  Rostrenen,  ayant  veu  ce  miracle»  se  jeta  aux 
pieds  de  saint  Yves,  et  lui  ayant  demandé  pardon,  luy  permit 
d'en  prendre  tout  autant  qu'il  aurait  affaire  ». 

Le  récit  des  Boliandistes  (i)relatant  ce  fait  miraculeux  ajoute  : 
«  Les  arbres  venus  sur  les  troncs  des  arbres  coupés  par  les 
ouvriers  de  saint  Yves  sont  plus  nombreux  et  plus  gros  que  ne 
le  permet  la  nature.  Mais  aussi  ils  mettent  cinq  ans  pour  at- 
teindre cette  grosseur. 

Ce  miracle  accompli  par  V  «  Avocat  des  pauvres  »  au  pays  de 
Rostrenen  ^tait  en  quelque  sorte  le  prélude  d*une  série  de  faits 
merveilleui  qui,  peu  de  temps  après,  devaient  attirer  rattention 
de  tous  sur  ce  coin  privilégié  de  la  Gornouaille  bretonne.  L'heure 
approchait  oi^  la  Reine  du  ciel  allait  y  manifester  sa  puissance. 

(1)  Actasancîùrum,\ï\A,  S.  Yvonii,  t.  IV. 


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J 


HISTOIAK  DE  NOTRE-DAME  DB  KOSTRENRN  tM 


L  -  ORÎGINB  DU  PËLBRINAQB 

ÛD  était  au  mois  de  décembre  de  l'année  1300.  La  neige  avait 
étendu,  sur  la  pauvreté  de  la  lande  bretonne,  les  splendeurs  de 
EûD  manteau  à  l'éclatante  blancheur  et  chaque  brin  d'ajonc  s'était 
paré  de  diamants  étinc^lant  au  soleil  d*hiver.  A  quelques  pas  des 
douves  du  châtf^au  de  Hostrenen,  un  fait  singulier,  prodigieux, 
inexplicable,  attirait,  depuis  quelques  années,  Tattention  des  ha- 
bitants de  la  bourgade  qui  s'était  formée  à  l'abri  de  la  forteresse. 
Emergeant  d'un  buisson  d'aubépine,  un  superbe  rosier,  non  con- 
fenl  de  sfï  couvrir  de  feuilles  et  de  fleurs  en  la  belle  saison,  se 
revotait  de  sa  superbe  parure  «  mime  au  cœur  de  l'hiver  (i). 
Ed  dépit  des  neiges  et  des  frimas,  des  roses  au  suave  parfum  ne 
cessaient  d'écloreau  milieu  des  épines.  A  quelle  puissance  attri- 
buer cette  dérogation  aux  lois  ordinaires  de  la  nature  ?  D'où  ve- 
nait un  semblable  prodige?  Depuis  longtemps  peut-être,  chacun 
se  posait  cette  question,  sans  parvenir  à  la  résoudre.  Ce  jour-lè, 
cependant,  nn  devait  en  avoir  la  miraculeuse  explication.  Mu, 
sansaucun  doute,  par  une  inspiration  d'En-Haut,  visité  peut-être 
par  une  mystérieuse  apparition,  un  habitant  de  la  petite  cité  ré- 
solut d'ejcplorer  les  alentours  du  merveilleux  rosier.  II  fouille  le 
buisson  d'aubépine  et  bientôt,  la  pioche  à  la  main,  commence  à 
creuser  le  i^ol  pour  en  découvrir  les  racines,  quand,  soudain,  à  ses 
regards  étonnés  apparaît  une  statue  en  buste  delà  Vierge,  sculp- 
tée dans  un  cœur  de  chêne  et  dans  un  état  d'admirable  conserva- 
tion!... Il  appelle,  on  accourt,  et  bientôt  la  merveilleuse  nouvelle 
se  répand  dans  la  bourgade,  au  château  du  seigneur,  en  la  de- 
meura du  chapelain  et  dans  les  paroisses  du  voisinage. 

Chacun  veut  contempler,  de  ses  propres  yeux,  l'Image  miracu- 
leuse de  la  Vierge  q\iii  Ton  a  déposée  sur  un  rustique  piédestal, 
au  milieu  des  roses  hivernales  de  son  buisson.  C'est  bien  la  rose 
eotre  tes  épines^  la  Rose  mystique,  que  l'Eglise  célèbre  dans 
ses  hymnes  et  dans  ses  cantiques.  Et  tous  se  prosternent  émus^ 
Fuis  le  buste  de  Notre-Dame  est  solennellement  transféré,  au 
milieu  d'une  foule  immeose,  à  la  chapelle  du  ch&teau,  située  à 
quelques  pas  de  là,  en  attendant  que  de  dévots  seigneurs  joi- 

fl)  y  le  ux  cuitt^n*  da  N.-D.  df)  Rostrenen. 


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14S  RBVUB  DB  BRBTA6NE 

goant  leurs  libéralités  à  celles  de  toute  la  Gomouaille,  aient  élevé 
en  rhonneur  de  Marie  un  temple  plus  digne  de  sa  grandeur  et  de 
ses  bienfaits. 

Car,  à  dater  de  ce  jour  mémorable  de  la  découverte  du  buste 
vénéré,  lea  miracles  succèdent  aux  miracles,  les  merveilles  aux 
merveilles,  sur  cette  terre  bénie  où  la  Reine  du  Ciel  vient  d'éta- 
blir un  de  ses  trônes. 

Depuis  qu^nd,  et  comment  celte  statue  reposait-elle  en  ces 
lieux  ?..  Bien  que  la  légende  soit  muette  à  cet  égard  on  peut 
avancer,  avec  plus  d'une  chance  de  certitude,  que  cette  image 
delà  Vierge  fat  vénérée  jadis  dans  l'un  des  premiers  sanctuaires 
chrétiens  de  la  région,  et  cachée,  comme  un  trésor,  par  une  main 
pieuse  qui  sut  ainsi  la  soustraire  aux  profanations  d*ennemis 
impies  et  barbares,  peut-être  de  ces  hommes  du  Nord,  ou  Nor- 
mands qui,  verslalX*  siècle^  traversèrent  notre  pays  comme  un 
torrent  dévastateur.  Profanant  et  pillant  tout  ce  qui  se  trouvait  sur 
leur  passage,  ils  ruinèrent  la  plupart  des  monastères  dont  Tin- 
fluence  chrétienne  et  civilisatrice  s'étendait,  bienfaisante,  sur 
notre  terre  bretonne  et  dont  les  habitants  durent  s'enfuir  à  leur 
approche. 

Le  lieu  de  la  découverte  de  la  statue  fut  bientôt  visité  par  de 
nombreux  pèlerins  et  la  fontaine  qui  avoisinait  le  miraculeux 
buisson,  et  dont  les  ondes  limpides  s'écoulaient  en  murmurant 
à  travers  la  prairie,  devint  l'instrument  de  nombreuses  gué- 
risons.  Un  vieux  cantique,  composé,  croit-on,  au  milieu  du 
XVII*  siècle,  relate  en  soixante  couplets  les  principaux  miracles 
accomplis  par  l'intervention  de  Celle  que  la  voix  du  peuple  avait 
tout  de  suite  proclamée  la  dame^  la  souveraine  de  la  cité  Cor- 
nouaillaise  :  «  Notre-Dame  de  Rostrenen.  «  L'un  des  premiers 
fut  la  guérison  d'un  enfant  aveugle  de  naissance,  flls  d'  «  Yves 
Le  Quévarec,  boulanger  et  marchand  »  (1). 

Sa  mère. le  conduisait  parfois,  pour  le  promener,  dans  les  prés 
avoisinant  les  douves  de  la  forteresse.  Un  jour  que,  selon  sa 
coutume*  la  pauvre  femme  laissait  jouer  librement  le  petit  in- 
firme sur  le  tapis  de  gazon,  où  ses  chutes  étaient  sans  danger, 
l'enfant  se  trouvait  dans  le  voisinage  du  buisson  miraculeux  et 
près  de  la  place  même  où  avait  été  découvert  le  buste  de  la 
Vierge.  Tout  à  coup,  en   dépit  de  son  infirmité,  l'infortuné  se 

(1)  Vieux  cantique  de  N.-D.  de  Rottrenen. 


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BU8TB   DE    N.-D.    DE^'boSTRENEN 


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HISTOIRE  DK  NOTRE-DAME  DR  ROSTRENEN  145 

dirige  d*un  pas  ferme  et  rapide  vers  le  bosquet  fleuri  en  s'écriant  : 
ti  Maman»  mamaD  I  donnez-moi  [des  bouquets?  »  (1)  Tremblante, 
émue,  incertaine  encore  de  son  bonheur,  la  pauvre  femme  court 
à  la  suite  de  son  nis,  lui  cueille  les  fleurs  sauvages,  objet  de  sa 
coDvoitij^e,  les  lui  donne  et  regarde,  avec  délices, 'les  beaux  yeux 
aminés  et  souriants  de  son  enfant  aveugle  qui  désormais  verra  !... 
Saisie  d*uoe  inspiration  subite,  elle  va  au  ruisseau,  y  puise  de 
l'eau  dont  elle  lave  les  yeux  du  petit  inflrme,  et^  persuadée  enfln 
de  sa  guérison,  elîe  courte  elle  vole  pour  l'annoncer  à  tous,  à 
^Qépajx,  à  ses  amis,  à  ses  voisins.à  tous  les  échos  d'alentour!.. 


ÎL  -  L4  COLLÉGIALB  DE  NOTRE-DAME  DE  ROSTRENEN 


Plusieurs  autres  miracles  succédant  à  celui-là  augmentèrent, 
de  plus  en  plus,  la  dévotion  de  nos  pères^  Taffluence  des  pèle- 
rine. Quand  vint  l'anniversaire  de  la  découverte  du  buste  de 
Notre-Dame  ta  fouJ^  accourut  et  visita  pieusement  le  lieu  du 
miracle,  et  ce  concours  de  population  fut  sans  doute  la  cause  et 
i'arigine  de  ta  foire  du  Bot  ou  du  Buisson  qui  se  tient  chaque 
année  à  Rostrenen  le  premier  mardi  de  décembre. 

Mais  ia  chapelle  du  ctiâteau  était  devenue  trop  petite  pour  con- 
tenir l'arOuence  toujours  croissante  des  dévots  de  Notre-Dame. 
D'autre  parties  dons  affluaient  aussi  de  toutes  les  parties  de  la 
Bretagne  et  le  tré&or  de  la  Vierge  du  Buisson  devenait  suffisant 
pour  élever  à  noire  Reine  un  temple  majestueux.  Les  pieux 
barons  de  Rostrenen  prirent  l'initiative  de  cette  fondation  et 
bientôt  s'éleva  la  superbe  collégiale  dont  nous  ne  pouvons  ad- 
mirer aujourd'hui  que  quelques  restes,  au  milieu  des  modifica- 
tions plus  ou  moins  heureuses,  apportées  à  travers  les  siècles, 
àTédiflce  primitif.  Ces  restes,  toutefois,  sont  assez  beaux  pour 
témoigner,  avec  le  vieux  cantique,  de  la  générosité,  de  la  foi  et 
du;génie,de  nos  ancêtres  : 

»  Le  temple  consacré  à  cette  piété 
Son  élévation,  sa  grandeur,  sa  beauté 


\t)ihid. 


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14«  REVUE  DR  BRETAGNE 

Par  de  dévots  seigneurs,  fondateurs  d*ioeluy. 
Se  ipoit  pompeusement  érigé  aujourd'huy 
En  chœur  collégial  et  en  canonicat 
Par  pouvoir  concédé  par  le  Pontificat  »  (1) 

En  effet  les  miracles  succédant  aux  miracles,  Pierre  IX,  baron 
du  Pont-l'Abbé  et  de  Rostrenen,  vicomte  du  Paou,  de  Porhoôt  et 
de  Pontrieux,  sire  de  Carnoôt,  du  Quelenneo,  du  Ponthou  et  des 
Cïée,  obtint,  en  1483,  du  pape  S  xtelV,  une  bnjie  «érigeant  Téglise 
de  RoBlrenon  en  collégiale  et  en  paroisse.  Gh  document  pré- 
cieux, conservé  jusqu'à  nos  jours,  est  des  plus  intéres  ants  mais 
trop  long  pour  que  nous  le  transcrivions  ici.  Contentons-nous 
d'en  analyser  les  principales  disposilioris. 

Pierre»  sire  du  Pont  et  de  Rostre. len,  au  diocèse  de  Quimper, 
et  Booan  de  Coëtmeur,  licencié  en  droit  civil  et  en  droit  canon, 
recteurde  la  partisse  de  Moêlou,  dont  faisaient  partie  le  château 
de  Rostrenen  et  la  bourgade  du  mémo  nom,  demandaient  au  Sou~ 
verain  Pon tire  d'ériger  en  collégiale  lia  chapelle  de  Notre-Dame 
pour  laquelle  le  baron  Pierre  se  sentait  pénétré  d'une  grande  dé- 
votion. Ce  seigneur  se  proposait  de  compléter,  sur  ses  biens  per- 
sonnels Ja  dotation  de  la  nouvelle  co  légiale  et  demandait  que 
celle-ci  fût  ôlbvée  au  titre  d  église  paroissiale,  à  laquelle  serait 
annexée  la  ch^tpelle  de  Saint-Jacques,  située  non  loin  delà  forte- 
resse> 

Le  Pape  décida  qu'il  serait  fait  droit  à  toutes  ces  requêtes  et 
m\ij  pour  l'avenir,  dans  la  dépendance  de  Téglise  collégiale  de 
Rostrenen^  celles  deKergrist(\loëlou)et  de  Saint-Jacques.  Il  créa 
un  doyen,  supérieur  hiérarchique  du  chapitre  et  de  la  paroisse, 
plus  six  chanoines  prébendes  à  qui  Pierre  s'engageait  à  fournir, 
ou  assurer,  une  somme  annuelle  de  120  livres,  soit,  à  chacun, 
une  valeur  de  20  livres  en  monnaie  bretonne.  En  retour,  Pierre 
et  ses  descendants  en  ligne  directe  reçurent  du  Pape  le  droit  de 
présenter  les  candidats  pour  les  dignités  de  doyen  et  de  chanoine, 
dignités  que  leur  conférait  révéque  de  Quimper  sur  Tavis  con- 
forme du  chapitre. 

Ronan  de  Coëtmeur,  recteur  de  Moôlou  en  Kergrist,  appelé 
également  René  du  Pont,  quatrième  frère  du  baron  Pierre  IX  du 


<l)  L«  TiQQxc&n tique  place,  à  tort,  en  1440,  Térection  de  l'églite  de  Rostre- 
aen  #n  collégiale  «i  en  paroisse.  La  buUe  porte  bien  la  date  de  148S. 


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J 


HISTOIRE  DE  NOTRE-DAME  PE  ROSTRENEN  147 

Pont  et  de  Rostreoen,  fut  le  premier  doyeo  de  la  nouvelle  collé- 
giale* Ce  fut  lui  qui,  envoyé  à  Rome  par  le  Duc  de  Bretagne,  en 
rapporta  la  bulle.  L'abbé  du  monastère  de  Langonnet  (situé  à 
environ  18  kilométrée  de  Rostrenen)  assisté  du  grand  chantre  et 
de  rarchidiacre  de  Tréguier,  conféra  à  Ronan  de  Goétmeur  l'in- 
vestiture des  biens  temporels  attachés  à  ses  nouvelles  fonolions. 
Ce  René,  ou  Ronan  du  Pont>  n'était  pas  un  petit  personnage  :  il 
figure  daos  le  deuil  de  Charles  Vin>  dans  la  transaction  du  Prince 
d'Orange  avec  le  feu  doc  François  II,  son  onc|e,  pour  le  partage 
de  Catherine  de  Brtagne.  sa  mère,  le  22  avril  1496.  Il  y  signe 
comme  maître  dFs  requêtes.  De  môme>  au  contrat  de  mariage 
de  Louis  XII,  roi  de  France  avec  la  duchesse  Anne,  veuve  de 
Chartes  VIII,  figure  la  signtture  de  «  René  du  Pont,  archidiacre 
de  Plougastel,  maistre  des  requestes  et  conseiller  ordinaire  de 
Bretagne  »  le  14  janvier  1498  (1).  Sa  signature  se  trouve  encore 
en  1499,  au  contrat  qui  maintient  les  droits  et  privilèges  du 
pays- 
Pierre  IX  du  Pont-rAbbé  après  avoir  fait  ériger  en  collégiale 
et  en  paroisse  Téglise  seigneuriale  de  Rostrenen,  sous  le  vocable 
de  Notre-Dame  du  Roncier,  la  dota  richement  et  y  fit  faire  d'im- 
portantes restaurations.  On  fondit  les  deux  grandes  cloches  que 
Ton  appelait  «  la  cloche  du  midi  et  la  cloche  de  Thorloge  »  et 
bientôt  s*éleva  dans  les  airs  la  flèche  hard'e  qui,  jaiis,  surmon- 
tait la  tour  de  cette  église  et  «  que  Monsieur  Jacques  Hamon,  fa- 
brique  de  Nostre-Dame  de  Rosirenen,  fisi  descendre^  en  164S, 
attendu  qu'elle  penchait  sur  Vesglise  et  menaçait  ruine  (2).  tu 

Il  ne  reste  plus  aujourd'hui  que  la  moitié  da  la  tour  primitive 
dont  la  façade  occidentale  fut  reconstruite  en  1776. 

Pierre  IX,  baron  de  Rostrenen  et  du  Pont-l'Abbé,  avait  épousé 
le  19  décembre  1454,  Hélène  de  Rohan-Guémené,  fille  de  Louis  I 
de  Rohan,  sire  de  Guémené,  et  de  Marie  de  Montauban,  et  tient 
one  place  considérable  dans  Thistoire  de  son  époque.  Il  joua  un 
rôle  particulièrement  important  dans  la  ligue  formée  en  1480 
par  les  seigneurs  bretons  contre  Pierre  Landais,  favori  et  mi- 
nistre de  François  II,  duc  de  Bretagne  ;  puis,  en  1487,  dans  celle 
des  seigneurs  contre  le  Duc,  entièrement  gouverné  par  les 
étrangers  qui  disposaient  souverainement  de  tout,  au  grand 


(0  Dom  lloricc,  Pr.  UI,  p.  815. 

(2)  Généalogie  manuscrite  des  Barons  de  Rostrenen, 


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I 


141  RKVUE  DE  BRETAGNE 

détriment  de  la  Bretagne  (!).  Mais  le  baron  îPierre  de  Rostrenen 
fut  aussi  des  premiers  à  se  rallier  au  Duc  de  Bretagne^  quand 
caluî'Cif  attaqué  et  en  péril,  dans  la  guerre  commencée  contre 
la  Bretagne  par  la  régente  Anne  de  Beaujeu,  fit  appel  à  ses 
vaillants  et  loyaux  seigneurs  pour  défendre  l'indépendance  ^e 
ta  province. 

La  bataille  de  8aint-Aubin-du-Gormier,  livrée  le  28  juillet 
1488,  fut  funeste  aux  Bretons,  malgré  leur  bravoure,  et  coûta  la 
vie  à  Pierre  du  Pont-l'Abbé,  comme  au  sire  de  Léon,  fils  du  vi- 
comte de  Rohan  ;  à  Vincent  du  Pont,  frère  de  Pierre  ;  au  sire  de 
la  Roche- Jagu,  etc., 

La  corps  du  dévot  seigneur  de  Rostrenen  fut  tranporté  solen- 
nellement en  la  collégiale  qu'il  avait  fondée  et  inhumé  dans  le 
chœur  de  cette  église.  Or,  «  le  3  février  1716,  les  journaliers,  pér- 
it çant  dans  le  chœur  de  Téglisede  Rostrenen,  trouvèrent  dans 
K  une  enfeiiede  la  seigneurie  une  bière  de  plomb  dont  Vouver- 
«  ture  ayant  été  faile  devant  Messieurs  les  doyens  et  chanoines, 
a  Messieurs  les  sénéchal  et  procureurs  d'office  et  autres  pér- 
it sonnes  présentes,  on  trouva  dans  une  autre  bière  de  planches 
u  qui  esioit  enchâssée  dans  la  précédente,  un  corps  tout  entier 
^  ayant  ses  cheveux,  ss  barbe,  ses  mains,  môme  ses  ongles,  ce- 
«  pendant  enterré  depuis  1488  jusqu'à  1716,  ce  qui  fait  228  ans, 
tt  ce  qui  parut  fort  extraordinaire  ;  c'est  le  corps  de  Pierre  du 
M  Pont,  fondateur  de  l'esglise  collégiale  de  Notre-Dame  de  Ros- 
«  trenea.  On  trouva  ses  armes  escartelées  de  celles  de  Ros- 
«  trenen  gravées  sur  une  pierre  grise.  On  trouva  aussi  la  moitié 
K  d'une  autre  bière  de  plomb  dans  laquelle  estoient  seulement 
«  des  ossements  m  (2). 


m,  —  PENDANT  LES  GUERRES  DE  LA  LIGUE 

A  la  fin  du  XVP  siècle  la  Cornouaille  bretonne  jouissait  d'une 
grande  prospérité,  quand  éclata  l'un  de  ces  terribles  fléaux  qui, 
en  peu  de  temps,  transforment  un  pays  heureux  en  un  thé&tre 
de  ruines  et  de  désolation.  Les  guerres  de  Religion  vinrent  ar* 


(1)  Dont  MoHce,  Hist  de  Bret.,  U.  153,  et  II,  164. 

(2)  Oénéatogie  manuscrite  des  Barons  de  Rostrenen.  La  leconde   bien  éuit 
p«ut-«tra  oelle  d^U&ièûe  de  Rohan,  épouse  de  Pierre,  et  qui  lui  survécut  îusqm*«n 


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UISTâË  NOTH£>DAMK  DK  KOSTRENËN 


l(i9 


fêter  le  progrès  daiopulation,  qui  avait  été  un  des  traits  ca- 
ractéristiques de  lanière  moitié  du  XVI*  siècle.  Le  désordre 
admioislratif,  uni|  querelles  de  partis,  les  déprédations  et 
les  excès  comiuïs  fes  gens  de  guerre,  les  proscriptions  et 
I  émigralion  des  pilants,  firent  perdre,  à  la  plus  grande  par- 
tie de  ïa  France,  tee  qu'elle  avait  acquis  de  richesses  et  de 
bien  être  depuis  Cl;s  VIII. 

La  misère  régna  ouveau  sur  nps  campagnes.  Elle  fut  peut- 
être  plus  navrante  Jretagneque  dans  les  autres  provinces  du 
royaume- 

L'évêché  de  CornJle  fut  particulièrement  éprouvé  et  devint 
'a  proie  «  des  gensii^uerre  de  Tung  et  de  l'autre  party,  tant 
estrangers   Angfoyifiispagnolz,    Suisses,    Lansquenetz   que 
autres  (ij  «^  dit  un  liment  du  temps,  qui  ajoute  que  «  lesdicts 
gens  de  guerre,  quît  séjourné  en  icelles  (paroisses),  les  ont 
oppressées,  ravagéf  foullées,  vivant  insollemment,  inpossant 
sur  ycelles  leur  audritté  privée  »  prenant  le  bétail  «  desdicts 
pauvres  habitants  ^sdictes  parrouesses  qui  estoit  toute  leur 
nourriture.,.  »  prert  et  vendant  leurs  terres,  «  de  fasson  que 
Ce  qui  reste  en  vye^esdicts  habittants  dudict  évesché,  sont  mi- 
sérables, combien   *il8  soint  en  sy  petit  nombre  que,  de  troys 
centz  personnes  o  estoinct  auparavant  lesdictes  guerres,  il 
n'en  reste  maintent  vingt,  ayant  esté  contrainctz  de  quicter  et 
^abandonner  leurnaysons  et  habitations,  n'ayant  durant  ledit 
temps  peu  trouverulcun  surs  accez,  leurs  terres  demeurées  en 
frische  et  non  laturées....  en  sorte  que  c'est  Tendroict  de  tout 
le  pais  et  duché  d^iretaigne  le  plus  pauvre  ot  plus  ruyné  et  plus 
désolé,  et  où  las  fns  de  guerre  ont  plus  abondé  que  en  nul 
auUre  endroict  duit  païs  auquel  evesché  et paroesses  les  armées, 
ïant  de  Sa  Majest  que  du  contraire  party  Prançoys  et  Estran- 
gers  ont  demeuré  séjourné,  passé  vescu  à  discrétion  avecque 
tonte  licence  deshrdée  depuis  le  commencement  de  Tannée  mil 
cincq  cents  quattt  vingtz  traize  jusques  à  Tannée  dernière.  » 

La  Torteresse  d|  Rostrenen  soutint  quatre  sièges  en  trois  ans 
(1591,  1592,  1593)  iîtî  la  part  du  duc  de  Mercœur  et  de  don  Juan 
de  Relgie  colon  el^d es  armées  espagnoles  en  Bretagne, 

Ci)  Biblioth^ne  Atioftftle,  llss.  CoU.  des  Blanes-Manteauœ,  vol.  lU,  Ano. 
«Un«m«iit.  ATïjoiirrJ^ui  Ut.  F      •»îS|l,  f.  2&8  à  26&. 
m  làid.  iloffl. 


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REVUE  DE  BRETAGNlj 


S  Toussaint  de  Beau- 
dès  Trente.  Il  em- 
commandement  de 

ège  d'Ancenis,  d*un 


Le  seigneur  baron  deRostrenen  était  aL 
manoir,  de  l'iîlustre  maison  du  capitain 
brassa  le  parti  de  Henri  IV  et  fut  chargé 
toute  rinfanterie  en  Bretagne.  Blessé  au 
coup  d'ârquebusade^  il  décéda  à  Rennes,  (h  s  suites  de  sa  bles- 
sure, le  samerlî  17  mars  1500,  et  son  corps  tut  conduit  à  Rosire- 
neo  selon  la  volonté  exprimée  dans  son  testament  «  qu'il  fit  très 
cathollquemerit  '*  (1). 

Ce  seigneur  avait  restauré  le  donjon  du  château  de  Rostrenen 
et  las  voûtes  du  rez-de-chaussée.  Il  ne  lefssait  qu'une  flUe  qui, 
à  Vkge  de  quatre  ans,  devint  baronne  du  Pont  et  de  Rostrenen, 
vicomtesse  du  Faou,  vicomtesse  du  Bessoretdame  d'une  infi- 
nité de  châtellenJes  (2).  Ce  fut  peu  après,  en  1592,  vers  la  fin  de 
juin,  que  le  châtaau  de  Rostrenen  fut  pris  par  les  royaux,  mais 
le  duc  de  Mercœur  le  reprit  bientôt,  après  jjn  siège  de  sept  jours, 
et  y  fit  mettre  le  feu.  En  1601,  on  acheva  de  raser  cette  forte- 
resse sur  l'ordre  de  Henri  IV  qui  Tavait  soumise  à  son  pou- 
voir. 

On  pense  bien  que  le  pèlerinage,  déjà  célèbre,  de  Notre-Dame 
de  Rostrenen  dut  subir  cruellement  le  contre-coup  de  la  guerre 
civile  qui  ensanglantait  le  pays.  Mais,  après'les  fureurs  de  l'ou- 
ragan, le  calme  renaît  dans  la  nature  et  la  végétation  reprend 
un  nouvel  et  splendide  essor.  De  môme,  surlea  ruines  religieuses 
amoncelées  par  la  Ligue  en  Bretagne,  rayonna  bientôt,  plus 
brillant  que  jamais,  le  soleil  de  la  Foi,  et  ce  pays  désolé,  déses- 
péré, se  releva  à  ta  voix  puissante  du  Père  Maunoir,  l'apôtre  de 
la  Bretagne  au  XVII*  siècle.  Les  églises  furent  restaurées  et  les 
lldëles  accoururent  en  foule  à  la  mission.  Ce  fut  un  magni- 
fique mouvement  de  renaissance  chrétienne; 

La  roQtaine  de  Notre-Dame  de  Rostrenen.  détruite  pendant  les 
guerres,  fut  relevée  de  ses  ruines,  en  1696,  bar  Claude  Loyer, 
doyen  de  la  collégiale,  et  les  miracles,  plus  nombreux  que  jamais 
au  XVn*  siôck^,  rendirent  à  notre  pèlerinage  sa  primitive  splen- 
deur. Tous  les  seigneurs  du  pays,  et  les  simples  fidèles  eux- 


(t)  Dom  Mopic»,  Pr.  îll,  p.  1907. 

(f  )  Comt^Mtf  Jègaiî  dtt  Laz,  Histoire  de  la  Baronnie  de  Rostrenen^  Hélène  de 
Ba«iîS)&a4^ir  vfti  f^llbre  par  tea  deux  unioM  «^-JUieareuaea,  avec  René  de 
Tôtiroemiofl^  tuirpri  de  la  HiMiandaje,  et  a?eo  <*  '^"^^^Çotaé-Brisaao,  mar- 
%m%  d^Aûignê.  \ 


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HISTOIRE  DE  IfOTRE-DAMB  DE  ROSTRENEN  151 

mêmes,  enrichirent  de  leurs  donations  et  fondations  l'église 
consacrée  à  la  Vierge  da  Buisson,  ainsi  qu'en  témoigne  le  vieux 
cantique  qui  fut  composé  vers  la  moitié  du  XVII*  siècle  : 

€  Le  peuple  11*7  voyant  que  raugmentation 
Kt  Taccroit  Journalier  de  la  dévotion 
Firent  fondation  pour  y  estre  desservies 
Partie  desquels  se  paient  encore  ce  lourd  huy 

•c  Si  cette  piété  par  les  dissentions 

Bmenés  dans  le  vulgaire  et  les  séditions. 

T  fust  interrompeue  dedans  les  premiers  temps 

Nous  la  voyons  reluyre  dedans  nos  derniers  ans  • 

La  madone  de  Roatrenen  encourageait  par  ses  nombreux  bien- 
faits le  zèle  renaissant  de  ses  dévots  serviteurs,  mais  aussi  elle 
ne  manquait  pas  de  punir  les  infidèles  et  les  ingrats,  et,  malgré 
la  longueur  de  la  citation,  nous  ne  pouvons  résister  au  désir  de 
raconter  à  nos  lecteurs,  par  la  voix  naïve  du  vieux  cantique,  la 
très  curieuse  histoire  de  René  Rivoal.  Elle  se  passait  en  1626  : 

€  Un  de  Plonguemével  (l)  nommé  René  Rivoal 
Meunier  estant  un  Jour  attaqué  du  haut  mal 
Sortant  pour  donner  Teau  estant  sur  la  chaussée 
Tomba  dedans  l'estang  et  y  fust  submergé 

Sa  femme  et  austres  gens  qui  estolent  au  moulin 
Voyant  qu'il  ne  venoit  pour  y  moudre  leur  grain 
Sortant  sur  la  chaussée  trouvèrent  son  chapeau 
Tombé  dedans  l'estang  et  flottant  sur  les  eaux 

Alors  la  pauvre  lemme  Jetant  soupirs  et  crys 
Ck>ngooissaat  dès  longtemps  le  mal  de  son  m^ry 
Remarquant  son  chapeau  oonnust  incontinent 
LasI  qu*il  estoit  tombé  et  noïé  dans  Teitang 

Prosternée  à  genoux,  de  piété  remplye 
Invoquant  Notre-Dame  de  Rostrenen  pour  luy 
Dans  la  mesme  moment  il  leur  donna  la  main 
Et  sortit  de  l'estang  sauf  et  gaillard  et  sain 


>6 

u 

à 


(t)  Bovrf  litaé  à  eoTiron  tix  kilomèirta  de  Rostrenen. 


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lit  REVUE  t)B  ÈRETAGNB 

Les  mosmes  personnes  ont  dit  qui  estoient  là  présents 
Qa'il  fnst  une  bonne  heure  au  profond  de  Testang 
Et  que  cest  endroict  mesme  où  Ton  vit  son  chapeau 
ÀToit  de  profondeur  plus  de  trois  brassées  d'eau 

Ceflt  homme  cognoissant  ceste  grande  bonté 
Dont  la  mère  de  Dieu  l'avoit  favorisé 
En  action  de  grâces  pour  accomplir  son  vœu 
Résolut  à  rinstant  de  luy  faire  un  legs  pieux 

Pour  réparer  l'église  de  Rostrenen  il  dit 
De  rendre  une  bonne  vache  et  puis  à  son  profit 
Donner  le  prix  dMcelle  avec  intention 
De  remplir  en  efiet  son  obligation. 

0  traict  d*ingratitude  !  O  insensible  cœurt 
Oublier  des  bienfaiots  après  tant  de  faveurs  < 
Ce  meunier  infidèle  qui  les  avait  receus 
Flatté  par  l'avarice  a  rétracté  son  vœu 

Hais  le  Dieu  débonnaire  iustement  le^punit 
Car  quinze  iours  après,  la  parole  il  perdit 
L'espace  de  quatre  iours  fust  véritablement 
Estimé  comme  mort  sans  aucun  mouvement 

Sa  femme  repentie  au  quatrième  iour 
Demanda  au  Seigneur  le  pardon  et  secours 
S'adressa  de  rechef  à  la  mère  de  pitié 
Et  fust  dans  le  moment  son  mary  délivré 

Qui  estant  revenu  le  treizième  de  may 
Luy  présenta  le  vœu  qu'il  luy  avoit  légué 
Lan  mil  six  cent  vingt  six  à  la  veue  du  public 
La  vérité  du  tout  fùst  en  Tendroict  escrite  (1) 


(t)  ri«u?  eaniiqtte  de  Notre-Dame  de  Rostrenen.  C'ett  toat  cetu  forme  ikaïve 
*       et  Jégeîtdeîre  que  rtiistoire  de  noire  pèlerinage  te  transmit  oralement  de  père  en 
flU  dani  U  petite  ville  Cornouailllaiso.  Le  cantique  n*avait  jamais  été  imprimé 
i^quk  U  £Ln  du  XIX*  siècle,  mais  il  existait  en  copie  manuscrite  dans  tontes 
(I)  Et  famitlei  de  Eostrenen. 
(ï)C 
Be«ttmt 
Tournf 
qui!  d* 


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HISTOIRE  DB  NOTRE-DAME  DE  ROSTRBNBN  l&S 


IV.  —  LBS  RESTAURATIONS  BT  EMBELLISSEMENTS  DE  L^ÉQLISB 

Au  XVIIl*  siècle  on  fit  de  grandes  réparations  à  la  vieille  église 
de  Noire-Dame  de  Rostrenen.  Dès  le  15  mars  1609,  des  bannies 
furent  faites  à  Rostrenen,  à  Olomel,  à  Plouguernevel,  à  Kergrist- 
MoôIoQ  et  à  Paoul  (Paule),  pour  Tentreprisedu  marché  Ue  la 
réédification  du  chœur  de  l'église.  On  abattit,  en  1749,  la  flèche 
du  clocher  qui  menaçait  ruine,  ainsi  que  nous  l'avons  dit  plus 
haut. 

C'est  également  à  cette  époque  que  Ton  reconstruisit  une 
partie  du  porche,  en  conservant  toutefois  sa  base  et  les  niches 
du  plus  pur  style  ogival,  dans  lesquelles  existaient,  avant  la 
Révolution,  les  statues  de  granit  des  douze  apôtres,  dont  deux 
seulement  ont  échappé  aux  fureurs  révolutionnaires  (1).  Enfln^ 
eu  1770,  on  refit  une  partie  de  la  tour. 

A  l'intérieur  le  temple  de  la  Madone  s'embellit  également, 
grâce  à  la  générosité  des  pieux  seigneurs  et  aux  dons  des  pèle- 
rins. 

L'église  de  Rostrenen  possède  encore  aujourd'hui  les  su- 
perbes boiseries  sculptées  de  ses  trois  autels.  Ceux  des  chapelles 
latérales  sont  particulièrement  remarquables.  Ils  furent  offerts 
à  Notre-Dame,  par  haute  et  puissante  dame  Florimonde  de  Lan- 
tivy^  baronne  de  Rostrenen,  épouse,  en  1705,  de  messire  Jean- 
Qilles  de  Rougé,  marquis  du  Plessis-Bellière,  mort  deux  ans 
après  au  siège  de  Saragosse  à  Tâge  de  25  ans.  La  baronne  de 
Rostrenen  vint  habiter  le  château  de  ce  nom  qu'elle  avait  fait 
reconstruire  dans  le  goût  moderne. 

A  Tautel  de  Notre-Dame  de  Rostrenen  se  trouvent  deux  statues, 
représentant  saint  Louis  et  sainte  Catherine,  dont  les  figures 
sont,  dit-on,  les  fidèles  portraits  des  deux  enfants  de  la  baronne 
de  Rostrenen  qui  posèrent  pour  leur  exécution.  Le  marquis 
Louis  de  Rougé  du  Plessis-Bellière  y  est  représenté  sous  les 
traits  du  roi  saint  Louis,  et  Innocente-Catherine  de  Rougé, 
future  duchesse  d'Elbœuf  et  baronne  de  Rostrenen,  sous  ceux 
de  sa  patronne  sainte  Catherine. 

(1)  Elles  M  trooTent  actofllement  dans  le  cimetière,  à  la  porte  de  la  ourieose 
eitapeUe  de  Saiai-Jaoqnfs.  Ces  statues  disparues  du  porche  de  Téglise  ont  ét^ 
r«Biplae4es  par  des  statues  modernes,  ûsuf  res  d'un  artiste  du  pajs,  et  ofiertes  à 
l'iglise  par  Me  Boashé,  également  né  à  Rostrenen. 

Mên  iêê9  H 


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I 


1S4  REVUE  DE  BRETAGNE 

Le  Chœur  de  l'église  est  orné  de  stalles  qui  paraissent  remon- 
ter à  la  même  époque  que  les  boiseries  d'autels.  Il  en  est  de 
même  de  la  chaire  tout  aussi  remarquablement  sculptée. 

C'est  également  dans  le  cours  du  XVIIP  siècle  que  l'on  doit 
placer  un  événement  d'autant  plus  intéressant  à  relater  ici  que, 
jusqu'à  ce  jouvy  la  tradition  seule  nous  en  a  conservé  le  souvenir* 
Cela  prouve  qu'il  se  passa  après  la  composition  du  vieux  can- 
tique qui  n'eût  pas  manqué  de  le  relayer.  Nous  en  tenons  le 
récit  d'un  vieillard,  notre  aïeul  maternel,  qui  Tavait  lui-même 
reçu  de  ses  parents. 

Comme  toutes  les  anciennes  villes,  Rostrenen  comptait  encore 
au  XVIII"  siècle  bon  nombre  de  ces  vénérables  demeures  avec 
«  pignons  sur  rue  »  qui>  pour  la  plupart,  étaient  en  partie  eons- 
traites  en  bois.  Ces  maisons  à  Taspect  pittoresque  et  vieillot,  très 
rapprochées  les  unes  des  autres,  devenaient  une  proie  facile  aux 
atteintes  du  feu;  quand  un  incendie  éclatait  dans  un  quartier  de 
la  ville,  il  n'était  pas  rarQ  de  voir  des  rues  tout  entières  se  con- 
sumer  ainsi  en  quelques  instants,  en  dépit  du  concours  apporté 
par  les  habitants  pour  combattre  la  rapide  extension  du  fléau 
destructeur*  On  comprend  donc  sans  peine  la  terreur  qui  se 
répandait  soudain,  quand,  parfois,  au  milieu  des  ténèbres  de  la 
nuit,  apparaissaient  de  sinistres  lueurs  et  que  Ton  entendait,  se 
mêlant  uu  son  du  tocsin,  ce  cri  terrifiant  mille  fois  répété  de 
proche  en  proche  :  «  Au  feu  1  Au  feu  !»  En  un  clin  d'œil,  tout  le 
monde  était  sur  pied,  et,  devant  le  danger  commun,  d'un  embra- 
sèment  général,  nul  ne  songeait  à  autre  chose  qu'à  prodiguer 
son  dévouement  et  ses  forv3e8,  et  à  contribuer  au  salut  de  ceux 
qui  lui  étaient  chers. 

Tel  fut  le  tragique  spectacle  que  présenta  un  jour  la  petite 
ville  de  Ro&trenen  :  le  feu  s'était  déclaré  au  haut  de  la  place  du 
Marché,  et,  malgré  tous  les  efforts,  il  gagnait  du  terrain  de  mi- 
nute en  minute,  menaçant  de  tout  anéantir.  L'eau  était  insuffla 
sante^  Tétang  assez  éloigné  de  ce  point  de  la  ville^  la  douleur  et 
la  consternation  à  leur  comble,  et  chacun,  découragé,  assistait, 
impuissant,  à  l'anéantissement  de  la  demeure  de  ses  aïeux. 
Soudain  quelqu'un  eut  une  inspiration  sublime  !  «  Que  l'on  sorte 
la  Vierge  \  —  s'écria-t-il,  — Que  Notre-Dame  sauve  sa  cité  !  »  Le 
clergé  se  précipite  à  l'église,  la  foule  le  suit  et,  bientôt,  le  buste 
miraculeux,  aux  lueurs  de  cette  sinistre  illumination,  parcourt 
procêssionoeilement  le  quartier  en  péril  et  fait  le  tour  de  la 


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HISTOIRE  DB  NOTRB-DAMB  DE  ROSTRENBN  U5 

place  embrasée.  Ce  qui  se  passa  alors  fut  merveilleux  et  contri- 
bua sans  doute  à  affermir  encore^  dans  le  cœur  de  nos  pères»  la 
foi  et  famoar  qu'ils  professèrent  toujours  à  TégarJ  de  la  Vierge 
du  Buisson.  A  mesure  que  passait  la  Madone,  entourée  de  ses 
enfants  en  prières,  le  feu  s'éteignait  soudain  miraculeusementl... 
Bientôt  aux  cris  de  joie  se  mêlait  le  chant  du  vieux  cantique  de 
Notre-Dame,  remplaçant  les  clameurs  de  détresse  1  La  cité  était 
sauvée  I  et  tt)us  se  précipitèrent  dans  le  temple  de  Marie  pour 
une  solennelle  action  de  gr&ces.  Ne  serait-il  pas  f&ch^ux  que  le 
souvenir  de  ce  miracle  disparût  à  jamais  de  la  mémoire  de  nos 
eafants?... 


V.  —  ACCaOISSBMENT  DU  CULTE  DB  NOTRE-DAM B 

Le  culte  de  Notre-Dame  de  Rostrenen,  fort  en  honneur  dans 
la  haute  Cornouaille,  s'était  également  répandu  dans  tous  les 
diocèses  voisins,  aussi,  dès  les  premiers  temps^  avait-on  établi, 
chaque  année,  une  fôte  solennelle  spécialement  destinée  à  per- 
pâiuer  la  mémoire  de  la  découverte  du  buste  miraculeux.  La 
rigueur  de  la  saison,  la  difficulté  des  communications  par  des 
chemins  à  peine  frayés  à  travers  les  landes  et  les  bois,  rendaient 
difficile  d'assigner  définitivement  à  la  célébration  de  cette  fâte 
la  date  anniversaire  de  Tinvention  de  la  statue,  c'est-à-dire  l'un 
des  premiers  jours  de  décembre.  La  foire  résultant  de  cette  as- 
semblée primitive  fut  donc  seule  conservée  (1)  et  la  fête  patro- 
nale, le  soiennôl  pèlerinage,  fut  désormais  célébré  en  grande 
pompe  le  15  août  de  chaque  année,  jour  de  l'Assomption  de  la 
bienheureuse  Vierge  Marie,  désormais  appelé  à  Rostrenen  le 
<  Pardon  de  la  Mi-Août  »  ou  simplement  «  la  Mi- Août  ». 

Ce  «  pardon  »  (2)  attirait  et  attire  encore  aujourd'hui  à  Ros- 
trenen des  miniers  de  pèlerins  et  des  visiteurs,  venus  souvent 
de  fort  loin.  Ce  sont  ces  étrangers  que  l'on  appelle  les  «  Cousins 
de  Mi- Août  n.  Parmi  eux  se  trouvent  en  grand  nombre  des  Ros- 
irenoit  que  les  nécessités  de  l'existence  ont  entraînés  loin  de  leur 


(1)  La  foin  du  Bot  ou  da  Buitton  dont  noat  avons  parlé  plas  haut. 

(0  Lei  Jaif4  donnaient  ce  même  nom  de  pardon  à  ane  de  leurs  frrandes  fêtes 
et  01  aoïumait  éH^lement  ainsi  les  Jubilés.  Ce  nom  Tient  sans  doute,  à  nos  pèle- 
rmaf««  breton?,  des  indulgences  qui  j  furent  attachées  an  mojen  âge,  el  que 
gtgnalent  lei  pèlerins. 


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156  KEVÛB  DE  BRETAÛNB 

pays  oatal,  et  dont  beaucoup  ont  à  cœur  de  venir,  ce  jour-là,  se 
retremper  au  milieu  de  la  famille  et  aux  pieds  de  la  Vierge  véné- 
rée vers  laquelle  leur  amour  fidèle  fait,  par  la  pensée,  plus  d'un 
•  pèlerinage  chaque  année!... 

Parmi  les  plus  célèbres  c  Cousins  de  Mi-Août  »  nous  citerons 
le  peintre  breton  Olivier-Stanislas  Perrin,  fils  de  Joseph  Perrin, 
ancien  notaire  et  de  Catherine  Bigeon^  né  à  Rostrenen  le  2  sep- 
tembre 1761,  auteur  de  la  Galerie  bretonne  et  de  plusieurs 
oeuvres  remarquables.  Olivier,  dévot  serviteur  de  Notre-Dame 
de  Rostrenen,  lui  fit  don  d'une  de  ses  œuvres, le  beau  tableau  de 
l'Assomption  qui  est  l'un  des  plus^récieux  ornements  de  Tan- 
tique  église  collégiale.  Il  mourut  à  Quimp^er  le  14  décembre  18d2. 

On  autre  «  Cousin  de  Mi-Août  »  qui  porta  le  culte  de  Notre- 
Dame  fous  tous  les  ciels  et  sur  toutes  les  mers,  ce  fut  M*"  Bouché, 
de  douce  et  pieuse  mémoire,  qui,  né  à  Rostrenen  en  1828,  fut 
tour  à  tour  étudiant  en  médecine,  prêtre  le  22  décembre  1855, 
vicaire  à  Ploubazlanec  durant  trois  ans,  puis  inscrit,  le  25  juin 
1859,  sur  les  cadres  de  l'Aumônerie  de  la  Marine.  Aumônier  su- 
périeur de  la  marine  en  1874,  il  fut  nommé  évoque  de  Saint- 
Brieuc  le  20  septembre  1882  et  mourut  le  4  juin  1888. 

Celui  que  la  Bretagne  entière  avait  surnommé  T  «  Evêque  de 
Saint'Vves  »  dont  il  avait  restauré  le  tombeau,  portait,  en  son 
pays  de  Gornouaille,  un  autre  nom  encore  :  «  Y  Evêque  de  Notre- 
Dame  û  00  tt  V Evêque  de  la  Vierge.  » 

Notre  cadre  trop  restreint  ne  nous  permet  pas  de  retracer  ici 
la  vie  si  i  ntéressante  de  ce  prélat  breton,  si  véritablement  breton  ! 
Disons  seulement  qu*il  fut  Tun  des  plus  fidèles  clients  de  la 
Vierge  du  Buisson,  dont  le  souvenir  le  suivait  partout  durant 
ses  longs  voyages,  et  que  l'un  des  derniers  actes  de  la  vie  de 
M'^  Bouché  fut  Tobteotion  des  honneurs  du  couronnement  pour 
sa  chère  Madone.  La  mort  Tempôcha  hélas  !  de  poser  lui-môme 
cette  couronne  d'or  sur  le  front  de  la  Vierge  du  Buisson.  Il 
avait  semé,  un  autre  devait  avoir  les  joies  de  la  moisson.  Notre- 
Dame  de  Rostrenen  fut  couronnée  par  M"  Fallières,  successeur 
de'Mt'  Bouché,  le  15  août  1900. 

Jusqu*à  la  Révolution  le  pèlerinage  de  Notre-Dame  de  Rostre- 
nen ne  subit  aucune  interruption  et  la  fôte  de  Mi-Août  se  célét)rait 
encore,  à  la  fin  du  XVIII*  siècle,  avec  beaucoup,  de  spl^^deur. 
Les  usages  d'autrefois  s'étaient  transmis  de  père  en  fils,  dans 
toute  leur  pittoresque  naïveté,  et  des  paroissiens  revôtus  de  cos- 


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HISTOIRE  DE  NOTRE-DAME  DE  ROSTRENEN  15? 

tûmes  variés  figuraient  au  cortège  de  la  procession  représentant 
divers  personnages  de  la  Sainte  Ecriture.  Les  anges,  les  saints  y 
figuraient,  et  môme  le  démon,  sous  la  forme  du  serpent^  ainsi 
que  dans  les  vieux  mystères  du  Moyen  Age. 

Les  derniers  souvenirs  de  ces  curieuses  manifestations  de  la 
Foi  de  nos  pères  se  trouvent  dans  l'inventaire  des  meubles  et 
effets  mobiliers  appartenant  à  Téglise  de  Rostrenen,  en  1794,  in- 
ventaire fait  par  la  municipalité  de  la  ville. 
Ce  document  énumère  entr'autres  les  objets  suivants  : 
«  Un  habit  de  peau  servant  au  faisant,  le  personnage  de  saint- 
Jean,  à  la  procession  de  la  mi-août; 
«  Deux  couronnes  ; 

«  Le  corset  et  la  jupe  du  représentant  saint  Michel  et  le  Serpent  ; 
«  Quatre  paquets  de  rubans  qu'on  prdtoit  aux  enfants  pour 
ladite  procession  ; 

«  Quatre  écheveaux  de  fil  fin  brouillé,  deux  petits  bonnets  de 
toile,  une  coiffe,  deux  petites  chemises,  un  paquet  de  vieux  faux 
galons,  etc...  ; 
«  Une  statue  en  ange  vêtu.  » 

La  tradition  nous  rapporte  que  nos  pères  avaient  imaginé  un 
ingénieux  mécanisme,  au  moyen  duquel  un  ange,  descendant  du 
clocher  une  torche  à  la  main,  venait  allumer  le  feu  de  joie  dressé 
sur  la  place  publique.  La  «  statue  en  ange  vêtu  »,  relatée  dans 
Tinventaire,  était  peut-être  celle  même  qui  jouait  jadis  ce  grand 
premier  rôle  au  jour  de  la  mi-août. 

Le  culte  catholique  fut  entièrement  suspendu  à  Rostrenen 
pendant  la  Révolution.  Cette  ville  devint  le  chef-lieu  d'un  district 
important  et  de  nombreux  brigandages  désolèrent  le  pays.  Les 
archives  de  la  paroisse,  comme  celles  de  la  baronnie,  furent  li- 
vrées aux  flammes,  les  prêtres  insermentés  remplacèrent  à  l'é- 
glise le  curé  de  Rostrenen  et  les  pieux  chanoines,  qui,  tous,  de- 
meurèrent fldèles  à  leur  devoir  (2). 

Le  temple  de  la  Vierge  du  Buisson  connut  même  la  profana- 
tion du  culte  de  la  Raison,  mais  la  foi  des  Rostrenois  sut  pré- 
server la  miraculeuse  image  de  Notre-Dame  des  outrages  de  ses 

(<)  V.  Un  inventaire  d'église  en  1794,  recaeiUi  et  annoté  par  J.  Baadry. 
C«  docnmettt  était  conservé  dana  les  arcbiTes  de  la  fabrique. 

(î)  A  Tépoqne  de  la  Révolu  tien,  la  collégiale  ne  comptait  plus  que  quatre  cha- 
aoiaes,  MH.  Collet,  dojen»  EStienne  Le  Oareo,  Pierre-Jean  Brélivet  et  Boutier. 
Toas  farent  emprisonnés  ou  déportés. 


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liB  RBVUB  DE  BRETAGNE 

ennemis.  La  statue,  déposée  pendant  peu  de  temps  à  la  sacriatie 
reprit  bientôt  aa  place  habituelle  sur  Tautel  richement  sculpté 
où  elle  se  trouve  encore  aujourd'hui^el  les  vandales  qui  brisèrent^ 
dans  [e  (.orche,  les  douze  statues  de  granit  des  saints  apôtres, 
qui  coiffèrent  la  chaire  du  bonnet  de  la  liberté  (l)a*08èrent  porter 
fa  main  sur  le  busle  miraculeux,  objet  de  la  vénération  séculaire 
de  leurs  ancêtres. 

Eniïn  le  Goûcordat  de  1801  vint  rendre  la  paix  à  Téglise  de 
France  si  cruellement  éprouvée.  Rostrenen  passa  de  Tevêché  de 
Quimper  en  celui  de  SainUBrieuc,  ainsi  qu'une  partie  de  la  haute 
CornouaiMe  et  les  fôtes  religieuses,  si  longtemps  interrompuesi 
reparurent  avec  une  nouvelle  splendeur. 


Deuxième  Partie. 


LE  PARDON  DE  MI- AOUT 

I 

Après  avoir  étudié,  dans  les  pages  qui  précèdent,  ce  que  furent 
rorigine  et  le  passé  du  pèlerinage  breton  de  Notre-Dame  de 
Rostrenen,  transportons-nous^par  la  pensée,  au  fond  de  la  Basse- 
Bretagne,  sur  cette  terre  bénie  que  la  Vierge  du  Buisson  favorise 
de  ses  bienfaits  depuis  six  cents  ans.  Faisons-nous  pèlerins, 
«  Cousins  de  Mi-Août  »,  nous  aussi,  pour  assister  au  «  grand 
pardon  n. 

Nous  sommes  à  Taurore  du  14  août  19**,  et,  grâce  aux  progrès 
de  rindustne  moderne,  nous  abordons  la  cité  de  Marie^  en  che- 
min de  fer.  Cela  noua  fait  trouver  plus  admirable  encore  ta  foi 
de  ces  pèlerins,  qui,  en  accomplissement  d'un  vœu,  ont  fait  de 
nombreux  kilomètres  à  pied,  sans  chaussures  et  en  «  corps  de 
chemise  i»  et  qui,  avant  môme  de  secouer  la  poussière  du  chemin, 

^l)liiTaiiUir«  cité  e  Menât. 

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HISTOIRE  DE  NOTRA-DAME  DE  ROSTREHEN  159 

vont,  en  toute  hftte,  rendre  visite  à  Notre-Dame  et  à  sa  miracu- 
leuse fontaine.  Il  y  a,  chaque  année,  plusieurs  de  ces  véritables 
pèlerins.  A  la  procession,  ils  marcheront  les  premiers  à  la  suite 
de  la  itatue  de  Notre-Dame,  pour  Tédiflcation  de  tous  les  spec- 
tateurs de  cette  manifestation  d'une  foi  aussi  humble  que  pro- 
fonde et  sincère. 

UAngelus  sonne.  Midi.  Les  cloches  de  la  collégiale  reten- 
tissent  à  toute  volée,  annonçant  aux  échos  d'alentour,  Theure  où 
Notre-Dame,  sortant  de  la  niche  dechône  sculpté,  où  elle  reçoit, 
durant  L'année,  les  prières  de  ses  enfants,  va  prendre  place,  so- 
leDoellement^  dans  son  buisson  d*or,  au  milieu  du  majestueux 
transept  de  sa  belle  église  collégiale.  Déjà  la  foule  y  est  assem* 
bléepour  voir,  selon  fexpression  locale,  «  tirer  la  Vierge  ».  L'au- 
tel, ou  plutôt  le  trône,  sur  lequel  repose  le  buisson^  resplendit 
de  lumière,  la  vieille  église  est  ornée  de  sa  parure  de  fôte,  par- 
tout ce  ne  sont  que  guirlandes,  étendards  aux  armes  du  Souve- 
rain-Pontife, de  révoque  de  Saint-Brieuc,  de  la  Bretagne  et  de 
la  ville  et  gracieux  faisceaux  de  verdure  et  de  fleurs.  Le  «  par- 
donneur  »  s'avance.  On  appelle  ainsi  le  prélat,  ou  le  prêtre,  qui 
doit  présider  la  fôte.  Il  prend,  à  son  autel,  le  buste  miraculeux 
et  le  porte  processionnellement  autour  de  l'église.  Tous  les  fronts 
s'inclinent  sur  son  passage  et  combien,  en  ce  moment^  les  prières 
sont  ferventes  1  II  est  de  tradition,  en  effets  que,  sur  trois  fa- 
veurs demandées  à  la  Madone,  pendant  cette  translation,  une 
au  moins  est  assurément  obtenue.  C'est  la  seule  circonstance, 
à  moins  d'une  calamité  publique,  où  le  buste  miraculeux  sort 
de  son  autel  habituel.  Au  chant  de  VAve  maris  Stella  il  est  bientôt 
déposé  dans  le  buisson  d'or,  orné  d'églantines,  qui  lui  fut  offert 
jadis  par  «  VEvêque  de  la  Vierge  ». 

Telle  est  la  cérémonie  d'ouverture  du  grand  pardon  de  Notre- 
Dame.  A  dater  de  ce  moment,  c'est  à-dire  du  14  août  à  midi,  l'é- 
glise ne  désemplit  pas  :  du  matin  au  soir,  pendant  trois  jours, 
les  fidèles  de  la  Vierge  du  Buisson,  viennent  lui  présenter  leurs 
hommages,  lui  payer  leur  tribut,  lui  appurter  leur  offrande. 
«  Bien  petite  souvent,  mais  leur  foi,  qu'elle  est  grande  !  » 
De  pieux  pèlerins,  accourus  de  tous  les  points  de  la  Basse-Breta- 
goefont^trois  fois  le  tour  du  trône  élevé  à  laVierge.  Ils  allument  un 
cierge  aux  pieds  de  Notre-Dame  et  déposent,  dans  le  plat  de 
cuivre,  des  pièces  blanches  où  de  menue  monnaie  ;  de  là,  ils  vont 
àlatc  Fontaine  de  la  Vierge  »  boire  quelques  gouttes  d'eau,  en 


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160  REV^US  DE  BRETAGNE 

récitant  encore  une  prière.  Ils  s'en  retournent,  recueillis  et  con- 
fiants, au  gtte  qu'ils  seront  choisi,  ou,  simplement,  remplissent 
les  rues  et  les  places  de  Rostrenen,  en  attendant  l'heure  consa- 
crée aux  divertissements  profanes»  jeux  d'adresse  et  jd'agilité  ; 
danses  bretonnes,  au  son  du  biniou  et  des  bombardes,  puis  les 
courses,  particulièrement  en  faveur  dans  la  région,  dont  l'éle- 
vage du  cheval  est  l'une  des  principales  industries.  C'est  là  que 
triomphe  le  cheval  de  Corlay,  fils,  dit-on,  des  chevaux  arabes 
amenés  de  Terre-Sainte,  au  moment  des  Croisades,  par  les  sires 
de  Rohan,  et  qui»  abandonnés  à  l'état  sauvage  dans  la  forêt  de 
Quénécan,  s'y  croisèrent  avec  les  chevaux  du  pays,  donnant  nais- 
sance à  unp  race  très  recherchée  en  France  et  môme  à  l'étranger. 


II.  —  LA  PROCESSION  AUX  FLAMBEAUX 

Mais  le  soleil  baisse  à  l'horizon,  une  agréable  fraîcheur  a  suc- 
cédé à  l'étouffante  chaleur  du  jour,  déjà  la  nuit  enveloppe  de  ses 
voiles  la  cité  en  fête.  Les  étoiles  brillent  dans  le  firmament  d'un 
bleu  sombre,  et,  soudain,  il  semble  que  ces  astres  du  ciel  soient 
descendus  sur  terre,  pour  s'unir  à  la  manifestation  qui  se  pré- 
pare en  l'honneur  de  notre  souveraine.  En  effet,  tout  s'anime 
bientôt,  et  s'il  est  un  spectacle  curieux  et  pittoresque,  c'est  celui 
auquel  nous  allons  assister  tout-à-l'heure. 

Peu  à  peu  les  fenêtres  s'éclairent,  des  rangées  de  bougies^  des 
lanternes  vénitiennes,  des  verres  de  couleurs,  des  guirlandes 
de  lumières,  illuminent  les  rues  de  la  cité  et  parent  les  plus 
pauvres  chaumières  des  faut)ourg8  ;  depuis  le  Porzmouôlou  jus- 
qu'au vieux  Bourg-Coz,  c'est  un  embrasement  général.Bientôt,  au 
son  joyeux  de  toutes  les  cloches,  plus  vibrant  encore  dans  le 
calme  du  soir,  on  voit  sortir  de  l'église  un  lumineux  cortège.  Le 
clergé  et  le  peuple,  munis  de  flambeaux  allumés,  défilent  à  tra- 
vers la  ville  et  gagnent  la  campagne.  C'est  la  procession  du  soir  ! 
Les  chants  religieux  alternent  avec  une  très  originale  musique 
composée  de  tambours  et  de  fifres,  jouant  des  airs  bretons  po- 
pulaires. On  s'engage  dans  un  chemin  montueux,  à  travers  les 
landes  Ju  Miniou,  et,  tel  un  serpent  de  feu,  la  procession  lumi- 
neuse s'enroule  en  mille  détours  aux  sombres  flancs  de  la  mon 
tagoe.  Le  coup  o'œil  est  superbe  quand,  des  feux  de  bengale. 


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HOTOiaE  DE  NOTRB-DAMB  DB  ROSTRENBN  1«1 

allâmes  çà  et  là,  jaillissent  des  lueurs  aux  teintes  variées,  au 
milieu  des  ténèbres  de  la  lande  sauvage. 

On  arrive  au  sommet.  Quelle  est  cette  masse  sombre  qui  se 
détache  en  bizarre  silhouette  sur  l'horizon  illuminé  7  Quelle  est 
cette  autre  montagne  dressée  sur  la  montagne  ?  C'est  l'offrande 
de  tous  les  dé  rots  de  Notre-Dame,  chacun,  riche  ou  pauvre,  y  a 
contribué,  et  cette  pyramide  imposante  faite  de  fagots  de  châoe, 
de geoôts  et  d'ajoncs,  sera,  dans  quelques  instants,  le  plus  splen- 
dide  des  feux  de  joie.  Le  célébrant,  entouré  d'un  nombreux 
clergé,  rallume  de  son  cierge,  le  bois  crépite,  une  gerbe  de 
flammes  s'élève  dans  les  airs,  éclairant  soudain  d'une  lueur 
éblouissantR  et  fantastique  la  foule  bigarrée.  Le  clergé,  aussitôt, 
entonne  le  Te  Deumde  la  Vierge,  pendant  que  la  procession  re- 
prend sa  marche  et  descend  la  montagne.  L'immense  feu  de  joie, 
dorant  presque  toute  la  nuit,  illumine  l'horizon  et  le  pays  envi- 
ronnant, à  plus  de  quinze  lieues  à  la  ronde,  peut  s'associer  à 
cette  heure  à  cette  manifestation  de  notre  foi. 

Le  drapeau  couronnant  le  bûcher  vient  de  s'abattre  au  milieu 
des  flammes:  suivons,  nous  aussi,  la  procession  qui  se  dirige 
Ters  l'église  à  travers  le  pittoresque  faubourg,  fait  de  pauvres 
chaumières,  qui  porte  l'antique  nom  de  Bourg-Goz  (1). 

Quelques  instants  plus  tard  la  foule  est  de  nouveau  assem- 
blée dans  le  temple  de  Marie,  pour  entendre  le  chant  du 
vieux  cantique  de  Notre-Dame  de  Rostrenen,  dont  les  60  cou- 
plets redisent,  en  termes  à  la  fois  pieux  et  naïfs,  l'histoire  et  les 
miracles  de  la  Madone  au  buisson  d'or.  L'air  est  une  de  ces  mé- 
lopées, simples  et  harmonieuses,  dont  les  bardes  antiques  de- 
vaient accompagner  leurs  chants  religieux  et  guerriers.  Iléveille, 
dans  la  mémoire  de  qui  l'a  entendu,  comme  un  mystérieux 
écho  du  lointain  passé  de  l'Armorique. 


III.  —  LA  JOURNÉE  DÛ  16  AOUT 

Mais  ce  ne  sont  là  que  les  préludes  de  la  fête  de  Mi-Août.  Le 
lendemain,  dès  que  paraît  l'aurore,  la  foule  envahit  de  nouveau 
les  rues  de  la  cité  cornouaillaise.  Par  toutes  les  routes,  par  les 
chemins  creux  qui  coupent  la  campagne,  les  jeunes  gens  à  che- 

(1)  Nom  qae  Ton  croit  d*origiB6  gallo-romaine. 


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1«  REVUE  DE  BRETAONB 

val.  les  remues  et  les  enfants  dans  les  chars-à-bancs,  beaucoup 
d'tiutres  à  pied>  accourent  de  tous  côtés.  Le  pardon  de  Mi-Août 
est  le  roi  des  pardons  ! 

Voici  les  guenedours  et  les  guenedourez  (1)  au  lourd  costunie 
orné  de  velours,  Vé\ég^ùie penherez  (2)  de  Plôvinou  de  Garhaix 
portant  tablier  brodé  et  coiffe  de  dentelle,  et  les  riverains  de 
TEIlé^  du  Blavet  et  de  l'Hière.  Toute  la  Cornouaille  est  là  repré- 
sentée, avec  ses  pittoresques  costumes,  à  l'heure  où  les  cloches 
de  la  Collégiale  annoncent  la  grand'messe.  An  village,  en  ce 
jour,  tontes  les  portes  sont  closes  :  personne  ne  veut  demeurer 
au  logis,  aussi  Téglise  est-elle  trop  petite  pour  contenir  le  flot, 
sans  cesse  grossissant,  des  serviteurs  de  Notre-Dame.  Cepen- 
dant un  usage  ancien,  toujours  respecté,  veut  que,  ce  jour-là, 
les  habitants  de  la  ville  assistent  aux  premières  messes,  afin  de 
laisser  plus  de  place  aux  pèlerins  réunis  à  l'office  paroissial. 

Bientôt,  aux  chants  de  rËglise,  si  majestueux  et  si  doux,  suc- 
cède un  profond  silence  :  le  «  pardonneur  b  monte  en  chaire,  et, 
dans  la  vieille  langue  des  Celtes  nos  ancôtres,  il  adresse  aux 
Bretons,  pieusement  attentifs,  d'éloquentes  exhortations  : 

(<  Gardez,  dit-il,  amis,  vos  vieilles  traditions 

Et  soyez  à  jamais  catholiques,  bretons. 

Que  bien  longtemps  enoor,  sous  le  chaume  rustique. 

On  entende  parler  le  langage  celtique. 

^imez  votre  patrie  et  surtout  aimez  Dieu  : 

Que  vos  fils,  comme  touf,  Tadorent  en  tout  lieu  I 

Soyez  sourds  à  la  voix  de  la  cité  lointaine, 

Préférez  la  chaumière,  et  Tombre  du  Tieux  chône. 

Semez,  dans  votre  champ,  le  blé  qui  vous  nourrit 

C'est  un  noble  métier,  malheur  à  qui  le  fuit  !  >i  (S) 

C'est  dans  le  même  esprit,  c'est  dans  la  même  langue,  que 
jadis  Pol,  Brieuc,  Corenlin,  et  tous  les  saints  apôtres  de  l'Armo- 
rique,  instruisaient  nos  aïeux,  alors  que,  parleurs  soins,  les 
dolniens  et  les  menhirs  se  couronnaient  de  la  croix  du  Christ. 
Ceux-là  savaient  que  respecter  le  passé  et  les  traditions  des 
ancêtres  était  le  meilleur  moyen  de  fonder  Tavenir  de  la  Bre- 
tagne chrétienne  sur  d'inébranlables  bases. 


(!)  Vftuneiatft  «t  fiionetaises. 

(t)  Héniièr«.  lilténilexnent  :  tétê  d'héritage,  pen  hérez, 

(3)  J.  Baudrj. 

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HISTOIRE  DE  IfOTRE-DAME  DE  ROSTRBNEN  16S 

La  grand'messe  terminée,  la  foule  s'écoule  paisiblement  dans 
les  rues  de  la  cité.  C'est  Theure  des  banquets  de  famille  et  d  V 
rois,  la  réunion  plénière  di^s  Cousins  de  Mi-Août.  Notre  malheu- 
reux destin  veut  que,  cette  fois,  nous  n*y  assistions  que  parla  pen- 
sée et  par  le  souvenir,  pauvre  exilé  que  nous  sommes  I  Oh  !  les 
bonnes  crêpes  de  Mi-Aoûi  k  la  savoureuse  dentelle  !... 

Mais  le  son  des  cloches  retentit  de  nouveau.  Hfttonls-nous  de 
jouir  du  spectacle  animé  que  présentent  en  ce  moment  les  abords 
de  la  collégiale.  Voici  Ips  pèlerins  des  paroisses  voisines  qui  ar- 
rivent, croix  el  bannièresen  tête,  sous  la  conduite  de  leurs  prêtres: 
Qlomel,  Trégornan,  Bonen,  Kergrist,  Plounevez,  Plouguerné- 
vel,  Trémargat,  Saint  Michel  sont  là  déjà.  Entendez-vous  toutes 
ces  voix  de  gars  bretons  chantant  la  traduction  du  cantique  de 
Notre-Dame  T 

Mamm  zantel  da  Zoué,  Itron  Varia  Rostren, 
Rouanez  ar  ger-mao,  ohelaoUit  ho  pèden  I 
Digoret  ho  tivrec'h,  digoret  ho  kalon 
Ua  reit  d'ho  pugalé  hou  pennoz,  o  Itron  I  » 

Mais  voici  venir  d*autres  groupes  de  paysans  richement  cos- 
tumés, leur  veste  brodée  porte  une  date  et  sur  leur  chapeau 
flotte  une  branche  de  mil  cueillie  en  chemin.  Ce  sont  les  Mor- 
bihannais,  les  pèlerins  de  Guerc'h-Mané  (la  Vierge  de  la  Mon- 
tagne) et  de  Quelven,  chapelles  qu*ils  oot  visitées  ce  matin.  Ros- 
trenen  est  leur  troisième  étape  :  ils  auront  ainsi  rendu  hommage 
aux  Trois  Sœurs.  Les  madones  de  Quelven  et  de  Guerc'h-Mané 
sont,  en  effet,  pour  ces  âmes  simples,  autant  que  ferventes,  les 
Sœurs  de  Notre-Dame  de  Rostrenen,  et  dix  à  douze  lieues  de 
chemin  n'effraient  point  ces  intrépides  marcheurs  qui  auront 
fait  ainsi  trois  pardons  en  un  jour  ! 

Mais  les  Vêpres  s'achèvent  :  cest  l'heure  solennelle  entre 
toutes.  La  Vierge  du  Buisson  va  visiter  son  domaine.  0  vous 
gui  prétendez  que  la  foi  se  meurt,  que  Thomme  est  désormais 
sourd  et  insensible  à  l'écho  de  la  a  vieille  chanson  »  qui  berça 
notre  enfance,  accourez  à  Rostrenen,  et  dites-nous  à  quel  sen- 
timent obéit  cette  foule  immense  et  recueillie,  ce  peuple  ému, 
entourant  des  plus  somptueux  hommages  une  humble  statue 
grossièrement  sculptée,  tirée  il  y  a  plus  de  mille  ans,  du  cœur 


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REVUE  DE  BRETAGNE 


d'un  chêne  qui,  peut-être,  abrita  jadis  de  ses  ombres  les  rites 
mystérieux  des  druides?  Dites-nous  si  ces  chants,  ces  prières, 
n'ont  pas  d'autre  objectif  que  l'image  matérielle  dont  la  décou- 
verte miraculeuse  fut  le  signe  sensiôlede  la  faveur  de  Marie,  et 
qui,  depuis  six  cents  ans,  est  devenue  Tinstrument  de  ses  bien* 
faits  ?  Dites-noas,  enfin,  si»  à  Theure  actuelle,  ces  hommes  et  ces 
femmes  qui  entourent  ta  madone,  en  reconnaissance  de  miracles 
obtenus  et  constatés  (1)  sont  des  victimes  du  fanatisme,  des 
dupes  de  leur  imagination  surexcitée?...  Et,  quand  vous  aurez 
contemplé  avec  nous  ce  spectacle  d'un  peuple  calme,  unique- 
ment mu  par  te  véritable  esprit  de  foi,  ne  connaissant  point  les 
manifeslûtions  bruyantes,  les  entraînements  enthousiastes,  les 
«  emballements  »,  si  nous  osons  employer  ce  terme  trop  mo- 
derne,  vous  aussi,  vous  imiterez  son  exemple  et  vous  vous  pros- 
ternez, sans  rougir,  au  passage  de  la  Vierge  de  Rostrenen... 

Les  pèlerins  nupieds,  sans  veste^  tôte-nue,  le  chapelet  et  le 
cierge  à  la  main  entourent  le  buste  vénéré,  porté  par  de  jeunes 
prêtres,  sur  un  riche  brancard,  au  milieu  de  son  buisson  d'or. 
Huit  à  dix  mille  personnes  lui  forment  un  admirable  et  imposant 
cortège,  les  bannières  des  paroisses,  les  brillants  oriflammes, 
les  blancs  vêtements  des  enfants  et  les  riches  costumes  bretons, 
donnent  à  ct^  défilé  un  aspect  aussi  pittoresque  que  varié*  Les 
inditTérents,  eux-mêmes,  se  sentent  saisis  d'unB^religieuse  émo- 
tion à  la  vu^  de  Texemple  magnifique  donné  à  notre  scepticisme 
moderne  par  le  spectacle  d*un  peuple  croyant  et  fidèle 

La  fête  religieuse  se  termine  à  Téglise  par  la  bénédiction  du 
Saint-Sacrement  et  le  Te  Deum  d'action  de  grâce,  mais  las  pèle- 
rins continuent  toute  la  soirée,  et  le  lendemain  encore,  à  défiler 
autour  du  buisson»  on  égrenant  leur  chapelet  d*ébène.  Marie 
entend  du  ciel  la  langue  de  nos  pères  I... 


IV.  —  LA  GRANDE  FOIRE  DE  MI-AOUT 

Après  la  fête  religieuse,  la  fête  profane  se  célèbre  à  son  four. 
Le  15  août  rsI  entièrement  consacré  à  rendre  hommage  à  Notre- 
Dame,  mais  le  lendemain,  jour  de  la  foire,  la  jeunesse  bretonne 
aura  ses  plaisirs,  au  son  des  binious  et  des  bombardes.  Déjà  ils 
se  soDt  fait  entendre  hier,  et  même  le  14  août,  à  leur  arrivée  & 

(t)  Kouî  |M»tifrioni  «q  dtor  plutieurs  à  notre  connaÎManoe. 


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HISTOIRE  DE  NOTRE-DAME  DE  ROSTRBNEN  166 

RostreneD,  les  «  sonneurs  »  de  biniou,  les  joueurs  de  bombarde, 
les  fifres  et  les  tambours  qui  les  accompagnent,  ont  parcouru  )a 
ville,  s'arMtant  de  maison  en  maison,  chez  les  notables  de  Ten- 
droit,  pour  leur  donner  une  sérénade,  après  les  avoir  harangués 
en  ces  termes  : 

i  J'ai  lixonneur  de  saluer  Monsieur  et  Madame  X...,  leurs  en- 
fants et  petits  enfants  (s'il  y  a  lieu)  et  toute  la  maisonnée  (1)  et 
de  leur  souhaiter  un  bon  pardon.  » 

La  politesse  est  payée  de  retour,  le  cidre  breton  coule  à  pleins 
bords  dans  la  cuisine  du  maître  du  logis,  une  pièce  bladche  vient 
grossir  la  pécule  des  «  sonneryen»,  successeurs  des  troubadours, 
et,  comme  ceux-ci,  bien  accueillis  partout. 

Dès  que  parait  Taurore  du  16  août,  les  villages  entrent  en  mou- 
vement, les  maisons  se  vident  de  nouveau,  et  chacun  part  pour 
U  foire.  La  petite  ville  est  envahie  :  les  gens  et  les  bestiaux  se 
dispatent  le  pas.  Des  tentes  se  dressent  sur  la  place  et  des  deux 
côtés  de  la  rue.  Les  marchands  industrieux  s'appliquent  à  faire 
valoir  leur  marchandise.  Ce  sont  des  jouets,  des  objets  de  toi- 
lette, des  rubans,  des  épingles  bretonnes  ;  puis  quelques  objets 
depiété,  chapelets,  médailles,  statuettes.  Ce  sont  les  «  marvail- 
/otix  »  aux  appas  multiples  et  à  la  portée  de  toutes  les  bourses. 
Aussi  s'empresse- ton  d^acheterdes  cadeaux  à  ses  amis  el  des 
souvenirs  pour  les  absents. 

Mais  la  charité,  elle  aussi,  a  ses  appelants:  de  nombreux  men- 
diants se  sont  donné  rendez- vous,  dès  Touverture  du  pardon, 
aux  abords  de  l'église  et  de  la  fontaine.  Aujourd'hui,  ils  se  portent 
en  foule  vers  le  vrai  centre  des  affaires,  et  Ton  en  rencontrée 
chaque  pas.  Entendez-vous  leur  voix  plaintive  môler  la  récitation 
du  Pater^  de  l'Ave  et  du  De  profundisy  aux  chants  bretons  ou 
français  des  chanteurs  ambulants  et  à  l'appel  sonore  des  mar- 
chands?... Pour  ces  industriels  d'un  nouveau  genre,  pour  ces 
malheureux  et  ces  infirmes,  vrais  ou  faux,  le  Bas-Breton  et  le 
pèlerin  ouvriront  aussi  leur  escarcelle,  car  on  ne  refuse  rien  à 
qui  demande  <«  pour  Tamour  de  Dieu  »  et  en  l'honneur  de  Notre- 
Dame. 

Le  son  du  biniou  retentit  :  dirigeons  nos  pas  de  ce  côté.  Voilà 
tes  «  sonneurs  »  montés  sur  une  estrade  primitive,  faite  de 
planches  posées  sur  des  barriques  vides.   Toute  la  jeunesse 

0}  Toatlea  habitants  de  la  maiaon  :  maîtres  et  serviteurs,  grands  et  petits. 


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ir,^  REVUE  DE  BRETAG?JE 

accourt  et  s*^  met  en  dansn.  Le  passe-pieds,  la  dérobée  ont  le  plus 
grand  succès,  et  bientôt  des  couplas  se  détachent,  jeunes  gens 
et  jeunes  filles  se  dirigent  dans  la  foire,  deux  par  deux,  en  cau- 
sant amicalement.  Rt:*gardez  bien  ceux  qui  nous  croisent  en  ce 
moDQent.  La  jeune  fille  lient  ferme  son  parapluie  ;  Taccord  n*est 
pas  parfait.  Il  faudra  «  causer  n  longtemps,  tandis  que  cet  autre 
plus  heureux,  qui  tient  déjà  entre  ses  mains  le  parapluie  de  sa 
ft  douce  »  est  bien  près  de  posséder  son  cœur  l,,» 

Mais  la  madone  n'est  pas  oubliée.  Chacun,  entre  deux  affaires^ 
entre  deux  plaisirs,  va  lui  faire  une  courte  visite  et  lui  apporter 
sa  légère  offrande,  et  si  la  foire  a  été  bonne  le  plat  de  cuivre 
déposé  à  côté  du  buisson  d'or  sera  bientôt  rempli. 

Enfin,  la  soleil  baisse  à  l'horizoa  :  il  faut  souger  au  retour. 
Les  Bretons  quittent  à  regret  la  cité  deMarie,  Ils  emportent,  dans 
leur  village,  une  provision  de  gaieté,  et  le  cri  des  vieux  Celtes  ' 
retentissant  au  îoin  dans  ïa  campagne  domine  parfois  les  joyeux 
chants  cornouaillais  et  les  derniers  airs  du  biniou.  «  You  you  »  1 
Il  faut  avoir  entendu  ce  cri  déchirant,  dans  le  silence  de  la  nuit, 
pour  comprendre  ce  quMl  renferme  à  la  fois  de  joyeux,  de  lu- 
gubre, d'antique  et  impressionnante  poésie.  C'est  vieux,  c'est 
primitif  :  cela  exprime,  tour-à-tour,  la  douleur  et  la  joie  :  c'est 
un  cri  qui  dît  tout  à  Técho  de  nos  montagnes  qui  se  plaît  à  le 
répéter. 

V.  —  CLOTURE  DU  PARDON 

Mais  dans  ce  monde,  hélas  1 1)  n'est  pas  de  fôte  sans  fin  [  Le 
surlendemain  du  pardon,  le  1?  août  de  chaque  année,  le  son  de 
rv4nj6/us  de  midi  trouve  de  nouveau  les  Rostrenois  assemblés 
dans  leur  belle  église.  Les  cloches  font  entendre  leurs  mélodieux 
accords  auxquels  se  mêle  la  voix  religieuse  derorgue.  Le  clergé 
parait  et  entonne  le  Magnificat. 

a  Mon  âme  glorifie  le  Seigneur...  car  le  Tout- Puissant  a  fait 
en  moi  de  grandes  choses  et  son  nom  est  saint.  * 

Il  semble  que  la  Vierge  du  Buisson  répète  elle-même  ces  pa- 
roles, en  souriant  à  ses  enfants,  pendant  qu'elle  passe  de  nou- 
veau dans  leurs  rangs  pour  retourner  à  Tautel  où  elle  demeure 

..  .  Toujours  prête  et  de  nuit  et  de  four 

A  BouUger  c#luy  qrii  demande  secours  (1). 

(I)  Cantique  de  Naira-ûftme  de  RosU-«eeD , 


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UISTOIBB  DB  NOTaS-DAMB  DE  ROSTRENEN  167 

ÂiDsi  &e  teroQine  le  pardon  de  Notre-Dame  de  Rostrenea  et 
celle  dernière  cérémonie  est  suivie  de  la  dispersion  des  «  Cousins 
de  Mi'Àoât  ».  Nous  n'avons  pris  place  dans  leurs  rangs  que  par 
la  peûséô.  Il  nous  reste  à  souhaiter,  cher  lecteur,  que  ce  voyage 
imaginaire  vous  ail  assez  intéressé  pour  vous  inspirer  le  désir 
de  le  Taire  un  jour  réellement.  Puissions-nous  nous  rencontrer 
bienlôt  aux  pieds  de  la  Vierge  du  Buisson,  pour  fôter  le  pardon 
de  Mi-Août. 

J.  Baudrt. 


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Essai  sur  V Administration  générale  d'un  District 
pendant  la  Révolution. 


LE  DISTRICT  DE  ROGHEFORT 

(MORBIHAN) 

\^'  JUILLET  1790  —  20  MAI  1795 

{Pin)  (1). 
M  m^mm  * 

Chapitre  VII 
VENTE  DES  BIENS  CONFISQUÉS  PAR  LA  NATION  (2) 

La  question  des  biens  nationaux  est  intimement  liée  à  la  ques- 
tion de  la  Ciiouannerie  et  éclaire  le  caractère  de  la  révolte.  Les 
paysans  ne  voulaient  pas  acheter  les  biens  ecclésiastiques,  con- 
sidérant un  tel  achat  comme  un  sacrilège.  Ces  biens  furent  donc 
presque  en  totalité  achetés  par  des  administrateurs  ou  des  fonc- 
tionnaires. 

Par  ges  décretsdes23  et  28  octobre  1790,  l'Assemblée  Nationale 
désigna  sous  le  nom  de  biens  nationaux  : 

l"*  Tous  les  biens  des  domaines  de  la  couronne. 

2"  Ceux  des  apanages. 

3"  Ceux  du  clergé  séculier  et  régulier. 

4^  Ceux  des  séminaires  diocésains. 

Des  décrets  postérieurs  en  1791,  1792  et  1793  y  ajoutèrent  : 

1*  Les  biens  des  fabriques. 

2''  Ceux  des  collèges,  séminaires  collèges,  retraites  et  tous  éta- 
blissements destinés  h  renseignement  public. 

4""  Les  biens  des  hôpitaux,  maisons  de  charité  et  établissements 
destinés  au  soulagement  des  pauvres. 

5*  Ceux  de  Tordre  de  Malte  et  de  tous  les  ordres  militaires. 

6^  Les  biens  des  émigrés  par  décret  de  TAssemblée  Nationale 
le  9  février  1791. 

([)  Voirl»  Hevue  de  février  1908. 

(î)  Cf.  Arch^  dëp.  VanB*i,  î  registres:  biens  de  !'•  origine  et  de  2»  origme. 

Cf.  Â1IISI  Nûiiea  ^ur  iSaint^ravé,  par  de  KerdreL  p.  &7  et  suivantes. 


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LE  DISTRICT  DE  ROCHEFORT  16t 

lies  biens  immobiliers  vendus  et  à  vendre  dans  le  Morbihan 
forent  évalués  en  capital  à  la  somme  de  10  millions  d'après  les 
états  fournis  en  1791  par  les  9  Districts.  La  perception  de  leurs 
revenus  était  confiée  aux  préposés  de  l'enregistrement  par  décret 
en  date  du  19  août  1791 ,  et  les  autorités  constituées  étaient  chargées 
de  leur  surveillance,  et  les  receveurs  de  District  ne  touchaient  que 
l'intérôt  du  prix  dû  des  ventes  d'immeubles.  La  loi  du  1*'  février 
1793  demanda  aux  municipalités  les  états  de  consislance  des  biens 
des  émigrés  et  le  :^8  mars  de  la  môme  année  un  article  de  loi  ac- 
cordait à  tout  citoyen  qui  ferait  connaître  ces  biens  la  dixième 
partie  de  ces  mômes  biens. 

Dans  le  District  de  Rochefort,  lors  de  la  prise  de  la  ville  par  les 
chouans,  les  papiers  contenant  cet  état  furent  brûlés.  On  ai  une 
nouvelle  liste  et  le  revenu  annuel  des  biens  des  émigrés  montait 
a  la  somme  de  69.728  livres.  Daixs  les  archives  du  château  de 
Brossais  se  trouve  une  liste  des  biens  des  émigrés  mis  sous  la 
main  de  la  Nation,  en  ce  qui  concerne  le  département  du  Morbi- 
han. Elle  estsignée  des  membres  du  Directoire  de  Vannes  en  1791. 
Une  autre  liste  rédigée  en  1793  est  établie  par  les  soins  du  Direc- 
toire, énumère  comme  suit  les  biens  des  émigrés. 

Biens  de  première  oriqinb. 

Beauchène    de    Sarzeau  possédant  des  biens  en  Questem. 

bert,  Ijarré  et  Limerzel. 
Bude,  frère,  en  Missiriac. 
Bédée,  dit  Vice  de  loup,  en  Molac  et  Pluherlin. 
Bégasson  dit  Lalardais,  en  Pleucadeuc  et  Garentoir. 
Carné  de  Trécesson,  en  Questembert. 
Couôssin  dit  de  Kerhaude,  en  Saint-Gorgon,  AUaire  et  Saint- 

Vincent. 
Castellan,  aîné,  ed  Peillac,  Saint-Perreux,  Saint-Grave,  Saint 

Jacut,  Pluherlin,  Saint-Martin,  La  Gacilly. 
Castellan,  cadet,  en  Saint-Marcel  et  Bohal. 
Chérel  de  la  Rivière,  en  Gaden. 
Cornuliier,  en  Questembert. 
Dubot  dit  Dugrégo,  en  Saint-Jacut. 
Dufou  dit  Bezidel,  en  Saint-Marcel. 
De  Laruée,  en  Tréal,  La  Gacilly  et  Garentoir. 
Dubois  dit  de  Saint-Gonan,  en  Peillac* 

MëTêOêt  ^* 


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170  REVUB  DE  BRETAGNE 

Dufrôche,  prêtre  de  Paris»  en  Cournon. 

De  Rieux,  en  Gléaac,  AUaire,  Rieux,  Les  Fougeraiset  Peillac 

De  Forge,  en  Berric  et  en  Sainl-Perreux. 

De  Sol  de  Grissot,  en  Questembert. 

Duhon  de  Forsan,  en]Plurherlin  et  Saint-Marcel. 

Fournîerde  Tréio,  en  Gardntoir. 

Guillard  des  Aulnaye,  veuve  en  Caden. 

Demoiselle  Le  Gouvello,  en  Caden. 

GuerrytCadet,  en  Larré. 

Gaillard  des  Aulnaye  en  Saint-Grave  et  Les  Fougorâts. 

Gouro  de  Pommery,  en  Carentoir. 

Guériff  et  Lannouan,  en  Carentoir. 

Veuve  Québriant,  en  Missiriac. 

Hue  h  et  de  Cintré,  en  Tréal. 

Hucliet  de  La  Bédoyère,  ea  Saint-Jacut. 

Justel,  Julien. 

DemoÎÊelle  Lebrun,  en  Questembert. 

De  Lalandelle,  en  Peillac. 

De  Labourdonnay,  aîné  en  Carentoir  et  Les  Fougerfits. 

Le  Douarain  deTrévelec»  aîné  en  Saint»Martin. 

De  La  Bouexiëre,  en  Carentoir. 

Le  Métayer  du  Pourpris,  en  Questembert. 

Le  Mintier  de  Lehellec,  cadet  en  Malansac. 

De  La  Motte-Beaumanoir,  en  Carentoir, 

De  La  Houssaye,  en  Saint-Martin  et  Les  Fougerêts.  , 

De  LaTouche-Quédillac,  en  Carentoir. 

Marnière  de  Guer,  en  Pleucadeuc  et  Molac. 

Potiers  de  Gôvres,  en  Saint-Dolay. 

Ete  Pont-Carré,  en  Questembert,  Larré,  Molac  etPluherlin. 

Quiflslre  de  Bavalan,  en  Berric. 

Rado,  frères  en  Glénac. 

De  Rieux,  en  Peillac. 

Saint-Pern,  en  Saint-Marcel. 

De  Séreol,  en  Missiriac. 

Saint-Pierre  dit   L'empereur,  en  Questembert,   Malaasao  et 

Pluhertin. 
DeL^Estourbeillon,  en  Péaule et Béganne. 
Viel  épouse  do  d'Argence,  en  AUaire,  Malansac  et  PIuherHû. 
Sur  une  liste  suppt^^mentaire  d'émigrés,  signée  le  î  germinal, 
figurent  les  noms  suivants  : 


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LE  DFSTfllCT  DE  ROCHEFORT  171 

Boyer,  vicaire  à  Saiût-Jâcut  possédant  du  lieu  en  Saint- Jacut 

etPeillac. 
Briend,  Noël,  prêtre  en  Malensac. 
Collet,  Renéj  prêtre  à  Baios,  en  Saint-Perreux. 
Coué  de  la  Touche,  prêtre  à  Vannes,  en  Molac. 
David  Antoine,  curé  à  Mnlansac,  en  Berric. 
Dudoué,  Vincent,  prêtre  à  Questembert. 
Deslandes,  Olivier,  prêlreà  Questembert,  en  Questembert. 
EoD,  curé  à  Limerze],  en  Limerzel. 
GuéhenoeuCp  Joseph,  vicaire  à  Saint-Martin,  en  Peillac. 
GerniÎDa],  prêtre  à  Bains,  en  Peillac. 
Guébenneuc,  curé  de  Saint-Pierre  de  Vannes,  aux  Pouge- 

rèts. 
GuiHouzic,  prêtre  à  Questembert,  en  Caden. 
HoueiXj  Pierre,  curé  des  Fougerôts,  en  Peillac  et  aux  Pou- 

gerêts. 
Hémery.  René,  curé  de  Saint  Gorgon,  en  Âllaire. 
Havard.  Mathurin,  prêtre  à  Muzillac,  en  Missiriac. 
Janiiet,  Pierre,  curé  de  Lizio,  en  Saint-Marcel  et  Missiriac. 
Jamet,  Augustin,  vicaire  à  Lgrré,  idem. 
Lucas,  Joseph,  prêtre  à  Motac,  en  Pleucadeuc. 
Le  breton,  Mathurin,  curé  à  Pleucadeuc,  en  Pleucadeuc. 
Laurentj  Jean-Marie,  curé  aux  Fougerêts,  en  Saint-Laurent. 
Le  Normand,  Jean,  curé  àLarré,  en  Pluherlin.     . 
«Marchand,  Jo&epfi,  curé  à  Mrilansac,  en  Allaire. 
Monnîer»  prêtre,  en  Saint-Jacut. 
Méhat,  Joseph,  prô're  à  Questembert, en  Saint-Jacut. 
Madouas,  Jean,  vicaire  à  Quesiembert,  en  Questembert. 
Magré,  Louis,  prêlrt^  à  Qu^^stembert,  idem. 
Mouro,  AthanasH^  prêtre  à  Questembert. 
Minié.  vicaire  à  Limnrzelt  guillotiné. 
Penhaleux,  prêtre  à  Saint-Dalay,  en  Peillac. 
Pu  celle,  prêtre  à  Saint-Jacut,  en  Peillac. 
Picard,  Joseph,  curé  de  Radenac,  en  BohaL 
Pochon,  Augustin,  vicaird  à  Molac,  idem. 
Poissémeux,  Mathurin,  prêtre  à  Allaire,  idem. 
Le  Baston,  recteur  d'Allair*?,  à  Lorient. 
Rivière,  curé  de  Lantillac»  en  Peillac  et  Saint- Vincent 
Robert,  Joseph-Pierre,  vicaire  à  CourmoQ. 
Servet*  René,  prêtre  à  Molac. 


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172  '  RE.VUË  DK  BRETAGNE 

Thomin,  MathuriD,  vicaire  à  Malestroit,  en  Missiriac  et  Saint- 
Marcel. 

De  Trégomacd,  noble,  en  Allaire. 

Thomin^  Joseph^  vicaire  à  Redon»  en  Missiriac  et  Saint-Mar- 
cel. 

Sur  la  liste  supplémentaire  du  7  prairial  figure  le  nom  de 
Grayo,  vicaire  à  Péaule,  à  Questemberl. 

Eofln  sur  une  dernière  liste,  signée  le  30  brumaire  an  III 

Uétard,  François,  vicaire  à  Bé^anne,  en  Gaden, 

Héiard,  Honoré,  curé  à  Béganne,  en  Caden  et  Allaire. 

Dupuis-Montbrun,  dit  Montméjeao,  en  Garentoir. 

Dubot,  veuve  Juchault  de  L'Orme,  condamnée  à  mort  le  8  Qo" 
réal  à  Nantes. 

GuilJermo  de  Saint-Philibert,  en  Garentoir. 

Hervé,  François,  de  Rdchefort,  en  Rochefort. 

BlBNS   DB   DBUXIÈMB  ORIGINE. 

Soùs  ce  titre  sont  classés  les  biens  purement  ecclésiastiques, 
tels  que  :  églises,  chapelles,  presbytères  et  dépendances,  chapélle- 
nies  et  dépendances.  M.  Tabbé  Joseph  Moisan  les  ayant  déjà  pu- 
bliés en  1905,  06,  07  et  08  dans  la  Revue  Morbihannaise^  nous  n'y 
reviendrons  pa?^  d'autant  plus  que  cette  nomenclature  serait  très 
longue* 

Parmi  les  habitants  du  pays  tués  sous  la  Révolution  nous  cite- 
rons Jeanne  Louise  Ghampeaux,  veuve  de  Louis  de  Sécillon,  ca- 
pitaine d'infanterie,  demeurant  au  château  de  Tregouet,  com- 
mune de  Béganne.  Son  crime  était  d'avoir  envoyé  à  Aucfer,  où 
se  réunissaient  des  chouans,  du  pain,  du  grain  et  du  cidre  en 
mars  1793,  et  d*avoir  des  relations  avec  Gardon  du  village  des- 
Alliers  en  Béganne,  chef  chouan,  et  d'avoir  envoyé  ses  fermiers 
au  rassemblement  et  d*6tre  noble.  Elle  fut  condamnée  à  mort  à 
Lorient  te  6  ventôse  an  II,  et  guillotinée. 

Gardon  fut  fusillé  à  la  Roche-Bernard  avec  Grignon  et  Don- 
del,  chefs  chouans  pris  à  Villeneuve  en  Rieux^  Marie  le  Nor- 
mand, veuve  Gaudard,  de  Malansac  ;  Jean  Desgrées,  secrétaire 
de  La  municipalité  de  Limerzel,  et  Joseph  Morice,  cultivateur  à 
Pluherlin  furent  condamnés  à  la  déportation  pour  recel  de 
prêtres. 

Un  grand  nombre  de  paysans  tombèrent  sous  les  baiiôs  répa- 


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LB  DISTRICT  DK  ROCHBFORT 


173 


blicaiDefl  dans  le  District  de  Rochefort  où  la  révolution  fut  san- 
glante. Au  début  do  CSonsuIat,  en  novembre  1799,  Tinsurrection 
royaliste  prit  un  nouvel  essor  sous  la  vive  impulsion  de  Georges 
Cadoudal  qui,  en  octobre»  avait  pris  Sarzeau,  pendant  que  de 
Sol  de  Grisolles  s'emparait  de  Gnérande,  de  la  Roche-Bernard  et 
de  Redon  après  la  sanglante  échauffourée  de  la  Bousselaye.  En- 
fin les  chouaos  signèrent  la  paix  avec  le  général  Brune,  le  12  fé- 
vrier 1800,  Les  réfractaires  reparattront  encore  plus  tard  vers 
1830,  et  le  gendarme  Botrel»  en  résidence  à  AUaire,  sera  assassiné 
au  Faubourdm  en  Malansac  par  les  Dequip  d*Allatre  et  consorts. 


CONCLUSIONS 

Le  Direcloire  pendant  ses  cinq  années  de  gestion  avait  lutté 
continuellement  avec  des  alternatives  de  succès  et  de  revers 
contre  la  chouannerie.  Mais  il  ne  sut  pas  faire  aimer  la  Révolu- 
tion. Pour  Taider  dans  sa  mission,  il  ne  devait  pas  trop  compter 
sur  les  municipalités  dont  les  attaches  avec  les  prêtres  inser- 
mentés et  les  nobles  étaient  connues.  Il  plaça  plus  heureusement 
sa  confiance  dans  les  juges  de  paix.  Les  populations  eurent  à 
soufTrir  du  gouvernement  nouveau  qui  ne  pouvait  rien  obtenir 
d'elles  qu'à  force  armée.  La  famine  sévissait  de  temps  en  temps, 
la  misère  était  grande,  le  deuil  dans  toutes  les  familles.  Et  puis 
les  prêtres  avaient  été  persécutés.  FiCS  paysans  étaient  restés 
profondément  catholiques,  et  suivaient  les  offices  que  les  curés 
célébraient  en  cachette.  Les  sévices  dont  ils  étaient  l'objet  les  en- 
tretenaient dans  une  haine  violente  contre  les  agents  de  la  Révo- 
lution. 

Parmi  les  habitants  du  pays  guillotinés  nous  citerons  encore  : 

MM.  les  abbés  Michel  Desprès,  originaire  de  Brain,  et  Julien 
Racapé,  vicaire  de  Brain,  tous  les  deux  guillotinés  à  Redon  le  jour 
€^  la  Toussaient,  1*'  mars  1793.  Les  Redonnais  en  éprouvèrent 
une  grande  douleurl  En  se  rendant  au  supplice  les  deux  victimes 
chantaient  le  cantique  du  P.  de  Monfort  :  «Allons,  mon  âme,  au 
tïonbeur  véritable.  »  Le  bourreau  renonça  à  sa  profession  et 
mourut  încoDsolable  quelques  temps  après. 

M-  Tabbé  Pontgérard,  arrêté  à  Augan  et  exécuté  à  Rennes. 

MM.  les  abbés  Julien  Minier  et  René  Servet  sont  condamnés 
à  mort  le  10  janvier  1794,  le  dernier  ne  fut  p»s  exécuté.  Le  même 


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174  REVUE  DE  BRETAGNE 

jour  à  Lorient  exécution  de  Joseph  Morice,  maire  de  Pluherlin,  et 
de  Jean  Desgrées,  secrétaire  de  Limerzel,  chez  lequel  on  avait  dé- 
couvert l'abbé  Minier. 

Le  20  janvier  1794,  la  veuve  CaudarJ,  de  Malansac,  meurt  sur 
réchafaud  comme  receleuse  de  prêtres,  à  Lorient. 

A  Lorient  6  mai  1794,  sont  guillotinés  l'abbé  Noôl  Briend,  prêtre 
de  Saint-Maurice,  Marc  Dénouai,  tisserand  à  Saint-Vincent, 
Jeanne  Briend,  pieuse  fille  de  la  môme  paroisse,  et  Pierre  Gic- 
quel,  maire  de  la  commune  pour  avoir  ;donné  l'hospitalité  à  des 
prêtres. 

26  mai  1794,  l'abbé  Pierre  Mayeuxdu  diocèse  de  Saint-Malo,  pris 
à  Sérent  et  exécuté  avec  Jeanne  Trégarot, femme  Clément  et  Jac- 
quelte  Merlet  épouse  Guimard  de  Sérent 

10  juin  1794,  l'abbé  Bertrand  Carel,  vicaire  de  Guégon,  avec 
Anne  Jean  épouse  de  Lemaître. 

Un  jeune  homme  de  Peillac,  du  nom  de  Briant,est  pris  à  Qui- 
beron  et  échappa  ou  massacre  d'Auray,  grftce  à  une  protection 
de  la  Sainte  Vierge  qu'il  invoquait  au  moment  de  la  fusillade. 

En  1796  M.  Rdgue,  laziriste^est  mis  à  mort  à  Vannes.  M.  Coued- 
lo  tué  à  Elven;  en  1798»  l'abbé  Brienc^,  recteur  de  Saint- Vincent 
est  tué  d'un  coup  de  fusil. 

Déportés  à  Rochefort  et  morts  sur  les  vaisseaux  l'abbé  Louis 
Bernard,  vicaire  de  Billio,  40  ans,  Jean  Le  Thiec,  vicaire  de  Mar- 
zan,  Jean  Robert,  vicaire  de  Glénac,  46  ans.  ' 

Déportés  à  Tlld  de  Ré  (1798  et  1799)  Jean  Lucas  de  Pleucadeuc, 
vicaire  de  Molac,  48  ans,  Etienne-Nicolas  de  Noyal-Pontivy,  curé 
de  Tréal,  67  ans,  Pierre  Villeloys,  prêtre  à  Carentoir  48  ans  etc.. 

P.  Merlet. 
(I)  Cf.  Révolution  en  Bretagne,  ouvrage  rare  aojourd*hai. 


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BIBLIOGRAPHIE 


BnÉviAmBS  et  Missels  des  Eglises  et  AsBAYBâ  Bretonnes 
DE  France  antérieures  au  xvii*  siècle,  par  Tabbé 
F.  Duine  (Rennes,  Piihon  et  Hommay,  ISK)6),  Prix: 
6fr, 

Lb  soQS-tHre  de  ce  tr&vail  nous  donne  son  but  et  indique  du  méoiê 
coap  lâs  moyens  que  Tauleur  &  employés  pour  i'&tteindre:  i  Catalogue 
pour  Bibliopbilea  ;  L'Imprimerie  en  Bretagne}  Notei  d'histoire  de  La  Li- 
toTf  te  ProTînciaie  ;  Calendriers  inédits  et  Questions  hagiographiques,  » 
Le  tout  est  disposé  dans  un  ordre  parfait,  et  les  Bréviaires  et  Missela 
sont  catalogués  et  annotés  par  évèctiôs  et  subdivisés  en  manuscrits  ^t 
impriniéfl.  M,  Duine  a  soin  de  noua  diro  ce  que  pensent  de  ces  <£urres 
les  écrivains  qui  B*en  sont  occupés.  La  Bréviaires  et  MiêSêU  seront  né- 
eetsaires  à  qui  voudra  s  occuper  désormais  d'bagiograpbie  bretonne. 


Condition  actuelle  des  Serviteurs  ruraux  Bretons  »  Do- 
mestiques   A    GAGES    et  JouaNALIERS  AGRICOLES,    pdf  Jean 

Choleau  (Paris,  Champion,  1907).  Prix  :  4  fr. 

Las  lecteurs  de  la  Revue  de  Bretagne  ontétéàmême  d'apprécier  cett« 
remarquable  étude  économique  qui  a  paru  inexienro  dans  ses  colonnes. 
Nous  n'ajouterons  qu'un  mot  :  Tous  nos  amis  applaudiront  au  succès 
qu'elle  a  remporté  en  Bretagne  où  elle  fait  maintenant  école  en  mettant 
H.  Choleau  au  premier  rang  parmi  tes  meilleurs  économistes  bretons. 

Lk«  Communs  en  Bretagne  a  la  fin  de  l*Ancîen  RÉOfME 
(1667-1789), par  Pierre  Lefeuvre, docteur  en  droitfRennes, 
Oberthur,  1907;,. 

Pour  exposer  dans  tous  ses  détails  ta  question  des  Communs  en  Bre- 
tagne, question  intéressante  s'il  en  (ut,  11.  Lefeuvre  a  pris  pour  guidât 
HH-  de  la  Borderie  et  Sée:  vraiment  il  ne  pouvait  se  faire  mieux  ac- 
cDmpagner.  Les  landes  qui  constituaient  et  constituent  encore  Tune 
des  particularités  de  notre  pays,  méritaient  bien  que  L*on  écrivit  leur 
histoire  at  leurs  Ticiesitudes.  Le  paysan  les  aime  et  y  reste  profondé-i 
ment  attaché  ;  il  semble  ne  les  mettre  en  valeur  qu'avec  un  amer  re* 
grei.  Faut-on  lui  en  faire  un  reproche  ?  M.  Lefeuvre  nous  montre  les 


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176  REVUE  DE  BRETAGNE 

cultivateurs  aisés  devenus  afféagistes,  quasi  propriétaires  de  terrains 
cofmmunaux»  tandis  que  les  pauvres  s'opposaient  par  tous  les  moyens 
possibles  à  cette  mise  en  valeur.  Tout  est  étudié  :  origines,  principes 
Juridiques,  afféagements>  partages  ;  attitude  du  pouvoir  souverain,  des 
privilégiés  et  deç  paysans.  En  somme,  nous  possédons  maintenant  sur 
les  Communs  dont  il  est  si  souvent  question  en  Bretagne,  une  étude 
eonsciencieuse  et  approfondie,  et  Tou'vrage  de  M.  Lefeuvre  a  sa  place 
indiquée  dans  les  bibliothèques  des  jurisconsultes  et  des  historiens. 


Lb  Folk-Lore  df  France,  par  Paul  SébîUot,  tome  IV, 
(Paris,  Gi^ilmoto,  1907).  Prix  :  16  fr. 

Nouô  voici  au  tome  IV  de  cette  vaste  recherche  des  traditions  et  des 
légendes  de  France  qui  a  compris  déjà  le  Ciel  et  la  Terre,  la  Mer  et  les 
Baux  Douces,  la  Faune  et  la  Flore.  Cette  fois  M.  Sébillot  étudie  les 
croyances  populaires  concernant  le  Préhistorique,  les  Monuments,  le 
Peuple  et  i*Histoire  et  passe  en  revue  les  menhirs,  les  dolmens,  les  tu- 
muli,  les  pierres  diverses,  les  cultes  et  observances  mégalithiques,  les 
rites  de  la  construction  des  monuments  modernes  et  antiques,  les 
églises,  les  ehftteaux,  les  villes,  enfin  le  Clergé,  la  Noblesse,  le  Tiers- 
Etat,  les  guerres  et  THistoire  de  France.  Gomme  ses  trois  aînés,  ce  livre 
est  bourré  de  citations,  de  récits,  de  souvenirs  locaux  ;  il  se  termine  de 
plus  par  une  Bibliographie  et  une  Table  Générale  et  ne  comprend  pas 
moins  de  500  pages!  et  notre  pro?ince  y  fournit  sa  très  bonne  part»  la 
moitié  des  renseignements  au  moins  étant  d^origine  bretonne, 

A  ce  propos  je  suis  heureux  de'rappeler  le  tome  III  de  cette  énorme 
compilation  lequel  avait  trait  à  la  Faune  et  à  la  Flore  dans  la  tradi- 
tion française  (Paris,  Quilmoto,  1906)  prix:  18  f^.,  et  dont  notre  éminent 
collaborateur  M.  le  V^*  Olivier  de  GourcuS  a  donné  le  compte  rendu  ici 
môme  en  décembre  1906.  Successivement  défilaient  devant  nos  yeux  les 
mammifères,  les  oiseaux,  les  reptiles,  les  insectes,  les  poissons,  les 
arbres  et  les  plantes,  et  Ton  ne  saurait  imaginer  combien  de  légendes 
fondées  ou  non  se  sont  greftées  sur  tous  ces  animaux  et  sur  ces  pro- 
duits de  la  terre  que  le  peuple  voit  tous  les  jours  môles  à  ses  tra- 
vaux et  dont  Texistence  est  très  souvent,  pour  ainsi  dire,  inséparable 
de  la  sienne.  Et  je  ne  veux  citer  ici  que  cette  curieuse  idée  de  création 
dualiste  ayant  cours  en  Bretagne  et  qui  attribue  par  exemple  à  Dieu 
le  chêne,  le  pommier,  le  châtaignier,  la  vigne,  le  genêt,  le  rosier,  la  noix, 
et  au  Diable  l'épine,  le  marronier,  la  ronce,  l'ajonc,  l'églantier  et  le 
gland.  Bien  entendu,  dans  ce  volume  encore,  la  Bretagne  occupe  la 
première  place. 


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BIBLIOGRAPHIE  177 


Mélanc^bs  d'Histoirb  Bretonne  (vi^-xi*  siâclb)^  par  Fer- 
dinand Lot,  directeur  adjoint  à  TEcole  pratique  des 
Hautes  Etudes  (Paris,  Champion,  1907).  Prix:  15  fr. 

Je  neoonnaiB  rien  déplus  travaillé  que  le  nouTcau  livre  de  M.  Lot; 
e^taineoient  ses  Mélangée  soulèveront  plus  d'une  polémique  car  leurs 
conclusions  se  trouvent  être  la  plupart  du  temps  en  complet  désaccord 
avec  celles  de  M.  de  la  Borderie,  notamment  en  ce  qui  concerne  les  vies 
de  saint  Malo  et  de  saint  Oildas.  L*auteur  à  pris  pour  les  étudier,  les 
disséquer  plutôt,  sept  pages  qui  peuvent  être  comptées  parmi  les  plus 
intéressantes  de  notre  histoire  nationale  :  les  gestes  des  saints  de  Redon  ; 
Pèstien,  archevêque  de  Doi;  Nominoé,  Ërispoé  et  TBmpereur  Lothaire; 
Nominoé  et  le  Monastère  de  Saint- Florent  le  Vieil:  le  schisme 
breton  du  IX*  siècle;  la  vie  de  saint  Malo  et  la  vie  de  saint  Gildas. 
Trois  textes  importants  les  accompagnent  :  la  plus  ancienne  vie  de 
saint  Malo,  la  Viia  MachtUis  par  Bili  et  la  Gildx  vita  et  translatio.  Ra- 
rement on  a  écrit  sur  le  passé  de  la  Bretagne  une  œuvre  plus  étudiée  et 
plue  documentée.  La  Revuê  de  Bretagne  publiera  prochainement  un 
compte  rendu  détaillé  des  Mélanges  de  M.  Lot  qu*a  bien  voulu  écrire 
pour  nous  l'un  de  nos  plus  savants  collaborateurs. 


Saint  Feux  de  Nantes,  par  Tabbé  A.  Delanoue,  curé  de 
Saint- Félix  de  Nantes  (Nantes,  Biroché  et  Dautais, 
place  du  Pilori,  19tV7).  Prix  :  2  fr. 

On  ne  saurait  assez  engager  MM.  les  curés  et  recteurs  à  écrire  la  mono- 
graphie des  paroisses  confiées  à  leurs  soins  spirituels.  Plus  que  tous  les 
antres  ils  sont  à  même  de  se  procurer  des  renseignements  verbaux  ou 
de  se  faire  ouvrir  les  portes  des  greniers  oii  moisissent  parchemins  et 
papiers.  Qu'ils  ne  craignent  pas  de  s'adresser  aux  archéologues  et  his-* 
toriens  bretons,  et  ceux-oi  seront  ravis  de  les  guider  dans  leurs  re- 
cherches et  de  leur  donner  les  explications  nécessaires.  Après  avoir 
narré  la  vie  de  saint  Félix,  évêque  de  Nantes*  M.  Tabbé  Delanoue  nous 
présente  la  topographie  de  son  quartier,  le  village  de  Barbln,  la  sei- 
gneurie et  la  trêve  de  Loquidy.  l'Angle  Chaillou,  les  terres  et  seigneu- 
ries locales  enfin  la  paroisse  qu'il  dirige,  paroisse  toute  récente  puis- 
qu'elle lut  taillée  dans  celle  de  Saint-Similien  en  1844.  Une  toute  petite 
eritique  :  M.  Tabbé  Delanoue  est-il  bien  sûr  que  le  mot  Brdre  vienne 
de  ar  dçur,  l'eau  ? 


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178  REYUE  DE  BRETAGNE 


Une  Communs  Bretonne  pendant  la  Révolution.  Histoire 
DE  Sai?ît-Sbrvan  de  1789  à  1800,  par  Jules  Haize  ('Saint- 
Servan, Haîze,  1907).  Prix:  5  fr. 

M.  Haize  à  qui  nous  devons  l'Histoire  de  Saint-Servan  sous  Tancien 
régime,  était  tout  indiqué  pour  nous  donner  la  suite  de  cette  impor- 
tante manogr&phie.  Toutes  les  personnes,  et  elles  sont  nombreuses  en 
Bretagne  et  ailleurs,  qui  sMntéressent  au  passé  de  la  Côte  d'Bmeraude 
liront  avec  plaisir  cet  ouvrage  où  Je  relève  :  la  rivalité  toujours  crois* 
santé  de  Salnt-Servan  et  de  Sàint-Malo  qui  devait  aboutir  à  la  sépara« 
tioQ  des  deux  villes  sœurs  en  1790  ;  le  nombre  toujours  croissant  aussi 
des  c&bareta  Servannais  (28  en  1790  ;  182  en  1907 1)  ;  la  profonde  intelli- 
gence des  f  Amis  de  la  Constitution  >,  société  révolutionnaire  formée  de 
la  Société  Maçonnique  et  du  Cercle  avancé  qui,  entre  choses  pleines 
d'esprit,  décida  de  supprimer  le  31  décembre  1792  les  visites  du  nouvel 
an  comme  préjugé  gothique  :  enfin  bien  d'autres  détails  curieux  sur 
Tarbre  de  la  Liberté,  la  Qarde  Nationale,  la  Chouannerie,  etc. 


Inventaire  sommaire  des  Archives  Communales  de  Saint- 
Servan  antérieures  à  1790,  par  Jules  Haize  (Saint-Ser- 
van,  Haize,  1908).  Prix  :  4  fr. 

On  sait  que  les  inventaires  sommaires  rédigés  sous  la  direction  du  Mi- 
niBtére  de  rinstruction  Publique  ne  concernent  pas  seulement  les  Ar- 
chives départementales  mais  qu'ils  s*étendent  aussi  aux  Archives  com- 
munales. Malheureusement  les  Archivistes  Départementaux  sont  acca- 
blés de  besogne  et  il  leur  est  presque  toujours  matériellement  impos- 
sible de  dreeser  eux-mêmes  les  inventaires  des  communes  importantes 
de  leur  région.  Aussi  est-ce  une  bonne  fortune  pour  eux  que  de  ren- 
contrer sur  place  un  érudit  qui  consente  à  faire  cette  besogne  si  utile  et 
si  instf uctive.  Et  cette  bonne  fortune  devient  un  rare  bonheur  quand 
réfudit  en  question  se  double  d'un  historien  comme  l'infatigable  M.  J. 
Haize,  qui  connaît  à  fond  le  passé  de  sa  ville  pour  en  avoir  écrit  Thia- 
toire.  C*eat  dire  que  l'auteur  de  VEiitoire  de  Saint^Servan  nouË  l'ancien 
régime  et  pendant  la  Révolution  s'est  acquitté  à  merveille  de  la  tâehe 
qui  lui  a  été  confiée.  Pent-ôtre  y  a-t-ii  lieu  de  regretter  que  M.  Haixe 
n'ait  pas  donné  un  peu  plus  de  développement  à  son  travail.  Quoi  qu'il 
en  soit,  celui-ci  fourmille  de  détails  sur  le  passé  de  la  vieille  et  belle  cité 


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B1BL10GHAPH1E  179 

SerTintiâiae,  «t  comprend  94  pages  aTec  sa  table,  ce  qui  est  déjà  très 
joli  pour  aD€  TîlLe  qui  jusqu'en  1790  ne  fut  considérée  que  comme  une 
paroisse  rurale. 

Lk  BrENBEUREux  L.  M.  Grignion  de  Montfort  (1673-1716) 
par  Tabbé  A.  Laveille  (Paris,  Poussielgue,  1907). 

Od  a  rendu  compte  à  pluâieura  reprises  dans  la  Revue  de  Bretagne 
de  la  Biographie  de  TAbbé  J.-M.  de  La  Mennais  par  M.  Fabbé  LaTeille 
et  j'ai  dit  moi-même  ma  yêritable  admiration  pour  ce  livre  qui  mit  en 
lumière  le  créateur  do  1  institut  des  Frères  de  Ploermel,  de  cet  Institut 
que  la  France  a  dissout  U  y  a  peu  de  temps  (Voyez  Jean-Marie  de  la 
Mennais  1780-1860,  Paris,  Pouisielgue.  1903,  deux  volumes).  Le  même 
tuteur  nous  retrace  aujourd'hui  la  vie  d*un  autre  Breton,  le  Père  de 
Ifontfort,  doDt  le  souvenir  est  si  populaire  et  toujours  si  vivant  depuis 
le  nord  de  rille-et-Vilaine  jusqu'en  Poitou,  le  fondateur  de  la  Compa- 
gnie de  Marie  et  des  Filles  de  la  Sagesse,  le  missionnaire  de  Pontcbà* 
leau,  le  constructeur  du  célèbre  calvaire.  Comme  elle  est  bien  contée 
cette  existence  de  Tapâtre  zélé  qui  k  pour  refuser  d'être  de  son  temps, 
se  H  expulser  de  sept  ou  huit  diocèses.  '>  Aussi  est-ce  à  Juste  titre  que 
le  Cardinal  Vincent  Vannutelli  a  pu  écrire  à  M.  l'abbé  Laveille  :  «  Je 
vous  félicite  d'avoir  mis  dans  son  véritable  jour  ce  vaillant  lutteur  qui 
fat  un  grand  saint  et  un  grand  caractère,  et  je  fais  des  vœux  pour  que 
Totre  Ït7re  soit  beaucoup  lu,  surtout  par  les  prétreâ  qui  y  trouveront 
un  modèle  parfait  à  imiter.  »  Ces  lignes  sont  le  meilleur  éloge  qu*on 
puisse  faire  de  la  Vie  du  P.  Orignion  de  Montfort  et  de  son  biographe. 

* 
*  * 

Recïts  Vécus  (1870-1871),   par  G.  Martineau  (Rennes, 
Plihon  et  Hommay,  1907).  Prix:  4  fr. 

Sous  ce  titre  If.  0.  Uartineau  a  eu  l'heureuse  idée  de  réunir  toutes 
SêB  Dotes  de  campagne,  toutes  tes  lettres  qu'il  écrivait  à  ses  parents  et 
quelques  souvenirs  de  ses  camarades  ;  h   Taide  de  ces  documents  il  a 

écrit  rhistoire  de  la  deuxième  batterie  d'artillerie  mobile  auxiliaire 
d*Ilie-et-Viiaine  à  laquelle  il  appartint  eu  qualité  de  maréchal-des-lo- 
giB*cbef  et  qui  était  commandée  par  le  capitaine  Glo?heret.  Pour  rendre 
ces  anecdotes  et  épisodes  plus  agréables  encore  à  lire,  M.  Martineau  les 
a  accompagnés  d'une  carte  et  de  19  gravures  dont  la  plupart  sont  la 
reproduction  de  photographies  de  ses  compagnons  de  campagnes.  Rè' 
cite  vécus  a  ce  grand  charme  de  conter  tout  spécialement  les  vicissi- 
tudes d'une  simple  batterie,  de  Tune  de  ces  unités  dont  sont  composées 
les  armées,  et  par  suite  M.  Martineau  est  trop  modeste  en  disant  que 
sa  relation  côtoie  T Histoire  :  en  réalité  elle  est  de  THistoire  même. 


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I 


iftO  RRVUE  DE  BRETA9NE 


Recherches  historiques  et  topogaphiques  sur  les  Con- 

PAGNONS    DE     GuiLLAUME     LE    CONQUERANT,    pSF     Etienne 

Dupont  {Saint-Servan,  Haîze,  1907).  Prix  :  5  fr. 

La  première  partie  de  ce  grd^nd  travail  est  consacrée  à  la  Bretagne, 
au  Poitou,  aux  Flandres,  au  Boulonnais  et  à  l'Artois.  M.  Dupont  a 
puisé  BeB  renseignements  dans  le  Domesday  Book^  livre  cadastral  de 
TAtigLeterre  composé  à  la  fin  du  XI*  siècle,  et  dans  des  Tables  nomi- 
nales. En  ce  qui  nous  concerne,  y  eut-il  beaucoup  de  Bretons  i  venir 
en  aide  au  duc  de  Normandie  lors  de  sa  descente  en  Angleterre  ?  If.  Du- 
pont admets  avec  Delaporte,  le  chiffre  de  5.000.  Je  n'en  serais  nullement 
étonné,  et  Alain  Fergent,  notre  duc,  dut  être  accompagné  par  une 
foule  de  ses  compatriotes.  Je  ne  sais  si  Ton  peut  tenir  compte  de  c  0 
fait  (fue  les  Léopards,  qui  forment  les  armes  de  Normandie,  entrent 
aussi  dans  un  bon  nombre  d^écussons  de  familles  bretonnes  originaires 
presque  exclusivement  des  côtes  de  la  Manche.  Les  Rechercher  de  M.  Du- 
pont 90nt  d'autant  plus  curieuses  qu'elles  traitent  un  sqjet  peu  connu 
et  qui  mérite  de  Tétre. 


Le  Ftnistèiie  Pittoresque,  Sites  et  Monuments,  par  G. 
Toscer  (Brest,  Kaigre).  Le  fascicule  :  1  fr.  75  ;  en  sous- 
cription :  1  fr.  50. 

Voilà  un  charmant  ouvrage  que  je  voudrais  voir  sur  toutes  les 
tables  bretonnes.  Bien  conçu,  bien  édité,  bien  illustré,  rempli  de  doou- 
mentSi  il  comble  une  vraie  lacune  car,  ainsi  que  le  fait  remarquer  très 
justement  M.  A.  de  Lorme  dans  la  préface  «  voilà  bientôt  cinquante  ans 
qu'il  n'a  rien  été  publié  de  complet  sur  le  Finistère.  »  Les  8  premiers 
fascicules  de  cette  publication  (564  pages)  sont  consacrés  au  Léon« 
La  Cornouaille  va  suivre  dans  le  courant  du  2*  trimestre  1908.  Je 
ne  Baurais  mieux  faire  que  de  répéter  avec  If.  de  Lorme  :  c  Un  pa- 
reil Ouvrage  mérite  le  succès.  Guide  parfait  pour  les  étrangers,  il  leur 
pernud^tra  de  refaire  Thiver.  au  coin  du  feu,  des  excursions  de  l'été  ; 
quant  aux  f^ens  de  chez  nous,  il  les  mettra  à  même  de  mieux  con- 
naître et  de  mieux  apprécier  la  vieille  terre  d*Armor,  si  douce  et  si 
chère  à  tous  ceux  qui  Pont  habitée  ».  Donc,  souscrirons,  si  ce  n'est 
déjà  fkit,  au  Finitière  Pittoresque. 


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àlsLIOGRAPUl£  ISI 


L.K  Théâtre  au  Collège,  du  Moybn-Agb  kt  a  nos  jours, 
par  L.-V,  Gcfflot  (Paris,  Champion,  1907).  Prix  :  7fr.  50. 

Il  y  a  peu  du  persoDnea^  j'imagine,  à  savoir  que  le  thé&tre  en  France 
est  Dé  dans  les  collèges  des  Jésuites.  Parti  de  là  il  a  bénéûcié  d'une 
faveur  peu  commune,  ^t  les  Comédiens  du  Thé&tre  Français  se  trouvent 
éire  les  descendants  dramatiques  des  écoliers  rhétoriciens  et  philo- 
sophes du  XVI*  siècle.  Les  scènes  des  collèges  devinrent  de  plus  en 
piuâ  soignées  et  les  représentations  qui  y  étaient  données,  de  plus  en 
plus  suivies.  Sur  la  couverture  et  à  la  page  40  de  son  livre,  M.  Gofflot 
reproduit  la  décoration  du  Collège  des  Jésuites  de  Rennes  qui  put  pas- 
ser k  bon  droit  pour  un  modèle  du  genre.  «  C'est  là,  dit-il,  que  fut  jouée 
probablement  vers  1710,  le  22  août,  Conaxa  ou  les  Gendret  dupés ^  co- 
médie écrite  par  un  Jésuite  de  cette  ville  et  tirée  d'un  livre  du  P.  Jacques 
Rînald,  publié  en  1073.  Etienne,  au  commencement  du  XIX*  siècle,  s'ins- 
pira de  cette  pièce  et  y  fit  même  de  nombreux  emprunts  pour  sa  comé- 
die L«f  Deum  Gendres  qui,  représentée  au  TLé&tre  Français,  obtint  un 
grand  succès  et  conduisit  son  auteur  jusqu'au  sein  de  l'Académie  Fran- 
çuae.  Une  violente  polémique  s'engagea  au  sujet  de  la  paternité  de  cette 
pjèce  -  rœuvre  du  P.  Jésuite  fut  jouée  à  l'Odéon  et  cette  supercherie  lit- 
téraire eut  un  retentissement  considérable.  »  On  le  voit,  le  compte-ren- 
du de  Thistotre  et  do  développement  du  Théâtre  au  Collège  n'était  pas 
hors  de  sa  place  dans  une  revue  bretonne. 


Les  Sources  de  l'Histoire  de  France  depuis  1789  aux  Ar- 
chives Nationales,  par  Charles  Schmidt,  archiviste  aux 
Archives  Nationales.  (Paris,  Champion,  1907).  Prix  : 
5fr, 

On  pourrait  appeler  ce  livre  :  le  Guide  du  travailleur  aux  Archives 
Kationales  pour  la  période  contemporaine.  Il  prend  le  chercheur  à  son 
entrée  aui  Archives,  le  suit  à  la  salle  de  travail,  lui  met  en  main  des 
joventaires  et  lui  indique  le  moyen  de  trouver  tout  ce  qui  l'intéresse. 
On  a  quelquelois  peu  de  temps  à  passer  à  Paris;  les  Archives  sont  bien 
loin;  les  archiviste!  sont  tes  hommes  les  plus  aimables  du  monde,  tou- 
jours prêts  à  rendre  service  et  à  être  agréables,  mais  les  heures  sont 
limitées  et  les  ai  gui  Iles  du  cadran  marchent  avec  une  vitesse  désespé- 
rante. Aussi  doitron  une  véritable  reconnaissance  à  M.  Schmidt  dont  les 
SQuroêM  éviteront  à  bien  des  auteurs  une  perte  de  temps  considérable. 


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ia2  REVUE  DE  BRETAGNE 

Chrrstomathib  Bretonne  (Armoricain,  Gallois,  Corniqub) 
PREMIÈRE  PARTIE  i  Breton  Armoricain  ,  par  J.  Loth 
(Paris,  Bouillon,  1890.  —  Paris,  H.  Champion). 

La  Ghrestomatbie  Bretonne  du  savant  doyen  de  la  Faculté  des  Lettres 
de  Rennes  est  devenue  le  vade-mecum  indispensable  de  tous  ceux  qui 
8*occupent  de  l^histoire  de  Bretagne  surtout  à  ses  débuts  :  elle  est  des- 
tinée en  effet  aies  préserver  de  beaucoup  de  mécomptes.  La  compétence 
de  Fauteur  qui  connaît  à  fond  les  dialectes  celtiques  nous  autorise  à  le 
suivre  aveuglément.  Après  une  introduction  où  il  donne  des  notions 
sur  le  vieux  celtique  (gaulois  et  Ile  de  Bretagne),  sur  la  période  de  tran- 
sition et  sur  la  période  néo-celtique,  M.  Loth  étudie  ce  qui  nous  reste 
comme  monuments  du  Vieil  armoricain  (VIII«  au  XI*  siècle),  du  Moyen 
Armoricain  (XI*  au  XVII*  siècle),  enfin  TArmoricain  moderne,  et  le 
tout  se  termine  par  un  Index  des  noms  de  lieux  et  de  personnes  et 
par  un  vocabulaire.  Cet  ouvrage  considérable  —  il  contient  500  pages 
—  est  le  plus  beau  monument  que  pouvait  élever  au  passé  et  à  la 
langue  nationale  de  la  Bretagne  le  plus  érudit  de  ses  enfants.  S'il  avait 
été  écrit  plus  tôt,  on  n'aurait  pas  vu  imprimer  tant  de  sottises  sur  les 
étymologies  de  notre  pays. 


Grammaire  Bretonne  du  dialecte  de  Vannes,  par  A.  Guil- 
levic,  professeur  au  grand  séminaire  de  Vannes  et  P.  Le 
GofiF  aumônier  (Vannes,  Lafolye,  1902).  Prix  :  2'25.  — 
Exercices  sur  la  Grammaire  Bretonne  du  Dialecte  de 
Vannes,  par  les  mômes  (Vannes,  Lafolye,  1903)  Prix  : 
2'50.  —  Vocabulaire  Breton- Français  et  Français- 
Breton  DU  Dla^lecte  de  Vannes,  par  les  mômes(Vannes, 
Lafolye,  1907). 

Le  Breton  du  dialecte  de  Vannes  peut  être  maintenant  enseigné  vite 
•t  clairement  grâce  aux  trois  livres  de  MM.  Guilievic  et  Le  (k>fL  Ce  Qoi 
me  frappe  surtout  c'est  la  méthode  sûre  et  pratique  qu*on  y  a  suivie  et 
la  clarté  lumineuse  de  l*enseignement  qui  y  est  donné.  La  Chrammaire 
est  précédée  d'une  préface  de  notre  éminent  collaborateur  M.  Bmauit 
sur  les  Dialectes  Bretons  qui  est  un  petit  chel-d'œuvre.  Les  Exercices 
avec  tlièmes,  versions  et  vocabulaires  forment  ia  suite  nécessaire  et 
voulue  de  ia  grammaire.  Enfin  le  Vocabulaire,  breton-français  et  fran- 
çais-breton est  le  complément  de  i'ceuvre»  le  couronnement  de  Tédiâce  : 


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BIBLIOGRAPUIB  1 

«t  c«1r  eit  TérïUbl«ment  popnlalret  cet»  est  à  la  portée  de  tous.  Les 
V&nneUis  se  trouvent  SYOir  du  coup  une  avanoe  oonsidérabie  snr  leurs 
compatriotes  du  Tréfor  8t  dti  Léon,  et  le  mérite  en  reTient  à  MM.  Gail- 
leric  et  Le  Golf,  qui  d^ailleurs  ont  regu  de  MM.  d*Arbois  de  Jubainville, 
Loih,  Ern&uU,  etc.,  les  compliments  qu'ils  méritaient.    * 


Gbrioc;  Kbcmraek  ha  Buezunek,  dastumbtha  lakabt  kbn- 
VER  HA  KENVER,  gant  Abhervé  (Saint-Brieuc,  Imprime- 
rie Saint^Guillaume,  1907)  (2*  édition). 

Notre  collabora l#)ur  et  ami  M.  F.  Vallée  a  eu  l'exoeliente  idée  de  pu* 
bUer  une  série  de  mots  bretonf  et  galbls  plaoés  Tun  en  faœ  de  l'autre 
et  permettant  à  celui  qui  connaît  Tun  de  ces  idiomes,  de  comprendre 
l'antre^  Nul  n'était  mieux  pis  ce  pour  cette  besogne  vraiment  bretonne 
que  Le  sympathique  et  dévoué  directeur  de  Kroas  ar  Vretoned. 


La  ViSîdN    DB    TONDALE,    TKXTES   FRANÇAIS,  ANGLO-NORMAND 

ET  IRLANDAIS,  publiés  paf  V.'II.  Friedel  et  Kuno  Meyer 
{Paris,  Champion,  m)Tj.  Prix  :  7  fr.  50. 

La  vision  de  Tondaîe^  oeuvre  de  Uarcus  qui  l'écrivit  en  latin  au  XU* 
siècle  *  occupe  une  place  remarquable  parmi  celles  qu*a  produites  11- 
maglnation  celtique.  »  Les  auteurs  ont  pensé  qu'il  serait  utile  d'en 
publier  quelques  versions  non  encore  imprimées:  deux  récits  en  prose 
fraaçais»  un  fragment  d'un  poème  anglo-normand  du  Xlll*'  siècle  et  une 
traduction  irlandaise  du  XV*.  Au  moment  où  le  panceltisme  est  popu- 
laire, ou  le  renouveau  de  la  langue  gaélique  bat  son  plein  en  Irlande, 
où  DOS  écrivains  de  France  recherchent  et  étudient  avec  avidité  les  vieux 
poèmes  du  Moyen  Age,  la  publlcaiton  de  la  Vision  de  Tondale  vient  à 
80Q  heure  et  chacun  voudra  la  counaitre  et  comparer  entre  elles  les  trois 
versions  inédites. 


Bretagne  dAujourd'huikt  Bretagne  de  Demain,  par  Jean 
de  Plounéour  (Vannes,  Galles,  1908). 

Tableau r  de  la  vie  bretonne  en  trois  scènes,  ou  visites,  sur  la  nécessité 
de  conserver  les  anciens  coËtumea  et  de  faire  revivre  l'Esprit  breton. 
A  iouer  et  à  faire  jouer  partout  en  Bretagne,  surtout  dans  les  salons. 


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1S4  REVUE  DE  BRETAGNE 

Le  grand  mérite  de  cette  jolie  petite  pièce  est  de  donner,  en  le  mettant 
snr  la  scène,  beaucoup  plus  de  vie  et  de  mouvement  à  Texposô  d'un  des 
problèmes  les  plus  intéressants  du  mouvement  breton* 


De  la  Persistance  de  la  Langue  Celtique  en  Basse-Bre- 
tagne, par  A.  Travers  (Rennes,  Oberthur,  1906).  —  Les 
Inscriptions  gauloises  et  lb  Celtique  de  Basse-Bre- 
tagne, par  le  même.  (Rennes,  Oberthur,  1907). 

Dans  une  première  brochure,  M.  Traversa  tenté  d'établir  qu*en  Basse- 
Bretagne  on  n'a  jamais  cessé  de  parler  le  celte  des  aïeux  continentaux 
et  que  ce  que  nous  appelons  aujourd'hui  le  breton  n*est  qu'un  dérivé 
directe  de  ce  celte  :  ne  jetons  donc  pas  continuellement  les  yeux  vers 
les  Gallois  qui  nous  auraient  doués  de  leur  langue,  ce  qui  est  faux. 
M.  Dottin  ayant  combattu  la  thèse  de  M.  Travers,  celui-ci  a  répondu 
dans  une  seconde  brochure  qui  est  le  complément  de  la  première.  Ces 
deux  ouvrages  ont  été  vivement  analysés  et  discutés  au  Ck)ngrè8  Breton 
de  Lamballe. 


A  signaler  trois  délicieuses  conférences  faites  à  la  Société  Centrale 
d'Horticulture  d'iUe-et- Vilaine  par  notre  collaborateur  A.  Grain  sur 
les  Jardins  d'Autrefois^  sur  une  Promenade  horiicole  à  Mordelles  le 
23  juin  1907  et  sur  les  TribuXaiions  d'un  Horticulteur  à  ses  débuts, 
réunies  toutes  trois  en  une  petite  brochure. 

R.  DB  Laioub. 


^ 


Le  Gérant  :  F.  Chevalier. 


V«iui«8.  —  Imprimerie  LAFOLYE  Faicass.  2,  place  des  Lices. 


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REVUES  BRETONNEb 


VRWAujftm 'AH*  aoQ.  MensueJ^  1  an  f2  fr.  Union  postale  15  tr. 
Le  numéro  t  fr.  25.  Les  abonnemeDts  partent  du  20  octobre. 
Directeur  :  Louis  Tiercelin,  à  Paramè  U Ile-et-Vilaine). 

Les  Â!fi«ALcs  hz  Bretagne  :  22*  aun.  Trimestriel.  1  an  10  fr. 
Unioa  postale  12  fr,  50.  Publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de 
Rennes.  Rédacteurs  G.  Dottin,  37,  rue  de  Fougères,  Rennes. 

Le  Clocher  Breton  :  14°  an  a  MeosueL  1  an  5  fr.  50.  Directeurs  : 
René  Saib  et  Madeleine  Desroseaux.  Bureaux,  29,  rue  Belle-Fon- 
taine, Lorieut. 

BCLLSTIFf  0E  LA  COUBITSSIO^  UIOCÉSAinE  D  ARCHITECTUBB  BT  D'ARCHBO- 

lOfîiE  DU  DIOCÈSE  DE  QùiMPER  ET  DE  LÉON  :  6"  auu.   Tous  les  deux 
mois.  1  an  5  fr.  Quimper. 

La  Revue  MoRBiHANifAiSE  :  11'  ann.  1  an  5  fr.  Directeurs  : 
J.  Bdleon,  V^»  de  ia  Grancière.  E.  Sagerêt.  Chez  Lafolye,  Vannes. 

La  Paroisse  Bretontve  de  Paris  :  9*  ann.  Mensuel,  1  an,  2fr.25. 

Directeur  ;  M   1  abbé  Cadic,  \3,  rue  Littrè,  Paris  (VI«  ar»), 

La  Jeunk  Bretagne:  5»  ann  mensuel.  1  an,  2  fr.  pour  la  Bre* 
tagne.  2  fr-  50  pour  le  reste  de  la  France  Bulletin  d*études  et  d'ac- 
lion  sociales.  Bennes.  30,  rue  Hoche. 

Feiz  «a  Breiz  :  H*  année.  Tous  les  mois.  1  an  3  fr.  Les  aboune- 
menis  partent  du  l''^  janvier.  S'adressera  M.  Cardinal,  recteur  de 
Saiot-VouKay.  par  PlouzévédécFinistére, et  pour  les  abonnements 
à  M.  Caroff^  vicaire  aux  Carmes,  Brest  [Finistère). 

Bretoned  Pah».  Bulletin  de  la  Société  "  La  Bretagne  »,  4*  année. 
1  an,  2  fr.  50.  Direction  :  40,   rue  du  Cfaerche-Midi,  Paris 

Revue  bu  Pats  i>*Aletm  ;  4"  année,  mensuel.  1  an.  3  tr.  Dire», 
teur  :  Jules  Haize,  rue  Jacques  Cartier,  Saint-Servan. 

Le  Pats  d' Arvor  :  2"  année,  1  an,  5  fr.  Directeur  :  Jacques  Pohier, 
à  Ancenis  (Loire- Inférieure).  Administration  et  Bureaux, 25,  Haute 
Grande  Rue,  Nantes. 


KivtTE  DU  Traditionnisme.  —  iÎM?.  inUrn.  du  folk'lore  —  mens 
1  an.  10  fr.  N*,  1  fr.  -  -  Directeur  :  M,  de  Beaure paire-Froment 
Paris,  60,  quai  des  Orfèvres. 

REvrE  DU  Bas-Poitou,  20'  année,  trimestrielle  ;  1  an  :  8  fr. 
No  2  fn  50.  —  D^  M.  René  Valletie,  à  Fontenay-le-Comte. 

L'Apîjoc  histortode.  —  1*  ann,  tous  les  2  mois.  1  an  :  6  fr.  /)' 
M.  Tabbé  Uzureau,  aumônier,  à  Angers,  Edit^  :  M.  Siraudeau 
4,  Chaussée  Saint-Pierre,  Angers. 

Revue  des  Traditions  populaires,  22»  ann.  mens.   1  an,  15  ti . 
N*  1  fr.  50.  Direct.   M.  Paul  Sèbillot,  SO,  boulev.  St-Marcel  Paris. 
La  Revue  Bleue,  15,  rue  des  Saints- Pères.  Paris. 

La  Vendée  hlsîoriouë.  —  (Revue  de  la  Vendée  militaire).  Tous 
les  quinze  jours  ;  11*  année.  —  Edit.  sur  papier  fort,  6  fr.  50  ;  édit. 
ord.  5  fr.  —  B'  Henri  Bourgeois,  à  Lu^on  (Vendée). 

Revce  de  l'Anjou,  57»  année,  12  fr.  par  an.  —  Librairie  Germain 
et  Grasâin,  Angers. 

Là  Revue  Héraldique,  fondée  en  1862.  Mensuel,  Directeur 
V**  de  Mazières-Mauléon,  Bureaux  ;  8  rue  Daumier,  Paris 


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CHEMINS  DE  FER  D'ORLÉATW 


BIU.KT8  D'IIUER  it  IBTOOS  IinUTIDDSLS  et  it  FilOU 


lH)ur  les  Stationt  Thtrmaleft  et  )li^îftale« 

/  Des  Pyrtoéei  et  du  Oolte  de  Oasoogiie.  Arcecbon,  Biarritz 

DaXi  Pau,  Balies-ile-Béam,  etc. 


Tarif  spéciM  G.  V,    A**  106  {Orléans.) 


La  Compagnie  d'Orl4aii8  déHtre  toute  l'annéa,  à  toutts  les  gares  de  son 
réseau,  poor  les  stations  ttiermales  et  hivem^ics  àtx  Midi  : 

!•  Des  Billets  iTAIler  et  Retour  iadlvidiuels,  avec  fédtiction  de  35  •/#  eo 
i^  classe  et  de  30  */o  ^  ^  ^^  ^  classes,  sur  les  prix  calculés  an  tarif  gé- 
néral d'après  l'Itinéraire  effecti^ment  suivi  ; 

2"  Des  Billets  de  famille  de  1^%  2*  et  3«  class&S,  comportant  une  réduction 
d«  20  à  40  */«,  sqivant  ie  nombre  des  personnes,  sous  condition  d'effec* 
t«er  un  parcours  tninimum  de  300  kilomètres  {jàWnr  «t  retour  compris), 
Dvrée  de  validité:  Séjours,  nn»  compris  les  jovrs  de  départ  et  d'arrivée, 
avec  f^eulté  de  prolongation* 


CHEMINS  DE  FER  DE  L'OUEST 


AUX  AMilTEURS  DE  CARTES  POSTALES 


La  C^mpagaie  de  TOuest  a  rhoaneur  4a  rappeler  au  poblic  qli*elle  a 
fait  publier  s  Séries  composée»  chacupe  d(^B  Cartes  postales  ilHifttrées 
reproduisant  en  couleurs  ses  plus  joUes  AfhcheSr 

!'•  Série.  —  Affiches  du  Service  de  Paris  è^  Lopdres. 

s»«  Série*  —  Affiches  de»  Ktcursions  en  Normandie  et  en  Bretagne. 

Ces  deux  Séries  sont  mises  en  vente  séparément  dans  les  bfbliothêqiiei 
des  gâtes  du  réseau  d»  TOuest  ou  adressées  franco  à  domldle  contre 
l'envoi  d6  leur  valeur  (o  fr.  4o  ctta<|ve  Série)  sur  deoaanâè'aâiraQchie  au 
Scrvloe  de  la  Publicité  de  la  Compa|;Ata,  ao,  rue  de  Rome,  à  Parla* 


Vnnoe**.  —  fh^primerie  tkPovt^  frères,  3,  place  d«s  Lices. 


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•^4 


—-^SS^tts^ 


!02L^Série.  —  r 


7*  Année 

AVRIL    Ï908.    Tome    XXXIX 


f. 


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REVUE 


de  Bretagne 


REVUE  4^  REVUE 


ié  Bfêfagnt  et  de  Yendée 


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Jiiêtoriqut  d§  rOueMi 


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RÉUNIES 


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^»»  de  l'ESTOURBEILLON,   Directeur 

Çr  R%Hi  Di  LA J GUE.  H^Mltur  *n  chtf 

MM^    \a   V*"  C^^MP*    q^    CALAJN,    S*cict*iff    re>,iMri4i  four    I  I3f-iî- Vilaïnc.     -    Rr^^. 
/  I     Y  -*  AVEN«AU  or  m  GRANCli^Rt    pt^ut  k  M.»Tbi*iiif*         ^i  \m  RAISON  j»u 


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PARIS 

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NANTEHRE 
M,   LE  UAULT 


MDCCCVIII 


f4a«es  ies  Lk«ÏH  V>^ilk«^i---  '  '' '  Digitized  by  VjOOÇIC 


î^ 


SOMMAIRE 


I.  —  Combour  ei  êes  Seigneurx.  —  Paul  de  la  Bignb.     .     .     ,  185 

IL  —  Mélanges  hisioriqueÊ  (suUc),  —  IV.   Saint  Armel.  —  V.  L* 
Comte  Evên.  —  V.  Saint  IvL  —  V*«  Ch.  de  la  Lande  de 

Calak.      , 202 

IIL  —  Légende  Bretonne  r  Rieux  et  Redon.  —  Adolphe  ÛRAin  209 

IV    —  L*  Happeï  da  Parlement  de  Bretagne  (iôjaillet  1769 J.  — 

Adolphe  Orain 2H 

\,  —  Le  Soleil  sur  la  Mer.  --  Jeanne  Henrida 214 

VI.  —    Un  Livre  d*HiMtùire.  —  André  Oheix 215 

VU.  —  Bibliographie 235 


CONDITIONS    D  ABONNEMENT 

France,     uû  an.     .     , 12  fr. 

Etranger,    — 15  — 

On  s  abonne  soit  cheï  M  ïe  comte  de  Laigub,  château  de 
Bahurel,  par  Bedon,  soit  chez  M.  Lafolte,  imprinaeur  à  Vannes. 

Les  abonnements  partent  du  !•'  janvier  ou  du  !•'  juillet  de 
Tannée  en  cours.  —  Il  n'est  pas  vendu  de  fascicules  isolés,  sauf 
pour  les  abonnés. 

Les  travaux  comprenant  au  moins  16  pages  de  texte  sont  seuls 
tirés  à  pan.  ÔO  eietnplaîres  sont  oflferts  aux  auteurs. 


Nota,  —  Il  Mer»  rendu  et^mf^te  de  tout  ouvrage  d'auteur  Lu  ton  ou  m- 
tére$SAnt  la  hretAgne,  dont  un  exemplaire  aura  été  adrtsué  au  Rédatîeur 
en  chef  dt  iê  Retfue. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS 


1 

ORIGINES 

L'aatique  baronnie  de  Gombour  a  été  dans  l*origiDe  démem- 
brée de  la  seigneurie  temporelle  des  évoques  de  Dol  qui 
possédaient  encore  à  cette  époque  le  titre  et  la  dignité  d'arche- 
vêques (1). 

Au  commencement  du  XI*  siècle  Jinkeneus^  Gingueneus  ou 
Ginguené,  archevêque  de  Dol,  deuxième  fils  d'Haimon  !•% 
vicomte  de  Dinan  et  de  Roianteline,  vicomtesse  de  Dol,  fonda 
et  construisit  de  ses  propres  deniers  le  ch&teau  primitif  de 
Gombour. 

D*a  près  Ogée  «  la  grosse  tour  que  Ginguené  fit  construire  à 
«  Gombour,  célèbre  par  les  sièges  qu'il  a  soutenus,  lui  fit  don- 
«  ner  le  nom  de  Gombour.  »  J*avoue  que  je  ne  vois  pas  bien 
pourquoi!  en  sorte  qu'il  me  semble  que  Texplication  d'Ogée  en 
appelle  une  autre.  Je  préfère  la  suivante  :  M.  N06I  de  la  Forte- 
maison  explique  ainsi  la  signification  primitive  du  nom  de 
Gombour  : 

«  Ce  nom  vient  du  latin  Comboreei  Combure,  Combornium  et 
Combumium,  qui  ont  tous  deux  un  setis  identique  et  signifient 
le  Val  delalimitQ(F'atft5arf  finem).  La  leçon  Com^or^  est  plus 
.  ancienne  que  celle  de  Combornium  et  c'est  d'elle  que  vient  le 
nom  de  Gombour  devenu  bien  mal  à  propos  dans  Torthographe 
officielle  Gom bourg  (2). 


(1)  De  la  Borderie,  Bulletin  de  la  Société  archéologique  d^IUe-et-Vilaine,  1862, 
p.  175. 

(2;  Dès  mi   on    trouve   Comborn,   enquête   de  Dol.  Dom  Morice.  Preuves  i, 
p.  404. 

Avril  490ê,  tS 


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1^6  REVUB  DE  BRETAGNE 

«  En  effet  Combore  vient  de  Cumb  en  breton,  ou  Cumba  en 
basse  latinité  qui  signifie  vallée  et  de  or  ou  ora^  bord,  terme, 
ore,  orée.  Combornium  vient  égale^oent  de  Cumb  ou  Cumba  et 
de  bonn,  borna  ou  burna,  en  français  borne,  limite. 

«  Il  en  résulte  que  le  cours  du  Linon  qui  séparait  en  aval 
révôché  de  Dol  de  celui  de*  Saint-Malo*  le  séparait  également 
autrefois  en  amont  lorsque  rarchevôché  de  Dol  jouissait  de  la 
plénitude  de  sa  suprématie. 

«  Or  Gombour  étant  placé  dans  un  fond  sur  la  rive  droite  du 
Linon  et  celte  rivière  ayant  dû  être  sur  toute  |a  ligne  la  limite 
naturelle  des  deux  diocèses,  il  y  aurait  lieu  de  croire  que  cette 
petite  ville  a  fait  d'abord  partie  de  Tarchevôché  de  Dol.  » 

Cependant  dès  1065  Combour  fait  partie  de  Tévëché  de  Saint- 
Malo.  V.  D.  M.  Pr.  jcol.425. 

La  ville  de  Dol  ayant  été  ruinée  et  saccagée  par  les  incursions 
normandes  et  les  guerres  civiles  entre  Henri  II  roi  d'Angleterre 
et  duc  de  Normandie  et  quelques  seigneurs  normands  et  bretons, 
les  titres  de  l'église  et  évôché  furent  brûlés  et  perdus,  en  sorte 
que  les  évêques  et  chanoines  ne  pouvaient  justifier  de  leurs 
droits  et  possessions. 

Pour  y  remédier  une  enquête  fut  faite  en  1181  par  ordre  de 
Henri  II,  roi  d'Angleterre,  et  de  son  flls  Oeffroi,duc  de  Bretagne, 
du  chef  de  sa  femme  Constance.  Celte  enquête  avait  pour  but  le 
recouvrement  des  biens  de  l'église  de  Dol. 

Les  témoins  appelés  dirent  que  :  l'archevêque  de  Dol  Qinguené, 
Rivallon  Chèvre-Chenue,  Josselin  de  Dinan  et  Salomon  le  bâ- 
tard, étaient  frères;  que  l'archevêque  Gmguené  donna  à  son 
frère  Rivallon  tout  ce  qu'Asculfe  de  Soligné  et  son  épouse  pos- 
sédaient dans  le  territoire  de  Dol,  savoir  :  douze  flefs  de  cheva- 
lerie, les  tenues  qu'ils  avaient  au  bourg  de  Sainte-Marie  et  le 
droit  d'emprunt  de  mille  sols  sur  les  vassaus  de  Dol,  emprunt 
qui  ne  se  pouvait  renouveler  tant  que  le  premier  était  dû.  II  b&lit 
le  château  de  Gombour  et  le  donna  k  ce  même  Rivallon  (1). 

Cet  archevêque  Oinguené,  le  fidèle  conseiller  du  Duc,  fut  l'un 
des  plus  grands  seigneurs  de  son  temps.  Voulant  doter  sa  propre 
famille,  il  donna  à  son  frère  Rivallon,  surnommé  Chèvre-Chenue, 
souche  dîs  seigneurs  dits  de  Dol,  la  sei,<çneurie  de  Combour  avec 
douze  âefs  de  chevalerie  ou  de  bautbert,  sous  sa  mouvance, 

(1)  Dom  Morice,  Preuves  de  VHist,  de  Bretagne,  1  col.  683. 

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COUBOUR  BT  SB8  SIBItiNEURS  tS7 

«  duodecim  feuda  militum  et  masuras  qaas  habet  in  burgo 
sanctœ  Maris,  (paroisse  deNotre-Dame-sous-Dol)  et  ereditionem 
mille  soridorem  ia  D^lo.  «  Il  y  ajoutai  de  yastes  domaines  lui  im- 
posaateD  retour  robi^gation  de  défendre  et  de  protéger  les  terres 
et  vassâux  de  Tégliie  de  Dol  et  de  comroaQder  son  ost,  quand 
besoin  serait.  Aussi  le  sire  de  Gombour  prenait-il  le  titre  de 
«  signifier  sancti  8anasonis  »  Porte-étendard  de  saint  Samson, 
l'églisadta  Dol  étant  sou 3  le  patronage  de  ce  saint. 

Ces  douze  âefi  de  hautbert,  ces  tenues  du  bourg  de  Sainte- 
Marie,  cet  emprunt  relativement  considérable  (1)  étaient  sans 
doute  autant  de  préleites  pour  les  sires  de  Gombour  de  se  dire 
seigneurs  daDoL 

Cependant  les  seigneurs  de  Gombour,  bien  qu'ils  portassent 
ddos  l'origine  le  nom  de  Dol  n'en  étaient  point  seigneurs;  au 
terme  rigoureux  du  mot,  il  n'y  avait  d'autre  seigneur  de  Dol  que 
révêque. 

La  seigneurie  de  Gombour  avait  été  fondée  aux  dépens  du  ré- 
gaire  de  Dol^  dans  te  but  de  procurera  Tévèque  un  gardien,  uti 
protecteur  laïque.  L'évoque  de  Dol  était  si  bien  seigneur  tempo- 
rel en  même  temps  que  spirituel  qu'il  avait  dans  tout  le  régaire^ 
tous  les  droits  dépendants  de  la  pleine  juridiction,  à  tel  point 
que  le  livre  des  revcjnus  de  l'évôché  de  1459,  dit  : 

Dans  les  cité  et  franc  régaire  de  Dol,  «  Tévesque  est  seul  et 
souverain  seigneur  temporel  et  quanta  ce  ne  connaît  le  duc  de 
Bretaigne  ne  quelconque  autre  souverain  quant  au  temporel.  • 

Ces  prétentions  subirent  néanmoins  plus  d'un  échec  dans  la 
suite  des  temps. 

Ainsi  en  tdl5  Jpan  ill,  duc  de  Bretagne,  oblige  les  évoques  à 
lui  reconnaUre  le  droit  de  bâtir  des  forteresses  sur  leurs  terrss. 
Jean  IV,  en  13S6,  se  ^ait  confirmer  la  propriété  du  ch&teau  fort 
des  évéquea  de  Dul  et  la  garde  de  l:i  ville. 

U*uo  autre  câte.  f  évêque  Jean  de  Bruc  s^oppose,  en  1481,  à  ce 
que  le  duc  Jean  V  mette  garnison  dans  le  château  et  Tévéque 
Thomas  James  affirmant  ainsi  sus  droits  et  sa  propriété  en  fait 
relever  les  murs  et  y  place  ses  armes. 

Cependant,  par  suite  de  son  origine,  la  seigneurie  de  Gombour 
dût  relever  d'abord  des  évêques  de  Dol.  Suivant  la  déclaration 

(1)  liiU«  tout   OD  ftQ  litrei,  quini«  à  ▼iogt  mille  franco  de  nofl  jours.  —  Delà 


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iS8  RBVUE  DE  BRETAGNE 

du  régaire  du  ft  juillet  1680,  une  partie  notable  de  la  seigneurie 
de  Gombour,  connue  sous  le  nom  de  flef  de  Malestroit-sous-Dol, 
les  terres  de  Tremelin  en  Baguer-Pican,  la  Gliapelle*au-Pil8 
Méen,  une  partie  de  Meillac  et  de  Guguen  étaient  sous  la  mou- 
vance du  régaire  de  Dol  et  relevaient  de  la  seigneurie  épiscopale. 

Il  en  était  de  môme  d'un  ensemble  de  fiefs  considérables  ré- 
pandus dans  six  paroisses  du  régaire  de  Dol  (1). 

A  cause  du  fief  de  Malestroit  à  Dol,  dont  nous  venons  de  par- 
ter,  le  seigneur  de  Gombour  était  tenu  de  comparaître  par  soi 
ou  par  procureur  pour  assister  à  la  chevauchée  qui  a  lieu  le  jour 
et  la  veille  de  la  foire  de  Saint-Samson  ». 

Du  Paz  dit  par  ailleurs  que  les  successeurs  de  Jean  III,  de  So- 
ligné,  seigneur  de  Gombour ,  gardent  le  nom  de  Dol  porté  par  leurs 
ascendants  mais  ne  s*en  disent  point  seigneurs,  iqais  seulement 
seigneur  de  Gombour. 

Dans  la  suite  des  temps,  les  sires  de  Gombour  finirent  par 
s'affranchir  de  la  suzeraineté  ecclésiastique  de  Tarchevéque  de 
Dol  et  portèrent  leur  hommage  direct  au  duc  de  Bretagne. 

Qinguené  qui  jouissait,  dit  M.  l'abbé  Guillotin  de  Gorsou, 
d'une  autorité  considérable  à  la  cour  des  ducs  de  Bretagne,  n'en 
reste  pas  moins  le  fondateur  de  la  seigneurie  de  Gombour^  ex- 
traite du  régaire  de  Dol  et  chargée  de  la  protection  de  cette  église. 

Il  avait  quatre  frères:  le  vicomte  Haimon,  Rivallon,  seigneur 
de  Gombour,  Josselin,  seigneur  de  Dinan  et  Salomon,  seigneur  du 
Quesclin  en  SaintGoulomb,  deux  sœurs  Hodierne  de  Dinan  qui 
fut  abbesse  de  Saint-Georges  de  Rennes  en  1067,  et  Inoguen  (2). 

Le  Père  Albert  donne  pour  armoiries  à  Gunkeneus  de  Dinan  : 
de  gueules  à  3  fusées  d'hermines,  accompagnées  de  six  besans  de 
même,  fig,  1 .  Ge  sont  les  armes  de  Dinan,  mais  c'est  peut-être  un 
peu  prématuré.  Il  est  bien  certain  que  l'archevêque  Ginguené 
ne  les  a  jamais  connues.  II  prête  à  saint  Gilduia  de  Dol  dont  nous 
parlerons  plus  tard  :  d'azur  fretté  dor,  fig,  2,  ce  qui  me  semble 
non  moins  prématuré  et  encore  moins  explicable. 

On  ne  connaît  pas  de  blason  authentique  avant  la  fin  du 
XII*  siècle,  nous  ne  les  donnons  donc  qu'à  titre  de  curiosité, 
en  laissant  au  Père  Albert  la  responsabilité  tout  entière  (3). 

(1)  De  la  Borderie.  Loc.  cit.  p.  «76. 

(2)  D.  Morice.  Pr.  I,  col.  426.  —  Enquête  de  «181. 

(S)  Cependant  M.  de  Foarmont,  t.  II,  introduction,  p.  11),  dans  VOuest  aux 
Croisades,  m  dmande  s'il  ect  bien  certain  qae  Tiuage  de«  armoiries  soit  potté- 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS  189 

Dol  ramage  de  OinaD,  comté  et  évêché  ou  archevêché  a  pour 
premières  armes  :  de  gueules  fuselé  d  hermines  qui  est  Dinan, 
sceau  de  1173.  Alias  :  Ècartelé  d  argent  et  de  gueules  d'où  Gom- 
bour,  ramage  de  Dol  :  Rcartelé  d'argent  et  de  gueules  comme  Dol 
ancien,  ûg.  Set  4. 

II 

MAISON  DE  DOL  COMBOUR 
1037-1162. 

Ce  nom  me  paraît  convenir  parfaitement  à  la  première  dynas» 
lie  seigneuriale  de  Combour  à  cause  du  surnom  de  Dol  que  pre- 
naient ses  membres,  bien  qu'à  vrai  dire^  nous  l'avons  vu  plus 
haut,  ils  ne  fussent  pas  du  tout  seigneurs  de  Dol. 

Si  je  ne  savais  avoir  pour  moi  l'opinion  d'hommes  très  com- 
pétents en  fait  d'histoire  de  Bretagne,  j'aurais  beaucoup  hésité  à 
bouleverser  l'échafaudage  péniblement  élevé  par  du  Paz  au  sujet 
de  la  généalogie  des  premiers  seigneurs  de  Combour. 

Mais  celle  qui  suit  est  à  la  fois  si  simple  et  si  naturelle,  en 
môme  temps  qu'elle  est  étayée  de  tant  de  preuves  qu'il  me 
semble  difâcile  de  ne  pas  laccepter. 

«  Elle  est  d'ailleurs,  dit  M.  A.  de  la  Borderie,  exclusivement 
dressée  d'après  les  actes  authentiques  dont  le  père  Du  Paz 
(celui-ci  pour  quelques-uns  seulement)  et  Dom  Morice  surtout 
ont  donné  le  texte.  Le  vénérable  du  Paz  s'est  tout  à  fait  em- 
brouillé, en  doublant  certains  noms  et  certains  personnages, 
parce  qu'il  aura  eu  sans  doute  sous  les  yeux  quelque  généalogie 
dressée  au  XVI*  ou  au  commencement  du  XVII*  siècle,  par  un 
de  ces  généalogistes  peu  scrupuleux,  qui  n'hésitaient  jamais  à 
inventer  des  personnages  à  tort  et  à  travers  pour  meubler  leurs 
tableaux  ou  pour  autoriser  des  prétentions  douteuses,  comme 
la  prétendue  juveignerie  des  Tuf  fin  de  la  Rouerie,  à  l'égard  de 
l'ancienne  maison  de  Combour  (1). 

rieur  à  la  première  croisade  f  Nous  le  croyons.  —  Les  citations  suivantes  et 
aatrea  qae  nous  pourrions  invoquer,  dit-il,  prouvent  le  contraire  :  deux  sceaux 
d'Âdelbert,  duc  de  Lorraine  apposés  à  deux  chartes  de  f  030  et  1037  représentent 
on  écu  chargé  d*un  aigle  au  vol  abaissé;  un  diplôme  de  Raymond  de  Saint-Qilles 
de  l*an  1088  est  scellé  d'une  croix  vidée,  cléchée  et  pommetée,  le  sceau  de 
Thierry  II  et  de  Bar-Ie-duc  en  1093  porte  deux  bars  adossés,  Henaud  t**  posses- 
seur du  même  comté  y  ajouta  un  semis  de  croisettes  fichées,  etc. 
(1)  Haimon,  vicomte  de  DoL,  frère  puîné  de  Tarchevôque  Junguené,  n*ayan^ 


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COMBOUR  BT  SBS  SBIONIURS  t»1 

RI  VALLON,  !•'  SEIGNEUR  DE  COMBOUR 

1037    A    1070    BNVIRON. 

RivalloD,  Ruellan  ou  Ruiale  surnommé  Chèvre-Chenue,  fllt 
d'Haimon  de  Dinan  et  de  Raienteline  de  Dol,  fut  le  premier  sei- 
gneur de  Combour  (1). 

Cette  seigneurie  fut  créée  par  Tarchevôque  Ouinguend  qui  la 
forma  d'un  démembrement  du  domaine  temporel  de  révêché  ou 
archevébhéde  Dol  et  la  donna  à  son  frère  Rivallon. 

Celui-ci  est  cité  comme  témoin  à  la  fondation  du  prieuré  de 
Saint-Cyr  de  R'^nnes  en  1037,  dans  une  donation  faite  à  Saint- 
Sauveur  de  Redon  par  son  frère  Ginguené,  à  la  fondation  du 
prieuré  de  Saint-Sauveur  des  Landes,  membre  de  Marmou- 
tier,  etc. 

Rivallon  épousa  la  fllle  du  seigneur  du  Puiset  en  Beauce, 
évéché  d'Orléans,  qui  se  nommait  Aremburge,  il  en  eut  six 
enfants  :  Guillaume,  Jean,  Oilduin,  Geoiïroi,  Havoise  et  Berlhe. 

Celle-ci  fut  mariée  au  comte  Geoffroi  Granonat,  fils  naturel  du 
duc  Alain  III.  Elle  était,  dit  Le  Baud,  u  moult  religieuse  et  dévote  », 
elle  restaura  Tabbaye  de  Saint-Melaine  vers  1060.  Son  mari 
Geoffroi,  comte  de  Rennes,  mourut  en  1084  et  elle-même  en  1085. 

Rival'on  était  un  révolté,  toujours  en  lutte  contre  le  duc,  il 
prit  parti  pour  Eudoo  de  Penihièvre  dans  la  guerre  que  celui-ci 
soutenait  contre  le  ducConan  II. 

En-1064,  mécontents  de  i^elui-ci,  quelques  seigneurs  du  pays 
de  Rennes  formèrent  une  ligue  contre  le  duc,  à  la  tAte  de  laquelle 
fut  placé  Rivallon  de  Combour;  puis  ils  appelèrent  Guillaume, 
duc  de  Normandie  pour  les  soutenir  dans  leur  révolte. 

Conan  prévint  Guillaume  et  alla  mettre  le  siège  devant  Dol 
défendae  par  Rivallon  renfermé  dans  la  forteresse  qu'il  avait 
construite  malgré  l'opposition  de  l'archevêque. 

pas  eu  de  postérité,  sa  succession  passa  à  son  neveu  Ûls  de  Rivallon,  ce  qui  réu- 
nit en  la  même  main  les  territoires  de  Combour  et  <\e  Dol,  à  Teiception  de  ce 
qui  avait  été  réuni  à  Tévéché  par  Junkeneus,  aussi  dès  losu,  Jean,  fils  de  Rival- 
lon aie  turnom  de  Dol,  quoique  son  père  n'eut  pris  que  le  surnom  de  Combour 
dans  les  actes  de  fondation  du  prieuré.  C'est  pour  la  même  raison  que  les  succes- 
seurs de  Jean  de  Dol  ont  porté  ce  nom  tout  comme  lui.  (Arch.  d*I.-et-V., 
C  4931.  Dom  Mdrice,  Pr.  t.  I,  col.  42b,  42é,  st  461;. 
(1)  O.  Morioé.  Pr.  1,  col.  37&.S83-387-304. 


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192  REVUE  DE  BRETAGNE 

Conan  n*ayant  pu  s'emparer  de  Dol  se  retira  vers  Rennes,  à 
rapproche  de  Guillaume  de  Normandie,  piqué,  dit-on,  des  rail- 
leries de  Rivallon,  Guillaume  apprit  de  Rivallon  la  retraite  de 
Gonan  et  regagna  la  Normandie. 

Cet  épisode  est  retracé  par  la  Tapisserie  de  Bayeux  qui  est  un 
véritable  document  historique  dont  nous  reparlerons  ailleurs  (1). 
A  peine  Guillaume  fut-il  parti  que  Gonan  vint  assiéger  Rival- 
lon dans  Gombour,  bien  décidé  à  le  punir  de  sa  révolte.  Gom- 
bour résista  trois  jours  et  fut  emporté,  ce  qui  mit  fin  à  la  révolte 
des  seigneurs  bretons  contre  Gonan  (1065),  Rivallon  fait  prison- 
nier fut  envoyé  en  exil. 

Il  paraît  que  cet  exil  ne  fut  pas  long,  car,  peu  de  temps  après 
Rivallon  fondait  près  de  son  château  de  Gombour  le  prieuré  de 
la  Trinité. 

Ëa  effet,  cette  fondation  a  dû  avoir  lieu  vers  1005  ou  1066,  du 
temps  de  Barthélémy,  abbé  de  Marmoutier,  car  le  prieuré  de 
Gombour  était  une  dépendance  de  Tabbaye  bénédictine  de  Mar- 
Moutier-lez'Tours. 

Barthélémy  étant  devenu  abbé  de  ce  monastère  en  1064  et 
Gonan  11  qui  est  le  témoin  de  la  donation  faite  par  Rivallon  I", 
étant  mort  en  1066,  c'est^  comme  le  dit  M.  l'abbé  Guillotin  de 
Gorson,  t^ntre  ces  deux  dates  qu'il  faut  placer  la  fondation  du 
prieuré  de  Gombour  (2). 

Ceci  ressort  d'ailleurs  des  chartes  publiées  par  dom  Morice 
depuis  du  Paz  et  que  celui-ci  a  mal  connues  ou  mal  inter- 
prétées, 

Utxne  d'elles  (3)  commence  par  ces  mots  :  «  Notre  fonda- 
teur, etc.  Moi  Rivallon,  chevalier  de  Bretagne,  du  château  de 
Combonr,  ai  donné  à  Marmoutier  un  lieu  avec  toutes  ses  dépen- 
dances, sous  ma  juridiction,  sis  à  Gombour  en  Bretagne,  évôché 
de  Sainl-Malo,  construit  en  l'honneur  de  la  Sainte-Trinité,  du 
consentement  de  mon  épouse  Aremburge  et  de  nos  enfants 
Guillaume,  Jean,  Gilduin  et  Havoise  déjà  mariée.  »  A  ce  don, 
Rivallon  ajoute  la  moitié  des  dtmes  de  l'église  Sainte-Marie 
située  non  loin  du  château.  Parmi  les  témoins  se  trouvent  les 
noms  dlnoguen,  sœur  de  Rivallon,  de  Basilic,  épouse  de  Jean 


(1)  Ête  la  Bofderie,  Cours  cT histoire  de  Bretagne,  p.  57. 

(2)  PouUlé  historique  de  Rennes,  II,  p.  376. 

(3)  D.  Horie«,  Pr,  l,  col.  4^5. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS  193 

de  Dol  et  celui  de  CoQan  II  qui  cnourut  comme  nous  Tavons 
dttea  1066(1). 

Nous  croyons  avec  M,  l'abbé  Guilloiin  de  Gorson  que  cette 
charte  n'est  peut-être  pas  celle  de  la  fondation  primitive  du 
prieuré,  Rivallon  semble  donner  dans  celle-ci  un  lieu  déjà  cons- 
truit QQ  rhonneur  de  la  Sainte-Trinité,  ce  n'est  peut-être  là 
qu'une  confirmation. 

D'un  autre  côté,  du  Paz  (2)  affirme  avoir  vu  la  lettre  de  fonda- 
tion du  prieuré  de  Gombour  en  la  maison  de  la  Rouerie  «  escrite 
«  en  termes  Iatjn3  sur  véiia  signée  et  scellée  authentiquement, 
<  laquelle  se  commence  ainsi  :  Ego  Rivalanus  de  Gomburno, 
«  miles  Britanai^e,  filiua  Hemoniset  Raenteline.  »  Et  il  s'étend 
[oDguement  sur  l'explication  de  ces  deux  mots  :  miles  Britanniœ 
qu'il  voudrait  traduire  par  maréchal  de  Bretagne.  G'est  là  une 
pure  imaginatioD,  il  n'y  avait  rien  de  pareil  en  Bretagne  à  cette 
époque  {3J. 

Et  il  mat  fa  fondation  du  prieuré  en  1149  sur  le  compte  d'un 
RivaJlûn  III  qu'il  parait  aussi  avoir  imaginé. 

Le  début  de  cette  lettre  de  fondation  citée  par  du  Paz  ne  res- 
semble en  rien  à  celui  de  la  charte  tirée  de  dom  Morice;  mais 
son  authenticité  semble  douteuse. 

Rivallon  ^  Castri  possessor  quod  Gomburnium  vocant  »  donne 
encore  avec  les  mêmes  et  du  consentement  de  Gonanll  au  bien- 
heureux saint  Martin  Téglise  de  Saint-Ouen  de  la  Rouerie  avec 
dîmes,  oblations,  droits  de  sépultures  et  territoire  en  son  entier. 
Dans  celte  donation.  îl  mentionne  Aremburge  son  épouse  et  ses 
eQfanlsnommh^s  Guillaume,  Jean,  Gilduin  et  Havoise  (4). 

Un  peu  plus  tard  vers  1080,  Jean  de  Dol,  fils  de  Rivallon  vou- 
lant se  montrer  son  digne  héritier  et  successeur  confirme  les 
dons  faits  par  son  prédécesseur.  «  Omnia  dona  ab  antecessore 
suo  Beato  Martino  coliata  concessit  »  (5).  G'est  déjà  fait  ;  donc 
le  prieuré  existait  déjà  fondé  par  Rivallon  !•'. 

A  cette  fondation  Jean  de   Dol  mit  cette  condition  que  les 


U)  ïnogneti  était  U  «cour  de  Rivallon  1",  voir  dom  Morice,  Pr.  I,  col.  428,c'eit 
par  «rfeur  qu'eïk  ««t  -jila  (coL  455)  mère  de  Jean  1"  il  faut  probablement  lire 
Mat«Tl«ra  cit  qui  voudrait  dir«  tante  de  Jean  de  Dol  (de  la  Borderie). 

(î)  Du  PîiiL,  Hist.  des  !teigi%eurs  de  Dol  et  Combourg,  p.  513. 

(3)  De  ta  Bordâriû. 

{k)  D.  Moric«p  Pr.  I,  AU,  127, 

(I)  Ibid..  454. 


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194  RKVUE  DE  BRETAGNE 

moines  diraient  chaque  dimanche  une  messe,  entretiendraient 
une  lampe  jour  et  nuit  devant  l'autel  et  ajouteraient  pour  lui, 
le  jeudi-saint  trois  pauvres  à  ceux  qu*il8  avaient  l'habitude  de 
recevoir,  ce  jour-là,  en  leur  réfectoire. 

Rivallon  mourut  à  Combour  et  fut  inhumé  dans  le  prieuré  de 
la  Trinité  qu'il  avait  fondé  1  On  y  voyait  encore  sa  statue,  oou- 
chée  sur  son  tombeau,  en  armure  de  chevalier,  au  siècle  der* 
nier,  dit  Chateaubriand,  dans  ses  Mémoires  d^Outre^Tombe. 


GUILLAUME,  ABBÉ  DE  SAINT-PLORENT 
1070-1118. 

Guillaume,  fîls  aîné  de  Rivallon  I",  se  fit  moine  dans  Tabbaye 
de  S.iint-Plorent  de  Saumur,  dont  il  fut  abbé  de  1070  à  1118  (1). 

Il  succéda  dans  le  gouvernement  de  cette  abbaye  au  moine 
Sigo,  «  encore  qu'il  ne  fust  qu'en  Tâg»^  d'adolescence  »,  dit  du 
PdZ  (2). 

Les  livres  de  l'abbaye  de  Saint-Plorent  font  de  lui  un  grand 
éloge  qui  se  termine  ainsi  :  «  Multa  ad  quisivit  et  pauca  perdidit  ». 
Son  frère  Jean  de  Dol,  comme  nous  le  verrons  plus  loin,  donna 
à  ces  moines  le  prieuré  de  Siiut-Plorent-sous-Dol,  qu'il  enrichit 
de  nombreuses  terres  et  d'abondants  revenus. 

Au  moment  où  il  entrait  en  religion,  c'est-à-dire  avant  1070, 
Guillaume  avait  donné  à  Saint-Piorent,  du  consentement  de  ses 
frères  Jean  et  Gil  luin,  deux  mesures  de  terre  {ierrarum  mcn- 
sttras)  l'une  en  Combour,  l'aulre  en  Lanrigan,  et  l'église  de 
PleÎEie-Pougère.  D'après  ce  texte,  Guillaume  est  fils  aîné  de  Ri- 
vallon 1",  ses  frères  le  disent  ;  lo  premier  dans  Tordre  héritel 
après  le  décès  de  leur  père  (m  hereditaiem  succe'ssor  primus), 

Guillaume,  laissant  le  souvenir  d'un  administrateur  plein  de 
xèlô  et  de  capacité,  mourut  après  avoir  gouverné  l'abbaye  pen- 
dant quarante-huit  ans,  le  troisième  jour  des  calendes  de  juin 

(ni8). 


(I)  Gallia  ChrisUana,  t.  XIV,  col.  &19  et  631, 

(1)  Du  Paz,  Hist.  gén.  des  seiçn.de  Dol  et  de  Combour^  p.  500. 


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{ 


COMBOUR  ET  SES  smGNltTRS  \n 

JEAN  1%  2'  SEIGNEUR  DE  COMBOUR 
1070  a  1090  environ. 

Oritbume  touché  delagr&ce  divine,  ayanl  renoncé  au  monde 
pour  entrer  au  monastère  de  Saint-Plorent,  son  frère  Jean  I*^ 
dit  dt^  Dût,  devint  seigneur  de  Combour  à  la  mort  de  leur  père 
Rivallon  i"{l)- 

Gusllaume  en  se  faisant  moine,  apporta  à  Saint-FIoT'ent  l'égïise 
de  Pleifie-Fougèra  et  sa  dîme  avec  Ir*  rt^venu  des  maisons  qui 
ravnisiaalent  ;  Jean  et  Qilduni  i^es  frères,  s'dssocmni  à  ces  libé- 
rslités  donnèrent  aux  moines  Umoilié  de  l'église  de  Lanrigari  et 
desadttne;  du  consentement  de  ses  frères,  Tabbé  Guillaume 
acheta  l'autre  CDoltié* 

Ceux-ci  donnèrent  encore  à  Saint-Florent  le  droit  de  pacage 
et  de  paDage  pour  les  troupeaux  et  les  porcs  des  moines  et  ceux 
dé  leurs  métayers  dans  louiRâ  leurs  farôts  de  Combour,  tout  le 
Iwîsdont  ils  pourraient  avoir  besoin  pour  divers  usages^  enfin 
1&  village  de  Mezvoit  près  Uolr  avec  ses  droits  de  coutumes  et 
ses  vignes,  et  le  village  de  Belluin  en  Roz. 

Tous  ces  dons  étaient  dans  la  pensée  des  donateurs  destinés 
àlafoodation  du  mona^t^re  de  Hiinl-Florent-sous-DoL  Aussi 
trois  ans  après,  en  i019,  d*aprè3  M-  de  la  Borderie,  Jean  se  prit 
àconstruire,  s.^int  Giiduin  étant  mort,  un  monastère  en  Thon- 
neur  de  Sainte-Marie  et  de  Saint-Florent. 

Il  chargea  Milon,  évoque  de  B.^névent,  d'obtenir  raulorisation 
du  pape  Grégoire  VIL  L'archevêque  de  Dol,  Even  sacré  à  Rome 
eu  1076,  y  donna  son  conssentement,  vint  bénir  le  lieu  oili  Ton 
devait  bâtir  et  abandonna  à  ce  monastère  tous  les  droils  de  cou* 
tume  qu'il  pouvait  avoir  sur  Mt'zvoit.  De  plus  il  permit  aux 
moiues  d'établir  une  foire  au  jour  dd  la  féLe  de  saint  Florent,  à 
condition  que  ceux-ci  n'accip;ireraient  pas,  sans  son  agrément, 
leilïourgeors  de  Dol  pour  les  installer  dans  le  bourg  qu'ils  for- 
meraient autour  dti  monastère,  Le^  chrinoines  de  Saint-Samson 
coDseotirent  àces  diflpositiuns  à  condition  tjue  les  moines  n'en- 
terreraient personne  des  bourgeois  de  Dol  ou  des  seigneurs  de 
Bâtel,  sans  leur  permission* 

tDDûPftï,  p-  ait. 


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1%  REVUE  DE  BRETAGNE 

De  nombreux  et  importants  témoins  confirmèrent  ces  conven- 
tions, entre  autres  Qeoffroi  Le  Bâtard,  comte  de  Rennes  et  l'ar- 
chevêque Even  qui  mourut  en  1081. 

C'est  donc  quelques  années  avant  sa  mort  seulement  que  fut 
fondé  le  prieuré  de  Saint-Plorent-sous-Dol  (1079). 

Quelques  années  après,  à  la  prière  et  à  l'instigation  de  Jean, 
devenu  archevêque  de  Dol,  le  duc  Alain  Pergent  confirmait  la 
fondation  faite,  à  Saint-Florent  de  Saumur,  de  Téglise  de  Saint- 
Fiore nt-30Us-Dol  «  rogatu  et  ammonitione  Johannis  Dolensis  a 
çuo  ipsarescêpit exordiumio.  Cette  charte  est  datée  du  14 juil- 
let 1086(1). 

Ct^Ue  môme  année  Jean  de  Dol  fat  témoin  d'une  donation  de 
dîme  en  TégUse  de  Pleine-Fougère,  faite  par  Giron  seigneur  de 
Châteaugiron,  fils  d'Anquetil. 

Désirant  confirmer  tout  ce  que  ses  prédécesseurs  avaient  fait 
en  faveur  de  Féglise  de  la  Sainte-Trinité  de  Gombour,  Jean  s'ex- 
priroB  ainsi  :  4^  Il  est  certain  que  ceux  qui  fondèrent  avant  nous 
des  monastères  écrivaient  simplement  ces  donations  sans  les 
sceller  d'aucun  sceau  (2),  n'en  possédant  point.  Plus  prudents 
aujourd'hui  et  désirant  éviter  toute  contestation  entre  nos  suc- 
cesseurs et  les  pQoines  de  Marmoutier,  nous  donnons,  concé- 
dons et  confirmons  de  notre  scel,  tout  ce  qu'ils  donnèrent  avant 
nous.  Et  aJln  que  ces  dispositions  demeurent  immuables  nous 
avons  voulu  souscrire  à  la  charte  de  Rivallon,  fils  d'Haimon, 
notre  prédécesseur  et  nous  l'avons  en  conséquence  scellée  de 
notre  scel  afin  de  lui  donner  toute  la  force  possible  (3). 

11  est  ici  qtiei^tion  de  la  charte  déjà  citée  de  la  fondation  du 
prieuré  de  la  Trinité  de  Combour  par  Rivallon  P'. 

De  sa  femme  Basilie  (4),  Jean  I"  de  Dol  seigneur  de  Combour 
eut  deux  fils,  Rivallon  IP  du  nom  et  Guilduin  qui  tous  deux  lui 
succédèrent  k  la  seigneurie  de  Combour. 

Jean  fî[iii  par  être  archevêque  de  Dol,  il  succéda  sur  ce  siège 
à  Even  et  fut  ordonné  en  1082  (5).  Il  existe  une  lettre  de  ce  prélat 


i\)  Dom  Morïce.  Pi\  1,  col.  461. 

(2)  Déclaration  qui  rend  très  douteutte  Tauthenticité  de  la   charte  concernant 
le  prieuré  de  Combour,  tirée  par  du  Paz  des  archives  de  la  Rouerie*  ci-dessns, 

p.  n^. 

(3)  Dom  9ior.  Pr.  I,  col,  480. 

(4)  D.  M,Pr.  I,  145b. 

{h)  D.  M.  Pr.  I,  iSftet  4b5. 


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C0M60UR  £T  SES  SEIGNEURS  197 

à  Roger,  abbé  du  Mont  Saint-Michel  par  laquelle  il  lui  accorda 
dix  sols  sur  le  moulin  de  Sainz.  On  ignore  Tannée  de  sa  mort  (1). 


SAINT  GILDUIN 
1052-1076. 

Dans  Thistoire  des  seigneurs  de  Dol  et  de  Gombour  du  Paz^ 
a  cité  une  partie  de  la  vie  de  ce  saint  en  termes  latins,  i  pour  le 
«  contentement,  dit-il,  de  ceux  qui  se  plaisent  au  latin  ».  Nous 
nous  contenterons  de  la  résumer  en  français. 

D'après  la  vie  de  saint  Gilduin  tirée  de  l'abbaye  bénédictine 
de  Saint-Pierre-en-Vallée,  de  Ghartres,  il  naquit,  en  Bretagne  au 
pays  de  Dol,  d'un  puissant,  seigneur  nommé  Rivallon  et  sur- 
nommé Chèvre-Ghenue.  Sa  mère  Aremburge  était  de  la  noble 
famille  des  seigneurs  du  Puiset  dans  l'Orléanais  (2). 

Albert  Le  Grand,  dans  sa  Vie  des  Saints  de  Bretagne,  le  fait 
naître  en  1052. 

Elevé  et  instruit  par  son  oncle  Tarchevôque  Ginguené,  GiL 
duin  embrassa  l'état  religieux  et  fut,  sa  piété  et  ses  vertus 
l'ayant  fait  distinguer,  quoique  jeune  encore,  chanoine  en 
l'église  de  Dol. 

Comme  nous  l'avons  vu  plus  haut,  il  s'associa  à  toutes  les  do- 
nations de  son  père  Rivallon  et  à  celle  de  son  frère  Jean  à  Tab- 
bayede  Saint-Florent  que  gouvernait  leur  frère  Guillaume. 

Les  habitants  de  Dol  ayant,  après  sept  ans  d'un  joug  impatiem- 
ment supporté,  chassé  de  leur  ville  en  1075,  à  cause  de  ses  dé- 
sordres, Johoneus  ou  Juhel,  prélat  scandaleux  qui  avait  usurpé 
le  siège,  le  chapitre  élut  pour  le  remplacer  saint  Gilduin,  l'un  de 
ses  membres. 

Mais  celui-ci,  jugeant  ce  fardeau  trop  lourd  pour  ses  épaules, 
obtint  que  son  élection  serait  soumise  au'saint  pape  Grégoire  VIL 

Il  partit  pour  Rome  avec  les  auteurs  et  les  témoins  de  cette 
élection  et  pria  le  pape  de  nommer  à  sa  place  Even  le  restaura- 
teur de  l'abbaye  de  Saint-Melaine  qui  l'avait  accompagné. 

Touché  de  l'humilité  de  Gilduin,  le  pape  le  félicita  de  ses  sen- 
timents, sacra  Even  et  le  décora  du  pallium,  1076. 

(1)  Dom  TaiUandier,  Cat.  des  évéques  de  Dol^  p.  57. 
(t)  Dom  Morice.  Pr.  I,  col.  42«,  427.  —  Du  Pax,  p.  501. 


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198  REVUE  DE  BRETAGNE 

Au  retour  du  voyage,  les  Alpes  franchies,  il  ae  fait  tard,  la 
troupe  s'arrête  et  se  dirige  vers  la  hutte  d*un  pauvre  homme  qui 
fait  métier,  plus  encore  par  charité  que  pour  le  gain  qu'il  en  re- 
tire, de  passer  en  sa  barque  les  gens  qui  désirent  traverser  le 
fleuve* 

Il  n'a  point  de  provisions  pour  une  compagnie  si  nombreuse, 
mais  Theure  est  si  avancée  qu'il  n'ose  conseiller  à  ses  hôtes  de 
se  rendre  en  un  lieu  plus  pourvu  qu'il  leur  nomme. 

Il  ajoutB  qu'il  a  un  voisin,  coureur  des  plus  rapides,  qui  leur 
apporlera,  8*ils  veulent  bien  attendre,  tout  ce  qui  sera  néoes- 
lajre.  En  effet,  celui-ci  part  et  revient  chargé  de  victuailles  avec 
une  rnpidlté  qui  semblait  à  tous  au-dessus  des  forces  humaines. 

Mais  au  signe  de  la  croix  fait  sur  les  mets,  ceux-ci  changent 
d'aspect  et  deviennent  tellement  repoussants,  transformés  qu'ils 
sont  en  crapauds,  sourds,  couleuvres  et  aspics,  que  le  saint  qui 
se  méfiait  dt^jà,  vu  la  rapidité  de  la  course  exécutée  par  le  per- 
sonnage, e^t  pleinement  confirmé  dans  son  idée  qu'il  ne  peut 
dire  que  le  diable  en  personne. 

Il  commande  qu'on  le  lui  amène  ;  celui-ci,  vociférant  comme 
un  damnéf  refuse  deux  fois,  trois  fois  de  se  rendre  aux  injonc- 
tions du  saint,  qui  flnit  par  lui  ordonner  d'obéir  au  nom  de 
Notre-Setgneur  Jésus-Christ. 

Le  démon,  ne  pouvant  se  soustraire  à  la  puissance  de  Notre- 
Seigneiir,  lui  explique  qu'il  est  d^ns  ses  attributions  de  nuire  à 
tous,  et  qu1i  s'est  emparé  du  corps  d'un  misérable  scélérat  dont 
rame  était  damnée.  11  se  tait  appeler  Bernution  parmi  les  hommes 
et  il  est  venu  s'ôlabUr  près  de  1  hôte  charitable  parce  que  celui-ci 
fait  te  signe  de  lacroix  chaque  fois  qu'il  embarque  pour  se  mettre, 
lui  et  ses  pn3@c!gers,sous  la  protection  deJDieu.  Ce  pieux  nauto- 
nier  lui  enlève  ainsi  un  grand  nombre  d'&mes  qu'il  sai:9issait  au 
passage  du  fleuve.  La  plupart  étant  en  mauvais  état  ou  se  déses- 
pérant dans  Ihs  eaux  se  damnaient. 

Béni  soil  N,-8.  J.-G.  I...  dit  le  saint,  dont  la  croix  victorieuse 
triomphe  de  Satan  !..  et  il  force  le  diable  à  quitter  le  corps  du 
ansérubliî  scélérat  dont  il  s'était  revêtu  pour  essayer  comme 
toujours  de  tromper  le  pauvre  monde. 

Giiduin  alla  t^nsuite  visiter  ses  parents  maternels,  les  seigneurs 
du  PuLsel  en  iii^auce  et  se  retira  à  l'abbaye  bénédictine  de  Saintr 
Pierre^en-Vallée  de  Chartres  où  il  mourut  en  1076.  Il  y  fut  en- 
terré au  chCBUr  de  l'église. 


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COUBOUR  BT  8BS  9B10NBURS  199 

De  nombreux  miracles  illustrèrent  son  tombeau  pendant  de 
longues  armées  ;  son  corps  fut  mis  en  une  chasse  et  Poucher, 
abbé  de  Saint-Pierre  de  Chartres  ayant  6té  guéri  de  la  goutte  par 
son  intercession,  ordonna,  en  reconnaissance,  que,  tous  les  sa- 
oaerlïs,  le  sacristain  serait  tenu  d'allumer  un  cierge  devant  cette 
chasse^ 

L'aJmirable  pureté  delà  vie  de  Gilduin  de  Combour  Ta  fait 
metire au  nombre  des  saints,  sa  fôte  se  célèbre  le  27  janvier. 
Quatre-vingt  dix  ans  après  sa  mort,  le  5  mai  1165,  un  transféra 
ses  reliques  dans  une  chapelle  particulière  ou  les  miracles  con- 
tinuèrent longtemps  «près. 

La  chapelle  du  château  de  Gombou^'g  possède  des  reliques  de 
saint  Gilduin  off^^rtes  par  Monseigneur  l'évoque  de  Chartres  à 
M^'^  Sibylle  de  Chateaubriand  le  jour  de  sa  première  commu- 
nion. 


RIVALLUN  11,  3-  SEIGNEUR  DE  COMBOUR 

1090   A    1110   ENVIRON 

Rivallon  II.  flls  de  Jean  I*  dit  de  Dol,  succéda  à  son  père  dans 
h  seigneurie  de  Combour^  il  est  le  troisième  de  ces  seigneurs. 

Il  est  question  de  lui  dans  une  charte  de  saint  Florent  citée 
par  du  P*iz,  qui  se  termine  p.ir  ces  mots  :  furent  présents  :  «  Guil- 
laufne  de  Doï,  abbé  de  8aint  Florent,  Jean,  frère  dudit  abbé  et 
Rivallon;  âls  du  dit  J^an  de  Dol  ». 

Au  mots  d*a  lût  1037  on  trouve  aussi  d^ns  un  acte  du  Gartu- 
laire  de  Siitït-Pjort-nt  les  noms  d^.  Gaillautne,  abbé  de  Saint-Flo- 
r*3QE  et  de  Rivallon  de  Dol,  son  nevou.  Dans  une  donation  du 
quart  de  î'église  de  Noyai  faite  à  Marmoutier  Rivallon  II  cité 
connme  témoin  est  qualifié  seigneur  du  château  de  Dol,  seigneur 
du  donateur  el  fils  de  l*archevôque  Jean  de  Dol.  —  «  Hoc  conces- 

seruot dominus  suus  Hivallonus  dominus  Doli  cubtri,  fllius 

Johaiinisarchiepi:*copi.  Aclum  annoab  incarnationo  Dom.  MXGV 
8Tib  abbate  Bçrtjardo(dbbé  de  Marmoutier)XII  annoordiciatione 
ejua  (l)  *K 

et)  Dom  Mortcâ.  Pr.  \,  4«e, 


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200  REVUE  DE  BRETAGNE 

QILDUIN  4*  SEIGNEUR  DE  COMBOUR 
DK  mo  A  1187. 

Gilduinde  Dol  était  fils  de  JeaD  P''  et  de  Basilie,  il  succéda  à 
son  frère  Rivallon  II,  comme  l'indique  une  charte  tirée  de  Mar- 
moutier  ;  sachent  tous  que  Gilduin  de  Combour,  flls  de  Jean 
[Giliduinus  dt  Combornio  Johannis  filius)  nous  a  donné  libre  et 
quitte  de  touti^s  redevances  tout  ce  que  nous  pourrions  acquérir 
sous  sa  dépendance,  comme  son  père  Jean  I**  et  son  graod-père 
Rivallon  1%  nous  rayaient  donné.  Jean  promet  de  plus  de  Taire 
ratifier  cette  donation  à  son  successeur  dans  la  seigneurie  de 
Combour,  ce  qui  semblerait  indiquer  qu'il  n'avait  pas  alors 
d'héritier  direct  (1). 

De  sa  femme  Noga,  il  eut  pourtant  dans  la  suite  trois  enTanta  : 
un  flls  qui  lui  succéda  sous  le  nom  de  Jean  II,  mais  qui  devait 
être  fort  jeune  à  la  mort  de  son  père,  car  on  le  voit  paraître  en 
plusieurs  rencontres  sous  la  tutelle  de  sa  mère. 

Gildouin  laissa  en  outre  deux  filles  :  Noga  qui  fut  mariée  à 
Conan.  comte  de  Penthièvre  et  Jeanne  de  Dol  qui  épousa 
Raoul  n,  baron  de  Fougères. 

Une  donation  de  la  dîme  de  Saint-Broladre  au  Mont  Saint- 
Michel,  par  un  Guillaume,  fils  d'Irfoi,  croisé  {iiurus  Jérusalem) 
fut  confirmée  plus  tard  par  Hervé,  frère  de  celui-ci.  Baudri,  arche- 
vêque de  Dol  et  Gildain  de  Combour  sont  cités  parmi  les  témoins. 

Dans  la  lettre  de  fondation  de  l'abbaye  de  la  Vieuville  en  1137 
j)ar  Geldouin  de  Montsorel,  seigneur  de  Montsorel  et  de  Landal 
relevant  de  Combour,  celui-ci  parle  de  Gilduin  de  Dol  comme  de 
«on  seignnur  :  «  Gilduin  de  Dol  mon  seigneur  a  bien  voulu  con- 
ft  tirmer  cette  donation  y  ajoutant  le  droit  de  panage  dans  sea 
ï  forêts  pour  les  porcs  des  moines.  (Anno  ab  Inc.  Dom. 
«  MGXXXVIL  Ci  (2). 

Gilduin  de  Combour  mourut,  d'après  du  Paz,  en  1137,  tué  par 
[es  Normands  du  pays  Avranchin.  Nous  empruntons  à  Thistoire 
d'Orderic  Vital,  qui  ne  le  ménage  pas  dans  ses  expressions^  le 
récit  de  sa  fin  tragique.  i 


(I  )  Dom  Mohce,  Pr.  I,  p.  576. 
(2j  Dom  Horion,  Pr,  I,  p.  576. 


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COMBOUR  KT  SES  SEIGNEURS  SOI 

«  Ed  ce  temps-là  les  Bretons  se  levèrent  sons  la  conduite  de 
Gilduin  de  Bol  et  envahirent  les  terres  du  pays  de  saint  Michel 
Archange  ao  péril  de  la  mer. 

«  Leurs  ravages  causèrent  de  grandes  pertes,  môme  aux  gens 
les  plus  JDoffensifs.  Mais  la  vengeance  divine  se  chargea  de 
mettre  Ao  aux  souffrances  des  habitants  du  pays. 

«c  Un  jour  que  le  terrible  Gilduin  conduisait  cent  quarante 
chevaliers,  accompagnés  de  nombreux  gens  de  pied  et  qu'il  re- 
venait Iriom  p  haut  chargé  de  butin  et  emmenant  de  nombreux 
prisonniers^  la  mer,  devenue  tout  à  coup  furieuse,  Tarrdta. 

et  A  ce  moment  une  immense  clameur  ayant  été  poussée  par 
les  pauvres  gens  victimes  des  incursions  de  Gilduin  et  de  ses 
compagnons,  vingt  soldats  normands  se  mirent  à  la  poursuite  de 
ceux-ci- 

€  Entendant  derrière  lui  ces  vociférations,  Giiduin  se  retourna 
contre  ceux  qui  le  poursuivaient  avec  dix  guerriers  seulement 
couverts  de  leurs  boucliers.  Mais  les  Normands  se  précipitèrent 
3ur  eux  avec  une  telle  impétuosité  que  les  Bretons  tournèrent  le 
dos  poursuivis  par  leurs  ennemis  et  que  Gilduin  fut  tué  avant 
d  avoir  pu  être  rejoint  par  les  siens  (1137).  » 

Il  avait  fondé  Tabbaye  de  la  Vieuville  (1). 

{A  iuivre.)  Paul  de  la  Biqne. 

(1)  0.  Hori<3fl.  Fr.  I,  ool.  596,  &07. 


j^vHl  i§Oi.  N 


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MÉLANGES  HISTORIQUES 

(Suite)  (1). 


IV.  —  Saint  Armbl. 

Quand  on  éiuiliâ  les  difTérentes  vies  de  saint  Armel  dans  les 
vieux  bréviaires  de  Rennes,  de  Saint-Malo  et  de  Saint-Pol,  oa 
est  fmppé  du  très  petit  nombre  de  renseignements  qu'elles  con- 
tlennenL  M.  l'abbé  Duine,  qui  a  édité  (2)  les  versions  rennaises 
et  malouLne  'te  celte  biographie  et  complété  ainsi  la  publication 
de  M.  R-'parlz  qui  ne  contenait  que  la  version  léonaise,  re- 
marque luimânae  que  Thagiographe  n'est  renseigné  que  sur  ce 
qui  â'e^L  passé  dans  le  pays  de  Rennes.  Il  n*est  fait  nulle  mention 
du  séjour  dans  le  Léon,  quoi  qu'en  dise  M.  de  la  Borderie, 
qui  répète  liprhs  Albert  le  Qrand  que  saint  Armel  débarqua  à 
Pjouarz'l;  or  cette  opinion  est  formellement  contredite  par  Tha- 
gioËTitphe  [éonais  pour  qui  c*est  à  la  suite  de  son  séjour  à  la 
cour  du  roi  de^  Prancsque  saint  Arm^l  reçut  en  cadeau  de  ce 
princf*  Ihs  tîeux  filous  qui  portent  son  nom,  c'esl-à-dire  Plouarzel 
et  Plo^rnii*!  ;  donation  évidemment  fabuleuse  et  inventée  par 
rhagio^^raptic  Itjonais,  puisque  le  bréviaire  malouip,  intéressé 
cepeadanL  à  raconter  la  donation  de  Ploërmel,  ne  mentionne 
nullement  cet  épisode.  Le  culte  de  saint  Armel  n'est  point  ancien 
dans  le  Léon,  son  nom  ne  figure  pas  dans  les  litanies  léonaises 
du  XI*  siècle,  et  M.  l'abbé  Duinearemarquéquemôme  à  Tépoque 
moderne  ce  culte  n'y  avait  jamais  eu  beaucoup  d'ampleur. 
M.  du  la  Burderie  admet  comme  historique  le  séjour  de  saint 
Ai  mt.t  à   la  cour  du  roi  des  Francs,  Ghildebert.  Il  m'est  im- 

{f)  Voir  U  Revue  dQ  man  1108. 

(3)  Ami^ei  ds  Bretagne,  tom«  zx,  p.  136  «t  tniv..  491  et  fuÎT. 


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UiLÂNUES  HISTORIQUES 


SOS 


possible  de  le  suivre  dans  cette  voie,  d'abord  parce  que>  si  le 
roi  fraûc  reçoit  dans  le  bréviaire  léonais  le  nom  de  Ghildebertus, 
!l  porte  dans  le   bréviaire  rennais   de  1514  le  nom  de  Phili- 
bertus  et  que  celte  forme  légendaire  est  Tindication  évidente 
de  la  non  historicilé  des  rapports  du  saint  breton  et  du  roi 
franc;  ensuite  parce  que  Hdée  que  Thagiographe  léonais  prête 
au  monarque  de  garder  saint  Armel  aussi  près  que  possible  de 
sa  résidence,  en  lui  conatraisant  un  ermitage  dans  le  pays  de 
Rennes,  moins  éloigné  que  les  deux  plous  bretons,  dénote  éga- 
lement une  ignorance  complète  de  Thistoire  du  VI*  siècle.  M.  de 
la  Borderie  adopte  la  tradition  d'après  laquelle  ce  serait  dans  la 
paroisse  de  Loutehel  que  saint  Armel  aurait  fait  jaillir  miracu- 
leusement uq(!  fontaine,  mais  Thagiographe  léonais  ditformelle- 
meoi  que  ce  miracle  eut  lieu  au  pays  de  Rennes,  ce  qui  ne  sau- 
raitconvenir à  Loutehpl  qui  faisait  alors  partie  du  diocèse  de 
Saint-Malo.  M.  de  la  Borderie  voit  également  dans  saint  Armel 
le  fondateur  de  Ploérmel  ;  le  pays  qui  entoure  cette  ville  serait 
d'après  lui  la  déserta  Britannia  ou  ies  loca  déserta  Britannias,  où 
le  saint  se  serait  retiré  après  un  premier  séjour  au  pays  de 
Rennes,  en  Redonia\  et  l'on  pourrait  ajouter  à  l'appui  de  cette 
hypothèse,  qu'un  catalogue  des   évoques    de    Dol  rédigé    au 
XJI*  siècle,  lequel  donne  à  tort  cette  qualification  à  saint  Armel, 
prétend  que  le  corps  du  saint  reposait  à  Pioôrmel;  maison  peut 
objecter  que  le  silence  absolu  du  bréviaire  malouin  à  ce  sujet 
est  déjà  chose  extraordinaire,  et  que  la  tradition  ploôrmelaise  du 
XVI*  siècle  n'osait  pas  maintenir  cette  affirmation  et  reconnais- 
sait que  le  saint  avait  ét/j  intiumé  à  Saint- Armel  près  Rennes. 
Enfin  de  la  lecture  de  toutes  les  biographies  de  saint  Armel,  se 
dégage  pour  moi  celte  impression  que  nous  sommes  en  pré- 
sence d'un  ermite  et  noEi  d'un  abbé  comme  le  dit  M.  de  laBorde- 
rie^  car  si  l'on  nous  parie  du  monastère  du  saint«  comme  il  n'est 
jamais  fait  allusion  à  ses  disciples,  il  faut  évidemment  entendre 
mùnasterion  au  sens   étymologique  et  y  voir  l'habitation  d'un 
seul. 

Cest  avec  raison,  je  crois,  que  M.  Tabbé  Duine  retrouve  dans 
les  différentes  vies  de  saint  Armel  la  trace  d'un  document  du 
IX'  siècle,  car  rduteur  écrivait  certainement  à  une  époque  où  le 
pays  de  Rennes  et  la  Bretagne  étaient  encore  deux  pays  dis- 
tincts ;  m&ig  je  crois  que  Térudit  écrivain  s'est  fait  quelques  il- 
Ituions  sur  ce  qui  dans  les  vies  modernes  pourrait  provenir  da 


¥-t 


'■•i' 


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SM  REVUE  DE  BRETAGNE 

cette  vie  ancienne.  La  mention  de  Penohen,  celle  de  Carencinalis 
et  l'idée  de  rattacher  ce  dernier  personnage  à  saint  Paul  de 
Léon  sont  des  inventions  léonaises  spéciales  à  Thagiographe 
léonais.  Celui-ci,  cherchant  un  point  du  territoire  gaulois  oti 
faire  aborder  saint  Armel  et  trouvant  dans  la  vie  de  saint  Paul  la 
mention  d'une  localité  appelée  Penohen  en  Gafles,  a  confondu 
Galles  et  Gaule,  Wallia  et  Gallia,  et  a  fait  aborder  saint  Armel  à 
Penohpn.  Il  m'est  impossible  de  voir  dans  Carencinalis  un  chef 
de  clan  sous  ta  protection  duquel  saint  Armel  se  serait  placé 
pour  son  voyage,  le  texte  nous  dit  formellement  que  Carencina- 
lis était  cm  homme  riche  qui  abandonna  tous  ses  biens  pour 
suivre  saint  Armel,  c'est-à-dire  dans  la  pensée  de  l'auteur  pour 
devenir  son  disciple.  En  ce  qui  concerne  Penohen  et  Carencina- 
liSf  nous  trouvons  d'ailleurs  dans  Albert  le  Grand  une  version 
bien  préférable  ;  pour  l'hagiographe  du  XVIP  siècle  Penohen 
est  te  lieu  d'origine  de  saint  Armel,  Carencinalis  ou  comme  il 
dit  Garoncinalis  est 'l'abbé  dans  le  monastère  duquel  il  a  été 
élevé;  or  nous  dit  M.  Loth  (1),  Carencinalis  est  une  faute  de 
scribe  pour  C^rentmail  ;  je  me  demande  donc  si  ce  personnage 
n^est  pas  le  saint  breton  insulaire  appelé  par  abréviation  Ca- 
rantoc  ou  Caradoc  ;  et  si  Albert  le  Grand  n'a  pas  eu  ici  sous  les 
yeux  un  texte  qui  Contenait  une  parcelle  de  vérité  historique. 

Concluons  donc  que  saint  Armel  était  originaire  de  llle  de 
BretagnCi  peut-être  du  canton  gallois  de  Penohen,  qu'il  eut  peut- 
être  pour  maître  saint  Carentmail  ou  Caradoc,  qu'il  évangélisa 
le  pays  de  Elenoes  et  qu'il  mourut  en  odeur  de  sainteté  dans 
son  ermitage  sur  le  territoire  de  la  commune  actuelle  de  Saint- 
ArmeK 

Je  termine  par  deux  observations  :  1^  Si  saint  Armel  a  été 
quelquefois  revêtu  du  titre  épiscopal,  c'est  qu'on  l'a  confondu 
avec  l'é vaque  Tiarmail  dont  il  est  .question  dans  la  vie  de  saint 
Turiau, 

2*  Si  Le  Baud  fait  débarquer  saint  Armel  en  Cornouaille,  c*est 
qu'il  lui  a  paru  impossible  que  le  mot  Gallia  s'appliquât  alors  à 
TArmorique  et  qu'il  lui  a  substitué  le  mot  Cornugallia;  car  il  est 
évident  par  le  contexte  que  ce  passage  est  traduit  littéralement 
du  bréviaire  de  Léon. 


(i)  Retme  CëUiquê,  tom«  XXÏl,  p.  III. 


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KËLANGES  aiSTOniQUIlS  S06 


V-  —  Lk  comte  Evkn. 

Le  comte  Even  nous  âpparatt  comme  le  bienfaiteur  des  saints 
du  Léon  dans  deux  actes  du  cartulaire  de  Landevenec  et  dans 
un  passage  de  la  vie  de  saint  Qoulven.  Dans  le  premier  il  est 
dit  que  le  comte  Even  donna  à  saint  Guenolé  un  territoire  appelé 
Lan  sancti  Winwreti»  aujourd'hui  Laneuffret  près  Brest.  Dans 
le  second  il  est  dit  qu'Ëven  avilit  donnée  saint  Morbretus  un 
territoire  appelé  Lao  Riwolé,  aujourd'hui  Lanrivoare  près  Brest, 
et  que  Morbretus  à  son  tour  fit  don  de  ce  territoire  à  saint  Gue- 
nolé. Enfin  la  biographie  de  saint  Goulven  raconte  qu'Bven, 
ayant  obtenu,  grâce  aux  prières  de  saint  Goulven,  la  victoire 
&ur  tes  Northmans,  flt  bâtir  l'église  qui  porte  aujourd'hui  le 
nom  de  Goulven  et  la  dota  d'une  importante  concession  de  ter- 
ritoire. Voilà  à  première  vue  trois  textes  qui  ne  paraissent  pas 
s'accorder  entre  eux,  car  si  le  comte  Even  a  été  le  contemporain 
de  saint  Guenolé  (VU  siècle),  il  n'a  pu  combattre  les  Northmans 
pt*  siècle). 

M.  de  la  Borderie  a  vu  la  difficulté  et  s'est  efforcé  d'en  sortir  (1). 

Pour  lui  le  témoignage  qui  prime  tous  les  autres  est  celui  de 
ta  vie  de  saint  Goulven,  Even  est  un  comte  de  Léon  ayant  Les- 
neven  pour  capitale  et  vivant  au  début  du  X*  siècle.  C'est  à  lui 
qu'il  faut  attribuer  le  mérite  d'avoir  chassé  les  Northmans  du 
Léon  et  d'avoir  été  ainsi  l'un  des  auxiliaires  d*Alain  Barbe-Torte. 
Quand  on  dit  qu'il  a  donné  Laneuffret  à  saint  Guenolé,  cela  veut 
dire  simplement  qu'il  en  a  fait  don  à  Tabbaye  de  Landevenec,  et 
quand  on  dit  quHl  dut  aux  prières  de  saint  Goulven  sa  vic- 
toire sur  les  Northmans,  cala  veut  dire  simplement  que  le  gain 
de  celle  bataille  a  été  attribué  par  lui  à  l'intercession  de  saint 
Qoulven,  lequel  était  mort  dppuis  quatre  siècles. 

Il  est  évident  que  cette  explication  n'offre  en  elle-même  rien 
d'impossible  ;  elle  est  cependant  fort  ébranlée  par  les  objections 
que  j'ai  formulées  plus  haut  contre  la  valeur  historique  de  cette 
partie  de  la  vie  de  saiût  Goulven.  Si  cet  épisode  est  une  invention, 
comme  semble  bien  l'indiquer  le  rapprochement  maladroit  établi 
entre  les  mots  Even  et  Lesneven,  si  la  fondation  de  Téglise  de 

(1)  MémtHres  tU  U  SùûUié  tt Emulation  des  Côtêt^U'N&rd^  tom«  XXIX^ 
page  ^33  et  iaÏT. 


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206  RBVUE  DE  BRETAGNE 

Goulven  a  été  attribuée  à  Even  simplement  parce  qu'il  était 
dans  les  traditions  légendaires  le  fondateur  nécessaire  des  églises 
de  cette  région,  ce  n'est  évidemment  pas  auX*  siècle,  mais  au  VI* 
qu'il  raul  rapporter  son  existence.  La  mention  des  Northmans 
est  îQsufïlsante  à  elle  seule  pour  que  Ton  attribue  Even  au 
X*  siècle,  car  en  admettant  qu'il  ait  existé  une  vague  tradition 
sur  ta  défaite  qu*il  aurait  infligée  dans  ces  parages  à  quelque 
bande  de  pirates,  on  sait  qu'à  partir  du  X*  siècle  tous  les  agres- 
seurs dtj  la  Bretagne  ont  été  décorés  du  titre  de  Northmans  par 
les  chroniqueurs,  quelle  que  fût  d'ailleurs  Tépoque  de  leurs  in~ 
cursîons. 

M^  de  laBorderiea  cru  pouvoir  tirer  un  autre  argument  de 
l'acte  du  cartulaire  de  Landevenec  relatif  à  la  donation  de  Lan- 
rivoaré  faite  par  saint  Morbretus  à  saint  Guenolé.  Cet  acte  étant 
daté  de  955»^  Morbretus  et  par  suite  Even  auraient  vécu  au 
X"  siècle.  L'argument  aurait  un  grand  poids  s'il  était  prouvé  que 
celte  date  se  rapporte  bien  à  l'acte  en  question.  Mais  une  objec- 
tion vient  naturellement  à  l'esprit.  Cet  acte  est  une  notice  rédi- 
gée après  coup,  puisque  Morbretus  y  est  qualifié  de  saint.  Pour- 
quoi donc  cette  notice  serait-elle  datée  alors  que  les  autres  ne  le 
sont  pas^  et  l'hypothèse  se  présente  naturellement  à  Tesprit  que 
cette  dale  appartient  à  l'acte  suivant  auquel  elle  convient  beau* 
coup  mieux.  On  évite  ainsi  de  faire  de  saint  Morbretus  un  person- 
nage tout  à  fait  à  part,  un  saint  isolé  dans  le  X*  siècle,  et  on  le 
replace  au  contraire  dans  la  phalange  des  saints  contemporains 
de  l'émigration  bretonne. 

Il  est  donc  plus  prudent  de  conclure  que  le  comte  Even  est  un 
personnage  du  VI*  siècle,  comme  l'écrivait  M.  de  la  Borderie  en 
1861  et  1862,  et  non  un  personnage  du  X*,  suivant  l'opinion  à 
laquelle  il  s'est  arrêté  en  1891  et  1896. 


VI.  —  Saint  Ivi 

Saint  Ivi  aurait  été,  d'après  M.  de  la  Borderie  (1),  le  dernier  des 
saints  venus  de  l'Ile  de  Bretagne  en  Armorique.  Il  aurait  vécu  à 
la  fin  du  VU'  siècle,  aurait  été  le  disciple  de  saint  Gudberct 
évêque  anglais  de  Lindisfarne,  serait  venu  en  Armorique  entre 

(t)  HisMr^  de  Bretagne,  tome  1,  pages  497  et  498. 

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MÉLANGES  HISTORIQUES  907 

Ô85  et  687  et  36  serait  construit  succesBirement  quatre  ermitages 
dont  les  communes  actuelles  de  Logui villes* Lannion,  Loguivi- 
Ptoogras,  PonUvi  et  Saint*Ivi  auraient  jusqu'à  nos  jours  coo* 
serve  le  souvenir. 

Que  la  Bretagne  ait  honoré  comme  saint  un  personnage  du 
nom  dlvi,  cela  est  certain,  mais  ce  qui  l'est  beaucoup  moins, 
c'est  que  ce  personnage  soit  venu  en  Armorique,  du  moins  s'il 
est  identique  à  celui  que  TEglise  d'Angleterre  fôtait  à  la  date  du 
6  octobre.  La  plus  ancienne  mention  de  celui-ci  que  nous  ren- 
contrions  dans  les  textes  est  un  passage  d'une  vie  de  sainte  Edith 
écrite,  croit-oD,  au  XI*  siècle.  Il  y  est  dit  que  l'on  conservait  dans 
l'église  de  Wtlton,  ancienne  capitale  du  comté  de  Wilts,  le  corps 
de  saint  Ivius,  confesseur,  qui  y  avait  été  apporté  par  des  clercs 
de  nationalité  picte,  elerici  pictorum,  et  quoique  l'on  ne  s'explique 
guère  comment  des  Pietés,  c'est-à-dire  des  habitants  de  la  partie 
norcï -orientale  de  TEcoëse,  ont  pu  avoir  l'idée  de  se  transporter 
dans  une  ville  de  l'Angleterre  méridionale,  il  n'en  reste  pas 
moins  vrai  que  Ton  ne  voit  pas  pourquoi  Thagiogrdphe  aurait 
inventé  ce  détail,  s'il  n'était  pas  exact.  Or  les  reliques  d*un  saint 
mort  dans   notre  Armorique    ne    pouvaient    évidemment   se 
trouver  aux  mains  des  Ecossais.  Donc  lorsqu'un  écrivain  du 
XV'  siècle,  Capgrave,  nous  raconte  que  saint  Ywius,  né  de  pa- 
rents bretons,   abandonna  l'église    de  Lindisfarn   où  il  était 
diacre  pour  se  retirer  en  petite  Bretagne,  minor  Dritannia,  où  il 
mourut,  noua  sommes  induits  à  nous  défier  de  celte  assertion 
d^urj  auteur  réci'Qt,  du  moment  où  elle  paraît  en  contradiction 
avec  un    texte   beaucijup   plus   ancien,    étant   donné    surtout 
que  l'au'eur  ignore  tout  à  fait  ce  que  fit  Ywius  en  Armorique 
et  ne  Ty  envoie  en  réalité  que  pour  mourir.  On  en  vient  alors 
à  se  demander  si  pour  Ywius  comme  pour  Gildas  le  voyage 
en    Armorique   n'est  pas   synonyme   de   voyage  dans   l'autre 
monde,  c'esl-à-dire  de  mort.  Si,  au  contraire,  Ywius  a  fini  ses 
jours  dans  l'Angleterre  septentrionale,  on  s'explique  que  ses 
reliques    fussent    aux   mains    des   Pietés    d'Ecosse,   lesquels 
habiiaîf'nt  une  région  voisine,    on   pourrait  presque    dire  un 
pays    frontière.  Que    si    l'on   tient  absolument  à  ce  qu'il   ait 
réellement  quitté  autrement  que    par  la    mort   son  église  de 
Liûdisfdrn,  il  faudrait  de  toute  nécessité  admettre  que  l'auteur 
fjrimltir,  copié  par  Capgrave,  entendait   par   minor  Britannia 
quelque    district   encore    celtique    d'Angleterre  ou   d'Ecosse^ 


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208  REVT7K  DE  BRETAGNE 

d'où  ses  reliques  auraient  pu  passer  aux  mains  6fis  Pietés. 

Quant  &  voir  dans  nos  Loguivi^  Pontivi  et  Saint-Ivi  la  trace 
des  pérég^rinations  du  saint  en  Ârmorique,  c'est  une  illusion 
très  fréquente  ches  û).  de  la  Borderie.  Nos  Locmaria  en  effet  ne 
prouvent  pas  qus  la  sainte  Vierge  soit  venue  en  Armorique  ; 
nos  Saint  Pierre  et  nos  Saint  Médard  ne  prouvent  point  que  ces 
deux  saints  aient  séjourné  chez  nous.  A  plus  forte  raison  si 
Pontivi  doit  son  nom  au  constructeur  du  pont  autour  duquel  se 
forma  la  petite  ville,  cet  Ivi  n'est  pas  plus  nécessairement  un 
saint  que  le  fondateur  de  Pontorson. 

Il  faut  donc  conclure  que  si  le  saint  Ivi  honoré  en  Bretagne  est 
le  même  que  le  saint  Ivi  d'Angleterre,  ce  saint  n'est  jamais  venu 
en  Armorique  ;  ou  bien  si  Ton  veut  absolument  que  saint  Ivi  soit 
un  saint  armoricain,  il  en  faut  faire  un  personnage  distinct  du 
saint  anglais  et  rechercher  si  sous  ce  vocable  ne  se  cacherait  pas 
un  autre  bienheureux  plus  connu  sous  un  autre  nom. 

{A  suivre). 

V^*  Gh.  db  la  Lande  de  Galan. 


# 


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^ 


LÉGENDE  BRETONNE 


RIEUX  ET  REDON 


Selon  la  légende,  Redoa  doit  sa  prospérité  actuelle  &  la  déca- 
dence d'une  autre  ville  voisine,  appelée  Rieux,  dont  il  ne  reste 
aujourd'hui  qu'un  petit  village,  et  les  ruines  de  son  ch&teau, 
dernier  vestige  de  l'illustre  famille  de  Rieux. 

Voici  cette. légende  dans  quelques  vers  inspirés  par  les  ruines 
du  vieux  château  : 

Dans  le  fond  d'an  jardin,  plein  d*ombre  ^t  de  mystère, 

Un  antique  portail  se  dresse  solitaire. 

Sur  an  coin  de  rocher,  débris  d*an  vieux  manoir. 

Qui  veut  encore  an  temps  opposer  son  fh)nt  noir  I 

Des  restes  de  créneaux  et  de  sombres  murailles 

Sont  là,  toujours  debout,  en  dépit  des  batailles 

Et  des  sanglants  assauts.  II  a  fallu  des  rois 

Pour  réduire  à  néant  cette  œuvre  d*autrefoi8  l 

On  dirait  un  géant,  noble  enfant  de  Bretagne; 

Etendu  sur  le  flanc  de  sa  chère  montagne 

Qu'il  ne  veut  pas  quitter.  —  Dors,  fier  de  ton  passé, 

Pas  un  de  tes  hauts  faits  ne  peut  être  effacé. 

Tout  au  pied  du  chftteau,  les  flots  de  la  Vilaine 
Forment  comme  un  rempart,  et  plus  loin  c'est  la  plaine 
Immense  des  marais.  Parfois  quelques  bateaux 
Glissent  le  long  des  joncs  qui  penchent  sur  les  eaux. 
Ce  pays  délaissé  fut  autrefois  prospère,  . 
Il  eut  un  port  paissant  et  des  vaisseaux  de  guerre  ; 
Rieux,  la  grande  ville,  aux  nombreux  habitants 
Eut  ses  seigneurs  cités  parmi  les  plus  vaillants  I 
J'aimerais  à  rêver  la  nuit  sur  ce  rivage, 
A  songer  au  passé,  souvenirs  d'un  autre  &ge 
Lorsque  les  vents  d'hiver  hurlant  dans  les  rameaux 
Font  gémir  les  courlis  cachés  dans  les  roseaux. 

Puis,  je  voudrais  à  la  veillée, 
Aller  dans  la  ferme  isolée, 
M'asseoir  sur  le  banc  du  foyer. 
Devant  un  joyeux  feu  de  lande. 
Afin  d'écouter  la  légende 
Que  raconte  le  métayer  : 


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210  REVUE  DE  BRBTAONE 

«  L'on  vit  un  jour,  sur  la  rivière, 
*'  Monté  dans  sa  barque  légère, 
f  Un  petit  enfant  presque  nu, 
^i  Au  pied  du  cb&teau  des  laveuses, 
u  Vieilles,  méchantes  et  railleuses, 
Ci  Chassèrent  le  pauvre  inconnu. 

«  L'enfant  ne  perdit  pas  courage, 
^  Il  poursuivit  son  long  voyage 
•c  Et  remonta  jusqu'à  Redon, 
À  Là,  des  femmes  vraiment  pieuses, 
V  Charitables  et  vertueuses 
<f  L'accueillirent  si  bien,  dit-on, 

A  Que  le  Seigneur,  pour  récompense, 
(C'était  Jésus,  comme  on  le  pense), 
«  Leur  dit  :  —  €  Redon  s'enrichira, 
«  Car  à  chacun  selon  ses  œuvres, 
*<  Je  veux  vous  en  donner  des  preuves  : 
<  Bientôt  Rieux  s'appauvrira.  > 

4  Depuis  ce  jour  Redon  prospère, 
*'  Et  de  son  origine  est  fière, 
f  Plus  de  dix  siècles  sont  passés  ! 
if  Rieux,  qui  (ut  Jadis  superbe ,  , 
tf  S'en  va  disparaître  sous  l'herbe, 
^  Si  le  Seigneur  ne  dit  :  «  Assez  !  » 

Un  matin  de  printemos  j*allai  voir  les  mines 
Du  Tl^  UT  château  croulant  au  milieu  des  épines; 
Les  fauvettes  chantaient  dans  les  bosquets  déserts 
Pendant  que  j'admirais  les  grands  horizons  verts. 
Sur  les  marais  fleuris,  les  jeunes  libellules 
S'enivraient  de  parfum  au  sein  des  renoncules; 
A  travers  les  sapins  un  soleil  radieux 
Dorait  de  ses  rayons  le  clocher  de  Rieux. 

Dans  les  ravins  profonds,  que  tapissent  la  menthe 
Ainsi  que  le  carex  et  la  flouve  odorante. 
Que  rie  guerriers  tombés  bU  ssés  mortellement  1 
Ce  soi  couvert  de  fleurs,  fut  rou^i  par  le  sang  ! 
Rien  ne  saurait  changer  l'ordre  de  la  nature  : 
L'orage  éclate  au  ciel,  mais  le  ruisseau  murmure  ; 
Le  gaïon  cache  aux  yeux  les  morts  sur  les  coteaux. 
Le  prluiomps  fait  pousser  les  lis  sur  les  tombeaux  ! 

Adolphe  ÛRiaN. 


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LE  RAPPEL  DU  PARLEMENT 

DE  BRETAGNE 
(15  juillet  1769). 


Le  rappel  du  Parlement  causa  une  immense  joie  dans  tonte 
la  province,  et  fat  Tobjet  de  réjouissances  de  toutes  sortes  : 
feux  de  joie,  messes  d'actions  de  grâce,  chants,  discours, 
adresses,  etc. 

•  Les  corps  administratifs  et  judiciaires^  les  communautés 
d'avocats  et  de  procureurs,  les  notaires,  les  chapitres  des  cathé- 
drales^ tes  abbayes  et  couvents  importants,  les  corps  de  mar- 
chands» les  corporations  ouvrières  déléguèrent  des  députés  pour 
venir  témoigner  à  la  Cour  Tailégresse  de  la  nation  bretonne  et 
complimenter  le  Parlement  sur  son  rétablissement. 

Les  discours  et  adresses  lus  à  la  Compagnie,  toutes  Chambres 
assemblées,  pendant  une  série  d'audiences  des  mois  de  jjjillet 
et  d*août  1760  ont  fait  l'objet  d'un  recueil  de  380  pages  (bien  rare 
aujourd'hui)  publié  en  1770,  sans  nom  d'imprimeur,  sous  le 
titre  de  <*  Recueil  de  pièces,  actes,  lettres  et  discours  de  félieitÇ' 
tiorit  à  r occasion  du  rappel  de  f  Universalité  des  membres  du 
Parlement  de  Bretagne  du  15  juillet  1769. 

Parmi  les  corporations  ouvrières  de  Rennes,  qui  députèrent  à 
la  Cour,  on  rencontre  successivement  celles  des  serruriers,  per* 
ruquiers,  tailleurs,  menuisiers,  vitriers,  cordonniers,  teinturiers, 
blaDConniers,  gantiers  et  boursiers,  boulangers^  fripiers,  reven- 
deurs, ssllierst  carrossiers,  jardiniers,  couteliers,  chapeliers, 
eloutiers,  armuriers,  arquebusiers,  charrons,  tapissiers  ^et  jcar- 
tîers,  maréchaux-ferrants,  taillandiers,  tonneliers,  couvreurs 
d'ardoises^  tisserands,  tourneurs,  hôteliers,  aubergistes^  chan- 


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212  REVUE  DE  BRETAGNE 

deliers,  savetiers,  .recarleurs,  charpentiers,  maîtres  écrivains» 
maîtres  en  fait  d'armes,  maîtres  à  danser  et  musiciens. 

Les  bouchers  présentèrent. à  MM.  du  Parlement  un  agneau 
vivant,  orné  de  bandelettes,  de  rubans  et  de  fleurs  d'orangen 
comme  «  symbole,  disaient-ils,  de  la  candeur  de  vos  cœurs  gé* 
néreuz  pour  le  soutien  des  intérêts  du  Roi  et  des  droits  de  la 
patrie  confiés  à  votre  garde  r>. 

Les  boulangers  forains  offrirent  un  gâteau  ajoutant  :  ^  Per- 
mettez, Nosseigneurs,  que  nous  vous  offrions  ce  travail  de  nos 
marns,  comme  une  faible  marque  de  notre  reconnaissance  et  de 
notre  amour»  et  que  dans  un  transport  de  joie,  nous  chantions  à 
jamais  •  Vive  le  Roi,  et  notre  Auguste  Parlement.  » 

Le  Recueil,  dont  il  est  question  ci-dessus,  nous  a  conservé  les 
discours  en  parler  populaire,  des  dames  poissonnières  et  des 
fruitiërea-orangères  et  herbières  de  la  ville. 

Voici  le  discours  des  poissonnières  à  l'audience  du  28  juillet 
1769  : 

«  Nos  chers  Seigneurs,  souffrez  que  j'ayons  l'honneur  de  vous 
témoigner  notre  joie.  Lorsque  vous  n'étiez  pas  ici,  j*avons  mar- 
qué notre  douleur  par  nos  larmes;  maintenant  que  je  revoyons 
notre  noble  et  bon  parlement  j 'annonçons  notre  plaisir  par  nos 
feux  de  jouaye,  et  nos  divertissements.  J'augmenterons  nos 
jouayes  au  retour  de  nos  bons  MM.  nos  chers  Procureurs  gé- 
néraux. Il  faut  tout  vous  dire  :  je  désirerionsleur  donner  un  biau 
brin  de  poisson,  à  bon  marché  comme  fit  notre  compère  de  Saint- 
Malo  (1),  Notre  bon  roi  vous  a  permis  de  revenir.  Je  croyons 
que  si  vous  vouliez,  il  ne  refuserait  pas  nos  MM.  J'osons  vous  le 
demander,  et  même  j'avons  la  confiance  que  vous  allez  travailler 
à  force,  car  ils  nous  sont  chers  et  sont,  comme  vous,  nos  pères. 
Je  vous  demandons  à  tous.  Nosseigneurs,  l'honneur  de  votre 
puissante  protection. 

A  Taudience  du  29  juillet,  les  fruitières  s'exprimèrent  ainsi  : 

n  Nosseigneurs,  Je  ne  sçavons  pas  vous  dire  si  bien  que  tant 
d'autres,  comme  je  sommes  aises  et  contentes  de  vous  revoir  à 
vos  places  que  v'méritez  tant.  Mais  je  v'nons  vous  le  montrer  : 
car  vlà  ce  qui  nous  amène.  Vous  assurer  de  la  grande  recon- 
naissance que  j'en  avons  pour  le  Roi  not*  bon  Maître,  et  vous 

(1)  Maigri  d«  mincitieoseï  recherches  noai  n*aTon8  pa  décoarrir  ce  que  la 
Qtymphrt  éa  S^ni-Màko  avait  offert  aa  Parlement 


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LI  RAPPEL  DU  PARLEMENT  DE  BRETAGNE  213 

présenter^  à  vous  autres  que  j'aimons  de  tout  not'  cœur  et  que 
j*avons  eu  tant  de  sujet  de  regretter,  not'  respect,  noV  jouaô  et 
not'  amour.  Que  j'  voudrions  bien  voir  aussi  nos  chers  et  si 
bons  MM.de  la  Cbalotais  !  V  n*  manque  pus  qu'  ça  ici;  je  le 
sentons  tout  comme  vous  ;  j'allons  pour  les  ravoir  et  pour  vous 
conserver  tous,  prier  le  bon  Dieu  mieux  que  je  n'avons  jamais 
fait  de  not'  vie.  Je  finissons  en  vous  demandant  l'honneur  de 
votre  protection.  « 

Dans  presque  tous  les  discours  qui  lui  sont  adresséSy  le  Par- 
iement  est  vivement  sollicité  d'intervenir  prés  du  Roi  pour  obte^ 
nir  le  retour  de  VUlustre  Procureur  général  de  la  Chalotais. 

Ad.  Orain. 


mfA. 


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LE  SOLEIL  SUR  LA  MER 


De  la  hante  falaise,  où  croit  l'ajono  amer. 

Où  ]&  bruyère,  au  soir,  qu*an  vent  humide  arrose, 

S'agite  (i*une  houle  irrégulière  et  rose, 

D  oii  Ton  n'entend  plus  rien  que  Tinsondable  mer 

Battre  les  caps  brunis  et  le  goémon  vert, 

Où  seul  le  goéland  quelquefois  se  repose  ; 

Du  haut  de  ce  granit  immuable  et  morose, 

Qui  garde  en  son  sommet,  par  tous  les  vents  couvert, 

La  première  clarté  des  sereines  aurores 
Et  le  dk  rnier  rayon  des  étoiles,  j*ai  vu  : 
Le  soleil  monstrueux,  éblouissant  et  nu  ! 

9e  lever  au-dessus  des  larges  flots  sonores, 

Y  trf^mbler  un  moment,  puis,  se  haussant  sur  eux, 

Ea  faire  un  grand  lac  d'or,  soudain  tumultueux  I . . . 

JBANlfB  HiNRIDA. 
Poinie  des  Rimaim. 


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UN   LIVRE  D'HISTOIRE  (^> 


lilH   —    — 


C'est  une  bonne  fortuQe  pour  l'histoire  de  Bretagne  d'avoir,  une  fois 
de  plus,  alHré  Taltention  d'un  érudit  tel  que  M.  Ferdinand  Lot,  et 
c'est  auGsi  pour  moi  une  boone  fortune  d'avoir  à  parler  de  cet  ouvrage 
cl  de  rendre  homniage  h  la  science  et  au  talent  d'un  de  mes  maîtres. 
J*ai  eu  I  avants g^e  d  assister,  en  partie  à  la  formation  de  cet  ouvrage 
daûs  les  Conférences  de  l'Ecole  des  Hautes-Etudes,  où  M.  Lot  groupe 
autour  de  lui  des  élèves  déjà  anciens,  dont  quelques-uns  sont  devenus 
dea  maîtres  h  leur  tour,  et  des  étudiants  avides  de  puiser  à  bonne 
source  une  méthode  fûre  pour  les  recherches  historiques  ;  j  ai  pu  y 
apprécier  le  souci  de  la  vérité  qui  guide  l'auteur  des  Mélanges. 

Dans  ce  nouveau  volume  on  retrouve  les  mêmes  qualités  que  dans 
les  autres  ouvrages  de  M.  Lot,  et  notamment  les  Derniers  Caroline 
gitm  et  les  Etudes  sur  Hugues  Capet,  qui  ont  établi  et  confirmé  sa 
réputation  d'historien  :  une  érudition  vaste,  une  critique  sûrs,  une 
clarté  d  exposition  remarquable,  et  une  abondance  d'informations  qui 
ti  est  pas  sans  causer  ;^ue1que  mélancolie  aux  travailleurs  de  province 
qui  n'ont  point  à  leur  disposition  les  riches  dépôts  parisiens. 

Les  diflérents  mémoires  qui  forment  ces  Mélanges  d'Histoire  bre- 
tonne û'oQl  point  de  lien  entre  eux.  Cependant  parmi  eux  cinq  se  rap- 
pQTtent  à  rfaîstoire,  si  obscure,  de  Nominoë  et  de  ses  réformes.  Les 
deux  autres^  qui  forment  la  partie  la  plus  considérable  du  volume^ 
coocerneut  les  vies  de  saint  Malo  et  de  saint  Gildas.  Les  questions  qui 
y  sont  traitées  soulèvent  trop  de  problèmes  et  sont  entourées  de  trop 
d'obscurités,  la  pénurie  des  documents  est  trop  grande,  pour  qu'on 
puisse  espérer  arriver  sur  beaucoup  de  points  à  des  conclusions  déâ- 
mtïvea.  C'est  déjà  beaucoup  de  pouvoir  émettre  des  hypothèses  vrai- 

(t)  Mélanges  tThUtoirê  àrelonne,  {W^-W*  siècle),  par  Ferdinand  Lot,  directeur- 
*4joînl  à  i'Êrote  praUque  d»  Heute^-Btudes.  Paris,  Honoré  Champion»  1907,  in--S* 


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216  REVUE  DE  BRETAGNE 

semblables  :  l'histoire  est  et  ne  peut  être  trop  souvent  qu'une  collection 
d'hypothèses.  Evidemment  celles  que  propose  M.  Lot  ne  seront  pas 
admises  par  tout  le  monde,  et  pour  plusieurs  d'entre  elles  je  ne  suis 
pas  moi-même  d'accord  avec  lui  :  mais  ces  hypothèses  seront  du  moins 
discutées  et  cela  seul  prouve  déjà  leur  valeur.  Sur  plusieurs  points  les 
conclusions  de  M.  Lot  peuvent,  d'ailleurs,  être  considérées  comme 
acquises. 

Dans  les  quelques  pages  qui  vont  suivre ,  je  voudrais  analyser,  aussi 
brièvement  qu'il  me  sera  possible,  les  mémoires  qui  forment  ces  il/^/an- 
ges  :  je  me  permettrai  de  signaler,  à  l'occasion,  les  points  sur  lesquels 
mon  opinion  diffère  de  celle  de  M.  Lot. 


Les  Gesta  Sanciorum  Roionensium  (p.  5-i3).  Une  des  principales 
sources  de  l'histoire  de  Bretagne  au  1X°  siècle  se  trouve  dans  ce  docu- 
ment, maisjusqii'à  présent  on  n'était  fixé  que  d'une  manière  vague 
sur  la  date  de  sa  composition.  M.  Lot  établit  que  les  Gesta  ont  été 
écrits  postérieurement  à  janvier  868;  et  antérieurement  à  janvier  878, 
probablement  même  à  janvier-février  876.  Quant  à  l'auteur,  ce  serait 
Ratvilî,  moine  deRedon^  puis  évêque  d'Alet  de  866  à  87a  environ,  et 
auquel Ëili,  Tauteur  delà  vie  de  saint  Malo,  a  dédié  son  ouvrage.  Il 
écrivait  donc  très  peu  de  temps  après  les  événements  qu'il  raconte  et 
on  peut  presque  dire,  malgré  le  début  du  mémoirede  M.  Lot  (p.  5),  que 
c'était  un  coutemporain  (i). 

Dans  le  second  de  ses  Mélanges,M.  Lot  s'occupe  de  FesUen  «  arche' 
véque  ^^  de  /)o/,  (p.  i4-3a).  La  vie  de  ce  personnage  est  obscure. 
M^'  Duchesne  le  fait  siéger  sous  Erispoé,  M.  de  la  Borderie  dès  853, 
et  &i.  LevillaiQ  dès  848.  L'étude  de  plusieurs  chartes  du  Cartulaire  de 
Redon  amène  H.  Lot  à  des  conclusions  contraires.  L'archevêque  de 
Dol  serait  le  même  que  le  Festien,  presbyter,  qui  figure  comme  témoin 
dans  les  chartes  de  Redon  de  85i  à  858,  puis  avec  le  titre  d'évêque  de 
809  à  S69.  Tl  faut  en  conclure  que,  si  Festien  n'est  devenu  archevêque 
de  Dûl  que  vers  859,  il  n'est  pas  le  premier  à  avoir  porté  ce  titre,  comme 
on  l'avait  cru.  D'ailleurs,  contrairement  à  ce  qu'affirmait  M.  Levillain, 
le  diocèse  de  Dol  n'est  pas  un  démembrement  de  celui  d'Alet.  Jusqu'en 
848  ce  fut  (I  une  abbaye  dont  le  chef  a  droit  au  titre  d'évêque  >»  et,  en 

(i)  ^ïon  M.  de  Kerdanet  {Notices  chronologiques,  p.  23;  Vies  des  Sainte  de 
Bretagfia  d'Albert  Le  Grand,  p.  8.  note  i),  l'auteur  des  Gesta  aurait  été  un  moine 
luimmé  Vorelven  ou  Worelven  ;  maii  il  ne  dit  point  où  il  a  puiié  ce  renaeignemeat. 


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UN  LIVRE  D'HISTOIRE  217 

S&8,  Nominoë  se  borna  comme  pour  Saint-Brieuc^  et  Tréguer,  à  fixer 
lesUmîtes  de  sa  juridiction.  Cette  étude  sur  Festien  apporte  donc  un 
ysQT  nouTeau  sur  cette  question  si  embrouillée  (i). 

^  résultat  a  été  acquis  grâce  à  un  examen  attentif  des  chartes  de 
Kedou  :  c'est  de  ce  même  examen  que  M.  Lot  tire  les  conclusions  de 
»0û  n**  m  :  Nominoë,  Erispoë  et  l'empereur  LoÛuUre,  (p.  33-4oJ. 
Nominoë  et  Erispoë  n'auraient  jamais  prétendu,  croit-il,  à  une  indé- 
peodance  absolue  ;  quand  ils  ont  rejeté  Tautorité  de  Charles  le  Chauve, 
ils  ont  reconnu,  ou  feint  de  reconnaître,  celle  de  l'empereur  Lothaire. 
On  remarque  en  effet,  si  on  examine  les  dates  des  chartes  de  Tabbaye 
de  RedoD^  qu'il  n'y  a  aucune  différence  sensible  entre  la  période  des 
quinze  années  au  cours  desquelles  Nominoë  gouverna  la  Bretagne  sous 
Louis  le  Pieux  et  les  onze  années  qui  suivirent  la  mort  de  l'empereur  : 
le  gouvernement  de  Nominoë  y  est  qualifié  de  la  même  manière  ((fax, 
princepSf  N.  dominante^  possidente,  gabernante  Briianniam),  «  Donc 
pour  les  moines  en  grande  majorité  bretons  de  l'abbaye  de  Redon,  en 
contact  permanent  avec  Nominoë  et  sa  cour»  aucune  différence 
extérieure  entre  le  pouvoir  du  duc  entre  8a6  et  85i  »  (p.  54).  Mais,  si  le 
nom  de  Charles  le  Chauve  disparait,  on  rencontre  au  contraire  celui  de 
Lothaire  :  d'où  la  conclusion  de  M.  L.  Je  l'admettrais  volontiers  si  les 
actes  en  question  émanaient  de  la  chancellerie  même  de  Nominoë  : 
mais  nous  n'avons  pour  son  règne  que  des  actes  privés  et  cela  leur  ôte 
une  certaine  valeur  dans  la  question.  J'essaierai  de  démontrer  plus 
loin  qu'il  ne  faut  pas  attacher  une  grande  importance  aux  qualifications 
données  aux  souverains  bretons  dans  ces  actes,  et  d'autre  part  ce  qu'on 
peut  savoir  du  caractère  de  Nominoë  ferait  penser  qu'il  n'était  point 
homme  à  user  envers  les  souverains  francs  d'une  fiction  quelconque. 
Le  passage  de  Nithard  cité  par  M.  L.  (p.  38,  note  4)  semble  bien  d'ail- 
leurs contraire  à  ses  conclusions.  En  tout  cas  il  est  certain,  qu'en  fait, 
Nominoë  et  Erispoë  jouirent  d'une  complète  indépendance. 

Nominoë  et  le  monastère  de  Saint- Florent- le-  Vieil,  (p.  41-67).  Jusqu'à 
présent  on  admettait  que,  dans  une  campagne  faite  en  Anjou  en  845, 
Nominoë  aurait  détruit  de  fond  en  comble  l'abbaye  de  Saint-Florent. 
U.  Lot,  par  une  argumentation  solide  et  serrée,  démontre,  selon  moi, 

(i)  1^- 3 1,  M.  L.  consacre  une  note  à  la  lettre,  très  vraisemblablenMnt  fausse 
d'Hadrien  II  i  Salomon.  Outre  la  copie  du  Cartulaire  de  Redon,  il  y  en  a  une  autre 
avec  quelques  variantes  et  ne  contenant  pas.  non  plus,  la  phrase  sur  le  pallium, 
dans  le  Cartulaire  de  Tabbaye  de  Salnt-Melaine  de  Kenncs  (ms.  du  X1V«  siècle  à  la 
BlWioUièque  de  Rennes).  D.  Plaine  en  a  publié  le  texte  dans  la  Revue  historique  de 
VOuest.  XI  (1895).  j**  partie,  p.  535. 

Avril  I90i.  n 

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Stff  RBVUe  DE  BRGTAGNB 

qtiè  ces  faîtà  tié  sotit  rieti  moins  que  prouvés.  Il  ne  Saurait  en  tout  èàs 
i'agïr  qne  de  la  campagne  de  8^5  et  noh  de  celle  de  8^9,  comme  1  avait 
proposé  M,  Merlet.  D'autre  part  dans  son  chapitre  XJ,  une  des  princi- 
pales sources  siii  cet  événement.  Tadteur  de  la  Chronique  de  Nantes 
s  Èst  ÎDfipiré  des  fameùt  VerïiicaU  de  Saint-Florent.  Geux-d  ne  sont 
pas,  comme  on  l'a  6rù,  contempoi-alns  des  faits,  mais  datent  seulement 
du  X^  Êlèclâ.  Ed  outre  le  difilôme  de  Charles  le  Chauve  du  8  juin  84$ 
est  faux,  n  résulte  des  autres  documents  que  nous  possédons  que,  si 
Nomîno^  a  ravagé  le  inodastère  en  845,  il  est  impossible  qu'il  l'ait 
entièremeiU  détrdit  par  Tihcendie. 

Leschîame  breton  da  IX^  siècle  (p.  58  96).  —  Cet  événement  est  un 
des  plus  importants  et  des  plus  obscurs  de  cette  époque  :  il  a  déjà 
fait,  à  plusieurs  siècles  de  distance,  couler  beaucoup  d'encre.  M.  Lot 
consacre  près  de  4o  pages  à  étudier  les  sources  narratives  :  Chronique 
dt  Nantes,  Ces  ta  Sanctorum  Rotonensium^  Indiculus  de  episcoporum 
Britionam  depositione.  De  cette  étude  il  ressort  que  le  chapitre  XI  de  la 
Chronique  de  Nantes,  dont  il  a  déjà  été  question  à  propos  de  Sain t- 
Florenl,  n'a  mis  en  œuvre  que  les  Gesta  et  la  lettre  de  Léon  IV.  C'était 
aussi  Topiuion  de  MM.  Merlet  et  de  la  Borderie,  à  laquelle  se  range 
M,  L.  coDtrairement  à  M.  Levillain.  Le  chap.  XXVllI  de  la  même 
Chronique  dérive  également  des  Gesta  :  «  la  parenté  entre  les  deux 
leites  est  indéniable  />  (p.  67).  Quant  à  ï Indiculus,  écrit  dans  la 
province  de  Tours  vers  le  milieu  du  XI*  siècle,  il  dérive  de  la  Chro- 
nique, ainsi  que  Tavait  déjà  admis  M.  Merlet.  Loin  d'en  dériver,  le 
cbap.  XI  de  la  Chronique  de  Nantes  ne  peut  donc  avoir  d'autres 
sources  que  la  correspondance  des  Papes  et  les  Gesta. 

Tout  en  étudiant  les  sources  narratives,  M.  L.  ne  peut  laisser  de 
côté  les  Talts  eux  mêmes.  Eu  passant  il  discute  la  date  du  fameux 
concile  de  Hoëtieu,  qui  aurait  eu  lieu  non  pas  en  848,  mais  au  plus 
tôt  en  84ç^  et  peut-être  même  en  85o.  S'il  en  est  ainsi,  le  personnage 
nomme  Garurbrîus  ou  Gemobrias,  qui  occupait  soit  le  siège  de 
Sâiût-Brieuc.  soit  celui  de  Tréguer,  en  aurait  été  évoque  anléried- 
rauient  &  la  réforme  deNominoë,  puisqu'il  figifre  en  849  ail  syhôde  de 
Quieizi.  îï  y  a  une  erreur  manifeste  de  l'auteur  de  la  Chronique  de 
NanfeSt  fpi>md  il  dit  que  Saiut-Brieuc,  Tréguer  et  Dol  sont  des  créa- 
lion»  de  Nofuinoë  (p.  84  et  seq.). 

.  A  propos  du  chapitre  XI  do  la  Chronique  de  Nantes  qui  nous 
rapporte  lo  sacre  de  Nominoë,  M.  L.  se  demande  si  l'onction  royale  & 
DOl  n'est  pas  une  fantaisie  de  notre  auteur  (p.  91).  U  n'y  a  certaine - 


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'"V^^t:^ 


L'N  LIVRK  DHÏSTOIRK  219 

ment  pas  eu  d*onction  (i).  «  A-t-il  même  été  couronné  ?  Ce  n'est  pas 
sûr.  Oo  a  remarqué  qu'aucun  texte  diplomatique  ne  lui  donne  le  titre 
de  roi,  ce  qui  serait  fort  singulier  si  la  cérémonie  en  question  avait  eu 
lieu  Yéritablement.  »  Cet  argument,  selon  moi,  n  est  pas  absolument 
probant.  Comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  nous  n'avons  plus  d'acte  ema- 
oant  directement  de  Nominoë,  nous  ne  pouvons  donc  savoir  quel  titre 
il  y  prenait.  Et  quant  à  la  manière  dont  il  est  qualifié  dans  les  actes 
privés  (2),  on  ne  peut  en  tirer  aucune  conclusion  ;  en  effet,  pour 
Erispoë  et  Salomon  qui  eurent  certainement  le  titre  de  roi  et  les  attn- 
buts  qu'il  comporte  (3j,  nous  trouvons  dans  les  actes  privés  la  même 
diversité  de  termes  pour  qualifier  leur  pouvoir  (4).  11  est  donc  fort 
possible  que  Nominoë  ait  porté  lui  aussi  le  titre  de  rex  ou  de  prin- 
ceps  (5)  et  qu'il  se  soit  fait  couronner.  Il  usait  du  moins  certainement 
an  sceau  (6)  qui,  au  IX"*  siècle,  était  un  des  attributs  de  la  soulerai- 
té  (7).  Pourquoi  n'aurait-il  pas  aussi  porté  la  couronne  t 


(1)  Il  est  fort  peu  vraisemblable  que  les  souverains  bretoni  aient  jamaii  été  oints. 
M-  de  Calan,  dans  un  article  de  la  Revue  de  lir etag ne  QuiWci  1907),  a  démontré  que 
dani  Tonction  dont  il  est  question  d^ns  la  charte  CXXW  dû  Ckh.  àh  Rèilod  {éd. 
Â.  de  Goursoii,  |>.  Î83)  il  fallait  volrnon  pas,  comme  on  l'avaiC  crUt  le  agcre,  mais 
WQlement  rextréme-onction  reçue  par  Alain  le  Grand  pendant  une  maladie. 

(3j  La  pieille^re  preuve  qu*il  ne  faut  pa^  attacher  une  trop  grande  importance  aux. 
qualifications  de  ces  actes  se  trouve  dans  les  chartes  V  et  CXfîIX  àû  cart.  de  RèJon, 
qui  donnent  N".  He'rjnant^  in  Érihuinia,  alors  que  Nominoé  n'était  encore  que  le 
naiiiui  de  Tèmi^ereur.  —  Une  autre  charte  de  84a,  n"  GXXXVI,  emploie  Texpres^ioii 
'^.  prêter  censum  reais.  Mais  il  n'est  pas  absolument  prouvé  qu'il  s'agisse  ici  de 
Nominoë,  bien  que  la  aate  le  mentionne  seul  comme  souverain.  C^  J.Loth',  L'Èriti- 
9^iion  bretonne,  p.  317  et  note  3. 

(3)  Pour  Briipod  :  Giir,  de  Nantes,  éd.  Merlet,  p.  kk  et  seq.  ;  Ann.  BerUnian», 
ann.  85i.  —  Salomon  :  Cart.  de  Redon,  LII,  p.  41  ;   XXI.  p.  18. 

(iJEriipoé  :  dux  in  Britannia,  Cart.  de  Hèdon.  XX.  p.  18,  î^itV,  p\  a^,  append. 
^^  p.  itt)  ;  GuberHani  Britanhiam,  app.  XLIl,  p.  ^70.  —  Salomôn  :  Duiin  Bri- 
^t^ia,  LXXXIX,  p.  67.  CGLVI,  p  207,  GCLVIII,  p.  ao8  ;  Dominans,  XXXlt  p,  ?6, 
^'  p.  32,  XLIX,  p.  39  ,  LV,  p.  44  ;  Gubernans,  XXVllI,  p.  a3,  XLIV,  p.  36,  LIV, 
p.U. 

(o)  S0U8  la  date  de  86a  la  Chronique  de  Réginon,  rédigée,  îi  est  vrai,  postérieùrè- 
Doenl*  Noininoé,  lui  donne  le  litre  do  Hex.  Cf.  R.  Merlet,  L'Emancipation  de  VE- 
S^i^e  de  BreiagnCy  dans  lé  Moyen- Age,  1898,  p.  i3  note  1. 

\0)  Le  sceau  de  Nominoë  est  formellement  mentionné  dans  une  confirmation  d*un 
<*«  ses  actes  fait  par  Erispoë.  Chr.de  \antes,  p.  A4.  Cf.  A.  de  la  feorderie.  D'éfehse  • 
^^w  dip/<Jwi«  dii  rôt  Eri-poë,  Association  Bretonne,  IV  (i85a)  a*  partie,  p.  161  et 
••^•î  Qir7,Da(«d«  deux  diplômes  de  l* Eglise  deiSantes,  Annales  de  Bretagne,  XIlI. 

(7) Giry,  àf anu«i  de  diplomatique,  p.  6aa,  6:ia,  635,  636. 


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MO  REVUE  DE  BRETAGNE 


VEtude  sur  les  différentes  rédactions  de  la  vie  de  saint  Mah  est 
une  des  parties  capitales  du  volume  (p.  97-206)  ;  elle  a  pour  résultat 
de  modifier  complètement  la  chronologie  des  divers  documents  hagio- 
graphiques sur  ce  personnage.  Ceux-ci  sont  au  nombre  de  cinq  dési- 
gnés chacun  une  lettre  deTalphabet  :  i^  la  rédaction  de  Bili=  B;  a^'une 
vie  publiée  par  M.  de  la  Borderie  =  A  ;  3*  une  rédaction  publiée  par 
J.  du  Bois  dans  la  Bibliotheca  Floriacensis  =  F  ;  4®  une  rédaction 
publiée  par  Mabillon  =:  M  ;  5^  un  remaniement  opéré  par  Sigebert  de 
Gembloux  •=  S. 

A  cette  dernière  vie  on  n  a  jamais  accordé  qu*une  valeur  relative  : 
bien  qu'elle  ait  des  rapports  avec  A  et  F,  M.  Lot  estime  qu'elle  n'a 
d'autre  source  que  A,  ou  un  manuscrit  frère  de  A.  (p.  ii5). 

F  n'est  pas,  comme  Tavait  cru  M.  de  la  Borderie,  une  amplification 
de  A,  mais  en  est  la  source  ;  c'est  du  moins  ce  qu'il  semble  bien  res- 
sortir de  la  comparaison  des  passages  de  ces  deux  rédactions  cités  par 
M.  L.  (p.  100-106J. 

La  rédaction  H  présente  un  stade  plus  récent  que  A  et  F.  C'est  un 
dérivé  de  F-A  pour  les  chapitres  1-17,  de  F- A  et  de  B  pour  les  chapitres 
i8-ai.  On  peut  donc  la  négliger  entièrement.  Elle  a  dû  être  composée 
entre  les  années  ii43  et  ii46,  et  M.  L.  émet  l'hypothèse^  non  invrai- 
semblable, que  son  auteur  n'est  autre  que  i'évêque  Jean  de  Châtillon, 
plus  connu  sous  le  nom  de  saint  Jean  de  la  Grille  (p.  106-110). 

Pour  reconstituer  la  vie  primitive  du  saint  il  nous  reste  donc  F  et  B. 
Jusqu'à  ce  jour  on  s'accordait  à  donner  une  assez  grande  valeur  à  B, 
bien  que  H^  Duchesne  eût  déjà  démontré  des  emprunts  flagrants 
iaits  par  Bili  dans  la  vie  de  saint  Pair  d'Avranches  par  Fortunat  On 
fondait  surtout  la  confiance  qu'on  mettait  en  lui,  sur  ce  fait  qull  dit 
avoir  consulté  des  documents  antérieurs  :  M.  L.  montre  (p.  lao  etseq.) 
que  Bili  a  fait  des  emprunts  non  seulement  à  la  vie  de  saint  Pair,  mais 
aussi  à  la  Vita  prima  S.  Samsonis,  Quant  à  la  localisation  des  miracles 
qu'il  rapporte  elle  ne  prouve  absolument  rien.  C'est  pour  avoir  fait  le 
pèlerinage  d'Alet  à  Saintes,  ou  par  des  pèlerins  que  Bili  a  connu  leir 
noms  de  lieux  qu'il  cite  et  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  F  (p.  i46  et  seq.^. 
«  La  plus  grande  richesse  des  noms  de  lieux  saintongeais  dans  la 
rédaction  de  Bili  prouve  simplement  que  son  auteur  avait  visité  cette 
région  »  (p.  i5i).  Le  texte  de  Bili,  d'après  M.  Lot  (p.  i4a),  et  ilfaot 
bien,  semble-t-il,  le  suivre  sur  ce  point,  ne  mérite  à  aucun  degré  notre 


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UN  UVRB  D'HISTOIRE  S3I 

confiance  :  «  c'est,  dit-il»  on  écrit  de  propagande,  bourré  de  chapitres 
déformés  ou  même  inventés  de  toutes  pièces  »  (i). 

Mais  Bili  a  cependant  utilisé  une  source  antérieure  et  celle-ci  n'est 
autre  que  F.  Cette  vie  primitive  ne  nous  donne  aucun  renseignement 
sur  les  sources  qu'elle  a  pu  elle-même  employer.  Ce  sont  sans  doute 
des  traditions  saintongeaises  et  ses  renseignements^  selon  M.  L.,  sont 
suspects.  L'auteur  en  a  peut-être  puisé  d'autres»  d'ailleurs  fallacieux, 
en  Sud-Galles  (p.  i6a)  ;  en  tous  cas  il  a  dû  faire  un  voyage  en  Grande- 
Bretagne,  «  mais  rien  ne  prouve  que  le  personnage  sur  lequel  le 
monastère  de  Uancarvan  racontait  des  histoires  fut  le  même  que 
révêque  d'Alet,  dont  notre  hagiographe  cherchait  k  reconstituer  la 
rie  ».  Enfin  Tauteur  a  puisé  dans  la  Viia  Brendc^ii  (p.  i65),  et  ceci  va 
permettre  i  M.  L.  de  fixer  k  peu  près  la  date  de  la  rédaction.  La  plus 
ancienne  Yi^  Brendani  est  du  IX*  siècle,  peut-être  du  VIII*^  mais  ne 
saurait  remonter  plus  haut.  La  VUa  Machati  a  donc  dû  être  écrite  au 
plus  tôt  vers  la  fin  du  VIII*  siècle  ou  le  commencement  du  IX*  (p.  170) 
et  probablement  au  monastère  de  Lann-Alet  (p.  173)  (a). 

Quant  k  la  valeur  de  ce  document,  M.  L.  la  croit  très  minime.  On 
ne  peut  en  tirer  rien  de  sûr  pour  l'histoire  des  princes  de  Domnonée. 
EIn  ce  qui  concerne  plus  spécialement  la  biographie  de  Malo  la  récolte 
est  des  plus  maigres.  Il  n'est  point  certain  que  le  personnage 
honoré  à  Lancarvan  fut  le  même  que  Tévêque  d'Aiet.  Rien  non  plus 
ne  prouve  Tidentité  du  Maclovius  aletien  et  du  Machutus  ou  Mâchâtes 
saintongeais  (p.  178  et  seq). 

Ces  conclusions  mériteraient  qu'on  s'y  arrêtât  et  qu'on  les  discutât 
avec  quelques  détails.  La  première  phrase  de  cette  étude  sur  les  vies  de 
saint  Malo  me  ferait  craindre  que  M.  L.  n'ait  peut-être  quelque  idée 
préconçue  contre  les  vies  de  saints  armoricaines.  Sans  doute  il  ne  faut 
y  ajouter  qu'une  foi  très  prudente,  mais  peut-être  ne  faut-il  pas 
cependant  leur  refuser  toute  valeur. 

La  difficulté  philologique  que  soulève  M.  L.  avait  déjà  été  vue  par 


(i)  Cependant  tous  les  reproches  adressés  par  M.  L.  à  fiiU  ne  sont  peut-être  pas 
mérités.  Ainsi,  quand  il  s'a^rit  de  fordination  de  saint  Malo  par  saint  Brendan, 
•  Brendan,  le  grand  abbé,  n'est  pas  évèque  et  ne  saurait  conférer  la  prêtrise  » 
(p.  i43}.  Peut-être.  Cependant  11  faut  rapprocher  la  note  3  de  la  page  3i  des 
Mélanges,  note  que  M.'  L.  termine  ainsi  :  «  Peut-être  les  abbés-êvêques  s*eeti- 
maient-ils  revêtus  des  ordres  sacrés  en  vertu  seulement  de  leur  titre  abbatial  ?  > 

(a)  Le  rapport-de  la  Viia  Mach.  avec  le  Liber  de  mensura  Orbis  ne  me  semble 
PAS  aussi  évident  que  celui  avec  la  Vua  Columbae  (p.  170  et  seq).  Mais  ce  qui 
concerne  Tex pression  dwo  BritannùB  (p.  17  a)  me  semble  concluant. 


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212  WVUK  DP  BftBTAGlfE 

M.  Gaidoz  (i)  qui  s'était  deo^anclé  si  Top  n-^tait  p98  ep  préaençf  f}|?4!?f" 
personnages  différent^.  Sans  doute  la  qijesUon  mt  ^i^l^arr^^sapte. 
Nais  il  (iaut  repf^arqu^r  que  )a  fouine  I^aqhut\j{f  op  Mac^nie^,  qui  a 
donné  H*<^o^^  ^^  Saip^opge,  e$(  la  scple,  pu  à  pçu  près,  qui  spit  e^x^- 
ployée  danç  )f)a  cfçux  r^cJaçMop^  q^i  auraient  ^té  éofilej}  à  ^^}  u)ême  : 
il  spipble  donc  qu'elle  y  ^  été  copi^ue  tQui  ftwfpijt  qup  ift  fPfFft^ 
MaçlQvius,  cellP-çi  étanj  peut  4fre  d  prjginp  populaire  (3).  Et  ^  pl)||p- 
logiquemen)  les  deux  noui^  sont  irréductibles,  ser^it-ij  inYra|sefp))m)le 
qulls  se  soient  cependapt  appliqué?  ^  un  méoi^  per^onpage  çoi^pde 
c^la  a  pu  pe  produire  pour  saint  Hervé,  et  çpnifpp  c^Ia  p'<??t  CS'IV" 
nemeut  produit  poui:  saipt  Teljau  et  ppuf  d'autre^  per^oppages 
armoricains  (3). 

Quant  aux  sources  mêmes  de  F.,  l'auteur  a  fort  biep  pu  connaitre 
des  traditions  alétiennes.  M.  L.  admet  (p.  176)  que  Malo  ^  été  éyêque 
d*iilet  et  a  joui  d'une  assez  grande  célébrité.  Qw  seraient  donc 
devenues  ses  reliques,  qui  ne  se  trouvaient  çertainau^ept  pas  ^  Alç^^  ? 
Le  saint  n*y  est  dqnc  pas  mort  et  alors  pourquoi  n^  pa^  ^dfppltre  la 
traditiPP  le  fajsapt  s'e^jler  et  moufir  ^  Saisies  ?  D'autant  p}}i8  qu'il 
sembla  biep  que  çatfQ  identifipation  ajt  ét^  «dmîs^  à  l^aint^ç  m^Vfit, 

Sur  ce  poipt  le»  copçl^siop»  de  M.  t-  pje  parfi^scpf  donc  ^i^  poins 
^iacutabljss  (4) 

Qapp  troia  appendices,  M.  Lf^t  étudje  des  qpestiops  se  r^ttacbanf  ^ 
SfliiQt  MalQ  Qw  k  «a  v|q.  Da???  )q  prpfpier,  M.  L.  ^ypq?^  cpfpqapnt  le 
Miracle  du  bitrUcus  qu*on  avait  voulu  qti)iser  pour  datejT  la  vi^  du 
^ipt  ne  pept  être  ^jpployé.  —  L^  irpipi^me  qs(  cpps^çfé  ^  ^fujjiçr  les 
originpp  fcrt  pt^scufea  dp  diocèse  4'Alet.  Alet  ^  dû,  croit  l\i.  I^ot, 
çuppl^ptef  pprscpl»  «iég^  dp  l'év^ché  au  V«  siècle.   Çef  ^vôché»  qui 

(i)  Revue  Celtique,  Vf  (i883  i883),  p.  38).  ',  ompie-rendu  (}o  la  vie  de  itint  Bf«lo 
de  Bill,  éditée  par  D.  PUine. 

(a)  Cf.  Mélanges,  p.  17b  et  note  2. 

(3(  M.  delà  Bordcrieen  a  relevé  plusieurs  exemples  dans  la  \ie  de  saint  Paul  Auré- 
lien  par  Qourmonoc  :  QuonocMs^^Toquonocus^  Tocheus  =  Tochius,  Hercanus  = 
Herculanus,  (Saint  Hervé,  Soc.  d'Kmul.  des  Côtes-du-Nord,  XXIX,  p.  ^51).  —  Sur 
le  double  nom  de  Eliud  et  Teliau  appliqué  à  un  m^me  personnag'e,  v.  J.  Lolh, 
La  Vie  de  saint  Teliau,  Ann.  de  Bretagne  IX  et  X.  lirocre  à  part  p.  ift-ay  ;  Cf. 
Ann.  de  Bret.  Vlll,  p.  &88. 

{h)  Ce  compte-rendu  était  écrit  quand  a  paru  dans  la  R^vue  de  Bretagne  (mars 
1908)  un  article  de  M.  de  Galan  où  celui -ci  a«]mct.  à  peu  près  entièrement,  les  con- 
clusions de  M.  Lot.  11  propose  en  oulii;  d'idenUlior''Malo  avec  un  autre  personnage 
nommé  Maôlmon  :  cela  ne  me  semble  pih  vraincrnblable.  Cf.  Guillotin  de  Corson. 
Saint  Maton  dans  J^Iis^'Uué»  '9t  hrf  <  >i  les,  p.  4  >;  ;  F.  Quine.  Missels  et  Ifré- 
maires,  p.  lai  et  not<»  i. 


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UN  LIVRE  DlflSTOI^  m 

à$nii  comproodre  Iqs  évéch^i  de  Ale|,  Ool  e(  9aii)(-Bn>iic  (p.  ^pa), 
oooserva  1«  plus  grande  partie  de  son  territoire.  4)et  célébra  cpf^oiQ 
•on  loodateur  le  plus  illustre  de  ses  ëv(qi;et»  mais  Malo  ne  fqt  p4f  ]^ 
premier  évéque  d  Alet  qui  est  uq  évêcbé  gallo-roq^aip  (p.  9p4). 

te  second  appendice,  consacré  k  la  translation  de  çaint  tfalp,  m 
X*  sîècie,  nous  retiendra  plus  longtemps.  Ia  question  do  l'^^^odo  4^ 
corps  aain^  de  Bretagne  t  donné  lieu  à  p|i|sÎQurs  travaux  soifte(f<int 
des  opinions  diverses  spr  la  date  è  laquelle  il  s'eflçctuii.  Pan^  up 
travail  vieux  déjà  de  quelques  aonées,  H-  LPt  avait  adn^js  deux  tr^ps- 
lations,  en  9^5  pi  961)  environ.  4'avais  adopté  cette  pp|;^{Op  (i)  qqp 
11.  Lot  abandonne  aujourd'hui  :  j'aurais  dès  lors  mauvaise  grice  k  la 
soutenir  contre  lui.  Cependant  ses  noiivpauf  arguments  pç  mp 
semblent  pas  absolument  sans  réplique  -^  i""  Léhon  ^Mraî^  pu  te^jr 
plus  longtemps  que  Po|  ei  A^vrancbes  parce  qu  i|  était  plus  élpjgpf^  des 
cites,  et  que  le  o^onastèr^  étant  protégé  psr  une  fortppesse  et  r^pc^jpte 
devant  être  asses  étroite,  la  défense  en  était  saqs  doptQ  plus  facile  (a). 
—  2^  L'acte  de  9^5  environ  du  cartulair^  de  pindévenec,  pff  ^gu^e 
Salvator^est  peut-être  un  faux  ;  cependant  sa  fausseté  n'est  pas  démon- 
trée, et  s'il  a  été  fabriqué  à  la  fin  du  Xr  siècle^  comipe  le  croit  >1.  ^. 
(p.  189,  note  5),  il  serait  postérieur  au  plus  d'une  cipquanmne 
d'annéeSi  à  U  donatipti  cjui  pour  être  trop  belle  p'en  a  pas  piojns  dû 
exister,  puisque  les  moines  de  Landévenec  ont  laissé  des  traces  de 
leur  séjour  à  Batz.  11  serait  d*autre  part  assez  singulier  que  Terreur  du 
faussaire  spr  I9  présence  de  Salvator  ep  Aro^oric^ue  \  pe  moment, 
coïncidât  avec  celle  de  l'auteur  de  la  Translatio  sancli  Maglorii  qui 
écrivait  deux  siècles  plus  tard. 

Quant  à  I4  double  translation  qui  aurait  eu  lieu  selon  M.  L-  (p.  f  9a  et 
seq.),  j'avoue  ne  pas  avoir  été  ébranlé  dans  mei^  conclusions  préc^d^i^- 
tes.  L'expression  corps  de  saint  Macloa  me  semble,  à  Mootreuil-sur-iMer 
^ynonymede  reliques  (3),  tandis  que  dans  l'inveptaire  de  Saint-Magloire 
les  mots  loto  corpore  s'appliquent,  quoi  qu'en  dise  M.  L.,  aupsi  bien  à 
Malo  qu*à  Magloire,  et  c'est  à  Malo  qu'ils  sont  exclusivement  appliqués 
4an;  riplerpplafiop  nj^glqrienne  de  VUisloria  Françorum  Senonensif, 

(1)  Les  Reliqtjes  bretonnes  de  Montreuil-sur-Mer.  igoo. 

(3)  Cf.  f^.  de  |a  Borderie,  Mir^jçles  de  saint  Magloir^.  Bull,  de  la  Soç.  trch.  des 
Côtca-du  Pford,  a- série,  IV  (I8<)0i,  p.  Saô. 

(3)  «  Les  reliques  de  sainl  VJaclou...  consistaient  en  quatre  grands  ossements 
conservés  dans  i|ne  cliâsse,  e^  le  c^ef  renfermé  dans  un  buslo  d^évôque.  .  Malgré  les 
assertions  contraires,  l'apbaye  de  ^«int-baulve  était  loin  de  possède^  le  corps  entier 
4«  aaiff^  ¥«plpY'  •*  ft.  Ifo^ière,  Xejr  Corps  saints  de  ^on^r^uil,  p.  i3s,  i33. 


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224  REVUE  DE  BRETAGNE 

au  commencement  du  XIP  siècle  (i).  La  présence  d'autres  relicpies  du 
même  saint  à  Bruges,  à  Gembloux,  à  Dommartin,  à  Arras,  ne  prouve 
rien  selon  moi,  car  c''étaient  :  à  ôembloux,  une  partie  du  chef  ;  à  Dom' 
martin,  l'épine  dorsale  ;  à  Arras,  deux  dents;  à  Bruges,  sa  crosse,  une 
côte  et  un  bras.  La  majorité  du  corps  pouvait  donc  très  bien  se  trouver 
k  Paris  et  mériter  la  qualification  de  totum  corpus  :  la  mention  de  la 
disparition  du  chef  a  dû  être  faite  dans  l'inventaire  de  1819  parce  qu'on 
avait  conservé  le  souvenir  de  sa  translation  plus  récente  à  Montreuii* 
D*ailleurs  la  popularité  de  saint  Malo  a  certainement  stimulé  Tindus-* 
trie  des  nombreux  fabricants  de  reliques  à  cette  époque*. 

La  tradition  maglorienne  n'inspire  pas  confiance  à  M.  Lot.  a  On  peut 
se  demander,  dit-il  (p.  198-199),  si  les  Magloriens  n*ont  pas  passé  par 
Montreuii  avant  de  se  fixer  à  Paris.  La  possession  par  l'abbaye  pari- 
sienne de  la  dîme  des  revenus  du  port  de  Montreuii  ne  se  conçoit  guère 
autrement  1^.  Il  y  a  eu  évidemment  des  rapports  entre  Saint-Magloire 
et  Montreuii  :  j'ai,  ailleurs,  essayé  de  le  démontrer  ;  mais  je  crois  que 
léB  reliques  de  saint  Malo  sont  allées,  au  contraire,  de  Paris  à  Montreuii. 
Le  don  d'une  dime  si  éloignée  de  Paris  peut  très  bien  se  concevoir,  me 
semble-t-il,  par  le  peu  d'étendue  du  domaine  propre  des  premiers 
capétieos(3). 

Dans  la  seconde  partie  du  volume  (p.  287-480^,  M.  L.   reproduit  les 

{t)Cr.  R.  Mcrlet,  Origines  du  monastère  de  Saint- MaglojLre,  Blbl.  de  TEcole  de* 
Charte».  LVI(}895)  p.  a47,  note  3. 

(3)  Le  cas  des  reliques  de  saint  Brieuc  (p.  196-197)  serait  embarrassant  on  effet,  s 
]€ur  auihonticité  était  en  question.  —  En  ce  qui  concerne  celles  de  saint  Corentin 
(p,  198,  note  1),  je  persiste  à  croire  que  celles  de  Marmoutiers  proviennent  de  Saint* 
Magloire  t  en  effet  Marmoutiers,  possédait  aussi  des  reliques  de  saint  Samson 
(D.  Uorlce,  î^r.  l,  col.  5ii-5ia),  ce  qui  s  explique  fort  bien  si  les  unes  et  les  autres 
provleanent  de  Paris.  En  outre^trompé  par  la  mauvaise  disposition  du  texte  adoptée 
pir  l'édilour  de  la  vie  de  saint  Corentin  (Bull,  de  la  Soc.  arch.  du  Finistère,  XIII 
(iSSB)  p.  iSi),  M.  L.  a  cru  que  la  TransLatio  S.  Chorentini  apud  Majus  Monas- 
teriurn  no  f^î^ait  qu'un  avec  la  Relatio  duorumS.  Chorentini  Miraculorum,  Bien 
que  r«;Ia  puL5.&eétre,  il  faut  remarquer  cependant  que  ces  deux  textes  sont  de  pro- 
YenâDOes  différentet  (p.  1^4,  note  46,  et  p.  i56,  note  5o).  Le  premier  fragment, 
d'autel  basse  époque,  a  été  certainement  écrit  à  Quimper  où  Ion  ignorait  vraisem- 
blablement comment  les  reliques  de  saint  Corentin  étaient  parvenues  à  Marmou- 
tiers :  il  dit  d^villeurs  seulement  :  «  Unde  cum  inter  coetera  sacrum  corpus  Chorentini 
Turonift  dolatum  fuisset  et  apud  monasterium  sancti  Martini  depositum,  adhuc 
bodie  ibi  retinetur...  w  Le  second  document  raconte  deux  miracles,  Tun  survenu  à 
Marmoutien  dont  il  ne  donne  pas  la  date,  et  l'autre  arrivé  à  Alain  Canhiart.  comte 
de  Cornouaille  (vers  io3o  ?).  Peut-on  faire  remonter  la  rédaction  Jusqu'à  cette 
époque?  Je  ne  le  crois  pas.  Le  nom  d*Alain  Canhiart  pourrait  tout  au  plus  servir 
de  terminus  a  quo,  et  il  faut  en  outre  remarquer  que  Tauteur  a  fort  bien  pu  faire 
un  emprunt  k  une  notice  du  cartulairc  de  Quimper,  publiée  par  D.  Morice,  Pr,  l. 
col,  ^77  ;éd,  pcyron,  n*  i3,  Bull,  de  la  Comm.  dioc.  de  Quimper,  I  (igoi^p.  i33-z34. 


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UN  LIVRE  D'HISTOIRE  225 

textes  de  la  plus  ancienne  vie  de  saint  Maio  et  de  celle  de  Bili.  L'édition 
de  celle-ci  donnée  par  Dom  Plaine  est,  on  s'en  doutait  bien^  fautive  : 
M.  Lot  rend  un  véritable  service  en  la  publiant  à  nouveau  d'une  ma- 
nière correcte. 


La  vie  de  saint  Gildas  (p.  207-383).  —  De  tous  les  saints  bretons, 
Gildas  est  un  de  ceux  qui  soulèvent  le  plus  de  problèmes.  La  chrono- 
logie de  sa  vie,  la  valeur  de  ses  ouvrages,  son  identité  même,  ont  fait 
Tobjet  de  toute  une  littérature  :  et  ces  questions  ne  sont  pas  encore 
réêolaes,  bien  que  Tétude  de  M.  L.  apporte  sur  quelques-unes  d'entre 
dles  des  éclaircissements.  Cependant,  ce  ne  sont  pas  le|8  textes  qui 
Boas  font  défaut  ;  de  saint  Gildas  on  possède  trois  vies  :  Tune  attribuée 
jusqu'à  présent  à  un  moine  anonyme  de  Ruis,  une  seconde  attri- 
buée à  Caradoc  de  Uancarvan,  et  une  troisième  encore  plus  récente 
éditée  par  les  Néo-Bollandistes  (ij.  A  la  seconde,  M.  L.  a  consacré  un 
appendice  (p.  267-283)  dont  les  conclusions  seront,  sans  doute,  admises 
partout  le  monde  :  de  ce  document  on  ne  peut  rien  tirer,  «  c'est 
une  invention  romanesque  destinée  à  rehausser  la  gloire  de  l'abbaye  de 
Giastonbury  »  (p.  265).  La  troisième  vie  (p.  2i5,  note  3,  et  217  note  i), 
qui  ne  nous  est  plus  conservée  que  par  un  manuscrit  du  XII*  siècle, 
est  une  interpolation  de  la  première  qui  met  en  relation,  «  d'une 
manière  absurde  »,  saint  Gildas  avec  saint  Philibert,  et  raconte  quantité 
de  fables  sur  les  voyages  du  saint  en  Irlande,  à  l'île  d'Yen,  etc.  (2). 
Reste  donc  la  première  vie  et  c'est  à  elle  que  M.  L  consacre  69  pages 
de  son  volume.  H  a  en  outre  reproduit,  dans  la  seconde  partie  (p.  43 1- 
473),  le  texte  de  ce  document  d'après  les  éditions  de  Jean  du  Bois 
{Joannes  a  Bosco)  et  de  Mabillon. 

La  première  partie  du  mémoire  de  M.  L.  est  consacrée  k  l'étude  du 
texte  lui-même.  Celui-ci  ne  nous  est  malheureusement  parvenu  que 
d'une  manière  incomplète  et  tous  les  manuscrits  anciens  ont  disparu. 

(ijCaUIoffUd  codicum  bag.  latinorum  Parisiens.  T.  Il  (1890),  p.  iSa-igi. 

(2)  M.  de  la  Borderie  avait  essayé  de  retrouver  un  fond  réel  dans  cet  récits  {Etudes 
hùtor.  bretonnes,  I,  p.  817,  3i8,  357,  36o).  M.  Lot  (p.  217,  note  i)  critique  assez  vive- 
ment les  résultats  auxquels  il  est  arrivé.  Sans  doute  ce  sont  les  rapports  des  moines 
de  Rttis  avec  ceux  de  Saint- Philibert  {Vita  Gildae,  cap.  XLV)  qui  ont  dû  donner  l'i- 
dée de  mettre  les  deux  saints  en  relations.  Mais  cependant  il  faut  remarquer  que  saint 
Gildas  est  en  certains  endroits  (notamment  à  Locmariaquer)  honoré  en  même  temps 
quesaint  Philibert,  et  que  le  culte  de  celui-ci  en  Bretagne  est  antérieur  au  1X«  siècle;  à 
celle  date  on  ne  savait  même  plus  quel  était  ce  personnagre  (  V'ita  S.  Pauli  Aureliani, 
par  Goarmonoc,  cap.  XIX  ;  éd.  Plaine,  p.  45). Etait-ce  le  même  que  celui  de  Noirmou- 
tiers  ?  PfuVélre  M.  de  la  B.  n'a-i-il  pas  absolument  tort  Cf.  Mélanges ^  p.  aao. 


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226  REVUS  DR  BPpTAG^E 

Celqi  qu'a  copnu  Jç^n  ^u  Pois  étajt  ep  fort  fnauv^i»  étal  (I-ot,  p.  307)  ; 
Mabillon  ayaii  p^  le  compléter  au  n)oyep,  dis^jt-jj,  d  ^p  manuscrit  de 
Rflis,  ex  coUice  Huyensi  prodlt  integrior,  et  epcqrp  cplui-ci  ne  dopi^ait- 
il  pas  non  plus  la  an  du  texte.  Quel  était  ce  manuscrit  ?  C'est  ce  que  se 
demande  M.  Lot.  «  Je  voudrais  montrer,  dit-il  (p.  3o8j,  qu'aucun 
manuscrit  ancien  n'existait  à  Ruis  au  XVIP  siècle,  et  que  Mabillon 
s'est  borné,  sans  le  savoir,  k  reproduire  l'édition  de  Joannes  a  Bosco  »  ; 
et  plus  loin  (p.  222)  :  «  Il  Ressort  de  Tenquite  précédente  qu'il  n'y 
avait  au  XVll<»  siècle  qu'un  seul  manuscrit  de  la  Viia  Gildœ,  celui  ci 
de  Saint- Benoit-sur- Loire...  Les  quelques  additions  que  d'Achery  et 
Mabillon  crurent  tirer  d'un  manuscrit,  de  Ruis  provenaient  en  réalité 
du  légendier  du  petit  monastère  de  S^fnt-Gildas  des  Bois  ».  Sur  cette 
dernière  proposition  je  suis  d accord  avec  M.  L.,  mais  non  sur  la 
première.  Mabillon  n*a  pas  utilisé  un  manuscrit  de  Ruis  J'ei>  donnerai 
même  une  nouvelle  preuve  ;  mais  il  n'en  existait  pas  moins  un,  et  qui 
n'était  peut-être  pas  dénué  de  toute  valeur. 

L'auteur  anonyme  d'une  conipilalion  sur  le  monastèfe  de  Saipt- 
Gildas  de-Ruis  écrite  en  1668,  compilation  sur  laquelle  M.  L.  se  base 
pour  prouver  (inexistence  d'un  manuscrit  ancien  à  Ruis, cite  cependant 
l  pluMeiirs  reprises  ce  manuscrit  qui  était  divisé  en  jeçops  (i).  Nous 
connaissons  aussi  son  existence  par  une  autre  source  (a).  Un  érudit 
qui  voyageait  en  Bretagne,  en  i636  en  prenant  des  notes  sur  tout  ce 
qu'il  voyait, DubuissonAubenay  (3)  nous  a  conservé  quelques  «  extraicts 
d'un  ms.  en  pargemin  de  l'abbaye  de  Saint-Guédas  de  Ruis  »  et  il 
cite  «  la  vie  ou  légendaire  de  S.  Guédas  ».  Ce  manuscrit  contenait 
sans  doute  l'office  du  saint,  car  Dubuisson-Aubenay  reproduit  un  frag- 
ment d'bymne,  puis  des  extraits  de  deux  leçons  m  depoMone  sancli 
Gildasii  ;  d'autres  passages  sont  donnés  sous  la  rubrique  :  de  inmntioné 
sancli  Gildae,  avec  la  mention  lectio  prima  {i).  Ces  passages  se  re- 

(1)  Voir  des  citations  dans  Lot,  p.  911.212.313,317,  318.  «  Ce  cartuUire,  dit  M.  L. 
p.  ai3,  qu'il  appelle  és^alemeiil  U^oetidaire^  et  plus  justement  iectiontiaire^  puisqu'il 
était  divisé  en  leçons,  n*a  indubitablement  à  ses  yeux  aucune  valeur.  » 

(2;  l>.  Morico  a  reproduit  des  tragmr*|ils  de  la  Vita  (Hldae  à  deux  endroit  <Jo  s-s 
Preuves  (i  cof.  188-190  et  353-335)  ;  U  premièro  fois  :  ex  sœculo  1.  lienedicl.^  La 
•emnde  :  ex  manusc.  coi.Ruucnsi.  M.«lfi:ré  de  l'^gères  variantes  (par  exemple  dans 
es  ch.  XXXII  et  XXXMl  :  liituriceregiotie  au  lieu  de  ntfturuensi  regio  *^,  viiae 
venerabilis  au  lieti  de  renernhiJis  ri'a*»,  sanc^'ie  omis)  il  semble  bien  que  dans  ce« 
deux  entrait»  l'é  iilion  de  Mabillon  a  seule  clé  utilisée. 

(3)  /  iffriirt*  <i'*  tjti'ftij.i-*,  <?*  Ifi'if),  ô\  Maître  et  p.  de  Berthou  Nantes,  1898- 
190a.  Tome  l.  p.  169,  t.  Il,  p.  3iy  et  ^eq 

(4)  Je  no  serais  pas  surpris  qiie  le  nis  contint  le  texte  (out  entier,  et  qu*on  y  |it 
marqua  sçuUmeot  quelque*  passages  pour  servir  de  leçon»  aux  (èim  du  laiBi. 


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un  LIVRE  D'HlSTomJÏ 


m 


trouvent,  aTec  quelques  viriantes  insignifiantes  (t),  dans  les  chapitre» 
Iir  IV,  V.  Vin,  XXVIII,  XXX,  XXXIV,  \X\VI  et  \X\ VUl  de  l'édition 
donnée  par  M.  ]Mi*  Dans  cq  dernier  passage,  Dqbiii&fiOn'Âtibena^  nous 
donne  une  leçon  aâseç  diflérente  de  celle  dtt  texte  imprimé  :  il  semble 
utile  de  lei  meilre  en  face  l'une  de  Tautre. 


fcxiç  imprififié 

Ddûde  quidam  nobiiium  insur- 
reïerunt  conlracomitem,  sed  non 
praevalerunt  quauiam  ipse  ^Jr 
ignaruset  &ine  iclentit  non  erut. 


Quidaoi  eliam  nobiiium  insnr- 
re^erunt   in    comitem    Alanum, 

Godefridî  filium ,  voleutee  pa- 
Iriium  ipaiui  JudliaÇlom  constî- 
luere  cnipil^m.  Sed  non  ^raevalue- 
rput,  quouiam  jpse  vir  i^'^stru^  el 
si^ascjentia  e^at. 


ta  seconde  leçon  eat  donc  pins  longue  qu@  la  première  ef  en  est 
onUiblement  dillérente  :  il  semble  qu'elle  soit  la  meilleure  si  on  en 
rapproche  un  passage  de  Pierre  Le  Baud  sur  le  même  évér^ement, 
passage  dont  la  source  est  inconnue.  «  Iceux  cens  pi  râleurs,  diUiL  du 
nombre  desquels  estoient  Judicaët  ùlz  Cam,  Ri  val  ton,  Karadoc,  et 
niaints  autres^  s'eelevèrent  contre  AUain,  Eudon  et  leur  mère,  voulant 
P^t  force  d'armes  constituer  leur  oncle  Judhacl,  duc  de  Bretagne...  et 
firent  Irts  forte  guerre  en  Brelaigne  à  tous  ceuît  qui  tenoient  le  parti 
^«*  dîiz  Allaiû,  Eudon  et  leur  mère.  Maij*  finablemeiit  ces  con^i pirateurs 
i)^  prévalurent  pas,  parce  que  celui  Judhai^l,  duquel  ils  rnaintenpient  la 
querelle  ^n  celle  alldire,  evloit  simple,  sans  science  et  sans  conduiteT  et 
ainsi  fui  leur  puissance  en  celle  emprin^se  oultrageuse  à  néant  rame- 
'^^  (a)  M.  On  peut  donc  conclure^  semble-t-ilp  que  l'abbaye  de  Huis 
poiiédatt  ^u  XVI l'  siècle  un  manuscrit  de  la  Vitu  Gildœ  et  que  ce 
rastiuscrit  n'était  pas  sans  valeur*  Maii^Mabiltan  n'a  pas  dû,  en  elTet,  le 
^^Oiiaiifç^  sans  quoi  il  indiquerait  la  leçon  plus  compU'^te  cL  meilleure 
quî  sa  trouve  dani  Rubuisaon-Aubeuny  i3). 

u)  tJubtiiisoTi  a  commis  tine  erreur  de  l^cluro  dans  lo  chap.  V  où  11  donne  Janua 
^i^duti^  lu  lieu  de  Lanna  lliiduiL 

^*^  Bijiùire  de  Bretagne  inédite,  Bibl.  nat.  m*-  fc  fti'^ft,  dté  pir  A.  de  îa  Bordt»- 
^^*  */.  de  B.,  (p.  e-7).  —  Cf.  la  rédaction  ifii|jrim*fe  en  iGJiî,  p.  i45.  t'tê.  et  Jil»\a 
^"^ti>rt,  n  édition  d«*  nîljl    bretons  fol.  «(i  vor+o. 

'^\  L«  m»,  de  kuiH  ccntfnaLt  aii»fli  în  I'î^ï  Mf/irani,  que  cite  t^anonjme  de 
r(l68'Loi  p  jj,  njjt^i  3  3^5  „q^ç  ^j  l>ij boisson- 4 ubt^nii;^  i*n  dinmo  Ip  d^^btit  ip.  isi} 
*  AilTtict  du  nuaiftrrm  m».  *>*  Albert  Ijh  Gruiid  avait  ausiî  roniulté  ce  manuicrlt  ;  il 
^■t  ScitéregtaDt  de  gulu parer  l'ofigiatl  i  *oq  texte,    duatânl  pluft  que  leti  qnûlquea 


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22«  REVUE  DE  BRETAGNE 

Mabillon  a  utilisé  un  manuscrit  du  monastère  de  Saint-Gildas-des- 
Bois,  mais,  croit  M.  L.,  il  n'en  a  eu  connaissance  que  par  l'intermédiaire 
des  moines  de  Ruis  :  cela  ne  me  semble  pas  certain  (i).  D'Achery  et 
Mabillon  ont  pu  le  connailre  directement.  On  peut  voir  en  effet  parmi 
les  matériaux  réunis  par  eux  en  vue  desActa  Sanctorum  ordinis  sancti 
Benedicti  (a)  une  note  sommaire  sur  ce  manuscrit  :  comme  il  semble 
aujourd'hui  perdu  (3),  il  me  parait  utile  de  reproduire  cette  note,  au 
moins  en  partie.  Chaque  indication  de  vie  de  saint  est  suivie  de 
Vincipii  et  du  desinit  que  je  crois  inutile  de  reproduire  :  je  les  remplace 
par  le  n®  correspondant  de  la  Bibliotheca  hagiographica  latina  des 
fioUandistâB  : 

<i  £x  antiquissimo  legendario  asservato  in  monasterio  sancti  Gildasii 
de  Nemore»  videlur  scriptum  ante  4oo  vel  5oo  annos. 

1.  VlU  sancti  Egidii  abbatis  [gS]. 

2.  Vlta  sancti  Antononii  martiris.  4®  non.  Sept.  [673]. 

3.  Vita  sancti  Berthini  abbatis. 

4>  Vita  sancti  Euortii  Aurelianensis  epi.  Idus  Sept. 

5.  Vita  sancti  Audomari  episcopi  et  monachi  Luxioniensis  nostrî 
ordinis.  5**  idus  Sept.  [767]. 

6.  Passîo  sancti  Apri  Leucorum  civitatis,  octobris.  [617]. 
7*  Vita  sancti  Ricmiri  episcopi. 


lîfnee  cUées  par  DubuUson-\.  expUquent  Terreur  dam  laquelle  est  tombé  Albert  Le 
O.,  «El  fitsant  de  laini  Goustan  un  contemporain  de  saint  Paul  Aurélien.  «  Gulita- 
nus  e  Britannia  insula  oriundas,  a  piratis  in  mari  captus,  projicitur  in  littore  pagis 
LaonensLs  ac  sancto  Paulo  offertur  ;  ibique  parvo  tempore  commoratus,  cum 
Oïiijniorum  <;pi8Copo  nomine  Omnes,  cul  tune  familiarius  adhœrebat,  iter  Hierosoly- 
mîtaiium  a^jçreditur  etc...  Deinde  reversus  insulam  Hoyadic  navigavit.  »  —  Le  ma. 
Ut.  ii7tij  de  la  Bibl.  nat.,  contient  aussi  au  fol.  67  les  leçons  de  la  fêle  de  saint 
Culumhan,  ejs  proprio  sanctorum  diœcesis  VenetensU  et  ex  antiquis  breviarUs 
nionasterii  Ruyensis,  —  Enfin  le  bréviaire  de  Ruis  est  mentionné  dans  le  ma.  fr. 
3i53if  à  propos  de  saint  Gobrien  (Duine,  saint  Gobrien^  in  Hermine,  XXX  (1906}, 
tirage  à  part,  p.  a6»  note  a). 

On  pourruit  peut-être  trouver  quelque  nouveau  renseignement  sur  le  manuscrit 
de  Rub,  dan:i  le  ms.  267  de  la  Bibliothèque  publique  de  Rennes,  attribué  à  Albert 
Le  Grand,  et  qui  au  fol.  S  contient  les  preuves  et  justification  de  la  vie  de 
saint  Giiias. 

(1)  Peul't'tn)  Mabillon  a- t-il  écrit  Ruis  par  erreur,  au  lieu  de  Saint-Gildas-det-Bois. 

(3t  Ces  matériaux  forment  aujourd'hui  à  la  Bibl.  nation,  les  ms.  lat.  11760  à 
ti77<j.  La  jiqU  en  question  se  trouve  dans  le  ms.   11777,  ^^^-  >^^* 

(5j  Apràï  la  Révolution  la  Bibliothèque  de  Tabbaye  de  Saint  Gildas-des- Bois  fut 
répartie  entre  la  Bibliothèque  publique,  le  béaiinaire  et  les  Missionnaires  de  Nantes. 
Le  mafiu^crit  ne  so  trouve  ni  à  la  Bibliothèque  publique  ni  chez  les  Missionnairea, 
ïcnil'U  au  séminaire  ? 


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UN  LIVRE  D'HISTOIRE  229 

8.  Vita  Beati  Gadasii,  4^  Kalend  febr.  Sic  incipit  :  Beatissimus  igi- 
tarGildas  ArecluU  fertilissima  regione  oriundus. 

Sic  finit  :  Commendaverat  autem  ipse  dux  sopradictus  Foelicem 
dumproficisceretur  coDJugi  etc. 

Gootinet  i5  pagiaas.  Egregia  est  et  dicitor  in  ea  quod  Arecluta  rit 
regioin  Britannia.  In  ea  fit  mentio  sancti  Samsonis. 

9.  Vita  sancti  Joannis  Arckiiepi-Eboracensis  [4346]. 

10.  Vita  sancti  Petroci  confessons  (i). 

11.  Vita  sancti  Leufridi  abbatis. 

12.  Vita  sancti  Albani  martiris.  » 

Cette  note  est  suivie  de  renseignements  de  la  même  main  sur  les 
saiDts  de  l'abbaye  de  Saint-Meen  et  sur.  un  manuscrit  de  l'abbaye  de 
Saint-Melaine  de  Rennes.  Nous  pouvons  savoir  à  quelle  date  elle  a  été 
écrite:  en  efiet  le  ms.  la  t.  12674  (Monaslicon  benediclinum)  contient 
aux  fol.  3a5  et  829  deux  copies  de  chartes  de  Saint-GiIdas>des-Bois. 
Ces  copies  sont  de  la  même  écriture  que  la  note  du  ms.  1 17771  et  sont 
suivies  des  mentions  suivantes  ;  Haec  fldeUler  Iranscripsi  ex  originali 
primo  pergameno  sano  et  integro  die  2U  septembris  i6U6,  cum  essem 
in  monasterio  eodem  Sancti  Gildasii  de  Nemore,  in  qao  religiose  asser- 
^^atar.,.  —  Haec  fideliier  iranscripsi,.,  die  seplima  octobris  anno  i6U6. 
L'autre  note  doit  donc  être  également  de  i646  :  elle  a  dû  être  prise 
par  un  bénédictin  envoyé  par  L.  d'Achery  à  la  recherche  de  docu- 
ments :  quelqu'un  de  familiarisé  aveo  l'écriture  des  bénédictins  de 
cette  époque  pourrait  peut-être  en  reconnaître  l'auteur  (a). 

Le  manuscrit  de  Saint-Gildas-des-Bois  était  incomplet  de  la  fin  (il 
devait  s'arrêter  avec  le  chap.  XXXI V)  ;  mais  il  contenait  le  texte  du 
chap.  XXXIil,  où  il  est  question  de  la  fuite  des  abbés  Taneth  et  Daioc. 

M.  Lot  (p.  224)  veut  voir  dans  le  chap.  XXXUl  «  un  remaniement 
tendancieux  d'un  ou  plusieurs  chapitres  du  manuscrit  autographe  où 
l'on  racontait  le  transport  en  Berry,  au  X**  siècle,  du  corps  de  saint 
Gildas,  et  où  Ton  donnait  quelques  détails  sur  le  seigneur  bienfaisant 
qui  avait  accueilli  les  moines  fugitifs  ».  Je  ne  suis  pas  pleinement 
convaincu  par  les  arguments  que  fournit  M.  Lot,  pour  démontrer  qu*il 

(1)  Cette  vie  se  trouve  copiée  dans  le  ms.  lat.  11770,  fol.  a,  ex  ms,  Cêd. 
S.  GUdasii  de  Nemore. 

(s)  Outre  ce  manuscrit,  Tabbaye  de  8aint-Gildas-des-Bois  possédait  un  bréviaire 
qui  nous  est  connu  par  une  note  de  ms.  fr.  aa.Sai  et  qui  contenait  des  leçons  de  la 
▼ie  de  saint  Hervé  (V.  A.  de  la  Bord.  Saint  Hervé.  Soc.  d'Emul.  dss  Côies-du-' 
Nordy  XXIX,  p.  a53) .  Lo  lectionnaire  dont  parle  l'Anonyme  de  Ruis  était  divisé  en 
leçons. 


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2*0  REVUE  DB  BRETAGNE 

y  a  eu  en  cet  endroit  un  chapitre  aujourd'hui  perdu,  ht  moifle  de  Rais 
n'avait  aucune  raison  de  8'artêter  longtemps  à  la  fondation  de  Tâbbaye 
de  Déols.  L'autre  texte  ne  nouft  setait  connu  que  par  des  extraits  donnés 
dans  des  textes  berrichons  ou  tourangeaux,  et  je  ne  vois  pas  du  tout 
pourquoi  le  texte  que  nous  avons  aurait  été  remanié.  11  ne  l'aurait  été 
que,  pour  donner  l'authenticité  aux  prétendues  reliques  de  saint  Gildas 
trouvées  dans  son  tombeau  (  i  ):  lesilence  de  TauteUr  de  la  VUa  Gildae  sur 
ces  reliques  inquiète  M.  Lot  (p.  ^29,  note  3).  Il  est  cependant  évident 
que  de  son  temps  déjà,  Ruis  prétendait  posséder  des  reliques  de  son 
fondateur,  puisqu'il  parle  du  bàlon  du  ss^nt  conservé  dans  làbbaye 
(chap.  XL.  p.  457)  et  puisque  Félix  concéda  à  Hélogan,  abbé  de  Saint- 
Glldasdes-Bois,  un  ossèment  du  bras  dloit  et  iiiie  psltcellë  du  ci-âne  de 
Gîldas  (Lol,p.  aSg,  note  1).  Je  crdiraîs  donc  très  volontiers  ^tie  le  teile 
dû  chap.  XXXlIt  rious  est  parvenu  tel  qu'il  a  été  écrit  (2).  Quant  dilx 
passages  de  là  trarisldiio,  qui  tie  se  reti'oùvent  {ias  dans  notre  texte,  ils 
pourfaieiit  fort  bien  provenir  d'un  autre  récit  èbmposé  par  \ei  moines 
de  Déols  et  aujourd'hui  perdd  (3). 

Après  dvbir  étudié  le  texte  de  la  VÙa  Gildae,  M.  Lot  en  tixe  lit  rédaè- 
tion  aùi  environs  de    io4o  (p.  23o-233j,  et  il  établit  d'une  inaniSre 

(î)  Un  Coeremoniale  locale  mona$teri{  sancH  Uildaiii  Wiuyénsis^  ms.^du 
XVII"  siècle  conservé  au  presbytère  do  Saini-Gildas-de-Ruis  (Boseozweig,  Réper- 
toire arch.  du  Morbihan^  p.  aiy),  rapporte  qu'en  iiS'i  le  corps  de  saint  Gilda^  fut 
relevé  de  terre  et  trouvé  dans  un  état  presque  parfait  de  conservation  (C.  de  la  Mon- 
nefaye,  Essai  Sur  VhiStoire  de  Varchiiecture  religieuse  en  ïiretagne.  Bull.  arch. 
de  r Association  Bret.,  1  (18^9).  a*  partie,  p.  ia6}. 

(a)  H  U  est  frappant  que  Le  Baud,  compilateur  si  exact,  ne  souffle  mot  des  abbés 
de  Kuys  et  de  lx>cmiué,  Daioc  et  Taneth.  Ceux-ci  no  paraissent  qu'au  chap.  33, 
lequel  manquait  à  la  iois  dans  le  ms.  de  Saint-Benoit  sur- Loire  et  dans  le  «<  Cartu- 
la  ire  do  Ruys  ».  comme  on  vient  de  le  voir.  Donc  Le  Baul  n^avalt  à  sa  disposition 
qu'un  ms.  mutilé  »  (Lot,  p.  aa/i).  —  Le  Baud  a  certainement,  au  contraire,  connu 
ce  chapitre  XXXIIL  En  effet,  à  la  page  i48  de  son  Histoire  de  Bretagtie,  éd.  de 
i638,  il  parle  de  l'abbaye  de  Mauriacerise  (Moréao,  Canton  de  Locmiué)  en  se 
référant  à  la  Translation  de  sainct  Gildas  :  or  ce  nVst  que  dans  le  chép.  XIXIU 
que  se  trouve  oe  nom.  bi  Le  Beau  ne  mentionne  ni  Daioc,  ni  Taneth,  c^est  sani 
doute  un  oubli  de  sa  part.  P.  ia4,  il  cite  Vacieur  de  V Histoire  de  la  Translation 
saint  Gildas  à  propos  de  la  mort  de  Salomon  (cbap.  XXXtI)et  quelques  lignes  plus 
bas,  énumérant  les  reliques  de  saints  sorties  de  Bretagne,  il  ne  mentionne  pas  œlles 
de  saint  Gildas  portées  à  Bourges,  alors  que  ce  renseignement  se  trouvait  dam  le 
même  chapitre. 

(3)  D'autant  que,  il  faut  le  remarquer,  tous  les  textes  berrichons  ou  poitevins 
qu'invoque  M.  Lot,  citent  la  Tra'i^latio  sancti  Gildasii  (v.  p.  aaTi,  ati6).  Or  si 
Vitttlis  connait  bien  U  fi^rme  G i'dastus  (Ch.  III  p.  435)  cependant  il  emploie  plutôt 
celle  de  (iildas.  Il  est  donc  possible  qu'il  s'agisse  ici  de  documenta  différents.  Cf. 
cependant  la  note  sur  le  ms.  de  Saint-Gildas-dts-Bois  qui  donne  Vita  sancti 
Qildasii,  mais  1^  Utra  peut  être  de  l'auteur  de  U  note. 


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riM  LfVHE  DHliltOtllf:  Sâl 

évidente*  k  mon  sens,  ^ue  sûaàuieur  n'est  aalfeclde  Vitalià,  moine  de 
Satût-Baiiott  siir-Lotre,  qui  avait  déjk  remanié  les  vies  de  saint  Samsôti 
et  de  salât  Paul  Auréiienet  c^ui  succéda  a  Félix  dans  le  gouvernement 
de) abbaye  de  iiui*(  i). 

^our  le^  fait»  poâtériRurs  h  too8  et  fKïtjr  le  récit  de  la  Trànslatio  Tàa- 
ïetir  a  eu  comme  sources  ses  souvenirs  personnels,  des  traditions  qu'il 
tfioiitde  fé\\%  et  de  «es  premiers  discipleâ,  et  peut-être  quelques  débris 
d'ârchlveiqu  il  a  pu  consulter  dam  Tabbaye  berrichonne.  Sur  ces  points 
jf  suis  d'accord  avec  Si.  LcH.  Quant  À  la  Vila  proprement  dite,  M.  Lot  la 
diviie  en  deux  parties  :  la  parlic  i'jsulAire  et  la  partie  armoricaine.  La 
première  aurait  eu  pour  prototype  une  Viia  que  Vitalis  aurait  retndniée 
fp.  346-a48^  et  encore  M.  Lot  a-t-îl  des  douter  (p.  a6o  et  seq.),  hiais  ce- 
pendanLîl  conclut  que  <^  reiîf^tetjce  dan^  le  pays  de  Galleè  d'uiie  Vila 
Gildae  ancienne,  pâut  semble*r  probable,  elle  n'est  pas  prouvée  »  (p. 
i65;.  Il  paraît  cependant  évident  que  Vitalis  a  consulté  un  texte  anté- 
rieur puisque  dans  son  chapitre  Vil,  il  dit  avoircounu  les  austérités  de 
Giliias  veract  reialtont  p.  kS\\)  (a)-  —  Mc*is  pour  la  partie  armoricaine 
Vilalïs  n'aurait  eu  d  autres  «ources  que  dei*  tniditions  locales  et  son  ima- 
liDStioD  [p  a4^  et  req,]  :  il  tie  serait  mdnie  pas  certain  que  Gildâs  ait 
vécti  en  Artuorique.  Ces  ciinclunions  peuvent  parailre  exagérées  :  sans 
douioit  semble  bien  q^ie  Vilèilis  n'fiii  eu  ^  sa  disposition  que  les  tradi- 
tion* orales  qu'il  a  recueiiliesjouterois  il  esl  Tort  possible  qu*ilaeu  sous 
fes  yeux  une  vie  fort  bomuiaire  de  Gildas  qu  il  a  complétée  :  iin  texte 
Irèfi  court,  par  exemple  comme  la  Vila  prima  Tulivali.  Evidemment, 
comme  le  remarque  M.  Loi  (p.  atlG),  il  â  coasulté  Grégoire  de  Tours  ou 
)a  coQtinuatlou  du  Pseudo-Frédégaire.  mais  pourquoi  ne  pas  voir  une 
autre  source  écrite  quand  Vilallâ  dit.  cbap,  XX,  Ut  fnutti  sunt  te.Ues 
fiitks  CL  Lot.  p.  a5/h  note  j)  :  il  ne  peut  raisonnablement  s'agir  que 
de  téinojguagea  f>crits. 

Quanta  la  vie  det^aiiil  Gildas  en  Armorîqiiè,  Je  vèuX  y  troire.  Le 
moua^tère  de  Kuis  portait  le  nom  de  saînl  Gildas  avant  les  invasions 
uorenandeseL  leti  moines  prélcnddient  pust^éJer  son  corps  (la  fondation 
d(  Déoh  est  là  pour  le  prouver)  :  cda  n  eut  pas  eu  lieu  si  Gildas  n*y 

b)  Stif  l'hîttoira  dà  VlUlii  et  «ur  îe  pruci^^  eiiUi'  les  moines  do  Riiis  et  reuï  de 
3aUit-Philibortt  reîuUïeinent  mu  C^jrps  de  naiut  lioii^Un,  pr<»ci's  douL  lo  récit  rcgle 
LaUrrompc]  dunii  La  V'i'r* '»i7f/-ieî  il  y  auiuît  s*  eon^uJlor  un  dt»c  iineiil  qui  a  ôcliappé 
<ui  icivtf%Uj^âUijn4  dfl  U.  L.  1  c'y^L  \a  ti-Mli'iMu  M:niiuc  par  1  (môcjuo  d**  Poilicrs 
IkemL^ri,  Li>  ttïU»  de  c<^  df»:umi  ut  a  %'h*  puhtîf  jmp  M.  Léon  M  a  lire,  d  après  les 
in:hl^eidu  prLurt"  du  i  u^iault,  ûa\%-h  I.i  îi  ^  n*'  tin  iiiis-/\ji(ou,  i  "yj,  p.  48^  ot  seq. 
Cfn  iiui(.  ii^  ia  StK\  Ar^h,  du  Sttntes,  XLVill  (njoj)  p.  171-172. 

(ij  lïitu  la  chap,  11  ^p.  4ïâj  11  «m|itûitt  tuiil  lyxpression  fertur. 


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232  REVUE  DE  BRETAGNE 

avait  vécu  (i).  «  C'est  avec  l'Irlande  et  le  pays  de  ûalles,  bien  plus 
qu'avec  TArmorique  que  les  rapports  de  Gildas  sont  historiquement 
attestés  (p.  267)  ».  Sans  doute  si  on  supprime  les  textes  qui  parlent  de 
TArmorique  (a)  :  il  ne  faut  pas  oublier  que  les  invasions  normandes 
nous  ont  privés  de  la  plupart  de  nos  documents  écrits.  Même  si  Vitalis 
n'a  consulté^  que  des  traditions  orales,  ces  traditions  étaient  certaine- 
ment anciennes,  antérieures  aux  invasions  normandes  et  on  peut 
leur  accorder  quelque  confiance,  u  De  grossières  invraisemblances 
et  quelques  anachronismes  dans  la  vie  de  Gildas,  a  dit  M.  Joseph 
Loth  (3),  ne  suffisent  pas  pour  lui  faire  perdre  toute  valeur  his- 
torique »  (4). 

Peut-être,  du  reste,  peut-on  essayer  de  démontrer  l'existence  d'une 
autre  vie  de  Gildas,  difiérente  de  celles  que  nous  connaissons  aujour- 
d'hui. En  effet,  un  document  du  XII P  siècle,  conservé  dans  une  copie 
du  XV"  siècle  (Bibl.  nat.  ms.  lat.  9098,  fol.  17J,  contient  une  liste  des 


(i)  La  plut  ancienne  mention  du  monastère  de  Ruis,  à  ma  connaissance,  ne 
remonte  qu'au  commencement  du  XI'  siècle.  Elle  se  trouve  dans  la  vie  de  saint 
Judicaël  par  Ingomar  :  «  Protinus  misit  quemdam  sibi  fidelem  ad  Provlnciam 
Guerochi  ad  locum  Gildae.  ubi  erat  peregrinus  et  exul  transmarinus  Taliosinus 
bardus,  fllius  Donis,  fatidicus  presagissimus  per  divinationem  presagiorum  ».  Cité 
par  A.  do  la  Borderie.  H.  de  B.  f .  p.  AoA,  note  4.  —  On  retrouve  la  même  tradition 
sur  Taliésin  et  Gildas  dans  la  Vita  MerlinU  écrite  par  Gaufrei  de  Monmoath  en 
II 48  et  1169  ;  aux  vers  687-688.  Merlin  ordonne  à  sa  sœur  de  lui  amener  Taliésin  : 
Venit  enim  noviter  de  partibus  Armoricanis, 
Dulcia  quo  didicit  Sapientis  dogmata  Gildae. 
M.  Lot  (Etiuies  sur  Merlin,  Annales  de  Bretagne,  XV  (1900)  p.  535)  a  cru  que  ce 
passage  étalL  inspiré  par  lechap.  1 8  de  la  Vita  Gildae  ;  mais  cela  est  peu  probable, 
puisque  nous  trouvons  trace  de  cette  tradition  dans  un  auteur  antérieur  à  Vitalis  : 
Ingomar  écrivait  en  effet  au  commencement  du  XI*  siècle  (A.  de  la  Borderie,  H.  de 
B.  I,  p.  352;  Lot,  Mélanges»  p.  ia8  et  ao5).  Gaufrei  de  Monmouth  a  donc  connu 
Touvrage  d'ingomar,  ou  ils  ont  puisé  tous  deux  à  une  source  commune. 

(a)  De  même  M.  Lot  écarte  peut-être  trop  facilement  le  témoignage  de  Gour- 
monoc,  p.  960,  note  3. 

(3)  V Emigration  bretonne  en  Armorique,  p.  45.  Cf.  Chrestomathie  bretonne^ 
Ann.  de  Bretagne,  II  (1887).  p.  aa8)  ;  Revue  celtique^  XXll  (1901),  p.  100.  —  M.  Loth 
{Ibid,  p.  186-187)  fait  aussi  remarquer  la  forme  ancienne  Reum^Visii,  qui  ne  pour- 
rait provenir  que  d*un  document  ancien. 

Ruis  est  mentionné  sous  la  forme  Rouuis,  dans  une  charte  d'Alain  le  Grand,  de 
878  dans  le  Cart.  de  Redon,  CCXXXV,  p.  i83  ;  sous  la  fornle  Reuuis  en  Qfjtibid, 
n*  CCLXX,  p    219. 

(k)  En  ce  qai  touche  Thistoire  de  Triphine  et  de  Conomor,  peut-être  s*est-elle 
trouvée  rapportée  ailleurs.  En  eftet  la  vie  de  saint  Hervé  (Ed.  La  Borderie,  loc.  cit. 
cap.  >;;  et  la  Chronique  de  Saint-Brieuc  (D.  Mor.  Pr.  I,  col.  16-17)  y  font  alluaion 
mais  avec  quelques  différences  et  sans  parler  de  Tintervention  de  Gildas.  Cf.  Le 
Baud,  Hist,  de  Bret,,  éd.  de  t638,  p.  73. 


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bK  LIVRE  D  HlSTOlRB  Ht 

reliques  de  la  cathédrale  de  Vannes  (i),  et  à  c6té  des  reliques  de 
Saint  Patem,  de  sainte  Brigitte  et  de  saint  Trémèur,  on  roit  figurer 
des  reliques  de  saint  Gildas  :  «  Et  de  beato  Gildasio,  et  iibellus  quem 
suppositum  capiti  ejus  in....  (a)  Narrait  bjcjs  historia  per  très 
menses  ».  Dans  aucune  des  vies  du  saint,  je  n'ai  rencontré  de  passage 
se  rapportant  k  ce  Ubellus  :  il  faut  supposer  que  l'emprunt  a  été  fait  k 
un  autre  document.  L'inventaire  de  la  bibliothèque  de  Gi^as,  dressé 
après  sa  mort  en  1690^  mentionne  parmi  les  manuscrits  une  Vita  beati 
Giidasii  (3).  Etant  donné  la  proximité  de  Bourges,  où  professait  le 
célèbre  jurisconsulte,  et  de  Tabbaye  de  Saint-Gildas  de  Déols  ce  ma- 
Duscrit  avait  certainement  une  origine  berrichonne.  La  remarque  faite 
plus  haut  sur  l'emploi  des  formes  Gildas  et  Gildasius  pourrait  peut-être 
faire  supposer  qu'il  s'agit  ici  d'une  vita  différente  de  celle  de  Yitalis.  Et 
comme  il  résulte  de  la  Descriptio  reliqaiarum  que  les  reliques  de  saint 
Patern,  conservées  à  Vannes,  avaient  été  rapportéds  du  Barri  il  serait 
possible  que  ce  fut  i  ce  texte  qu'ait  été  emprunté  le  renseignement  suf 
le  Ubellus  de  saint  Gildas. 

Quoique  les  conclusions  de  ce  mémoire  me  semblent  trop  empreintes 
de  scepticisme,  il  n'en  reste  pas  moins  que  M.  Lot  a  apporté  beaucoup 
de  lumière  sur  le  texte  de  la  Vita,  sur  son  auteur  et  la  date  de  sa 
composition,  sans  oublier  les  renseignements  nouveaux  qu'il  donne 
sur  la  translation  des  reliques  du  saint  à  Déols. 


Outre  les  questions  traitées  spécialement  dans  chacun  des  mémoires 
qui  forment  les  Mélanges,  M.  Lot  a  abordé  très  souvent  dans  les  notes 
d'autres  sujets  s'y  rattachent,  et  on  y  trouvera  notamment  de  nom- 
breuses remarques  sur  les  documents  hagiographiques  bretons  :  je  ci- 
terai entreautres  :  Vie  de  S.  Méloir,  p.  ia3,  note  a  ;  —  de  S.  A/ee/i,  p.  i3o, 
note  I  ;  —  (fe  S.  Tudual,  p.  84,  note  4  ;  — de  S,  Brendan,  p.  i63,  note 
3  ;  —  de  S,  Magloire,  p.  169,  note  i  ;  —  de  S,  Samson,  p.  169,  note  3, 

(i)  Voir  iur  oetta  descriptio  reliquiarum  ecclesiae  Venetensis,  A.  de  U  Borderie, 
Saint  Patern,  Urage  à  part,  p.  26-27  ;  le  document  s  7  trouve  reproduit  en  partie. 

(a)  U  y  a  un  mot  que  Je  n'ai  pu  déchiffrer  par  suite  d*un  pli  dans  le  parchemin. 

(3)  Inventaire  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  de  Cujas,  publié  par  H.  Omont 
dans  la  Nouv,  Reims  historique  de  droit  français,  XII  (i8d8),  p.  533.  D'après  Gathe- 
rinot  auteur  de  la  Vie  de  Afademoiselle  Cujas  (i684^  «  la  Bibliothèque  de  M.  Cujat 
estoU  fournie  de  quelque  cinq  cens  volumes  manuscrits  qui  servirent  aux  libraires  de 
LyoD  è  couvrir  des  rudiments.  »  (p.  3). 

ÀvrU  iSSS  tê 


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234 


REVUE  DE  BRETAGNE 


etc.  Gela  ne  peut  que  faire  regretter  davantage  que  M.  Lot  n'ait  pas 
joint  une  tabie  analytique  à  la  fin  du  volume. 

A  plusieurs  reprises  M.  Lot  nous  fait  entrevoir  son  intention  dedon^ 
ner  une  suite  à  ces  Mélanges  :  Nous  ne  pouvons  que  souhaiter  la 
prompte  réalisation  de  ce  projet,  et  nous  nous  permettons  de  soumettre 
respectueusement  un  vœu  à  Tauteur  :  c'est  qu'il  réunisse  également  en 
volume  les  articles  qu*il  a  publiés  dans  plusieurs  l'ecueils,  notamment 
dans  la  Romania,  sur  des  sujets  de  Thistoire  de  Bretagne  ou  y  touchani 
de  près  comme  Torigine  des  Romans  de  la  Table  Ronde  :  une  fois  de 
plus  il  aurait  bien  mérité  de  la  science  et  des  études  historiques. 

ANDaé  Oheix. 


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NOTICES  ET  COMPTES-RENDUS 


SOCIÉTÉ  DES  BIBLIOPHILES  BRETONS  ET 
DE  L  HISTOIRE  DE  BRETAGNE 


Séance  du  S3  Avril  iifOS 
pRisi&ENCË  DE  M.  Le  V^*  de  cal  an,  Pïiésiûei4t. 


La  Société  des  BibLLophiUs  Bretons  s'est  réunie  lé  jeudi 
23  avril  1908,  à  deux  heures,  aux  Archives  muhicijpaies  de  )a 
ville  de  Nantes. 

Présents  :  MM.  de  Calao,  président,  Rousse,  vice-président, 
Blanchard  et  Gaétan  de  Wismes,  secrétaires,  Foulon,  trésoriet, 
Jouan  de  Kervenoaêi. 

ADMISSIONS 

Sont  reçus  membres  de  la  Société  : 

M.  DE  Bergëvin,  au  château  de  Kerven,  par  Guimaéc  (Finis- 
tère), présenté  par  MM.  Ch.  de  Calan  et  de  Laigue. 

M.  le  commandant  dkMalleray,  au  77'  d'infanterie,  à  Cholet 
(Maine-et-Loire),  présenté  par  M  M. G. de  Wismes  et  R.  Blanchard. 

M.  Gustave  Jamonti  2,  place  Cane  la  ux,  à  Nantes,  présenté 
par  les  mêmes. 

M.  Roux  EL,  professeur  au  collège  Saint-François- Xavier,  à 
Vannes,  présenté  par  MM,  Ch.  de  Calan  et  Chauffier. 

Dom  Bëisse^  k  Chevetogne  par  Leignion,  province  de  Ncmaur 
( Belgique) ,  présenté  par  MM.  Ch.  de  Calan  et  de  Laigue. 

ETAT  DES  PUBLICATIONS 

Depuis  la  dernière  réunion  ont  été  distribués  aux  sociétaires  : 

CroTiicques  et  Ystoirûs  des  Bretons,  par  Pierre  Le  Baud,  publiées 

d  après  la  première  rédaction  inédite  avec  des  éclaircissements^ 

des  observations  et  des  notes  par  le  Y*'  Charles  de  la  Lande  dé 

Calan.  In-4%  tome  i«,  228  p> 


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236  REVUE  DE  BRETAGNE 

Les  Relations  du  pouvoir  central  et  de  la  province  de  Bretagne  dans 
la  seconde  moitié  du  règne  de  Louis  XIV.  Correspondance  des  Con- 
trôleurs généraux  avec  la  province  de  Bretagne  (1689-1715),  pu- 
bliée par  J.  Letàconnoux.  In-4<>,  tome,  xiv  des  Archives  de  Bre- 
tagne, 355  p. 

M.  le  Président  annonce  que  le  manuscrit  du  tome  i®"^  du  Be- 
cueil  de  documents  inédits  sur  les  Etats  de  Bretagne  du  XVI^  siècle^ 
dont  il  est  l'auteur,  est  entièrement  prêt  et  vient  d'être  remis  à 
l'imprimeur.  Grâce  aux  documents  par  lui  trouvés  et  à  d'autres 
qui  lui  ont  été  obligeamment  fournis,  il  a  pu  traiter  un  sujet  à 
peine  effleuré  jusqu'ici.  Ce  tome  i"" embrassera  la  période  de  1491 
à  1574  ;  le  second  comprendra  les  années  1574  à  1588.  Suivant 
toutes  les  prévisions,  le  volume  paraîtra  à  la  fin  de  Tannée 
courante. 

Sont  en  préparation  : 

La  version  inédite  du  Poème  sur  le  combat  des  Trente,  par  M.  le 
C^*  de  Laigue. 

LeB  Procès-verbaux  des  Etats  de  la  Ligue,  par  M.  Joûon  des 
Longrais. 

Le  tome  second  des  Cronicques  de  Pierre  Le  Baud,  par  M.  de 
Calao. 

M*  Gaétan  de  Wismes  rappelle  qu'il  a  été  question  plusieurs 
fois  déjà  de  la  publication  d'un  troisième  volume  de  Mélanges, 
comprenant  des  pièces  rares  ou  inédites  d'une  faible  étendue 
Cela  permettrait  à  un  plus  grand  nombre  de  membres  de  parti- 
ciper aux  travaux  de  la  Société.  M.  le  Président  répond  que  le 
nombre  de  documents  qui  lui  ont  été  offerts  jusqu'ici  dans  ce 
but  est  trop  restreint  pour  constituer  un  volume  ;  mais  qu'il  ne 
demande  pas  mieax  que  de  voir  aboutir  un  projet  qui  pourrait 
être  agréabïe  à  nos  membres.  Il  leur  renouvelle  par  suite  son 
appel  en  ce  sens. 

OUVBAGES   OFFERTS. 

Par  M.  le  baron  Gaétan  de  Wismes  : 

Coatumes  de  Mai  en  Bretagne.  Nantes,  1907.  In-4*. 

Le  Commodore  PaulJones.  Sa  réception  à  Nantes  en  17  80.  .Nan- 
tes, 1906.  In  8^ 

Mobilier  ei  garde-robe  d'une  dame  bretonne  au  XVII P  siècle. 
Saint-Brieuc,  s.  d.  In-8*. 

M.  G.  de  Wismes  est  l'auteur  de  ces  travaux. 


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NOTICES  KT  COMPTBS-RBNDUS  2S7 

Par  le  R.  P.  de  la  Croix  : 

A  propos  de  Saint-Philibert' de-Grandlieu,  Réponse  à  une  critique 

de  M.  L.  Maître,  par  le  R-  P.  de  la  Croix.  S.  J.  Poitiers,  1908. 

In^. 

La  séance  est  levée,  à  3  heures. 

Le  secrétaire j 

René  Blanchard. 


Le  Folk-Lore  de  France,  par    Paul  Sébillot  tome  IV« 
et  dernier.  Paris.  Er.  Guilmoto,  éditeur,  1907. 

Un  des  plus  grands  oayrages  d'histoire  et  de  littératare  da  temps 
présent  vient  d'arriver  à  soq  achèvement  complet.  Je  venx  parler  du 
FoUt-loTt  de  France,  de  M.  Paul  Sébillot,  dont  le  tome  IV  et  dernier  a 
para  presque  an  moment  pu  finissait  Tannée  1907. 

L'auteur  aura  donc  pu  poursuivre  et  terminer  son  œuvre,  suivant  le 
plan  traeé,  sans  rien  négliger,  sans  rien  sacrifier.  Je  ne  sais  s'il  a  eu  à 
l'é^^nger  des  modèles,  ou  des  émules  ;  mais  la  science  érudite  d'un 
Orimm  ou  d'un  Andrew  Lang  s*accompagne,  à  l'ordinaire,  d'une  leur- 
deur,  d'une  diffusion  que  M.  Sébillot,  savant  et  écrivain  bien  français 
évite  aisément. 

Ce  tome  IV  serait,  d'après  le  sous-titre,  consacré  au  Peuple  et  à  l'His- 
toire. Mais  ce  sujet  déjà  bien  vaste  est  encore  amplifié  par  des  divisions 
préliminaires  oii  les  monuments  de  la  préhistoire  et  de  l'histoire  elle- 
même  sont  soigneusement  décritfi,  patiemment  analysés,  au  point  de 
vue  de  la  tradition  qui  s'y  attache.  Le  cadre  de  pierre  immuable  oà  se 
meut  l'homme,  le  Français  d'autrefois,  nous  est  ainsi  présenté  avant  le 
tableau.  Cest  dans  l'ordre  des  choses. 

Les  monuments  mégalithiques  ont  deux  éléments  constitutif^:  la  pierre 
debout,  la  pierre  couchée,  le  menhir,  le  dolmen.  Le  sol  français  n'en 
est  pas  avare,  mais  la  tradition  française  par  indifférence  coutumière, 
ou  par  frayeur  superstitieuse,  les  mentionne  rarement.  Elle  y  associe, 
d'aventure,  l'héroïsme  de  Roland,  frappant  la  pierre  de  sa  légendaire 
épée,  rénormité  de  Gargantua,  Jonglant  avec  des  rochers  comme  avec 
de  vulg:aires  cailloux.  Voici  qui  est  plus  spécialement  breton  :  les  dol- 
mens sont  habités  par  des  Korrigans  plus  malicieux  que  malfaisants  ; 
renchanteur  Merlin,  quand  il  n'est  pas,  dans  la  lorôt.  le  prisonnier  de 
Viviane,  dort  sous  un  dolmen. 

M.  Paul  Sébillot  discute  sur  lés  tumulus  qui  n'offrent  pas  friande 
pftture  à  son  érudite  curiosité  ;  notons  en  passant,  qu'à  la  différence  du 
Jeune  savant  du  Monde  où  Von  s'ennuie,  il  écrit  :  les  tumulus  et  non 
les  tumuli.  11  nous  parie  des  pierres  branlantes^  cite  à  leur  sujet  des 


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U8  REVUE  DE  BRETAGNE 

Tars  d*an  des  poètes  les  plus  savoureux  du  XVI*  siècle,  Courval-Sonoet, 
et  ne  mentionDe  pas  l'une  de  ces  pierres  immenses  qu'on  m'a  montrée 
Jadis  à  riie  d*Yeu  et  qu'un  doigt  suffit  à  remuer. 

Autres  croyances  populaires  :  la  fHction  contre  les  pierres  pour  pré- 
venir ou  guérir  les  maladies,  les  colliers  de  pierres  qu'on  met  aux  en- 
fants en  guise  d'amulettes  préservatrices. 

La  Tour  d'Auvergne  (dont  il  faudrait  bien  réimprimer  quelque  jour 
ne  serait-ce  que  pour  les  discuter,  les  réfuter,  les  si  caractéristiques 
Origines  Oauloitet)  a  soutenu  éloquemment  l'opinion  qui  transforme 
les  dolmens  en  tables  de  sacrifices  humains.  Avons-nous  besoin  d*igou- 
ter  que  M.  Sébillot  réduit  à  néant  cette  légende  qui  a  poussé  de  pro- 
fondes racines  dans  l'esprit  breton  ? 

Au  début  du  livre  second  €  Les  monuments  »,  se  trouve  un  chapitre 
que  l'on  ]ugera  trop  bref  à  cause  de  son  intérêt,  sur  les  rîtes  de  la  ccms- 
tmction;  on  scelle  une  monnaie  à  la  base  de  Tédifice,  on  arbore  un  bou- 
quet à  son  sommet.  Lorsqu|on  éventrait  une  ancienne  b&tisse,  il  n'était 
pas  rare  d'y  rencontrer  le  squelette  d'un  animal  qu'on  y  avait  autrefois 
muré  vif  et  ceci  fait  souvenir  d'un  des  contes  lès  plus  macabres  d'Edgar 
Poô.  J'aurais  voulu  que  M.  Sébillot  insistât  sur  la  bénédiction  de  la 
maison,  du  foyer  et  qu'il  exposât  à  renfort  de  citations  et  de  souvenirs 
la  jolie  coutume  de  pendre  la  crémaillère. 

Les  monuments  antiques  encore  nombreux,  surtout  dans  le  Midi  de  la 
France,  méritaient  de  frapper  plus  qu'ils  n'ont  fait  l'imagination  popu- 
laire. A  peine  notre  grand  traditionniste  a^t-il  pu  relever  quelques  han- 
tises ;  il  parle  de  trésors  enfouis  sous  les  ruines  de  Tauroentum,  de  fa- 
çon à  donnera  un  autre  Breton,  que  les  hasards  de  sa  carrière  ont  con- 
duit dans  ces  parages,  M.  Bout  de  Gbarlemont,  le  désir  de  continuer 
l'enquête. 

Sur  la  construction  des  églises  et  tout  ce  qui  s*y  rattache,  nous  avons 
un  copieux,  un  excellent  chapitre.  11  y  a  des  (ées  bfttisseuses,  des  saints 
constructeurs  et  la  Vierge,  qui  met,  à  l'occasion,  la  main  à  la  truelle,  ne 
s'offusque  pas  trop  du  voisinage  de  Mélusine  —  Mère  Lusine  comme 
disent  les  paysans  poitevins.  Ici  rien  ne  devrait  être  oublié  et  une  sèche 
analyse  ne  saurait  donner  l'idée  de  ce  qu'on  nous  apprend  ou  nous 
rappelle  sur  les  ossuaires  (avec  des  histoires  de  crftnes  dérobés  aussi 
vraies  que  peu  vraisemblables),  sur  les  cimetières,  à  qui  leur  situation 
près  des  églises,  en  plein  bourg,  ôtait  souvent  leur  caractère  de  lieux 
redoutés  et  aussi  sur  les  tours  aériennes,  sur  les  clochers  qui  érigent 
vers  le  ciel  leurs  flèches  do  dentelle,  sur  les  cloches  qu'on  baptise,  qu 
sonnent  toutes  seules  et  qui  ont,  pour  les  diverses  catégories  de  tr  • 
passés,  des  glas  de  tonalités  différentes. 

Le  paganisme  dans  les  églises  ne  pouvait  être  omis  par  l'auteur  des 
Paçanismee  Champêtres;  la  personnification,  Thabillement  l'animisme 
des  statues  par  où  ie  peuple  évoque  inconsciemment  le  geste  de  la  sla- 


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NOTICES  BT  COMPTES-RENDUS  9»» 

itiddu  Commandftur  et  les  rîtes  irrévérencieux,  les  messes  de  fan» 
Vbm&9,  trouvent  ici  leur  place. 

Domut  Dei  domus  domini,  après  L'église  la  cbftteaa.  Celui-ci  n'est  pas 
peuplé  de  moiîiâ  d6  té^endds,  environaé  de  moins  de  mystère.  Les 
âTfiDues  iOQt  hantées ï  des  daines  blanches^  des  lutins,  des  revenante 
que  poètes  et  musiciens  ne  sont  pa^  seuls  à  connaître,  des  animaux 
finiastiqDës  visitent  des  chambres  désertes.  £t  les  trésors  sonterrains- 
et  les  fables  des  oubliettes  1  II  y  aurait  d*)  quoi  défrayer  tout  un  légea- 
daire  sc'i^netiriaL 

L'église,  te  ch&ta&u  sont  les  première»  demeures  ;  quand  oelies-oi  se 
mulLipUeDti  une  vil  Le  naît  ou  c^est  tin  simple  villa^.  Booutez  M*  3é- 
billot  rappeler  avec  charme  oe  qu'il  a  pu  entendre,  et  glaner  pour  l'a- 
venir dans  le  coin  des  Côtes-du-^ford  d'où  il  est  originaire.  €  Dans  la 
petite  ville  de  Matignon,  il  y  avait  un  centre  de  réunions  d'été  dans  la 
rue  du  Four,  qui  n'avait  pas,  que  je  sache,  d'autre  nom  spécial,  Pour  étant 
synonyme  de  bavardage,  il  se  trouvait  près  de  la  maison  paternelle,  on 
me  permettait  parfois  d'y  aller.  Je  me  rappelle  très  bien  qu'on  y  parlait 
agsez  souvent  de  ce  qui  s'était  passé  jadis  à  Matignon  et  aux  environs 
et  bien  longtemps  après,  en  écrivant  mes  livres,  je  me  suis  sourenu  de 
quelques  traditions  locales  qub  j'y  avais  entendues  et  qui  étalent 
n^sÈées  dans  un  coin  de  ma  mémoire.  >  Voilà  une  mémoire  qui  s'an- 
nonçait bien,  elle  a  tenu  ce  qu'elle  promettait. 

Curieuses  autant  que  nombreuses  les  étymologies  populaires  des 
noms  de  villes,  de  rues.  Beaucoup  sont  basées  sur  un  Jeu  de  mots,  un 
véritable  calembour.  A  certains  eiemples  bretons  qu'il  cite,  oeux  de  Ces* 
son.  de  PUrien,  de  CorseuL  M.  Sébillot  aurait  pu  joindre  celui  de  Ifor* 
laix,  VLlte  à  la  ôère  et  parlante  devise.  U  n'aurait  pas  en  vain  non  plut 
interrogé  les  rues  du  vieux  Nantes,  aux  appellations  aussi  typiques  à 
peu  pth%  que  celles  du  vieux  Paria  ;  la  rue  Moquechien,  la  rue  du  Chéné 
d*Aaron,  valent,  comme  pittoresque,  la  rue  de  la  Femmê-sam-Tétê^  ou 
celle  du  Grand  Hurleur, 

Après  avoir  tant  parlé  des  choses,  il  ne  restait  plus  à  l'auteur  duFo^ 
Lùr€  de  France  qu'à  parler  des  hommes  ou  mieux  des  traditions  parti- 
culières au  genre  humain,  s'appliquantaux  habitants  de  ces  églises,  de 
ces  demeures,  de  ces  viUes  si  minutieusement  décrites.  C'est  ce  qu'il  a 
tait  dans  le  livre  troisième  de  ce  dernier  volume,  «  Le  Peuple  et  l'His- 
toire yir  le  plus  imagée  le  plus  varié,  le  plus  personnel  de  l'ouvrage  entier. 

Les  gens  d  église^  prêtres,  moines,  religieuses,  ermites,  et  jusqu'à  ces 
templiers  redoutables,  à  la  royauté  mystérieuse  et  effrayante,  sont  les 
premiers  passés  en  revue;  le  sentiment  populaire,  qui  ne  fut  pas  indul- 
gent au  clergé,  qui  se  refusa  contre  l'évidence  à  rendre  justice  au  ^  bon 
euré  ^*  âe  reflète  dans  une  foule  de  proverbes,  dictons,  blasons,  récits 
d'une  bonhomie  narquoise.  Tout  cela,  d'ailleurs,  n'a  jamais  beaucoup  tiré 
conséquence;  pas  plus  que  les  CanéeM  de  La  Fontaine  et  les  CçnUi  ra- 


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$40  REVUB  DE  BRETAGNE 

mois,  les  grosses  malices  paysannes  n*ont  donné  de  gages  sérienz  à  Tan- 
ticléricalisme. 

Les  seigneurs,  les  nobles  ne  sont  pas  mieux  traités  que  les  prêtres,  et 
ici,  par  un  piquant  retour,  c'est  le  clergé  qui  plaide  la  cause  du  peuple 
contre  les  grands,  qui  reconquiert  de  la  sorte  une  popularité.  Inutile  d'a- 
jouter que  toutes  les  rancunes  du  vassal  contre  son  suzerain,  du  vilain 
oontre  son  maître,  se  font  jour  en  ce  chapitre  et  que  nous  trouvons,  que 
nous  devions  trouver  là,  contre  la  noblesse,  un  véritable  réquisitoire. 
Ne  pouvant  agir,  le  campagnard  parlait,  chantait,  se  souvenait;  il  en* 
tassait  fictions  sur  mensonges,  c'était  sa  manière  de  se  venger  d'être 
taitlable  et  corvéable  à  merci. 

Un  curieux  intermède  sur  les  guerres,  champs  de  bataille,  sièges,  pré- 
cède une  Histoire  de  France  dans  la  tradition  populaire,  noo[ienclature 
instructive,  amusante,  imprévue  des  personnages  de  tout  ordre  qui  d'An- 
nibal  à  Napoléon  III,  de  la  reine  Berthe  à  la  duchesse  Anne,  du  roi  Gral- 
lon  au  général  Boulanger,  ont  gravé  un  féger  ou  profond  souvenir  dans 
l'esprit  du  peuple  de  nos  villes  et  de  nos  campagnes.  Il  faudrait  rappe~ 
^er  tous  ces  noms  si  travestis  qu'ils  soient,  tous  ces  héros  ou  héroïnes» 
si  transformés,méconnaissables  môme  qu'ils  nous  apparaissent  souvent, 
et  s'étonner  moins  du  discrédit  qui  menace  un  Du  Guesclin,  une  Jeanne 
d'Arc,  que  de  la  persistance  des  traditions  relatives  aux  Anglais  de  la 
guerre  de  Cent  ans,  aux  ligueurs,  aux  huguenots,  aux  marins  et  cor- 
saires, que  des  traces  creusées  dans  l'ftme  du  peuple,  telles  des  ornières 
dans  une  route,  des  hauts  faits  et  des  crimes  de  la  Révolution^  du  conflit 
titanesque  de  la  Vendée,  de  l'épopée  napoléonienne.  L'histoire  de  France 
vue  et  décrite  de  cette  façon  nouvelle  est  du  plus  poignant  intérêt. 

Une  Bibliographie  des  principaux  ouvrages  cités,  une  table  analytique 
et  alphabétique,  figurent  à  la  fin  de  l'ouvrage.  L'une  et  l'autre  sont  dres- 
sées avec  une  clarté,  une  méthode  parfaites  ;  elles  permettent  de  s'orien- 
ter dans  ce  monde  de  connaissances  qui  s'appelle  Le  Folk  Lore  de  France, 
Un  tel  livre  peut  dispenser  de  connaître  les  recueils  de  contes,  les  disser- 
tations sur  les  mythes  ou  légendes  qui  l'ont  précédé;  il  les  renferme,  les 
résume  et  les  complète. 

OUVIBR  01  GouaouFP. 


Le  Gérant  :  F.  Chevalier. 


Vannea.  —  Imprimerie  LAFOLYfi  Prèree,  2,  place  dee  Uoet. 


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REVUES  BRETONNES) 


LHekmine:18*  ann.  Men&uei-  1  an  l2  fr^  Uûioo  posiale  iJ  Ir^ 
Le  numéro  1  fn  ^.  Les  abannemeots  partent  du  20  octobre. 
Directeur  :  Louis  Tiercelin,  à  Paramé  (ï Ile-et-Vilaine}. 

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Union  postale  12  fr.  50.  Publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de 
Rennes.  Rédacteur:  G.  Dottin,  37,  rue  de  Foug^ères,  Bennes. 

Ls  Cloghbr  Bheton  :  14"=  an  A  Mensuel.  1  an  5  fr.  50.  Directeurs  : 
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Saint-Vougay,  par  Plour.évédé  fFinistère),et  pour  les  abonnements 
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La  Revue  Héraldique,  fondée  en  1862.  Mensuel,  Directeur 
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*u<liâi^<ïd<:  Bahurçl,^  pAJt  Redon  ;  pour  l'ADMiMsrRArioN,  MM.  LAFQLYH.  frères 
^l*c«  dcï  Lkes,  Vannes. 

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SOMMAIRE 


ï.  —  A  propoi  de   i*  Jugon  :  Une  cité  bretonne  à   Iravert  Ui 

siècles  i>.  —  J.   Trévédy 241 

IL  —  Méiangei  hUtoriques  (suite).  —  \IL  La  Langue  dei  Gau- 
tois  amni  la  Conquête  romaine.  —  VIII.  Saint  Tudi  et 
êaini  Tudual,  — -  IX.  D'Argenlré  et  les  Chants  populaires 
bretQni.  —   V'c  Ch.  de  la  Lande  de  Calan.     .     .     .     265 

TH.  —  Comboar  el  ses  Seigneurs  (suite).  —  Paul  de  la  Bignb.     273 


CONDITIONS    D'ABONNEMENT 

France,    un  an 12  fr. 

Etranger^    — 15  — 

On  &'a bonne  soit  chez  M.  le  comte  de  Laigdb,  château  de 
fi&burel,  par  Redon*  soit  chez  M.  Lafolyc,  imprimeur  à  Vannes. 

Les  abonnements  partent  du  1*'  janvier  ou  du  1*^  juillet  de 
Tannée  en  cours.  —  Il  n*est  pas  vendu  de  fascicules  isolés,  sauf 
pour  les  abonnés. 

Les  travaux  comprenant  au  moins  16  pages  de  texte  sont  seuls 
tirés  Â  pan,  50  exemplaires  sont  offerts  aux  auteurs. 


Nota.  —  La  Direction  de  la  Revue  de  Bretagne  ne  saurait  être 
nullement  responsable  des  théories  ou  opinions  émises  dans  les 
articles  qui  y  sont  insérés  et  sur  lesquelles  elle  aurait  lieu  parfois 
de  faire  les  plus  expresses  réserves. 

Il  serA    rendu     compte    de    tout  ouvrage    dauleur  Lu  ton    ou   inti- 
retsant  U  Brttagney  dont  un  exemplaire  aura  été  adrissé  au  {Rédacteur 
chef  de  k  Revue. 


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A    PROPOS    DE 

«  JTJGON, 

«  UNE  CITÉ  BRETONNE  A  TRAVERS  LES  SIÈCLES  » 


Au  mois  de  mars  dernier,  un  journal  do  Bretagne  a  publié  un 
article  intitulé  :  Jugon,  une  cité  bretonne  à  travers  les  siêcle${i). 

J'ai  plus  d'une  fois  souhaité  une  histoire  de  chacune  de  nos  villes 

bretonnes.  Jugon  avec  son  château  avait  droit  o  une  telle  élude,  ce 

travail  m'avait  môme  tenté;  peut-être  y  reviendrai-je?  C'est  avec 

nn  joyeux  empressement  que  je  commence  la  lecture  ..  J'ai  lu. 

L'auteur  a  eu  trop  de  confiance  à  l'imprimeur  et  aux  auteurs 

qu'il  a   surtout  consultés.  L'article,   qu'il  a  signé  avant  d'en 

avoir  corrigé  l'épreuve^  est  semé  de  coquilles  :  la  plupart  sautent 

aux  yeux,  sauf  une  pourtant  (\\i\  semble  une  correction,  contre 

laquelle  l'auteur  a  protesté.  —  D'autre  part,  les  deux  ouvrages 

que  l'auteur  a  mis  surtout  à  contribution  l'ont  mal  renseigné. 

Or,  le  premier  mérite  de  ces  monographies  fragmentaires  c'est 

une  exactitude  rigoureuse,  même  minutieuse.  L'auteur  a-t-il 

atteint  ce  but  ?  J'ose  répondre  que  non.  Je  puis  relever  dans  ses 

pages  plusieurs  erreurs  ^relatives  à  Jugon,  au  Penthièvre  et 

même  h  l'histoire  générale  de  Bretagne.  C'est  pourquoi  quelques 

observations  m'ont  paru  permises  —  je  dirai  nécessaires  —  dans 

le  seul  it'térôt  de  la  vérité. 
**Mon  travail  paraîtra  bien  long.  Voici,  je  n'ose  dira  l'excuse, 

mais  rç»rtication  de  ce  défaut.  Je  n'ai  pas  la  prétention  d'être  cru 

sur  parole  :  il  me  faut  prouver.  Voilà  pourquoi  j'ai  été  contraint 

de  multiplier  les  citations  dans  des  notes  au  bas  des  pages. 
Je  reproduirai    entre  guillemets    chacune  des  phrases  sur 

lesquelles  j'ai  à  présenter  quelque  observation. 

(1)  Cet  article,   signé  Léon   Lb  Bkrrs  (Abalor),  a   paru  dans  le   numéro  du 
22  mars  du  Pays  Breton.  N.  D.  L.  K. 

Mai  tê08  n 


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Ui  REVUE  DE  BRETAGNE 


I 


«  Jusqu'au  siècle  dernier  (lisons  avant  dernier ^  jusqu'à  1789), 
«  Jugon  fut  une  des  villes  principales  de  Tancien  comté,  puis 
«  duché  de  Penthièvre.  Ce  comté  fut  l'apanage  des  cadets  de 
«  Bretagne  depuis  Eudon  l'*"  père  (lisons  frère)  (1)  d'Alain  III, 
'<  duc  de  Bretagne  (1035). 

«  On  sait  combien  Tambition  des  Penthièvre  fut  préjudiciable 
«  à  la  Bretagne.  »  * 

Ces  premières  phrases  nous  arrêtent  court. 

Par  le  mot  comté  de  Penthièvre,  Tauteur  entend,  comme  on  fait 
d'ordinaire,  l'apanage  entier  de  Penthièvre.  Pour  prévenir  toute 
confusion,  nous  dirons  le  Penthièvre  en  parlant  de  l'apanage, 
et  nous  réserverons  le  nom  comté  de  Penthièvre  à  l'ensemble 
des  quatre  seigneuries  contiguôs  dont  la  ville  principale  était 
Lamballe,  ensemble  qu'on  trouve  quelquefois  nommé  comté  de 
Lam  balle. 

La  phrase  ci-dessus  signale  un  comté  unique  érigé  plus  tard 
en  duché;  elle  nous  montre  Jugon  faisant  partie  de  cette  sei- 
gneurie depuis.  1035  jusqu'à  1789,  plus  de  sept  siècles;  elle  ne 
laisse  soupçonner  ni  la  suppression  d'un  premier  apanage  (1213), 
ni  la  création  d'un  second  fl3i7),  ni  les  deux  confiscations  de  ce 
second  apanage.  Tune  de  1420  à  1448,  28  ans  ;  l'autre  de  14t$5  à 
1536, 70  ans  (2).  Bt  nous  devons  croire  que  Jugon  a  passé  du 
comté  au  duché  de  Penthièvre  érigé  pour  la  première  fois 
enl569(3). 

Disons  que  l'auteur  a  plus  loin  rectifié  ces  premières  méprises  : 
il  nous  dit  la  création-d'un  nouveau  comté  de  Penthièvre  en  1317; 
et  il  nous  montre  en  1789,  le  duc  de  Penthièvre  «  engagiste  de 
Jugon  »,  ce  qui  veut  dire  que  Jugon  était  du  domaine  royal. 

Voici  du  reste  quelques  mots  de  l'ancien  nt  premier  apff^ 
nage  de  Penthièvre;  ils  rendront  ce  qui  suivra  plus  facile  à 
entendre. 

En  1035,  le  duc  Alain  III  donne  à  son  frère  Eudon  l'apanage 


(1)  Faute  d'impreftion  éridente. 

(2)  Je  parle,  qu'on  Teaille  bien  le  remarqaêr,  de  confiscations  da  Penthièvre 
•i  non  de  confiscations  de  Jugon,  an:zqoeIle9,  comme  on  verra,  il  n'j  eut  pai  lieu. 

(3)  Morice,  Pr,  IH,  1361-84.  —  Nous  dirons  quelques  mots  du  duché. 


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A  PROPOS  DE  m  JUGON  »  343 

'  f 

de  Penthièvre,  de  TATguenon  au  Douron,  qui  sépare  aujour- 
d'hui les  Côtes-du-Nord  du  Finistère  ;  moins  le  comté  de  Guin- 
gamp  (65  paroisses),  et  les  deux  regaires  de  Saint-Brieuo  et 
Tréguier  avec  ces  deux  villes,  (6  et  11  paroisses)  dont  le  Pen- 
tbièvre  na  que  la  mouvance  (i). 

Après  la  mort  d'Eudon  (1079),  Vapanage  se  divise  en  deux  : 
comté  de  Penlhièvre  proprement  dit,  dont  Jugon  fait  partie,  et 
comté  de  Tréguier  (2). 

Dans  le  môme  siècle,  Jugon  passe  (par  don,  semble-t-il),  à  la 
maison  de  Dinan,  sans  doute  sous  la  condition  cThommage, 
Mais,  en  1213.  le  comté  de  Penthièvre,  avec  Jugon,  est  violem- 
ment réuni  au  domaine  ducal  par  Pierre  Mauclerc. 

En  13)7,  un  nouvel  apanage  de  Penthièvre  est  créé.  Jugon 
repreod-il  sa  place  au  comté  de  Penthièvre?-—  C'est  ce  que 
nous  verrons  plus  loin. 

En  ce  qui  concerne  Tobservation  sur  «  Tambition  des  Pen-' 
thièvre  >  elle  est  prématurée  :  elle  ne  peut  se  rapporter  aux  pos- 
sesseurs de  ce  premier  comté,  qui  vont  ôlre  victimes  de  la  vio- 
lente rapacité  de'ieurs  cadets  devenus  ducs  de  Bretagne. 

(t)  L€  t«rritoire  ainsi  délimité  contenait  18à  paroitset^  108  sont  da  PenthièTre  ; 
77  8éiilem«iit  en  mouvanee.  V.  la  note  ci-dessout. 

Er«ctîon4o  duché.  Morioe,  Pr,  111,  1361.  Voir  1363. 

(2)  Vosoi  l'apanage  partagé  en  deus  comtés  : 

Comté  de  Penthièvre.  .  Comté  de  Tréguier. 

Lamballe 48  paroisses.       Tréguier,  1 1  par.  et  la  ville  (moQTance). 

Moacontour    ...  21         »  Lannioo 25  paroisses. 

Jugon    ......      7         »  Ooello 78        i» 

Cesson 1         *  Minibriac   ..'...'  5         » 

dont  Timportance  consiste  dans  sa  tour      plus  Guingamp  annexé  (65  paroisses) 

et  la  mouTancedeSaint-Brieuc^a  pa-  par  le   mariage  de   Tliéritière  avec 

roisses  et  la  riUe.  Etienne  fils  d'Rudon. 

Outre  les  paroisses  des  évécbés  de  Saint-Brieuc  et  Tréguier,  le  Penthièvre 
comprenait  18  paroisses  ou  trêves  du  diocèse  de  Cornouaille.  Kiles  faisaient  par- 
lie  de  la  châtellenie  de  Quintin,  une  des  quatre  du  Ooello  avec  Chàtelaudren, 
LanvoUon  et  Paimpol.  Ces  18  paroisses  ou  trêves  devenues  communes  sont  dis- 
tribuées comme  suit  par  cantons  et  arrondissements  :  1  h  Corlay  (Loudéac)  ;  2  k 
Flœuc;4  à  Quintin  (Saint-Brieùc);  l  iiBourbriac;  8  à  Suinl-Nicolas-du-Pelem;  2  à 
Kostrenen  (Quingamp). 

Voici  la  composition  du  duché  : 

De  l'ancien  comté  de  Penthièvre:  Lamballe  et  Moncontour.  —De  l'ancien  oomté 
da  Tréguier,  Qningamp,  Minibriac,  plus  quelque?  parcelles  da  Goello  (acquises) 
et  décorées  du  titre  de  comté  de  Plourhao,  canton  d'Etables. 

Géographie  féodale  de  Bretagne,  p.  64.  Erection  du  duché.  Morice.  iV.  lU. 
1361.  Voir  1363. 


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Ui  REVUE  DE  BREATGNE 


II. 


«  Eudon  possédait  à  Jugon  un  chftteau-fort  en  1054.  » 
Voilà  une  date  bien  précise  et  intéressante.  Où  la  trouver?  — 
Ce  château  'n'est  sans  doute  du'une  tour  à  la  mode  du  temps 
ayant,  selon  toute  apparence, -pris  la  place  d'un  castrum  ro- 
main (1). 


III. 


«  Eudon  eut  pour  fils  le  comte  Geffroy  qui  mourant  sans  en- 
€  fants  laissa  sa  seigneurie  à  son  frèr^tienne  de  Bretagne,  qui 
«  déjà  comte  deTréguier,  épousa  Havoise  de  Guiogamp  et  réta- 
K  blit  aibsi  momentanément  l'ancienne  Domnonée,  sauf  les 
«  comtés  de  Léon  etde  Goello.  » 

Le  Goello  appartint  à  Etienne  du  jour  qu'il  hérita  de  son  père, 
en  1079  ;  et  il  le  possédait  depuis  58  ans  lorsque  mourant,  en  1137, 
il  le  transmit  à  son  fils  Henri  P\  comte  de  Tréguier.  La  réunion 
de  tout  l'apanage  entre  ses  mains  dura  de  1093  à  1137,  44  ans. 

Disons  aussi  (\xïqV ancienne  Domnonée  s'étendait  de  laRance  à 
la  rivière  de  Morlaix.  En  plus  du  Penthièvre  (môme  avec  Guin- 
gamp  annexé)  elle  comprenait  donc  à  l'Est  partie  des  diocèses 
de  Dol  et  d'Aleth,  et  à  rOjuest  au  delà  du  Douron  la  partie  de  l'é- 
vôché  de  Tréguier  que  la  rivière  de  Morlaix  séparait  du  Léon.  — 
En  1034,  V ancienne  Domnonée,  moins  le  diocèse  de  Léon  et  Guin- 
gamp^avait  été  assignée  à  Eudon,  qui  en  voulut  plus  encore,  prit 
les  armes,  fut  vaincu,  et  payant  très  justement  les  frais  de  la 
guerre,  fut  réduit  à  l'Est  et  à  l'Ouest. 

(1)  V.  Gaultier  du  Mottay.  Recherches  sur  les  voies  romaines  dw  Côtes-du- 
Nord.  —  P.  115-116. 

JoUivet  {Les  Côtes-du-Nord,  III,  p.  178)  a  écrit.  «  En  1034,  le  ohài«au  dé 
Jugon  appartenait  à  la  maison  de  Penthièvre  par  suite  du  mariage  d*Hafoise, 
héritière  du  comté  de  Quingamp,  avec  Etienne  de  Bretagne,  neveu  d* Alain  IV.  » 

Kn  1034,  Tapanage  de  Penthièvre  n*était  pas  définitivement  constitué.  Dire 
Etienne  marié  en  1034,  cVst  placer  son  mariage  103  ans  avant  sa  mort  en  1137. 
Alain  IV,  dit  son  oncle  est  son  Àls  dit  Alain  Le  Noir,  époux  de  Berthe,  fille  de 
Conan  lU.  —  C'est  Alain  III  qui  est  oncle  d*Ktienne.  —  Knftn  (qui  Taurait  jamais 
cru)  ?  voilà  Jngon  dans  le  comté  de  Quiogamp  I 


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A  PROPOS  DE  n  JUGON  »  J45 


IV. 


«  Parions  que  de  ces  immenses  domaines,  celui  qui  lui  te- 
«  naît  le  plus  au  cœur  était  Jugon.  » 

Ne  pariez  pas  :  vous  perdriez!  Jugon  avec  seulement  sept  pa' 
roisses  était  la  moindre  des  trois  châtellenies  du  comté  de  Pen- 
thièvre  (1).  L'importance  de  Jugon  consistait  dans  son  château, 
qui,  au  temps  d'Etienne,  aux  XI*  et  XII*  siècles,  ne  pouvait  avoir 
Timportance  qu'il  eut  depuis. 

Remarquons  d'ailleurs  qu*il  est  très  possible  que  Jugon  ap. 
partînt  aux  Dinan  avant  qu'Etienne  eût  hérité  le  comté  de  Pen* 
thièvre  en  1093  (2).  L'auteur  va  nous  le  dire. 


«  Lorsque  les  souverains  de  Bretagne  disposaient  de  Jugon 
«  ils  avaient  soin  d'en  réserver  le  ch&teau.  G*est  ce  que  fit  Jean  III^ 
«  quand  il  octroya  la  ville  et  son  territoire  à  son  frère  Guy, 
«  epouxdeJeannedeGoello.il  inséra  dans  l'acte  de  donation  fait 
«  en  1317  cette  clause  bien  expresse  :  «  Nous  gardons  pour  nous 
«  et  nos  successeurs  le  fort  et  la  châtelleaie.  » 

Contradiction  :  Eat-ce  que  la  ville  et  son  territoire  que  «  Jean  lU 
octroie  »  ne  sont  pas  de  la  châtellenie  qu'il  réserve  ? 

Cette  citation  de  la  donation  de  1317  est  inexacte  (3)  :  Voici  le 
texte  vrai  traduit  mot  à  mot  du  latin  :  Don  du  Penthièvre  «  ex- 

(t)  TroU  tans  parler  de  Ceston,  qui  n'est  ri$n  comme  territoire. 

(2)  On  a  écrit:  «  LachàteUenie  de  Jugon  fit  d*abord  partie  de  ceUe  de  Dinan...  » 
Lamarre,  Inv.  Somm.  Aroh.  des  Cdtet-du-Nord.  Introd.  p.  19.  Opinion  isolée. 

Endoo,  mort  en  1079,  aurait  donné  Jugon  à  Josselin  de  Dinan.  Anciens 
Bvéehés  de  Bretagne.  I.  p.  LXXII.  —  Lobineau  se  demande  si  Jugon  n'a  pas  été 
donné  à  Canna,  femme  de  Gefiroj  I*'  de  Dinan.  BisL  p.  135. 

Généalogie  des  Dinan. 

1*  Josselin  —  femme  Orguen  ;  —  %•  Gefiroy  1",  femme  Canna  ;  —  3*  Geffroy  II 
'emme  Ozio  ;  -^  4**  Olivier  II  (que  nousaUons  trouver)  femme  Agnorie  ou  Gon- 
nor,  fiUe  d'Etienne  de  Penthièvre. 

Voir  snr  cela  Les  Dinan  par  M""*  de  la  Motte-Rouge,  p.  22  :  •  Canna  d'une 
ancienne  et  puissante  famille  »  qui  n'est  pas  nommée.  S'il  était  appris  que  Canna 
était  AlIed*Sudon,  le  don  de  Jugon  s'expliquerait  très  simplement. 

(3)  Cette  phrase  est  une  citation  extraite  de  Jollivet  (p.  170)  qui  Ini-méme 
Tarait  empruntée,  mais  qui  l'indique  comme  citation.  Plus  loiu  (p.  178)  Jollivet 
donne  le  texte  exact  de  la  donation  de  Jean  III. 


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246  REVUE  DE  BRETAGNE 

«  cepté  et  retenu  au  duc  et  à  ses  successeurs  le  château  de  Jugon 
«  avec  300  H-  de  rente  annuelle  pour  la  défense  dudit  château, 
«  rente  qui  sera  assise  sur  les  lieux  les  plus  voisins  du  chà- 
«  teau  »  (1). 

Donc  la  châtelienie  est  donnée  toute  entière^  moins  seulement 
le  château. 

Mais  bientôt,  on  peut  dire  aussitôt,  la  châtelienie  fut  comprise 
dans  la  réserve.  L'article  cité  ci-dessus  ne  se  retrouve  nulle  part  : 
il  semble  qu'il  ait  môme  passé  du  souvenir. 

On  lit  dans  la  Chronique  de  Saint-Brieuc,  rédigés  à  partir  de 
1394,  mais  composée  pour  les  temps  antérieurs  sur  des  chro- 
niques et  documents  anciens,  que  Jean  III  «  donna  à  Guy  le  Pen- 
«  thièvre  excepté  le  château  et  la  châtelienie  de  Jugon  qu'il  re- 
c  tint  pour  lui  et  ses  successeurs  ducs  de  Bretagne  »  (2).     , 

En  1300,  Jean  IV  écrit  dans  ses  instructions  aux  ambassadeurs 
qu'il  envoie  au  roi  Charles  VI  :  «  Jean  III  donnant  le  Penthièvre 
«  à  Guy  son  frère  avait  réservé  Châteaulin  sur  Trieux  en  Tré- 
«  guier,  Jugon  en  Penthièvre,  et  Cesson  en  Tournegoet,  et 
«  par  conséquent  Charles  de  Blois  n'a  jamais  pu  en  rien  pré' 
«  tendre  »  (3). 

Et  tout  ce  que  nous  voyons  ailleurs  confirme  ces  indications. 
Le  traité  de  Guérande  assure  à  Jeanne  de  Penthièvre,  «  le  comté 
comme  son  père  le  tenait  »  (4)  ;  et  le  duc  va  bientôt  donner  Jugon 


(1)  Morio6,  Pr,  I.  1S69.  —  La  doDation  est  contenue  dans  Taete  intitnlé  : 
Douaire  de  la  duchstse  Isabeau  de  CastiUe,  (Voir.  1271).  Le  Penthièvre  est 
donné  en  place  de  la  Ticomté  de  Limoges  que  Jean  III  aTait  donnée  à  ton  frère 
Guy,  oubliant  apparemment  qu*il  ravaitdéjà  assignée  au  douaire  delà  duchesse  .' 

(2)  Morice,  Pr,  I,  p.  42.  —  Je  traduis  mot  à  mot. 

(S)  Lobinean,  Hist,  p.  472.  Gh&teaulin  sur  TrieUx,  château  en  Ploueo,  qui 
touche  P^ntrieux.  ^  Tournegouet,  entre  les  rivières  d'Urne  et  Gouet,  regairè 
de  Saint-Brieue. 

(4)  Sans  autre  restriction  que  celle-ci  :  «  réservée  la  dotation  faite  au  sieur 
de  Beaumanoir.  »  Morice,  Pr,  1.  1590  (au  bas)  U  s'agit  de  Moneontour. 

Un  mot  sur  Moneontour.  Charles  de  Blois  Tavait  détaché  du  Penthièvre  et 
donné  k  Beaumanoir  (chef  des  Trente)  qui  avait  épousé  Marguerite  de  Hohan.  Il 
pasta  à  leur  ftUe  Jeanne,  mariée  à  Charles  de  Dinan;  son  fils  Koland  en  hérita» 
et,  le  8  mai  1407,  le  vendit  à  son  frère  cadet,  qui  le  revendit  aussitôt  à  Margue- 
rite de  Clisson,  puis,  le  4  février  1408  au  duc  Jean  V  (vente  nulle  I)  Une 
guerre  suivit  et,  le  8  août  1410,  intervint  un  accord.  Le  duc  garda  Moneontour, 
en  payant  une  rente  d'environ  80.000  fr.de  nos  jours  :  18.000  ff  à  4t.2S'. 

Marguerite  de  Kohan,  veuve  de  Charles  de  Dinan,  épousa  Olivier  de  Clisson. 
Elleavait  apparemment  Moneontour  dans 'son  douaire,  puisque,  le  4  juillet  1387, 
sortant  de  sa  prison  de  Vannei,  Clisson  date  une  lettre  «  en  ma  ville  de  Moncoo* 
tour  ».  Morice,  Pr.  II.  bit. 


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A  PROPOS  DB  m  JUGOll  ^  ^7 

eo  Yîage  à  OHvier  de  Clissoo*  alors  son  ami.  ^  Ea  13S7,  pour 
obtenir  sa  liberté  à  Vaooes>  Chsson  promet  dti  rendre  Jugon  et 
antres  places  qu*il  tient  de  la  munificence  du  duc  ;  et  Vaccard 
fait  entre  enx  par  Charles  VI,  Tannée  suivante,  confirme  cette 
obligation  (1).  I 

Jugon  ne  se  trouve  pas  dans  la  succession  de  Jeanne  de  Pan* 
thièvre  ;  i!  ne  sera  pas  confisqué  sur  ses  petîtsflls  en  1420  {2),  et 
dans  le  traité  de  réconciliation  de  1448,  il  n'en  est  pas  question  (3). 

En  sorte  que,  au  lieu  de  rester  au  comté  puis  duché  de  Pen- 
tbièvre,  jusqu'en  1789,  Jugon  est  rentré  dans  le  domaine  ducal 
pour  n'en  plus  sortir,  en  1317  environ,  ou  môme  après  la  violenta 
usurpation  de  Pierre  Mauclerc,  en  1213,  —  plus  de  cinq  siècles 
et  demi  avant  1789. 

Cette  constatation  a  quelque  intérêt,  on  le  verra  plus  loin  (4), 


VI 


«  Le  naturel  sauvage  de  la  maison  de  Pen thièvre  n'était  pas 
«  pour  lui  assurer  la  sympathie  »  (5). 

La  preuve  ou  du  moins  Tindicede  ce  naturel  sauvage  commun . 
paratt-il,  à  toute  la  maison,  l'auteur  le  trouve  dans  ua  fait  uoiqua 
qu'il  exprime  ainsi  : 

c  Seulement  quelques  paysans  revenant  de  Texil  qu*avait  och 
«  casionné  Tinvasion  normande  vinrent  s'abriter  au  pied  du 
«  château  ». 

L'auteur  suppose  le  château  bâti  par  les  Penthi^vre,  plus 
exactement  par  Eudon,  puisqu'il  le  montre  possédé  par  Ëudooi 
en  1054  (6). 

(1)  Traité  pntre  Jean  IV  et  Cliston.  Vannes,  juin  18S7,  Morice.  Pr.  U,  &40.  — 
Accord  fait  par  le  roi.  1388«  Morice.  Pr.  II,  552-5^3. 

A  remarquer  que,  d'après  le  premier  de  ces  actes,  il  lembïerait  dit  que  CUmou 
reçut  Jugon  en  héritage;  le  roi  dit  expressément  «  à  fî^f'^r  »,  ce  qoi  doit  être 
exact. 

(2)  Olitier  de  Pen thièvre  exige,  sous  peine  de  mort,  de  Jean  V  pmonnïef  ift 
flllè  Isabelle  en  mariage  et  dans  sa  dot  (Moncontour,  Ce^ton  et  Jugoti.  Il  reui 
rétablir  Tancien  comté  de  Penthiètre  d*l£udon.  DispeD^e  accordée  par  le  pape  k 
Jean  V,  Morice.  Pr.  II,  1338. 

(3)  Traité  de  Nantes.  Morice,  Pr.  lU  1415. 

(4)  C'est  pourquoi  je  cite  toutes  ces  preuves. 

(5)  Je  coupe  cette  phrase  à  laquelle  je  reviendrai  h,  un  autre  point  de  yu«  |  VII, 

(6)  Ci-dessus,  §  II,  p.  244. 


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248  REVUE  DE  BRETAGNE 

Mais  c*est  vers  940  que  la  Bretagne  a  été  délivrée  des  Nor- 
mands !  Budon  n'a  possédé  Jugon  que  cent  ans  ap'-ès  (1035);  il 
est  mort  en  1079.  Avait-ii' construit  le  ch&teau  ?  D'autres  crbient 
y  voir  l'œuvre  des  Dinan,  et  peut-être  avec  raison  (1). 

La  construction  du  châleau  ayant  attiré  trop  peu  de  oionie, 
il  fallut  essayer  d*un  autre  moyen. 

«  Aussi  le  seigneur  de  Jugon,  Olivier  de  Dinan...  se  résoiut-ii 
«  de  fonder  un  prieuré  »  à  Jugon  (2). 

La  brusque  apparition  des  Dinan  comme  seigneurs  de  Jugon 
aura  causé  quelque. surprise  au  lecteur.  Il  aurait  été  à  propos 
de  dire  comment  Jugon,  à  peine  attribué  aux  Penthièvre^  a  si 
vite  passé  aux  Dinan.  • 

Quoi  qu'il  en  soit,  Olivier  donnfe  aux  moines  l'espace  compris 
entre  «  la  grande  porte  du  murale  ville  et  le  confluent  des  deux 
rivières  dites  Jugon  et  Argoena  »,  à  la  condition  d'y^construire 
une  église  et  d'y  former  un  bourg,  c'est-à-dire  une  enceinte  avec 
maisons  et  protégée  par  une  défense  quelconque  (3). 

Ces  travaux  se  firent,  et  une  paroisse  dite  Notre-Dame  fut  fon- 
dée. La  population  put  s'accroître  quelque  peu  (k).  Pourtrint, 
trois  siècles  plus  tard,  en  1434,  les  deux  autres  paroisses  de  Jugon, 
Saint-Etienne  et  Saint-Malo>  ne  comptaient  que  44  maisons  sou- 
mises au  fouage  (5).  Supposons  (pure  hypothèse)  que  la  paroisse 
Notre-Dame  ait  le  môme  nombre  de  miskisons  que  chacune  des 
autres  paroisses,  voilà  une  bien  faible  agglomération. 

Ce  n'est  ni  la  faule  des  Penthièvre  hi  de  leur  a  naturel  sau- 
vage »  ni  c<  lie  des  Dinan,  c'e  t  que  le  «  ravin  »  dans  lequel 
est  situé  Jugon  ne  pouvait  ôtre  l'assiette  d*une  grande  ville. 

Mais  voici  dei^x  faits  qui  j'espère,  disculperont  les  Penthièvre. 

Us  pratiquèrent,  et  généreusement,  la  grande  charité  de  leur 
temps  :  \\s  furent  fondateurs  ou  bienfaiteurs  d'abbayes,  de  prieu- 


(f)  Anciens  évéehés  de  Bretagne,  I.  p.  LXXII. 

(t)  Lobineau,  Hist.  p.iSS,  donoe  la  date  t104.  D.  MarUae,  saoi  9è  prononcer 
de  façon  oertaioe,  eemble  indiquer  lt09  {Histoire  de  Marmoutiers,  U.  p.  iS  et 
14),  quand  il  place  la  fondation  entre  un  acte  de  1108  et  un  de  1109. 

(3)  Bourg  est  la  traduction  du  latin  hurgum  auquel  on  attache  oe  senf 
d'ordinaire. 

(l)  Aux  «  quelques  payeane  »  mentionnés  plus  haut,  Tauteur  oppose  ici  par 
antithèse,  «  les  mapans  accourus  au  terrain  pour  y  bâtir  des  maisons  qui  dana 
la  suite  ont  formé  cette  ville  ». 

(&)  Actes  et  mandemenU  de  Jean  V.  2  mai  1434.  N«  1974. 


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A  PROPOS  D8  «  JUGON  •  249 

Tés,  d*aumôneries,  tous  lieux  non  seulement  de  prière,  mais  de 
secours  aux  pauvres  et  aux  passants  (i). 

E«t-il  permis  de  dire  quelques  mots  des  deux  derniers  ayant 
porté  le  nom  de  Penthièvre  et  dont  l*un  aurait  dû  être,  du  chef 
de  sa  femme,  seigneur  de  Jugon?  Je  veux  parler  de  Alain  I*' 
et  de  son  Hls  Henri  II. 

Alain,  héritier  du  comté  de  Tréguier  (entre  1171  et  1180)  reçut 
en  legs  le  comté  de  Penthièvre  (1206),  et  réunit  ainsi  tout  Tapa- 
nage.  Il  allait  mourir  en  1212  ;  et  le  chroniqueur  mentionnant 
sa  mort  dit  qu'il  régit  ses  domaiiies  «  sagement  et  en  paix  (2). 

Alain  était  oncle  à  la  mode  de  Bretagne  do  la  duchesse  Cons- 
tance; il  avait  obtenu  pour  son  flis  Henri  la  main  d'Alix,  héri- 
tière de  Bretagne.  Mais  le  roi  Philippe-Auguste  la  fit  donnera 
Pierre  de  Dreux  dit  depuis  Mauclerc  (1213). 

A  la  mort  de  son  père,  Henri  avait  huit  ans.  Le  premier  acte 
de  Pierre  Mauclerc  fut  de  s'emparer  du  Penthièvre»  y  compris 
Jugon  possédé  par  les  Dinan  (3).  Il  ne  laissa  au  jeune  cousin  de 
la  duchesse  que  le  Goello. 

Henri  quittera  bientôt  le  nom  de  Penthièvre  pour  se  cacher 
sous  celui  d'Avaugour,  et  épousera  Marguerite,  dame  de  Dinan 
et  Mayenne.  En  1250.  Pierre  Mauclerc  et  Henri  feront  avec  saint 
LiOnis  la  croisade  d'Egypte.  Sur  le  chan\p  de  bataille  de  Man-- 
soorah,  Henri  d'Avaugour  tombant  à  genoux  fait  vœu  à  saint 
François  de  bâtir  un  couvent  de  Cordeliers  àDiaan,  si  le  roi  rem- 
porte la  victoire.  Au  retour,  il  accomplit  son  vœu:  en  1278,  il 
prend  Thabit,  et  il  meurt  sous  le  fro'^  en  1280.  Ses  contemporain» 
le  vénèrent  comme  un  saint;  et  une  «  romance  »  (4)  élevant  le 

(1)  Abbayei  : 

1.  Sainte-Croix  de  Qaingamp,  Etienne,  1130. 

X  Notre-Dame  de  Bégard,  ^dotation),  Etienne,  1130. 

3.  Notre-Dame  de  Langonnet,  Conan  III,  1136. 

4.  Saint-Aubin  dea  Boit,  (dotation),  1137. 

h.  Notre-Dame  de  Coetmalouan,  Alain  Le  Noir,   1142. 
6.  Notre-Dame  de  Beauport,  Alain  II,  U'02. 

(2)  Morice,  Pr.  I.  821.  Alain  figure  dans  la  liste  ci-dessus  comme  fondateur  on 
donateur  principal  de  Beauport. 

(S)  On  a  dit  que  Jugon  avait  passé  au  duché  en  môme  temps  que  Dinan  par 
Tente  faite  à  Jean  Le  Koux,  en  126ô.  Une  preuve  qu'il  fut  pris  par  Mauclerc 
OMparavani^  o*ett  que  en  1236^  le  duc  comprend  le  KentbièTre  dans  la  dot  dosa 
fille,  «  En  se  réfervant  Jugon.  »  Morice,  Hist.  I.  p.  160.  «  li^xcepté  Jugon  »  Lobi- 
Beau.  Hist.  p.  237. 

(4)  Voir  cette  romance  dans  Morice.  Pr.  I.  918  copiée  (dit  rhistorien)  sur  un 


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Î50  REVUE  DK  BRETAGNE 

freux  chevalier  à  la  dignité  de  connétable,  le  célèbre  priant 
sur  le  champ  de  bataille  et  voyant  apparaître  «saint  François  qui 
accueille  son  vœu  et  pronaet  la  victoire. 

Voilà  les  souvenirs  que  les  sujets  de  Peothièrvre  gardaient  du 
dernier  seigneur  qui  ait  porté  le  nom  de  Penlhièvre.  En  1317, 
moins  de  qu^trante  ans  après  la  mort  d*Henri  d'Avaugour,  ces 
souvenirs  sont  connus  et  acceptés  de  tous.  Combien  ils  rendent 
la  vieille  maison  de  Penthièvre  populaire  1  Auâsi  Jean  III,  qua^nd 
il  rétablit  pour  son  frère  Guy  l'apanage  de  Penthièvre,  voulnt-il, 
on  peut  dire,  enter  les  seconds  Penthièvre  sur  les  anciens.  C'est 
pourquoi  il  maria  son  frère  â  Jeanne  d'Avaugour,  quatrième 
descendante  de  Henri. 

Voilà,  je  pense,  une  réponse  suffisante  à  ce  reproche  générique 
adressé  aux  Penthièvre  «  naturel  sauvage  ».  ^  Nous  les  défen- 
drons bientôt  d'un  autre  reproche. 

VU 

<c  Olivier  de  Dinan,  seigneur  de  Jugon,  par  une  singulière  con- 
te tradiction  avec  les  usages  de  la  maison  de  Bretagne,  avaitreçu 
«  en  héritage  de  son  père  Geoffroy  le  château  de  Jugon...  » 

Ce  n'est  pas  seulement  le  château,  c'est  la  châtellenie  qu'Oli- 
vier Il  de  Dinan  tenait  de  son  père,  Geffroy  II  ;  et  il  n'en  avait  pas 
hérité.  Son  père  lui  avait  donné  Jugon  en  avancement  d'hoirie 
et  il  est  témoin  de  l'acte  de  la  fondation  faite  par  son  fils. 
»  En  quoi  cette  transmission  du  père  au  fils  est-elle  contraire 
aux  usages  de  la  maison  de  Bretagne? 

Le  duc  Jean  III  en  créant  le  Penlhièvre  comme  apanage  retient 
le  château  et  (^'est  son  droit.  —  Mais  le  château  ainsi  retenu  et  la 
châtellenie  également  réservée,  une  fois  entrés  au  domaine  du- 
cal, passeront  de  duc  en  duc^  comme,  étant  aux  Dinan,  ils  pas- 
saient du  père  au  fils. 

VIII 

<c  L*orgueil  de  la  maison  de  Penthièvre  causa  sa  ruine.  » 
Les  faits  apportés  en  preuve  démontrent  qu'une  branche  ca- 
dette de  Penthièvre  parvenue  au  trône  de  Bretagne  ne  vit  plus 

▼elin  du  coaveDt  dei  Cordtliers.  Ecriture  du  X.VI'  siècle;  le  stjle  du  XIU*  Mi  ra- 
jeuni. ^  Voir  auMijLtff  Difum,  p.  151-160. 


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K  PROPDS  DE  «  JUGON  »  251 

dans  les  deux  autres  branches  que  des  ennemies  ;  et  par  une 
série  de  brigandages  odieux  leur  enleva  t!out  l'apanage  moins  le 
Goeilo.  L'usurpation  violente  de  Pi»^rre  Maucterc  achève  et  cou- 
ronne cette  œuvre  d'miquité.  Gomment  Torgueil  des  Penthièvre 
a-l-il  causé  ces  désastres? 


IX 


^  Guy  comte  de  Penthièvre  épousa  Jeanne  de  Goeilo,  héritière 
«  de  Penthièvre-  ^^ 

Donnons-lui  donc  son  vrai  nom  :  Joanne  d*Avaugour.  Elle 
n'a  hérité  de  son  quatrième  aïeul  Heorill  lue  leOoello,  dernière 
épave  du  Penthièvre^  et  non  le  Penlhièvre  usurpé  en  1213  et 
réuni  au  domaine  ;  le  Penthièvre  nouveau  est  à  Guy  de  Bretagne 
»OD  mari.  C'est  sa  aile  qui  sera  héritière  de  Penthièvre  et  épou- 
sera Charles  de  Blois. 


«  Une  cho;?e  asFez  piquante,  et  que  n'ont  pas,  à  notre  avis,  re- 
n  levée  suni-ammenl  les  historiens,  fut  de  voir  d'un  côté  les 
a  Prancs(leâ  Français)  soutenir  des  prétentions  contraires  à  leur 
«  propre  loi  salîi|up,  et  de  l'autre  les  Bretons  qui,  depuis  les  pre- 
«  miera  âges  connua  de  leur  histoire,  avaient  admis  l'hérédité 
«  politique  de^t  femmes,  soutenir  le  droit  de  la  branche  puînée 
m   de  Montfort  », 

Volïaire  a  fait  cette  observation  que  d'autres  ont  rééditée.  A-t- 
e!îe  tant  d'intérôt  ?  En  ce  grand  débat  il  n'étdit  pas  question 
de  la  loi  Sfitiquef  qui,  comme  dit  l'auteur,  ne  pouvait  être  op- 
posée à  Jeanne  de  Penthièvre.  Personne  n'y  songe,  ni  le  roi 
d'Angleterre  quia  demandé  la  main  de  Jeanne  pour  son  frère  (1), 
et  q^ui,  s'il  Tavait  obtenue,  aurait  été  l'adversaire  de  Montfort; 
oi  le  roi  de  France  qui  connaît  bien  l'hérédité  au  trône  reconnue 
aux  femmes  en  Bretagne. 

Une  observation  pourtant  :  cette  héréd/lé  n'est  pas  admise 
d'une  manière  absolue,  comme  semble  le  dire  l'auteur,  mais 
seulement  au  cas  d'absence  d'iiéritier  maie  au  môme  degré.  Or, 

(1}  3t  déo«œbr6  njj.  Mohce.  Pr.  \,  1375. 

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252      '  REVUE  DE  BRETAGNE 

frère  de  Jean  III,  Montfort  était  héritier  au  2*  degré;  nièce  de 
Jean  liï,  Jeanne  Tétait  au  3^  seulement  :  donc  Montfort  passait 
avant  elle  ! 

Mais  Jeanne  invoquait  «  la  fiction  àe  la  loi  »  dite  représenta^ 
tion.  Qu'elle  soit  adooise  kreprésenter  son  père  Guy,  décédé,  frère 
atné  de  Montfort,  et  qui,  survivant  à  Jean  III,  aurait^été  duc,  et 
elle  montera  au  degré  de  son  père,  elle  prendra  sa  place,  entrera 
dans  ses  droits  et  sera  duchesse  de  Bretagne  (1). 

En  Bretagne,  la  représentation  était  admise;  en  Fiance,  il  y 
avait  doute;  h  Paris  et  dans  l'Ile  de  France»  elle  n'existait  pas. 
Or  4d  duc  Jean  II  avait  accepté,  en  1297,  le  titre  de  pair  ;  Paris 
était  le  siège  de  la  suzeraineté  de  la  Bretagne-pairie.  La  Bre- 
tagne ne  devait-elle  pas  suivre  la  loi  de  la  seigneurie  suzeraine? 

C'était  le  grand  argument  de  Montfort  (2).  Mais  il  y  avait, 
semblet-iU  une  objection,  et  c'était  Yolande  de  Montfort,  mère 
du  comte,  qui  l'avait  créée.  Mariée  en  1294,  avant  l'érection  de  la 
Bretagne  en  pairie,  elle  avait  représenté  au  roi  qu'elle  et  ses  en- 
fants devaient  être  régis  par  la  coutume  de  Bretagne;  et  après 
grave  délibération,  le  roi,  par  lettres  de  septembre  1309,  lui  avait 
concédé  que  «  la  coutume  de  Bretagne  sera  gardée,  à  elle  et  à 
«  ses  en''ants  en  toutes  choses  en  la  manière  et  condition  qu'elle 
«  était  à  l'heure  et  jour  que  nous  en  faisions  pairie  (2)  ». 

Et  pourquoi  la  duchesse  at-elle  sollicité  ce  privilège?  Parce 
qu'elle  entend  que  son  b^au  comté  de  Montfort  passe  à  ses  en- 
fants. Or,  se'on  la  loi  de  Bretagne,  les  fiefs  des  duchesses  n'entrent 
pas  au  domaine  ducal.  Au  contraire,  en  France,  les  fiefs  des 
reines  tombeat  dans  le  domaine  royal,  et  dans  le  royaume  les 
fiefs  des  femmes  suivant  la  même  règle  enfrent  dans  le  domaine 
de  leurs  maris. 

En  sorte  que  voilà  Jean  de  Montfort  qui  possède  son  comté  en 
vertu  de  Tusàgri  breton  ;  et  qui,  sur  la  question  de  la  représenta- 
tion, invoque  l'usage  français.  Situation  juridique  bizarre  ! 

(I)  Tel  eit  Teffet  de  la  représentation  écrit  dans  notre  Code  Civil  art.  7^9.  — 
Tel  e«t  IVlTat  indiqué  dans  divers  exemples  cités  aux  chapitres  (articles)  '^06, 
*i07,  2tu,  2G6  de  la  très  ancienne  coutume  de  Bretagne  (13 iO  à  laio). 

:)  «  Tout  fief  mouvant  d'une  seigneurie  doit  suivre  les  us  et  coûtâmes  des 
lieux  dont  il  est  mouvant  ».  D'Argeniiê,  p.  Zltl.  Kd.  de  10 îj.  —  Le  u^émoirs  de 
Idontiort  exprime  la  même  rè}?le.  —  La  Borderie,  Hist.  lll,  p.  412  jiote\  I. 

A  r«'marquer  que  quand  nous  disons  coutume^  loi  bretonne^  noits  parlons 
souvent,  comme  d'Arg^^ntré,  d'us  et  coutumes.  \ 

(3)  Lobineau.  Pr.  4ô9,  Morice,  Pr.  J.  [212. 


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Gooàle 


Qie 


\ 


A  PKOPOS  DE  «  JUGON  »  â55 


XI 


Comment  la  Bretagne  se  partagea-t-elle  entre  les  deux  corn- 
pétîteura? 

c  Toat  ce  qui  était  resté  entièrement  breton,  sauf  peut-ôtre 
«  quelques   hésitations  dans  les    comtés   de  Guingamp  et  le 

*  Goello,  fut  Monlfortisle  ». 

* 

Moins  pourtant  Quimper  et  la  Basse-Gornouaille. 

Ce  que  je  ne  vois  pas,  ce  sont  les  hésitations  du  comté  de 
Guingamp.  —  En  1342,  Louis  d'Espagne  assiège  Guingamp 
pour  Charles  de  Blois.  La  garnison  tient  pour  Montfort,  et  re- 
pousse cinq  assauts  ;  les  bourgeois  se  révoltent,  tuent  le  capi- 
taine et  ouvrent  leurs  portes.  La  ville  est  prise^  en  1343^  par  le 
roi  d'Angleterre  ;  mais  il  n'y  laisse  pas  de  garnison  ;  etîe  revient 
à  Charles  de  Blois  ;  en  1345,  elle  résiste  aux  Anglais  ;  jusqu'à 
la  Qn,  elle  reste  Adèle  à  son  seigneur,  et  c'est  à  Guingamp  que 
Charles  de  Blois  réunit  les  troupes  qui  vont  combattre  à  Au- 

ray  (1^ 

Quelle  était  la  part  de  la  Bretagne  tenant  pour  Charles  de 
Blois  ^ 

«  La  Haute-Bretagne,  et  notamment  le  comté  de  Penthièvre 
«  propre  fief  de  Jeanne  s'attachèrent  à  la  fortune  de  Blois  ». 

Moins  pourtant  Guérande,  apanage  de  Montfort,  qui  lui  resta 
fidèle  et  quelques  autres  places. 

Enfln  de  quel  côté  se  rangea  Jugon  ? 


XII 


«  Seule  une  ville  en  ce  comté  (de  Penthièvre)  comprit  l'im- 
«  mense  danger  que  faisait  courir  à  la  nationalité  Bretonne  l'a- 
«  vènement  au  trône  d^un  neveu  du  roi  de  France.  Tout  comme 
«  une  cité  Basse-Bretonne,  Jugon  prit  fait  et  cause  pour  Mont- 
m  fort.  Le  patriotisme  guida  son  choix  !  » 

Quand  il  parle  ainsi,  Tauteur  considère  Jugon  comme  appar^ 
tenant  au  comte  de  Penthièvre,  Charles  de  Blois,^du  chef  de  sa 
femme...  Mais,  sujets  de  Penthièvre,  les  bourgeois  de  Jugon  n'a- 

(1)  La  Borderie,  Ui3i.  III.  h%1. 

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264  REVUE  DE  BRETAGNE 

valent  pas  le  choix  entre  Montfort  et  Blois  I  L'hommage  prêté 
par  eux  au  dernier  emportait  promesse  de  fidélité  ;  et  pour  eux 
choisir  Montfort  eût  été  se  parjurer. 

Eh  bien!  non.  Ils  n'ont  pas  commis  ce  crime:  Jugon  étant 
du  domaine  du^al,  ils  ont  eu  le  droit  de  choisir  entre  les  deux 
compétiteurs;  et  librement  ils  «  ont  pris  fait  et  cause  »  pour 
Charles  de  Blois  contre  Montfort  I 
Voici  la  preuve  de  ce  fait. 

Se  targuant  d'avance  du  titre  de  duc,  Montfort  obtient  la  red- 
dition de  Jugon,  en  1341  ;  Charles  de  Blois  le  reprend,  Tannée 
suivante,  et  de  ce  jour  Jugon  lui  sera  fidèle  même  après  sa 
mort.  • 

Voici  la  preuve  de  celte  constante  fidélité. 
Charles  de  Blois  réside  à  Jugon  avec  sa  femme  pendant  Thiver 
de  1345.  C'est  là  que  naît  son  fils  atné  (février  de  cette  année). 
En  1347,  Charles  fait  prisonnier  à  la  Roche-Derrien  est  emmené 
captif  en  Angleterre.  Jugon  lui  reste  fidèle. 

En  1352,  Jeanne  de  Penlhièvre  espère  et  prépare  la  paix  atvec 
TÂngleterre  et  la  libération  de  son  mari.  Elle  convoque  les  Etats 
à  Dinan.  Nous  y  voyons  présents  ou  représentés  du  comté  de 
Peothièvre  :  les  évèques  de  Saint-Bripuc  et  Tréguier,  les  abbés 
de  Bégar,  Beauport,  Coetmalouan,Saint-Jacut,  Saint-Aubin-des- 
Bois,  les  villes  de  Guingamp,  La  Roche-Derrien,  Châtelaudren, 
Lamballe,  et  Moncontour,  qui  sont  du  Penlhièvre,  et  avec  ces 
villes  Dinan  et  Jugon,  qui  n'en  sont  pas  (1)  (20  novembre  1352). 

Enfin  après  la  victoire  d'Auray,  29  septembre  1364,  Montfort 
vient  sommer  Jugon.  Le  château  résiste  pendant  trois  jours  à 
cette  armée  victorieuse  que  grossit  chaque  reddition  de  place, 
et  ne  capitule  qu'après  deux  assauts  vaillamment  soutenus. 

Et  Jugon  pourra  dire  :  «  Le  patriotisme  a  guidé  mon  choix  !  » 
Pourquoi  pas  ? 

Au  XI V*  siècle,  beaucoup  de  Bretons  avaient  peur  de  la  France. 
D'autres  pouvaient  avoir  peur  de  l'Angleterre.  Les  deux  royaumes 
commencent  une  guerre  qui  durera  plus  d'un  siècle.  La  Bre- 
tagne, prise  entre  les  deux  a  tout  intérêt  à  se  tenir  à  l'écart.  Or 
la  France,  môme  depuis  que  la  Bretagne  est  pairie^  reconnaît  ae 

(1)  A  cetU  liste  «les  villes  ajoutons  Nantes,  Rennes,  Qaimper  et  Morlaiz.  *— 
Morioe.  Pr.  I.  1186-1487. 

Moncontour  était  eno9re  du  Penthièvre,  si  le  don  de  Charles  de  Bloia  est  pos- 
térieur. V.  ei*dessus,  p.  246  note  4. 


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A  PROPOS  DE  «  JUOON  »  255 

pouvoir  exiger  d'elle  le  service  de  guerre  (1).  Au  contraire,  à  Té- 
poqQooù  Dous  nous  reportons,  TAngleterre  va  pouvoir  l'exiger. 
Pour  obtenir  l'appui  de  l'Angleterre)  le  comte  de  Montfort,  sa- 
crifiant la  sécurité  de  la  Bretagne,  avait  fait  hommage  au  roi 
Edouard  le  reconnaissant  «  pour  roi  de  France  et  son  seigneur 
lige  »,  et  se  déclarant  «  homme  lige  à  vivre  et  mourir  contre 
toutes  gens  (2)  ». 

C'est  s'edgager  au  service  de  guerre  ;  et  voilà  la  Bretagne  ou- 
verte aux  Anglais  comme  une  porte  sur  la  France. 

De  deux  choses  Tune  :  ou  bien  le  duc  rendra  le  service  ;  et  il 
attirera  la  France  sur  le  duché  ;  ou  bien  il  ne  le  rendra  pas  ;  en 
ce  cas  l'Angleterre  —  c'est  la  sanction  orditiaire  —  déclarant  la 
Bretagne  confisquée  tentera  de  s*en  emparer  ;  et  la  France  s'y 
opposera. 

Dans  l'un  et  l'autre  cas,  la  Bretagne  deviendra  un  champ  de 
bataille  entre  Français  et  Anglais. 

La  mort  prématurée  de  Monlfort  nous  sauva  de  ces  terribles 
éventualités  ;  mais  ceiux  qui  les  prévoyaient  et  essayaient  d'en 
préserver  la  Bretagne  ne  faisaient-ils  pas  acte  de  patriotisme? 

Je  compte  parmi  eux  Jean  III.  Par  scrupule  de  conscience,  il 
n'ose  pas  se  prononcer  entre  son  frère  consanguin  qu'il  n'aime 
«as  et  sa  nièce  chérie,  mais  il  la  refuse  au  roi  d'Angleterre  qui 
là  demande  pour  son  frère. 

Et  après  le  traité  de  Ouérande,  que  voyons-nous  ? 

Huit  ans  à  peine  écoulés,  Jean  IV,  duc  par  la  grâce  du  roi  d'An- 
gleterre, son  obligé,  débiteur  et  fidèle  serviteur,  est  chassé  par 
les  Bretons  réunis  dans  une  môme  pensée  :  la  peur  et  la  haine 
des  Anglais. 

Après  lui,  son  flls  Jean  V  gardera  la  neutralité  (ofliclelle)  entre 
la  France  et  l'Angleterre  ;  mais  il  est  favorable  à  la  France,  à 
laque'le  il  prête  sa  noblesse  et  son  frère  le  connétable  de  Ri- 
cbempnt. 

Enfin  François  I",  flls  de  Jean  V,  s'engage  à  la  France  par  une 
alliance  offensive  et  défensive.  Il  est  lieutenant-général  du  roi 
im6  les  deux  campagnes  de  Normandie,  1449  et  1450. 

Voilà  donc,  sous  le  règne  des  Montfort,  la  Bretagne  combat- 

(1)  Voit  fur  ea  point  la  déclaration  très  nette  du  roi  Philippe  YI  de  Valois  da 
SiiOT#mbre  i3?8.  Morice.  Pr,  I.  13&1. 

1    (t)  Morice.  Pr,  I.  1449.  —  Hommage  da  vendredi  en  la  semaine  de  Pentecoste 
llU».  ^  C*e8t  k  dire;  (Pâques  étant  cetto  année,  le  27  mars),  —  la  vendredi  MO  maû 


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356  REVUE  DE  BRETAGNE 

tant  avec  la  France  contre  les  anciens  alliés  des  Montfort,  et 
convertie  à  la  politique  que  suivaient  cent  ans  auparavant  les 
villes  et  châteaux  adversaires  des  Montfort,  comme  par  exemple 
Jugon  !  ,'       . 


XllI 


«  Le  traité  de  Guérande  termina  la  guerre.  Les  Penthièvre  re- 
«  noncèrent  à  leurs  droits  au  trône  de  Bretagne.  » 

Oui  :  la  comtesse  de  Penthièvre  renonça,  m^xs  pour  elle  seule, 
à  la  succession  au  trQne.  Jean  de  Montfort  sera  duc.  Mais  où  voit- 
on  la  renonciation  des  Penthièvre  ?  Il  est  dit  expressément 
qu'après  Jean  IV,  «  à  défaut  d'hoirs^  mâles,  le  duché  viendra  à  . 
Je&n  de  Bretagne  (le  comte  de  Penthièvre)  ou  à  son  héritier 
mâle  (1)  ». 

Or  Jean  IV  n'eut  pas  d'enfant  de  ses  deux  premiers  mariages. 
En  1385,  vingt  ans  après  le  traité  de  Guérande,  il  perd  sa  se- 
conde femme;  en  1386, il  se  remarie;  l'année  suivante, il  est  père 
d'une  fille  exclue  par  avance  du  trône  ;  et  un  fils,  qui  sera  Jean  V, 
naît  seulement  le  24  décembre  1389.  —  En  sorte  que,  pendant 
vingt-quatre  ans,  le  fils  8tné  de  Charles  de  Blois^  a  été  héritier 
présomptif  de  Jean  IV!  ..  et  traité  par  Jean  IV  en  ennemi  dé- 
claré. 

XIV 

.«  Jean  IV  avait  fui  en  Angleterre...  le  roi  de  France  pro- 
«  nonça  la  confiscation  du  duché  ;  et  Du  Guesclin,  agissant 
«  comme  huissier  de  la  couronne,  prit  bien  des  villes  entr'autres 
«  Jugon,  sur  le  capitaine  de  Quitté.  » 

Quelques  explications Du  Guesclin  est  entré  deux  fois  en 

Bretagne  à  la  tôte  d'une  armée  française. 

La  première  fois,  en  1373,  il  arrive  à  l'appel  des  Bretons  pour 
combattre  Jean  IV,  qui  livre  la  Bretagne  aux  Anglais.  Il  est  reçu 
omme  un  libérateur,  et  les  places  qui  n'ont  pas  garnison  d'An- 
g'ais  ou  du  moins  un  capitaine  anglais,  s'ouvrent  aux  Français. 
Vaincu  avant  le  combat,  J'^an  IV  s'enfuit  en  Angleterre.  C'est  à 
ce    moment  que  Robert  de  Guitté  rendit  Jugon  sans    résis- 

(irTraité...  Morice.  Pr.  I.  1588.  Voir  1532.  ^ 

/ 

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A  PROPOS  bÉ  «  JUGOH  >*  ibi 

tance.  -*  Après  cette  promenade  militaire,  quatre  places  seule- 
ment restent  au  duc  Jean  IV  ou  plutôt  aux  Anglais,  Brest^Aoray, 
Dervil,  Bécherel,  (mai-août).  _^ 

A  cj  moment,  Charles  V  rappelle  le  connétable.  II  reviendra 
en  Bretagne  cinq  ans  plus  tard,  en  1379,  Mais  il  n'attaquera  Ju- 
gon  ni  aucune  place  bretonne.  L'auteur  a  confondu  les  deux  ex- 
péditions. 

Nous  verrons  plus  loin  comme  le  grand  connétable  a  mal  rem- 
pli son  office  «  d'huissier  de  la  couronne  »  et  utilement  accompli 
son  devoir  de  Breton. 


XV 


Voici  cette  phrase  si  malheureusement  imprimée  où  la  sup- 
pression de  quelques  mots  —  uoe  véritable  correcCion  —  a  pro- 
duit fatalement  la  confusion  entre  Jean  IV  et  Jean  V. 

^  Glisson,  ayant,  au  retour  de  Jean  IV,  exigé  du  duc  qu'il  ra- 
ce chetAt  Jean  de  Blois  prisonnier  des  Anglais,  le  duc  irrité  ten- 
«  dit  à  Glisson  le  guet-apens  du  château  de  l'Hermine  à  Vannes. 
«  Glisson  pour  sa  rançon  dut  donner  .100.000  livres  et  plusieurs 
tt  villes,  dont  Jugon  qu'il  possédait  à  titre  de  dédommagement  de 
«  la  tutelle  qu'il  exerçait  sur  Jean  de  Blois.  Ce  dernier  fut  racheté 
«  par  lui,  et  il  (le)  maria  à  sa  fllle  Marguerite...  Elle  rendit  au 
u  duc  la  monnaie  de  sa  pièce  en  renfermant  à  son  tour  au  châ- 
a  teau  de  Clisson.  Une  fois  libre,  le  duc  ordonna  de  démanteler 
«  Jugon.  1440  »  (1). 

Nous  rétablissons  très  volontiers  dans  cette  phrase  la  pensée 
de  Tauteur  et  nous  écrivons  : 

(Marguerite  de  Clisson)  «  rendit  au  duc  Jean  V  la  monnaie  de  la 
pièce  de  son  père...  »  •—  Mais  que  d'erreurs  contient  cette  phrase 
ainsi  corrigée  (2)  I  En  voici  la  démonstration. 

Disons  d'abord  que  la  conduite  de  Jean  IV  envers  ses  deux 
cousins  de  Penthièvre  fut  odieuse.  Il  avait  promis  de  donner  sa 
sœur  en  mariage  à  l'atné,  Jean,  son  héritier  présomptif  :  elle 
épousa  un  chevalier  Anglais.  Le  traité  de  Quérande,  juré  par  lui, 

(1)  Pour  1410,  faute  dlmpresiion,  Jean  IV  est  néea  1339;  la  phrase  ainsi  îm- 
pnmée  le  fait  plus  que  centenaire,  et  ne  marque  pas  la  fin  de  sa  rie. 
(3)  Je  eoulign^  oea  erreurt. 


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'M  HfiVtJJS  DE  BRETAG5E 

• 

oblifriait  JéiiD  IV  ft  payer  1C|0.000  livres  d'or  (environ  cinq  miU 
lionb  et  demi  de  notice  monnaie)  en  à-oompte  de  la  rançon  d» 
Charles  de  Blois  ;  de  plus  le  dac  avait  «  promit  loyalement  d'aider 
à  là  délivrance  des  deux  frères  ». 

Or  la  duc  allait  manquer  à  ces  obligations  :  les  deux  Pen-* 
tbièvre  priionniers  en  Angleterre  depuis  1356,  y  sont  encore  en 
1384,  à  la  mort  de  leur  mère  qui  n'a  pas  vu  ses  âls  depuis  vingt- 
huit  ans.  Quy,  le  cadet,  meurt  en  prison  un  peu  après  sa  mère; 
ei  l'Atné,  Jean,  ne  raverra  la  Bretagne  (j[u*en  1388  (i). 

Glisson  avait  donc  le  droit  de  rappeler  au  duc  sè6  obligations  ; 
et,  s'il  a  dit  au  doc  qu'il  n'y  peut  «  manquer  sans  se  décrier  <>  (2), 
c*est-à-dire  sans  se  déshonorer  ;  il  n'a  dit  que  la  vérité. 

A  quelle  époque  Glisson  a-t-il  parlé  ainsi  ? 

Est-ce,  comme  on  l'a  diL  «  au  retour  de  Jean  IV  »  en  Bre- 
tagne ?  —  Non.  —  Le  duc  débarque  à  Dinard,  le  3  août  1370.  Toute 
la  Bretagne  vient  le  saluer  à  Dinan,  même. la  comtesse  de  Pen- 
thièvre!  ^  S^I  Glisson  n'est  pas  là  I  II  reste  ennemi  de  Jean  IV, 
et  il  s'apprôte  à  lui  jouer  un  mauvais  tour  :  il  tente  de  lui  eolever 
Guérande  (3). 

Ge  n'est  donc  pas  alors  que  Glisson  es^t  intervenu  en  faveur 
des  Penthièvre.  —  Si  Glisson  avait  à  ce  moment  enflammé  la 
colère  du  duc,  comment  cette  colère  n'aurait-elle  fait  explo- 
sion que  huit  ans  plus  tard^  à  Vannes,  le  26  juin  1387  7 

En  fait,  la  réclamation  de  Glisson  ne  se  produisit  que  six  ans 
plus  tard  ;  et^  à  ce  moment,  elle  était  un  devoir  pour  lui.  Après  la 
mort  de  Jeanne  de  Penthièvre  (10  septembre  1384),  son  flls  Jean 
avait  (6  janvier  1385)  nommé  Clisson  son  lieutenant-général  en 
Bretagne  :  ejt  un  des  premiers  actes  du  lieutenant-général  tut 
de  rappeler  au  duc  Tobligation  qui  lui  était  faite  d'  «  aider  à  la 
délivrance  du  comte  de  Penthièvre  ». 

Que  l'observation  de  Glisson  ait  mis  le  duc  en  colère  parce  qu'il 
se  sentait  coupable,  elle  ne  fut  pas  la  cause  du  guet-apens  de 


(1)  n  Mi  bon  d«  ntpt>el«r  qû'èft  1581,  mécontent  de  la  phii  de  J6an  IV  âVèc  la 
France  (l*  traité  de  Quérande,  15  janvier  1811).  Le  roi  d'Angielerre  avait  offert 
au  comte  de  Penthièrre  db  le  faire  duo  dd  Bretagne  et  de  lui  donner  une  ftlle  du 
comte  de  Lancastre  en  mariage...  à  une  seule  condition  :  Thommage  de  la  Bre- 
tagne. Digue  flls  de  Charles  de  Blois,  le  comte  aima  mieux  garder  sa  prison. 

(t)  LabîBeaut  HiàU  p.  4b8. 

(8)  La  Borderie.  Hiit.  lU.  ^  &7-I8  et  les  •ourceê  indiquées  au  bas  des  danx 
pages. 


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A  PROPOS  DE  «  JUGON  »  »« 

Tannes  deux  ans  plus  tard.  Voici  la  oause  déterminante  et  bien 
plus  voisine  de  cet  attentat  (1). 

GliBSon  obtint  la  réduction  de  la  rançon  de  Penthièvrei  120  000  # 
(0«  000  000  franoa).  Il  offrit  au  comte  sa  rançon  avec  la  main  de 
sa  fille  Marguerite.  Le  comte  accepta  ;  et  le  duc  informé  de  l'af- 
faire emprisonna  Glisson  qui  était  son  hôte  et  ordonna  sa  mort  ! 
Un  acte  de  démence  !  Après  trois  jours,  Jean  IV  revenant  à  la 
raison  consent  &  remettre  le  connétable  en  lit>erté  ;  mais  à 
quelles  conditions  I 

Il  paiera  100  000  #  d'or.  Il  rendra  au  duc  les  seigneuries  qu'il 
tient  du  duc»  notamment  Jugon... 

Ces  seigneuries  lui  furent  concédées  par  le  duc  pendant  qu'ils 
étaient  amis,  comme  jouissance,  à  titre  viager,  mais  non  comme 
indemnité  de  la  tutelle  du  comte  4^  Penthiivre. 

Le  comte  de  Penthièvre  ne  fut  jamais  en  tutelle.  Né  en  ld4^> 
il  avait  dix-neuf  ans  et  demi  à  le  mort  de  son  père,  le  29  sep- 
tembre 1364.  Or,  à  cette  époque, un  noble  était  majeur  à  vingt  ans 
passés  ;  mais  il  pouvait  être  émancipé  après  dix-sept  ans  (2).  S'il 
y  avait  eu  lieu  à.  la  tutelle,  la  comtesse  de  Penthièvre  aurait  été 
tutrice. 

Enfin  sous  notre  coutume,  comme  aujourd'hui,  la  tutelle  était 
une  charge  gratuite  ;  et,  s'il  en  eût  été  autrement,  comment  sup* 
poser  que  le  duc  refusant  de'payer  sa  part  de  rançon  et  violant 
ion  obligation,  eût  donné  la  jouissance  de  Jugon  pour  une  in- 
demnité qu*il  ne  devait  pas  ?  (S) 

L*attentat  de  1420  n'est  donc  pas  une  riposte  au  guet-apeos 
de  18S7.  Trente-trois  ans  ont  passé.  Une  paix  sincère  a  enfin  ré- 
concilié le  duc  Jean  IV  et  Glisson  (1395).  Qui  se  souvient  du  guet- 
apeos  de  1387?  Personne,  pas  même  Marguerite  de  Glisson. 

Il  y  a  dix  ans,  le  8  août  1410,  elle  a  fait  la  paix  avec  Jean  V  ; 
deux  de  ses  flls  Olivier  et  Gharles  sont  à  la  cour  et  traités  par  le 
duc  en  «  très  chers  cousins  ».  Il  songe,  s'il  venait  à  mourir  à 
«  leur  confier  la  garde  et  tutelle  »*de  ses  jeunes  enfants  ! 

MaiB«  cette  hautaine  et  superbe  mère  Marguerite  »  comme 


(1)  LobÎDeaa  place  la  réclamatioa  de  Glisson  en  llt7«  p«u  arant  le  guet-apent 
de  Vannai,  iffot.  p.  ihH.  —  La  Bordem  la  date  de  1395,  peu  après  la  nomina- 
tios  d«  Itotttènant-général.  C'était  en  ^$x  «  un  devoir  do  ra  o barge  •. 

(2)  V.  Chapitre!  (articles)  71  et  taivahu  de  la  Très  Ancienne  Coutume. 

(3)  Je  dois  faire  obserter  que  Fauteur  croyant  Jugon  aux  Penthièvre  a  pu  ad* 
mettre  rindemnité  de  tntelle  comme  acquittée  par  eua. 


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260  REVUE  DE  BRETAGNE 

dit  d'Argentré  (1),  reprochait  souvent  à  sesflls  «  de  manquer  de 
cœur  pour  reprendre  y  le  bien  qui  leur  avait  été  injustement 
enlevé  ».  Il  ne  s'agit  donc  pas  de  vengeance  mais  d'ambition  ;  et 
c'est  la  comtesse  de  Penthièvre  qui,  en  1420,  détermina  deux  de 
ses  fils  à  arrêter  et  emprisonner  Jean  V;  comme  en  1422,  elle 
déterminera  le  troisième  à  venir  en  Bretagne  pour  «  tuer  le  duc 
sur  place  I  » 
«  Une  fois  libre  le  duc  ordonna  de  démanteler  Jugon.  » 
Pourrait-on  fournir  la  preuve  de  ce  fait?  On  voit  bien  la  démo- 
lition du  ch&teau  de  Lambalie  et  l'ordre  donné  (mais  non  exé- 
cuté) de  démolir  le  ch&teau  de  Broons  (2)  ;  mais  nous  ne  trouvons 
rien  relativement  à  Jugon.  Or  Lambalie,  et  Broons  étaient  aux 
Penthièvre  (3)  ;  le  duc  avait  un  motif  sérieux  de  les  démanteler. 
Mais  il  avait  un  motif  non  moins  sérieux  de  garder  Jugon  tel 
qu'il  était.  C'est  que,  si  ce  château  avait  été  occupé  par  les  par- 
tisans de  Penthièvre,  il  était  pourtant  ^u  duc,  nous  l'avons  vu 
plus  haut. 

Quand  les  Actes  et  mandements  de  Jean  V  ne  contiennent  rien 
de  relatif  à  cette  démolition,  il  est  permis  d'en,  douter.  L'arrêt 
du  17  mars  1616  donne  un  autre  motif  de  doute.  C'est  Je  temps 
où  le  duc  de  Vendôme,  gendre  de  Mercœur  si  malheureusement 
nommé  gouverneur  de  Bretagne,  tente  de  réaliser  le  rôve  de  sa 
belle-mère  :  se  créer  une  principauté  en  Bretagne.  «  Le  comte 
de  Brissac,  lieutenant-général  pour  le  Roy,  entre  à  l'audience 
de  la  grand-chambre  et iie  la  tournelle  assemblées  »,  où  sié- 
geaient le  premier  président,  les  présidents  des  deux  chambres, 
dix-sept  conseillers  et  l'avocat  général  ;  et  voici  l'arrôt  rendu  (4)  : 

(1)  F*  572  V.  D.  éd.  de  1588.  Cette  page  est  curieuse  à  lire. 

(2)  Pour  LambaUePr.  Procès-verbal  de  démolition,  14  juUletU'iO.  Morioe,  Pr, 
II,  103t.  Pour  Broons.  Ordre  donné  avant  la  prise,  8  mai  1420.  Iforice, Pr.  II.  1019. 

(3)  LambaUe  était  ai^  comte  de  Penthièvre,  et  Broons  avait  été  hérité  de 
Clisson  par  sa  (lUe  Marguerite.  Broons  avait  passé  de  du  Ouesclin  à  son  frère 
Olivier  et  de   celai-ci,  par   vente   probablement,  au  connétable  de  Clisson. 

(4)  Cet  arrêt  est  cité  plus  loin  par  Tauteur.  J'en  donne  ce  texte  copié  sur  la 
minute  de  l'arrêt  que  Jollivet  (Les  Côtes-dU'Nord,  11,  p.  180)  reproduit  avec  une 
coquille  {de  la  geôle  au  lieu  de  logeable)  et  une  correction  plus  fâcheuse  :  il 
écrit  officiers  de  Dinan^  au  lieu  d'officiers  de  Jugon,  ce  qui  a  quelque  intérêt, 
comme  nous  verrons  plus  loin.  , 

Bailn  il  commence  par  dire  a  qu'en  1420,  le  château  appartenait  aux 
Penthièvre  •  ;  et  il  finit  ainsi:  •  11  s'agissait  d*empêcher  que  les  ligueurs  ne  m 
fortifiassent  là.  .  •  ^^s  ligueurs  en  16181  quand  Tédit  de  pacification  (de  Nantes) 
est  du  15  avril  1&98'. 

Ogéequi  n*a  pas  vu  l'arrêt  de  1816,  écrit:  «  Il  paraît  que  les  ordres  du  duc 


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A  PROPOS  DB  «  JUOON  »  S6I 

«  La  cour  enjoint  et  fait  comcnandement  au  substitut  du  pro- 
cureiH*  général  et  autres  officiers  de  la  juridiction  de  Jugon  de 
faire  promptement  procéder  à  la  démolition  de  ce  qu'ils  juge- 
ront pouvoir  apporter  préjudice  au  service  de  Sa  Majesté  en  ce 
qui  reste  de  logeable  es  ruines  du  château  de  Jugon  et  enclos  qui 
sert  de  prison  à  I&  juridiction,  en  telle  sorte  que  personne  n'y 
poisse  loger...  » 

La  présence  du  lieutenant-général  du  Roi  témoigne  assez  de 
l'importance  qu*il  attachait  à  l'arrêt  sollicité  par  lui  ;  et  on  peut 
croire  que,  si  le  château  avait  été  «  démantelé  »  deux  siècles  au- 
paravant, Brissac  en  aurait  eu  moins  de  souci. 

XVI 

«  Jugon  est  flni  comme  rôle  politique.  » 

Pourtant  une  fois  au  moins  Jugoo  a  pu  craindre  un  combat 
dans  ses  rues. 

En  juillet  1591,  le  prince  de  Dombes  avait  levé  le  siège  de  Lam- 
balle  après  là  blessure  de  La  Noue.  Mais  le  duc  de  Mercœur  crai- 
gnant une  nouvelle  attaque,  se  rapprocha  de  Lamballe  ;  il  établit 
le  gros  de  ses  troupes  à  Jugon  «  ville  ouverte  »  (1)  et  sa  cavale- 
rie légère  en  avant;  ses  auxiliaires  espagnols  étaient  à  peu  de  dis- 
tance. Le  prince  de  Dombes  était  vers  Plélan  (2)  avec  les  Anglais  ; 
il  rassemble  son  monde  ;  sa  cavalerie  attaque  vivement  les  che- 
vau-légers  de  Mercœur  et  les  pousse  dans  Jugon.  C'était  le  soir  : 
on  en  resta  là.  Le  lendemain,  Mercosur  se  retira  sur  Collinée  ;  le 
prince  de  Dombes  Ty  suivit.  Mais  Mercœur  trouvant  sa  position 
bonne  s'y  maintint  ;  et  les  deux  adversaires  furent  une  fois  de 
plus  en  présence  sans  engager  le  combat... 

XVII 

«  La  juridiction  royale  de  Jugon  est  incorporée  à  celle  de 
«  Dinan.  Cependant,  en  1789,  le  duc  de  PenthièVre  possède, 
a  comme  engagiste,  la  haute  justice  de  Jugon.  » 

«  furent  exéentés  av«c  beaucoup  de  rigruaur,  puisqu'il  ne  paniU  plut  aucun 
•  Testi^e  de  la  place...  V.  Jugon.  I.  503. 

(1)  Mémoiree  de  Jean  du  Matz,  sieur  de  Montmartin  (capitaine  dans  Tarmée 
royale).  Morioe  —  Hiêt.  II.  p.  CCXCl.  -^  Il  parait  que  le  mur  de  ville  nVxiitait 
pins. 

(2)  Plélan,  cheMieu  de  canton,  arr.  de  Dinan. 


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Î62  RBVUE  DB  BRETAGNE 

Voilà  des  expressions  contradictoires.  Si  c*«  st  comme  enga- 
gisie  que  le  duc  de  Penthièvre  possède  Jagon,  c'est  que  Jugon 
est  du  domaine  royal  ;  et  Jugon  ayant  une  just  ce  royale,  le  duc 
de  Penthièvre  ne  peut  y  avoir  une  .haute  justice.  Tout  cela  est 
très  certain.  Le  droit  qu'a  le  duc,  comme  engagiste,  c'est  de 
M  nommer  et  pi^ésenter  des  candidats  aux  offices  de  justice  »  ; 
et,  sur  cette  présentation  «  le  roi  octroie  »  les  charges.  Voilà  ce 
que  démontrent  plusieurs  nominations  d'officiers  conservées  aux 
Archives  des  C6tes-du-Nord  (1). 

Nous  avons  fait  remarquer  plus  haut  Tordre  donné  en  1616 
par  le  parlement  au  substitut  du  procureur  général  (c'est-à«<lire, 
au  procureur  du  roi)  à  Jugon.  Il  nous  est  la  preuve  que,  en  1616, 
la  justice  royale  de  Jugon  s'exi^rçail  à  Jugon.  Quelque  rares  que 
soient  les  pièces  de  cette  justice,  nous  en  avons  des  actes,  datés 
de  1630  à  1660  et  années  intermédiaires  et  d*autres  datés  de  1770 
à  1788  qui  sont  la  preuve  authentique  que  la  justice  s'exerçait  à 
Jugon  à  l'époque  où  Ogée  écrivait  (2). 

La  vérité  est  que  la  juridiction  de  Jugon  avait  «  été  transférée 
et  unie  au  siège  de  Dinan  »  «  par  l'édit  de  Ghateaubriant  » 
(août  156&)  (3).  Mais  Jugon  aura  protesté  et,  comme  beaucoup 
d'autres  villes,  aura  obtenu  le  maintien  ou  le  retourde  la  justice 
c  au  siège  de  Jugon  ».. 

'  On  lit  intercalés  dans  le  texte  d*Ogée  ces  mots  écrits  en  ita- 
liques :  Cet  édit  (de  Ghateaubriant)  rCa  pas  été  exécuté,  Jollivet 
qui  copie  Ogée  a  sans  hésiter  admis  cette  reotiflcation.  Cette  in- 
terpolation faite  au  texte  d'Ogée  et  admise  par  Jollivet  méritait 
'une  vériflcation  bien  facile  et  dont  le  résultat  était  certain. 


(1)  Vengagement  était  le  mode  ordinaire  de  PexploitatioD  des  domaines. 
C'était  la  concession  temporaire  des  biens  du  domaine  h  charge  ou  d'une  somme 
payée,  ou  d'une  rederanoe  annuelle. 

Le  comte  de  Toulouse,  père  du  duc  de  Penthièvre,  était  engagiste  de  Jugon 
(et  antres  domaines),  dès  1 698.  Il  mourut  en  1737  et  son  fils  lui  succéda. 

L'indication  ':  «  Jugon  haute  justice,  D.  de  Penthièvre  •  a  été  mal  à  propos 
donnée  par  Térudit  abbé  Ruâelet,  d'ordinaire  plus  exact.  Ogée  l'a  répétée  en 
ajouitant  «  engagiste  ».  JolliTet  (p.  tSi)  a  reproduit  l'indication  de  l'abbé  Rutfelet, 
qui,  teloo  toate  apparence,  sera  indéfiniment  reproduite  sans  vérification.  — 
D'après  l'abbé,  la  justice  de  Lorgeril  était  une  moyenne  justice.  Ogée  l'a  faite 
hQUt€  et  oa  titre  lai  restera  I 

(2)  Voir  lnx>eniaire  icmmairé  des  Archives  des  Cistes- du  Nord  —  109-111. 
Jugement!  ei?ils  et  criminels,  tutelles,  f  nquéti^s.  etc. 

(3)  Voir  l'édit  Morice.  Pr,  1346-47. 


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A   PiOPOS  0g  m   JUOON   n  M 

Voilà  bifo  4tMi  ipexaotituiie»  ralavées,  et,  jo  peo'fi»  démoQUéa4. 
U%in  plusieurs  sombleroot  moins  f&oheuses  que  certaines  eppr<- 
^atioas  jqjustifl^.  J'ei  défeqdu  les  premiers  Peuthi^yre  de  le 
triple  aoeQsetioQ  «  d'ambition,  de  naturel  sauvage,  d'orgueil  n, 
doQt  la  preuve  est  à  faire.  Su  flnissaat,  il  me  reste,  k  montrer 
que  duOuesclin  représenté  comme  «  huissier  de  la  couronne  de 
France  ? ,  n'a  pas  tiré  Tépée  en  Bretagne,  en  137». 

J'ai  dit  qn'eq  août  1373,  il  avait  été  rappelé  brusqueçaent  en 
France.  Le  duc  Jean  IV,  qui  en  avril  avait  fui  en  AugleterrOt 
venait  de  débarquer  à  Calais  avec  le  duc  de  L^ncastre  condui* 
sant  h  Bordeaux  une  armée  de  19.000  hommes.  A  peine  en 
France,  le  duc  déclarait  la  guerre  h  «  Charles  de  Valois  se  disant 
roi  de  France  »,  et  lui  annonçait  qu'il  «,  allait  lui  faire  le  plus  do 
mal  qu'il  pourrait  «,  Folles  rodomontades  I  Lie  duc  échappera  non 
sans  peine  an  désastre  ;  et  arriéré  à  Bordeaux  s'embarquera  pour 
TAngleterrè  où  il  sera  encore  en  1379. 

Après  cette  absence  de  cinq  années.  Chéries  V  (18  décembre 
1378),  fait  déclarer  la  Bretagne  confisquée  et  réunie  eu  royaume, 
comme  si  elle  était  sans  maître. 

Krreur  1  Au.  point  de  vue  du  droit  féodal,  le  duo  abandonnent  le 
duché  est  cooune  mort  :  le  comte  de  Penthièyre,  héritier  pré» 
somptif,  est  duc  de  Bretagne  :  c'est  le  traité  de  Auérande  (1). 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  connétable  est  chargé  d'exécuter  l'arrM  de 
la  cour  des  Pairs.  Dans  cette  nouvelle  campagne  en  Bretagne»  le 
connétable  n'a  vu  que  la  continuation  de  la  premit^re,  la  chasse 
à  TAnglais.  Il  n>  pas  compris,  lui  le  Adèle  des  Penthièvre»  que 
cette  fois  c'est  à  la  Bretagne  et  contre  les  intérêts  du  comte  de 
Penthièvre  qu'il  va  faire  la  guerre.  Il  sera  vite  éclairé.  Ses  amis, 
ses  proches  mômes  se  détournent  de  lui.  Il  a  reconnu  son  erreur, 
il  va  la  réparer.  Que  fait-il  ?  Il  prépare,  et,  on  peut  le  dire,  il  dé* 
termine  ta  paix. 

II  a  pour  lieutenants  le  duc  d'Anjou  et  le  duc  de  Bourbon  ses 
amis  et  admirateurs,  frère  et  cousin  du  roi.  Arrivé  avant  eux 
en  Bretagne,  il  se  tient  à  Saint-Malo  ;  les  deux  ducs  et  l'armée 
française  arrivent  à  Pontorson.  Le  connétable  va  les  empêcher 
de  passer  la  limite  au  pont  du  Couesnon  :  il  les  tient  au  courant 
des  nouvelles  pacifiques.  Ainsi  la  grande  assemblée  de  Dinan 


(1)  V.  dans  d*Arg«otré.  Bist.  Ed.  de  15S8,  f»  451  et  r»  et  sui?.  Oppodtioo  de  U 
eomtaffce  de  Peoihiè?re  contre  la  confisoatioi»  et  M9  moyens. 


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264  RBYUE  DE  BRETAGNE 

s^est  tenue,  le  9  août.  Dès  le  lendemain,  du  Guesclin  écrit  : 
(«Tiennent  aucuns  qu'il  (Jean  IV)  renverra  bientôt  les  Anglais, 
et  disent  qu'il  se  veut  gouverner  à  ^ordonnance  de  ses  barons.  > 
—  Le  connétable  n'est  pas  convaincu  de  ce  bon  vouloir  ;  mais 
pourtant  il  s'empresse  de  transmettre  la  nouvelle  au  duc  d'Anjou, 
comme  un  heureux  symptôme  (1). 

Le  17  octobre,  le  duc  d'Anjou  convient  avec  Jean  IV  d'une 
suspension  d'armes.  Le  26  du  môme  mois,  à  la  demande  de 
Jean  IV,  il  accepte  d'ôtre  le  médiateur  de  la  paix  (2),  à  laquelle  le 
roi  va  consentir. 

Qu'il  est  heureux  pour  la  Bretagne  que  du  Ouesclin  ait  accepté 
la  mission  d'exécuter  Tarrôt  de  1378 1  Supposez  le  connétable  ab- 
sent, et  cette  mission  confiée  à  un  des  ducs  nommés  plus  haut, 
aurait-il  eu  l'idée  de  négocier  la  paix  au  lieu  de  faire  la. guerre  ? 

Le  jour  de  l'inauguration  de  la  statue  de  du  Guesclin  à  Di- 
nan,  un  orateur  appelait  le  connétable  «  le  Breton  par  excel- 
lence »,  puis  il  ajoutait  :  «  Il  obéissait  au  roi  partout  et  toujours  : 
«  il  a  obéi  jusqu'au  sacrifice  de  ses  sentiments  les  plus  profonds, 
«  jusqu'à  étouffer  le  Breton  en  lui,  à  cette  pensée  royale,  gran- 
«  diose  et  prudente  où  s'élaborait  l'unité  française.  »  —  Et  voilà 
((  je  «  Breton  par  excellence  !  » 

Bh  bien,  non  I  Le  grand  connétable  ne  pouvait  sans  félonie  sa- 
crifier à  l'unité  française  l'indépendance  de  sa  patrie  bre- 
tonne. Il  n'a  pas  encouru  cet  éloge,  pas  plus  qu'il  n'a  mérité  le 
titre  qui  lui  est  infligé  pour  la  première  (ois  ^  et,  il  faut  espérer 
la  dernière,  —  d'huissier  de  la  couronne  de  France. 

J.  Trévédy, 
Ancien  Président  du  Tribunal  de  Quimper. 


(\)  Morice,  Pr.  Il,  225. 
(2)  Morice,  Pr.  II,  233-235. 


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^W   ;»!»:- 


MÉLANGES  HISTORIQUES 

(Suite)  (1) 


VII.  •—  La  Lanoub  dbs  Gaulois  avant  la  Conquêtb  romaine 

Si  l'on  demande  aux  gens  instruits  quelle  langue  parlaient  les 
habitants  des  Gaules  avant  la  conquête  romaine,  ils  répondent 
unanimement  que  c'était  une  langue  celtique.  Ils  éprouvent 
bien  quelque  embarras  à  expliquer  comment  cette  langue  a  si 
promptement  disparu  pour  faire  place  à  ce  latin  vulgaire  d*où 
procède  la  langue  française  ;  mais  la  supériorité  de  la  civilisation 
romaine  semble  09  argument  de  nature  à  répondre  à  toutes  les 
objections  ;  elle  leur  suffit  à  expliquer  la  prompte  disparition 
du  celtique.  Je  partageais  sur  ce  point  l'opinion  courante  lors- 
qu'on lisant  le  Manuel  pour  servir  à  V  étude  de  F  antiquité  Celtique 
de  M.  Dottin,  mon  attention  fut  éveillée  par  ce  fait  que  Tauteur 
dont  on  connaît  la  compétence  philologique,  déclarait  que  «  le 
M  plus  grand  nombre  des  moft  donnés  comme  celtiques  par 
«  les  auteurs  de  l'antiquité  ne  peuvent  s'expliquer  par  les 
«  langues  celtiques  -»  et  que,  dans  nombre  d'inscriptions  trou- 
vées en  Gaule,  «  la  langue  est  sans  aucun  doute  un  dialecte  pro- 
a  chement  apparenté  à  ntalique  i>. 

Une  hypothèse  se  présenta  aussitôt  à  mon  esprit,  c'est  que 
si  les  Celtes  qui  vers  le  V*  siècle  avant  notre  ère  conquirent  la 
Gaule,  parlaient  en  y  arrivant  et  continuèrent  quelque  temps  à 
y  parler  une  langue  celtique,  ils  ne  l'imposèrent  pas  plus  aux 
indigènes  que  les  Germains  n'imposèrent  aux  Gallo-Romains 
une  langue  germanique  lorsque  dix  siècles  après  ils  firent  à 
leur  tour  la  conquête  de  la  Gaule.  Dans  les  deux  cas  la  race  con- 

(1)  Voir  IkBevHe  d'aTril  1908 


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2*56  REVUE  DE  BRETAGNE 

quérante  aurait  été  impuissante  à  imposer  son  langage  aux  in- 
digènes :  Celtes  et  Germains  auraient  simplement  implanté  dans 
le  pays  certains  noms  propres  de  personnes  et  certains  noms  de 
lieux,  ils  auraient  enrichi  le  vocabulaire  d'un  certain  nombre  de 
noms  communs,  mais  ils  n'auraient  pas  modifié  la  grammaire  ; 
dans  un  cas  comme  dans  l'autre  la  masse  de  la  population  aurait 
continué  après  la  conquête  à  parler  sa  langue,  et  elleauraitpeu  à 
peu  absorbé  les  éléments  étrangers.  La  langue  celtique  aurait  dis- 
paru de  la  Gaule  comme  plus  tard  en  disparut  la  langue  germa- 
nique. Ainsi  s'expliquerait  que  tant  de  mots  de  la  langue  des 
Gaulois  ne  puissent  s'interpréter  par  les  langues  celtiques.  Et 
si  la  langue  française,  proche  parente  de  la  langue  latine,  dé- 
rive, comme  je  le  suppose,  de  ce  vieil  idiome,  on  comprend 
aisément  que  celui^^i  ait  toute  les  apparences  d'un  dialecte  ita- 
lique. Ces  anciens  habitants  de  la  Gaule  auraient  donc  été  les 
frères  de  ceux  qui  très  anciennement  peuplèrent  Tltalie. 

Il  me  semble  également  que,  si  cette  hypothèse  était  admUçi 
elle  donnerait  un  sens  satisfaisant  à  un  passage  des  Comment 
taires  de  César  dont  l'interprétation  m'a  toujours  paru  laisser 
quelque  peu  à  désirer.  Le  grand  capitaine  rooiMn  dit  que  la 
Gaule  indépendante,  au  moment  où  il  en  entreprit  la  conquête, 
se  divisait  en  trois  régions,  l'Aquitaine  au  sud,  la  Celtique  au 
centre  et  la  Belgique  au  nord,  et  que  les  habitants  de  ces  trois  ré- 
gions parlaient  trois  langues  différentes.  On  admet  généralement 
que  la  langue  d^s  Aquitains  était  le  basque^  mais  on  ne  peut  ex* 
pliquer  quelle  différence  il  pouvait  y  avoir  entre  la  langue  des 
Celtes  et  celle  des  Belges.  Or  il  me  semble  très  vraisemblf^ble 
qu'à  l'époque  de  César,  la  langue  celtique  avait  disparu  de  la  ré- 
gion à  laquelle  on  continuait  à  donner  le  nom  des  Celtes  Qt  oii  les 
conquérants  n'étaient  sans  doute  pas  plus  nombreux  qne  ne  le 
furent  plus  tard  les  Germains  ;  tandis  qu'au  pays  des  Belges,  si- 
tué plus  prgs  du  Rhin,  c'est-i-dire  plus  près  du  pays  d'orig[ine 
des  conquérants  celtes,  une  grande  partie  de  la  population  con- 
tinuait à  parler  1^  langue  celtique  ;  de  même  qu'après  la  coq* 
quête  franque,  c'est  dans  la  même  région  qu'un  contingent  plus 
nombreux  de  population  germanique  maintint  pendant  plus 
longtemps  l'usage  de  cette  langue. 


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MÉLANGES  HISTORIQ^RS  Ij^      267 


VIII.  —  Saint  Tudi  et  Saint  Txjdual. 

Tousceax  qui  sont  an  courant  des  étonnantes  variations  de 
forme  que  l'on  rencontre  dans  les  finales  des  noms  de  saints  bre- 
tons admettront  sans  difficulté  que  rien  ne  s'oppose  à  Tidentifi- 
cation  des  deux  noms  Tudual  et  Tudi.  Le  peu  que  nous  savons 
de  Tun  et  de  l'autre  confirme  d'ailleurs  cette  identification.  La 
yie  de  saint  Guenoléi  lorsqu'elle  parle  des  trois  gloires  do  la 
Coraouaille,  Gorentin,  Guenolé  et  Tudual,  nous  laisse  la  mdme 
impression  que  la  vie  de  saint  Coreniin,  lorsqu'elle  nous  montre 
la  Cornouaille  évangélisée  par  l'évoque  Corentin  et  les  abbés 
Guenolé  et  Tudi.  Ce  Tudual  ou  Tudi  honoré  en  Cornouaille  est-il 
le  môme  que  Tudual  honoré  au  pays  de  Tréguer?  Non,  répon- 
dent nos  historiens,  carcelui-ciaétéévéque,  tandis  que  rautren*a 
jamais  été  considéré  que  comme  un  abbé.  Cet  argument  m'avait 
paru  de  nature  à  faire  incliner  la  balance  en  faveur  de  la  néga- 
tive. J'admettais  alors,  comme  la  plupart  des  érudits  bretons, 
que  l'épiscopat  de  saint  Tudual  de  Tréguer  était  un  fait  histo- 
rique et  que  Ton  devait  ajouter  foi  d'une  façon  générale  au  té- 
moignage de  celui  de  ses  biographes,  ordinairement  considéré 
comme  le  plus  ancien.  Déjà  cependant  j'émettais  quelques  dou- 
tes sur  la  valeur  de  cette  biographie,  saint  Tudual,  postérieur 
d'une  génération  seulement  à  saint  Brieuc,  ne  pouvant  guère 
être  le  contemporain  de  saint  Aubin  d'Angers. 

La  démonstration  faite  par  M.  Ferdinand  Lot  dans  les  articles 
dont  j'ai  parlé  plus  haut  de  l'influence  exercée  par  la  vie  de  saint 
Samson  sur  les  vies  des  autres  saints  bretons,  influence  qui  s'est 
traduite  par  l'introduction  dans  nombre  de  biographies  du  roi 
franc  Ghildebert  et  du  roi  breton  Conomor,  est  venue  confirmer 
mes  soupçons.  Tout  l'épisode  qui  raconte  comment  Tudual  s'est 
rendu  à  Paris  et  comment  il  a  été  sacré  évoque  doit  donc  être 
rayéde  sabiograpbie,  puisqu'il  fait  vivre  sous  Chilriebert  un  saint, 
neveu  deRiwal  et  par  conséquent  contemporain  de  Childéric  ou 
de  Clovis.  Tudual  de  Tréguer  n'a  donc  pas  été  évoque  et  rien 
tfempôche  d'identifier  le  Tudual  trécorois  et  le  Tudual  cor- 
uouaillaisv  puisque  tous  les  deux  deviennent  ainsi  des  person- 
nages de  la  fin  du  V*  siècle. 

Les  partisans  de  l'opinion  courante  ne  manqueront  pas,  il 


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2M  REVUE  DE  BRETAGNE 

• 

(st  vrai,  de  soutenir  que  c'est  faire  ti^op  bon  marché  de  Tau- 
torité  historique  du  plus  ancien  biographe  de  saint  Tudual, 
disciple  du  saint  et  par  conséquent,  dit-on^  auteur  contempo- 
rain des  faits  qu'il  raconte.  L'objection  aurai!  un  grand  poids 
si  les  érudits  étaient  d'accord  sur  l'époque  où  cette  vie  fut 
écrite  ;  mais  tandis  que  certains  affirment  qu'elle  est  du  Vl^  siè- 
cle parce  que  le  dernier  biographe,  celui  qui  écrivait  au  XI* 
siècle,  en  attribue  la  rédaction  à  Loevan  ou  Loenan  disciple 
de  Tudual,  M»*  Duchesne,  des  plus  compétents  en  ces  matiè- 
res, estime  que  cette  biographie  ne  remonte  pas  plus  haut 
que  la  fin  du  IX*  siècle  et  fait  remarquer  que  la  qualifica- 
tion de  disciple  d'un  saint  indique  simplement  à  cette  époque 
que  l'individu  dont  il  s'agit  a  été  élevé  dans  le  monastère 
fondé  parce  saint  et  non  pas  qu'il  a  été  personnellement  en  rap- 
ports avec  lui.  En  admettant  même  que  Loévan  ou  Loénan  fut  au 
sens  strict  du  mot  un  disciple  de  saint  Tudual,  il  ne  suffirait  pas 
qu'on  l'ait  considéré  auXP  siècle  comme  auteur  d'une  biographie 
du  saint  pour  que  cette  attribution  fût  nécessairement  exacte. 

J'avoue  d'ailleurs  qu'à  serrer  de  près  le  texte  de  cette  biogra- 
phie, de  nouveaux  doutes  sur  sa  valeur  se  sont  élevés  dans  mon 
esprit.  Je  ne  parle  pas  seulement  de  l'intention  manifeste  de 
calquer  la  personne  de  saint  Tudual  sur  la  personne  du  Christ, 
de  lui  donner  72  disciples  quRUd  il  débarque  en  Armorique  et  12 
compagnons  quand  il  se  rend  à  Paris,  sur  quoi  je  ferai  remarquer 
en  passant  que  l'on  a  tort  de  faire  état  de  ces  chiffres  consacrés 
pour  déterminer  le  nombre  d'individus  dont  se  composaient  les 
bandes  d'émigrants  bretons.  Je  dois  dire  que  la  liste  des  pays  dans 
lesquels  saint  Tudual  aurait  reçu  des  concessions  de  territoires 
appelle  quelques  observations.  Il  est  absolument  impossible 
d'y  voir,  comme  on  l'a  écrit,  l'indication  exacte  des  régions 
évangélisées  par  le  saint  :  c'est  tout  bonnement  à  mon  avis 
une  amplification  géographique.  L'auteur  vient  de  dire  qu'il  avait 
parcouru  toute  la  Domnonéeet  que  partout  on  lui  avait  fait  des 
largesses.  Il  veut  alors  montrer  sa  science  géographique  et  cite 
l'un  après  l'autre  tous  les  pays  dont  se  composait  la  Domnonée» 
non  pas  celle  du  VI*  siècle,  çaais  celle  du  IX*»  car  les  divisions 
ecclésiastiques  de  la  Bretagne  du  moyen-âge,  que  nous  retrou- 
vons dans  cette  liste  de  pays  ne  remontent  certainement  point 
au  temps  de  l'église  celtique. 


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MÉLANGES  HISTORIQUES  269 

U  ne  faut  donc  pas  y  voir  l'indication  de  l'itinéraire  suivi  par 
Todaal  dans  ses  courses  apostoliques,  de  même  qu'il  est  absolu- 
mentimpossible  d'admettre  que  les  chapelles  qui  lui  sont  dédiées 
marquent  les  étapes  de  sa  prédication. 

Ce  même  biographe  nous  raconte  que  Tudual  ayant  débarqué 
emporte  in  capite  achiniensis  »  le  premier  «  locus  »  [monastère] 
fondé  par  loi  fat  celui  de  «  Lanpapbu  in  plèbe  Macoer  ^  quel- 
qiiescruditfi  bretons  pour  qui  les  mots  a  in  capite  achiniensis  », 
sont  synonymes  des  mots  «  in  pagoachmensi  »  employés  par  les 
autres  biographes,  et  pour  qui  par  conséquent  le  saint  est  débar- 
qué en  Léon,  ont  cherché  Lanpapbu  dans  cette  région  et  Tont 
identifié  avec  un  village  de  la  paroisse  de  Ploumoguer,  appelé 
aujourd'hui  Trébabu.  Mais,  si  l'on  compare  le  passage  que  je 
viens  de  citer  avec  la  phrase  où  le  biographe  de  saint  Brieuc 
raconte  Tarrivée  de  son  héros  en  Armorique  «  in  portu  qui 
Achim  dicitur  »,  on  sera  frappé  de  la  ressemblance  de  ces  deux 
textes.  Or  saint  Brieuc  débarque  non  loin  du  fleuve  Joudi,  le 
Jaudi  actuel.  Le  u  portus  Achim  »  n'en  est  donc  pas  éloigné.  On 
trouvée  peu  de  distance  une  paroisse  appelée  Ploumagoar  dont 
une  trêve  porte  le  nom  de  Pabu.  Ces  deux  localités  trécoroises 
ne  Gonviennent-elles  pas  mierux  que  les  deux  localités  léonaises, 
eu  tant  qu'emplacement  du  premier  monastère  de  Tudual.  Le 
«  caput  Achiniensis  »  n'est  pas  nécessairement  synonyme  du 
«  pagus  Aehmensii  n.  Au  sens  propre  caput  désigne  une  localité 
et  non  un  pays  (Penmarc'h,  Penpoul,  etc.,)-  L'erreur  des  bio- 
graphes postérieurs  qui  lès  ont  identifiés  ne  doit  pas  faire  loi 
pour  nous. 

On  n'est  pas  plus  d'accord  sur  la  date  du  document  auquel 
M.  de  la  Borderie  a  donné  le  nom  de  deuxième  vie  de  saint  Tu- 
dual. Il  a  été  rédigé  à  la  fin  du  IX«  siècle,  dit  cet  auteur.  Il  n'est 
pas  antérieur  au  XI*  siècle,  écrit  à  l'inverse  M»*"  Duchesne. 
Il  me  semble  que  c'est  l'opinion  de  M.  de  la  Borderie  qui  est 
la  mieux  fondée.  Je  suis  très  frappé  en  effet  de  la  façon  dont 
Tauteur  raconte  1^  persécution  que  Tudual  eut  à  subir  de  la  part 
de  Gonomor  ;  et  dans  le  parti  que  prend  le  saint  homme  d'en 
appeler  au  pape  des  tracasseries  que  lui  fait  subir  le  préfet  du  roi 
desPrancSy  je  vois  un  calque  de  la  conduite  des  évoques  déposés 
par  Nomenoé,  car  eux  aussi  se  rendirent  à  Rome  pour  y  faire 
entendre  leurs  réclamations  ;  et  de  plus  l'épithète  de  «  prefectus 
régis  Frarêcorum  »  convenait  très  bien  à  ce  moment  à  Nomenoé. 


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270  REVUE  DE  BRETAGNE 

On  voit  Tutilité  quMl  pouvait  y  avoir  pour  les  évoques  de  Tré- 
guer  dont  le  siège  épiscopal  devait  Justemeot  Texistence  à  ce 
coup  de  force,  de  dissimuler  cette  f&cheuse  origine  et  de  s'en 
attribuer  une  toute  contraire,  lorsqu'à  la  fin  du  IX*  siècle  la  Bre-^ 
tagne  redevint  sous  Alain  le  Grand  la  province  fidèle  entre 
toutes  au  siège  de  Rome. 

Je  ne  veux  retenir  ici  que  trois  points  de  cette  biographie  de 
saint  Tudual  r  1*  L'auteur  prétend  avoir  eu  sous  les  yeux  une  vie 
du  saint  écrite  dans  la  langue  barbare  des  Sùotigense,  d'où  il. a 
conclu  que  son  héros  était  lui-môme  originaire  de  la  Scothia. 
Quelques-uns  ont  traduit  ici  Scotigena  par  Irlandais  et  en  ont 
conclu  que  si  Tudual  était  censé  originaire  d'Irlande,  c'est  pro- 
bablement parce  qu'il  y  avait  séjourné-et  parce  qu'il  en  avait  ra* 
mené  un  certain  nombre  de  disciples.  Mais  d'abord  ce  n'est  pas 
du  tout  ce  que  dit  l'hagiographe.  Ensuite  parmi  les  prétendus 
disciples  irlandais  de  Tudual^  le  seul  qui  fût  réellement  origi- 
naire d'Irlande,  Maudez,  ne  fut  certainemement  pas  disciple  de 
Tudual,  mais  plus  probablenient  son  maître,  et  si  Efflam  et  Gui- 
rec  furent  Irlandais,  ce  qui  n'est  pas  démontré,  il  n'est  nullement 
établi  qu'ils  aient  été  les  disciples  de  Tudual,  ce  titre  ayant  été 
appliqué  arbitrairement  dans  la  suite  à  tous  les  saints  person- 
nages qui  vécurent  ou  furent  réputés  avoir  vécu  au  territoire 
trécorois.  Enfln  saint  Gildas  qui  a  certainement  séjourné  en 
Irlande  n'est  cependant  jamais  qualifié  d'Irlandais.  Cette  Mpli« 
cation  ne  parait  donc  pas  admissible.  Il  est  possible  que  le 
biographe  de  saint  Tudual  ait  identifié  son  héros  avec  un 
saint  irlandais,  tout  éomme  le  biographe  de  saint  Malo  a 
identifié  celui-ci  avec  saint  Mochuda.  Mais  il  se  pourrait  égale- 
ment que  l'auteur,  sachant  simplement  que  Tadual  était  un  Celte 
d*outremer  et  voyant  h  la  cour  des  rois  francs  du  IX'  siècle*  un 
certain  nombre  de  Celtes  d'outremer  qui  étaient  des  Irlandais, 
ait  conclu  que  Tudual  avait  la  même  nationalité.  Enfin  il  se  pour* 
rait  que  notre  biographe  se  soit  imaginé  que  tous  les  saints  bre* 
tons  étaient  originaires  dlrlande,  parce  qu'on  le  disait  avec  plus 
ou  moins  de  raison  de  deux  ou  trois,  de  Maude2,  de  Briac  et  de 
Rouan. 

2*  C'est  ici  qu'apparaît  pour  la  première  fois  la  conception  his- 
torique d'après  laquelle  une  ville  appelée  Lexobie  aurait  été  le 
siège  de  révôché  trécorois  avant  que  celui-ci  fût  transféré  dans 
la  ville  de  Tréguer.  En  effet,  lorsque  Tudual  rentre  de  Paris  dans 


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MÉLANGES  HISTORIQUES  ^71 

son  monastère  il  traverse  V  «  urbs  Lexoviensis  »  ;  et  quand  l'hagio- 
graphe  raconte  sa  mort,  il  dit  que  certains  prétendaient  à  tort  qu'il 
était  mortdans  cette  môme  localité.Qu'est-ee  donc  que  cette  ^  urbs 
Lexoviensis  »  ?I1  semble  bien  à  première  vue  que  ce  soit  Lisieux, 
d'autant  que  si  notre  biogi^apbe  place  cette  Ville  «  inpago  Civitati$»y 
une  autre  version  de  la  même  légende  publiée  par  M.  de  la  Bor- 
derie  la  situe  «  m  pago  Neusirim  »  c'est4i*-dire  en  Normandie. 
Mais»  me  dira-t-on,qu'e8t-«oe  que  Tuduai  peut  bien  avoir  à  faire 
dans  la  ville  de  Lisieux?  La  réponse  à  cette  question  se  trouve,  il  me 
semble»  dans  la  remarque  que  j'ai  faite  plus  hautrelativeoient  à  la 
promotion  de  Tudu^l  4  l'épisoopat.  J'ai  dit  que  ce  fécit  avait  été 
très  probablement  copié  sur  la  vie  de  saint  Samsoti,  le  biographe 
de  saint  Tuduai  ne  voulant  pas  que  son  héros  fût  inférieur  au  saint 
fondateur  de  DoL  Or  comme  Samson  reçut  du  roi  Childebert  une 
importante  concession  de  terres  dans  le  pays  de  Lisieux  et  qu'il 
passa  évidemment  par  là  en  s'en  retournant  en  Bretagne,  le  bio- 
graphe de  saintTudual  a étourdiment copié  cette  mention  comme 
les  '  au  très.' 

d*  Quelques  historiens  considèrent  comme  historique  le  récit 
des  démêlés  qui  éclatèrent  après  la  mort  de  Tuduai  entre  Ruilinus 
que  Tuduai  avait  désigné  en  mourant  comme  devant  être  son 
successeur,  et  l'archidiacre  Pebrecatus  qui  prétendait  au  même 
honneur,  démêlés  qui  se  terminèrent  par  la  concesion  i  Pebre* 
catos  de  l'exercice  des  droits  épisoopaux  dans  trois  des  paroisses 
du  diocèse.  Je  ne  crois  nullement,  je  dois  dire,  à  rhistoricité  de  ce 
récit  et  je  pense  qu'il  a  simplement  pour  but  d'expliquer  l'étendue 
exceptionnelle  des  pouvoirs  dont  jouissait  au  IX*  siècle  l'archi*' 
diacre  de  Tréguer,  pouvoirs  qui  s'expliquent  beaucoup  plus  na« 
turellement  si  Ton  suppose  que  sur  le  territoire  du  diocèse  créé  par 
Nomenoé  se  trouvaient  entr'autres  deux  monastères,  l'un  fondé 
par  Tuduai  et  gouverné  ensuite  par  Ruilinus,  dont  l'évêque  était 
le  successeur  immédiat,  l'autre  fondé  par  Pebrecatus  et  dont  le 
titulaire  avait  été  dédommagé  au  moment  de  la  création  du  dio- 
cèse par  un  titre  d'archidiacre  avec  des  pouvoirs  plus  étendus 
que  ceux  des  archidiacres  ordinaires. 


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272  REVUE  DE  BRETAGNE 

S 

IX.    —   D'ÂROENTRÉ   ET  LES  GhANTS   POPULAIRES  BRETONS* 

Nous  lisons  dans  Y  Histoire  de  Bretagne  de  Bertrand  d'Argen- 
tré  (1).  «  Les  Bretons  disent  que  leur  Ville  [Tréguer]  estoit  si- 
«  tuée  au  lieu  d«  présent  appelle  Gozl[ueoudet ,  qui  est  à  dire 
«  vieille  cité  sur  la  rivière  de  Loquez  et  en  monstrent  les  ruines, 
«  auquel  lieu  ils  disent  avo^r  esté  le  siège  épiscopal  jusqu'en 
ce  Tan  836  que  Hastain  roy  des  Danois,  dont  ils  chantent  e?icor 
^  quelques  vieux  vers  en  breton  prist  et  ruina  la  ville.  )>  Je  ne 
crois  pas  que  les  historiens  de  notre  littérature  populaire  bre^ 
tonne  aient  prôté  attention  à  ce  passage  dont  Fimportance  est  ce- 
pendant coqsidérable.Gertains  érudits  se  sont  appuyés^sur  ce  fait 
que  la  métrique  de  nos  gwerziou  est  la  métrique  du  XVll"  siècle 
pour  conclure  que  le  fonds  de  nos  chansons  populaires  n'était  pas 
plus  ancien  que  la  forme  et  pour  élever  aussitôt  un  soupçon  de 
non  authenticité  contre  les  pièces  qui  relataient  des  événements 
antérieurs  à  la  fin  du  XVI*  siècle.  Or  voici  un  document  de  1582 
d'après  lequel  il  aurait  existé  à  cette  date  une  chanson  populaire 
relative  aux  invasions  Scandinaves.  Il  s'agit  bien  d'une  chanson 
et  non  d'un  mystère  ou  de  tout  autre  poème  destiné  à  la  récita- 
tion ou  à  la  lecture  :  d'Argentré  dit  formellement  que  ces  vers 
étaient  cAan/é5.  On  peut  dès  lors  en  conclure  que,  s^la  forme  ac- 
tuelle de  nos  gwerziou  est  récente,  cette  forme  peut  fort  bien 
n'être  pour  certains  d'entre  eux  que  le  rajeunissement  d'un  texte 
antérieur  composé  à  nouveau  dans  une  langue  et  selon  des  pro- 
cédés de  versification  plus  modernes.  Je  ne  veux  pas  dire  bien 
entendu  que  ces  yt^^rziou  acquièrent  toujours  ainsi  la  valeur  de 
documents  historiques  originaux  ;  j'ai  simplement  voulu  mon- 
trer qu'ils  constituaient  au  XVP  siècle  un  genre  poétique  déjà 
cultivé. 

[A  suivre.) 

V^*  Ch.  de  la  Lande  de  Galan* 


\[)  Première  édiUon  1 582,  deuxième  édition  1588,  Lifrel,  Ch.  XIX,  art.  Trégue 


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^rf 


COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS 

{Suite)  (1)  \ 


JEAN  n  DE  DOL,  5*  SEIGNEUR  DE  COMBOUR. 
1137  M62. 

Jean  II  de  Dol,  fils  de  Gilduin  de  Dol  et  deNogn,  «  estoit  encore 
en  Tige  de  minorité  lorsque  son  père  mourut  »,  il  devint  V' 
seigneur  de  Combour  sous  la  tutelle  de  sa  mère. 

L'abbaye  de  la  Vieu  ville  était  fondée  depuis  quelques  années 
en  Thonneur  du  Sauveur  et  de  la  Sainte  Vierge,  lorsqu'au  mois 
d'août  1141  Jean  assista  avec  sa  mère  à  Tinstallation  de  Robert 
comme  abbé  de  ce  monastère  par  Geffroy  Le  Boux,  archevêque 
de  Dol. 

Pieux  et  libéral  Jean  fut,  avec  sa  mère  Noga,  bienfaiteur  d'un 
grand  nombre  d'abbayes.  En  1142  il  donne  avec  celle-ci  aux 
moines  de  la  Vieuville  un  ermitage  en  sa  forêt  de  Bourgouet, 
et  une  partie  de  cette  même  forêt  sans  compter  une  grande  éten* 
due  de  terres  arables,  de  prés,  de  landes  et  de  bois,  et  fait  con- 
firmer cette  donation  par  Geoffroi,  archevêque  de  Dol  ;  trois  ans 
après,  en  1145  il  donne  à  la  même  église  de  la  Vieuville  toute  sa 
forêt  de  Bourgouet. 

En  1146,  Tabbesse  de  Saint-Sulpice  profitant  des  libéralités  de 
Jean  II  et  de  celles  de  sa  mère,  reçoit  une  métairie  en  Dingé, 
un  bourgeois  de  Gombourg  nommé  Herbert  Chouan  avec  toute 
sa  postérité  et  un  autre  bourgeois  aussi  avec  toute  sa  postérité 
demeurant  à  Dol. 

Il  confirme  la  donation  faite  aux  moines  de  Marmoutier  éta^ 
blis  à  Combour,  par  Thomas  Boutier  l'un  de  ses   chevaliers^ 


(I)  Voir  U  Retue  d'ami  1908. 

Moi  f90i  là 


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574  REVUE  DE  BRETAGNE 

d'une  partie  de  l'église  Notre-Dame  de  Combour  que  Thomas  et 
les  siens,  «  suivant  une  déplorable  habitude  établie  dans  le 
monde  »,  avaient  injustement  usurpé  l'héritage,  et  il  approuve 
rabandon  d'une  injuste  revendication  faite  par  Normand  de 
Litre,  soh  frère  Qeorges  et  son  flls  Oefiroi  touchant  la  dtme  de 
Tramel,  que  ceux-ci  disputaient  aux  moines  (1). 

En  1147,  Jean  II  et  sa  mère  Noga  sont  témoins  du  don  fait  par 
les  enfants  de  Gautier  Truffler  aux  moines  de  la  Vieuville  de 
la  chapelle  de  Nazarie  avec  quatre-vingts  arpents  de  terre,  le 
b  )i8  qui  leur  serait  nécessaire  pour  brûler  ou  po4ir  bâtir,  et  le 
pacage  pour  leurs  troupeaux  dans  les  bois  des  donataires.  Croisé 
cette  même  année  1147,  Jean  partit  pour  Jérusalem  avec  Conrad 
empereur  d'Allemagne  et  Louis  VII  le  jeune  Roi  de  France,  «  d'où 
ils  ne  rapportèrent,  dit  du  Paz,  que  de  la  perte  et  du  déshon- 
neur ». 

Revenu  sain  et  sauf  néanmoins,  au  bout  de  trois  ans,  de  cette 
expédition  malheureuse,  Jean  II  donna  du  consentement  de  sa 
mère  Nogâi,  à  l'abbaye  de  la  Vieuville  et  aux  moines  y  servant 
Dieu,  une  vigne  sise  près  de  la  maison  des  lépreux^  non  loin  de 
Dol,  la  moitié  de  la  dtme  suc:  la  pêche  en  la  paroisse  d'Hirel  et 
confirma  aux  moines  le  don  qu'il  leur  avait  déjà  fait  de  sa  forêt 
de  Bourgouet.  Et  afin,  dit-il,  qu'on  ne  tire  pas  parti  contre  les 
moines  de  s6n  changement  de  sceau,  il  dédare'qu'à  son  retour  dé 
Jérusalem,  il  s'est  servi  d'un  sceau  qui  diffère  comme  poids  ^t 
comme  forme  de  celui  qu'il  avait  lorsqu'il  fut  fait  chevalier  (2). 
Celui  dont  il  s'esl  servi  au  moment  cle  la  donation  de  la  forél  dé 
bourgouet  était  plus  grand  et  plus  pesant. 

L'é  vèque  de  ftennes  Klienne  leur  neveu  confirme  cette  donation 
faite  par  Jean  et  sa  mère. 

S'adressant  à  tous  ses  hommes  de  Combour  et  de  Dol  (Johan- 
nés  de  Dolo  cunctis  hominibus  suis  de  Conùbumo  et  de  Dolo  et  de 
tota  terra  sua  satutem).  J^an  ratifie  une  concession  de  terrain 
faite  à  Combour  au  mois  d'août  1151,  en  sa  présence  et  en  celle 
de  ses  hommes  «  coram  me  et  hominibus  meis  apud  Combom  » 
au  monastère  delà  Sainte-Trinité  de  Savigné  par  Gautier  d'Er- 
thrac  et  ses  fils  (3). 


(\)  Doto  Morioe,  -Pr.  1,  col.  69«-597-4 79-567. 

(0  i>om  Morice,  Pr.  79b. 

,2^  I>om  Morice,  Pr.  1,  col.  till. 


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jr 


COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS  275 

DaoB  une  charte  .citée  par  Dom  Morice  et  qu'on  peut  placer^ 
croyons-nous,  entre  1154  et  1160,  Jean  {Johanti^  dictm  Dolensis 
Cùmbumii  dominms)  déclare,  pour  que  la  chose  parvienne  à  la 
postérité)  que  souvent  il  a  entendu  dire  que  Hamoci  flls  de  Ghe- 
Tîngète  a  donné  à  Dieu  et  au  Bienheureux  Martin  du  monastère 
de  Marmoutier,  à  l'abbé  Barthélémi  et  aux  moines  du  tnôme 
ordre  établis  à  Gomboûr,  Téglise  de  Saint-Martin  de  Ouguen  et 
celle  de  Saint-Martin  de  Noyai  avec  toutes  leui^  appartenances 
et  dépendances. 

Le  vénérable  abbé  Barthélémi,  ayant  Tintention  de  visiter  les 
maisons  que  son  ordre  possédait  en  Bretagne,  s'arrôta  à  Combour. 

Le  susdit  Hamon  vint  l'y  trouver,  le  suppliant  de  vouloir  bien 
descendre  jusqu'à  Cuguen  pour  visiter  ses  flls  Haimon  et  Oau* 
lier,  qui  étaient  gravement  malades.  Le  saint  abbé  s'y  rendit,  fit 
le  signe  de  la  croix  sur  le  front  de»  malades,  ils  s'endormirtnt 
aussitôt  et  se  réveillèrent  guéris. 

Ayant  vu  ce  miracle  et  ayant  appris  en  outre  que  Tabbé  avait 
guéri  un  lépreux  et  changé  !'(  au  en  vin,  le  susdit  Hsmon  et  le 
vieillard  Téherinus  son  père  lui  donnèrent  les  églises  dont  nous 
Tenons  de  parler- 

Alore  les  moines  mirent  à  Cuguen  comme  recteur  un  prêtre 
nommé  Oautier  qu'ils  présentèrent  à  l'archevêque  Baudri  (qui 
occupa  le  siège  de  Dol  de  1107  à  1130). 

Toutes  ces  choses  je  les  ai  entendu  raconter,  j'ai  vu  de  mes 
y«ux,  dit  Jean,  ce  qui  suit:  «  çitœ  sequuntur  vidi  »  Haimôn 
prêtre  de  Cuguen  se  démettre  de  cvtte  église  en  présence  de  l'ar- 
chevêque (Hugues  Le  Roux  archevêque  de  Dol  vers  1154-1160)  et 
reconnaître  qu'elle  appartenait  aux  moines  (2). 

Alain  flls  de  Flaud  abandonna  aussi  à  l'àbbé  et  aux  moines  de 
Cembour  tous  les  droits  qu'il  avait  sur  l'église  de  Cuguen. 

Noble  homme  Alain  flls  de  Jordan  autrefois  sénéchal  de  Dol 
donna  aux  moines  de  Tyron  Téglise  du  Tronche!  et  ses  dépen- 
dances par  les  mains  «ie  l'archevêque  de  Dol  Hugues  Le  Roux. 

Ce  fut  là  le  commencement  de  l'abbaye  du  Tronchet.  Un  certain 
Hervelin  de  Trémigon  avait  fait  don  «  au  prieuré  dépendant  de 
Marmoutier  situé  près  du  château  de  Combour»  d'un  champ  ap- 
pelé le  clos  Sainte-Marie,  son  flls  Juhel  y  donna  son  consentement, 
mais  à  la  mort  de  son  père,  il  revint  sur  sa  décision,  réclamant  ce 
qu'il  avait  abondonné.  Puis,  sentant  sa  fin  prochaine,  il  demanda 
l'habit   monacal,   ce    qui  lui  fut  accordé,  alors  il   donna  aux 


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u 


276  REVUB  DE  BRKTAGNE 

moines  de  Gombour  le  susdit  clos  et  la  moitié  de  la  dlme  qui  lui 
revenait  sur  sa  chapelle. 

La  Bretagne  était  alors  en  proie  à  la  guerre  civile.  Gonan  IV  le 
petit-fils  d'Alain  Le  Noir  réclamait  à  son  beau-père  Eudon  dePor- 
hoet  la  jouissance  du  duché  qui  lui  appartenait  aux  droits  de  sa 
mèr^  Berthe  décédée  en  1154.  Eudon  qui  avait  épousé  Berthe 
après  la  mort  d'Alain  Le  Noir  prétendait  tenir  le  duché  du  titre 
de  sa  femme  (lldO). 

Bien  que  cousin  germain  de  Gonan,  Jean  de  Dolprit  parti  pour 
Eudon,  dont  il  suivit  la  bannière,  et  lui  demeura  toujours  fidèle. 

Raoul  II,  baron  de  Fougères,  beau-frère  de  Jean  de  Dol  ne  fut 
pas  toujours  constant  dans  ses  affections,  mais  il  soutenait  alors 
aussi  lui,  le  parti  d'Budon. 

Jean  de  Dol  mourut  en  1162,  ne  laissant  que  deux  filles  Yseult 
et  Denise  qu'il  mit  sous  la  tutelle  et  protection  de  son  beau-frère. 
Raoul  ausTsitôt  fortifia  et  munit  les  ch&teaux  de  Dol  et  de  Gombour. 

En  1164battudans  plusieurs  rencontres  et  se  sentant  trop  faible 
pour  résister  aux  barons  ligués  contre  lui,  Gonan  IV  appela  à  ftn 
secours  le  roi  d'Angleterre  Henri  II. 

Gelui-ci  donna  aussitôt  Tordre  à  son  connétable»  Richard  du 
Hommet  de  rassembler  une  armée  Normande  et  bientôt  le  con- 
nétable, à  la  tôle  des  barons  de  Normandie  et  de  Bretagne  res- 
tés fidèles  .au  duc,  s*empara  de  Dol  et  de  Gombour  au  mois 
d'août  1164. 

Vainqueur  de  Raoul,  Henri  II  lui  enleva  la  garde  d'Yseult  pour 
la  donner  à  Jean  de  Soligné  qui  lui  fit  épouser  son  fils  Hasculphe 
que  le  roi  d'Angleterre  avait  établi  comme  sénéchal  de  Dol,  De- 
nise de  Dol,  sœur  d'Yseult,  épousa  Guillaume  de  Goetquen. 

Dans  le  même  temps  Hervé  de  Trémigon  rendit  au  prieuré 
de  Gombour  les  dîmes  du  Ghateller  qu'il  détenait  injustement, 
jurant,  sur  l'autel  Sainte-Marie-Magdelaine,  de  ne  plus  faire  au- 
cun tort  aux  Moines,  en  présence  de  Jean  et  Guérin  Ghaorcin 
ses  oncles.  Ge  dernier,  Guérin  rendit  aussi  sa  part  de  dîme  du 
Ghatelier,  dont  il  avait  annulé  la  donation,  il  jura  sur  l'autel 
Saint-Martin  de  ne  plus  recommencer  et  reçut,  pour  la  rémission 
de  son  péché,  en  présence  du  sénéchal  du  roi  d'Angleterre,  le 
fouet  des  mains  du  père  Prieur  qui  lui  donna  ensuite  douze  de- 
niers par  charité  (1). 

(1)  Doin  Mbrice,  toI.  642.  ^ 

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COMBOUa  ET  SES  SEIGNEURS  177 

En  1173  Raoul  II  prend  sa  revanche  sur  les  Anglais  et  se 
pend  maître  «  pretio  etprecibus  »  p\t  prières  et  par  argent  des 
garnisons  de  Doi  et  de  Gombour.  II  en  sort  bientôt  pour  livrer 
bataille  aux  Anglais,  l'élite  de  la  Bretagne  est  faite  prisonnière 
à  cette  bataille  de  Combour,  Dol  est  repris  par  Henri  qui  con- 
sent pourtant  à  faire  la  paix  et  chacun  rentre  en  la  possession 
de  ses  terres  ch&teaux  et  héritages  (1). 


III 
LES  SOUQNÉ  SEIGNEURS  DE  GOMBOUR 

1162  A  1340  INVIRON 

Hasgulfb  db  SouoNi  6*  srionbur  db  Combour 

Par  suite  de  son  mariage  avec  Yselde  ou  Iseult  de  Dol,  héritière 
de  Combour,  HasculphedeSoligné,  flis  de  Jean  et  d'Aalis  devint, 
du  chef  de  sa  femme,  sixième  seigneur  de  Gombour.  Leurs  suc- 
cesseurs continuant  les  traditions  portèrent  le  surnom  de  Dol. 

De  sa  femme  Iseult,  Hasculfe  eut  trois  flls  :  Jean,  seigneur  de 
Gombour  après  son  père,  sous  le  nom  de  Jean  III  de  Dol,  Raoul 
et  Oeoffroi  de  Soligné,  aliàs  de  Dol  qui  mourut  chanoine  de  DoK 

Ceux-ci,  comme  on  le  verra  plus  loin,  prennent  part  à  toutes  ^es 
libéralités  de  leurs  parents  en  faveur  de  l'abbaye  de  laVieuville. 

Cesten  ce  temps-là  que  fut  faite  Tenquôte  de  1181  destinée  au 
recouvrement  des  biens  de  Tégiise  de  Dol  et  que  nous  avons  citée 
précédemment,  parce  qu'elle  est  un  document  précieux  pour  les 
origioes  de  la  seigneurie  de  Gombour.  Olivier  de  Plogonat  et  son 
épouse  ayant  donné  à  la  Vieuville  latitme  de  la  chapelle  de  Na- 
zarie  qu  ils  tenaient  de  Jean  de  Dol,  leur  fils  nommé  Oeoffroi  ra- 
tifia le  don  de  ses  parents,  à  la  mort  de  sa  mère  «  in  castello  de 
Combom  coram  Yselde  filia  Johannis  de  Dolo^  uxore  Hasculfi  de 
SoHgneio  et  coram  Adam  de  Soligneio  nutritio  ejus^  au  château 
de  Gombour  en  présence  d'Iseult^  d'Hascuife  et  d'Adam  de  So- 
ligné son  oncle,  sénéchal  de  Gombour,  qui  avait  pris  soin  d'é- 
lever Oeoffroi  (*^). 


(I)  Dq  Fis.  p.  522. 

(i)  Dom.  Mop.,  /V.  J,  «47. 


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Planche  I 

LES  SEIGNEURS  DE  COMBOUR  ET  LEURS  ALLIANCES 

I"  Maison  de  Dol  (Combour  Solicflé) 


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2S0  REVUE  DE  BRETAGNE 

Dans  de  nombreuses  chartes  citées  par  Dom^Morice  {Pr.  I,  col. 
691  à  694)  au  sujet  de  donations  faites  pour  la  plupart  à  Tajabaye 
delaVieuvilleparHasculfedeSolignéetlseultdeDoI  son  épouse, 
celui-ci  se  qualifie  Ha^culphus  de  So'igneio  domintis  cçmbumen- 
sis.  Une  seule  de  ces  chartes  est  datée  de  1183,  mais  les  autres 
semblent  rapprochées  de  cette  date. 

En  1183  Haseulphe  de  Soligné,  son  épouse  Iseult  et  Denise  sœur 
de  celle-ci,  confirment  à  Tabbaye  de  la  Vieuvilte  les  aumônes  qui 
lui  furent  faites  par  Jean  de  Dol,  de  la  forêt  de  Bourgouet  et  du 
droit  de  pasnage  popr  les  porcs  dans  la  forêt  de  Tanouarn.  N'ayant 
pas  de  sceau  propre,  vu  qu'il  n'était  pas  encore  chevalier,  Has- 
culfe  scella  cette  charte  du  sceau  de  son  père  Jean  de  Soligné. 

Ayant  avec  sa.femme  donné  à  l'église  de  la  Vieuville  vingt 
acres  de  terre  pour  le  salut  de  leurs  âmes,  du  consentement  de 
leurs  fils  Jean^  ^%^^^  ^^  Geoffroi,  Hasculfe  prévient  qu'il  ne  fa^ 
ni  s'étonnler  qu'irait  un  autre  sceau  (i'écu  écartelé  d'argent  et  de 
gueules)  que  celui  qu'il  avait  avant  que  son  père  partit  pour  Jé- 
rusalem, ni  en  tirer  parti  contre  les  moines.  «  Il  laissa,  dit  du 
Paz,  le  sceau  des  armes  de  son  père  «t  print  celui  de  la  maison  de 
DdI  Gombour  (1)  ». 

Geofifroi  de  Farci  ayant  donné  deux  acres  de  terre  aux  moines  « 
de  la  Vieuville,  Haseulphe  et  Yseult  sont  témoins  de  cette  dona- 
tion faite  à  condition  que  les  moines  fourniront  au  jeune  Daniel, 
fils  de  Geoffroi,  le  vivre  et  le  couvert^  et  qu'ils  le  confieront  à  des 
gens  capables  de  l'instruire,  afin  qu'il  se  puisse  faire  moine  s'il 
le  désire. 

«  Nous  avons  donné,  dit  Hasculfer  à  l'abbaye  de  la  Vieuville 
pour  le  salut  de  nos  âmes  et  de  celles  de  nos  parents,  Jean  de 
Dol  père  d'Isault,  et  Aalis  ma  mère,  quatre  acres  de  terres 
libres  de  toutes  redevances.  Cependant  TAbbé  sera  tenu  à  jour 
fixe  de  fournir  à  ses  frais  à  tout  le  couvent,  uue  abondante 
pittnce  de  pain  blanc,  de  vin  et  de  poisson. 

«  Le  désaccord  qui  existait  entre  nous  et  Guillaume  d'Aubigné 
ayant  pris  fin,  nous  lui  avions  donné,  mon  épouse  Yseult  et  moi, 
cent  sous  de  rentes  dont  il  a  fait  hommage  à  mon  fils  Jean.  » 

«  Ayant  donné  à  l'église  de  ta  Vieuville  toute  la  terre  qu'Hervé 
Mercier,  mort  depuis  après  s'être  fait  moine,  et  Robert,  tenaient 
de  nous,  toute  celle  qu'Hervé  a  enclose  à  Belle-Ile  et  à  Paluel, 

(0  Hiit,  gén.  de  Bretagne,  p.  69t. 


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COMBOtIR  BT  SES  SEIGNEURS  381 

les  moioes  ont  affermé  toutes  ces  terres  à  Hervé  moyennant 
qu'il  paierait  chaque  année  cinq  sols  le  jour  saint  Michel.  L*un 
de  mes  chevaliers  Ouillaume  de  Machua  a  joint  à  cela  une 
aumône  de  trente  sols  par  an  à  prendre  sur  la  terre  4e  Paluel. 
Désirant  que  ces  donations  demeurent  toujours  libres  et  quittes 
de  toat  empêchement,  nous  les  avons-  confirmées  et  munies  dé 
notre  sceau.  »  ^ 

Il  existait  entre  les  moines  de  la  Vieuville  et  Adam  de  Soligné 
oncle  d*Hasculfe  un  différent  au  sujet  de  la  terre  de  Tramel,  un 
accord  survint  et  comme  cette  terre  faisait  partie  de  son  do- 
maine Hasculfe  fut  appelé  à  l'approuver  et  à  le  ratifier  (i).       ^ 

Nous  avons  dit  ailleurs  que  les  seigneurs  de  Gombour  ne 
manquaient  pas  de  motifs  plus  ou  moins  sérieux  pour  se  dire 
quoiqu'à  tort,  seigheurs  de  Dol.  Chargés  de  la  protection  du 
régaire  et  de  la  défense  du  château  de  Dol  plusieurs  d'entre  eux 
s'intitulaient  :  Dominus  Doit  Castri. 

Voici  une  charte  qui  explique  encore  cette  prise  de  litre  des 
sires  de  Gombour  (2). 

«  Hasculfe  par  la  grâce  de  Dieu,  seigneur  de  Gombour  et 
porte  étendard  de  Saint-Samson  à  tous  les  fidèles  salut. 

«  Comme  aux  droits  de  mon  épouse  Iseult,  il  m'appartient, 
pendant  la  vacance  du  siège  de  Dol,  de  régir  les  affaires  de 
l'évèché,  ses  terres,  ses  hommes  tt  d'en  disposer  comme  l'Ar- 
chevêque lui-même,  de  sorte  que  ce  qui  sera  fait  en  ma  présence 
et  de  mon  consentement,  aura  de  droit  autant  de  force  et  de 
valeur  que  s'il  était  fait  en  présence  de  l'Archevêque  et  de  ion 
consentement 

«  C'est  pourquoi  j'ai  résolu  d'apprendre  à  tous  les  fidèles  que 
Robert  de  la  Ghapeile,  Alain  et  Gui  ses  frères  ont  donné  les 
terreS;  les  hommes  et  les  droits  qu'il :>  avaient  en  Bpiniac  à  Dieu 
à  Saint-Martin  de  Gombour,  et  aux  moines  de  Marmoutier, 
ayant  reçu  de  la  charité  des  moines  vingt-deux  livres. 

«  Robert  toutefois  y  a  mis  cette  condition  que,  s'il  désirait  se 
faire  moine,  il  serait  reçu  avec  ses  habits  monachaux  et  son  pa- 
lefroi, lui,  ou  bien  un  de  ses  frères  ou  de  ses  fils  sans  habits  pour- 
vu qu'il  eût  dix  ans  çt  pût  lire  le  psautier. 

«  Alain  et  Qui  ratifièrent  cette  convention  et  jurèrent  sur 


(i)  DfHB  Morice,  Pr,  1.,  col.  692,  «93. 
(2)  Dora  Morioe,  Pr.l,  693. 


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M3  REVUE  DR  BRFTAGNB 

l'autel  Saint-Martia,  sur  les  Saints  Evangiles  et  sur  le  cofps  do 
Seigneur,  de  la  respecter  et  de  l'exécuter  de  bonne  foi.  » 

Cette  pièce  prouve  que  pendant  la  vacance  du  sièjge  épiscopal 
les  seigneurs  de  G&mbour  s'attribuaient  des  droits  qui  les  ren- 
daient évidemment  maîtres  et  seigneurs  à  Dol. 

Hasculfe  de  Soligné  fut  un  vaillant  chevalier^  il  servit  la  du- 
che-se  Constance  et  les  États  de  Bretagne  contre  Richard  I^' 
d'Angleterre  qui  voulait  s'emparer  du  jeune  Arthur  et  prendre 
le  gouvernement  du  pays.  Décédés  tous  les  deux  en  1917  Has- 
culfe et  Iseult  furent  inhumés  à  l'abbaye  de  la  Vieuville  dont  ils 
avaient  ^té  les  bienfaiteurs  (1).       ^ 


JEAN  DE  SOLIGNÉ  DIT  JEAN  IIIDE  DOL 
Septième  bbignbur  de  CoMBoy<\  et  aoN  vus  JoaoïN 

1107  A    1240    HNVIRON. 

Fils  aîné  d*Hasculphe  et  d'iseult  Jean  de  Soligné  dit  Jean  III 
de  Dol  «  parce  qu'il  prir-t  le  nom  de  sa  mère  »,  dit  du  Paz,  fut  le 
septième  seigneur  de  Gombour. 

Sa  f^mme  dont  le  nom  de  famille  ne  nous  est  pas  connu  s'ap- 
pelait Aliénor. 

Dans  plusieurs  actes  de  1210  à  i<^H  J'ean  de  Dol  (Johqnnes  de 
DoIq,  dominus  de  Dolo  et  de  Comburnio  filius  H.  d,e  Soligneio) 
confirme  à  J'abbaye  de  la  Vieuville  toutes  les  donations  faites  par 
ses  auteurs  ou  ses  vassaux,  d*accord  avec  son  épouse  Aliénor, 
Jodoin  fcon  fils  et  Noga  sa  flile  {concedente,  dit-il,  Aliénor  uxore 

(t)  Les  Soligné  ou  Sabligny  étaient  originaires  de  Normandit^.  ils  étaient  sieurs 
dudit  lieu  et  de  ^nt^ocel  en  Avranchin,  sieur  de  Dol  et  de  Combour. 

Dom  Morice  a  donné  un  grand  nombre  de  sceaux  se  rapportant  aux  Soligné, 
Asculfe  a  porté  :  un  oUeiu  surmonté  de  Vécartel-*  d'argent  et  de  gueulas  de  Dol^ 
un  oiseau  perché  sur  une  sorte  d'Y,  ali  u  en  1173  de  gueules  fusdé  d'hermines 
qui  est  Dinan,  alias  écartelé  de  Dol  à,  la  bordure  semée  de  merl  ttes  (tceaa  de 
1U3  k  l2|0)aliM  un  oiseau  chargé  au  cou  de  CémrteU  de  l^ol. 

La  branche  aînée  d^^s  Soligné --9%iât  Tondue   au  Xill*  siècle  d«ins  d*Ar^i)g«'8 
celle  de  Coaobour  au  X.I  V*  dans  Tinténiac  par  le  mariage  de  Jeanne  de  Dol-SMwné 
avec  Olivier  de  Tinténiac  Ters  1340,  celle  de  Mjntsorel  dans  d*AubignéTers  llh6. 

Montsorel,  ramage  de  Soligné,  a  fourni  Olivier  au  nombre  des  défenseurs  i|( 
Dol  assiégé  par  le  Roi  d*Angleterre  en  1173.  ^^^^ 

Les  Montsorel  furent  seigneurs  de  Landal  l*un  des  flefs  les  plus  importants  de      ^. 
la  baronniede  Cambour,  ils  fondèrent  Tabbaye  de  la  Vieuville  en  Bpiniac. 


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à 


COMBODR  KT  SB8  SKIGNBURS  2»3 

med,  Jelduino  fiiio  meo,  Noga  filia  meé)  et  ailleurs  concedênte  uxore 
nwa  et  omnibus  heredibus  mets  qui  tune  erant  ;  ailleuri  encore  il 
parle  de  Jodoin  son  fils,  ajoutant  quem  solum  habebam)\\). 

Ce  qui  donnerait  à  penser  qu'il  eut  peut-être  plusieurs  enfants 
d*AHénor«  mais  qu'il  les  per.iit.  Deux  sont  seuls  connus  ;  Jodoin 
(qui  est  une  forme  allérée  de  Gedoin  ou  Qilduin^  et  Noga. 

Jean  servit  ainsi  qu(^  son  fils  Jodoin  le  roi  Philippe-Auguste 
contre  Jean-8ans-T«rre  roi  d'Angltitf  rre  :neurlrierd'Arturen  1202- 
Tous  deux  prirent  part  à  la  conquête  de  la  Normandie  et  firent 
de  nombreuses  donations  à  Tabbaye  de  Montsorel. 

Non  moins  généreux  que  ses  prédécesseurs,  Jean  III  fut  le 
bienfaiteur  d'un  grand  nombre  d'abbayes,  il  avsfcit  en  1109  ratifié 
la  donation  de  huit  acres  de  terra  cor  ci5dées  à  Pabbaye  de  la 
Vieuville  par  son  père  Hasculfe  de  Sol  igné,  avant  son  départ 
pour  l'Angleterre. 

Cette  donation  fut  approuvée  par  J^^an,  évêqlie  deDol,  son  sei« 
gni^ur.  Hoc  autem  conctssil  Joannes  Dolensis  episcopus  Dominus 
meus. 

Joan  de  Dol  avoue  donc  humbl^^ment  qu'il  n'est  pa,»  seigneur 
de  Dol,  mais  plulô  vassal  de  lYvôque.  Cet  évAque  doit  ô  re  Jean 
de  la  Mouctje  autrement  di(  Jt^an  élu  de  D  A.  Joannes  Dei  gratta 
Dolensis  electus.  Il  ne  parai'  pas  avoir  «îté  j^acré,  et  m  jurul  cette 
année-là  1199,  quelques  mois  après  le  jugenoncil,  si  longt-tmps 
suspendu,  qui  faisait  de  Tours  la  métropole  de  Dol  et  des  autres 
évôchés  bretons  (2) 

Jean  III  confirma  une  donation  de  Jean  de  Langan  au  même 
monatstère  de  la  Vieuville,  et  fut  témoin  avec  se^  héritiers  et 
ses  frères  a  heredes  cum  assensu  fratrum  meorum  Radulphi  et 
Gaufridi  »,  de  l'abandon  du  fief  de  Herlant  au  prieuré  de  Com" 
bour  par  Jean  Herlant  et  de  la  donation  à  ce  même  prieuré  des 
dîmes  du  Chat^1ier(3). 

L'un  des  chevaliers  du  sire  de  Gombour  nommé  Adam  Boutier 
ayant  fait  don  aux  moines  de  Marmoutier,  résidant  à  Gombouri 
de  tout  ce  qu'il  percevait  anouellement  de  blé  ou  d'avoine  sur  la 
grrange  du  prieur,  les  moines  voulant  reconnaître  cette  libéra- 
lité, décidèrent  que  les  fils  de  Boutier  Hubert  etOeoiTroi  rece- 
yraient  annuellement  de  la  main  duriit  prieur  une  somme  de 

j 

(1)  Dom  Morice,  Pr.  1,8 25-826. 
(?)  Dom  Morica,  Pr.  1,  719. 
(I)   Id.  118-719, 


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284  REVUE  DE  BRETAGNE 

cinquante  sols  jusqu'à  cb  qu'ils  fussent  pourvus  de  quelque  bé- 
néfice ecclésiastique.  La  pension  devait  cesser  sitôt  que  Tatné 
Rurait  otrtenu  ledit  bénéfice.  S'il  arrivait  que  Tun  d'eux  mourut 
avant  l'autre^  le  survivant  devait  conserver  ce  bénéflce  tout  le 
temps  (\fi  sa  vie.  Si  les  deux  venaient  à  mourir,  le  bénéfice  ou  la 
rente  retourneraient  aux  moines.  A  la  demande  des  parties,  la 
redevance  dont  il  est  cas  relevant  de  son  domaine  et  venant  de 
ses  ancêtres,  Jean  fit  écrire  cette  convention  et  la  corrobora  de 
son  sceau  (i). 

DanJKne  enquête  faite  en  1226  sur  le  nombre  dçs  chevaliers 
que  devait  fournir  Tévêque  de  Dol  à  Tost  du  duc  et  qui  étaient 
au  nombre  de  dix,  il  e3t  dit  que  le  sire  de  Combour  doit  un  che^ 
valier  (item  Domùius  de  Cambour  unum)  et  qu'en  sa  qualité  de 
signifer  Sancti  Samsonis,  il  doit  porter  Tétendard  de  Dol. 

Dominus  vero  Hasculfus  de  Soligneio  pater  Domini  Johanis  de 
Dol  portavit  vexiltum. 

Et  débet  D.  de  Comburnio  de  ferre  vexillum  Episcopi  ante  dictas 
milites  in  exercitu  prgedicto  (2j. 

Du  Paz  dit  qu'en  1210  Jodoin,  alors  qu'il  prenait  part  aux  fon- 
dations faites  par  son  père  devrait  être  fort  jeune  encore,  mais 
en  1225  on  le  trouve  parmi  ies  témoins  qui  assistèrent  à  la  fon- 
dation de  la  ville  de  Saint-Aubin-du-Cormier  par  Pierre  Mau- 
clerc(3). 

En  1229  il  était  chevalier  car  il  ratifie  et  confirme  en  cette  qua- 
lité (Jodoinus  de  Dolo  miles)  toutes  les  donations  faites  à  l'abbaye 
du  Tronchet  par  Alain  fils  de  Jourdan  sénéchal  de  Dol,  fondateur 
de  Notre-Dame  du  Tronchet  et  celles  faites  depuis  pas  ses  prédé- 
cesseurs à  lui  Jodoin  et  tous  autres  voulant  qu'elles  aient  perpé- 
tuel effet  (4). 

Les  incessantes  exactions  de  Pierre  de  Dreux  contre  la  no- 
blesse et  le  clergé  lui  attirèrent  l'excommunication  des  évêques 
dont  il  ravageait  Tes  terres  et  excitèrent  le  ressentiment  de  ses 
barons  qui  formèrent  une  ligue  contre  lui. 

Jean  de  Soligné  entra  en  1233  dans  cette  ligue  des  barons 
contre  le  duc. 

De  l'enquête  faite  à  Tégard  de  ces  maléfices  par  l'évêque  de 

(1)  Dom  Moricê,  Pr.,  I.  769 

(2)  Dom  Morice,  Pr.  I,  857,  858,  9S1. 
(3)i(f.,854. 

(4)  Dom  Morice,  Pr.  864. 


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COMBOUR  £T  SBS  SEIGNEURS  285 

Dol,  l'abbé  de  la  Vieaville  et  Jean  de  Dol  qui  réunirent  un  grand 
nombre  de  témoins  tant  nobles  que  bporgeois  contre  Pierre 
Mauclerc,  il  résulte  : 

«  Que  Robert  de  Sorel,  chevalier  du  Duc,  fit  de  grands  ravages 
à  Gombour  et  à  la  Paluelle,  il  pilla  la  ville  et  la  brûla  par  deux 
fois  en  emportant  à  chaque  fois  plusieurs  meubles  et  argent. 

«  Que  le  duc  pendant  une  trêve  dessaisit  Monsieur  Jehan  de  Dol 
de  sei  terres  et  revenus  et  en  jouit  jusqu'à  la  paix  faite  à  Oudon. 

«  Que  le  grand  sénéchal  et  maréchal  de  Bretagne,  Normand  de 
Québriac  et  ses  gens  ont  fait  plusieurs  dommages  au  prieur  de 
Gombour,  à  Geffroi  de  la  Ghapelle,  Guillaume  de  Ghampagne  et 
Hul>ert  Boutier  lesquels  sont  hommes  de  Monsieur  Jehan  de 
Dol  auquel  le  duc  extorqua  une  fois  par  force  XI  livres  aupara* 
vaut  qu'il  fut  au  service  du  Roi. 

«  Que  le  duc  contraignit  celui-ci  de  payer  GGGG  livres  au  Vi- 
coi&te  de  Rohan  pour  des  chevaux  qu'il  disait  avoir  eus  de  lui. 

«  Que  Guillaume  de  Montbourcber,  chevalier  du  duc,  reçut  les 
revenus  de  la  terre  dudit  M.  Jehan  de  Dol  pendant  que  du- 
rèrent les  trêves. . 

«  Que  le  duc  enleva  le  droit  de  bris  aux  eostes  de  la  mer^  que 
les  barons  avaient  de  tout  temps  accoustumé  d'avoir,  chacun  en 
leurs  terres,  mesmes  le  dit  M.  Jehan  de  Dol  et  ses  prédécesseurs 
jusqu'à  ce  que  le  duc  d'aujourd'hui  Ten  a  dessaisi  et  jamais  les 
autres  ducs  de  Bretagne  n'en  avaient  joui.  » 

Guillaume  Oicquel,  chapelain  de  M.  Jehan  de  Dol,  est  cité  parmi 
les  témoins  de  cette  enquête  (1). 

Dans  les  bulletins  de  la  Société  archéologique  d'ille-et- Vilaine  . 
(anno  1862).  M.  de  la  Borderie  a  publié  un  accord  curieux  entre 
Jehan  de  Dol  et  les  évoques  de  Dol  Jean  de  Lizannet  mort  en 
1231  et  Clément  de  Coetquen  encore  évoque  e^  1241.  Cet  acte 
fort  intéressant  est  daté  de  1240  et,  bien  qu'il  soit  écrit  en 
français,  ce  qui  était  très  rare  à  cette  époque,  il  présente 
néanmoins  tous  les  caractères  et  toutes  les  garanties  d'exac- 
titude et  d'intégrité. 

Toute  celte  pièce  indique  qu'un  premier  accord  tenté  rie  put 
aboutir  par  suite  de  la  mort  des  arbitres,  de  celle  de  Monsei- 
gneur (le  Lizannet  et  de  celle  de  Jodoin,  fils  de  Jean.  La  chose 
fut  reprise  avec  Clément  de  Coetquen. 

(1)  Dom  Morice,  Pr.  1,  col.  889. 

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28(5   •  REVUE  DE  BRETAGNE. 

Il  ressort  de  là  que  le  sire  de  Combour  était  le  gardien  et  le 
défenseur  de  IVglise  de  Dol. 

Bn  1235,  sur  le  point  de  perdre  son  fils  (m  extremis  laborant) 
Jean  de  Dol  notifie  que  Jodoin  son  fils  à  rarticle  de  la  mort  veut 
fonder  une  chapellenie^  c'est-à-dire  un  service  de  messes  en  Tab- 
baye  àe  la  Vieuville  et  charge  son  père  de  pourvoir  à  cette  fon- 
dation donnant  dans  oe  but  aux  moines  le  revenu  de  sa  terre  de 
Palttel. 

Jean  l'a  fait,  dit-il,  avec  le  consentement  et  de  la  volonté  d'An- 
dré sire  de  Vitré  et  d'Aliénor,  sa  sœur,  épouse  du  dit  Joioin  (cvnt 
assensu  et  voluntate  Anirex  domitii  Vitrei  et  Aliénoris  sororit 
ejus  uxoris  dieti  Jodoini  (1). 

Il  est  prouvé  par  ce  te^tamentde  Jodoin  de  Dolqu*il  avait  épou- 
sé Aliéner  de  Vitré  sœur  d'André  III,  baron  de  Vitré  et  qu'il  mou- 
rut avant  son  père  en  1235. 

Il  avait  désigné  pour  ses  exécuteurs  testamentaires,  outre  son 
père,  Robert  Chesnel  seigneur  de  la  Ballue  en  Bszouges  la  Pé- 
rouse  et  Quillaume  Goscelin,  chevaliers  et  frère  Herbert  du  mo- 
nastère de  U  Vieuville  (2). 

Nous  croyons  que  Jodoin  de  Dol  laissa  de  sa  femme  Aliénor  de 
Vitré  deux  fils,  Hasculfn  ou  Harcouetde  Dol  et  Jean  qui  tous  deux 
furent  seigneurs  de  Combour. 

Gela  résulte  d*un  acte  de  1273  cité  pardom  Morice(Pr.i,  p,  1029) 
c*est  une  sentence  du  sénéchal,  c'est-à-dire  de  l'évêque  de  Dol 
contre  Hasculfe  de  Dol  et  Jean  son  frère  «  contra  Hasculfum  de 
Dolis  et  Johannem  fratrem  ejus  ». 

Ceux-ci  étaient  neveux  ou  du  moins  parents  de  Qeoffroi  deSo- 
ligné  alors  chanoine  de  Dol  ;  ils  avaient  commis  des  usurpations 
au  détriment  du  chapitre. 

Quoi  qu'il  en  soit  Gedouin  étant  mort  avant  son  père  en  1236 
c'est  Harcouet  ou  Hasculfe  qui  le  remplace  et  succède  directe- 
ment à  Jean  III. 


il)  Oom  Morice,  Pr,,  884-885. 
({)  1d,,  eol.  «84. 


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'  CUMbOUK  BT  SKS  SEIGNEURS  287 

HA3GULFE  OU  HARCOUET  DE  DOL 
8*  SEIGNEUR  DE  COMBOUR 

1Î40  A  i275  BNVÏRON. 

A  la  mort  de  Jean  lU  *ie  Dol,  Hascùife  oa  Harcouet  de  bol,  fils 
di5  Jodoin  H  dVVliénor  de  VHré  succédant  à  son  aïeul,  d^ôvini  le 
hattième  9€igneur  de  Comboor.  &Q  1:247  une  enquête  fut  faite  au 
sujet  da  nôtnbre  de  chevaliers  dus  par  l'évoque  de  Dol,  à  Tost  du 
duc.  R.  P.  en  Dîpij  Monseigneur  Etienne^  évftque  de  Dol,  appelé 
par  Je  duc  Jean  H  Le  Roux,  à  tut  fournir  lé  compte  des  chevaliers 
qu'il  devait  à  son  ost,  Ht  citer  dt'Vant  lui  ceux  qui  devaient  lui 
fournir  les  ch^-valiers  que  Itii-môme  devait  au  duc.  Le  jour  àà 
l'Assomption,  Raoul  d'Aubigné  seigneur  de  Landal  présent'i  deu>c 
chevaliers  à  Tévéque,  Aldia  sire  de  ^^aufort  en  présenta  un^ 
comme  le  sire  de  Roehêfort,  le  sire  de  Combour  Hasculphe  qui 
devait  porter  la  bannière  de  l'évoque  :  un,  Hervé  de  Cherruyers 
se  présenta  pooir  les  Cherrurens,  la  dame  de  Trétnehen  en  pré- 
Rentd  un,  Guillaume  le  Boutt'ilU^r  :  un,  le  fief  de  Roland  fils  d'Hu- 
goQ  :  un  :  de  métde  te  fief  du  flls  de  Geoffroi,  filsd  Euden,  dont 
Bertrand  du  Guv^BClin  était  seifjneur  (l). 

Pierre  Le  Gouz,  alors  fit^néchal  de  Dol,  notifie  à  tous  que  le  vé- 
nérable chapitre  a  ci  lé  on  justice  devant  lui  Hasculfe  de  Dol  et 
Jean  son  frère.  Voici  à  quelle  occasion  :  Le  chapitre  était  en  pos- 
session ouen  quai»i  possession  decertain  manoir  ayant  appartenu 
k  défunt  Geoffroi  de  Soligné,  jadis  chanoine  de  Dol,  aVec  mai- 
sons Jardins  et  autres  dépendances,  et  d'un  emplacement  devant 
la  dicte  maison. 

Le  chapitre  s'en  croynit  propriétiire  par  suite  des  donations 
à  lui  faites  tant  par  la  défunte  mère  du  dit  Geoffroi  que  par  Geof- 
froi lui-mâme  auquel  ce:»  biens  appartenaient,  quant  aH  terrain 
Situé  devant  la  maison,  il  provenait  d'une  donation  du  chevalier 
Jean  Chantepie* 

Hasculfe  et  son  frère  s'opposaient  k  la  jouissance  du  chapitre, 
méprisant  les  sentenci^s  d'excummunication  portées  contre  eux 
par  Taulorité  apostolique* 


i!j  Ltom  Morice,  Pr  ,  I  co.  J^î. 


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Planche  II 

LES  SEIGNEURS  DE  COMBOUR  ET  LEURS  ALLIANCES 

3^  Maison  de  G>mboar  -  Chateangiron  -  Raguenel  -  du  Chastel 


icux. 


'au  CUstcî. 


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J90  REVCE  DE  BRETAGNE 

Les  chanoines  demandaient  que  les  deux  frères  fussent  con-- 
damnés  et  obligés  à  abandonner  les  biens  en  litige. 

Mais  les  dits  frères  avouèrent  devant  nous,  dit  le  sénéchal, 
que  tout  appartenait  bien  au  chapitre,  que  la  chose  avait  été 
ainsi  jugée  par  l'autorité  ecclésiastique  et  les  délégués  du  Saint 
Siège,  qu'en  conséquence,  ils  promettaient  de  ne  plus  causer 
à  ce  sujet  aucun  ennui  au  chapitre  de  Dol.  Et,  ajoute  le  sénéchal», 
nous  les  avons  condamnés  du  jugement  et  autorité  de  notre  dite 
cour  à  observer  fidèlement  leurs  promesses  et  leurs  serments. 
En  témoignage  ce  quoi  nous  avons  revêtu  les  présentes  de  notre 
sceau  et  de  celui  des  dits  chevaliers.  Donné  le  jour  du  dimanche- 
après  la  fête  du  Bienheureux  Mathieu,  apôtre.  Tan  du  Seigneur 
1283.  (Reg.  Alanus,  archives  de  l'église  de  Dol.) 


JEAN  IV  DE  DOL,  9*»  SEIGNEUR  DE  COMBOUR 

Jean  IV  de  Dol  seigneur  de  Gombour^  d'après  du  Paz,  vivait 
en  1278  et  devint  le  neuvième  sieigneur  de  Gombour.  D*après 
les  actes  cités  plus  haut,  il  était  fils  de  Jodoin  et  d'Aliénor  de 
Vitré  et  frère  du  précédent  Hasculfe  ^l). 

Il  laissa.un  fi's  qui  lui  succéda  en  la  seigneurie  de  Gombour 
sous  le  nom  de  Jean  V  de  Gombour  (10*  seigneur).  D'aprèsdu- 
Paz,  il  vivait  en  1230,  et  <c  de  cestui-cy  issit  une  fille  son  héri- 
tière :  Jeanne  de  Dol  dame  de  Gombour  »• 


JEANNE  DE  DOL 

Fille  de  Jean  V  de  Dol,  Jeanne  épousa  en  premières  noces 
Jehan  deTinténiac,  chevalier  de  valeur  et  de  réputation,  seigneur 
de  Tinténiac  et  d'Eustache  de  Ghateaubriand. 

Jean  de  Tinténiac  tenait  Ib  parti  de  Gharles  de  Blois,  il  fut  Tun 
des  héros  du  combat  des  Trente  (26  mars  1351)  duquel  il  rem- 
porta Thonneur  d'avoir  mieux  fait  que  ses  compagnons  en  don- 
nant à  Membre  chef  des  Anglais  un  tel  coup  de  maillet  qu'ils 
écrasa,  comme  un  limas,  son  casque  et  sa  tôte  à  la  fois  {2). 

(1)  Dom  Moriçe,  Pr.  I,  col.  102». 

(2)  De^Ja  Borderie,  Cours  d'histoire  de  Bretagne^  p.  198 


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COMBOUR  fiT  SKS  SEIGNEURS  291 

Tinlémao  mourot  Tannée  suivante  à  la  bataille  de  Mauron, 
le  14  août  1352,  laissant,  de  Jeanne  de  Dol,  dame  de  Combour, 
une  fille  unique  Isabeau  de  Tinténiac  qui  ne  possédaw  rien  de  la 
seigoeorie  de  Coœbour. 

Klie  épousa  Jean  de  Laval,  seigneur  de  Chastillon  et  lui  appor- 
ta, en  mariage,  les  seigneuries  de  Bécberel  et  de  Romillé.  Jean 
de  Tinténiac,  premier  mari  de  Jeanne  de  Dol,  ne  posséda  Gom- 
bonr  que  du  cbef  de  sa  femme  et  ne  transmit  cette  seigneurie  à 
aucun  descendant,  il  ne  fut  donc  pas  personnellement  seigneur 
de  Combour,  et  la  famille  de  Tinténiac  ne  peut  être  compt^.e 
parmi  celles  qui  ont  possédé  Gombour,  au  contraire  le  second 
mari  de  Jeanne,  Jean  V  de  Ghateaugiron  Malestroit,  mort  en 
1374,  s'il  n'a  pas  été  non  plus  personnellement  seigneur  de  Gom- 
bour, fut  Fauteur  de  la  maisoh  de  Gombour  Ghateaugiron  qui  a 
donné  à  Gombour  cinq  seigneurs,  de  Jean  VlàOilette  1374  à 
1500  environ. 

La  bataille  de  Mauron  où  le  sire  deMontmuran,  Jean  de  Tinté- 
niac perdit  la  vie^  fut  suivie  d'une  trêve,  mais  cette  trêve  était  à 
peine  expirée  que  les  hostilités  recommencèrent. 

Le  10  avril  1354,  la  châtelaine  de  Montmuran  Jeanne  de  Dol  y 
donnait  une  fête  anx  dames  de  son  voisinage.  Elle  y  avait  invité 
Bertrand  du  Guesclin  et  le  sire  d'Andrehan,  depuis  maréchal  de 
France. 

Les  Anglais  battaient  la  campagne  et  la  ravageaient  sans  re- 
lâche ;  le  jeudi  saint  (10  avriri354)  ils  s'approchèrent  du  château 
de  Montmuran  ;  du  Guesclin  et  d'Andrehan  l'ayant  appris^  leur 
dressèrent  une  embuscade,  les  assaillirent  et  firent  prisonnier 
Hugues  de  Galverly,  gouverneur  de  BéchereL 

Cest  ce  même  jour  que  du  Guesclin  fut  armé  chevalier  par 
Elâtre  des  Marèst,  chevalier  Normand,  châtelain  deGaen,  émer- 
veillé de  sa  bravoure,  qui  lui  ceignit  l'épée  sur  le  champ  de  ba- 
taille, dit  d'Argentré,  dans  la  chapelle  de  Montmuran,  disent 
quelques  autres. 

Et  tout  ont  raison  parce  que,  dit  M.  de  la  Borderie,  la  cérémo- 
nie accomplie  sur  le  champ  de  bataille,  fut  renouvelée  peu  de 
temps  après»  avec  les  rites  d'usage,  dans  la  chapelle  du  château. 

C'est  dans  cette  même  chapelle  que  du  Guesclin,  veuf  en  1372 
de  Tiphaine  Haguenel^  épousa  dans  la  suite  en  1374  Jeanne  de 
Laval,  petite-fille  de  la  dame  de  Gombour  et  de  Montmuran  dont 
il  avait  si  bravement  défendu  le  ch|iteau  contre  les  Anglais. 


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292  REVUE  DE  BRETAGNE 

Dans  une  escarmouche  sur  les  landes  deMeillac»  près  de  Gom- 
bour,  du  Ouesclin  avait  fait  prisonniers  trois  capitaines  Anglais 
en  1360  (1). 

(A  suivj^e).  Paul  de  la  Bionb. 


(1)  Aliénor  de  Vitré  épouse  de  Jodouin  de  D  >1  (ramage  des  Comtes  de  Hennés)  : 
f>e  gueules  au  lion  contourné  et  couronné  d'urgent.  PI.  V,  fig.  7.  Jehan  de 
Tinténiac,  sire  de  Tinténîac,  de  Montmuran  par  des  Ifls,  de  Bécherel  et  de 
Komillé  portait  :  D'or  à  deux  jumelles  d^asur^  au  b(t'on  de  gueules  broe?Uint 
en  bande  sur  Iq  tout.  Depuis  (530  par  alliance  avec  les  Quimerc'h,  les  Tinteniac 
ont  porté  ;  D'hermines  au  croissant  de  gueules,  qui  est  Quimrec'h.  PI.  I,  fig.  9. 

Pour  mettre  les  biens  de  sa  nièce  et  pupille  hors  d'insulte  Raoul  de  Fougères 
fit  fortifier  Dol  et  Combour.  ce  qu'il  n'eut  pas  eu  le  droit  de  faire  pour  I>o1  si  les 
frères  de  Junkeneus,  en  consentant  qu'il  réunit  son  partage  au  domaine  épiscopal 
fi'avfiient  en  même  temps  retenu  le  titre  de  seigneurs  de  Dol,  conservant  une 
espèce  de  suzeraineté  sur  la  ville  et  les  biens  qui  lui  étaient  réunis.  C'est  pour  la 
même  raison  qu'ils  prétendaient  au  droit  de  bail  sur  le  temporel  de  l'évêché* 
sede  vacante,  réclamé  par  Rarsculphe  de  SoHgné  époux  d'izeldis  qiii  en  1183 
entre  autres  prend  le  tiire  de  seigneur  de  Dol.  (D.  Mor.,  Pr.  t.  1,  col.  6»^,. 

Kn  I2i0,  Jean  de  Dol,  seigneur  de  Combour,  fils  d'izeldis  et  d'Hasculphe  de 
Soligné  continue  de  prendre  le  surnom  de  Dol  même  après  qu'il  fut  éteint  en  la 
personne  de  sa  mère>  dans  une  transaction  entre  Clément  de-  Coetqu  -n  succes- 
seur de  Jean  de  Lyseneck  ou  Lezannet  évéque  de  Dol  w  et  egardèrent  que  noos 
ayons  le  déport  de  l'evôque  quand  Tévôque  est  mort,  tant,  tant  que  l'en  a  i 
l'autre  élu  u. 

Les  seigneurs  de  Combour,  ce  qui  marque  bien  une  certaine  suzeraineté  sur  Ta 
ville  et  les  fiefs  de  Dol  réunis  à  l'évôché  sont  inféodés  du  droit  d'exiger  annuelle- 
ment des  bouchers  et  pelletiers  de  Dol,  une  pelise  blanche  de  telle  grandeur 
qu'elle  puisse  couvrir  et  entourer  un  fut  de  pipe  et  qu'un  homme  armé  paisse 
passer  facilement  par  les  manches;  ils  ont  droit  de  nommer  un  sergent  amenenr 
au  présidial  de-  Rennes  pour  les  bailliages  de  Dol  et  de  Combour  et  aux  plaids 
généraux  de  Rennes.  Les  sujets  de  Dol  sont  évoqués  sous  la  menée  du  seigneur 
de  Combour  (Arch.  d'Ille-et-Vil.,  C,  4931). 


Le  Gérant  :  F.  Chevalier. 


Vannes.  —  Imprimerie  LA^OLYE  Frères,  2,.  place  des  Lices. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS 

(SuUe)  (1) 


LES  CHATEAUaiRON  MALESTROIT 
SEIGNEURS  DE  GUMBOUR. 


JEAN    V    DE   CHATEAUGIRON, 

11*  SiSIONBUR   DB    GOMBOUH 

1352-1374. 

Veuve,  en  1352  de  Jean  de  Tintéaiac,  Jeanne  de  t)ol  dame  de 
Gombour  se  remaria  en  secondes  noces  à  Jean  V  de  Ghateaugiron , 
flls  de  Hervé  de  Ghateaugiron  et  de  la  fille  de  Péan  III  de 
Malétroit.  Gelui-ci  devint  ainsi  le  XI*  seigneur  de  Gombour. 

Jean  V  était  lui-môme  veuf  en  premières  noces  de  N.  de 
Kaer  (2)  de  laquelle  il  avait  eu  trois  fils  : 

Jean  dit  de  Malestroit,  qui  lui  succéda  en  la  seigneurie  de 
Malestroit,  époux  de  Marguerite  de  Lohéacet  qui  mourut  en  1394. 

Alain  de  Malestroit  seigneur  d'Oudon. 

Et  Thébaud  de  Malestroit  qui  fut  évoque  de  Gornouailles  (3). 

Jean  était  du  parti  de  Gharles  de  Blois,  Jeanne  de  Penthièvre 
ayant  résolu  d'envoyer  une  ambassade  en  Angleterre  pour 
traiter  de  la  délivrance  de  son  époux. 

Jean,  sire  de  Gombour  est  parmi  les  seigneurs  qui  apposent 
leur  sceau  aux  lettres  donnant  pouvoir  aux  ambassadeurs  de 
traiter  avec  le  roi  d'Angleterre,  29  novembre  1352. 

Les  partisans  de  Gharles  s^ç  m  parèrent  de  Landal  au  commen- 
'cement  du  printemps  de  1354,  mais  ils  durent  battus  à  Gombour. 

Après  la  paix  d'Evran  12  juillet  1363,  Jean  de  Ghateaugiron  fut 
envoyé  comme  otage  au  comte  de  Montfort.  II  se  sauva  après  la 

(1)  Voir  la  Bévue  de  mai  1906. 

(2)  Dq  Pai,  p.  8Î0. 
.Z)2d.,  p.  U3. 


Juin  t99i  11 

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Mi  REVUB  D£  BRETAGNE 

bataille  d'Auray  qui  anéantissait  l*espoir  de  son  parti  et  se  rendit 
à  Vannes  dohtil  était  capitaine.  Montfort  s'étant,  avec  son  ar- 
mée victorieuse,  présenté  devant  Vannes,  Jean  lui  rendit  la  ville 
et  le  reconnut  pour  son  souverain,  1364. 

Le  12  avril  1365,  il  assistait  au  traité  de  Guérande  entre  le  duc 
de  Bretagne  et  Jeanne  de  Penihièvre. 

Les  Anglais  assiégeaient  Moncontour  en  1371.  Le  i'6  août,  le 
roi  ordonna  à  Clisson  de  lever  le  plus  d'hommes  et  d'archers 
qu'il  pourrait^  Glissoaflt  tant  de  diligence  que,  le  5  septembre, 
il  était  prêt  et  qu'il  rejoignit  bientôt  le  connétable  Bertrand  du 
Guesdin.  Clisson  avait  entre  autres  à  sa  suite  le  sire  de  Gombour 
ayant  en  sa  compagnie  neuf  autres  chevaliers  et  cinquante 
et  UD  écuyers  «  venus  au  mandement  du  lieutenant  général  du 
roi  au  pays  de  Tours  d'Anjou  et  du  Maine  pour  le  fait  de 
Moncontour  ». 

A  celle  occasion  Jean  de  Malestroit  donne  quittance  à  Jean 
Le  Mercier,  trésorier  des  guerres,  de  GXXV  francs  d'or  pour 
causes  de  ses  gages  et  de  ceux  de  ses  compagnons,  à  Angers  le 
15  septembre  1371  (1). 

Jean  V  de  Ghâteaugiron  mourut  à  Rennes  en  1374  et  fut  enterré 
au  couvent  de  Saint-François  de  cette  ville. 
Il  laissBit  de  Jeanne  de  Dol  trois  enfants  : 
Jean    V(  de  Ghâteaugiron    qui  fut    seigneur  de   Gombour, 
Gutllaumt^,  évéque  de  âiint-Brieuc  et  de  Nantes,  puis  cardinah 
inhumé  à  Saint  Pierre  de  Nantes  1443. 
Hervé  de  Malestroit,  seigneur  d'Uzel. 

Le  duc  Artur  lïl  avait  une  grande  affection,  quoiqu'elle  fut 
bien  peu  justifiée,  pour  Guillaume  de  Maiestroit-Chateaiigiron. 
Ge  fut  h  son  instigation  que  Jean  de  Mal  stroit,  ancien  chance- 
lier de  Jean  V,  consentit  à  résigner  Tévôché  de  Nantes  en  faveur 
de  son  neveu  Guillaume,  non  toutefois  sans  avoir  prévenu 
Artur  de  ce  qui  l'attendait,  car,  il  lui  avait  dit  :  «  Je  ferais  plus 
pourvois  que  pour  homme  qui  vive:  ma»s,  par  le  corps  de 
Noire  Uame,  vous  vous  en  repentirez  ;  car  c'e^t  le  plus  mauvais 
ribaud  traistre  que  vous  veistes  oncques,  et  si  vous  le  cpnnoig;- 
sicz  comme  mol,  vous  n'en  p'irleriez  jamais.  »  En  eff»^t  Guillaume 
ce  rendit  coupable  vis-à-vis  du  duc  d'une  ingratitude  qui  le 
btcâsa  profondément  et  abrégea  ses  jours.  L'évoque  refusa  au 

(1)  ûom  Horioe,  Pr.  I,  p.  1663. 


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COMBOLR  ET  SES  SEIGNEURS  2t5 

duc  rhommage  de  son  temporel  sous  prétexte  de  le  porter  au 
Pape  qui  n'en  voulait  pas  (1). 


JEAN    VI  DE    CHATEAUQIRON, 
12*  Seioneur  de  Combouh 

Jean  VI  de  Ghateaugiron-Malestroit,  fils  de  Jean  V  de  Gha- 
teaugiron  et  de  Jeanne  de  Dol,  devint  douzième  seigneur  de 
Gombour  du  chef  de  sa  mère  en  1374. 

Il  fit  partie  de  la  coalition  des  seigneurs  bretons,  contre  TAn- 
gleterre^  qui  obligea  le  duc  Jean  IV  à  fuir  chez  ses  alliés  les 
Anglais  le  28  avril  1373,  honteusement  chassé  par  les  Bretons 
«  à  cause  de  la  séquelle  d'Angiais-Saxons  qu'il  traînait  après 

loi  (2)  .. 

En  1378,  il  défendit  Saint-Malo  assiégé  par  le  duc  de  Lancastre 
«  qui  fut  forcé  de  s'en  retourner  en  Angleterre  à  sa  courte  honte  », 
dit  du  Paz. 

L^année  suivante  Jean  de  Ghateaugiron  s'avança  jusque  dans 
les  flots  pour  recevoir  ce  môme  duc  Jean  IV  que  le  patriotisme 
breton,  jaloux  de  maintenir  sa  nationalité,  rappelait,  après 
ravoir  contraint  à  s'exiler. 

En  1376,  une  compagnie  de  Bretons,  conduite  par  Sylvestre 
de  BudeS;  Jean  de  Malestroit  et  Trémigon  seigneur  voisin  de 
Combour,  s'engagea  au  service  du  pape  Grégoire  XI  contre  la 
ligue  Lombardo-Etrusque.  En  1377  ils  étaient  à  Rome  où  le  pape 
les  hébergea  deux  mois.  Un  Allemand  s'étant  avisé  de  dire  que 
la  dite  ligue  valait  mieux  que  l'Eglise,  Trémigon  lui  répliqua 
«  qu'il  en  avait  menti  et  qu'il  le  lui  prouverait  par  son  corps  ». 
Ce  différend  devint  bientôt  public  et  émut  .tous  les  Bretons  et 
Allemands.  Pour  éviter  une  grande  effusion  de  sang,  on  convint 

(I)  La  branche  al aée  de  Malestroit  s'est  fondue  Ters  1352  dans  Ghateaugiron 
qui  prit  le  nom  de  Malestroit,  d'où  cette  baronnie  apass^  aux  Haguenet. 

Ch  t''aiigiron-Ma1e8troit,  seigneur  de  Ghateaugiron  de  Gombour,  de  Kougé,  de 
Derval,  derArgouet  en  EUen,  du  Chaste),  d'Uiel,  etc.,  porte  : 

Eeartelé  au  i  et  4  de  gueules  à  cinq  besans  cfor  au  S  et  3  cCargent,  écar- 
ielé  de  Dol  qui  est  Combour,  aliàs  .*  de  vair  à  une  bande  de  guexUes  (sc^au 
1)61),  allas  ;  la  bande  chargée  de  trois  coquilles  d^argent  (sceau  130Gj  aliàs  ; 
if  or  au  chef  d'azur,  Dbvisr  :  Pensez  v  ce  que  vous  voudrez.  PI.  11,  fiff.  1(r.  11, 
lï,  ts. 

{%\  D«  U  Bord«ri«,  Courg  d'hUiairê  d$  Bretagne,  1893,  p.  1b. 


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396  REVUE  DE  BRETAGNE 

que  dix  Bretons  se  battraient  contre  dix  Allemands.  A  la  tôle 
des  premiers  était  le  chevalier  de  Trémigon  «  qui  vite  estoit 
comme  un  lévrier  ».  Il  eut  bientôt  déconflst  son  Allemand,  la 
victoire  resta  aux  Bretons.  [Actes  de  Bretagne,  II*  vol.  p.  133.) 

En  1380  Jean  défendit  le  ch&teau  de  Sussinio  contre  les  Espa- 
gnols. 

Envoyé  par  le  due  au  secours  de  son  cousin  germain  Louis, 
comte  de  Flandre^  que  ses  sujets  rebelles  avaient  chassé  de  ses 
états,  il  prit  part  à  la  guerre  de  Flandre  en  id82. 

Jeanne  de  Dol  vivait  encore  en  1386  car  les  registres  des  causes 
au  Parlement  de  Bretagne  (ont  mention,  à  la  date  du  14  mai 
1380  et  jours  suivants,  d'un  procès  qu'elle  eut  à  soutenir  avec 
son  flls  Jehan  de  Malestroit  eu  cause  d'appeaux  (appels)  et  ajour- 
nements contre  le  sire  et  la  dame  de  Malestroit  (1). 
•  De  son  épouse  Marguerite  deQuintin(2),  Jean  VI  de  Malestroit 
Chateaugiron  avait  eu  six  enfants  trois  fils  et  trois  filles  :  Jean  de 
Chateaugiron  qui  fut  seigneur  de  Combour,  Geflroi  de  Chateau- 
giron, aussi  seigneur  de  Combour,  Ouillaume  qui  prenait  le  nom 
de  Malestroit,  évôquede  Nantes  (3).  En  1443,  après  la  mort  de  son 
oncle  Jean  de  Chateaugiron,  chancelier  de  Bretagne,  Guillaume 
se  démit  en  faveur  de  son  neveu  Amaury  d'Acigné  et  devint  ar- 
chevêque de  Thessalonia  en  1462. 

Catherine  de  Malestroit,  femme  de  Jean  IV  d'Acigné,  mère  de 
Jean  V  d'Acigné  et  d'Amaury  évoque  de  Nantes,  dont  nous  ve- 
nons* de  parler. 

(1)  Dom  Iforice.  Pr.  il,  p.  512,  S13,  514,  519/ 

(2]  Marguerite  de  Qaîntin  (ramage  de  Penihièvre)  avait  pour  armée;  (fargeni 
au  chef  de  gueules,  qui  est  Awiugour,\birisé  cTun  lambel  à  trois  pendants  fVor 
(Sceau  1878). 

De  cette  maieou,  Geoffroi,  dit  Botherel,  sire  de  Quintin,  croité  en  1248  rapport, 
de  Terre-Sainte,  tuÎTant  la  tradition,  un  morceau  de  la  ceinture  de  la  Vierge 
précieusement  consenré  à  Téglise  de  Notre-Dame  de  Qaintin  et  prit  i*habit  de 
cordeiier  an  couvent  de  Dinan.  PI,  12^  fig,  14. 

(3)  Â  la  fin  de  Tannée  1461,  Guillaume  de  Malestfoit,  après  Tépiscopat  le  plus 
orageux,  te  démit  de  son  évéché  en  faveur  d'Am&uri  d'Acigné  son  neveu.  Â  p«ine 
installé,  Amauri  refusa  de  prêter  hommage  au  duc  pour  son  fief  tempord.. 

François  U  saisit  ce  temporel  et  expulsa  Tévéque  ;  qui  se  retira  à  Angers  et  Qt 
appel  au  roi  Louis  XI. 

D*après  M.  de  la  fiorderie,  c'est  Isabeau  de  Montauban,  fille  de  OuiUaame  de 
Montauban,  seigneur  de  Montauban  et  de  Landal,  et  de  Bonne  de  Viicomié, 
épouse  de  Tristan  du  Perier,  comte  de  Quintin,  vers  1450  ou  1451»  qui  donna  k  U 
collégiale  de  Quintin  un  morceau  de  la  ceinture  de  ia  Vierge  proyenant  de  Ia 
ceinture  conservée  au  Puy-Notre-Dame  en  Anjou. 

La  ceinture  de  la  Vierge  conservée  à  Quintin,  par  A.  de  la  Borderie  (i  ^W). 


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COMBOUR  ET  SES  SE1G!YEURS 


Jacqoette  de  Malestroit,  qui  épousa  Guy  de  Saint-Amadoor, 
seigneur  de  Tizét  écuyer  de  rhôtel  du  comte  de  Richeinont  en 
1424,  Jeanne  épouse  du  seigneur  de  Sévigné. 


JEAN   VU   DE  CHATEAUQIRON 

13*  Sbiqneur  ob  Gombour 

1307  A  1415. 

Messire  Jean  de  Chateaugiron,  flls  aîné  de  Jean  VI  et  de  Mar- 
guerite de  Quintin,  devint  seigneur  de  Gombour  à  la  mort  de  son 
père,  en  1397,  sons  la  tutelle  et  garde  de  sa  mère,  en  date  du 
4  mai  de  la  même  année. 

I^  duc  Jean  IV  donne,  en  cette  lettre,  main-levée  pour  la  terre 
de  Gombour  sur  laquelle  il  pensait  avoir  rachat,  parce  qu*6n  1237, 
Jean  1",  Le  Roux,  duc  de  Bretagne  avait  confirmé  Taocord  fait 
entre  son  père  le  duc  Pierre  I*'  et  André  de  Vitré,  d'après  lequel 
les  terres  du  seigneur  de  Vitré  et  des  seigneurs  de  Gombour  et 
d'Acigné  seraient  exemptes  de  bail  et  de  rachat. 

Jean  VII  de  Chateaugiron,  aliàs  de  Malestroit,  suivit  le  conné- 
table de  Richemont  en  France  et  combattit  sous  ses  ordres  ;  il 
s'empara  de  Saint-Gloud  sur  les  Bourguignons  et  cette  ville  fut 
confiée  à  sa  garde  par  le  comte  d'Armagnac. 

Maître  de  Paris^  le  duc  de  Bourgogne  assiégea  Saint-Cloud  et 
le  sire  de  Gombour  fut  fait  prisonnier  avec  tous  ses  Bretons. 

A  rappel  du  roi  de  France/ le  duc  de  Bretagne  réunit  sur  les 
marches  de  Fougères  et  de  Dol,  douze  à  quinze  cents  hommes 
pour  les  opposer  à  Henri  V,  roi  d'Angleterre,  qui  venait  de  mettre 
le  siège  devant  Harfleur. 

Jean  de  Gombour,  à  la  tôte  d'une  compagnie  de  quatre  cents 
hommes,  périt  à  la  bataille  d'Azincourt  (25  octobre  1415),  ayant 
devancé  le  gros  de  Tarmée  bretonne  avec  le  comte  de  Richemont, 
qui  fut  fait  prisonnier. 

Jean  de  Ghateaugiron-Malestroit  n'avait  eu  qu'un  flls  mort  au 
berceau. 


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298  REVUE  DE  BRETAGNE 

GEOPPROl  DECHATEAUGIRON, 

l 

14*  Seigneur  de  Gombour 

1415  A  1463 

Echuppé  au  désastre  d'Azincourt,  Geoffroi  de  Ghateaugiron 
aliâs  de  Malestroit  succéda  à  son  frère  de  1415  à  1463. 

11  suivit  très  jeune  la  carrière  des  armes  et  assista  au  siège  de 
Baint-Malo  par  Lancastre  en  1376  avec  Hervé  de  Malestroit,  sire 
d'Uzel  et  Jean  Rriguenel»  vicomte  de  la  Bellière.  Il  fit  la  campagne 
de  Flandre  en  1382  et  prit  part  aux  victoires  de  Gommines  et  de 
HosbecquB. 

Il  se  rendit  aux  Etats  qui  eurent  lieu  à  Rennes  en  1386  et 
assista  à  ceux  du  9  septembre  1398,  dans  lesquels  Tévèque  de 
Rennes  eut  la  première  place  à  la  droite  du  duc  jusqu'à  l'arrivée 
de  révêqae  de  Doi  à  qui  le  duc  la  donna.  Le  premier  entre  les 
barons  fut  le  sire  de  Ghateaubriant  qui  fut  placé  à  la  gauche 
du  duc^  maison  sait  que  ce  rang  ne  préjudiciait  en  rien  aux 
droits  dti  chacun  (1). 

Lésina  do  Combour  était  présent  quand  le  duc  Jean  V,  slors 
âgé  de  seize  ans,  déclara,  le  14  janvier  1404,  en  présence  des 
évoques  de  Bretagne,  de  ses  barons  et  de  son  conseil,  qu'il  dé- 
chargeait le  sire  de  Laval  de  sa  curatelle  (2). 

Capitaine  de  Rennes  en  1420,  Geoffroy  de  Ghateaugiron  prête 
serment  entre  les  nobles  pour  la  délivrance  du  duc  et  assiège 
les  Penlhièvre  dans  Chàsteauceaux  où  Be.  trand  de  Ghateau- 
briant, maréchal  de  Bretagne,  partageait  la  captivité  de  Jean  V, 
traîtreusement  arrêté  par  les  Penthièvre. 

Ea  1422,  il  fit  partie  de  Texpédition  des  Malouins  contre  les 
Anglais  qui  assiégeaient  le  Mont-Saint-Michel  et  dans  laquelle 
la  (lotie  malouine  inflgea  à  ceux-ci  un  sangiant  échec. 

Deux  ans  après^  prisonnier  à  la  bataille  de  Verneuil  perdue 
contre  les  Anglais  par  Gharles  VII,  il  fut  témoin  du  honteux 
traité  qui  livrait  la  Bretagne  aux  Anglais. 
En  1434  les  Anglais  s'étaient  cantonnés  dans  l'abbaye  de  Sa- 

(1)  D.  LobiDeau,  HUt,  de  Bretagne,  1,  p.  4^4-496.  * 


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GOMBOUR  ET  SES  SBIGNEUI^S  399 

vigDé  d*où  ils  ne  sortaient  que  pour  ravager  Tes  environs. 
L'évoque  de  Saint-Brieuc,  désireux  de  réprimer  leurs  incursions 
en  Bretagne»  avertit  les  capitaines  de  la  Hoche-Montbourcher 
en  Guguen,  ceux  de  Combour  et  de  Landal  afln  qu'ils  eussent  à 
se  tenir  sur  leurs  gardes.  Mais  les  Anglais  ne  déguerpirent  qu*en 
eonsidération  des  présents  que  leur  fit  le  Duc. 

Le  sire  de  Combour  était  parmi  les  seigneurs  qui  formaient  la 
Cour  de  François  I*'  à  Ploermel  au  moment  de  son  couronne- 
ment, aussi  assista-t-il  le  8  décembre  i442  à  la  cérémonie  de  ce 
couronnement,  à  Rennes^  où  ce  prince  fat  armé  chevalier  par  le 
connétable  de  Richemont  en  mAme  temps  que  ses  deux  frères 
Pierre  et  Gilles. 

Aux  Etats  qui  furent  tenus  à  Redon  en  1440,  peu  après  l'arres- 
tation de  Gilles  de  Bretagne,  quelques  seigneurs,  le  sire  de 
Combour  en  tôte,  se  joignirent  au  connétable  de  Richemont, 
mais  inutilement,  pour  défendre  Gilles  de  Bretagne,  protestant 
que  le  duc  ne  pouvait  condamner  son  frère  sans  l'entendre, 
quelques  fussent  les  crimes  qu'on  lui  reprochait  (1). 

Au  mois  d'octobre  1449  Geoffroi  était  au  siège  de  Fougères 
dont  la  prise  par  les  Anglais  avait  peut-ôtre  causé  la  mort  du 
pauvre  Gilles  de  Bretagne  (25  avril  1449). 

La  prise  de  Fougères  par  Tarmée  bretonne  délivra  au  moins 
la  Normandie  des  Anglais  (2). 

Nous  avons  vu  plus  haut  que  Combour  fut  pillé  et  deux  fois 
brûlé  au  XIII'  siècle  ;  aussi  le  ch&teau,  qui  dans  son  ensemble, 
annonce  une  reconstruction  ou  tout  au  moins  une  restauration 
du  XV',  (les  créneaux  rajoutés  à  la  tour  du  Maure,  sont  bien  de  . 
cette  époque),  parait  avoir  été  relevé  ou  du  moins  restauré  dans 
quelqueâ-unes  de  sps  parties  par  Geoffroi  de  Chateaugiron. 

Il  avait  épousé  Valence  de  Chateaugiron,  fille  d'Armel  de 
Ch&ieaugiron  et  de  Jeanne  de  Rougé,  dame  de  Derval,  qui  avait 
succédé  à  son  frère  Patri  dans  toutes  ses  seigneuries. 

Valence  mourut  en  1485  et  fut  inhumée  dans  l'église  du  pripuré 
de  Sdinte-Croix  de  Chateaugiron.  On  y  lisait  son  épitaphe  ainsi 
conçue  : 

«  Cy  gist  haulte  et  puissante  dame  M"'  Valence  de  Cha'^teau- 
giroo,damede  Derval,  de  Combour,  deChasteaugiron^de  Rougé, 


(1)  D.  Lobineau,  HisU  de  Bret.,  I,  p.  628. 

{l)  De  la  Borderle,  Cours  cThist,  de  Bret.,  p.  U6. 


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300  REYCE  DE  BRETAGNE 

de  Saint-Mars  de  la  Pile  et  vicomtesse  de  la  Guerche  enTouraine, 
qui  trespassa  le  VHP  jour  de  septembre  Tan  MCCCCXXXV.  » 

Geoffroi  de  Chaleaiigiron,  sire  de  Gombour,  mourut  le  15  no- 
vembre 1463  et  fut  "inhumé  en  Téglise  de  Derval. 

Voici  rinscription  de  sa  sépulture  : 

«  Cy  gist  hault  et  puissant  messire  Geoffroy,  sire  de  Gombour, 
de  Ghasteaugir,on  et  d'Amanlis,  qui  décéda  le  XV*  jour  de  no- 
vembre l'an  dp  grâce  MGGGGLXIII.  Priez  Dieu  pour  luy.  » 

Il  laissait  un  fils  et  deux  filles  :  Jean,  Gilette  et  Marguerite.  Les 
deux  premiers  devinrent  seigneur  et  dame  de  Gombour,  Gilette 
ayant  Succédé  à  son  frère  mort  sans  enfants  dans  la  seigneurie 
de  Gombour.  Quant  à  Marguerite  de  Malestroit  leur  sœur,  dame 
de  Pestivien  et  de  la  Muce  qui  vivait  encore  en  1474,  elle  fut 
mariée  en  premières  noces  avec  noble  et  puissant  messire  Jean 
de  Penhoet^  chevalier,  seigneur  de  Penhoet,  de  la  Marche  et  de 
la  Boissière  comme  il  est  prouvé  par  un  partage,  du  6  juillet  1444 
entre  elle  et  ses  frère  et  sœur  Jean  et  Gilette  dits  de  Derval,  de 
la  succession  de  leur  défunte,  mère  Valence  de  Chateaugiron, 
décédée  en  1435^  du  vivant  de  leur  père.  En  secondes  noces, 
Marguerite  épousa  Jean  Blocet,  seigneur  de  Saint-Pierre  de 
Garrouge  (1). 

Geffroi  de  Malestroit-Ghateaugiron  avait  fini  par  prendre  en 
aversion  ses  deux  filles  Gilette  et  Marguerite  et  dans  le  but  unique 
de  les  frustrer  de  son  héritage,  au  cas  où  son  fils  mourrait  sans 
enfants,  il  s'était  remarié  avec  une  servante  Olive  Guerrier  dont 
il  eut  trois  garçons  Jean,  Georges  et  Jacques,  qui  eurent  seule- 
ment trois  cents  livres  de  rentes  en  terre  pour  tout  droit  d'héritage,    i 


JEAN  VIII  DE  MALESTROIT  CHATEAUGIRON 

15*  Sbignbur  DB  Gombour 

i4(»-1482. 

,  Jean  VIII  de  Malestroit  Chateaugiron  dit  de  Derval,  parce  qu'il 
prit  ce  nom  de  sa  mère^  fut  le  quinzième  seigneur  de  Gombour, 
à  la  mort  de  son  père  en  1463. 

Sur  le  point  d'ouvrir  les  Etats  à  Vannes  le  1§  mai  1451^  le  duc 

(1)  Oa  Pax.  p.  S20. 


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C0M60UR  ET  SBS  SEIGNEURS  30t 

Pierre  n  trouvant  que  le  nombre  des  anciennes  baronnies  avait 
diminué^  soit  par  suite  de  la  réunion  de  quelques-unes  d'entre 
elles  au  domaine,  soit  parce  que  certains  seigneurs  en  tpnaient 
plusieurs  à  la  fois,  résolut  d*en  créer  trois  nouvelles. 

La  seigneurie  de  Derval,  ancienne  bannière,  fut  érigée  en  ba- 
ronnie  en  faveur  de  Jean,  sire  de  Derval  et  de  Ghateaugiron, 
grand  chambellan  de  Bretagne,  âls  du  sire  de  Gombour,  (son 
père  vivait  encore  à  cette  époque). 

Malestroit  devint  baronnie  en  faveur  de  Jean  Raguenel,  sire 
de  Malestroit  et  de  l'Argouet,  et  Qu'ntin  en  faveur  de  Tristan  sei- 
gneur de  Quintin. 

Digne  héritier  de  la  valeur  de  ses  pères,  Jean  de  Ghateaugiron 
accompagna  le  roi  Charles  VII  et  le  duc  François  1*'  dans  la  con- 
quête de  la  Normandie  sur  les  Anglais  en  1448,  Tannée  suivante 
il  était  au  siège  de  Fougères. 

Il  épousa  Hélène  fille  du  comte  de^Laval  et  de  la  princesse 
Isabeau,fllle  atnée  du  duc  Jean  V  et  de  Jeanne  de  France,  fille  du 
roi  Charles  IV.  Us  étaient  parents  par  Jeanne  de  Dol  dame  de 
Combour,  celle-ci  ayant  épousé  en  premières  noces  Jean  de  Tin- 
téniac  d*où  descendaient  les  Laval  et  en  secondes  noces  Jean  V 
de  Ghateaugiron  d*où  descendait  Jean  de  Malestroit  Ghateaugi- 
ron dit  de  Derval. 

Lel5janvier  1450,  dit  Ogée,  fut  passé  le  contrat  de  mariage 
entre  Jean  sire  de  Derval  et  de  Ghateaugiron,  grand  chambellan 
de  Bretagne  et  Hélène  fille  du  comte  de  Laval  et  de  la  princesse 
Isabeau,  fille  aîoée  du  duc  de  Bretagne  Jean  V. 

c  Cette  dame  fit  son  entrée  à  Ghateaugiron  le  28  mai  1467  en- 
tourée et  suivie  de  nombreuses  dames  et  seigneurs  en  un  so- 
lennel et  pompeux  appareil. 

«  Elle  était  accompagnée  du  seigneur  du  Plessis-Balisson  et  de 
cent  dix-neuf  chevaliers  ou  écuyers. 

«  Tous  les  habitants  du  lieu  et  des  paroisses  voisines  dépen- 
dantes de  la  môme  seigneurie,  allèrent  processionnellement 
avec  leur  clergé  la  recevoir  jusqu'à  Saint-Thomas. 

«  Elle  était  vôtue  d'une  robe  de  velours  cramoisi  fourrée  d'her- 
mines et  montée  sur  une  haquenée  blanche  enharnacbée  des 
même  couleurs,  un  gentilhomme  à  pied  portait  la  queue  de  sa 
robe  ;  elle  était  suivie  de  Marguerite  de  Derval  sa  belle  sœur  et 
de  cinq  autres  damoiselles  montées  sur  des  chevaux  blancs, 
dont  trois  avaient  un  harnois  de  velours  cramoisi  et  les  autres 


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302    .  REVUE  DE  BRETAGNE 

d'écarlate.  Venaient  ensuite  neuf  autres  damoiselles  dans  on 
charriot  travaillé  avec  beaucoup  d'art,  traîné  par  six  chevaux, 
décoré  des  armes  de^hateaugiron  et  de  Laval  et  couvert  d'un 
velours  cramoisi. 

«  Quand  cette  belle  ôompagnie  fut  arrivée  à  Saint-Thomas,  le 
seigneur  de  la  Ghateignerais  et  de  Benazé  prit  la  bride  du  cheval 
d^  la  dame  de  Chateaugiron,  qu'il  conduisit  la  tête  nue,  sans 
bottes  ni  éperons,  par  la  grande  rue,  depuis  Saint-Thomas  jus- 
qu'à l'église  paroisbiale  de  Sainte-Croix  où  elle  entra  pour  faire 
sa  prière.  On  la  conduisit  ensuite  au  prieuré  de  Téglise  où  elle 
dîna. 

«  A  ['instant  où  elle  allait  se  mettre  à  table,  les  bourgeois  de  la 
ville  lui'  présentèrent  deux  bassins  d'argent  avec  leurs  cou- 
vercles et  une  coupe  d'argent  doré  du  poids  de  quatre  marcs. 

«  Guillaume  de  Sévigné  servit  de  maître  d'hôtel  et  Barnabe 
Giffard  d'échanson  ;  les  riîes  par  où  elle  passa  se  trouvèrent  ten- 
dues de  très  belles  tapisseries  que  les  habitants  avaient  fait  venir 
de  Rennes  et  d'ailleurs. 

«  Cette  dame  passa  huit  jours  à  Chaleaugiron  où  l'on  mit  tout 
en  usage  pour  lui  procurer  toutes  sortes  de  divertissements.  » 
■  Le  sire  de  Combour  et  sa  femme  n'eurent  point  d'enfants,  et 
cett^  seigneurie  passa  alors  aux  Raguenel  par  le  mariage  de 
Gilette  de  Malestroit-Chateaugiron,  sœur  de  Jean  VIII  avec  Jean 
Raguenel. 

Jean  de  Ghateaugiron  mourut  à  son  château  de  Chateaugiron 
le  31  mai  1482  et  sa  femme  en  1500. 

Elle  fut  alors  réunie  à  son  mari  qui  avait  été  enterré  à  l'ab- 
baye «ie  la  Vieuville,  comblée  de  tous  les  dons  des  seigneurs  de 
Combour. 

On  lisait  sur  leur  tombeau:*  Cy  gis<»nt  Mgr  Jehan,  sire  de 
DervaK  de  Combour,  de  Chateaugiron  de  Rougé  et  de  Puugeray, 
qui  trH»sp8ssa  le  dernier  jour  du  mois  de  may  l'an  de  grâce 
MCncCLXXXII  et  Madame  Hélène  sa  compagne,  fille  du  comte 
de  Laval  et  de  M.ontfort  et  de  hault^^  et  puissante  pincessie  Isa- 
beaui  aisnée  et  seule  fille  de  Jean  par  la  grâce  de  D  eu  duc  de 
Bretagne  et  de  Jeanne,  fille  de  Charles  par  la  grâce  de  Dieu  Roy 
de  France  VI*  de  ce  nom,  laquelle  trespa^sa  le  tiers  du  mois  de 
Décembre,  l'and^  giâce  MCCCCC. 

C'est  à  Jean  VIII  de  Chnleaugiron  que  Pierre  Le  Baud,  cha- 
noine de  la  Madeleine  de  Vitré,  présenta  sa  première  histoire  de 


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GOMBOtJR  ET  SES  SEIGNEURS  SOS 

Bretagne  en  1480.  Les  Bénédictins  ont  donné  dans  leur  histoire 
une  fort  belle  gravure  représentant  ce  fait  et  dans  laquelle  on 
voit  Jean  VIII  de  Ghateaugiron,  Hélène  de  Laval  son  épouse, 
Gilette  et  Marguerite  de  Ghateaugiron  ses  sœurs  (1)« 


GILETTE  DE  MALESTROIT-GHATEAUGIRON, 
DITE  DE  DKRVAL, 

16*  Skiqnkur 
1482 

A  la  mort  de  Jean  de  Ghateaugiron,  sire  de  Derval,  sa  sœur 
Gilette  lui  succéda  et  devint  dame  de  Gombour  en  1482. 

Elle  était  veuve  de  Messire  Jean  Raguenel,  dit  de  Malestroit 
(en  faveur  duquel  cette  bannière  fut  érigée  en  baronnie  en  1451), 
qui  devint  vicomte  de  la  Bellière  et  fut  maréchal  de  Bretagne. 

Loi-môme  en  1430  avait  succédé  à  son  frère  aîné  Jean»  mort 
sans  enfants.,  qui  portait  le  môme  prénom  que  lui  et  duquel  il 
recueillit  la  vicomte  de  la  Bellière  et  les  seigneuries  du  Ghastel 
Oger,  de  Beaumont,  de  Gramon,  etc. 

Jean  Raguenel,  quatrième  du  nom,  était  flis  de  Jean  Rague- 
nel,  vicomte  de  la  B  llière  et  de  Jeanne  de  Malestroit  G'est  d'elle 
que  lui  venait  la  seigneurie  de  Malestroit  dont  il  fut  premier 
baron  en  1451,  c'est  d'elle  aussi  qu*il  recueillit  la  seigneurie  de 
TArgouet  en  1470. 

D*autre  pari,  Jean  Raguenel  ne  fut  point  seigneur  de  Gombour 
sa  femme  n'étant  devenue  dame  de  Gombour  qu*après  la  mort 
de  celui-ci  en  1482,  et  lors  môme  qu'elle  en  aurait  joui  avant  la 
mort  de  son  mari,  celui-ci  n'élantpas  personnellement  seigneur 
de  Gombour  ne  doit  pas  ôtre  compté  dans  la  série  seigneuriale, 

Il  prenait  le  titre  de  sire  de  Malestroit,  du  vivant  de  sa  mère 
et  fut  môle  à  tous  les  événements  importants  de  son  temps;  il 
assista  agi  couronnement  de  plusieurs  de  nos  ducs. 

Enl425,il  accompagnaàGhinonoù  se  trouvait  alors  GharlesVII^ 
Arthur  de  Bretagne,  comte  de  Richemont,  qui  fut  créé  conné- 

(1)  LftTal  :  d'où  Hélène  époute  de  Jean  de  Ghateaugiron,  sire  de  DerTal  en  1450 
porta  :  ^or  à  la  croix  de  gueules  cantonnée  de  seize  alertons  d*azur  qui  est 
Montmot-ency,  la  croix  chargée  de  cinq  eoquilleê  d^argent^  PL  II,  fig.  IS. 


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304  REVUE  DE  BRETAGNE 

table  de  France.  Au  mois  de  septembre  1426  il  suivit  à  Saumur 
le  duc  Jean  V  qui  s'alliait  au  roi  contre  les  Anglais  ;  Tannée  sui- 
vante il  prenait  part  au  traité  signé  avec  le  duc  de  Bethfort  en 
Normandie* 

Il  assista  au  couronnement  de  François  II  à  Rennes  (1442),  prit 
part  à  la  conquête  de  Normandie  (1448)  et  &  la  prise  de  Fougères 
sur  les  Anglais  Tannée  suivante.  En  1450/ il  était  à  Rennes  au 
couronnement  de  Pierre  II,  aux  Etats  de  Vannes  du  22  mai  1451 
le  duc  le  faisait,  comme  nous  l'avons  dit,  bardn  de  Malestroit,  il 
en  fit  un  chevalier  de  Thermine  en  1453. 

Jean  Raguenel,  baron  de  Malestroit,  était  encore  aux  Etats  de 
1455  à  Toccasion  du  mariage  des  nièces  de  Pierre  II,  Marguerite 
de  Bretagne  avec  le  comte  d'Btampes  et  Marie  avec  Jean  de 
Rohan. 

Le  couronnement  du  duc  Arthur  III  le  rappela  à  Rennes  en 
1457  ;  enfin  il  accompagna  à  Montbazon  François  II  allant  faire 
hommage  au  Roi. 

Jean  Raguenel  perdit  en  1470  sa  mère^  Jeanne  de  Malestroit, 
qui  mourut  dans  un  &ge  très  avancé,  lui-môme  mourut  la  veille 
deNo5ll471: 

De  sa  femme,  Oilette  de  Derval,  dame  de  Chateaugiron,  il  avait 
eu  deux  filles  :  Françoise,  mariée  en  1461  à  Jean,  sire  de  Rieux, 
baron  d'Ancenis,  maréchal  de  Bretagne,  et  Jeanne,  sa  pulaée, 
dite  de  Malestroit^  dame  de  Gombour,  qui  épousa  Tanguy  du 
Chastel  en  1462. 

Jean  de  Rieux,  époux  de  Françoise  Raguenel,  dite  de  Males- 
troit, était,  d'après  d'Argentré,  un  homme  avisé,  vigilant,  indus- 
trieux et  grand  capitaine,  impossible  d'y  contredire,  mais  n'eut- 
îl  pas  le  tort  impardonnable  «  de  se  mettre  en  révolte  ouverte 
contra  sa  souveraine  et  de  commettre  le  crime  épouvantable 
d'infliger  à  la  Bretagne  dix-huit  mois  de  guerre  civile,  lui  enle- 
vant ainsi  la  moitié  de  ses  forces  contre  Tinvasion  étrangère  I  (1). 

Il  fat  capitaine  de  Rennes,  lieutenant  général  des  armées  du 
duc  tn  1472,  c'est  lui  qui  commandait  Tavant-garde  de  Tarmée 
bretonne  à  la  journée  de  Saint-Aubin-du-Gormier,  le  28  juillet 
i4S8,  et  en  sauva  les  débris  à  Dinan. 

François  II  par  son  testament  Tavait  désigné  pour  tuteur  de 
U  duchesse  Anne  avec  le  comte  de  Gomminges  pour  coadjuteur 

(1)  ïtà  la  Borderie,  Cours  (Thistaire  de  Bretagne,  p.  2&8,  année  1892-18. 


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.     COMBOCR  BT  SES  SBIONBURS  30» 

et  Françoise  de  Dinan,  dame  de  Chateaubriand  pour  gouvernante. 
La  duchesse  Marguerite  avait  légué  en  1409  son  collier  d'or  à 
Françoise  de  Raguenel,  épouse  du  Maréchal  de  Rieux  (1). 


JEANNE  RAGUENEL  DITE  DE  MALE8TR0IT. 

Jeanne  de  Malestroit  Raguenel,  flUe  puînée  de  Jean  Raguenel 
sirede  Malestroit  et  de  Gilette  deDerval,  devintdame  de  Gombour 
i  la  mort  de  sa  mère. 

Elle  épousa  en  1462  messire  Tanguy  du  Ghastel  seigneur  de 
Renac  capitaine  de  la  ville  et  du  Ghastel  de  Nantes,  neveu  du 
célèbre  prévôt  de  Paris. 

Dès  le  temps  de  Gharles  VII,  le  duc  avait  tenté  de  s'attacher 
Tanguy  et  de  l'attirer  à  son  service.  Gelui-ci  finit  par  y  consentir, 
mais  voulut  auparavant  aller  prendre  congé  du  roi  à  Mehun,  il 

0)  Raguenel,  Ticomte  de  la  Bellière,  paroisse  de  Pleudihen,  baron  de  Males- 
troit 1451,  tire  de  Chateaugiron  de  Derral,  de  Rongé  portait  ;  Ecartelé  cTarçent 
et  de  sable  au  lambel  de  Vun  #n  Vautre.  PI.  II.  fig.  16. 

La  famille  Raguenel  substituée  au  XV*  siècle  aux  nom  et  armes  de  Malestroit 
par  alliance  a^ec  Théritière  de  cette  terre  a. fini  à  Françoise,  dame  de  Malestroit- 
Cliat«augiron  et  DerTal,  mariée  en  1461  à  Jean  de  Kieux,  maréchal  de  Bretagne 
et  à  Jeanne  sa  soeur,  dame  de  la  9ellière  et  de  Combour,  mariée  en  136t,  àTangui 
du  Ghastel.  Robin  Raguenel  Tun  des  héros  du  Combat  des  Trente,  épousa  Jeanne 
de  Dinao,  dame  de  la  Beliière  de  qui  leur  Tenait  cette  terre,  d'où  :  1^  Guillaume, 
époux  de  Jeanne  de  Montfort,  tué  à  la  bataille  d'Auray  en  1364  ;  et  2*  Tiphaine 
Ragnenel,  première  femme  de  Bertrand  du  Quetclin. 

GiUes  Ragoenel,  abbé  duTronchet,  près  de  Combour  en  1437  (*),Hieux,  baron 
d*Ânc«nis,  comte  de  Chateauneuf^  Ticomte  de  Donges,  baron  de  Lavai,  Vitré  et 
Montfori-la-Ganne,  comte  de  TArgouet,  baron  de  la  Roche-Bernard  et  de  Denral, 
marquis  d'Assérac,  1474. 

D'azitr  à  neuf,  alias  dix  besans  d*or  3.  3.  3.  i.  ou  4.  3.  2.  i.  sceau  de  1351 . 

13BT18B  :  A  tout  heurt  bellier,  à  tout  heurt  Rieux,  et  aussi  :  Tout  un. 

Cette  illustre  maison  alliée  à  celle  de  Bretagne  Penthièvre,  Léon,  Machecoui, 
Amboise,  Clisson,  Rochefort,  Montauban,  Uarcourt,  Hohan,  Lorraine,  Montmo- 
rency et  Bourbon  remonte  à  Alain  qui  accompagnait  le  duc  Gonan  II  au  siège  de 
Combour  en  1065    PI.  II,  fig,  i7, 

Jean  de  Rieux  maréchal  de  Bretagne  aTait  épousé  en  premières  noces  Françoise 
de  Raguenel  ;  2<*  Glamde  de  Maillé  le  14  juin  1485  et  3*  Isabelle  de  Brosse  dite  de 
Bretagne  comtesse  de  PenthièTre. 

Du  Chastel,  Ticomte  de  la  Beliière,  seigneur  de  Renac  porte  :  Fascé  d'or  et  de 
gueules  de  sic  pièces.  Obtisb  :  Tu  Tiendras  à  bien  et  Taillance  du  Ghastel,  Alias  : 
Mar  car  Doué,  s'il  plaît  à  Dieu.  PI.  12,  fig.   i8.  \ 

La  branche  aînée  s'est  fondue  dans  la  maison  de  Rieux  et  a  passé  aux  Gossé- 
Brissac. 

(^  Potier  de  Courcy,  Armoriai  de  Bretagne. 


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90é  REVUE  DE  BRETAGNE 

trouva  le  zoonarque  malade  et  le  voyant  abandonoé  de  tous, 
resta  près  de  lui  jusqu'à  sa  mort;  il  avança  môme  plus  de 
cinquante  mille  /rancs  pour  son  enterrement,  1461.  Puis  il  revint 
offrir  ses  services  au  duc  qui  lui  donna  par  reconnaissance  la 
charge  de  grand  maître  d*hôtel  et  le  maria  avec  Jeanne  Raguenel, 
seconde  fille  du  maréchal  de  Malestroit.  Il  lui  donna  en  outre  la 
seigneurie  du  Bois-Raoul  et  celle  de  Renac,  diocèse  de  Vannes, 
avec  permission  d-y  bâtir  un  ch&teau,  de  lever  le  guet  sur  ses 
sujets  et  de  porter  ses  armes  en  bannière  le  créant  banneret 
comme  ses  aînés  du  Chastel  (1). 

Politique  habile  et  expérimenté,  Tanguy  rendit  de  grands  ser- 
vices au  duc,  il  le  guida  dans  la*ligue  du  Bien  public  et  en  1464 
le  Duc  ayant  convoqué  les  Etats  à  Dinan,  emmena  avec  lui 
Tanguy  du  Chastel. 

Comme  ce  dernier  était  homme  de  bon  sens  et  voyait  plus  loin 
que  les  autres,  il  fit  tout  son  possible  pour  dissuader  François  II 
d'accompagner  en  Normandie  le  nouveau  duc  Charles  de  Valois, 
frère  de  Louis  XI  (1464J.  Mais  ses  sages  avis  ne  furent  pas 
écoutés,  les  ennemis  de  Tanguy  l'ayant  desservi  dans  Tespritdu 
Duc.  Voyant  qu'il  perdait  sa  faveur  et  ne  pouvant  supporter  les 
intriguesetlaconduitedérégléedeladamedeVillequier,toute  puis- 
sante auprès  de  François  II,  il  forma  le  projet  de  se  retirer  f  1405).- 

Pour  y  parvenir,  Tanguy  se  fit  écrire  par  sa  f^mme  qu'elle 
était  malade  et  désirait  le  voir.  Muni  de  cette  lettre,  il  pria  le 
chancelier  Rouville  de  lui  obtenir  son  congé  du  Duc.  Celui-ci, 
envieux  de  Tanguy,  s'y  employa  d'autant  mieux  et  l'obtint. 
Tanguy  se  retira  alors  en  Bretagne  1468.  De  là,  il  écrivit  au  Duc 
pour  Tavertir  des  dangers  qui  le  menaçaient,  s'il  se  rendait  en 
Normandie.  Bien  que  ces  avis  partissent  d'un  cœur  fidèle,  on  les 
Qégltgea. 

Tangui  entra  alors  au  service  du  Roi,  mais  Texpérience  qu'il 
avait  acquise  à  ses  dépens  du  peu  de  fonds  qu'il  faut  faire  de  la 
faveur  des  princes,  fil  qu'il  s'assura,  avec  l'agrément  du  Roi,  du 
gouvernement  de  Roussillon  et  de  la  Cerdagne,  pour  le  cas  où  la 
faveur  du  roi  venant  à  lui  manquer,  il  serait  forcé  de  quitter  la 
cour  de  France.  Dans  ce  but,  il  conclut  avec  Antoine  de  Chateau- 
Qf  uf ,  seigneur  du  Lau  un.tralté  qui  fut  signé  aux  Montilsprès  de 
Tours  le  2^  décembre  1471. 

(1)  D.  LobittMUv  p.  614. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS  307 

En  1472,  Tang  députa  vers  le  Duc  qui  se  trouvait  à  Redon, 
Pierre  Boyer,  conseiller  du  roi,  lieutenant  général  de  la  Touraine 
l6  chargeant  de  faire  en  son  riom  plusieurs  densandes  au  Duc. 
Il  priait  le  Duc  de  lui  rendre  sa  fille  mineure,  Gilonne  du  Chastel 
laquelle  était  détenue  par  ordre  de  François  II,  ch^z  le  sire  de 
Rieuz,  beau-frère  de  Tangui,  de  le  laisser  jouir  du  vicomte  de  la 
Bellière  et  de  lui  en  faire  restituer  les  arrérages,  de  souffrir  que 
le  sire  de  Rieux  et  Françoise  de  Malestroit,  épouse  de  celui-ci,  Ipi 
donnassent  ce  qui  lui  revenait  de  la  succession  du  feuNsire  de 
Malestroit,  père  de  leurs  femmes.  Il  demandait  enfin  au  duc  de 
permettre  que  Soyer  lui  rendit  hommage  à  sa  place  pour  ses 
terres  de  Bretagne  puisqu'il  ne  le  pouvait  faire  lui-même^ retenu 
quM  était  par  le  service  du  Roi. 

Quelques  années  après  la  réconciliation  amenée  entre  Louis XI 
et  François  II  par  le  traité  de  Senlis  (1475),  fit  que  Tangui  se 
rossentit  un  des  premiers  de  cette  amnistie.  Le  Duc  lui  accorda 
le  3  janvier  main-levée  de  tous  ses  biens  qui  avaient  été  saisis, 
et  donna  la  garde  de  Gilette  ou  Gilonne,  fille  aînée  de  Tangui  à 
Jean  de  Malestroit,  seigneur  de  Dervah  frère  de  Gilette  de  Derval 
dame  de  Gombour  et  de  Ghateaugiron  belle-mère  de  Tangui 
(1476). 

Toute  sa  vie,  Tangui  fut  un  modèle  de  conduite,  de  sagesse,  de 
prudence  en  môme  temps  que  de  fermeté,  mais  ces  éminentes 
qualités  ne  brillèrent  jamais  en  lui  d*un  plus  vif  éclat  que  dans 
le  gouvernement  du  Roussillon  dont  la  population  turbulente  et 
flère  était  des  p  us  difficiles  à  gouverner. 

Les  hautes  charges  et  les  grandes  dignités  dont  il  avait  été  re- 
vêtu (Louis  XI  l'avait  fait  chnvHlier  de  s»  s  ordres),  ne  Tavai^  nt 
pas  enrichi;  il  mourut  relativement  pauvre,  des  suites  d'une 
blessure  produite  par  un  coup  de  couleuvrine  qu'il  reçut  cluprès 
du  Roi  au  siège  de  Bouchain. 

Peu  de  temps  avant  sa  mort,  Jean  VIII,  frère  de  sa  belle-mère 
Gillette  de  Derval,  donna  à  Tangui  et  à  ses  descendants,  sans 
doute  dans  le  but  de  réparer  les  torts  de  son  père,  la  baronnie 
de  Derval.  à  condition  qu'ils  prendraient  le  nom  de  Derval 
(28  août  1477). 

Dans  son  testament  daté  du  29  mai  1477,  Tangui  suppliait  le 
Roi  de  marier  sa  fille  cadette  Jeanne,  de  laisser  marier  l'aloée 
Gilette  par  ses  amis  et  de  permettre  à  &a  femme  de  disposer  de 
la  troisième. 


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308  REVUE  DE  BRETAGNE 

II  priait  le  Roi  d'acquitter  ses  dettes  n'en  ayant  pas,  disait-il, 
qQ*il  n'but  contractée  pour  son  service,  lui  demandant  pardon 
de  ses  négligences  ou  de  ses  contradictions  car  :  «  folie  le  lui 
faisait  faire  plus  que  malice.  » 

François  11  voulut  bien  oublier  que  Tangui  du  Ghastel  avait 
quitté  son  service  pour  celui  du  Roy,  il  accorda  à  sa  veuve  le 
rachat  échu  par  sa  mort,  mais  la  Gbancellerie  réduisit  ce  don  de 
moUié, 

Gilette  de  Ghateaugiron  épouse  de  Jean  Raguenel,  n'étant  de- 
venue dame  de  Gombour  qu'après  la  mort  de  son  frère  Jean  en 
148S,  Jeanne  Raguenel,  sa  fille,  ne  fut  dame  de  Gombour  qu'à  la 
mort  de  sa  mère  (1500  environ),  en  sorte  que  Tangui  du  Ghastel 
mort  en  1471  ne  peut  être  compté  parmi  les  seigneurs  de  Uom- 
bour,  ne  Tayiint  pas  été  môme  du  chef  de  sa  femme. 

(A  suivre). 

Paul  db  la  Bignb. 


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REVUES  BRETOiNNES 


L'HsRMiNK  :  18*  ann.  Mensuel.  1  an  12  fr.  Union  postale  15  Ir. 
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Directeur  :  Louis  Tiercelin,  à  Paramé  (I Ile-et-Vilaine). 

Les  ÂrrifALES  de  Bretagne  :  22*  ann.  Trimestriel.  1  an  10  fr. 
Union  postale  12  fr.  50.  Publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de 
Rennes.  Rédacteur:  G.  Dottin,  37,  rue  de  Fougères,  Rennes. 

Le  Clocher  Breton  :  14*  an^  Mensuel.  1  an  5  fr.  50.  Directeurs  : 
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taine, Lorient. 

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mois.  1  an  5  fr.  Ouimper. 

La  Revue  Morbihannaise  :  11*  ann.  1  an  5  fr.  Directeurs  : 
J.  BuLÉON,  V»*  de  la  Grancière,  E.  Sageret.  Chez  Lafolye,  Vannes. 

La  Paroisse  Bretonne  de  Paris  :  9*  ann.  Mensuel,  1  an,  2fr.  25. 
Directeur  :  M.  l'abbé  Cadic,  13,  rue  Littré,  Paris  (VI*  ar»). 

La  Jeune  Bretagne:  5*  ann.  mensuel.  1  an,  2  fr.  pour  la  Bre- 
tagne, 2  fr.  50  pour  le  reste  de  la  France.  Bulletin  d*études  et  d'ac- 
tion sociales.  Rennes.  30,  rue  Hoche. 

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ments partent  du  !«' janvier.  S^adresserà  M.  Cardinal,  recteur  de 
Saint- Vougray,  par  Plouzévédé  (Finistère), et  pour  les  abonnements 
à  M.  Caroff,  vicaire  aux  Carmes,  Brest  (Finistère). 

Bretoned  Paris.  Bulletin  de  la  Société  «  La  Bretagne  »,  4*  année. 
1  an,  2  fr.  50.  Direction  :  40,  rue  du  Cherche-Midi,  Paris. 

Revue  du  Pats  d'Aleth  :  4«  année,  mensuel.  1  an,  3  tr.  Dire*. 
teur  :  Jules  Haize,  rue  Jacques  Cartier,  Saint-Servan. 

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à  Ancenis  (Loire-Inférieure).  Administration  et  Bureaux, 25,  Haute 
Grande  Rue,  Nantes. 


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Paris,  60,  quai  des  Orfèvres. 

Revue  du  BAS-Porrou,  20*  année,  trimestrielle  ;  1  an  :  8  fr. 
N*  2  fr.  50.  —  D'  M.  René  Vallette,  à  Fontenaj-le-Comte. 

L'ANJOU  HISTORIQUE-  —  7*  ann.  tous  les  2  mois.  1  an  :  6  fr.  D' 
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Revue  des  Traditions  populaires.  22*  ann.  mens.  1  an,  15  li . 
N»  1  fr.  50.  Direct.  M.  Paul  Sébillot,  K),  boulev.  St-Marcel,  Paris. 

La  Revue  Bleue,  15,  rue  des  Saints-Pères.  Paris. 

La  Vendée  historique.  —  (Revue  de  la  Vendée  militaire).  Tous 
les  quinze  jours  ;  11*  année.  —  Edit.  sur  papier  fort,  6  fr.  50  ;  édit. 
ord.  5  fr.  —  D^  Henri  Bourgeois,  à  Luçon  (Vendée). 

Revue  de  l'Anjou,  57*  année,  12  fr.  par  an.  —  Librairie  Germain 
et  Grassin,  Angers. 

La  Revue  Héraldique,  fondée  en  1862.  Mensuel,  Directeur 
Y**  de  MazièreS'Mauléon.  Bureaux  :  8  rue  Daumier,  Paris 


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du  voyage  d'excursions  indiqué  ci-dessus  et  inversement  des  billels 

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4*  Série.  —  7*  Année 
JUIN   1908.   Tome   XXXIX 


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de  Bretagne 

REVUE  4^  REVUE 

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ptiçes  dw  Lic€s,  Vannes.  ^ 


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SOMMAIRE 


L  —  Combour  et  ses  Seigneurs  (suite).  —  Paul  de  la  Bignb.  293 
IL  ^    Mélanges  historiques  (suile).  — .  X.  La  Prise  de  Dol  par 
Olav  de  Not:wège.  —  XI.  Le  Mariage  d Alain  III.  —  XII. 
Alain  HI  et  Budric  de  Nantes.  —  M^*  Ch.  de  la  Lande 

DE  Calan 309 

UL  —  Les  Deux  Saisons.  —  Jos  Parebr 315 

IV.  ^  AUenials  des  Penlhiêvre  contre  le  due  Jean  V  {ÎU20-1U22). 

—  J.  Trévédt 318 

V,  —  Paroisse  Saint- Pierre  en  Saint-Georges.  —  J.  Coupel.     .  326 

VL  —  Saint-Sêbastien-Burgos.  "•  CommAud^ni  DE  M allerây  330 

VIL—  Thérèse- Joseph  Poullain-du- Parc.—  3.  Coupel.     .     .     .  339 

VIIL  —  Bibliographie 343 

JX.  —  Table  semestrielle 345 


CONDITIONS    D'ABONNEMENT 

France,     un  an 12  fr. 

Etranger,    —    .     . 15  — 

On  s  abonne  soit  chez  M.  le  comte  le  Laigde,  château  de 
BahureK  par  Hedon,  soit  chez  M.  Lafolye,  imprimeur  à  Vannes. 

Les  abonnements*  partent  du  !•'  janvier  ou  du  !•'  juillet  de 
Tannée  en  cours.  —  Il  n'est  pas  vendu  de  fascicules  isolés,  sauf 
pour  les  abonnés. 

Les  travaux  comprenant  au  moins  16  pages  de  texte  sont  seuls 
tirés  À  part.  50  exemplaires  sont  offerts  aux  auteurs. 


NoTn.  —  La  Direction  et  la  Rédaction  de  la  Revue  de  Bretagne 
ne  sauraient  être  nullement  responsables  des  théories  ou  opinions 
émises  dans  les  articles  qui  y  sont  insérés,  cette  responsabilité, 
incombant  tout  entière  à  leurs  seuls  auteurs. 

Il  sers  rfndu  compte  de  tout  ouvrage  dauieur  Lteion  ou  inté- 
ressant là  Bretagne,  dont  un  exemplaire  aura  été  adressé  au'Rédacieur 
en  chef  de  Im  Revue. 


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u 


MÉLANGES  HISTORIQUES 

(Suite)  (1) 


X.  —  La  Prisi  db  Dol  par  Olav  dk  Norwèqb. 

Onfllaume,  moine  de  Tabbaye  de  Jumièges,  qui  écrivit  à  la  fin 
du  XI*  siècle  Thistoire  des  ducs  de  Normaudie,  raconte  que  le 
duc  Richard  H,  en  guerre  avec  Eudes,  comte  de  Chartres,  expé- 
dia des  députés  de  Tautre  côté  de  la  mer  et  appela  à  son  secours 
Olav,  roi  de  Norvège,  et  Lacman,  roi  de  Suède.  Ceux-ci  étant  venus 
débarquer  sur  les  rivages  de  la  Bretagne  furent  attaqués  par  les 
Bretons  ;  mais  comme  ils  avaient  eu  la  précaution  d'entourer  leur 
camp  de  fossés  étroits  et  profonds  dans  lesquels  la  cavalerie 
bretonne  lancée  inconsidérément  à  toute  vitesse  se  précipita  et 
trouva  la  mort,  ils  remportèrent  une  victoire  complète  et  mar- 
chant sur  Dol,  s'en  emparèrent,  l'incendièrent,  massacrèrent  les 
habitants  et  leur  capitaine  nommé  Salomon  ;  puis  ils  reprirent 
la  mer  et  vinrent  aborder  à  l'embouchure  de  la  Seine. 

Or,  tous  nos  historiens  bretons  ont  placé  ces  événements  sous 
le  règne  de  notre  duc  Oeofroi.  La  raison  en  est  probablement 
qu'à  leurs  yeux  Guillaume  de  Jumièges  suit  dans  ses  récits  Tordre 
chronologique;  or,  comme  il  raconte  la  prise  de  Dol  avant  le  ma- 
riage de  Richard  de  Normandie  et  de  Juiith  de  Bretagne,  mariage 
auquel  assistait  Geofroi  frère  de  Judith,  il  s'ensuit  que  la  prise 
de  Dol  est  antérieure  à  la  mort  de  Geofroi. 

Ce  raisonnement  pèche  malheureusement  par  la  base.  Il  n'y  a 
en  effet  aucune  suite  chronologique  dans  l'œuvre  de  Guillaume 
de  Jumièges.  Avant  de  raconter  la  prise  de  Dol,  il  vient  de  parler 
de  la  mort  de  Suénon,  roi  de  Danemark  (2  février  1014).  Il  n'y  a 
donc  pas  plus  de  raisons  de  supposer  que  la  prise  de  Dol  est 
antérieure  au  mariage  de  Richard  II  que  de  la  supposer  posté- 
rieure à  la  mort  de  Suénon. 

(I)  Voir  la  JUvu$  de  mai  1908. 

Juin  i908  tZ 


% 

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310  RBVUB  DE  BRETAGNE 

Or.  comme  l'a  fait  remarquer  M.  Pfister,  dans  son  livre  sur 
Robert  le  Pieux,  le  débarquement  des  Scandinaves  en  Bretagne 
est  rattaché  par  l'historien  normand  à  la  guerre  soutenue  par 
Richard  de  Normandie  contre  Eudes  de  Chartres^  guerre  dans 
laquelle  celui-ci  avait  pour  auxiliaire  Galeran,  qui  ne  devint  sei- 
gneur de  Meulan  qu'en  1013  ou  1014.  De  plus,  nous  savons  par 
Guillaume  de  Jumiëges  que  le  roi  Oiav  se  di  baptiser  à  Rouen 
après  la  fin  de  cette  guerre,  et,  comme  d'après  les  historiens 
scandins^ves,  ce  fut  la  flotte  d'Olav  qui  en  février  1014  ramena  le 
roi  Ethelred  de  Normandie  en  Angleterre,  il  est  probable  que 
c'est  à  cette  date  que  se  place  le  baptême  d'Olav. 

On  a  objecté  qu'Âubri  de  Troisfontaines  place  en  1005  la  res- 
tauration de  Marmoutiers  par  Eudes  de  Chartres  et  par  sa  se- 
conde femme  ;  on  en  a  conclu  qu'il  était  remarié  à  cette  époque, 
et  comme,  d'après  Guillaume  de  Jumiëges^  le  douaire  de  sa 
première  femme  aurait  été  le  sujet  de  sa  querelle  avec  Richard 
de  Normandie,  la  querelle  en  ce  cas  aurait  nécessairement  été 
antérieure  à  1005.  Il  est  évident,  d'après  ce  que  je  viens  de  dire, 
que  cette  conclusion  est  impossible.  On  peut  admettre  avec 
M.  Pfister  que  la  date  donnée  par  Âubri  est  inexacte,  comme 
beaucoup  d'autres  du  même  chroniqueur  ;  mais  je  ne  vois  pas,  à 
une  époque  où  les  litiges  attendaient  parfois  très  longtemps  une 
solution,  pourquoi  la  guerre  aurait  éclaté  aussitôt  après  la 
mort  de  la  première  femme  d'Eudes  de  Chartres. 

Il  me  semble  par  conséquent  que  voici  comment  les  événe- 
ments ont  dû  se  passer.  Suénon  de  Danemark  avait  réduit  Olav 
de  Norvège  à  une  condition  voisine  de  la  vassalité  et  l'avait 
obligé  à  l'accompagner  lorsqu'il  entreprit  la  conquête  de  l'Angle- 
terre. Le  pays  une  fois  conquis,  Olav  dont  les  capacités  pira- 
tiques  se  trouvaient  probablement  sans  emploi,  dut  répondre 
avec  empressement  à  l'appel  de  Richard  de  Normandie,  cher- 
chant des  alliés  contre  Eudes  de  Chartres.  La  razzia  qu'il  exécuta 
sur  le  pays  de  Dol  fut  probablement  le  résultat  de  l'hostilité  que 
lui  montra  une  population  au  milieu  de  laquelle  il  vint  débarquer 
par  erreur  et  qui,  ne  connaissant  pas  le  but  de  sa  venue  en 
France,  le  traita  naturellement  en  ennemi  (1).  Ceci  devait  sr 
passer  en  1013. 


(1)  C*ett  la  ▼ersion  de  Guillaume  de  Jumièges,  mais  quand  on  considère  Tal- 
lian ce  étroite  avec  les  comtes  de  Chartres,  qnî   fit  la   base  de  la  politique  de 


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MELANGES  HISTORIQUES  311 

Olav  ne  s*attardti  donc  pas  en  Bretagne  et  se  dirigea  vers  la 
Normandie.  La  paix  ayant  été  conclue  sur  ces  entrefaites^ 
Richard  ne  savait  probablement  comment  se  débarrasser  de  son 
allié  quand  arriva  la  nouvelle  de  la  mort'de  Suénon.  C'était  pour 
Olav  une  excellente  occasion  de  se  libérer  du  joug  danois  : 
il  songea  aussitôt  à  mettre  les  chrétiens  dans  ses  interdis,  se  fit 
baptiser,  offrit  son  appui  au  roi  d'Angleterre  Etheired,  que 
Suénon  avait  chassé  d'Angleterre,  contre  leur  ennemi  commun, 
Kanut,  Sis  et  successeur  du  roi  danois.  Aussi  ce  fut  sur  la  flotte 
norvégienne  qu'Bthelred  rentra  en  Angleterre.  Ainsi  placé  cet 
épisode  cadre  beaucoup  mieux,  on  le  voit,  avec  les  données  du 
Thistoire  générale. 


XI.  —  Lb  Mariaob  d'Alain  III. 

La  Chronique  de  Quimperlé  après  avoir  mentionné  à  la  date  de 
1008  Tavènement  d'Alain,ajoute  «  qu'il  épousa  Berte,fllle  du  comte 
«  Odoa  de  Chartres,  par  l'avis  et  le  secours  d* Alain,  comte  de 
«  Cornouaille,  qui,  bien  que  poursuivi  par  les  Français,  l'amena 
«  au  duc  par  la  force  de  son  armée  »  ;  ce  qui  fut  cause  que  le  duc 
de  Rennes  rendit  au  comte  de  Uornouaille  la  succession  de  son 
père  que  celui-ci  avait  perdue  autrefois  dans  sa  jeunesse. 

Dans  quelles  conditions  Berte  fut-elle  enlevée  par  Alain  de 
Ciornouaille  ? 

A  la  suite  de  la  guerre  faite  par  le  comte  de  Rennes  au  comte 
d'Anjou,  probablement  en  Tannée  1028(1),  répondent  nos  histo- 
riens pour  qui  le  comte  de  Gornouaille  est  le  vassal  fidèle  du 
comte  de  Rennes  et  combat  dans  son  armée.  Ces  érudits  n'ont  pas 
pris  garde  que  la  guerre  menée  par  le  comte  de  Rennes  contre  le 
comte  d'Anjou  n'est  qu'un  épisode  d'une  coalition  féodale  formée 
contre  ce  dernier  et  que  Tannée  môme  où  le  comte  du  Mans  et  le 
comte  de  Rennes  assiégeaient  le  Lude  et  menaçaient  TAnjou  par 


Gonan  I  «t  d'Alain  lU,  on  se  demande  li  les  auxiliaires  du  due  de  Normandie  ont 
réeUemeni  agi  sans  mauTaise  intention  et  8*ils  n*ont  pas  plutôt  cherché  à  frap- 
per des  adversaires  plus  on  moins  déclarés  de  la  cause  qu'ils  soutenaient. 

(1)  La  Chronique  d'Anjou  place  cette  campagne  en  1027  mais  comme  elle  place 
enlOt&  le  siège  de  Saumur  qui^  d'après  des  documents  plus  exacts,  làChrOnique 
du  Mont  Saint'Michel\tds  exemple^  eut  lieu  en  1026,  je  crois  atec  M*  de  la  Borderie 
que  la  date  de  1028  est  préférable. 


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y 

312  REVUE  DE  BRETAGNH 

la  vallée  du  Loir,  le  comte  de  Chartres  et  le  roi  de  France  assié- 
geaient Amboise  et  menaçaient TÀnjou  par  la  vallée  tie  la  Lnire.  Si 
Alain  dfi  Cornouaille  avait  servi  dans  l'arméo  d'Alain  de  Rennes, 
allié  desGharlrainsetdeaPrançais,  on  s'expliquerait  diflicitemeat 
pourquoi  il  aurait  été  enlever  à  la  barbe  de  l'armée  Française  la 
fille  du  comte  de  Chartres.  Un  pareil  coup  d'audace  se  comprend 
aucontraire  fort  bien  si  Alain  de  Cornouaille  servai  t  dans  Tarmée 
du  comte  d'Anjou,  protecteur  du  comte  de  Nantes  son  beau- 
frère.  Dans  cette  hypothèse  tout  s'explique.  Si  Alain  de  Cor- 
nouaille sert  dans  l'armée  angevine  parmi  les  ennemis  du  comte 
de  Rennes,  c'est  que  celui-ci  lui  a  enlevé  ses  domaines  pater- 
nels, comme  le  dit  précisément  la  Chronique  de  Qinmperlé.  Il 
n'y  a  pas  dès  lors  pour  le  CornouailUls  du  meilleur  moyen  de 
rentrer  en  grâce  près  de  son  suzerain  que  de  se  saisir  dune 
jeune  personne  que  celui-ci  veut  épouser  et  dR  ne  la  rendre  aux 
siens  que  moyennant  une  compensation  tf  rrttoriale. 

C'est  bien  ainsi  que  l'a  entendu  Le  Baud  ;  mais  J rompe  par 
quelque  faute  de  copiste  et  lisant  1013  au  lieu  de  1031  la  date 
d'une  charte  du  Ca^tulaire  de  Quimp^rlé^  il  a  rapporté  à  cette 
guerre  supposée  entre  Alain  de  Rennes  et  Alain  de  Cornouaille 
la  bataille  de  Locronan.  L'erreur  est  certaine,  mais  ^llfi  ne  doit 
pas  nous  faire  révoquer  en  doute  le  fait  des  démôiéi*  antérieurs 
entre  la  dynastie  de  Rennes  et  la  dynastie  de  Cornouaille  Je  dis 
démêlés  antérieurs,  car  si  Alain  de  Renues  donne  en  lOiô  Balle- 
Ile  à  Tabbaye  de  Redon  comme  si  ceUe  île  lui  appartenait 
en  propre,  alors  qu'Alain  de  CornouailU  affirmait  trois  ans 
après  qu'elle  faisait  partie  des  biens  qui  lui  venaient  de  la  suc- 
cession de  sa  mère,  c'est  qu'à  cette  date  le  comte  de  R  nnns 
avait  déjà  dépouillé  et  chassé  de  ses  Etats  (e  comte  de  Cor- 
nouaille (I). 

Le  maridge  d'Alain  III  postérieur  à  la  campagne  de  102S,  anté- 
rieur à  la  fondation  de  l'abbaye  de  Quimperlé  en  1029,  se  place 
donc   à  la  fin  de  1028  ou  au  commencement  de  1029,  sans  qu'il 
soit  possible  de  donner  la  préférence  à  l'une  de  ces  diles. 
Les  bonnes  relations  ainsi  rétablies  entre  les  deux  Alains  ae 


(f)  AoUridure  à  1026,  la  broaiUe  deg  deux  Alain  «at  poâl^riéare  à  10?1«  dat« 
àiâqueilê  ili  apposant  tous  deux  leur  signature  au  bas  d'un  â^cte  de  TëvAque  d« 
Vannas  en  faveur  de  l'abbaje  de  Hedon  (Morice,  Prtures,  lame  I,  coU  36^}. 
C«t  a«U  prouve  de  plus  qu*Aldin  ne  de?int  pat  comte  d«  Comoua-iUe  vvre  lOiî» 
«omma  on  le  dit  généralement,  puisqu'il  Téuii  déjà  en  iQll* 


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MELANGES  HISTORIQUES  313 

durèrent  guère.  En  1031  le  comte  de  Cornouaille  faisait  une 
donation  à  l'abbaye  de  Quimperlé  pour  remercier  Dieu  de  la 
▼ictoire  qu'il  venait  de  remporter  dans  la  forôt  de  Nevet  sut  le 
eomte  de  Rennes.  Il  faut  donc  placer  cette  victoire  en  1030  ou 
1031.  La  date  de  1013  qne  lui  assigne  Le  Baud  est  certainement 
erronée  et  provient  d'une  faute  de  lecture  ou  d'une  faute  de 
calcul.  La  paix  ne  tarda  pas  d'ailleurs  à  être  rétablie  entre  les 
deux  adversaires,  car  en  1032  Alain  de  Cornouaille  signe  à  côté 
d'Alain  de  Rennes  la  charte  de  fondation  de  l'abbaye  de  Saint- 
Georges. 


XIL  —  Alain  III  et  Budiq  db  Nantis 

Entre  les  comtes  de  Rennes  et  les  comtes  de  Nantes  l'hostilité 
a  existé  pour  ainsi  dire  à  l'état  chronique  pendant  tout  le  cours 
des  X*  et  XI*  siècles^  Alain  de  Rennes  et  Budic  de  Nantes  n'ont 
pas  manqué  à  cette  règle  commune,  et  la  Chronique  de  Nantes 
nous  a  laissé  le  lamentable  tableau  des  ruines  que  leur  rivalité 
amoncela   sur  le  pays  nantais.  Cette  guerre   aurait  eu  pour 
origine  la  démolition  du  manoir  épiscopalde  Nantes,  détruit  par 
le  comte  Budic  pendant  que  l'évéque  Gautier  était  allé  faire  un 
pèlerinage  à  Jérusalem.  A  son  retour,  l'évéque  se  plaignit,  le 
comte  de  Sennes  prit  fait  et  cause  pour  lui,  et  le  comte  d'Anjou 
de  son  eôté  prêta  main-forte  au  comte  de  Nantes.  Malheureu- 
sement nous  ignorons  la  date  du  pèlerinage  de  Gautier  et  nous 
ne  pouvons  fixer  ainsi  Képoque  à  laquelle  commença  la  guerre. 
Elle  se  serait  terminée  en  1033,  disent  nos  historiens  modernes, 
Budic  aurait  cessé  les  hostilités  à  la  suite  du  dommage,  que  lui 
aurait  cau^é   le  comte  d'Anjou  en  construisant  un  château  k 
Saint-Florent,  localité  alors  soumise  à  l'autorité  du  comte  d«^ 
Nantes.  Ce  mauvais  procédé  lui  aurait  ouvert  les  yeux  sur  lu 
faute  qu'il  avait  commise  en  reconnaissant  la  suz  raineté  ange- 
vine, et  lui  aurait  prouvé  que  la  suzeraineté  rennaise  ne  lui 
sera  t  pas  plus  désavantageuse.  Or,  j'admets  très  bien  que  la 
construction  du  ch&teau  de  Sjint-Florent  doive  être  placée  aux 
environs  de  l'année  1032,   mais  rien   ne  dit  qu'elle  soit  anté- 
rieqre  à  la  réconciiialion  de  Budic  et  d'Alain.   La  Chronique 
de   Nantes  nous  dit  simplernent  que  Tautorité  de  Budic   fut 
amoindrie  d'un  côté  par  Thostilité  armée  du  comte  de  Rennes, 


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314  REVUE  DE  BRETAGNE    , 

de  r&utre  par  les  empiétements  du  comte  d'Anjou.  Celui-ci  a 
tout  aussi  bien  pu  faire  construire  le  château  de  Saint-Flo- 
rent après  la  réconciliation  d'Alain  et  de  Budic*  dans  l'inten- 
tion de  punir  celui-ci  d*aYoir  abandonné  sa  cause.  Nous  savons 
en  effet  qu'en  1032  .Alain  et  Budic  étaient  en  bons  rapports, 
puisque  ta  signature  de  Budic  figure  au  bas  d'une  donation 
faits  par  Alain  à  l'abbaye  du  Mont  Saint-Michel.  Dira-t-on 
que  la  brouille  est  postérieure  à  cette  époque  ?  Mais  alors  corn*- 
meni  prétend-on  faire  tenir  entre  1032  et  1033  le  pèlerinage 
de  Tévêque  Gautier,  les  ravages  répétés  du  pays  nantais  par  le 
comte  de  Rennes,  la  construction  de  Saint-Florent,  la  réconci^ 
liation  de  Budic  et  d'Alain.  Il  me  semble  beaucoup  plus  nature^ 
de  supposer  que  cette  réconciliation  est  antérieure  à  1032.  Je  dirai 
plus.  Budic  de  Nantes  et  Alain  de  Gornouaille  étaient  beauz- 
frëres;  Alain  de  Gornouaille  était  en  1028,  comme  je  viens  de  le 
montrer,  l'allié  du  comte  d'Anjou  contre  le  comte  de  Rennes.  Ne 
serait-ce  pas  à  cette  môme  date  que  Budic  aurait  pris  le  même 
parti?  Les  deux  beaux-frères  ne  se  seraient-ils  pas  réconciliés  en 
même  temps  avec  le  comte  de  Rennes,  c'est-à-dire  à  la  fin  de  1028 
ou  au  commencement  de  1029?  Il  me  semble  que  c'est  là  la  solu^ 
tioa  la  plus  naturelle  de  ce  petit  problème  historique. 
(A  suivre). 

W^  Gh.  de  la  Lande  de  Galan. 


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DÉDIÉ    AUX   POMMIERS    DE   FOUESNANT 


LES  DEUX  SAISONS 

ENVOI 

Voici  des  rers  français  qui  chantent  en  breton. 
L'air  en  est  du  pays  sinon  le  dialecte, 
Car,  de  Taccent  natal  où  leur  art  se  délecte» 
Ils  ont  youla  garder  et  la  note  et  le  ton. 

Volez  donc,  ma  chanson,  du  rai  à  la  montagne  ; 
Allez  Jusqu'à  l'écho  des  pays  étrangers, 
Bt  gardez  le  parftim  et  la  voix  des  vergers 
Pour  parler  aux  Bretons  du  pays  de  Bretagne! 

MAI 

Mai,  le  plus  sarant  des  fleuristes, 
De  semis  éclatants  émaille  le  gazon, 
Et,  dans  le  grand  concert  qui  rouvre  la  saison. 

Tous  les  oiseaux  sont  des  choristes. 

Marguerites  et  €  boutons  d'or  » 
Suivent  la  primevère  ouverte  la  première  ; 
L'hirondelle  conduit  l'azur  et  la  lumière  ; 

Le  papillon  prend  son  essor. 

La  mousse  tisse  ses  peluches  ; 
Le  pollen  en  volant  féconde  le  pistil  ; 
L'abeille  en  bourdonnant  butine  le  courtll  ; 

Une  odeur  de  miel  vient  des  ruches. 

C'est  joie  aux  champs,  c'est  fête  aux  bois  ! 
C'est  l'heure  qui  sourit  à  toute  créature  t 
Cest  le  beau  mois  d*amour  qui  pare  la  nature 

Bt  chante  avec  toutes  ses  voix. 


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316  REVUE  DE  BRETAGNE 

Vous  qui  passez  par  la  montagne 
Quand  son^  ciel  désoUnt  glace  même  nos  cœurs, 
£t  qui  vous  en  allez,  ennuyés  et  moqueurs, 

Disant  :  €  J'ai  tu  votre  Bretagne.  » 

Descendez  la  pente,  étranger; 
Là- bas  oii  le  flot  brille  au  bord  des  grèves  blanches, 
Oti  lea  clochers  à  jour  se  dressent  dans  les  branches, 

Venez  en  mai  dans  nos  vergers. 

Chez  nous  la  terre  est  riche  et  grasse, 
L'arbre  y  porte  ses  fleurs  comme  un  noble  blason, 
Aussi  fler  que  THermine,  en  sa  blanche  toison 

Pleine  de  fraîcheur  et  de  grâce. 

Quand  il  y  roucoule  un  ramier, 
Qu'il  est  tout  bruissant  de  l'essaim  des  abeilles 
Et  qu'il  creuse  le  foin  de  ses  larges  corbeilles, 

Rien  n*est  joli  comme  un  pommier. 

La  tète  au  ciel  les  pieds  dans  l'herbe, 
Gouvrant  de  majesté  sqn  domaine  rural, 
Bt  portant  simplement  son  sceptre  pastoral, 

C'est  le  roi  d'un  pays  superbe. 

À  lui  seul  il  est  un  décor  : 
n  égale  un  jardin  quand  le  talus  l'enferme  ; 
Sur  un  fond  de  verdure  il  encadre  la  ferme 

Uieux  qu*un  bijou  son  anneau  d'or. 

Mai  vous  unit  dans  une  branche, 
.feunâsse  de  Tannée,  ô  printemps  de  nos  jours  I 
Ki  la  terre,  évoquant  les  premières  amours, 
Comme  une  vierge  est  toute  blanche. 


OCTOBRE 


On  n'entend  plus  ronfler  les  machines  à  battre. 
La  châtaigne  et  le  gland  roulent  sur  le  chemin, 
Et  lei  pommes,  la  peau  couverte  de  carmin, 
Commencent  à  s'abattre. 

Amis,  chantons  gaiment  l'arbre  cher  à  nos  yeux, 
Chantons  le  beau  pommier  tout  entouré  de  pieux 


I 


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LES  DEUX  SAISONS  3t7 

Les  blés  sont  an  grenier.  Que  Taire  fasse  place 
Pour  une  antre  moisson  qui  va  partir  dn  champ  : 
L'Hiyer,  maurais  crl^near»  amye  en  trébuchant 
Courbé  sous  «a  besace. 

Amis,  le  jour  est  clair,  chantons  à  plein  gosier, 
Octobre  ayec  sa  gaule  et  son  panier  d*osier  1 

L'Automne  nous  garda  sa  corne  d'abondance  : 
La  Tigne  n'est  pas  seule  à  doter  ses  cantons. 
Quand  on  rendange  aussi  dans  les  rergers  bretons, 
Pomone  rit  et  danse. 

Amis,  chantons  TAutomne  et  le  Jus  du  pressoir. 
Chantons  Técuelie  en  mains  et  burons  jusqu'au  soir  t 

L'agréable  et  l'utile  iront,  ensemble  à  table^ 
Quand  l'argent  vient  sans  peine  il  part  d'un  pied  moins  lourd  : 
—  Fermière,  à  vos  jupons  un  galon  de  velours, 
Une  vstche  à  retable  I 

Amis,  pour  oublier  les  mauvais  jours  vécus, 
Chantons  la  cuve  où  coule  un  flot  de  beaux  écus  I 

Lorsque  les  fûts  sont  pleins  l'amour  roule  en  carrosse  ; 
S'il  conclut  les  marchés,  le  cellier  généreux 
Accorde  aussi  les  cœurs  :  —  Ah  çà,  les  amoureux, 
A  quand  le  ftricot  de  la  noce  ? 

Auprès  de  notre  belle,  amis,  chantons  toujours 
La  perle  du  pourpris,  le  doux  fruit  des  amours  ! 

Oui*da,  les  vieux  parents  feront  ies  accordalUes. 
Dans  le  plat  du  recteur  vont  pleuvoir  les  gros  sous  : 
•—  Allez,  Dieu  vous  bénisse,  et  ne  soyez  pas  saouls 
Aux  pardons  de  Cornouailles. 

Chantons  le  cidre  doux,  amis,  chantons  encor 

Le  ddre  sans  pareil  qui  vaut  son  pesant  d'or  I  v 

Jos  Parker. 
Extrait  du  recueil  en  préparation  L$i  Pommiers  Bretons, 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÈVRE 

CONTRE  LE  DUC  JEAN  V 

(1420.1422) 
GUILLAUME   DE   GOUDELIN 


En  mars  1007  (1)  \sl  Bévue  de  Bretagne  a  publié  une  étude  sous 
le  titre  :  Goudelin.^  Guillaume  de  Coetmen  et  Marie  dé  Goudelin. 
—  Leur  tombeau.       ' 

Cette  étude  tient  en  dix  pages.  Les  renseignements  que  l'au- 
teur y  donne  sont  de  deux  sortes.  Une  partie,  qu'on  peut  dire 
archéologique  et  anecdotique,  est  très  instructive  ;  l'autre,  histo- 
rique), intéresse  aussi,  parce  qu'elle  rappelle  des  faits  de  notre 
histoire  de  Bretagne;  mais  elle  soulève  plus  d'une  observa- 
tion* 

Qu'il  me  soit  permis  d'en  faire  l'examen.  Je  n'ai  d'autre  préoc- 
cupation que  la  recherche  de  la  vérité.  J'ai  remercié  tous  ceux 
qui  m'ont  permis  de  redresser  une  erreur.  Je  juge  des  autres 
par  moi-môme  ;  et  je  crois  pouvoir,  sans  crainte  de  l'offenser, 
signaler  quelques  inexactitudes  A  un  auteur  épris  de  vérité. 

Il  a  eu,  je  le  sais,  le  malheur  d'accorder  trop  de  confiance  à  des 
notes colligées  par  un  érudit  incomplètement  informé;  et,  sur  un 
point  très  important,  il  a  été  trompé  par  nos  historiens  Lobineau 
et  Morice,  eux-m6mes  induits  en  erreur,  comme  on  le  verra  plus 
loin. 


(t)  P.  129  à  140. 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÉVRE  819 

I 

En  débutant,  Tauteur  dresse  ainsi  la  généalogie  des  Goudelin\ 
1*  Guillaume,  mari  de  Jeanne  dé  Trogoff  ;  2^  leur  fils  Rolland 
époux  deUnode  Budes  en  1303;  d^"  leur  fils  Jehan,  qui  partit 
avec  le  duc  Jean  le  Roux  pour  la  croisade.  (P.  130-131.) 

L'auteur  ajoute  aussitôt  :  «  Goudelin  ne  tarda  pas  à  être 
absorbé  par  la  famille  de  Goetmen.  Guillaume,  comte  de  Goetmen 
et  yicomte  de  Pléhédel,  épousa  Maria,  là  riche  héritière  de 
Goudelin,  née  au  château  de  Portztréveznou  en  Goudelin.  » 

Ce  mariage  fut  célébré  avant  1347.  puisque  Guillaume  de 
Coetmen,  à  peine  marié,  combattit  à  la  Rocbe-Derrien  (20  juin 
1347)  ;  plus  tard,  il  combattaità  Auray  (1364)  ;et,  en  1420,  il  entrait 
dans  la  conspiration  des  Penthièvre  contre  Jean  V,  était  con- 
damné et  mis  à  mort. 

Voilà  bien  des  impossibilités. 

Si  un  Jehan  de  Goudelin  a  pris  la  croix  avec  le  duc  Jean 
le  Roux,  c'est  en  1270  (dernière  croisade  de' saint  Louis)  ;  donc 
ce  ne  peut  dire  un  fils  de  Rolland,  marié  en  1363,  mais  apparem- 
ment le  bisaïeul  ou  l'arrière  grand-oncle  de  Rolland. 

Qu'est-ce  que  Marie  de  Goudelin,  mariée  ver%43477  Qu*est-elle 
par  rapport  à  Rolland,  marié  en  13637  Gomment  est-elle  devenue 
héritière  de  Goudelin,  en  1347^  quand  Rolland  est  seigneur  de 
Goudelin  en  1363  ?  Comment  son  mari  Guillaume  de  Coetmen, 
combattant  en  1347  ferait-il  encore  la  guerre  en  1420,  soixante- 
treize  ans  plus  tard,  c'est-à-dire  presque  centenaire  7  Qu'est-ce 
que  Guillaume  de  Coetmen  ? 

Et  que  d'autres  objections  se  présentent  I 

l""  J'ai  sous  les  yeux  une  liste  de  dix  seigneurs  de  Coetmen. 
Ils  prennent  le  titre  de  vicomte  (et  non  comte)  de  Goetmen  et  de 
Tonquédec.  (Je  dirai  plus  loin  pourquoi  ce  double  titre.)  Le  titre 
de  seigneur  ou  vicomte  de  Pléhédel  appartient  aux  Goudelin 
longtemps  après  1347,  date  du  mariage  mentionné  plus  haut  : 
d'où  suit  que  Marie  de  Goudelin  n'a  pas  porté  cette  seigneurie 
aux  Goetmen. 

2^  Je  ne  vois  pas  un  seul  Coetmen  nommé  Guillaume.  Le  pre- 

(1)  n  «st  imprimé  29  octobre  JS64,  lisons  S9  septembre,  jour  Saini-Miohel  et 
dimanche.  Â  canse  de  la  solsnnité  dn  jour,  Charles  de  Blois  ne  Toulait  pas 
combattre. 


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320  REVUE  DE  BRETAGNE 

mier  s'appelle  Geslin  ;  ses  descendants  sont  dits  Âllain,  Rolland, 
Yves,  Jean ,  Prigent,  Olivier.  —  Ainsi  Rolland  se  croisa  en 
1270  (i);  le  vaillant  Go6tmen  combattant  à  la  Roche-Derrien 
(1347)  (2)  et  fait  prisonnier  à  Auray  (1364)  (S)  se  nommait  Yves. 

S""  Aucun  mariage  n'est  signalé  entre  les  Coetmea  et  les  Gou- 
delin,  assez  minces  seigneurs,  quoi  que  Ton  dise,  auprès  des 
Coetmen  (4). 

4<'  Enûn  les  Coetmen,  en  1420^  étaient  fidèles  au  duc.  Le 
13  EQûi  1419,  le  vicomte  de  Coetmen  s'engage  au  service  de 
Jean  V  avec  13  hommes  (5).  En  octobre  1420,  il  est  un  des 
seigneurs  <  ligués  contre  les  Penlbièvre  (6).  »  En  1421,  il 
sera  chambellan  du  duc  {7).  Un  autre  Coetmen  nommé  Prigent 
commandait,  en  1420,  une  compagnie  dans  l'armée  levée  contre  les 
Penlbièvre  (s).  Enfin  c'est  pour  un  Jean  de  Coetmen,  que  la  sei- 
gneurie est  érigée,  en  1487  au  rang  de  baronnie  (9). 

Dans  le  but  manifeste  de  grandir  les  Coetmen,  Tautéur  leur 
attribue  des  titres  qu'ils  nVurent  pas,  et,  par  compensation,  il 
en  omet  d'autres  que  je  dois  faire  connaître. 

Ainsi  il  qualifie  les  Coetmen  comtes,  quand  ils  sont  vicomtes. 
Il  écrit  (ce  qui  a  plus  d'intérêt)  :  «  Guillaume  possédait  déjà 
presque  tout  le  Goello  »,  (p.  131)  et,  à  la  page  suivante  :  «  leur 
fief  de  Goello  était  un  des  plus  beaux  du  Penthièvre  ». 

—  Oui.  La  Goôlo  avec  environ  cent  paroiss^es, après  la  distrac- 
tion des  28  paroisses  de  la  seigneurie  de  Quintin,  était  le  principal 
fief  de  Penthièvre.  Mais  il  n'a  jamais  appartenu  aux  Coetmen. 
Il  élait  (à  c^Ue  époque)  au  comte  de  Penthièvre. 

L  auteur  dit  aussi  que  Coetmen  «  était  une  des  neuf  baronnies 

(I)  Cotïrc;  *-  V«  Coêtmen  —  C'est  lui  qne  Lobineaa  {Hist.  p.  261)  range  paimi 
let  croisé!  «oos  le  titre  de  tï comte  de  Tonquédec. 

(;;)  «  Et  «e  combattaient  encore  lui  (Charles  de  Bloi«)le  vicomte  de  Coetmen...  > 
Le  Bau'1,  p.  3Q5-306. 

(3)  t^  Bitid  (p.  32?)  a  imprimé  «  le  vicomte  de  Cretinen..,  »  Il  fant  lire  Co«^ 
men,  citmmii  écrit  Lobineau,//i5<.  p.  375. 

{\)  <  Ils  avaient  dû  rivaliser  avec  les  seigneurs  de  Coetmen  (p.  130). 

(B)  Morîce  Pr  II,  1104. 

(Ë)  Lobineaa,  ffist.,  p.  553,  ne  nomme  pas  un  Coetmen,  parmi  les  seigneurs 
ligués  contre  les  Penthièvre,  le  16  octobre  1420  ;  mais  le  vicomte  de  Coetmen^ 
figure  dans  la  liste  donnée  aux  Preuves  de  Lobineau,  9k8.  Lobineau  dit  lui  t  145 
seigneun  *  ;  mais,  comme  nous  verronç,  ce  chiflre  est  trop  réduit. 

C)  CouSoB  de  Kerdellec'b.  Chevalerie  de  Bretagne.  I«  p  429. 

(8)  D*Arg«ntré    Hi^t.  ïùd,  de  1&88.  f*  574,  V  £. 

(9>  Morice,  Pr.  Ul  >57-5S2. 


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ATTENTATS  DBS  PENTHIEVRE       -         311 

de  Bretagne  ».  —  Ealendons-nous  :  il  est  vrai  que,  en  1487, 
François  II  créa  deux  nouveUes  baronnies,  La  Hunaudaye  et 
Coôtmen,  qui  devinrent  les  12^  et  /3*  des  neuf  baronnies.  Les 
prétentions  des  deux  seigneur?  à  figurer  dans  les  neuf  barons 
furent  enfin  mises  à  néant  en  1779(1). 

Mais  Fauteur  ne  dit  pas,  —  et  c'était  à  rappeler,  —  que,  dès  le 
XIV«  siècle,  les  sires  de  Coôtmpn  sont  dits  bannerets,  et  qu'un 
Coélmen,  Olivier,  sire  de  Plestin,  a  été  grand-mattre  de  Bre- 
tagne, en  1506.  • 

Mais  ce  titre  de  baronnie  contesté,  ce  titre  de  bannière  donpé 
à  beaucoup  de  seigneuries,  ce  titre  transitoire  de  grand  officier 
du  duché  ayant  appartenu  à  un  seul  de  la  maison,  qu'est-ce 
pour  les  Ck)ô*men  auprès  de  leur  titre  éminent,  rare  et  incom- 
motable  de  descendants  de  nos  premiers  souverains? 

Cadt*ts  ou,  comme  on  disait,  fuveign^urs  de  Penthièvre,  ils 
descendent  de  G'isli<i,fils  puîné  de  Henri  !•*  de  Penthièvre.  comte 
de  Tréguier  et  Quiognmp,  et  de  Mathilde  de  Vendôme.  Or  Henri 
était  fils  d*l£tienne  et  petit-fils  de  Eu^lon,  premier  comte  de 
Penthièvre,  frère  cadet  du  duc  Alain  III  (2). 

G  é  men  fut  donné  en'p&^tage  à  G  slin  ;  il  épousa  Théritière 
deTonquédec,  et  il  prit  le  titre  de  vicomte  de  Co^tmen  et  Ton- 
quédec.  Cehi  de  lui  ^t  en  souvenir  du  père  et  de  la  mère  que  ce 
double  tttre  passa  à  l'aîné  de  la  maison  (3). 

(1)  Création  par  Prançoii  II,  6  septembre  t487.  Morice,  Pr,  HI,  CoetmeD,  b5X. 
UHaoaadaie,  559.  (Il  est  dit  p.  554)  «  créons...  savoir  en  premier  lieu^  la  Hu- 
naa4ai#,  en  second  lieu  Coetuien.  •* 

Ces  créations  n'ajant  pas  été  conflrmé«>s  par  les  Etats,  cette  asseinblée  ne  les 
reconnut  pas  ;  et  enfin,  pour  couper  court  à  cas  protestations  sans  cesse  renais- 
santes, VAlmanach  de  Bretagne  qui  avait  un  caractère  sami-offlciel  n^inséra 
plus  que  les  neuf  baronnies  de  Pierre  11^  à  partir  de  1 779. 

(2)  Pifs  de  Oeffroy  I*',  mort  en  1008,  laissant  ses  deux  fili  enfants  sous  la  tutelle 
àm  leur  mère  Ha?oise  de  Normandie.  Les  deux  frères  régnèrent  en  commun 
(Morice,  Pr,  I,  38t)  jusqu'à  la  mort  de  lear  mère  (1034).  C'est  alors  que  Eudon 
demandant  le  partage,  Alain  Ul  lui  assigna  la  Domnonée,  les  quatre  évéohés  de 
Ool,  Saint- Malo,  S.iint-Brieuc,  Tréguier,  (plus  en  Quintin  18  paroisses  de  Cor- 
ooaaille)  de  la  rivière  de  Morlaix  à  la  Hance  —  la  moitié  de  la  Bretagne  d'alors. 
C'était  trop.  Budon  jugea  que  ce  n*était  pas  assez,  prit  les  armes  pour  en  avoir 
plus,  fut  vaincu  et  paya  le*  frais  de  la  guerre,  en  se  voyant  réduit  du  Douron 
(qui  tombe  dans  la  mer  à  Plcstin)  à  )*Arguenon. 

(3)  Geslin  n*a  pas  trouvé  place  dans  la  Généalogie  des  Penthièvre  imprimée  par 
D.  Morice  (ffût.  1,  p.  XVllI).  Le  baron  de  Courcy  (\*  Coetmen)  nous  apprend 
de  pins  que  (ieslin  était  sénéchal  de  Oor^llo  \\'lfii)  ;  qu'il  eut  pour  petit-fil»  Rol- 
land croisé  en  1270,  et  fut  tuteur  de  son  neveu  Henri  11  de  Penthièvre,  qui,  dé- 
possédé par  Pierre  Mauclere,  prit  1«  nom  d*Avaagour. 


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'--''jr^m 


322  REVUE  DE  BRETAGNE 

Mais  en  voilà  assez  —  peut-être  trop  —  sur  les  Gk)etmen.  Nous 
n'avons  pas  à  nous  en  occuper  ;  et  —  ce  qui  pourra  surprendre 
—  l'auteur  lui-môme  n'avait  pas  à  en  parler  :  affirmation  qui 
sera  bientôt  démontrée. 

Gela  dit,  rectifions  la  généalogie  donnée  plus  haut  des  Goudelin. 

Nous  avons  dit  que  nous  ne  trouvions  pas  un  seul  Goetmen 
ayant  nom  Guillaume.  Ce  pit'énom  a  été  porté  par  deux  Goudelin. 

Le  premier  Guillaume  de  Goudelin,  nommé  plus  haut,  épousa 
Jeanne  de  Trogoff.  Ce  mariage  est  antérieur  à  la  bataille  de  la 
Roche-Derrien  (1347),  puisque  Guillaume  maria,  dès  1361  ou 
1363,  son  fils  nommé  Rolland.  Guillaume  I"^  a  pu  combattre  à  la 
Roche*Derrien  et  à  Âuray  (1364),  sans  que  l'histoire  ait  retenu 
son  nom  comme  elle  a  retenu  celui  de  Goétmen. 

Rolland  (nommé  plus  haut),  épousa  en  1361  ou  1363  Unode 
Budes,  fille  de  Guillaume,  seigneur  d'Uzel,  et  de  Jeanne  du  Gues- 
lin,  la  plus  jeune  sœur  du  connétable.  Le  fils  atné  de  ce  mariage 
fut  nommé  Guillaume  du  nom  de  ses  deux  grands-pères  (1). 

On  trouve  un  Guillaume  de  Goudelin  combattant  sous  la  ban- 
nière  de  Penthiôvre,  en  1420  ;  Cfî  ne  *peui  être  Guillaume  I** 
ayant  alors,  s'il  vivait^  au  moins  93  ans  :  c*est  Guillaume  IL 
Môme  en  le  supposant  né  dans  Tannée  du  mariage  de  ses 
parents  (en  1362  ou  1364)  il  aurait  eu,  en  1420,  58  ou  56  ans  ;  et  il 
pouvait  porter  le  harnais  de  guerre. 

Mais  l'auteur  se  méprend,  lorsque,  dans  le  combattant  de 
1420,  il  nous  montre  le  fidèle  de  Charles  de  Blois  en  1364. 
A  cette  date,  Guillaume  II,  s'il  était  né,  était  encore  aux  mains 
de  sa  nourrice. 

Il  nous  faut  donc  ici  rectifier  l'acte  de  mariage  de  1347  cité 
plus  haut(p.  131),  «  du  comte  Guillaume  de  Coe^men^  vicomte  de 
Pléhédel,  épousant  Marie  de  Goudelin,  la  riche  héritière  de  Gou- 
delin ».  Le  marié  se  nomme  Guillaume  de  Goudelin,  et  la  mariée 
Marie  de  Treveznou,  dame  du  Portz,  dit,  du  nom  de  ses  sei* 
gneurs  le  Portz-Treveznou  (2). 

Dans  l'étude  qui  va  suivre  nous  devrons  donc  substituer  le  nom. 
de  Guillaume  de  Goudelin  à  celui  de  Guillaume  de  Coetmen. 

(1)  Sylrestre  Budes,  seigneur  d*Uzel,  accompagna  du  Guesclin  en  Eipagne  en 
1361  et  portait  sa  bannière  à  la  bataiUe  de  Navaret.  Jean  Budes  portera,  en  1450, 
la  bannière  dt^  connétable  de  Ricbemont  à  Formignj. 

(2)  Coufcy.  V»  Goudelin  et  Tretemou. 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÉVRB  3» 

A  propos  de  Guillaume  de  Goetmen  (lisons  de  Ooudelin),  l'au- 
teur a  parié  «  du  rôle  qu'il  joua  lors  des  deux  entreprises  de 
Penthièvre  contre  le  duc  Jean  V  :  savoir  Tarrestation  et  Tenlô- 
vemest  du  duc  par  Olivier  de  BloiSi  comte  de  Penthièvre,  et  le 
voyage  que  son  frère  cadet,  Jean,  seigneur  de  TAigle,  fit  en  Bre- 
tagne pour  mettre  le  duc  à  mort. 

Nous  alloua  suivre  son  récit. 


n 


Nous  lisons  (p.  131.)  «  Guillaume  de  Coetmen  (1)  combattit  à'ia 

€  Roche-Derrien Il  reprend  Tépée,  court  à  Auray  et  est  té- 

«  moin  de  la  mort  de  Charles  de  Blois,  29  octobre  1364 Guil- 

«  ]aume(2)^  de  retour  à  Goudelin,o^este  Adèle  à  la  cause  des 
«  Penthièvre^  » 

(P.  132)  «  Aussi  entra-t-il  dans  la  ligue  formée  par  Clisson. 
«  O.  Morice  nous  apprend  qu'il  avait  tramé  dans  un  complot  con- 
«  traie  duc  Jean  V  qui  devait  faire  ses  pâques  à  l'abbaye  de 
«  Beauport(S).  Le  sire  de  TAigle,  etc..  » 

L'auteur  conte  en  quelques  mots  la  venue  de  sire  de  TAigle  en 
Bretagne  et  à  Beauport,  et  Taccueil  qu'il  reçut  à  Goudelin  de  Guil- 
laume de  Goetmen  et  de  Marie  de  Goudelin  (4),  et  il  ajoute  : 

tt  Peu  après,  lorsque  la  duchesse  eut  annoncé  que  sou  mari 
était  prisonnier  »,  Guillaume  de  Coetmen  (lire  Goudelin)  fut  ap- 
pelé aux  Etats  ;  mais,  toujours  fidèle  aux  Penthièvre,  il  va  dé- 
fendre Guingamp  contre  l'armée  du  duc. 

Arrôtons-nous. 

Vous  le  voyez:  voilà  l'erreur  que  j'ai  signalée  plus  haut  :  le 
môme  Guillaume  de  Goudelin  marié  en  1347,  combattant  celte 
annéeàLa  Roche-Derrien;  puis  17 ans  plus  tard,  en  1364 à  Auray, 
enfin,  56  ans  après,  conspirant  avec  les  Penthièvre  en  1420.  Il  a 
73  ans  de  guerre  1 

Non  î  Partageons  ces  années  entre  Guillaume  I*,  l'aïeul,  com- 

(1)  «  Le  vicomte  de  Goetmen  »  qui  n'est  pas  QaiUaume. 

(2)  QaiUaume  de  Goudelin. 

(9)  L*aii^ardoit  reproduire  quelque  citation  inexacte  de  Morice  :  Gomment 
l'historien  aurait-il  parlé  de  Piques  à  Beauport,  quand  il  place  le  fait  (nous  le 
▼errons)  à  la  fin  de  Tannée  1420  >  V.  Morice.  f/Ut.  1,  p.  48&. 

(4)  Lire  ici  Guillaume  de  Goudelin  et  Marie  de  Treveinou, 


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324  REVUE  DE  BRETAGNE 

battant  à  La  Roche  et  Auray  pour  Charles,  de  Blois,  et  Guil- 
laume II,  le  pelit*fils  combattant  en  1420  pour  les  petits-flU  de 
Charles  de  B'ois. 

Mais  poursuivons  : 

Guillaume,  dit  l'auteur,  «  entre  dans  une  ligue  formée  par 
Clisson,  et  qui  eut  à  sa  tôte  le  sire  de  l'Aigle,  Jean  de  Penthièvre»; 
et  il  rapporte  ce  fait  un  peu  avant  renlèvement  de  Jean  V,  en 
1420, 

Une  ligue  formée  par  Clisson,  en  1420!  Idais  le  connétable 
était  mort  le  23  avril  1407  I  —  Ëût-il  vécu,  13  ans  plus  tard,  il 
n'aurait  pas  été  coupable  de  cette  félonie  I  Réconcilié  avec 
Jean  IV  en  1395,  il  est  le  plus  fidèle  sujet  de  Jean  V.  Le  23  mars 
1402,  il  a  réclamé  l'honneur  d'armer  chevalier  le  jeune  duc,  le 
jour  de  son  couronnement  ;  et  la  fidélité  du  connétable  est  si 
bien  connue  que  le  roi  Charles  VI  conseille  de  lui  confier  la 
régence  de  Bretagne  pendant  la  minorité  du  duc. 

Faut  il  à  ce  propos,  rappeler  le  récit  d'un  vieux  chroniqueur  ? 
Marguerite  de  Clisson,  comtesse  de  Penthièvre,  voyant  déjà  son 
përa  régent,  ose  lui  demander  de  faire  mourir  secrètement  les 
quatre  fils  de  Jean  IV  ;  et  le  connétable  indigné  lança  à  sa  fille  un 
épieu  en  lin  criant  :  «  Femme  perverse,  si  tu  vis  longtemps,  tu 
détruiras  tes  enfants  d*honneur  et  de  biens.  » 

Légende,  a-t-on  dit.  Qj'en  savons-nous?  Et  qu'importe?  La 
légende  t/st  contemporaine,  elle  fut  acceptée  en  Bretagne  ;  elle 
témo'gne  de  l'opinion  qu'avaient  les  Bretons  des  sentiments  de 
ClissoD  ;  et  aujourd'hui  encore  elle  défend  le  connétable  contre 
raccusatîon  de  déloyauté. 

Historique  ou  légenJaire,  ce  mot  fut  prophétique.  Les  Pen- 
thiëvre  seront,  par  leur  fante,  «  détruits  de  biens  »  en  Bretagne, 
et  ils  seroût  partout  et  pour  toujours  «  détruits  d'honneur  ». 

ni 

Cette  obsf^rvation  faite,  passons  à  l'examen  des  deux  entre- 
prises des  Penthièvre  contre  Jean  V,  et  mettons  en  lumière  le 
caractère  des  Penthièvre  et  celui  du  duc.  On  verra  quel  con- 
traste 1 

Drtns  les  phrases  citées  plus  haut,  l'auteur  mentionne  les  deux 
atteDtat.s  commis  p:r  les  Penthièvre  cont^'c  le  duc  Jean  V.; 
maîâii  intervertit  Ie«  dates  de  ces  événements. 


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ATTENTATS  DBS  PENTHIEVRB  336 

Le  premier  est  Penlèvemenl  du  duc  \e  13  février  1420,  Cette 
date  est  certaine.  Ld  date  du  second  fait,  la  venue  de  Jean  de 
PeathièYrean  Bretagne,  est  certaine  aussi,  du  moins  pour  Tan- 
née et  ie  mois  ;  mais,  elle  est  postérieure  à  celle  de  Tenlèvement  : 
nous  le  verrons  plus  loin  (1).  i 

Nous  croyons  pouvoir  nous  étendre  un  peu  sur  le  premier 
de  ces  faits.  Certains  détails  ne  peuvent  trouver  place  dans  une 
hisïoire  générale  de  Bretagne  et  ne  sont  pas  interdits  dans  une 
monographie.  En  ce  qui  concerne  ta  venue  de  Jean  de  Penthièvre 
en  Bretagne,  je  me  propose  d'étudier  cet  épisode,  d'après  des 
doonmeots  que  Ton  peut  dire  inédita. 

Ottiliaume  de  Qoudelin  eut  un  rôle  dans  chacun  de  ces  événe- 
ments. 11  est,  sous  le  nom  de  Quillaume  de  Coetmen,  le  sujet 
priocipiil  du  mémoire  auquel  je  réponds  :  pour  ces  deux  raisons 
j'écris  son  nom  dans  le  titre  de  cette  étude. 

{A  suivre).  J.  Trévbdy 

Ancien  président  du  tribunal  de  Quimper. 

(1)  LobiB€;»ii,  Biti.,  p.  hi%.  Uoriee,  Hist.  1,  p.  43S. 


Jëin  tfâi 


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^       I  lipiili  JV^ 


PAROISSE  SAINT  PIERRE  EN  SAINT-GEORGES 


QUELQUES  NOTES  DUN  RECTEUR 


En  feuilletant  les  registres  de  la  paroisse  de  Saint-Pierre  en 
Saint-Georges  conservés  à  la  Bibliothèque  municipale  de  Rennes 
nous  avons  trouvé  à  la  suite  des  naissances  des  années  1575 à  16A8 
quelques  notes  du  recteur  de  cette  paroisse. 

Ce  prêtre  qui,  si  nous  en  croyons  les  notes  en  question,  apporta 
durant  son  séjour  à  Saint-Pierre,  en  Saint-Georges,  d'importantes 
modifications,  se  nommait  Julien  Roussigneul  et  était  natif  de 
Saint-Léonard  de  Fougères.  Les  notes  en  question  nous  appren- 
nent qu'il  prit  possession  de  son  poste  de  recteur  à  cette 
paroisse  le  6  avril  1675. 

Il  commença  par  munir  la  u  dite  église  d'ornements  pour  les 
€  divins  offices,  comme  chasubles,  tuniques,  chapes  ».  Â quelque 
temps  de  là^  en  Tannée  1686,  il  donna  un  «  Ecce  Homo  »  qui  fut 
placé  «^  au  bas  de  l'église  et  dont  il  flt  toutes  les  dépenses  ». 

Quelques  pages  plus  loin  M.  Tabbé  Roussigneul  relate  un 
marché  qu'il  fit  à  la  date  du  23  avril  1687  avec  un  sieur  «  Abraham 
«  Hapday,  sculpteur,  pour  augmenter  les  deux  ailes  du  taber- 
«  nacle  de  notre  église  et  relever  les  deux  gradins  du  dit  taber- 
ff  nacle  et  en  faire  des  neufs,  le  tout  de  sculpture  dorée,  orner  le 
€  divan  et  la  porte  du  dit  tabernacle  attendu  que  les  dits  gradins 
«  n'estoient  que  pains  de  vieille  couleur  bléuïe  ». 

«  Le  23  juin  1694  fut  planté  le  chœur  au  milieu  de  réglise,  on 
«  le  voit.  Je  l'ay  fait  faire  à  mes  frais  et  dépens,  et  fait  faire 
«  Templassement  où  il  est.  Et  rétrécir  les  balustres  des  petits 
«  autels  qui  étaient  trop  larges  et  y  fait  faire  des  serrures  pour 
tt  les  fermer  à  clef.  Messieurs  les  Recteurs  mes  successeurs 
«  auront  la  bonté  de  prier  Dieu  pour  moy  et  je  les  prie  de  conti- 
«  nuer  à  faire  les  augmentations  que  je  n'ay  pu  achever  à  la 
«  Sainte  Eglise  »  —  a  Signé  Roussigneul  ». 

Toutes  ces  «  améliorations  »  et  ces  «  augmentations  »  n'arri*' 


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PAROISSE  SAÎNT-PIKRRK  EN  SAINT-GEORGES  327 

/ 

vèrent  pas  à  lasser  Tesprit  d'initiative  qui  animait  l'abbé  Rous- 
signeul,  et  nous  trouvons  sur  ce  raôme  registre  quelques  rensei- 
gnements sur  une  œuvre  qui  semble  avoir  été  une  des  grandes 
préoccupations  de  son  ministère. 

Avant  de  mettre  à  exécution  l'idée  qu'il  manifeste,  de  créer  une 
«  feste  du  Saint-Sacrement  »,  Tabbé  Roussigneul  avait  établi  le 
projet  suivant  : 

«  Projet  d'une  belle  fondation  à  Chonneur  de  Notre-Seigneur 
«  Jésus-Christ, 

«f  1"*  L'exposition  du  Saint-Sacrement,  solennelle,  à  une  heuredu 
«  matin  et  Toraison  jusqu'à  six  heures  du  soir,  continuelle. 

«  2^  La  grande  messe  solennelle  avec  chappes  au  cœur  et 
encens  à  dix  heures. 

c  3^  Salut  à  six  heures  du  soir.  »  ^ 

Cette  «  feste  »  du  Saint-Sacrement  fut  scellée  par  un  contrat 
passé  «  au  raport  de  Guillier,  notaire,  le  '29  juin  1692  »  et  à  cette 
date  fut  fondé  «  l'exposition  et  adoration  du  Saint-b^acrement 
«  avec  la  grande  messe,  et  le  salut  pendant  la  feste  du  Saint- 
<t  Sacrement.  » 

«  Il  y  va  de  la  gloire  de  Dieu,  de  l'honneur  et  l'augmentation 
«  de  paroisse... 

«  ...  Les  recteurs  mes  successeurs  ;  c'est  pourquoi  je  Tay  prie 
«  d'être  attentifs  à  bien  faire  desservir  la  fondation  de  point  en 
«  point.  » 

M.  l'abbé  Roussigneul,  quelques  pages  plus  loin,  trace  le  pro- 
gramme suivant  de  la  «  feste  »  qu'il  a  instituée  et  qu'il  semble 
dédiera  ses  successeurs  : 

«  En  cette  an  1694  quoyque  je  fusse  relevant  d'une  longue  et 
«  très  périlleuse  maladie  et  dont  je  K'étais  pas  rétabli,  je  n'ay 
€  pas  laissé  d*6tre  assidu  à  l'exécution  de  ma  fondation  de  la 
«  feste  et  octave  du  Saint-Sacrement.  Et  j'ay  remarqué  quand 
«  je  seray  mort  les  prêtres  jseront  proms  à  recevoir  la  rétribu- 
«  tion  et  paresseux  et  négligens  à  faire  l'office  comme  je  l'ay 
«  réglé  à  moins  que  M'  n'y  donne  ses  soins. 

«  L'autel  doit  être  bien  proprement  paré  des  plus  beaux  or- 
«  Déments  et  des  cadres  que  j'ai  donné  pour  cet  effet,  de  qua- 
«  rante  cierges  pour  eslre  allumé  durant  le  Salut.  Le  Saint-Sa- 
«  crement  doit  être  exposé  solennellement  durant  les  premières 
«  vespres,  M.  le  recteur  et  un  revêtu  de  sa  chappe  et  on  fi  le 
«  chapitre  ou  les  accolites  <  t  thuriféraire  lassistant  à  celte  céré 


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121  REVUE  DE  BRETAGNE 

«  mooie  et  le  Saini-Sacremant  étant  ainsi  exposé,  on  va  au 
«  chœiir  chanter  les  vôpres  après  quoy  on  fait  le  Snlut.  Tous  les 
a  matins  à  sept  heures  le  recteur  assisté  de  deux  des  prêtres 
a  en  chapp?s  on  expose  le  Saint-Sacrement  de  la  môme  manière 
«  qu'on  a  fait  aux  premières  vêpres.  Les'  prêtres  doivent  être 
«  marqué  au  catalogue  pour  célébrer  leur  messe  devant  le 
«  Saint-Sacrement.  A  dix  heures  et  demie  on  célèbre  la  grande 
a  messe  solennelle,  trois  chantres  en  chappes.  On  couche  le 
(c  Saint-Sacrement  après  le  petit  Salut.  La  messe  flnie,  à  deux 
r  «  heures  on  expose  le  Saint-Sacrement  avec  la  même  solennité 
«  et  demeure  jusqu'à  6  heures,  qui  est  l'heure  du  Salut  à  l'ordi- 
«  naire. 

«  J'ai  fait  la  rétribution  de  M.  je  Recteur  fort  honneste  à  fin 
«  de  l'obliger  de  s'appliquer  et  de  faire  bien  ponctuellement 
<  exercer  la  dite  fondation. 

a  II  faut  veiller  sur  le'  sacristain  pour  lui  faire  orner  l'autel 
«  comme  est  du  car  ces  gens  la  sont  ordinairement  paresseux 
«  aussi  bien  que  les  autres  prêtres. 

«  Je  prie  donc  Messieurs  mes  successeurs  recteurs  de  prendre 
«  garde  à  tout  ce  que  dessus  et  s'en  charge  devant  Di^u  et  de- 
«  vant  les  hommes,  leur  honneur  et  leur  conscience.  Et  je  les 
«  avertis  que  si  Us  ne  font  leur  devoir  ils  seront  blâmés  et 
a  méprisés  de  tout  le  public  et  refroidiront  les  bonnes  intentions 
«  des  particuliers  qui  voudraient  faire  des  fondations  en  la 
«  sainte  Eglise.  C'est  Tavis  que  je  leur  donne  ce  22  juin  1694. 

t   J.   ROUSSIONBUL  ». 

A  ces  quelques  renseignements  sur  la  fête  du  Saint-Sacrement 
et  les  fondations  de  M.  l'abbé  Roussigneul  se  trouve  joint  l'avis 
suivant,  qui  ne  manque  pas  de  saveur  : 

«  i4t;t5  important  à  Messieurs  mes  successeurs  de  ce  biné  fiée. 

1 

«  N'habitués  jamais  de  prêtres  normans  en  votre  église.  Ils 
€  sont  trop  intriquans  et  vous  feçoient  de  la  peine. 

II 

t  Prennéé  garde  à  ne  pas  habituer  de  prêtres  qui  ne  sachent 
«  pas  le  plen  chant  et  qui  ayant  bonne  voix  assez  capables  d'oc* 

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PAROISSE  SAÏNT-PIERRB  EN  SAINT-GÏORGES  329 

«  cuper  les  places  de  chantres.  J'estime  que  les  diacres  et  sou- 
te diacres  et  sacriste  soient  aussi  capables  et  habiles  que  les 
«  deux  chantres  eu  égard  au  petit  nombre  des  prôtres  qui 
«  peuvent  6tre  habitués  de  la  Sainte  Eglise. 


m 


«  J'ay  eu  la  facilité  d'en  recevoir  plusieurs,  qui  quoy  inca- 
u  pables  des  offices  ont  pratiqué  des  anées  auxquels  ils  s'étaient 
«  rendus  officieux,  ils  été  venus  aux  offices  de  l'église  malgré 
«  moy,  ce  qui  est  à  la  honte  de  Téglise  et  de  la  glq^re  de  Dieu  et 
«  au  mépris  du  peuple  mal  édifié,  pensez  y  bien  le  15  juillet  1605  ». 

«  Signé  :  Rousbiqnxul  ». 

A  un  passage  de  ces  notes,  l'abbé  Roussigneul  raconté  comme 
suit  quels  sont  les  moyens  qu'il  fut  obligé  d'employer  pour  se 
faire  payer  son  dû  : 

«  Le  28  de  juillet,  le  sieur  Roussigneul  fit  donner  assignation 
<f  aux  dames  religieuses  de  Saint-Oeorges  pour  comparoir  au 
«  provost  de  Rennes  et  de  voir  condamner  de  luy  payer  200  # 
«  et  100  #  pour  son  curé  de  portion  congrue. 

«  Mais  dans  la  suite  du  procès  et  avant  qu'il  y  eut  jugement  la 
t  dame  abbesse  connaissan  le  tempérament  doux  et  facile  dudit 
«  Roussigneul  lui  promit  de  luy  faire  payer  par  la  Receveuse  des 
«  grains  la  somme  de  220  #  par  an  tant  pour  lui  que  pour  son 
«  curé  à  quoy  le  s'  Roussigneul  consentit,  accause  du  grand 
«  respect  de  vénération  qu'il  avait  pour  madame  Tabbesse  qui 
«  étoit  une  ppreonne  de  grande  vertu  et  charité,  cet  accord  ne  fut 
c  que  verbalement  fait  le  26*  septembre  1685.  » 

L'abbé  Roussigneul,  quoique  d'un  tempérament  «  doux  »  et 
€  facile  »,  paraît  avoir  été  surtout  un  combatif  que  les  aléa  de 
l'action  n'effrayaient  pas. 

Profondément  religieux,  comme  en  fait  foi  son  œuvre  en  l'hon- 
neur du  Saint-Sacrement  il  ne  se  gênait  pas  cependant  pour  dire 
ce  qu'il  pensait  de  certains  de  ses  confrères  et  plus  principa- 
lement des  «  prêtres  normans  »  qu'il  ne  semblait  pas  estimer 
beaucoup. 

J.  Goupil. 


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SAINT-SÉBASTIEN-BUBGOS 


«  Pendant  trente  et  quelques  jours  2.000  hamznes,  réduits  par 
le  feu  et  la  fatigue  à  1500,  retranchés  dans  quelques  ouvrages  & 
peine  maçonués  et  protégés  par  une  rangée  de  palissades,  en  ar- 
rêtèrent 50.000  par  leur  héroïque  résistance.  Honneur  éternel  à 
ces  braves  gens  et  à  leur  chef  le  général  Dubreton.  En  réâistant 
ainsi  ils  doi^nèrent  le  temps  à  l'armée  de  Portugal  de  se  remettrR 
en  ligne,  aux  armées  du  Centre  et  de  l'Andalousie  de  se  porter 
sur  le  Tage,  à  toutes  de  se  réunir  pour  accabler  Wellington  ". 

Thiers  apprécie  en  ces  termes  remarquablement  ëlogieux  la 
défense  de  Burgos  en  1812.  De  son  côté  M.  le  général  Azîbert, 
l'historien  des  Sièges  célèbres,  s'exprime  ainsi.  «  La  défense  du 
château  de  Burgos  en  1812  par  le  général  Dubreton  peut  être 
mise  au  rang  des  plus  brillantes  victoires.  »  Or  cti  général  Du- 
breton qui,  avec  2.000  hommes  en  arrêta 50.000  pendant  trente  et 
quelques  jours,  ce  chef  «  digne  d'un  honneur  éternel,  naquit  k 
Ploôrmel  de  Bretagne  en  1773.  » 

Partons  donc  ensemble  pour  Burgos.  Est-il  plus  agréable 
occupation  que  d'explorer  les  lieux  illustrés  par  !e  geste  d'un 
compatriote  ?  En  traversant,  pour  ce  faire,  les  gorges  de  Pau- 
corbo  où  les  plus  braves  en  1800  ne  pouvai^^nt  s'engager  sans 
crainte^  nous  y  prendrons  une  très  légère  idée  des  dangers  et 
des  souffrances  de  toutes  sortes  que  nos  soldats  trouvrèrent  en 
Espagne,  nous  les  en  admirerons  davantage.  .Qui  pourrait  re- 
gretter de  se  retremper  l'esprit  en  revivant  un  instant  des  heures 
tour  à  tour  touchantes  ou  héroïques  ? 

Pour  trouver  les  gorges  de  Paucorbo  en  marche  vers  Burgos, 
il  faut  quitter  le  chemin  de  fera  Mirandi-dei-Ebro  pour  le  re- 
prendre un  peu  plus  loin;  le  défilé  franchi,  on  passe  i'Ebre  à 
Miranda-del-Ebro  sur  un  pont  par  lequel  s'effectuait  le  prodi- 
gieux va-et-vient  d'approvisionnements  d'hommes  etdt^  chevaux 
sans  cesse  en  marche  de  Rayonne  vers  Madrid  et  vie >versa.  Deux 


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SAINT^ÉBASTIBN-BURGOS  331 

frands  lions  de  pierre,  assis  sar  les  parapets,  en  gardent  l'entrée. 
Ces  nobles  bêtes,  coiffées  de  couronne;  royales  démesurées,  ont 
donc  vu  passer  tous  les  héros  de  Tépopée  :  Murât,  Ney,  Masséna, 
l'Empereur  ;  ils  méritent  donc  qu'on  les  contemple  un  instant, 
comme  aussi  les  rues  étroites  de  la  ville.  Tant  de  regards  chargés 
de  haine  y  suivirent  nos  troupes  défilant  le  long  des  petites 
boutiques  obscures,  encore  les  mêmes,  où  des  marchandises 
dépareillées  semblant  dater  de  l'autre  siècle  cuisent  lentement' 
au  soleil'ardent  ! 

Sur  des  façades  modestes  s'arrondissent  en  bosse  de  superbes 
écussons  et  des  attributs  nobiliaires  entourés  de  guirlandes  car- 
min vif  de  piments  mis  au  sec.  Aux  fenêtres  d'édifices  embellis 
d'un  blason  double,  sèchent  prosaïquement  des  pièces  de  linge 
fraîchement  blanchies.  Le  contraste  de  la  pauvreté  et  la  pompe 
des  souvenirs  :  telle  apparut  à  nos  ancêtres  l'Espagne  qu'ils  ve- 
naient de  conquérir  ;  telle  la  retrouvent  encore  aujourd'hui  ceux 
qui  pieusement  viennent  y  rechercher  leurs  traces^ 


Cinq  quarts  d'heure  de  marche  environ  séparent  Miranda  du 
célèbre  défilé  dont  parlent  presque  tous  les  Mémoires  qui  ont 
trait  à  la  guerre  d'Espagne.  La  route  rafraîchie  par  de  grands 
ormes,  éclairée  sur  sa  droite  par  les  reflets  brillants  du  fleuve, 
monte  d'abord  d'une  pente  assez  douce.  Quand  l'Ebre  disparaît, 
la  pierre  se  montre.  Ce  n'est  d'abord  qu^ioe  simple  écorce  ru- 
gueuse qui  se  gonfle  peu  h  peu  en  véritables  escarpements  cal- 
caires égayés  çà  et  là  de  quelques  rares  carrés  de  cultures  ou 
de  vignes. 

Bientôt  une  première  porte  triangulaire  apparaît  large  de 
15  mètres  à  ta  base  ou  plutôt  au  sommet,  car  elle  affecte  la  forme 
d'un  triangle  renversé.  Un  Bayard  suffirait  à  la  défendre.  Les 
flancs  sont  âpres,  crevassés,  d'un  aspect  sauvage  et  triste  :  les 
crêtes  déchirées.  De  bizarres  silhouettes  d'animaux  ou  de  guet 
s'y  dessinent  gr&ce  aux  feux  de  la  lumière  et  de  l'ombre.  On 
comprend  quelle  devait  être  l'oppression  de  nos  jeunes  sol- 
dats qui  traversaient  ces  lieux  sinistres  à  leur  entrée  en  Es- 
pagne. Mina,  le  cô'èbre  et  crut^l  guérilleros,  en  infestait  les 
abords,  il  prétendait  y  avoir  établi  «  son  royaume  ».  Il  y  rôdait 
sans  cesse,  massacrant  les  tralnnrds.  attaquant  les  groupes  iso- 


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îai  nEVUR  DE  BRBTAGlfK 

lés,  profitant  de  ta  moindre  faute,  torturant  les  prisonniers  avec 
des  raffin^mpnts  inouïs^ d|gnes  d'un  bourreau  d'eztrôme -orient. 

iî!ncore  700  mètres,  d'un  cirque  dévasté  une  deuxième  brèche 
s'ouvre  à  son  tour,  de  quarante  mètres  celle-là.  Les  minutes  pa- 
raissaient bien  longues  quand  on  la  franchissait  autrefois, 
sani  escorte.  Un  pont  jeté  entre  les  deux  escarpements  laté« 
raux  réunit  aujourd'hui  las  t?ueules  étroites  et  noircies  de 
'fumées  des  deux  tunnels  qui  servent  à  la  voie  ferrée  de  Madrid 
à  Bâyonne.  La  route  passe  sous  les  arches  puis  tourne  brusque* 
ment  à  angle  droit  et  l'on  pénètre  dans  un  véritable  couloir  de 
pierres,  lorte  de  galerie  a'étude  oti  la  chaleur  est  réfléchie  de 
tous  câtés  par  un  sol  blanchâtre  qui  grésille  sous  la  morsure  du 
solaiK  L'eau  ne  fait  cependant  pas  défaut  d'une  façon  absolue, 
elle  coule  même,  à  demi  cachée  sous  les  pierres,  presque  inao* 
cessible  parfois,  ou  s'étalant  par  instant  et  formant  de  petits  bas- 
sina oii  les  voyageurs  la  puisent. 

Nos  soldats  qui  passèrent  ici  par  milliers  se  pressaient  sans 
douta  autour  de  ces  flaques  luisantes.  Us  devaient  ôtre  si  altérés  . 
nos  pauvres  petits  pousse^cailloux,  accablés  sous  l'éqfuipage 
compliqué  de  Tépoque,  étranglés  par  lé  col  si  haut,  sufl[0qués  par 
les  courroies  croisées  sur  la  poitrine,  le  front  meurtri  par  le 
haut  «  boisseau  Jï  comique.  On  seles  représente  aisément  quittant 
le  rang^  congestionnés,  le  saog  battant  aux  tempes,  se  bous- 
culant, ramenés  soudain  à  la  barbarie,  aux  primitifs  instincts  par 
la  vue  du  liquide  si  désiré,  puis  rafraîchis,  la  gourde  pleine,  re- 
prenant leur  place  au  pas  de  course,  riant  déjà,  oublieux  de  leurs 
fatigues,  ayant  retrouvé  dans  quelques  gorgées  d'eau  fraîche  la 
belle  humeur,  une  des  plus  précieuses  de  leurs  vertus. 


Au  sommet  du  eol  on  souffle  un  peu.  Nous  entretenions  là  un 
petit  fortin  qui  protégeait  à  peine  jusqu'à  TextrAme  portée  de  ses 
fusils,  mais  tenait  en  respect  le  village  blotti  à  ses  pieds  qui  a 
donné  son  nom  aux  gorges  :  hameau  de  misérable  apparence, 
possédant  cependant  une  maison  communale  ornée  comme 
celle  de  Duranda  d'un  énorme  blason  qu'entoure  un  vol  de 
lambrequins  prestigieusE* 

La  redoute,  dont  il  resta  quelques  jours,  constituait  un  des 
anni'aux  secoodatres  de  la  chaîne  de  postes  et  de  points  fortifiés 


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r 


SAII«T-8ÉBASTIfiN.BUR00S  191 


dont  notre  ligne  de  'communications  t'appuyait.  C'est  autour 
d'eux  que  se  menait  la  guerre  de  guérillas  racontée  par  Marbot 
avec  sa  verve  gasconne,  par  Thubaud  avec  un  contentement  si 
grand  de  soi-même  et  si  mince  d'autrai,  par  Oonneville  avec  un 
tel  accent  de  sincérité  ;  guerre  de  ruses,  de  surprises  oti  Ton 
chevauchait  Tœil  au  gue^  la  main  sur  ses  armes  ;  guerre  pleine 
de  dangers  certes  mais  d'émotions  aussi  et  de  jouissances  qui 
vous  laissaient  souvent  meurtri  et  décousu^  mais  avec  la  volupté 
d'avoir  porté  de  fiers  coups,  sorte  de  chasse  dont  on  était  tantôt 
le  héros  et  tantôt  la  proie. 

C'était  une  lutte  féroce  sans  quartier  ni  repos.  On  ne  dormait 
que  d'un  œil.  Des  chiens  de  guerre  bien  dressés  gardaient  le 
camp.Dn  chef  de  bataillon  du  36*  possédait  même  un  beau  coq, 
à  la  crête  éclatante  qui,  perché  sur  sa  tente»  annonçait  par  ses 
cocoricos  retentissants  rapproche  de  l'ennemi.  Dans  cette  guerre 
d'un  genre  si  nouveau  où  Ton  n'agissait  jamais  par  masses, 
Dubreton  déploya  des  qualités  particulières  qui  le  mirent  par- 
ticulièrement en  vue  :  une  opiniâtreté,  une  bravoure,  une  éner- 
gie-que  rien  ne  lassait.  Peut-être  aussi  certaines  aptitudes  de 
races  relevées  par  César  alors  qu'il  guerroyait  contre  les  Bretons, 
et  les  peignait  très  propres  aux  coups  de  mains  rapides  exécutés 
par  groupes  séparés  agissant  à  de  grandes  distances  et  que  des 
corps  de  réserve  bien  placés  recueillaient  pour  les  remplacer 
par  des  troupes  fraîches  (1).   - 

Pour  exposer  la  tactique  suivie  par  le  futur  défenseur  de  Bur- 
gos  dans  sa  lutte  contre  les  guérillas,  on  ne  peut  mieux  faire  que 
l'emprunter  presque  textuellement  les  termes  employés  par  lui 
pour  décrire  celle  qu'affectionnaient  nos  ancêtres  si  lointain  {t). 
Cette  habileté,  ces  vertus  particulières  et  ataviques,  lui  valurent 
«  de  recevoir  le  commandement  du  fort  de  Burgos  quand  Welling- 
ton, vainqueur  aux  Arapiles  poursuivait  vivement  notre  armëe 
pour  l'empêcher  de  se  reformer.  Il  fallait  arrêter  l'ennemi  pendant 
quelques  jours,  on  ne  croyait  pas  qu'il  fût  humainement  pos- 
sible d'y  réussir  plus  d'une  semaine,  on  compta  que  Dubreton 
serait  Thomme  de  la  situation,  quant  à  la  vieille  forteresse  bur- 
galaise  du  Cid,  elle  se  composait  d'un  donjon  et  d'une  petite 
église  €  La  Blanca  »  servant  de  casernement  à  50  hommes. 


(1).  César,  De  Bello  Gallico,  ^l.  V  §  le. 

(9).  Ge  fut  aatii,  on  p«at  le  remarquer,  en  paesant,  œUe  des  obouaai. 


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»34  REVUE  DE  BRETAGNE 

Les  deux  bfttiments  se  faisaient  vis-à-vis  sur  uq  mamelon  bien 
placé  pour  battre  les  routes  et  les  ponts  de  l'Ârbauzon,  mais  qui 
laissait  fort  à  désirer  au  point  de  vue  des  qualités  défensives, 
A  250  mètres  au  nord  il  était  dominé  par  la  hauteur  de  Saint- 
Michel  que  l'Empereur  aurait  voulu  couronner  d'un  ouvrage  à 
corne  mais  que,  faute  de  temps,  on  avait  dû  laisser  sans  défense. 
Dès  son  arrivée  Wellington  s'empara  de  cette  position  et  s'y 
installa  fortement.  Le  ctiâteau  où  Dubreton  s'était  enfermé  avec 
ses  2.000  hommes  devint  du  coup  un  véritable  nid  à  bombes. 

Le  général  en  chef  anglais  ne  ressentit  d'abord  que  du  dé- 
dain pour  la  bicoque  qui  prétendait  arrêter  sa  marche.  Elle 
lui  paraissait  tout  au  plus  bonne  à  résister  aux  guérilleros.  Il  en 
ordonna  l'escalade.  La  façon  dont  on  le  repoussa  lui  montra  qu'il 
lui  fallait  professer  plus  d'estime  pour  le  contenu  que  pour  l'en, 
veloppe  et  que  la  lame  qui  s'abritait  dans  le  fourreau  vétusté  était 
de  bonne  trempe.  Il  se  résigna  à  des  cheminements  réguliers 
dirigés  vers  le  donjon  et  la  petite  église  de  Saint-Roman  bâtie 
presque  au  contact  des  enceintes  de  palanques  que  Ton  avait 
ménagées  autour  du  noyau  central. 

Mais  Dubreton  pénétrait  à  mesure  les  projets  de  son  redou- 
table adversaire;  derrière  les  emplacen^eots  probables  de  chaque 
brèche^  il  élevait  aussitôt  des  retranchements  intérieurs  munis 
de  canons,  d'obus  que  l'on  roulait  sur  Tassait  tant,  des  réserves 
placées  au  bivouac,  et  toujours  sur  le  qui-vive,  des  mines  creu- 
sées çà  et  là.  Les  piliers  de  Saint-Roman  entre  autres  reçurent 
de  puissants  fourneaux* 

Ne  se  bornant  pas  à  parer  même  vigoureusement,  il  attaquait* 
Des  sorties  soudaines  fouillaient  les  tranchées  ennemies  à  la 
baïonnette,  les  bouleversaient,  enlevaient  les  outils.  Une  anima- 
tion et  un  enthousiasme  extraordinaire  exaltaient  cette  poignée 
db  défenseurs. 

Ainsi  que  le  fait  remarquer  M.  le  général  A2ibert,  l'un  des  his- 
toriens de  ce  siège  célèbre,  ces  défenseurs  n'avaient  cependant 
pas  été  choisis  parmi  lés  troupes  d'élite,  mais  l'exemple  de  leur 
chef,  son  énergie  et  sa  ténacité  les  rendirent  bien  vite  capables 
d'exécuter  tout  ce  que  l'on  peut  attendre  de  soldais  consommés. 

Car  le  gouverneur  s'entendait  à  merveille  à  surexciter  le  moral 
des  siens;  il  connaissait  le  soldat  français  pour  l'avoir  pratiquée 
fond,  au  cours  de  ses  long^ufïs  campagnes,  à  l'armée  du  Nord,  eh 
Vendée,  en  Italie,  à  Saint-Damingue,  en  Hollande,  en  Allemagne. 


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SAINT-SÉBASTIBN-BtlRGOS  335 

Il  savait  ce  que  Ton  peut  demander  à  ce  soldat  si  Tif*  si  intelligent, 
d'nn  tempérament  si  guerrier.  Pour  exoiter  son  enthousiasme 
et  son  sële  it  possédait  un.  moyen  très  sûr:  l'exemple.  A  voir 
agir  un  tel  chef,  le  soldat  comprenait  bien  vite  que,  si  on  le  con- 
sidérait, à  juste  titre,  comme  le  bras  qui  frappe,  on  ne  demandait 
pas  à  ce  bras  de  frapper  en  aveugle,  et  qu'il  était  dirigé  par  une 
tète  &  la  fois  prudente  et  courageuse,  sachant  au  besoin  donner 
Texemple.  Au  bout  de  quelques  jours  de  travail  en  commun  — 
et  quel  travail  !  —  il  régnait  dans  cette  petite  troupe,  séparée  du 
reste  de  l'armée  et  soumise  à  des  épreuves  continuelles,  un 
esprit  de  solidarité,  une  cohésion,  une  camaraderie  toute  voisine 
de  Tamitié. 

Quelles  ardeurs  généreuses  et  chevaleresques  ne  peut-on  faire 
jaillir  du  cœur  des  Français  en  exaltant  leur  sensibilité  au  point 
d'honneur  et  à  tout  ce  qui  regarde  la  réputation  individuelle 
ou  collective  1  N'avait-on  pas  vu  ici  mémei  sous  les  murs  de 
Burgos,  deux  sous-lieutenants  se  battre  entre  eux  devant  leur 
bataillon  et  sous  une  grêle  de  boulets,  tout  comme  Bessière 
et  Lannes  le  firent  à  la  bataille  d'Essling,  parce  qu'ils  s'accu- 
saient mutuellement  de  ne  pas  s'ôtre  engagés  à  fond. 

Quand  on  sait  parler  à  de  tels  hommes,  s'imposer  à  eux,  on 
fait  des  prodiges  ;  «  ces  humbles  et  secrets  hérolsmes  quoti- 
diens »  dont  la  gloire  des  chefs  est  faite  et  qu'il  est  juste  de  cé- 
lébrer en  passant.  Ce  ne  fut  pas  huit  jours  que  tint  la  bicoque, 
mais  trente-trois,  pendant  lesquels  la  garnison  s'employa  sans 
trêve,  de  jour  comme  de  nuit,  supporta  4062  coups  de  canon  dans 
un  espace  très  réduit,  tua  2064  hommes  à  Tennemi,  repoussa 
cinq  assauts  livrés  par  l'élite  des  troupes  britanniques  Au  cours 
du  dernier,  l'église  de  Saint-Roman,  minée  comme  nous  l'avons 
vu,  s'écroula  sur  la  colonne  anglaise  qui  s'y  était  introduite  et 
l'écrasa. 

La  déconvenue  de  Wellington  fut  extrême.  Vaincu  dans  une 
lutte  si  inégale  par  un  adveraire  aussi  têtu  que  lui-même,  il  dut 
se  retirer  enfin  à  rapproche  de  Tarmée  française  dont  la  réorga- 
nisation avait  pu  se  faire  en  toute  sécurité.  Il  laissa  comme 
trbphée  toute  son  artillerie  de  siège. 


Le  mamelon  qui  fut  témoin  de  cet  héroïque  épisode,  s'élève 
ao  bord  de  la  ville  de  Burgos  qu'il  touche  par  sa  base  même.  Il 


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8S6  REVUB  DE  BRETAGNE 

eftt  percé  de  trous,  éventré  par  l^explosion  de  1814  (i),  nu  et  pelé 
comme  une  kasbah  d'Algérie,  mais  très  facile  à  parcourir.  Il 
.  mesure  500  pas  peut-ôtre  à  la  base  et  2  ou  ciOO  au  sommet.  Un 
^luart-d'heure  suffit  à  le  contourner,  môme  si  Ton  stationne 
quelques  instants  au  pied  de  trois  monurrents  dressés  à  sa  base; 
TarcdeFernand  Gonzalès  qui  marque  remplacement  approxima- 
tif de  Téglise  de  Saint-Roman  écroulée  sur  les  oolonnes  anglaises  ; 
la  statue  de  TEmpecinado,  le  célèbre  chef  de  guérillas  ;  le  solar 
del  Gid  bâti  à  la  place  de  la  maison  natale  du  héros  castillan. 
Quelle  force  d'âme  n'a-t  il  point  fallu,  quelle  fière  confiance  en 
soi-même  et  dans  les  autres  pour  tenir  tôte  sur  cette  motte  insi- 
gnifiante à  une  armée  victorieuse  et  à  un  général  de  grande  va- 
leur. 

En  tournant  à  droite,apràs  avoir  dépassé  cet  édifice,  on  pénètre 
dans  le  ravin  creusé  entre  leCastillo  et  la  hauteur  de  San  Miguel. 
De  suite  on  aperçoit  le  vieux  mur  vénérable  couronné  de  créneaux 
auquel  s'appuyait  notre  première  enceinte.  Le  temps  l'a  roÀgé 
maiïen  l'ornant  d'une  patine  d'or  sombre  et  d'ocre  chaude  sur 
laquelle  tranchent  par  places  des  plaques  rondes  de  lichen  aux 
reflets  de  vieil  argent.  Je  grimpe  à  flanc  du  coteau  élayé  de  trois 
tours  ventrues  percées  d'une  porte  plate. 

C'est  suf  cette  face  de  nos  faibles  retranchements  que  le  com- 
mandant Leydet  du  34*  jouait  aux  assiégeants  de  si  bons  tours. 
Il  faisait  montrera  des  points  divers  de  l'enceinte,  et  avec  des  hé- 
sitations calculées,  un  schako  fiché  au  sommet  d*une  perche.  Un 
Anglais  se  soulevait-il  hors  de  la  tranchée  dans  l'espérance  d'un 
heureux  coup,  qu'une  balle  l'atteignait  aussitôt.  Le  commandant 
avait  d'ailleurs  plus  d'un  stratagème  dans  son  8ac,propre  àéveiller 
la  curiosité  de  l'ennemi  :  nos  soldats  s'en  amusaient  fort  et 
aussi  Dubreton  qui  sentait  revivre  en  lui  Pâme  des  ancêtres  cel- 
tiques, grands  destructeurs  de  «  Saouzou  (2)  ». 


On  retrouve  encore,non  sans  grande  difflculté,certains  vestiges 
des  travaux  exécutés  par  nos  troupes.  De  l'église  Sainte-Marie- 
la-Blanche  il  ne  reste  rien  ;  à  la  place  dii  donjon  sont  quelques 
b&timents  sans  importance.  A  vrai  dire,  tout  cela  n'est  qu'un 

(1)  En  1814  nos  tronpM  firent  saatar  le  fort  de  Bnrges  avant  de  TéTaener. 
i2)  Saonson  :  Anglais  ou  Bas-Breton. 


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SAIKT-SÉBASTIBN-BURGOS  187 

amas  de  décombres  qui  serait  tritie  comme  la  mort  eUe*méme, 
bi  le  souvenir  des  combattaoti  de  1812  ne  l'eanoblissait.  Les 
ruioea  ont  dans  ce  pays  une  mélancolie  particulière.  Leur  déso- 
lation 8*y  tempère  rarement  comme  ailleurs  de  l'ardente  poussée 
des  lierres  ou  de  la  floraison  des  herbes  folles.  Le  bastion  du  Gid 
élevé  à  l'aplomb  même  de  la  maison  du  héros  castillan  est  la 
partie  la  mieux  conservée. 

De  son  parapet  la  vue  est  superbe,  d'une  beauté  toute  castillane» 
majestueuse  et  mélancolique.  Les  ondulations  montent  d'un  des- 
sin large,  harmonieux  mais  froid  jusqu'à  l'horizon  sans  nuages* 
Au-dessous  la  ville,  grande  comme  une  préfecture  moyenne  de 
France,  étale,  le  troupeau  confus  de  ses  maisons  brunes;  la  ca- 
thédrale, travaillée  comme  une  châsse  d'orfèvrerie,  surgit  cou- 
ronnée de  délicats  clochetons  et  de  cinq  grandes  flèches  p'^rcées  à 
jour.  Bordée  d'arbres,  la  route  de  France  fuit  vers  le  nord-est  ra- 
sant les  coteaux  de  la  Chartreuse  de  Melaflorès,  traversant  Gamo* 
rai  et  son  bois,  coupant  en  deux  le  village  de  Villapia,  tous  lieux 
témoins  de  la  victoire  de  Napoléon  en  1810  et  des  exploits  de  Las- 
sale.  V 

En  contemplant  ce  panorama  si  large  mais  si  sec>  Dubreton  de- 
vait se  sentir  bien  loin  de  son  pays.  Rien  ne  rappelle  moins  les 
horizons  étroits^  touffus,  vivifiés  d'eau  courante,  pleins  d'une 
grâce  intime  du  joli  pays  de  Ploôrmel.  A  sa  vue  ma  pensée  re- 
tourna, aile  aussiy  vers  la  petite  ville  studieuse  groupée  autour  de 
sa  ruche  scolaire  et  de  Tr^glise  délicatement  ciselée  de  Saint-Ar- 
mel. Ma  mémoire  fut-elle  infldèle?  mais  il  me  sembla  que  rien, 
dans  la  ville  natale  de  Dubreton,  n'y  remémore  le  souvenir  du 
défenseur  de  Burgos. 


De  tels  honneurs  sont  bien  dignes  cependant  de  survivre.  Ils 
ont,  à  leur  manière,  doté  l'humanité  de  chefs-d'œuvre  dont  la 
méditation  élève  l'esprit  et  fortifle  la  volonté.  Au-dessus  de  la 
masse  engagée  avec  eux  dans  une  action  véhémente  ils  se  dé- 
tachent lumineux  et  aussi  beaux  que  tes  héros  de  Vlliade, 

Si  le  soldat  idéal  dont  le  souvenir  nous  retenait  naguère  à 
Saint-Sébastien  semble  un  nouvel  Hector,  jpignant  ainsi  à  la  ten- 
dresse et  à  la  chaleur  d'âme  une  vertu  austère  et  un  parfait  sen- 
timent du  devoir,  capable  aussi  de  sacrifices  sublimes  à  l'amitié. 


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338  RBVOfi  DE  BRETAGNE 

Dubreton,  lui,  ne  vous  rappelle-t-il  pas  ce  chef  iliu^Lre,  der- 
nier rempart  des  Grecs  dans  leur  détresse,  qui  tint  tête  à  l'ar- 
mée victorieuse  des  Troyens  et  grftce  à  une  lutte  acharnée  per- 
mit aux  troupes  d'Agamemnon  de  reprendre  courage  et  de  se  re- 
former ? 

A-t*il  manqué  autre  chose  qu'un  Homère  au  défenseur  de 
Burgos,  pour  entrer  dans^la  légende  au  même  titre  qu'Âjax,  roi 
de  Salamine  et  issu  des  Dieux  7 

Commandant  de  Màllirat. 


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THÉRÈSE-JOSEPH  POULLMN-DU-PARC 


Un  hasard  nous  a  mis  sous  la  main  un  petit  volume  (1)  relatant 
la  Tie  de  «  trois  héroïnes  chrétiennes  »  que  l'auteur  donne  en 
exemple  à  la  jeunesse  de  son  temps.  Parmi  ces  trois  héroïnes  se 
trouve  une  jeune  fllle  de  Rennes  qui,  de  par  son  nom,  appartient  à 
l'histoire  locale.  Sa  vie  fut  toute  de  douceur  et  de  mansuétude 
pour  les  déshérités  de  la  fortune.  Elle  poussa  l'abnégation  de  sa 
personnalité  jusqu'à  se  faire  la  servante  de  ceux-là  à  qui  elle  con- 
sacra le  meilleur  de  son  temps. 

Cette  vie  toute  de  dévouement  à  ceux  qui  souffrent  m'a  vive- 
ment ému.  J'ai  pensé  qu'il  ne  serait  peut-être  pas  inutile  de  faire 
revivre  brièvement  les  principaux  traits  de  caractère  de  cette 
jeune  fllle. 

Thérèse-Joseph  Poullain-du-Parc  du  Boisanger  née  à  Rennes 
le  19  février  17B9  de  M.  Du  Pare  Poullain,  jurisconsulte  célèbre» 
et  de  dame  Oilette-Fraoçoise  de  la  Motte-Pablet. 

Élevée  à  l'école  de  son  père  qui  fut  longtemps  l'orgueil  du  bar- 
reau du  Parlement  de  Bretagne,  Thérèse  Poullain-du-Parc  se 
montra  toute  jeune  d'un  caractère  supérieur  à  celui  des  jeunes 
filles  de  son  ftge.  A  différentes  reprises  elles  montra  un  esprit 
d'initiative  qui  étonna  les  gens  de  son  entourage. 

Son  Biographe  nous  apprend  qu'elle  possédait  «  tous  les  agré- 
«  ments  que  la  nature  peut  donner  du  côté  de  la  figure,  elle  avait 
«  une  très  jolie  voix,  une  manière  agréable  et  naïve  d'exprimer 
«  sa  pensée  et  les  plus  heureuses  dispositions  du  cœur. 

«  D'un  caractère  vif,  elle  se  montrait  irréductible  sur  les  idées 
«  qui  lui  paraissaient  vraies,  et  si  son  interlocuteur  n*acceptait 
«  pas  assez  vite  sa  façon  dB  penser,  elle  faisait  preuve  d'un  peu 
«  trop  d'impatience.  » 

Ce  caractère  vif,  qui  pour  beaucoup  eut  été  un  défaut,  fut  chez 
elle  une  qualité  qu'elle  employa  plus  tard  dans  les  œuvres  qu'elle 


(1)  Les  Troie  Béraines  chrétiennes,  par  l'abbé**",  Rennes  et  Vitré,  1786. 


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340  REVUE  DE  BRETAGNE 

entreprit  en  y  mettant  beaucoup  de  ténacité  et  de  suite  joints  à 
beaucoup  de  cœur. 

Avec  ceux  qu'elle  connaissait  peu  elle  n'était  guère  démons- 
trative quoiqu'ayant  toujours  «  un  rire  simple  et  naturel  qui  la 
«  rendait  toujours  aimable  et  toutes  les  personnes  qui  Tappro- 
«  chaient  ne  pouvaient  se  défendre  d'avoir  pour  elle  la  plus  grande 
i(  tendresse.  » 

Elle  fut  pour  son  père  d'une  sollicitude  toute  filiale,  «  cherchant 
«  à  prévenir  tous  ses  goûts  pour  les  satisfaire,  cherchant  les  plus 
«  petites  occasions  de  le  contenter  pour  qu'il  ne  fût  contredit  en 
«  rien.  *» 

Quelqu'un  avait-il  commis  une  faute  dont  son  père  avait  à 
s'occuper,  «elle  saisissait  toutes  les  occasions  de  les  adoucir, 
«  présentant  la  faute  du 'coupable  de  la  manière  la  plus  propre 
«  à  la  faire  excuser  ».  Son  «  air  aimable,  son  caractère  sensible, 
«  son  cœur  tendre  et  compatissant  »  avaient  charmé  tous  ceux 
qui  l'approchaient.  L'une  d'elles,  plus  particulièrement  enthou- 
siasmée du  caractère  et  de  la  grâce  de  la  jeune  fille,  «  la  mena  à 
«  des  bals  et  à  des  concerts.  » 

Elle  prit  vite  —  mais  pour  peu  de  temps  —  le  goût  de  ces 
genres  d'amusements,  c  Elle  conçut  une  passion  extrfime  pour 
la  parure  ainsi  que  pour  lu  danse  ». 

Ce  changement  à  ses  habitudes  fut  de  courte  durée.  Elle 
s'aperçut  vite  de  l'inanité  de  teU  divertissements  et  ne  tarda  pas 
à  reprendre  ses  habitudes  premières,  qui,  si  elles  flattaient 
moins  son  amour«propre,  étaient  plus  conformes  aux  lois  de  sa 
conscience.  / 

Gomme  pour  effacer  un  moment  d'oubli,  elle  se  fit  le  reste  de 
sa  vie  l'apôtre  désintéressée  d'une  cause  noble  entre  toutes  : 
aimer  son  prochain.  De  ce  moment  elle  c  montra  pour  les  do- 
«  mestiques  beaucoup  de  compassion  ;  attentive  à  prévenir  leurs 
«  désirs,  à  excuser  leurs  fautes  ;  elle  se  chargait  pour  eux  d'oc- 
«  cupations  difficiles.  Loin  de  se  montrer  exigeante  à  leur  égard, 
«  elle  les  servait  de  ses  propres  mains  ;  les  aidant  à  tout  ce  qui 
c  n'était  point  au-dessus  de  ses  propres  forces,  elle  allait  jus- 
«  qu'à  leur  épargner  les  peines  les  plus  légères.  Mais  sa  charité 
«  avait  surtout  en  vue  les  infortunés  qui  étaient  véritablement 
c  dans  la  misère,  et  son  premier  soin  fut  de  sacrifier  le  goût  qu  elle 
c  ressentait  encore  pour  la  parure.  Afin  de  s'en  détacher  absolu^ 
«  ment  elle  se  représentait  combien  il  doit  iire  mffligêani  pou 


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THERESE-JOSEPH  POULL\IN-DU-PARC  Ski 

«  ceux  qui  manquent  de  pain,  de  voir  leurs  semblables 
«  employer  à  de  pareilles  frivolités,  Vargent  qui  pourrait  les 
nourrir  ». 

«  Jouissant  d'une  pension  fort  honnête,  et  qui  pouvait  aisé- 
u  meut  satisfaire  à  son  penchant,  elle  se  décida  dès  lors  et  cou- 
«  tinua  toujours  à  la  distribuer  presque  toute  entière  aux 
«  pauyres  ;  l'obéissance  seule  l'obligea  d'en  conserver  ce  qu'il 
«  lui  fallait  pour  les  choses  les  plus  indispensables.  Son  bon 
«  cœur  n'en  demeura  pas  à  ses  premiers  retranchements  et  en 
«  peu  de  temps  son  amour  pour  les  pauvres  devint  inexpri- 
<  mable;  elle  leur  consacra  jusqu'aux  mets  qui  la  flattaient. 
«  Lorsqu'il  lui  était  possible,  elle  mangeait  son  pain  sec  et  leur 
«  partageait  ce  qu'elle  avait  de  plus.  Si  elle  eut  été  libre,  elle  se 
«  fat  nourrie  de  pain  noir  et  d'aliments  grossiers,  dans  le 
«  dessein  de  procurer  aux  malades  les  mets  plus  délicats  qu'on 
«<  lui  présentait;  pour  les  soulager  elle  eut  sacrifié  jus^^qu'à  son 
«^  nécessaire.  Souvent  pendant  le  repas  il  venait  des  mendiants 
H  à  la  porte  de  la  maison  et  Thérèse,  la  première  à  les  entendre, 
«  demandait  tout  bas  à  une  personne  qui  avait  de  l'autorité  sur 
♦*  elle,  la  permission  de  leur  porter  son  dîner  :  pour  se  faire 
<(  écouter  plus  favorablement,  elle  lui  disait  d'un  air  caressant, 
•<  cela  m'amuserait  ;  j'aurais  le  plaisir  de  voir  si  les  mets  sont 
t  à  leur  goût  ». 

«  Quelquefois  on  l'entendait  gémir  en  se  mettant  au  lit  :  on 
craignait  un  jour  qu'elle  eut  du  chagrin  et  on  voulut  en  savoir 
la  cause  :  «  Je  pense  aux  pauvres,  répondit-elle,  je  voudrais  bien 
c  leur  donner  mon  lit,  ils  sont  si  mal  couchés.  »  Ces  traits 
montrent  chez  cette  jeune  fllle  un  cœur  tendre  et  compatissant. 
Mais  là  ne  s'arrêtait  pas  son  apostolat.  A  l'âge  de  12  ans  elle 
fonda  «  une  Société  de  jeunes  enfants  de  son  ftge,  remplis  comme 
«  elle  de  piété  ».  Comme  toute  association  qui  se  respecte  un  peu, 
il  était  juste  que  cette  petite  Société  ait  ses  règlements. 

Thérèse  Poullain-du-Parc  prit  soin  d'en  dresser  qui  «  fussent 
«  proportionnés  à  Tâg^  de  ses  compagnes  et  qui  pussent  plier 
«  leur  cœur  à  la  vertu;  l'obéissance  à  leurs  parents,  la  charité, 
«  l'assiduité  au  travail,  des  prières  conformes  à  leur  situation,  ^ 
«  de  légères  pratiques  de  mortifications  et  d'humilité  ;  voilà  les 
«  points  principaux  des  règles  qu'elle  établit.  » 

Pas  un  jour  ne  passait  sans  qu'elle  trouva  une  bonne  action  à 

accomplir.  Alors  qu'elle  avait  13  ans,  «  une  de  ses  amies  se  plai- 
da in  i90t  U 


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34i  REVUfi  DE  BRETAGNE 

«  gnit  qu'elle  avait  un  pied  malade  ;  à  l'instant  Thérèse  le  pansa 
«  et  continua  de  le  faire  jusqu'à  sa  guérison.  » 

Vers  rage  de  19  ans  une  maladie  qui  ne  pardonne  pas  répandit 
reSroi  dans  la  famille  Plusieurs  médecins,  «qui  parurent  craindre 
.  pour  sa  vie  »,  furent  consultés. 

«c  Pendant  les  8  mois  que  dura  sa  maladie  et  dont  les  4  der* 
«  niers  surtout  furent  accompagnés  des  plus  cuisantes  douleurs, 
tt  jamais  il  ne  lui  échappait  la  plainte  la  plus  légère.  » 

Au  commencement  de  février  1776,  elle  manifesta  le  désir  de 
terminer  ses  jours  dans  un  couvent.  Sa  famille,  pour  lui  donner 
satisfaction^  la  flt  transporter  dans  le  couvent  des  «  dames 
carmélites  ». 

La  maladie  augmentait  d'un  jour  à  l'autre^  le  samedi  saivant 
elle  fut  administrée  dans  son  lit. 

Après  quelques  jours  de  grande  souffrance,  durant  lesquels 
elle  ne  départit  pas  un  seul  instant  d'un  courage  héroïque, 
Tnérèse  Poullain-du-Parc  s'endormit  le  19  février  1776,  à  deux 
heures  du  matin,  âgée  de  20  ans  et  le  jbur  même  de  l'anniver- 
saire de  sa  naissance 

Tout  le  monde  d^  la  communauté  s'empressa  de  recueillir 
^  les  restes  de  notre  héroïne  :  ses  chevn.ux  furent  coupés,  ses 
«  petits  meubles  de  dévotion  partagés  et  les  dames  carmélitesi 
«<  pour  immortaliser  le  souvenir  de  ses  vertus  dans  leur  maison, 
«  demandèrent  à  la  famille  qu'on  la  peignît  dans  son  cercueil  et 
«  qu'on  leur  laissât  son  portrait.  » 

«  On  grava  au  bas  du  tableau  ce  verset  d'un  psaume  :  «  Sei- 
gneur, je  serai  rassasié  lorsque  j'aurai  vu  ta  gloire.  » 

Combien  de  jeunes  Ailes  de  notre  époque  pourraient  prendre 
exemple  sur  cette  noble  figure  dont  la  vie,  à  l'exemple  de  celle  de 
son  père,  fut  toute  de  dévouement  pour  les  déshérités  de  la  vie. 

J.   COUPBL. 


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NOTICES  ET  COMPTE-RENDUS 


Ea  1907,  l'Union  Régionaliste  Bretonne  mit  au  concourt  une  Vie  de 
Saint  Guennolé. 

L'auteur  du  mémoire  couronné,  M.  Pierre  Allier,  publie  aujourd'hui 
eo  brochure  (imprimerie  Cotonnec  à  Quimper)  un  récit  dont  il  nous 
met  ainsi  à  même  d*apprécier  les  mérites.  Serrant  de  près  l'histoire,  ne 
la  revêtant  d'aucun  ornement  étranger,  il  arrive  à  nous  intéresser,  à 
nous  émouvoir.  Arthur  de  la  Borderie  qui  préludait,  dès  sa  Jeunesse, 
à  sa  belle  Histoire  par  une  étude  sérieusement  documentée  sur  le  rôle 
historique  des  saints  de  Bretagne,  aurait  beaucoup  apprécié  la 
«  manière  »  de  M.  Allier  et  ratifié  les  éloges  que  donne  au  narrateur, 
dans  une  substantielle  préface,  l'excellent  poète  F.  Le  Guyader,  auteur 
de  VEre  Bretonne. 


Je  désire,  depuis  longtemps,  dire  un  peu  du  bien  que  je  pense  des 
publications  éminemment  orthodoxes,  présentées  avec  beaucoup  de 
variété  et  de  goût,   de  l'éditeur  Téqui  (ancienne  maison  Douniolu 
Plusieurs  intéressent  la  Bretagne,  comme  la  très  édifiante  autobiographie 
d'une  protestante  convertie  Mistress  Pittar,  traduite  et  annotée  par  un 
Nantais,  H.  Charruau,  comme  le  charmant  livre  de  M.  Poulin,  Au  jour 
le  jour^  où  la  plume  et  le  crayon  s'unissent  harmonieusement  pour 
no0s  décrire,  après  une  Venise  qui  échappe  à  l'obsession  du  «  déjà  vu  », 
une   Bretagne  pleine  de  saveur  agreste  et  riche  encore  en  trésors 
inexplorés.  Les  Bretons  ne  seront  pas  les  derniers  à  cueillir,  dans  la 
gerbe  que  l'éditeur  Téqui  assemble  pour  les  lecteurs  de  bonne  foi, 
une  austère  et  pourtant  attrayante  Doctrine  spirituelle  de  Bossuet,  des 
Pages  choisies,  judicieusement  extraites  par  M.  A.  Mollien,  de  Tœuvre 
admirable  du  Père  Gratry,  ou  encore  cette  Lettre  Apologétique  de 
Newman,  qui  est  de  fait  une  des  meilleures  apologies  du  catholicisme. 
A  ceux  qui  ne  dédaignent  pas  Thonnéte  distraction,  recommandons  la 
série  des  «  Matutinaud  »  de  Tabbé  Duplessis  ;  le  dernier  paru,  «  Les 
frères  de  Matutinaud  »  est,  comme  ses  aines,  une  plaisante  satire  où 
vices,  travers,  ridicules  du  temps  sont  plutôt  égratîgnés  que  flagellés. 
Terminons  cette  trop  incomplète  revue  en  saluant  les  livres  de  M.  Tabbé 


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344  REVUE  DE  BRETAGNE 

BroussoUeS;  exégète  de  grand  talent,  qui  appelle  au  secours  de  sa  prose 
une  illustration  empruntée  aux  monuments  originaux.  Après  une 
Théorie  de  la  messe,  M.  Broussolles  entreprend  une  Histoire  de  la 
Sainte  Fiier^e  dont  le  pretnier  volume,  relatif  à  l  Immaculée  Conceplion, 
qui  vient  de  paraître,  est  heureusement  placé  sous  Iç  patronage  de* feu 
le  vénéré  cardinal  Richard,  le  saint  prélat  français  et  breton. 


Sous  le  titre  Ames  errantes^  Madame  Marie  Le  Fur  publie  dans  la 
Bibliothèque  régionaliste  de  l'éditeur  Bloud,  un  recueil  de  légendes 
empreintes  du  plus  pur  sentiment  breton.  A  part  deux  ou  trois  récits, 
où  rimaginatïon  de  l'auteur  s*est  donné  plus  libre  carrière,  ces  légendes 
pnt  été  recueillies  de  la  bouche  même  des  naïfs  conteurs  rustiques.  Ils 
apportent  une  précieuse  contribution  au  folk-lore  de  Quiberon  et  tout 
lecteur  trouvera  justifiées  les  louanges  que  leur  décernent  le  regretté 
André  Theuriet  et  le  Marquis  de  l'Estourbeillon.  De  jolis  dessins,  dont 
quelques-uns  sont  dus  à  Madame  Le  Fur  elle-mémly  afoutent  à  l'agré- 
ment du  texte. 


y  Dans  une  plaquette  éditée  à  Nantes,  avei;  autant  de  goût  que  d'élé- 
gance, le  baron  de  Wismes  a  réuni  douze  sonnets  évangéliques  tous  dé- 
diés à  des  membres  du  clergé  nantais.  C  est  de  la  haute  poésie  de  pure 
tradition  française,  très  digne  des  suffrages  qu'elle  a  obtenus  de  la  So- 
ciété Académique  de  la  Loire-Inférieure. 

Olivier  de  GOURCUFF. 


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TABLE   ANALYTIQUE  'ET  ALPHABÉTIQUE 


TOME  XXXIX    —    PREMIER    SEMESTRE  . 

Baudry  (J.).  Histoire  de  Notre-Dame  de  Rostrenen  et  de  son  pèlerinage  . 

(1300-1907).  Mars.  i38. 
Le  Bâton  ^J.).  Le  Converti  de  Notre-Dame.  Février.  75. 
BiGNB  (Paui  Di  la).  Combour  et  ses  Seigneurs.  L  Avril.  i85.  —  IL  Mai.  273. 

—  liL  Juin.  ^98. 

Brrton  ÉiiicaÉ  (Un).  Les  Bretons  de  Bretagne  Jugés  par  un  Breton  de  Paris 

(Réponse).  Janvier.  x4. 
De  Galan  (V^  Charles).  Mélanges  historiques.  L  Saint  Malo  et  Saint  Maël- 

mon.  Mars.  lai.  —  IL  Le  Monastère  de  Saint  Maôlmon.  Mars.  ia4« 

—  m.  Saint  Goulven.  Mars.  ia4.  —  IV.  Saint  Armel.  Avril.  20a.  — 
V.  Le  Comte  Even.  Avril.  ao5.  —  VI.  Saint  Ivi.  AvriL  206.  —  VIL  La 
Langue  des  Gaulois  avant  la  Conquête  Romaine.  Mai.  266.  —  VIII. 
Saint  Tudi  et  Saint  Tudual.  Mai.  267.  —  IX.  D'Argentréet  les  Chants 
populaires  bretons.  Mai.  272.  ~  X.  La  Prise  de  Dol  par  Olav  de 
Norwège.  Juin.  309.  —  XL  Le  Mariage  d'Alain  III.  Juin.  3ii.  — 
XII.  Alain  III  et  Budic  de  Nantes.  Juin.  3i3.' 

CooPEL  (J.).  Paroisse  Saint-Pierre  en  Saint-Georges.  Juin.  826.  —  Thérèae- 
Joseph  Poullain  du  Parc.  Juin.  889. 

DupofiT   Etienne).  La  Chapelle  de  Marie  Stuart  à  RoscofT.  Février.  98. 

Ehtvault  (E.).  Les  Chants  de  Noces  du  Barzaz-Breiz,  traduits  en  vers  français 
avec  étude  critique  sur  une  partie  du  texte.  Mars.  128. 

I)B  Fèbes  (Charles).  Une  Page  de  THistoire  de  la  Roche -Derrien,  i345ti347. 
Février.  9i. 

De  Gourcuff  (V^-  Olivier).  Le  Folk-Lore  de  France,  par  Paul  Sébillot» 
tome  IV*  et  dernier.  Avril.  —  La  Vie  de  Saint  Gnennolé,  par  Pierre 
Allier  ;  Autobiographie  de  Mislresf  Pittar,  traduite  et  annotée  par 
M.  Charruau  ;  Aa  Joar  le  Jour,  par  M.  Poulin  ;  Ames  errantet,  par 
M""  Marie  Le  Fur  ;  Douze  Sonnets  Euangéliques^  pur  le  baron  de 
Wismes.  Juin. 

UsïfBiDA  (Jeanne).  Le  Soleil  sur  la  Mer.  Avril.  3i4. 

Herpin  (E.)  Mii«  Céleste  Buisson  de  la  Vigne.  (Son  mariage  avec  Chateau- 
briand). Janvier.  5. 


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UÙ  REVUE  DE  BRETAGNE 

Kehnéis  (E.).  Devant  repave  du  Primauguet.  Janvier.  4i. 

KoKTï-StAC  (Efflam).  Glabar  er  Barh,  pë  maru  Breih-Izel.  (Chagrin  du  Barde 

ou  Mort  de  la  Bretagne).  Janvier,  da. 
De  Latgue  (G^  René).  Questions  Héraldiques  Bretonnes.  A  propos  du  Nobi-^ 
itaire  de  Pol  de  Gourcy.  Janvier.  lo.  —  Bréviaires  ei  Missels  des 
Bglites  et  Abbayes  Bretonnes  de  France  antérieures  ait  XV W  siècle,  par 
Tabbé  F.  Duine  ;  Condition  actuelle  des  Serviteurs  ruraux  Bretons, 
Domestiques  à  jgages  et  Journaliers  agricoles,  par  Jean  Gholeau  ;  Les 
Communs  en  Bretagne  a  la  fin  de  C Ancien  Régime  (1667-1789),  par 
Pierre  Lefeuvre;  Le  Polk-Lore  de  France,  par  Paul  ,Sébil lot,  tomes  III 
et  IV;  Mélanges  d'Histoire  Bretonne,  (VP-XP  siècle),  par  Ferdinand 
h&t\  Saint  Félix  de  Nantes,  par  Tabbé  Â.  Delanoue;  Une  Commune 
bretonne  pendant  la  Révolution  :  Histoire  de  Saint-Servan  de  17H9  à 
1800 1  par  Jules  Haize  ;  Inventaire  sommaire  des  Archives  communales 
de  Saint-Servan  antérieures  à  1789,  par  Jules  Haize  ;  Le  Bienheureux 
i.-itf.  Grignion  de  Monifort  (1673-1716),  par  Tabbé  A.  Laveille  ;  Récits 
vècai  {1870-1 871) y  par  G.  Martineau  ;  Recherches  historiques  et  topogra- 
phiques sur  les  Compagnons  de  Guillaume  le  Conquérant,  par^  Etienne 
Dupont  ;  Le  Finistère  Pittoresque,  sites  et  monuments,  par  G.  Toscer  ; 
Le  Théâtre  au  Collège,  du  Moyen-Age  à  nos  Jours,  par  L.  V.  Gofflot  ; 
Les  Sources  de  V Histoire  de  France  depuis  1789  aux  Archives  Nationales , 
par  Charles  Schmidt;  Chrestomathie  bretonne  {Armoricain,  Gallois, 
Comique)  Première  partie  :  Breton  Armoricain,  par  J.  Loth  ;  Grammaire 
Bretonne  du  Dialecte  de  Vannes,  par  A.  Guillevic  et  P.  Le  GotT;  Exercices 
sur  ia  gramrhaire  bretonne  du  dialecte  de  Vannes,  par  les  mêmes  ; 
Vocabulaire  Breton- Français  et  Français- Breton  du  Dialecte  de  Vannes, 
par  les  mêmes  ;  Geriou  Keumraek  ha  brezonek,  dcutumet  ha  lakaet 
kenver  ha  kenver,  par  F.  Vallée  ;  La  Vision  de  Tondale,  textes  français, 
anglo-normand  et  irlandais,  publiés  par  V.  H.  Friedel  et  Kuno  Meyer  : 
Bretagne  daajourd'hui  et  Bretagne  de  demain,  par  Jean  de  Plounéour  : 
De  la  Persistance  de  la  Langue  Celtique,  en  Basse-Bretagne,pàT  k.Tnyën  ; 
Les  inscriptions  Gauloises  et  le  Celtique  de  Basse-Bretague,  par  le  même  ; 
Lei  Jardins  d!  autre  fois,  par  A.  Orain  ;  Promenade  horticole  à  MordeUes, 
pat  le  même  ;  Tribulation  d'un  horticulteur  à  ses  débuts^  par  le  même. 
Mars. 

De  Ma  LLEH  A  Y  (Commandant).  Saint- Sébastien-Burgos.  Juin.  33o. 

MAssenoN  I  Alexandre).  Llmagler  de  Saint-Florent  (IX«  siècle).  Février  87. 

Mxai.rr(P.)-  ^^^^^ai  sur  PAàministration  générale  dun  District  pendant  la 
tlévolution.  Le  District  de  Rochefort  (Morbihan).  i«'  juillet  1790- 
30  mai  1795.  ni  (suite).  Janvier.  47.  —  IV.  Février.  10a.  ^  V.  rPin) 
Mars.  168. 

OtiRt^  (André).  Un  Livre  d'Histoire.  Avril,  aiô. 

Oiitit  /Adolphe).  Le  Poète  Leçon  te  de  Lisle  étudiant  en  droit  à  Rennes* 


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Table  analytique  et  ALPHABBTlOtE  M 

Janvier.  35.  ^  Légende  bretonne  :  Rieux  et  Redon.  Avril  309.  —  Le 
rappel  da  Parlement  de  Bretagne  (i5  juillet  1769).  Avril,  au. 

Paakbr  V'^o'-)*  ^^  Deux  Saisons.  Juin.  3i5. 

TaÉvÉDT  (J.).  A  propos  de  :  «  Jugon  :  Une  cité  bretonne  à  travers  les 
stèdei  n.  Mai.  s41.  —  Coetmen  et  Goudelln  :  Attentats  des  Pen- 
ihièvre  contre  le  duc  Jean  V  (i4ao«i43a).  Juin.  3i8. 

LxuRKAD  (F,).  La  déportation  des  Religieuses  Angevines  :  Leur,  séjour  à 
Lorient (1794- 1795).  Janvier,  ai. 

DK  WisMBs  (Baron  G.|.  Cinquantenaire  de  la  Revue  de  Bretagne  et  Tren- 
tième Anniversaire  de  la  Société  des  Bibliophiles  Bretons.  Matinée 
musicale,  littéraire  et  dramatique,  et  Banquet  amical  à  Nantes 
le  i5  décembre  1907.  Février.  .^)7. 

Chronique  des  Bibliophiles  Bretons.  Avril. 


-^<i;i«t^;;^^^ 


Le  Gérant  :  F.  Chevalier. 


Vannei.  —  Imprimerie  LAFOLYB  Frères. 

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HEVUES  BRETONNES 


L  H^AMncc:  18'  ano.  Mensuel.  1  an  12  fr.  Union  postale  15  tr. 
Le  numéro  1  fr.  25.  Les  abonnements  partent  du  20  octobre. 
Directeur  :  Louis  Tiercelin,  à  Raramé  (I Ile-et-Vilaine). 

Les  AMtALES  de  Bretagne  :  22*  ann.  Trimestriel.  1  an  10  fr. 
UnioD  postale  12  fr.  50.  Publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de 
Bennes^  Rédacteur    G.  Dottio»  37,  rue  de  Fougères,  Rennes. 

Lb  Gloghkr  Bretoft  :  14«  auA  Mensuel.  1  an  5  fr.  50.  Directeurs  : 
René  Saib  et  Madeleine  Desroseaux.  Bureaux.  29.  rue  Belle-Fon- 
taine, Lorient. 

Bulletin  de  la  couhission  diocésaine  d'architecture  bt  d'archéo- 
logie DU  diocèse  de  Ouimpbr  et  de  Léon  :  6*  ann.  Tous  les  deux 
mois.  1  an  5  fr.  Quimper. 

La  Revue  Morbihannaise  :  il«  ann.  1  an  5  fr.  Directeurs  : 
J.  BuLÉON,  V**  de  la  Grancière.  E.  Sageret.  Chez  Lafolye,  Vannes. 

La  Paroisse  Bretonne  de  Paris  :  9*  ann.  Mensuel.  1  an,  2fr.  25. 
Directeur  :  M.  l'abbé  Cadic,  13,  rue  Littré,  Paris  (VI*  ar*). 

La  Jeune  Bretagne:  5*  ann  mensuel.  1  an,  2  fr.  pour  la  Bre- 
tagne, 2  fr.  50  pour  le  reste  de  la  France.  Bulletin  d'études  et  d'ac- 
tion sociales.  Rennes,  30,  rue  Hoche. 

Feiz  ha  Breiz  :  8*  année.  Tous  les  mois.  1  an  3  fr.  Les  abonne- 
ments partent  du  1*' janvier.  S'adressera  M.  Cardinal,  recteur  de 
Saint- Vougay,  par  Plouzévédé  (Finistère). et  pour  les  abonnements 
à  M.  Caroff,  vicaire  aux  Carmes,  Brest  (Finistère). 

Bretoned  Paris.  Bulletin  de  la  Société  «  La  Bretagne  »,  4*  année. 
1  an,  2  fr.  60.  Direction  :  40,  rue  du  Cherche-Midi,  Paris. 

Revue  du  Pays  d'Aleth  :  4*  année,  mensuel.  1  an,  3  tr.  Direc 
leur  :  Jules  Haize,  rue  Jacques  Cartier,  Saint-Servan. 

LePats  d'Arvor  :  2«  année,  1  an, 5  fr.  Directeur  -.  Jacques  Pohier, 
à  Ancenis  (Loire-Inférieure).  Administration  et  Bureaux, 25,  Haute 
Grande  Rue,  Nantes. 


Revue  du  Tradition nisme.  —  Hev.  iniern,  du  folk-lore  —  mens 
l  an,  10  fr.  N",  1  fr.  --  Directeur  :  M.  de  Beaurepaire-Froment 
Paris,  60.  quai  des  Orfèvres. 

Revl'E  du  BAS-Porrou,  20*  année,  trimestrielle  ;  1  an  :  8  fr 
N»  2  fr.  50.  —  />'  M.  René  Vallette,  à  Fontenay-le-Comte. 

L'Anjou  historique.  —  7*  ann.  tous  les  2  mois.  1  an  :  6  fr.  D" 
M.  l'abbé  Ûzureau.  aumônier,  à  Angers.  Edil^  :  M.  Siraudeau 
4,  Chaussée  Saint-Pierre,  Angers. 

Revue  des  Traditions  populaires,  22*  ann.  mens.  1  an,  15  li . 
N»  1  fr.  50,  Direct.  M.  Paul  Sébillot,  «0,  boulev.  St-Marcel,  Paris. 

La  Revi;e  Bleue,  15,  rue  des  Saints-Pères.  Paris. 

La  Vew[ïkk  historique.  —  (Revue  de  la  Vendée  militaire).  Tous 
les  quiDïe  jours  ;  !!•  année.  —  Edit.  sur  papier  fort,  6  fr.  50  ;  édit. 
ord.  5  fn  —  D"-  Henri  Bourgeois,  à  Luçon  (Vendée). 

Reyde  de  l  Anjou,  57*  année,  12  fr.  par  an.  —  Librairie  Germain 
cl  Grassin,  Angers. 

La  Revue  Hiiraldique,  fondée  en  1862.  Mensuel,  Directeur 
V^'de  Maziêres-Mauléon.  Bureaux  :  8  rue  Daumier,  Pariç 


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\    V 


CHEMINS  DE  FER  hZ  L'OUEST 


X 


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EXCURSIONS    EN    BRETAGNE 

Facilités  aocordé^A  par  Cartoft-tl'aboimemant  individuelles  et  de 
^  famille  valables'  pendant  33  jours 

La  iDomuf nié  des  Chemins  de  tét  de  rpoést  délivre,  à  partg^  du 
Jeudi  ypréeèdent  la  Pète  deâ  Rameaux  et- jusqu'au  SI  Octobre,  des 
cartet>i':al»éntiement  spéciales  permettant  de  partir  d*ane  gare  <Tuei- 
conque  de^ou  Réseau  pouf  une  sare  aia  cho)it  des  ligues  désignées 
aux  almésÀ  ci-dessous  eu  s'arr^anf  sur  le  parcours  ;  de  circuler 
ensuite,  ^son  gré.  pendant  un  mois,  no^seutoment  sur  ceaJjgnes, 
mais  aupsi  sur  tous  leurs  etubrancbements  qui  conduisent  à  la  mer. 
et,  enûii«  une  fois  Texcurston  terminée,  de  revenir  an  point  de  dépsx» 
-Ttvec  Isfr  mêmes  facilités  d'arrêt  qu'à  l'aller. 


/C|L^XS  VjSJLASf»)S:  &UR  Z.A  COTE  NORD  DE  BRETAGNE 
"■<:^       ^•J.  \T'  l^  «lasse  lÔO IP*  —  2*  olasse  75  Ir. 

.---j^^  \^ Pa!Nmi/s  :  Ugue  de  Granville  4  Bre^t  (par  FoUigny,  Dol  et  Lamballe) 
—         \  \  et  les  embrapchèuients  de  cette  ligne  vers  la  mer: 

\     \      CARTE  VALABLE  SUR  LA  COTE  StîD  DE  BRETAGNE 

,     I  1«  Classe  lOÛ  fr.  --  ?*'classe  1$  Ir. 

^;    y    Bmramrs:  Ugue  duCroisis  et  .de  Guéraudii  à  ChàteauUn  et.les 
^'  V  s.embrancbements  de  eette  ligne  vcfrs  la  meis 

^  :<L4RT£  VALAâXE  ÏUR.  LES  COTES  ÏÎORD  Et:  iVD  DE 

'  BBÊTAGNE 


ire  eJassô  i30  fr.  —  2''  «lasse  95  fr. 

,  :  Lignes  de  Granville  à  Brest  (par.  Folligny>  tk)l  et  Lam-/ 

et  de  Brest  M  Croisic  et  à  Guérau^eetles  eniDran^bements  oe 
lign^vers  la  mer.  -  - 

CARTeN  ViVLABLE  •  SUR  LES  OOTES  NORD  ET  SCD  DE 
BRETl^GIfE  ET  HGNB&INTÈRIEURES  SITUEES  A  L'OUEST 
PEi^OEJ^LÇ  DE  SAINT-MALO  A  REDON.      -     .   ■ 

Lj        i  '    1«  Classe  160  .A\  —  2«  classe  ±%à  fr. 
^law*^'/  Lignes  de  Gmnvîlie  à  Bpést  fl^ar  PoUl^nir,  Dol\pi  Lam- 
bslle)  êttb  érest  au  Croisiic  et4  Guéraihje  et  les  euibrancbeoùie^ts  de 
ces  lignesH^re  la  lâer.  ainsi  .que  les  li^des  de  0ol  à^tiedon,  de  llessae 
à  Pioérnoiéf  de  Lamballe  k  ^enneStiié  Dinan-à  Questembert,  de  Saint- 
-^s^  Brieuc  à  Atray.  de  Louddw5-à  Carbaix,  de  tfc>rîaix  et  djjOï^tgamp  à 
^Nftospordjwi.  -'  /^ ....  \ 

/  ABONNEMENTS  DE  FAMILLE;  '  ^-  — 

pjWi«wnÇij»t-«wis«rit,  en  m.àilK  temps  que  «on  at>OBk^enMiit,  ue  oe 
nrVlWtfes'aboanesaeoti  bç  /aYeui*^  des  membres  jie  ^*faiiliU$,  précep- ,  -  . 
'  vernan tes  et  dômes uqu3^''*h«l)i tant  aveo  ^tle,   soub  le '^&«ie  Xok;^ '^' 
e  pour  ces  cliHeft  «uppIémemaJi^M  de  rédvttiooft  variant  enCi^  10*  %t 
N  hO  Vo/  sinranMr  iie«!ibr^  4*  eartei  i^ivcêe»,  *     ' 

\     \  La  dMée  ili-«*li<lit4  de  m«  cartes  peut  être  prolon^  iTun  ou  de  deux  oadis 
j     moyennabylg.  Ye?8ie>fat  ^e  25  V«  du  prix  initial^  poufc  ahaque  mois  de  pr#lorit 

/       fPour  plus  M^^i»n8eignem«mts,  Vadresser  k  -toutes  les  jr«JP>»*  du  réseaU  qui 

/      iléliTreBteas  capter  A  cooditton  ^uè  la  demande  en  sait  fait  5  yoW  au  Sioii^ 

'j      Ai  ravance. 


\ 


Vanne».  —  ■4,mivlj»wi*'  Lajut*V£  frères,  2,  place  d6f  Luc». 


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—  7*  Année  ' 
1908.   Tome   XL' 


•  •^  ia  iM^ 


REVUE 

de  Bretagne 


REVUE 
4é  Bretagne  et  de  Vendée 


^  REVUE 

^      Hisfàri^ue  de  tOueit 


RéUNJte 

îpBYttB  MEnsueujs 


Mf^  de  l'ESTÔURBEILLON,  THrccfenr 

Cr  <^BNé  Di  LAIÛUS.  Hédsehwr  #11  ek^. 

MM,  ix  y**  Chamm  i^e  CALAN.   S^ervtiiiM  rcgiiwwil  pour  Dlc-ct-Vilunt.  —  René 
BLANCHARD  p4ur  la  Loirc-Inféricurc.-^Lc  Chanoine  PEYRON.pour  le  Finistère 
•  .—  AVENEAU  t^  LA  GRANCICRC.  fJour  le  Morbihan.  —  Alain  RAISON  û» 


ûM 


CJUEUZIOU,  poinr  les  Cdtes-du-Nord.  —  Olivier  db  GOURCUFF,  pour  Paris. 


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LAFOLY,©. FRERES 


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r->V-N*^  _   ^-^-' ÉDITEURS "•>■'.■;•  v      -   '..'-'  \r  \ 

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^    ^    -  PARIS 

^    •  '  HONORE  CHAMPION 

LlglMl«£-éDlTBUll 


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NANTERlî^-— *           _      ::  ^ 
M.   LE  DAULfT/    )'"'"       

»      \       Tv:  y^-N^  Ry  ^«msGermaJi»  /      \ 


f         ■  y'j'^  S*ad);(»se<«odlt  laT?^ACTiO!igi^«nvoi  de»  m«nuicrits\M.  1V,C'"  René  DE  tAlGUE,        ..^     T     '      N 

;*  'X^^.  ,         J-''  DigitizedbyGôO^fë    . 

^.  //      ■■  -  -  .  •  .  _ 


SOMMAIRE 


I.  —  Asiocialion  Bretonne,  Congrès  de  Fougères 5 

II.  —  Combour  et  ses  Seigneurs  (suite).  —  Paul  de  la  Bignb.  9 
lU,  —  Mélanges  historiques  (suile).  —  XllI.  La  Succession  du  duc 
Jeofroi.  —  XIV.  Les  Abbés  Félix  de  Ruis  et  Teudon  de 

Redon.  --  V*«  Ch.  de  la  Lande  de  Galan 28 

IV.  —  r/n  Voyage  en  Bretagne  [1782).  —  F.  Uzurbad.     ...  37 

V,  —  Devant  VAtre.  —  Ad.   Orain 42 


CONDITIONS    D'ABONNEMENT 

France,    un  an 12  fr. 

Etranger,    —    ........      15  — 

On  s'abonne  soit  chez  M.  le  comte  de  L aigus,  château  de 
fiahurel,  par  Redon,  soit  chez  M.  Lafolye,  imprimeur  à  Vannes. 

Les  abonnements  partent  du  1*'  janvier  ou  du  l«r  juillet  de 
Tannée  en  cours.  —  Il  n'est  pas  vendu  de  fascicules  isolés,  sauf 
pour  les  abonnés. 

Les  travaux  comprenant  au  moins  16  pages  de  texte  sont  seuls 
tirés  à  part.  50  exemplaires  sont  offerts  aux  auteurs. 


Nota.  —  La  Direction  et  la  Rédaction  de  la  Retue  de  Bretagne 
ne  sauraient  être  nullement  responsables  des  théories  ou  opinions' 
émises  dans  les  articles  qui  y  sont  insérés,   cette  responsabilité, 
incombant  tout  entière  à  leurs  seuls  auteurs. 

il  sersL  rendu  compte  de  tout  ouvrage  d'auteur  tteton  ou  i  nié" 
restant  la  Bretagne,  dont  un  exemplaire  aura  été  adnssé  au  Rédacteur 
en  t^hef  de  là  Revue. 


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REVUE 

de   Bretagne 


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4*  Série.  —  7*  Année 
JUILLET  1908.   Tome   XL 


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REVUE 


de  Bretagne 


4ê  Bretagne 


REVUE  4-  REVUE 

et  de  Vendée  f^      Ttistori^ue  de  t  Ouest 


RÉUNIES 

KpruB  MomauM 


M>*  de  l'ESTOURBEILLON,  Directeur 

C  RiMé  Di  LAÏQUE,  HédacUtir  in  chef 

MM.  Le  V  Cmahlm  de  CALAN.  Sccrttâirf  régional  pour  rik-et- Vilaine.  —  Rbnb 
BLANCHARD  pour  la  Loire  InfcrJeurc— Le  Chanoine  PEYRON, pour  le  Finistère. 
—  AVENEAU  DB  LA  GRANCIÈRE.  pour  le  Morbihan.  —  Alain  RAISON  ou 
CLEUZIOU,  pour  les  Côtes-du-Nord.  —  Olivier  de  GOURCUFF,  pour  Pari». 


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VANNES  ^ 

LAFOLYE    FRERES 


EDITEURS 
S,    Place   des    Lices 


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PARIS 

HONORE  CHAMPION 

LIBRAIKEtÉDITEUK 

s,  Quai  Malaquais 

NANTERRE 
M.   LE  DAULT 

LIBKAïaiE     BRETONNE 

y6.  Rue  Saint-Germain 


S'adresser  pour  la  Rédactiom  et  l'envoi  des  manuscrits  à  M.  le  O'  Rkné  de  LAIGUE, 
aacfaitMtt  deBthuiel,  par  Rcdyn  ;  pour  I'Adjcinistration,  MM.  LAFOLYE,  frères 
places  des  Licet,  Vaaxttê, 


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ASSOCIATION  BRETONNE 

CONGRÈS  DE  FOUGÈRES 


Du  6  au  1?  septembre  1008  aura  lieu  la  49*  session  de  l'Âsso- 
ciation  Bretonne  doût  voici  le  programme  : 

Dimanche 0  septembre.  -—  A  2  h.  1/2,  séance  publique  d'ouver- 
ture. Nomination  du  Bureau  de  l'Association  Bretonne.  Nomina- 
tion du  Bureau  du  Congrès.  Réunion  dans  chaque  section  pour  la 
fixation  de  Tordre  des  travaux  pendant  la  durée  du  Congrès. 

Lundi  7  septembre.  —  A  8  heures,  mosse  du  Saint-Esprit.  — 
A  9  heures,  conTéreneçs  d'archéologie  et  d'histoire.  —  ASheures^ 
aéance  publique. 

Mardi  8  septembre.  —A  8  h.  1/2  du  matin,  conférences  d'ar- 
chéologie et  d'agriculture.  — A3  heures,  séance  publique. 

Mercredi  0  septembre.  —  A  8  h.  1/2  du  matin,  conférences 
d'archéologie  et  d'agriculture.  ^  A  l'issue  de  la  séance  d'archéolo- 
gie, réunion  des  Bibliophiles  Bretons.  -—AS  heures,  séance 
publique. 

Jeudi  10  septembre.  — •  Excursion  au  Mont-Saipt-Michel. 

Vendredi  11  septembre.  —  A  8  heures  du  mat^n,  messe  pour 
les  défunts  de  l'Association  Bretonne.  —  A  9heures,  conférences 
d'arch(?olo^ie  et  d'agriculture.  —  A  3  heures,  séance  publique. 

Samedi  12  septembre.  —  AS  h.  1/2  du  matin,  séance  de  clôture. 

Voici  le  programme  des  diverses  sections. 


St^GTION    D'ArGHÉOLOQIB  ET  d'HISTOIRJK 

7.  —  Archéoto^tè, 

i.  Alonuments  mégalithiques  et  antiquités  préhistoriques  qui 
peuvent  exister  aux  environs  de  Fougères.  —  S'il  en  existe,  ont- 
ils  été  fouilléfi  7  Deamptien  et  détails  sur  ces  fouilles. 


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C  REVUE  DE  BRETAGNE 

2*  Mooumbnts  anciens,  ruines  gallo-romaines  de  la  région.  — 
Fouilles  et  découvertes  récentes  faites  au  pays  de  Cog|ès.  ^— 
Etudes  des  voies  romaines  du  pays. 

3.  Croix  anciennes  élevées  au  bords  des  chemins  ;  signaler  et 
décrire  celles  que  Ton  connaît  dans  les  pays  de  Fougères  et 
de  Vitré. 

4.  Description  des  églises  de  style  roman  qui  ont  pu  encore  être 
conservées  dans  cette  môme  région,  malgré  leurs  reconstructions. 

5.  Histoire  des  monuments  de  Fougères,  et,  eu  particulier,  de 
ses  églises  et  de  son  château.  —  Leurs  souvenirs,  leur  impor- 
tance. 

IL  —  Histoire 

6.  De  révangéiisation  de  la  Bretagne  par  les  saints  et  moines 
bretons»  et  par  4es  saints  et  moines  d'origine  latine  ou  gallo- 
romaine.  —  Etat  des  paroisses  situées  sur  les  bords  de  la  Vilaine 
et  de  ruie  au  X*  siècle,  d'après  le  cartulaire  de  Redon  et  les 
autres  car^ulaires  de  la  région.  Etymologie  des  noms  de  ces 
diverses  localités. 

7.  Etude  de  la  part  respective  des  éléments  Bretons,  Francs  et 
Normands,  dans  la  fondation  des  grandes  seigneuries  des  pays 
de  Saint-Malo,  Fougères,  Rennes  et  Vitré,  et  la  colonisation  de 
ces  territoires. 

8.  Le  Protestantisme  aux  pays  de  Fougères  et  de  Vitré.  —  Ses 
conséquences;  Principales  familles  protestantes;  leur  rôle  et 
leur  action  depuis  la  Réforme. 

9.  Etudier  les  principales  industries  du  pays  de  Goglès  avant 
la  Révolution  et  ses  rapports  commerciaux  avec  les  régions 
voisines. 

10.  Signaler  ^t  décrire  les  principaux  châteaux  et  les  maisons 
curieuses  du  pays.  —  Principaux  personnages  ayant  séjourné 
dans  ces  diverses  demeures. 

Bibliographie.  Folklore, 

11.  Personnages  illustres,  écrivains  connus,  auteurs  oubliés 
d*Ille-et- Vilaine,  et  spécialement  du  pays  de  Fougères.  —  Livres 
rares.  —  Couvres  inconnues  des  écrivains  bretons. 


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CONGRÈS  DB  P0U6ÈRBS  7 

19.  Résultats  de  la  campagne  encouragée  par  TAssociation 
Bretonne  pour  la  conservation  de  la  langue  bretonne  dans  l'en* 
seignemeot  et  dans  les  familles.  *  La  démoralisation  de  la 
Bretagne  par  la  débretonisation. 

13.  Mœurs,  usages,  contes,  légendes  et  chansons  populaires 
dlIle-el-Vilaine. 

Toute  autre  question  historique  ou  archéologique,  relative  à  la 
Bretagne,  peut  ôtre  traitée  dans  le  Congrès,  avec  rautorisation 
du  Bureau. 

Toute  discussion  politique  ou  religieuse  est  interdite. 

Une  des  journées  du  Congrès  sera  consacrée  à  une  excursion 
archéologique. 

Les  mémoires  qui  n'auront  pas  été  déposés  avant  la  fln  du 
Congrès,  entre  les  mains  du  Secrétaire  de  la  classe  d'Archéo- 
logie, ne  pourroqt  ôtre  imprimés  dans  le  volume  du  compte- 
rendu. 

Le  Directeur  de  la  Section  d Archéologie  par  intérim, 
M^  Régis  db  l'Bstourbbillon. 

Le  Secrétaire  dé  ta  Section  d'Archéologie, 
Louis  db  Villbrs. 

Vu  BT  APPROUVÉ  : 

Le  Directeur  général. 
Comte  Lanjuinais,  Député. 


Seotion  d'Aqriculturb 

i.  —  Situation  agricole  dans  les  cinq  départements  de  la  Bre- 
tagne et,  en  particulier,  dans  Tllle-et- Vilaine. 

2.  —  Amélioration  de  l'espèce  bovine,  au  point  de  vue  de  la 
viande  et  du  lait;  races  bretonnes;  races  de  Jersey;  sociétés 
d'élevage  ;  livre  généalogique;  espèces  porcine  et  ovine  ;  animaux 
de  basse-cour. 

3.  —  Fabrication  du  beurre  et  du  fromage.  Laiteries  coopé- 
ratives. 

4.  —  Elevage  du  cheval  dans  les  départements  bretons,  au 
point  de  vue  militaire,  industriel  et  agricole. 


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8  REVUE  DE  BRETAGNE 

5.  —  Viticulture.  La  vigne  dans  les  départements  bretons. 
Fabrication  du  vin  et  de  Teau-de-vie. 

6.  —  Pomologie  agricole.  Culture  des  arbres  à  cidre.  Pommiers 
rt  poiriers.  Fabrication  du  cidre  et  du  poiré. 

7.  —  Apiculture. 

8.  —  Engrais  marins.  Engrais  de  ferme  et  engrais  chiminues. 
Etude  des  engrais  appliqués  aux  différentes  culturer . 

9.  —  Prairies  naturelles  et  artificielles.  Culture  des  céréales, 
cultures  diverses,  culture  des  légumes  de  primeur  pour  l'expor- 
tation. 

10.  —  Pisciculture.  Par^'.s  et  réservoirs  à  poissons.  Ostréi- 
culture. 

11.  —  lie  bois.  Plantation.  Exploitation.  Scieries.  Défrichement 
des  landes. 

12.  —  L'enseignement  agricole. 

13.  —  Le  dépeuplement  des  campagnes  et  les  moyens  d'y 
remédier.   - 

14.  —  Le  crédit  agricole.  Les  caisses  d'assurances  contre  la 
mortalité  du  bétail. 

15.  —  Les  différents  systèmes  d'exploitation  de  la  propriété, 
rurale.  Ilxploitation  directe.  Métayage  à  bail  à  prix  d'argent. 

Les  mémoires  qui  n'auraient  pas  été  déposés  avant  la  fin  du 
Congrès  entre  les  mains  du  Secrétaire  de  la  classe  d'Agriculture^ 
ne.  pourront  être  imprimât  dans  le  volume  du  compte^rendu. 

Le  Directeur  de  la  Section  d'Agriculture. 
A.  BoBY  DB  LA  Chapelle. 

Le  Secrétaire  Général  de  la  Section  d* Agriculture. 

L.   HoUITTfB   DE  LA  ChkBNAIS. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS 

(Suite)  (i) 


LES  MONTBJAN  SEIONBURS  DE  GOMBODR. 
JEANNE  DU  CHASTEL. 

Jeanne  du  Ghastel  dame  de  la  Bellière  et  rie  Gombour,  du 
Corrouet  et  de  la  Villequeno,  par  sa  mère,  et  de  Renac  par  son 
pSi^e,  était  la  seconde  fille  de  Tangui  du  Ghastel  et  de  Jeanne 
Ragnenel  de  Malestroit.  Elle  fut  mariée  en  1506  à  noble  et  puis- 
sant Louis  de  Montejan,  Ûls  de  messire  Jean  de  Montejan  et 
d*Anne  Sillé't  il  était  seigneur  de  Montejan,  de  Sillé  Je  Guillaume, 
de  Cholet,  de  Becon,  du  Loroux  Bottereau. 

Ils  laissèrent  cinc)  enfants  dont  les  trois  premiers  furent  sei- 
gneurs et  dame  de  Gombour  :  Jacques,  René  et  Anne  ;  Oillone. 
qui  épousa  Jean  le  Venneur  seigneur  de  Homme  et  de  Carrouge, 
et  Claude  qui  fut  mariée  à  Ghristofle  de  Goulaine  second  du  nom. 

Jacques  de  Montejan  eut  pour  tuteur  et  curateur  son  oncle 
l'abbé  René  de  Montejan,  protonotaire  apostolique.  Devenu 
seigneur  de  Gombour  à  la  mort  de  son  père,  Jacques  mourut 
sans  lignée  le  21  décembre  1517. 

Son  frère  René  de  Montejan  prit  après  lui  le  titre  de  sire  de 
Gombour  et  lui  succéda  dans  toutes  ses  seigneuries  de  la  Bel- 
lière, de  Renac,  du  Boisfront,  de  la  Villequeno,  etc.  Ghevalier  de 
Tordre  du  Roi,  maréchal  de  France  en  1538,  gouverneur  du 
Piémont,  il  épousa  Philippe  de  Monlespedon,  de  laquelle  il  n'eut 
point  d'enfants  et  mourut  en  1539.  Sa  veuve  lui  survécut,  elle 
vivait  encore  en  1574  et  perdit  son  second  mari  Charles  de 
Bourbon  prince  de  la  Roche-sur- Yon,  sans  enfants  en  1569. 

Aux  États  qui  furent  tenus  à  Vannes  en  1532,  René  de  Mon- 
tejan avait  joué  un  rôle  des  plus  importants. 

Le  roi  François  I**,  qui  désirait  que  l'union  de  la  Bretagne  à  la 
France  fût  irrévocable,  résolut,  suivant  l'avis  de  ses  conseillers, 

(1)  Voir  la  lUnue  de  mai  190C* 


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SEIGNEURS  DE  COMBOUR  ^ET  LEURS  ALLIANCES 

Maisons  de  Montejean  et  d*Acigné 


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12  RBVUfi  DE  BRBTAGNft 

d'engager  les  États  à  demander  eux-mômes  l'union  perpétuelle 
du  Duché  à  la  couronne  de  France. 

Les  États  convoqués,  M.  de  Montejan  fut  chargé  de  les  présider 
comme  commissaire  du  Roi.  11  leur  proposa  d'accepter  l'uniun. 
Mais  elle  souffrit  de  grandes  difficultés  de  la  part  de  ceux  qui 
n'étaient  pas  gagnés  par  la  Cour  et  qui  redoutaient  la  perte  de 
tous  le«  privilèges  dont  avait  joui  la  Bretagne. 

D'autres  prétendaient  qu'il  n'y  avait  que  ce  seul  moyen 
d'assurer  à  la  Bretagne  une  paix  solide  et  durable,  qu'on  ne 
pouvait  f espérer  tant  qu*)l  y  aurait  des  souverains  particuliers» 
L'expérience  du  passé  était  une  leçon  pour  l'avenir,  les  duci 
âvaif'nt  toujours  été  en  guerre  soit  avec  la  France»  soit  avec 
l'Angleterre,  l'union  proposée  permettait  seule  d'éviter  à  ta 
Bretagne  le  renouvellement  de  pareils  désastres. 

Ces  raisons  longuement  exposées  triomphèrent  des  indécis, 
les  Êlats, consentirent  à  l'union,  maïs  quand  on  leur  proposa  de 
la  demander  eux-mômes,  ils  se  récrièrent  ne  croyant  .pas  pouvoir 
dignement  aller  au  devant  d'un  joug  qu'on  leur  imposait. 

M.  de  Montejan  qui  n'avait  peut-être  pas  tout  ce  qu'il  aurait 
fallu  pour  ramener  à  ses  vues  des  esprits  effarouchés,  le  prit 
d'un  peu  haut^  les  altercations  redoublèrent,  enfin  s^près  bien  des 
tergiversations,  on  finit  par  s'entendre  et  il  fut  résolu  que  les 
Ëtats  demanderaient  l'union  par  une  requête  qui  fut  adressée  au 
Roi  le  4  août  1532. 

Jacques  et  René  de  Montejan  étant  mort .  sans  enfants  GoOi- 
bour  passa  à  leur  sœur  Anne. 

Elle  avait  épousé  en  premières  noces  Georges  de  Tournemine 
baron  de  la  Hunaudaye  qui  lui^^mêtne  était  veuf  en  premières 
noces  de  Renée  de  Villeblanche  fille  de  Henry  de  Villeblanche 
capitaine  de  Rennes,  grand  maître  de  Bretagne,  Chambellan  du 
Duc,  duquel  elle  n'eut  point  d'enfant  (1500). 

En  secondes  noces,  Anne  épousa  Jean  VIId'Acigné»  baron  de 
Goetmen,  vicomte  de  Tonquédec  en  1525,  seigneur  de  l'Argouài 
qu'on  a  tort,  dit  M.  de  la  Borderie,'d'écrire  Largouet,  car  il  vient, 
du  Breton  ar  (sur)  eicoet  (bois),  surlebois^  ce  qui  semble  indiquer 
que  cette  seigneurie  était  bien  plantée  et  que  son  territoire  était 
couvert  de  bois  ;  vicomte  de  Loyat,sieur  de  la  Lande,  de  Quer,  de 
Fontenay  près  Rennes,  de  la  Motte  au  Vicomte, elc.,gentil-hoînme 
ordinaire  de  la  chambre  du  Roy,  lieutenant  général  pour  sa  ma- 
jesté en  Bretagne,,  chevalier  de  l'Ordre  de  Saint-Michel  en  1539. 


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COMBO0R  ET  SES  SEIGNEURS  il 

Jean  VU  d'Acigné,  iBotirut  le  19  mars  1540  et  fut  inhumé  au 
couvent    de  Saint- François  ûe  Reaaes  oCi  les  sires  d'Âevgué 

EYaient  ii5Ur  sépulture. 

De  son  second  man  Jean  VII  dWeîgaé,  Àane  de  Montejao  eut 
cinq  enfants^  trois  flts  et  deux  Qlles  : 

Jeao  VIll  (j*Aci4:né,  François  qui  fut  tué  à  la  bataille  de  Mon- 
coBtaur  eu  15*^y  (1;,  Claude  seigneur  de  Lohéac  qui  CDOurut  sans 
enfants;  de  st^s  deux  flltes  Ciâude,  qui  étail  1  aînée,  tut  mariée 
avec  Claude  du  Chastel,  seigneur  du  dit  iit^u,  la  seconde  qui  fut 
dame  de  Combour,  épousa  Jean  de  CoetquGû. 

Jean  VIlI  d'Acigoé,  de  Pont-nay  et  de  Guer.  baron^de  CoetcneQ, 
chevalier  de  TOrdre  du  Roi,  épousa  en  1560,  Jeanne  du  Plessix, 
dame-de  la  Bourgonnière,  d'où  naqutt  une  seule  HUe  et  unique 
héritière;  Judith  d'Acigné,  qui  fut  manéB  eo  1570  à  CbarLies  de 
Cassé,  comtî  de  Brjssac  qui  devint  cnaréchal  de  France,  cheva- 
lier des  ordres  du  Roi  et  son  lieu  tenant  général  au  gouvernement 
de  Brelagne, 

Jean  Vm  d*Acigné,  décédé  le  7  décembre  1573,  fut  inhumé  au 
couvent  de  Saint-François  de  Rennes. 

Ba  ÔUe  Judith,  comtesse  de  Cossé  Brissac,  mourut  le  dimanche 
11  janvier  iDd8. 

Anne  de  Montejean  retira,  peu  de  temps  après  la  mort  de  sou 
mari,  en  1543  les  terres  et  seigneuries  de  Maleslroit,  de  i'Argouet, 
de  Chateaugjron,  etc.,  qui  lui  revenaient  par  succession  colla- 
térale après  le  décès  de  Jean  de  Laval,  son  couâin. 

Le  2  novembre  de  la  môme  année,  elle  rendait  aveu  au  Roi 
pour  ses  baronnies  de  Malestroit  sous  la  baronnie  EJe  Ploërmel, 
po^ir  U  baron nio  d**  Combour  partie  sous  Rennes,  partie  sous 
Fougères,  du  Chastel  Oger  sous  Rennes,  de  Pougeray  sous 
Naotes,   de  TArgouet  et  Elven  aous  Vannes  (2)- 

(l>  11  épaula  uû«  Moutboaroh^r  (da  Pas,  p.  152). 

(î)  De  Uonlejaii  oti  Monlji^ii  sieur  du  dit  lieu^  da  V«rD,  d«  Chollat,  d«  Boulet, 
puroiue  da  Feins,  vicomte  dé  ta  BeUière,  paroisse  de  Plâudihaa,  baron  de  Com- 
bour, par  mariai^ia  ftvec  Jej^nnedu  GhaâteL 

D*or  frmé  i«  gueules  (sceau  n\Z).   PL  UI,  %.  j9. 

LouJâ  de  UontejaDp  marié  à  Jeanne  du  Cha^^^tel,  dame  da  la  Belîière,  dont  Hené 
miiréohald^  Franoa  (ïq  1539.  liaison  fondue  danE»  Acignè,  par  t\l\^A  du  niifdage 
«rAnne  de  Mùntejan,  acisur  lU  René  uv^t:  Jean  Vil  dMci^^né  et  dime  Coa^é  firissac 
par  Je  mariage  de  kur  petite  ÛUe  Judith  d'Aoigné  ayec  Cbarleâ  de  Cûfl«é,  oomte 
da  BrisaaCj  baron  de  Malestroit,  eto.f  1579. 

Pfa.itipp«  de  Monle«pedoci  épou:ie  dd  René  de  Montejan,  de  *a&£#  aM  jtofi  ^ûT" 
cent*  FvmUle  originaire  d'Aajoa.  PL  10,  fig.  20. 


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14  REVUE  DE  BRETAGNE 

LES  COETQDEN. 

Jean  V  de  Goetquen,  22*"  Seigneur 
1553. 

Avec  Jean  de  Goetquen,  nous  arrivons  à  une  date  des  plus 
importantes  pour  l'histoire  de  Combour.  C'est  en  faveur  de  ce 
vaillant  capitaine  que  le  roi  Henri  III  érigea  la  terre  et  seigneurie 
de  Goetquen  en  marquisat,  celle  de  Gombour  ancienne  baronnie 
en  comté,  Uzel  et  Rougé  en  vicomte  et  Vauruffler  en  baron- 
nie (1). 

Gette  érection  eut  lieu  la  deuxième  année  dii règne  de  Henri  III, 
roi  de  France  et  de  Pologne  au  mois  de  juin  1575,  et  fut  enre- 
gistrée au  parlement  le  10  octobre  1576. 

Toamemine,  i*  baron  de  la  Hnnaudaje,  époux  d'Annede  Montejan  :  Eearteié 
d*or  et  d'asur  (sceau  de  1372).  Devise  :  Aultre  n^auraj.  PI.  III,  ftg.  21. 

Acigné  (ramage  de  Vitré),  sieur  du  dit  lieu  paroisse  de  ce  nom  ëvéché  d« 
Rennes,  vicomte  de  Coetmen  paroisse  de  Tremeven,  vicomte  de  Tonquédec, 
sieur  de  Montejan  en  Anjou,  vicomte  de  Loyat,  baron  de  Malestroit,  vicomte  de 
la  Bellière,  baron  de  Combour,  baron  de  Chateaugiron,  sieur  de  Ghollet  et  de 
Beoon  en  Aujou,  etc.  D'hermines  à  la  fasce  aléiie  de  gueules^  chargée  de  trois 
fleurs  de  lys  d*or.  Devise  :  Neque  terrent  monstra.  PI.  III,  fig.  92. 

La  seigneurie  d* Acigné  a  été  érif^ée  en  marquisat  en  1609,  en  faveur  de  Chartes 
de  Cossé  Brissac,  second  fils  de  Charles,  maréchal  de  France  et  de  Judith  d* Aci- 
gné i)ui  prit  le  nom  d*Acigné  pour  satisfaire  aux  conditions  du  contrat  de  ma- 
riage de  ses  parents. 

Cossé  Brissac  (originaire  d*Anjou),  sieur  du  dit  lieu^  comte  puis  duc  de  Brissao 
et  pair  de  France  en  1611,  marquis  d*Acigné  en  1609,  baron  de  Coetmen  siear 
de  la  Guerchede  Chàteaugiron.  baron  de  Malestroit,  sieur  du  Chastel  paroisse 
de  Plouarxel,  de  Cœtivj  paioisse  d^  Plouvién. 

De  sable  à  trois  faspes  d'argent  denchées  par  le  bas.  PI.  III,  flg.  27.  Uoulaine  : 
Mi  parti  d'Angleterre  et  de  France^  Devise  :  De  cettuy-ci,  de  cettuy-Ià  j'accorde 
les  couronnes.  PI.  lll,  flg.  1\.  Ces  armes  et  devis»  furent  accordées  à  Jean  de 
Qoulaine,  capitaine  de  Nantes  en  1180  en\oyé  par  le  duc  Oeotfroy  pour  ménager 
la  paix  entre  Philippe- Auguste  et  Henri  II  d'Angleterre. 

Du  Plessis  de  la  Bourgonnière  (Anjou). 

D'aryenl  à  la  croix  denteWe  de  gueules  cantonnée  de  seize  hermines  de 
sablCy  quatre  dans  chaque  ciuuon.  PI.  III,  fig.  lh. 

Montbo'icher  :  D*oY  à  trois  chanues  de  gueules,  PL  ^11,  fig.  26.  Le  Venneur  : 
D'argent  au  cerf  de  gueules^  ramé  et  ongle  d'or.  PI.  III,  ftg.  ?3.  L'église  pro- 
testante  qui  s'était  fondée  à  Combour,  sous  les  auspices  de  François  d'Acigné, 
seigneur  de  Montejan,  ardent  calviniste  époux  d'Anne  de  Montboucher,  disparut 
avec  lui  vers  156?.  {La  Bretagne  au  XVI*  siècle^  vicomte  de  Càlan). 

(1)  Nous  donnons  plus  loin  cette  lettre  d'érection  tirée  des  Archives  du  château 
d  e   Combour. 


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GOMBOUR  IT  SBS  SUGNEURS  16 

Ces  lettres  patentes  ont  été  confirmées  par  Louis  XIV  en 
septembre  1078;  elles  avaient  été  présentées  à  la  Chambre  des 
Comptes  de  Bretagne  en  1580  (1). 

Jean  Y  marquis  de  Coetquen,  était  né  au  château  de  Coetquen» 
en  1525,  il  épousa  Philippe  d'Acigné  dame  de  Combour  et  devint, 
ainsi  du  chef  de  sa  femme  XXII*  seigneur  de  Combour  en  1553. 
Il  était  en  outre  seigneur  de  la  Houssaye,  de  Mezengé,  de  la 
I        Soraye  et  du  Marchais»  gentilhomme  ordinaire  de  la  Chambre  du 
Roi,  portant  la  clef  d*or,  capitaine  de  cent  hommes  d'armes  de 
!        ses  ordonnances,  lieutenant  général  pour  Sa  Majesté  au  gouver- 
I        nement  de  Brest,  gouverneur  de  Saint-Malo  et  chevalier   de 
l'ordre  du  Saint-Esprit  le  9  janvier  1595. 
Il  avait  été  nommé  chevalier  de  Tordre  du  Roi  le  18  février  1568 
I        et  en  reçnt  le  collier  des  mains  du  vicooQte  de  Martigues^  cheva- 
lier du  môme  Ordre  (2). 

Le  marquis  de  Coetquen  se  signala  dans  un  grand  nombre  de 
batailles  à  Dreux  en  1502,  à  Saint-Denis  en  1567,  à  Moncontoor 
en  1569,  à  Anneau  en  1587.  Il  commandait  les  royalistes  à  la 
bataille  de  Loudéac  en  1591. 

Tandis  que  les  royalistes  tenlaient  de  surprendre  les  ligueurs, 
Jean  d*Avaugour  seigneur  de  Saint-Laurent,  mari  «de  Françoise 
I  de  Coetquen,  maréchal  de  camp  du  duc  de  Mercosur,  mit  le  siège 
I  devant  Loudéac.  A  cette  nouvelle  le  marquis  de  Coetquen»  beau- 
père  de  Saint-Laurent,  s'avança  jusqu'à  Loudéac  dans  le  dessein 
de  soutenir  les  assiégés.  Il  était  à  la  tôte  de  cent  vingt  chevaux 
std*un  détachement  d'arquebusiers;  Guemadeue,  la  Bouteillerie 
et  le  baron  de  Molac  l'accompagnaient.  Ayant  appris  leur  marche, 
Saint-Laurent  alla  au  devant  du  marquis  son  beau-père,  mais 
celui-ci  ayant  pris  Saint-Laurent  par  derrière  le  força  à  fuir.  La 
Bouteillerie,  qui  s'était  distingué  dans  cette  bataille,  fut  dange. 
reusement  blessé  et  Quemadeuc  mourut  des  suites  de  ses 
blessures. 

Les  gens  de  Moncontour  apprenant  la  défaite  et  la  fuite  de 
Saint-Laurent  à  Loudéac,  imitèrent  son  exemple  et  abandon- 
nèrent la  place  de  Moncontour,  si  bien  que  le  prince  de  Dombes, 
ayant  appris  la  prise  de  cette  ville  à  Rennes,  écrivit  au  msiirquis 
de  Coetquen  pour  le  féliciter  de  ses  succès. 


(1)  Arehites  da  oh&teau  de  Combour. 

(2)  De  Carné,  Les  Cfievalieri  du  Mont  Saint- Michel. 


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Planche  IV 

SEIGNEURS  DE  COMBOUR  ET  LEURS  ALLIANCES 

Maisons  de  Coetquen 


i'OrUinS 
Juillet  1906, 


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18  REVUE  DE  BRETAGNE 

Jean  de  Goetquen  se  signala  encore  au  siège  de  ^amballe  où 
périt  rintrépide  de  la  Noue  et  à  la  tour  de  Gesson,  où  le  parti 
royaliste  perdait  la  Hunaudaye. 

.En  1593,  le  marquis  de  Goetquen  fut  nommé  par  le  Roi  lieu- 
tenant-général clés  évôchés  de  Nantes»  Vannes,  Dol  et  Saint^Malo. 

L'année  suivante  sous  les  ordres  du  maréchal  d*Aumont  il  se 
fit  distinguer  par  sa  valeur  aux  sièges  de  Morlaix  et  de  CrÀuzon. 

En  1597,  étant  gouverneur  de  Saint-Malo,  il  se  rendit  avec  deux 
pièces  d'artillerie  devant  le  Piessis-Bertrand  dont  la. garnison 
inquiétait  à  chaque  instant  les  Malouins,  depuis  qu'ils  s'étaient 
soumis  au  Roi.  Ayant  appris  que  Saint-Laurent  venait  au  secours 
du  Piessis-Bertrand,  le  marquis  leva  le  siège  et  rentra  à  Saint- 
Malo  avec  ses  deux  canons,  mais  Tinfanlerie  royale  restée  sous 
le  commandement  de  Brumensani,  gouverneur  de  Chfttillon, 
attaqua  Saint-Laurent  et  le  força  à  la  retraite. 

A  la  fin  de  1597,  Prançoià  de  Saiot-Cyr,  prieur  de  Saint-Malo 
de  Dinan,  alla  trouver  le  Roi  pour  lui  communiquer  un  plan  qu'il 
avait  formé  de  concert  avec  Raoul  Marot  sieur  des  Alleux^  séné- 
chal, et  Robert  Hamou  syndic  de  la  ville  pour  lui  remettire  la 
place  de  Dinan. 

Le  Roi  donna  alors  au  prieur  pour  le  nlarquis  de  Goetquen 
gouverneur  de  Saint-Malo  un  ordre  lui  enjoignant  de  mettre  à  la 
disposition  des  conjurés  un  détachement  de  quinze  cents  hom- 
mes. Afin  d'éloigner  Saint-Laurent  qui  était  gouverneur  de  Dinan 
pourlaligue,oncontrefîtrécrituredu  ducde  Mercœur  et  on  écrivit 
en  son  nom  à  Saint-Laurent  pour  lui  donner  l'ordre  de  venir  à 
Nantes  avec  toutes  les  troupes  dont  il  pourrait  disposer.Mercœur, 
en  le  voyant,  comprit  tout  de  suite  que  pinàn  lui  échappait. 

Les  Malouins  étaient  arrivés  le  12  février  au  soir  et  cachés 
aux  environs,  morfondus,  la  pluie  n'ayant  cessé  de  tomber,  très 
peu  disposés  à  se  battre. 

Les  chefs  du  complot,  pour  les  faire  marcher,  durent  les 
menacer  de  dénoncer  leur  présence  aux  ligueurs,  ils  s'ébranlent 
et  entrent  dans  la  viile  av(  c  les  conjurés  en  criant  :  Vive  le  Roi. 

Aussitôt  un  des  notables  parmi  les  Malouins  appelé  Pépin  de  la 
Planche  part  pour  Paris  afin  d'apprendre  cette  bonne  nouvelle 
au  Roi. 

Sire  f  avons  prins  Dinan^  dit  le  Breton  sans  prendre  haleine. 

Impossible^  dit  le  maréchal  de  Biron, 

Vere,  dit  Pépin,  il  le  sara  mieux  que  ma  qui  y  étas . 


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OOMBOUR  KT  SES  SBIGNBURS  19 

Et  sans  plus  de  cérémonie,  il  fait  entendre  qu'il  a  faim  ;  le  Roi 
le  fait  servir,  riant  beaucoup  de  sa  simplicité. 

Le  lendemain,  Pépin  vient  prendre  congé  du  Roi  et  ne  lui 
demande  rien  autre  chose  qu*ùn  cheval  de  ses  écuries^  «  le  sien 
ayant  crevé  comme  un  porc  1  » 

Le  Roi  lui  8t  donner  un  de  ses  bons  coureurs  et  Pépin  s'en 
retourna  fort  satisfait  de  lui-môme  et  du  Roi. 

L'un  des  témoins  nommés  dans  Tenquôte  faite  à  Toccasion  de 
la  réception  de  Jean  de  Goetquen  dans  Tordre  du  Saint-Bsprit 
dépose  «  qu'il  était  Tun  des  plus  anciens  capitaines  de  France 
qu'il  avait  été  chargé  des  reltres  en  tous  les  voyages  de  Piémont, 
à  la  bataille  de  Moncontour  et  autres,  que  depuis  la  reprise  de  la 
ville  de  Rennes,  il  fut  le  premier  des  gentilshommes  qui  se 
rendirent  en  la  dite  ville  avec  quarante  gentilshommes  bien 
armés  et  montés  pour  la  défense  de  la  ville,  (son  fils  Jean  VI 
raccompagnait)  qu'il  s'opposa  aux  entreprises  du  duc  de  Mercœur 
qui  tenait  la  ville  de  Vitré  assiégée,  qu'à  son  exemple,  les  autres 
seigneurs  vinrent  à  Rennes,  ce  qui  fut  le  fondement  de  la  con- 
servation du  pays,  qu'à  lui  était  due  la  prise  de  Moncontour  et 
la  défaite  des  ennemis  à  Moncontour  et  à  Loudéac  (avril  1591) 
quoi  qu'ils  eussent  deux  fois  plus  de  troupes  que  lui  ;  et  qu'en 
toutes  batailles  sièges  et  prises  de  villes,  il  avait  é^té  assidu 
auprès  du  duc  de  Montpensier,  du  maréchal  d'Âumont  et  des 
autres  lieutenants  généraux  qui  avaient  commandé  en  Bretagne 
ce  qui  avait  déterminé  le  Roi  à  le  faire  son  lieutenant  général 
audit  pays  (1). 

C'est  sans  doute  Jean  premier,  marquis  de  Goetquen  qu'on 
trouve  nommé  Jean  de  Goetquen  chevalier  de  l'Ordre  du  Roi  dans 
une  montre  du  23  avril  1569.  Il  était  fils  de  François  de  Goetquen 
et  de  Françoise  de  Malestroit,  mais  ce  n'est  que  par  son  mariage 
avec  Philippe  d'Acigné  qu'il  devint  seigneur  de  Gombour(2).  On 
verra  plus  loin  un  accord  curieux  entre  les  seigneur  et  dame  de 
Goetquen  et  le  sire  d'Acigné  par  lequel  celui-ci  abandonne  à  sa 
sœur  Philippe  la  terre  et  seigneurie  de  Gombour  pour  demeurer 
quitte  du  partage  des  successions  de  ses  père  et  mère  et  autres 
successions  collatérales. 

Jean  de  Goetquen  mourut  dans  un  âge  avancé  (soixanle-dix- 
n<^uf  ans)  à  son  château  de  Vauruffi;*r  en  Plouasae  et  fut  inhumé 

(1)  D«  Carné,  Les  Chevaliers  du  Mont- Saint- Michel, 


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30  RBVUI  DE  BRETAGNE 

dans  le  chœur  des  Frères  Prêcheurs  de  Diuan  où  ou  grand  nom- 
bre de  Goetquen  ont  eu  leur  sépulture. 

Sa  femme  lui  survécat,  elle  mourut  en  1615  et  par  son  testament 
daté  du  1*'  octobre  1605,  elle  ordonna  que  son  corps  fut  inhumé 
pr6s  de  son  époux  et  son  cœur  aux  Qordeliers  de  Dinan. 

Ils  avaie-it  eu  un  flis  et  trois  fliles  :  Jean  marquis  de  Goetquen 
comte  de  Combour,  Gilonne  mariée  en  1576  au  sieur  du  Hallay, 
avec  cette  clause  au  contrat  que  :  si  les  Goetquen  venaient  à  s*é- 
teiodre»  les  du  Hallay  en  relèveraient  le  nom,  ce  qu'ils  ont  fait  ; 
Françoise  mariée  à  Jean  d'Avaugour,  sieur  de  Saint- Laurent  et  du 
Bois  de  la  Motte,  célèbre  capitaine  ligueur,  et  Odette  qui  épousa 
6n  premières  noces  :  IjOuIs  de  Québriac,  sieur  de  la  Hirlaye  et  en 
secondes  noces  Vincent  du  Louet  de  Coetjunval. 

En  1566,  Robert  Guéhenneuc  sieur  de  Ghantepic^  juveigneur  de 
la  maison  de  la  Roncière,  etaitgouverneur.de  la  place  et  château 
de  Combour,  il  fut  chevalier  de  TOrdre  de  Sa  Majesté  d'après  un 
recueil  de  g^^néalogies  composées  sur  les  arrêts  de  la  réformalion 
de  1668(1). 

JRAN  VI,  Marquis  de  goetquen, 

GOMTE  DE  COMBOUR  (2). 
23<'  Sbionbuk 

Bien  qu'il  foit  mort  avant  ses  parents,  Jean  VI  fils  de  Jean  V, 
premier  marquis  de  Goetquen  et  de  Philippe  d'Acigné.  fut  aussi 
seigneur  de  Gombour  «  qu'il  eut,  dit  du  Paz^  pour  Tentretien  de 
son  estât  et  de  sa  personne  et  tant  qu'il  vesquit  fut  dit  et  appelé 
comte  de  Gorobouf  ».  Il  fut,  comme  son  père,  gouverneur  de 
Saint- Malo^  capitaine.de  cent  hommes  d'armes  (1580),  chevalier 
de  l'Ordre  du  Roi. 

A  la  nouvelle  de  la  reprise  de  Rennes  sur  les  ligueurs  en  1589, 
il  s'y  rendit,  avec  son  père  et  contribua  avec  lui  à  la  défense  de  la 
ville. 

Il  avait  épousé  le  14  octobre  1578  Renée  de  Rohan  sœurd'Her- 
cule  de  Rohan  de  Montbazon,  fille  aînée  de  Louis  prince  de  Gué- 
meûé  et  d'Eléonor  de  Rohan,  dame  de  Gié. 

Il  mourut,  non  point  à  la  bataille  de  Loudéac,  où  commandait 

(1)  De  Carné,  Le$  ChevcUien  du  Mont-SainUMichel. 

(«)  Je  ne  sais  pourquoi  la  Bibliographie  Bretonne  l'intitule  Jean  VII. 


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CONBOUR  ET  SKS  SBIGNIURS  31 

son  père,  comme  on  l'a  écrit,  mais  à  son  ch&teaa  de  Combonr  le 
29  juillet  1602,  ne  laissant  de  Renée  de  Rohan  qu'un  fils  unique 
qui  lui  succéda  dans  la  seigneurie  de  Gombour.     . 

Sa  veuve  Renée  de  Rohan,  mourut  le  16  mai  1616. 

Jean  VI  marquis  de  Goetquen,  comte  de  Combour  fut  inhumé 
au  couvent  des  Jacobins  de  Dinan  dans  Tenfeu  de  ses  ancêtres. 

Renée  de  Rohan  fut  ensépulturée  en  Téglise  paroissiale  de 
Combour  où  se  voyait  encore  son  mausolée  en  marbre  noir  avant 
la  Révolution.  Autour  de  son  tombeau  était  écrit  ce  qui  suit  : 

Passant,  sans  admirer  cette  figure  d'albâtre, 

Admire  les  vertus  dont  était  décorée 

Renée  de  Rohan,  qui  font  que  comme  une  astre 

Elevée  dans  les  deux,  elle  est  d'honneur  ornée. 

To  te  trompes,  passant,  cherchant  sous  cette  lame  ^ 

Les  vertus  qui  luisaient  en  Renée  de  Rohan, 

Car  elles  ont  suivi  dans  les  deux  sa  belle  âme 

Et  gisent  à  présent  dans  le*  sein  d'Abraham. 

Les  vertus  gisent  toutes  entre  ces  quatre  tables, 

Qu'on  ne  me  parie  plus  de  Pallas  et  Jano, 

Ny  de  la  sœur  du  grand  dieu  qu'on  nomme  Apollo, 

Car  Renée  de  Robao  a  surpassé  leurs  fables. 

Bien  sage  fût  Oaphné  qui,  d'un  faux  dieu  fuyant 

Le  saie  amour,  devint  laurier  verdoyant. 

Plus  sage  mille  fois  fut  de  Rohan  Renée 

Qu'elle  aima  tant  son  Oieu,  qu'en  ange  elle  est  changée  ! 

Malheureusement  l'auteur  de  cette  magnifique  épltaphe  ne 
nous  à  point  laissé  son  non^I  DoiUon  le  regretter?  Malgré  cette 
réminiscence  biblique,  malgré  ces  souvenirs  poétiques  tirés  de 
la  mythologie,  je  serais  tenté  de  dire  qu'il  a  fait  comme  le 
passant,  s'il  s'est  cru  poète  de  premier  ordre,  il  s'est  trompé  I 

Cependant  tout  considéré,  H  serait  bien  à  regretter  qu'il  n*eut 
pas  fait  son  épitaphe,  qui  est  bien  dans  le  goût  du  temps. 


LOUIS  DE  GOETQUEN,  COMTE  DE  COMBOUR, 

24^  SeiONBUR. 

Fils  de  Jean  VI,  marquis  de  Coetqueo,  comte  de  Combour  et 
de  Renée  de  Rohan,  Louis  marquis  de  Coetquen  devint  en 
1616^  le  XXIV*  seigneur  de  Combour. 


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tS  REVUE  DE  BRETAGNE 

Il  était  marquis  de  Coetquen,  comte  de  Comboor  baron  de 
Vauruffler,  vicomte  d'Uzel  et  de  RouçiS,  feigneur  d'Aubigné,  de  • 
la  Houssaye^  de  Mezengé,  du  Marchais  et  du  Boulet.  Conseiller 
d'Etat  d'épôe,  gouverneur  de  Saint-Malo  et  de  la  Tour  Solidor,  ' 
mestre  de  camp  d'un  régiment  de  douze  cents  hommes,  il  assista 
au  siège  de  Saint-Jean-d'Angély  et  de  Royan  et  mourut  au  siège 
de  la  Rochelle  le  9  octobre  1628. 

On  trouve  son  s^ceau  entouré  du  collier  deTordre  de  Sa  Majesté 
à  une  commission  qu'il  donna  le  15  juillet  1621  (1).  Il  avait 
épousé  en  1609  Henriette  d'Orléans,  fille  de  François  marquis  de 
Rothelin  et  de  Jeanne  du  Val.  Il  laissait  pour  successeur  son 
ais  Malô. 

MALO  I",  MARQUIS  DE  COETQUEN,  COMTE  DE  GOMBOUR 

25*  Seigneur. 

Il  fu^  baptisé  le  11  juillet  1611  à  Sàint-Malo  dont  les  sires  de 
Coetquen  furent  longtemps  gouverneurs  de  père  en  flls.  Gomme 
ses  prédécesseurs,  Malo  fut  gouverneur  de  Saint-Malo,  capitaine 
de  la  Compagnie  des  gendarmes  de  feu  le  cardinal  de  Richelieu. 

Il  avait  épousé  en  1631^  Françoise  de  la  Marzelière,  fllle  de 
François  marquis  de  la  Marzelière  baron  de  Bain  et  de  Bonne 
Fontaine,  Vicomte  du  Pretay,  etc.,  et  de  Françoise  de  Harcourt. 

Malo  mourut  au  mois  d'août  1674,  il  laissait  deux  fils  :  Malo  II 
qui  lui  succéda  et  Pélagie  de  Coôtquen,  une  fille  Françoise 
mariée  en  1653  à  Hercule  comte  de  3oisséguin  et  de  la  Bellière. 

Pélagie  de  Coetquen  eut  un  fils  Malo  Jean-Baptiste  qui  périt  de 
mort  tragique  en  1693. 

On  lit  dans  les  registres  paroissiaux  de  Combour  à  la  date  du 
Zi  novembre  1682  :  Malo  J.-B.  d^ Coetquen  81s  de  feu  hault  et 
puissant  seigneur  messire  Pélagie  de  Coetquen  et  de  dame 
Guillemette  Bélin,  ondoyé  à  Saint-Malo  le  22  janvier  1676  par 
messire  L.  Desnos,  vicaire  perpétuel  de  Téglise  cathédrale,  reçoit 
à  Combour  le  supplément  des  cérémonies  du  baptême.  Parrain 
sbn  oncle  Malo  de  Coetquen,  marraine  demoiselle  Françoise  de 
Coetquen. 

Deux  diseurs  de  bonne  aventure,  ou  plutôt  de  mauvaise  en  ce 
cas,  avaient  prédit  sa  6n  malheureuse  au  jeune  Malo. 

(1)  D«  Carné,  Les  Chevaliers  du  Mont  Saint-Michel, 


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COMBOUR  ET  8BS  SBIGNIURS  21 

Au  moi3  de  juin  1603,  marchant  avec  \e  régiment  du  Roi  poui* 
rejoindre  l'armée,  il  voulut  abreuver  son  cheval  dans  i'Eseaut  et 
s'y  noya  en  présence  de  tout  le  régiment  sans  avoir  pu  être 
secouru.  Il  avait  eu  deux  sœurs,  Tune  religieuse  calvairienne, 
l'autre  Françoise  comtesse  deMornay,  marquise  de  la  Marzelière 
et  de  Bain. 

Un  facium  intitulé  :  Généalogies  du  sieur  Guillard,  publié  au 
tome  IV  du  Cabinet  historique  parle  ainsi  de  Malo  P'. 

«  Celuy  des  Goetquen  qui  a  le  plus  paru  à  la  Cour  dans  ce 
siàcle,  aimoit  fort  à  demeurer  chez  luy  comme  font  presque  tous 
les  Bretons.  Il  s'amusoit  en  son  pays  à  faire  bonne  chère,  aller  à 
la  chasse  et  faire  de  la  fausse  monnoye.  S*il  eust  voulu  aller  à  la 
Cour  et  y  paroistre,  il  auroit  esté  cordon  bleu  et  peut  estre 
mareschal  de  France  et  duc  et  pair,  mais  les  plaisirs  de  sa 
province  l'y  ont  toujours  retenu.  Il  avoit  esf>ousé  une  femme  qui 
le  mesprisoit  beaucoup  quoyqu'il  fust  d'aussy  bonne  maison 
qu'elle;  il  en  eut  deux  enfans  sçavoir  le  dernier  marquis  de 
Goetquen  et  le  comte  de  Gomboor.  Geluy*ci  a  espousé  une  riche 
héritière  de  Saint-Malo,  Uuillemette  Belin  fille  d'un  gros  marchand 
qui  trafiquait  sur  mer  ;  il  alla  luy-mesme  en  Portugal  et  à  Séville 
pour  recueillir  la  succession  de  son  frère  et  le  comte  de  Gombour 
alla  aubsy  dans  les  mesmes  pays  pour  la  succesion  de  son  beau 
père  »  (1). 

Malo  de  Goetquen  traitait,  paraît-il,  très  durement  sa  femme, 
elle  fut  forcée  de  se  retirer  au  couvent  de  la  Visitation  de  Rennes 
et  comme  son  mari  prétendait  qu'elle  dépensait  follement  sa 
fortune  en  bonnes  œuvres,  elle  fut  forcée  de  s'adresser  au  parle- 
ment et  à  la  Reine  pour  obtenir  justice,  son  mari  lui  refusant 
absolument  toutes  espèces  de  subsides. 

Françoise  de  la  Marzelière,  marquise  de  Goetquen,  mourut  le 
14  juillet  1677. 

MALO  II  JEAN-BAPTISTE,  MARQUIS  DE  GOETQUEN, 
SEIGNEUR  DE  GOMBOUR, 

26»  Seigneur. 

Leur  fils  Malo  Jean-Baptiste,  marquis  de  Goetquen  et  de  la 
Marzelière  comte  de  Gombour  en  1650,  fut  nommé  gentilhomme 

(!)  BUhBibliographie  krtionnê,  Gottqaen,  p.  20. 


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24 


RBYUE  DE  BRBTAGNI 


ordinaire  de  la  Chambre  du  roi  en  1659.  gouverneur  de  Saint- 
Malo  en  1662,  commandant  pour  le  roi  en  Bretagne  en  1663. 
La  muse  historique  de  Loret  dit  de  lui  en  1665 

Coaquin  qu*on  tient  d'assurance. 
Un  des  bons  gendarmes  de  France. 

et  à  propos  de  son  mariage  en  décembre  1662. 

Ce  jeune  Marquis  d'importance. 
Ce  Breton  d'illustre  naissance, 
D'esprit,  de  cœur,  et  bien  formé, 
Marquis  de  Goaquins  nommé, 
Bpouza,  jeudy,  cette  belle, 
Cette  admirable  jouyencelle, 
Ayant  plusieurs  grands  biens  en  dot, 
Pille  de  feu  Rohan  Chabot, 
Bt  de  son  aimable  compagne. 

Du  sang  des  Princes  de  Bretagne, 
Quoique  la  ûlle  fut,  dit- on. 
Paroissienne  de  Charenton, 
Bt  la  plus  belle  qui  paroisse 
Bn  cette  assez  grande  paroisse 
Toutefois,  cet  heureux  Amant 
Bpouza  cet  Objet  charmant 
Cette  beauté  presqu'Angélique, 
Dans  Saint- Paul^  Temple  Catholique... 

Malo  Jean-Baptiste,  épousa  en  décembre  1662  Renée  Charlotte 
Marguerite  de  Rohan  Chabot,  sœur  du  duc  de  Rohan  qui  survécut 
à  son  mari.  Celui-ci  mourut  &  Paris  le  24  avril  1679,  ne  laissant 
qu'un  flls  Malo  Auguste  qui  lui  succéda  (1). 

En  1682y  Marguerite  de  Rohan  Chabot  étant  veuve  et  tutrice 
de  son  fils,  rendit  aveu  au  roi  pour  sa  ch&tellenie  d'Aubigaé  qui 
pendant  un  siècle  resta  unie  au  comté  de  Combour  et  ne  s*en  est 
détachée  que  par  suite  de  Tacquèt  fait  en  commun  par  MM.  de 
Chateaubriant  et  de  Montboucher. 

La  marquise  de  Coetquen  était  sœur  de  la  princesse  de  Soubise 
et  de  la  princesse  d'Espinoy  ;  elle  disait  plaisamment  en  parlant 
de  son  séjour  à  Versailles  qu'elle  y  était...  entre  deux  selles... 
parce  que  ses  deux  sœurs  avaient  le  tabouret  (2). 

(i)  Le  décèi  de  Jeani-Baptiste  Malo  de  Coetquen  inscrit  anx  registres  de  Com- 
bour commence  par  ces  mots:  «  Pour   éterniser  sa  mémoire...  et   finit  par 
ceux-ci  :  Il  mourut  à  Paris  avec  grand  et  incompréhensible  regret  de  tons  set 
pauvres  sujets.  » 
(2)  Bio-Bibliographie  Bretonne.  Coetquen,  p.  21  et  suit. 


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COMBOUR  ET  SBS  SEIGNEURS  26 

Dans  sa  correspoQdance  avec  sa  fille  M"^*  de  Sévîgné,  toujours 
si  mordante,  ne  ménage  pas  plus  l'un  que  l'autre,  le  marquis  et 
la  marquise  de  Coetquen,  nous  n'oserions  dire  qu'ils  ne  donnaient 
pas  prise  à  ces  attaques. 

Malo  II  fut  député  des  Btats  de  Bretagne  en  1677,  il  avait  été 
grand  veneur  de  Monsieur  pour  le  cerf  en  1607. 

La  marquise  avait  fini  par  quitter  la  Cour  pour  venir  dans  ses 
terres,  où  elle  donna  des  marques  de  ses  sentiments  religieux 
et  accorda  sa  protection  à  tous  ceux  qui  y  eurent  recours.  Puis 
cherchant  bientôt  un  asile  ^  au  sein  de  la  piété  solide  dont 
saint  François  de  Salles  nourrit  ses  Olles  spirituelles  »  elle  se 
retira  en  1708  au  monastère  de  la  Visitation  de  Rennes  et  mourut 
en  1720. 

On  lui  fit  de  pompeuses  funérailles.  «  L'oraison  funèbre  de  très 
ha^te  et  très  puissante  dame  M°**  Marguerite  Chabot  de  Rohan 
douairière  de  Goetquen,  veuve  de  très  haut  et  très  puissant  sei- 
gneur Malp  Jean-Baptiste  de  Coelquen,  marquis  de  Coetquen, 
et  de  la  Marzelière  comte  de  Combour  et  autres  lieux,  gouver- 
neur de  Saint-Malo,  fut  prononcée  dans  l'église  paroissiale  de 
Combour,  en  présence  de  M.  le  marquis  de  Coelquen  son  fils 
commandant  pour  Sa  Majesté  en  Bretagne. 

L'orateur  semble  être  de  Saint-Malo  parce  qu'en  faisant  Téloge 
des  Coetquen,  il  dit  :  «  Celte  maison,  et  c'est  ce  qui  formera  tou- 
jours notre  tendre  souvenir  était  depuis  un  siècle  en  possession 
de  nous  fournir  nos  gouverneurs  bien  aimés...  Saint-Malo  a 
acclamé  six  gouverneurs  de  la  maison  de  Coelquen... 

Il  avait  pris  four  texte  de  son  discours  ces  paroles  : 

Décor  ei  fortitudo  indumentum  ejus.  Elle  a  été  revêtue  de 
beauté  et  de  force,  et  il  développe  ces  deux  idées  : 

1*  La  Providence  a  ménage  à  la  marquise  de  Coetquen  une 
naissance  illustre  et  une  alliance  qui  l'ont  rendue  l'objet  (fe  notre 
vénération  et  de  notre  amour. 

Et  il  passe  en  revue  à  ce  propos  toutes  les  illustrations  des 
Chabot,  des  Rohan  et  des  Coetquen,  énumérant  les  innombrables 
services  qu^ils  ont  rendus  à  l'Etat  et  à  la  Royauté. 

2^  La  Providence  a  ménagé  à  la  marquise  de  Goetquen  une  vie 
à  la  Cour  et  une  mort  dans  la  retraite  qui  l'ont  rendue  l'objet  de 
notre  instruction  et  de  notre  imitation. 

Plus  charitable  sans  doute  que  M"*  deSévIgoé,  le  panégyriste 
fait  de  la  Marquise  de  Goetquen  le  portrait  suivant  :  «  Que  qa 


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i6  REVU£  DE  BRBTAGNE 

pui8-je  VOUS  décrire  cet  assemblage  de  traits  qui  imprimaient  le 
respect  ;  cet  air  de  majesté  accompagnée  de  tant  de  grâces  ?  Se 
présentait-elle  7  par  l'éclat  de  son  maintien  elle  attirait  nos 
hommages  et  le  senthrrent  commun  qui  s'élevait  en  nous,  çst 
qu'elle  était  faite  pour  commander.  Cet  éclat  était  tempéré.  Dans 
la  douceur  de  ses  regards,  on  découvrait  la  douceur  de  son  âme 
paisible:  dans  la  délicatesse  de  ses  traits»  la  finesse  de  son 
esprit.  Parlait-elle?  C'étaient  des  oracles  de  bon  sens,  la  solidité 
dé  son  jugement  lui  communiquait  une  élévation  de  pensées 
toutes  appuyées  sur  l'expérience  du  grand  monde  dont  elle 
connaissait  si  bien  toutes  les  humeurs,  tous  les  intérêts,  tous  les 
usages.  La  grandeur  de  son  âme  égalait  la  dignité  de  ce  port 
majestueux  en  sorte  que,  considérant  plus  les  exemples  que  les 
titres  de  ses  ancêtres,  elle  regarda  comme  un  apanage  de  sa 
naissance  d'être  sincère  dans  ses  paroles,  fidèle  dans  ses  pro- 
messes, franche  dans  son  procédé,  sûre  dans  ses  amitiés  ;  faisant 
plus  de  cas  de  la  libéralité  que  des  richesses,  et  aimant  mieux 
rabattre  de  la  pompe  extérieure  que  d'intéresser  sa  justice.  Plus 
on  avait  l'honneur  de  la  connaître,  plus  on  était  saisi  d'admira- 
tion, sa  grandeur  n'étant  pas  de  celles  qui  augmentent  par 
l'éloignement  et  qui  diminuent  à  mesure  que  Ton  s'en  approche. 

La  véritable  grandeur  qui  avait  une  influence  générale  sur 
toutes  ses  vues,  sur  toutes  ses  démarches  et  qui  est  au  cœur  ce 
que  la  bonne  grâce  est  au  corps,  ne  l'abandonna  nulle  part  ;  tel 
est  son  portrait.  « 

Dans  le  même  discours  on  trouve  l'éloge  de  son  flls  Malo 
Auguste  :  ,  ^ 

«  Aussi  agréable  à  la  cour  qu'il  nous  est  favorable,  pbpulaire 
sans  rien  perdre  de  sa  dignité,  exact  par  l'amour  du  bon  ordre  et 
de  notre  sûreté,  juste  dans  son  discernement,  éclairé  sur  chaque 
chose,  déjà  victime  de  sa  valeur  pour  le  salut  de  l'Etat,  il  en 
entretient  l'amour  dans  le  cœur  des  peuples  qu'il  commande  et, 
par  la  droiture  de  ses  avis,  l'entremise  de  son  pouvoir  recherche 
à  concilier  l'intérêt  public  avec  celui  de  tous  les  particuliers.  » 

Puis,  s'adressant  à  Jules  Malo,  l'orateur  ajoutait  : 

«  Et  vous,  digne  fils  unique,  fondement  de  toutes  les  espé- 
rances de  cette  maison,  notre  couronne  future  par  la  survivance 
que  vous  avez  obtenue  du  gouvernement,  prenez  votre  assort  à 
l'entour  du  trône,  où  ceux  qui  l'approchent  de  près,  ne  composent 
pour  ainsi  dire  que  votre  famille.  Que  le  ciel  bénisse  l'heureuse 


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GOMBOUR  BT  SES  SEIGNEURS  XI 

compagoe  de  votre  bonheur  et  conserve  longtemps  vos  jours, 
dans  la  carrière  militaire,  où  Sa  Majesté,  qui  se  plaît  déjà  à  vous 
combler  de  ses  grâces,  vient  de  vous  accorder  l'honneur  du 
conamandement.  » 

En  1666  Pierre  (le  Salano  était  capitaine  de  la  ville  et  du 
château  de  Gombour,  en  1684  il  devint  capitaine  des  cent  suisses 
de  Monsieur  frère  du  Roi  et  mourut  le  24  septembre  1686. 

Cette  môme  année  1686,  M.  Briand,  chapelain  de  la  marquise 
de  Goetquen  et  titulaire  de  Thôpital  de  la  Madeleine  de  Gombour, 
béoit  un  mariage  en  présence  de  Monseigneur  le  marquis  de 
Goetquen. 

Daniel  de  Oennes  était  alors  sénéchal  de  Gombour,  il  fut  rem- 
placé en  1696  par  Malo  Philippe  sieur  de  Villeneuve,  qui  mourut 
le  3  décembre  1709. 

(i4  suivre).  Paul  de  la  Bionb. 


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MÉLANGES  HISTORIQUES 

(Suitb)  (!) 

XIII.  —  La  JBUGGB88I0N  DU  DUO  GbOFROI. 

La  mort  du  duc  Geofroi  (1008)  devait  amener  nécessairement 
de  graves  complications  intérieures.  Elle  posait  en  effet  un  pro- 
blème de  droit  successoral  sur  la  solution  duquel  les  Bretons 
devaient  fatalement  se  trouver  divisés.  Le  fils  atné  du  défunt, 
Alain,  était  encore  trop  jeune  pour  exercer  efficacement  le 
pouvoir.  En  pareil  cas,  chez  la  plupart  des  peuples  celtiques  ou 
germaniques,  comme  chez  les  races  patriarcales,  ce  que  l'on 
considérait  surtout  dans  la  succession  d'un  chef,  c'était  la  trans- 
mission de  la  souveraineté,  et  en  Tabsence  d'enfants  aptes  à 
exercer  le  commandement  suprême,  fonction  essentielle  d'un 
roi,  d'un  due  ou  d'un  comte,  l'héritier  était  naturellement  le 
plus  âgé  des  proches  parents  du  défunt,  le  plus  capable  de  le 
remplacer,  son  frère  par  conséquent  s'il  en  avait  un.  Ainsi 
trente' ans  auparavant,  lorsque  le  comte  Hoél  de  Nantes  était 
mort,  laissant  un  flis  en  bas  âge,  celui-ci  avait  été  évincé  et  le 
comté  de  Nantes  avait  été  attribué  à  son  oncle  Guerech.  Il  sem- 
blait donc  q^e  Judicaël,  frère  de  Geofroi^  était  tout  désigné  pour 
recueillir  sa  succession,  et  de  fait  une  partie  des  seigneurs  bre- 
tons se  déclarèrent  pour  lui.  Mais  en  face  des  idées  celto-ger- 
maniques,  en  contradiction  avec  elles,  se  dressaient  les  idées 
romaines  qui  dans  une  question  successorale  ne  voyaient  que  la 
transmission  de  la  propriété  et  résolvaient  la  difficulté  résultant 
,  de  la  présence  d'héritiers  mineurs  en  organisant  une  adminis- 
tration provisoire,  une  tutelle.  Or  les  idées  romaines  n'avaient 
pas  disparu  avec  la  conquête  franque  ou  bretonne  ;  elles  subsis- 
taient en  beaucoup  d'endroits  à  Tétat  d'usages  ;  surtout  elles 
avaient  la/aveurdu  clergé  pour  qui  elles  constituaient  une  sorte 

(1)  Voir  la  Jievue  de  juin  1908. 


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^ 


MÉLANGES  HISTORIQUES  39 

de  droit  idéal,  de  règle-type.  Aussi  Alain  trouva-t-il  immédiate- 
ment en  Bretagne  des  champions  de  ses  prétentions.  Telle  fut . 
Torigine  d'une  guerre  civile,  qui,  comme  on  le  voit,  fut  tout  autre 
chose  qu'une  rébellion  de  seigneurs  contre  leur  souverain  légi- 
time. 

Ce  Judicaël  frère  de  Geofroi  auquel  un  parti  puissant  offrait 
ainsi  la  couronne  ducale  était-il  distinct  de  Judicaël  frère  de 
Geofroi  et  évêquede  Vannes?  Nos  érudits  bretons  ne  Tout  pas 
pensé.  Ils  ont  sans  doute  été  amenés  à  cette  conclusion  par  Tideu;- 
tification  qu'ils  ont  établie  entre  le  candidat  des  barons  insurgés 
et  celui  qu'ils  considéraient  comme  le  chef  de  ces  derniers,  Judi- 
caël fils  de  Cham.  Celui-ci  ayant  péri  dans  la  lutte  ne  pouvait 
être  l'évoque  de  Vannes  que  l'on  voit  à  une  époque  ultérieure  jouif 
paisiblement  de  son  évêché.  Mais  pour  que  cette  conclusion  s'im- 
posât, il  faudrait  que  cette  identification  fût  certaine.  Or  elle  repose 
uniquement  sur  cette  hypothèse  que  Cham  est  le  mot  breton  cam^ 
lequel  signifie  boiteux,  et  que  Judicaël /f/tusCAam  n'est  autre  que 
Judicaël  fils  de  Conan  le  boiteux.  Or  il  est  assez  rare  de  voir  un 
prince  désigné  uniquement  par  son  sobriquet  ;  en  second  lieu  il 
est  étrange  que  les  moines  d'une  abbaye  située  en  pays  français, 
comme  étaient  les  moines  de  Saint-Méen  à  la  chronique  desquels 
ce  récit  est  emprunté,  y  aient  inséré  ce  surnom  sous  sa  forme 
bretonne,  laquelle  ne  devait  pas  ôtre  employée  par  le  comte  du 
pays  français  de  Rennes. 

Enfin  ce  mot  est  écrit  chant  et  non  eham  dans  la  Chronique  de 
SainUBrieuc  qui  reproduit  le  texte  de  la  Chronique  de  Saint-Méen  ; 
ce  qui  porte  à  croire  qu'il  s'agit  là  du  génitif  d'un  nom  propre 
terminé  en  us,  Judicaël  ^/it/«  Chant  ne  serait- il  pas  en  réalité 
^tU5  i4/ant  ?  Cette  erreur  de  scribe  n'est  pas  impossible,  puis- 
qu'elle a  été  commise  uno  autre  fois.  Un  des  ancêtres  de  Lancelot 
dans  le  roman  du  grand  Saint-Graal  s^appelle  en  effet,  suivant  les 
manuscrits,  tantôt  Alain  et  tantôt  Cham,  Le  rebelle  Judicaël  est 
donc  très  probablement  distinct  de  celui  dont  il  voulait  faire  un 
duc  de  Bretagne. 

II  n'y  a  naturellement  aucun  argument  à  tirer  contre  l'identité 
de  l'évêque  de  Vannes  et  du  prétendant  à  la  couronne,  du  fait 
que  le  pre^iier  est  toujours  appelé  Judicaël,  tandis  que  le  second 
est  appelé  Jubaël  par  Le  Baud  dans  la  première  rédaction  de 
son  histoire  ;  car  dans  la  deuxième  rédaction  Le  Baud  appelle 
également  ce  dernier  Judicaël,  et  il  n'y  a  en  réalité  aucune 


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^ï'- 


30  REVUE  DE  BRETAGNE 

raison  de  préférer  le  texte  de  la  première  rédaction  à  celui  âe  la 
aecoade.  Quant  à  ceux  qui  s'étonneraient  qu*on  ait  pu  songer  à 
placer  la  couronne  ducale  sur  la  tête  d^un  évoque,  je  leur  répon- 
drai que  trente  ans  auparavant  Guerech,  évoque  de  Nantes,  avait 
succédé  comme  comte  à  son  frère  Hoél,  sans  cesser  pour  cela  de 
jouir  des  revenus  de  Tévôché. 

Pour  en  revenir  au  Judicaôl;î/tti5  Chanidoni  je  viens  de  parler, 
était-il  réellement  le  chef  des  barons  insurgés  ?  Voici  comment 
s'exprime  la  Chronique  de  Saint-Méen  :  ex  quorum  execrando 
collegio  Glandarius  Judichaél  Cham  filius  extitit.  La  Chronique 
de  Saint' Brieuc  répète  textuellement  cette  phrase  avec  cette  seule 
différence  qu'elle  écrit  6/a/i(fem5  pour  Glandarius  et  CAantpour 
Cham,  OXf  pour  nos  érudits,  Glandarius  estune  faute  de  scribe, 
c*est  un  nom  commun  qu'il  faut  corriger  en  Gladiarius.  Judicaôl 
est  donc  le  porte-glaive,  le  chef  militaire  des  insurgés.  C'est 
possible,  mais  si  nous  ouvrons  la  première  rédaction  deLe  Baud, 
nous  voyons  que  pour  lui  Glandarius  ou  GlanderiuSy  qu'il  écrit 
Glandenus  ou  Gland^evus^  est  un  conspirateur  tout  comme  Judi- 
caël,  Rivalions  ou  Karadocus.  La  correction  est  donc  inutile* 
Judica^l  n*est  donc  plus  le  chef  des  conspirateurs,  mais  le  second 
sur  une  liste  qui  comprend  quatre  noms.  Ainsi  se  fortifie  Ja  thèse 
qui  fait  deux  personnages  différwts  du  frère  de  Qeofroi  et  de 
Judicaei  filius  Chant 

Tous  nos  historiens  ont  admis  comme  exacte  l'assertion  de  Le 
Baud  qui  explique  Téchec  des  prétentions  de  Judioaël  par  ce  fait 
que  c'était  un  homme  simple,  sans  science  et  sans  conduite.  Or 
cette  phrase  ressemble  à  s'y  méprendre,  avec  un  seul  mot  en 
moins,  à  celle  de  la  Vie  de  Saint^^ildas  qui  attribue  la  victoire  du 
duc  Alain  dans  celte  même  conjoncture  à  ce  que  ce  prince  ne 
manquait  ni  d'énergie  ni  d'intelligence.  La  phrase  de  Le  Baud  est 
évidemment  calquée  sur  celle  de  la  Vie  de  Saint  Gildas,  mais  le 
mot  non  qui  en  change  complètement  le  sens  ne  se  trouvait  sans 
doute  pas  dans  l'exemplairô  que  Le  Baud  avait  sous  les  yeux, 
exemplaire  identique  à  celui  que  consulta  au  XVII*  siècle 
Dûbuisson-Aubenay  et  auquel  le  mot  non  manque  également- 
Un  des  deux  textes  est  évidemment  fautif,  mais  lequel  ?  U'est  ce 
que  dans  Tétat  actuel  de  nos  connaissances  il  me  parait  impos- 
sible de  décider. 

La  Chronique  de  Saint-Méen  place  cet  essai  de  guerre  civiie 
aussitôt  après  la  mort  du  duc  Geofroi  en  1006  et  c'est  probable- 


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MtUNGBS  HISTORIQUES  '  3t 

ment  de  là  que  la  Chronique  de  Saint-Brieuc  est  partie  pour 
placer  cette  guerre  au  cours  des  années  1009  et  1010.  La  vraisem- 
blance indique  en  effet  qu'une  pareille  querelle  successorale 
n'a  pu  é^clater  plusieurs  années  après  la  mort  de  Geofrôi,  mais 
aussitôt  après  cette  mort.  Cependant'la  Vie  de  saint  Gildas  la. 
considère  comme  postérieure  à  la  révolte  des  paysans,  et  comme 
celle-ci  est  placée  par  Le  Baud  tantôt  en  1024,  tantôt  en  1025, 
suivant  les  différentes  rédactions  de  son  histoire,  quelques  his- 
toriens moJ(?rnes  placent  après  1024  la  révolte  des  nobles.  C*est 
là,  je  viens  de  le  dire,  une  conclusion  que  son  invraisemblance 
suffit  à  faire  rejeter.  ^ 

Tout  ce  que  l'on  peut  tirer  de  la  Vie  de  saint  Gildas,  c'est  que 
ces  deux  événements,  répression  de  la  révolte  des  paysans, 
répression  de  la  révolte  des  nobles,  se  placent  entre  Tarrivée  de 
saint  Félix  en  Bretagne  et  sa  promotion  à  la  dignité  d'abbé  de 
^uis,  c'est-à-dire  suivant  Topinion  courante,  entre  1008  et  1025; 
mais  comme  je  le  montrerai  plus  loin,  c'est  très  probablement  en 
1015  que  S.  Félix  fut  sacré  abbé  de  Ruis.  |La  répression 
des  deux  révoltes  se  placd  donc  entre  1008  et  1015,  et  de 
fait  un  acte  de  1021  nous  montre  l'évoque  Judicaôl  récon- 
cilié avec  son  neveu  Alain  et  apposant  sa  signature  au  bas  d'une 
charte  de  celui-ci.  La  défaite  de  ses  plus  déterminés  partisans 
amena  sans  doute  la  soumission  du  prétendant.  Meus  si  cette 
défaite  eut  lieu  peu  de  temps  avant  l'an  1015,  leur  prise  d'armes 
est  nécessairement  antérieure  et  contemporaine  des  débuts 
du  nouveau  règne. 

La  révolte  des  paysans  bretons  se  produisit  s&ns  doute  en 
môme  temps  que  la  fameuse  révolte  des  paysans  normands  dont 
parle  Wace  ;  mais  tout  ce  que  nous  savons  de  celle-ci,  c'est 
qu'elle  eut  lieu  sous  le  règne  du  duc  de  Normandie  Richard  II, 
entre  996  et  1026.  Loin  donc  que  les  chroniques"  normandes  nous 
aident  à  dater  avec  plus  de  précision  la  révolte  bretonne,  ce 
sont  at  contraire  les  chroniques  bretonnes  qui  pourraient  nous 
permettre  de  préciser  un  peu  plus  la  date  de  la  révolte  normande. 

Eqûû  dom  Lobineau  et  dom  Morice  ont  vu  un  nom  propre  dans 
le  strictum  castrum^xi,  d'après  la  Chronique  de  Saint" Méen,  se 
seraient  enfermés  les  chefs  des  rebelles  et  dont  Alain  se  serait 
emparé.  Ils  y  ont  vu  le  château  de  Malestroit.  M.  de  la  Borderie 
voit  simplement  dans  strictum  une  épithète  et  traduit  strictum 
castrum  un  fort  château.  C'est,  je  crois,  la  bonne  traduction. 


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32  REVUE  DE  BRETAGNE 


XIV.  —  Les  abbés  Félix  de  Ruis  bt  Tbudon  de  Redon. 

La  Vie  de  saint  Gildas^védigée,  comme  Ta  établi  M.  P.  Lot,  par 
Tabbé  Vitalis^  successeup  immédiat  de  Félix,  raconte  qu'en  l'an 
1008  Gauzlin,abbé  de  Saint-Benoît  sur  Loire,  envoya  en  Bretagne, 
à  la  prière  du  duc  Geofroî,  un  moine  nommé  Félix,  pour  Relever 
de  leurs  rmne|3  les  abbayes  bretonnes  détruites  par  les  North- 
mans  ;  que  les  guerres  civiles  qui  éclatèrent  à  ce  moment  empo- 
chèrent Félix  de  mener  son  œuvre  à  bien  ;  que  découragé  après 
;seize  ans  d'efforts  il  reprit  le  chemin  de  son  ancien  monastère  ; 
mais  qu'en  y  arrivant  Oauzlin, prévenu  par  la  duchesse  Havoise, 
lef  sacra  abbë  et  le  renvoya  en  Bretagne.  Ces  derniers  événements 
se  seraient  donc  passés  en  1024  ;  M.  Lot  a  pensé  que  le  chiffre  de 
seize  ans  n'était  ici  qu'un  chiffre  approximatif  et  comme  on  sait 
que  Félix  fut  sacré  le  4  juillet  et  que  dans  les  habitudes  de  l'é- 
poque ces  cérémonies  avaient  toujours  lieu  un  dimanche,  l'érudit 
historien  a  corrigé  1024  en  1025.  D'autre  part  ia  Chronique  de  Ruis 
dit  que  Félix  mourut  en  1038.  Son  épitaphe  nous  apprend  qu'il 
avait  été  abbé  pendant  douze  ans  (1).  Tous  ces  documents . 
paraissent  à  première  vue  bien  concordants. 

En  réalité  la  question  est  beaucoup  plus  compliquée.  La  Vie  dé 
saint  Gildas  nous  dit  en  effet  que,  lorsque  Félix  revint  au  monas- 
tère de  Saint-Benoît  sur  Loire,Gauzlin  était  déjà  évoque  et  conti- 
nuait cependant  à  faire  sa  résidence  dans  le  couvent  dont  il 
demeurait  abbé.  Or  il  semble  bien  qu'un  pareil  état  de  choses  ne 
convienne  qu*à  la  période  comprise  entre  l'année  1013»où  Gauziin 
fut  élu  archevêque  de  Bourges,  et  Tannée  1017,  où  il  réussit 
à  vaincre  les  résistances  de  ses  diocésains  et  à  faire  son  entrée 
dans  sa  ville  épiscopale  (2).  Or  dans  cette  période  l'année  1015  est 
la  seule  où  le  4  juillet  tombe  un  dimanche.  Faut-il  donc  croire 
que  Félix  a  été  sacré  en  1015  ? 

Il  n'y  a  pas  lieii  de  considérer  comme  une  objection  sérieuse 
les  douze  ans  d*abbatiat  que  lui  assigne  son  épitaphe.  de  docu- 
ment n'a  par  lui-môme  aucune  valeur.  Son  auteur  Ta  composé  à 
l'aide  de  la  Vie  de  saint  Gildas  et  de  la  Chronique  de  Ruis,  ou 
peut-être  simplement  à  l'aide  d'une  chronique  qui,  comme  celle 
de  Le  Baud,  combinait  ensemble  les  éléments  des  deux  récits.  La 

(1)  Annales  de  Bretagne,  tome  XXUl,  p.  270  et  273. 

(2)  Luchaire,  Histoire  de  France,  p.  t58  et  159. 


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MBLANGBS  HISTORIQUES  33 

présence  de  la  date  1008  dans  la  Vie  de  saint  Gildas  est  une 
objection  plus  sérieuse,  mais  cette  date  correspond-elle  à  la 
venue  de  Félix  ou  n'est-elle  simplement  qu'un  emprunt  à  quelque 
chronique  qui  mentionnait  à  la  date  de  1008  le  nom  du  duc 
Geofroi?  On  est  en  effet  quelque  peu  étonnées!  Félix  est  venu  en 
Bretagne  en  1008,  que  ce  soit  justement  Tannée  de  sa  mort  que 
le  duc  Geofroi  ait  pensé  à  faire  venir  ce  moide  en  Bretagne 
et  surtout  que  Félix  n'ait  pas  été  immédiatement  découragé, 
puisque  les  guerres  civiles  qui  amenèrent  cet  découragement 
eurent  lieu  aussitôt  après  la  mort  de  son  protecteur. 

Je  ne  verrais,  en  ce  cas,  je  l'avoue,  qu'une  façon  d'arranger  les 
choses.  C'est  de  supposer  que  ce  fût  justement  au  cours  de  son 
voyage  à  Rome  que  le  duc  Geofroi, passant  par  l'abbaye  de  Saint- 
Benott-sur-Loire,  demanda  à  l'abbé  Gauziin  d'envoyer  des  reli- 
gieux en  Bretagne,  que  ces  religieux  furent  bien  accueillis  par 
l'évoque  de  Vannes  Judicaôl,  mais  que,  quand  le  parti  de  celui-ci 
eut  succombé»  Félix  et  ses  compagnons  craignirent  la  colère  du 
vainqueur,  reprirent  le  chemin  de  l'Orléanais  et  n'en  revinrent 
que  lorsque  la  duchesse  Havoise  et  ses  âls  leur  firent  savoir 
qu'on  ne  nourrissait  contre  eux  aucune  rancune. 

On  pourrait  alléguer  en  faveur  de  la  date  de  1025  que,  d'après 
\e  Chronicon  Britannicum,  la  restauration  de  l'abbaye  de  Saint- 
Méen  par  les  Hls  d'Havoise  aurait  eu  lieu  en  1024,  et  que  par  con- 
séqoent  cette  restauration,  de  très  peu  postérieure  à  la  victoire 
des  jeunes  princes,  marquerait  la  fin  des  guerres  civiles  de 
Bretagne.  11  n'y  aurait  donc  rien  d'étonnant  à  ce  que  l'abbaye  de 
Saint-Méen,  située  en  pays  ami,  eût  été  restaurée  un  an  avant 
l'abbaye  de  Saint-Gildas,  située  en  pays  ennemi.  Malheureu- 
sement les  dates  du  Chronicon  Britannicum  sont  très  sujettes  à 
caution.  La  Chronique  de  Saint-Méen  ne  donne  pas  la  date  de  la 
restauration  de  l'abbaye.  Elle  se  borne  à  dire,  comme  la  Chro'» 
nique  de  Saint-Gildas,  que  le  point  de  départ  de  cette  restauration 
se  trouve  dans  les  événements  qui  suivirent  là  mort  du  duc 
Geofroi  en  1008,  de  sorte  que  l'on  peut  se  demander  si  dans  les 
deux  cas  ce  n'est  pas  par  un  calcul  que  Ton  est  arrivé  à  la/l^te 
de  1024,  calcul  qui  a  évidemment  beaucoup  moins  d'autorité 
qu'une  date  positive  empruntée  à  des  annales. iQr,  comme  une 
charte  de  1021  nous  montre  révêqueJudicaëlapposant  sa  signa- 
ture à  cette  date  à  une  charte  du  duc  Alain,  il  s'ensuit  que  dès 
cette  époque  l'oncle  et  le  neveu  étaient  réconciliés. 

Juillet  190i  a . 


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Une^iuttSB  Wbjètttkto  tofttrfe  tetféite  aie  10*,  c'est  qu'elle  n'est 
ioûéme  pdîs  unaûimeiobetit  accé^^^e  (>ar  les  dobuments  originaires 
de  Satot-Gildas.  Là  Ohtoniqu^  rfte  Ruis  dans  un  passag^é  taalh^ti- 
i'etoemetotirt'fe  infemn^^tet  semWfe  'dife  <iu*en  lÛfÈ2  il  y  avilit  sepl 
ans  qne  Félix  avait  été  nommé  abbé,  oè  qui  bous  reporterait  à 
1015,  Ô11  iBR  tons  cas  que  la  promotion  de  Pélix-à  T^bbàtiat  serait 
dé  é^tté  métne  année  1022, 1  s  quelle  serait  la  septième  à  partir 
d*^n  événement  non  indiqué. 

Il  èôl  enfin  une  objection  contre  la  date  de  102&  qui  nous  amëbe 
à  Texamen  de  toute  une  série  dé  chartes  ûxxCattulaire  de  Redon. 
Uï^  passade  -dé  lia  vie  de  Gaué:lin,  cité  par  M.  de  la  Borderie  (1), 
(iil  q^e  Cet  àbbô  ayatat  ordonné  en  même  temps  deux  de  ses 
dis<;iî>les,  Félix  et  Teudon,  les  envoya  lotis  deui  en  Bre*- 
tagrne  et  (fàt  Teudon  devint  plus  tard  abbé  de  Redon.  Or  TeudoYi 
est  Ta  forme  abrégée  de  TeudebaldU8,et  si  nos  historiens  déclarent 
n'avoir  pas  trouvé  trace  de  Tabbé  Têudoti  dans  les  ichartes  de 
Tabbéyede  R'edon,  ils  auraient  pti  y  trouver  du  moins  un  abb* 
Tétba^us,  autrement  dit Teadébaldirs,  lequel  n'est  évidemmetit 
pas  différent  de  'te^on.  L'abbatiat"de  Tetbaldus  ou  Tetidon  s^ 
placerait  donc  entre  celui  de  Hervé  et  celai  de  Mainard,  et  si 
Teudon  et  Péîlk  sont  venus  en  même  temps  eïi  Bretagne,  seize 
ans  avant  la  promotion  de  Félix  à  la  dignité  abbalFale,il  faûidrait 
placer  en  W0  tes  débuts  de  Tabbatiat  de  Teudon.  Lachsrte  pu- 
bliée par  M.  de  Gourson  s^ous  le  n<»  329  de  son  édition  du  Carm- 
UHre  de  Redon  et  qui  nous  ^montre  comme  vivant  simultanénre^nt 
te  duc  Geofroi,  l'^vèque  dé  Vannes  Judicaël  et  l'abbé  Tétbaldtiê> 
tie  contredit  nullem'ent  cet^e  opinion.  Elle  semble,  il  est  w^ii, 
c«mtredite  par  une  autre  charte  du  môtne  cartulaire,  celle  qui 
porte  le  n*  357  et  qtii  fait  de  Vabbé  Tetbaldus  et  de  l'cvêqûe 
Judicaèl  les  contemporains  non  plus  seulement  dti  duc  OeofrtÀ, 
mais  de  son  père  Conan.  Il  est  évident  que  dans  ce  cas  Teudoïi. 
qui  ne  vint  en  Bretagne  que  sous  Geofroi,ne  saurait  être  te  mêi»ie 
que  Tetbaldus  pourvu  quelques  années  auparavant  de  la  dignité 
abbatiale,  mais  quoique  i'aulhenlicilé  de  ceUe  charte  n'ait  pas 
juscju'ici  été  suspectée,  quoique  M.  l'abbé  Le  Mené,  ie  pluB 
récent  historien  du  diocèse  de  Vannes,  n'élève  notam'ûieDt 
conlrt  elle  aoctine  objection,  j'avoue  q^ie  j'ai  quelques  éouteh 
sur  I^N^leur  de  cette  pièce. 

(1)  Histoire  d9  Ifretètgne,  tome  lll,  p.  li>7. 


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MALâNGBS  HISTORIQUVS  Zh 

J'avais  d'abord  songé,  pour  trancher  la  question,  à  faire  état  de 
la  charte  de  1020  dans  laquelle  Alain  donne  Belle-Ile  à  Vabbaye 
de  Redon  ou  du  moins  de  cette  partie  de  la  charte  qui  relate  une 
donation  précédente  de  la  mêcnetle,  faite  par  le  duc  Oeofroi.  En 
effet,  comme  cette  dernière  donation  est  censée  avoir  été  faite  du 
temps  de  Tabbé  Mainard,  prédécesseur  immédiat  de  Tabbé  Ga- 
tuallon,  lequel  en  1020  régissait  l'abbaye,  Tendon  aurait  d4 
nécessairement  être  abbé  avant  Mainard,  donc  avant  la  mort  du 
duc  Geofroi,  et  par  conséquent  Félix  et  Tendon  auraient  dû 
venir  en  Bretagne  un  temps  assez  long  avant  cette  mort.  Mal- 
heureusement le  fait  même  de  cette  donation  est  assez  problé- 
matique. De  plus,  si  la  tenant  pour  fausset  on  la  croit  cependant 
calquée  sur  une  charte  authentique  ayant  un  autre  objet,  et  si 
on  pense  ainsi  pouvoir  sauvegarder  la  sincérité  des  signatures, 
on  est  étonné  de!  la  façon  dont  y  est  mentionné  Tévêque  Judi- 
caêl^  désigné  non  pas  par  son  titre  épiscopal^  mais  simplement 
par  sa  qualité  de  frère  de  Oeofroi  en  compagnie  d'un  autre 
personnage  appelé  Hurvodrus  et  désigné  lui  aussi  par  le  même 
qualificatif^  comme  si  Judicaôl  et  Hurvodfus  étaient  encore  deux 
laïques. 

L'examen  le  plus  méticuleux  de  toutes  ces  pièces,  dont  cer- 
taines sont  évidemment  fausses  sans  quMl  soit  possible  de  dire 
positivement  ccrtles  qu'il  faut  rejeter  comme  telles,  est  loin, 
comme  on  le  voit,  de  dissiper  toutes  les  obscurités.  Les  deux 
dates  de  999  et  de  1015  sont  cependant,  il  me  semble^  plus 
prot>ables  que  les  dates  de  1008  et  de  1025,  et  ce  sont  en  dernière 
analyse  celles  que  j'accepterais  le  plus  volontiers  comme  devant 
marquer  renvoi  de  saint  Félix  en  Bretagne  et  la  restauration  de 
rabbaye  de  Saint-Gildas  de  Ruis. 


XV.  —  Alain  III  kt  la  Normandib. 

Uuand  le  duc  Robert  de  Normandie  mourut  en  Asie-Mineure 
en  1035,  il  ne  laissait  pas  d*autre  postérité  qu'un  fils  bâtard  âgé 
de  huit  ans^,  le  futur  Guillaume  le  Conquérant.  Ses  héritiers 
légitimes  étaient  donc  ses  trois  cousins  germains,  Edouard  roi 
d'Aogleterre,fils  de  sa  tante  Emma,  Alain,  comte  des  Bretons,  fils 
de  sa  tante  Havoise  et  Gui,  comte  de  Bourgogne,  fils  de  sa  tante 
Mathilde.    Or  si  Ton  en  croyait  Orderic  Vital,  historien    du 


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S6  .  REVUE  DE  BRETAGNE 

XII*  siècle  dont  les  écrivs^ins  modernes  ont  généralement  adopté 
la  narration,  Robert  avant  de  mourir  aurait  confié  )a  tutelle  de 
son  flis  bâtard  ou,  comme  dit  ailleurs  le  chroniqueur,  la  per- 
sonne de  son  fils  bâtard  à  son  parent  Alain,  comte  des  Bretons  ; 
d'où  I*on  a  conclu  que  lorsqu'Alain  mourut  au  siège  de  Mont- 
gomery,  ainsi  que  le  rapporte  le  même  Orderic* Vital,  il  agissait 
en  cette  circonstance  pour  défendre  l'autorité  de  son  pupille- 
contre  les  seigneurs  révoltés.  On  lui  a  même  attribué  l'initiative 
de  toutes  les  campagnes  dirigées  contre  les  rebelles. 

Cette  version  n'était  pourtant  pas  celle  de  tous  nos  vieux 
chroniqueurs.  Guillaume  de  Jumièges,  écrivant  au  XI'  siècle, 
une  cinquantaino  d'années  avan)  Orderic  Vital,  met  Texpressioa 
d'une  conception' toute  différente  dans  la  bouche  de  Conah,  comte 
de  Bretagne,  fils  et  successeur  d'Alain.  Gonan  revendique  en 
effet  la  Normandie  comme  lui  appartenant  et  traite  Guillaume 
d'usurpateur  ;  ce  sont  d'après  lui  les  amis  de  Guillaume  qui  ont 
empoisonné  le  comte  Alain;  ils  le  considéraient  donc  comme 
un  adversaire,  ccmme  un  compétiteur,  et  non  comme  un  prolec- 
teur dévoué. 

Deur  faits  viennent  confirmer  cette  dernière  version  et  la  ren- 
dre pour  nous  préférable  à  celle  d'Orderic  Vital.  Le  premier  est 
que  Guillaume  de  Jumièges  mentionne  successivement  comme 
ayant  été  les  tuteurs  de  Guillaume,  Ërilebert,  comte  d'Eu  et  de 
Brionne,  et  Raoul,  seigneur  de  Vacé,  sans  faire  aucune  mention 
d'Alain,  comte  de  Bretagne.  Le  second  c'est  que,  lorsqu' Alain 
mourut  i  Vimoutier,  on  Ten terra  dans  l'abbaye  .de  Fécamp,  le 
Saint-Denis  des  ducs  de  Normandie,  on  ne  rapporta  pas  son  corps  , 
à  Rennes,  cependant  plus  proche  de  Vimoutier  que  Fécamp.  Il 
semble  donc  qu'il  se  considérait  et  qu'on  le  considérait  comme  le 
successeur  du  duc  Robert. 

(A  siUvre).   .  V**  Ch.  de  la  Lande  de  Calan. 


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UN  VOYAGE  EN  BRETAGNE 

(1782» 


Le  dim&nche  26  mai  1782,  le  siear  Uamelin,  géomètre  et  feadtste,  qui 
se  trouvait  alors  à  Toars,  reçut  de  M.  Gtiftlon,  commissaire  des  poudres 
et  satpétrea  du  Roi,  une  €  oom^mission  pour  iaire  lès  plans  visuels  des 
rivières  qtiï  se  jettent  dans  la  Loire,  et  faire  l'historique  de  leur  em- 
bouchure I .  C'était  pour  savoir  si  on  pouvait  y  établir  des  moulins  à 
salpêtre.  Dès  le  lendemain  matin^  il  partit  de  Tours  pour  voir  Saumur, 
Angers,  Nantes  et  Paimbœuf,  en  compagnie  de  M.  le  Cointre,  «  pompier 
tràs  habile,  qui  avait  passé  en  Amérique  et  connaissait  les  termes  de 
marine  *. 

Après  avair  visité  Saumur  dans  la  matinée  du  28  mai,  ils  arrivèrent 
le  soir  à  Angers.  Deux  jours  leur  suffirent  pour  voir  cette  ville  (An/otlL^ 
Historique,  juillet  1908),  après  quoi,  ils  reprirent  leur  route  pour  la 
Bretagne. 

Laissons  ta  parole  à  M.  Hamelin,  qui  nous  raconte  dans  son  Journal 
ce  qu'il  a  va  pendant  son  voyage. 

Le  vendredi  31  lAoïi  1782,  après  avjir  vu  la  foire  d'Angers,  nous 
partîmes  de  celte  ville  et  passâmes  à  La  Pointe  (1)  :  à  l'auberge 
du  Cheval  Blanc,  une  jeune  domestique  voulait  nous  suivre  pour 
venir  ensuite  demeurer  à  Tours.  Nous  prîmes  là  une  barque 
pour  aller  à  Ingrandes,  où  nous  arrivâmes  &  cinq  heures  du 
soir  (2J. 

Cette  ville  est  petite  et  située  à  huit  lieues  d'Angers.  Il  y  a  un 
grenier  à  sel.  Elle  est  sur  la  frontière ^e  la  Bretagne.  Il  y  a  des 
barrières,  où  les  commis  fouillent  les  voyageurs  strictement.  Il 
y  a  une  fort  belle  verrerie  &  bouteilles.  Nous  y  avons  passé  deux 
heures  da  temps,  on  nous  en  a  fait  souffler,  et  nous  avons  suivi 

(1)  La  Pointe  est  aajourd*hai  un  Tillage  de  la  commune  de  Bouchemaine, 
canton  Nord-Qq^st  d^Angers. 

(3)  Ifigra^ndei,  commune  du  canton  de  Saint-Georges-bur-Loire,  arrondissement 
d'Angers, 


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38  REVUE  DE  BRETAGNE 

l'usage  en  donnant  pour  boire.  Cette  manufacture  m*a  bien 
intéressé. 

Le  samedi  l*'  juin  au  matin,  nous  fûmes  voir  le  fameuse  ma- 
chine de  Monirelais(i),  située  à  deux  lieues  dlngrandes»  au  nord 
de  la  Loire. 

Cette  machine  est  dans  le  genre  de  celles  de  Flandrp,  qui 
servent  à  tirer  le  charbon  de  terre  ique  nous  fournissons  aqx 
Anglais.  Elles  servent  à  puiser  Peau  du  fond  des  mines,  qbi  est 
de  600  à  1.000  pieds  et  môme  plus  de  profondeur  (Voyez  à  ce 
sujet  Buffon),  pour  faciliter  la  fouille  du  charbon.  Le  mécanisme 
en  est  simple  et  beau.  C'est  le  feu  et  Teau  qui  sont  les  moteurs.  — 
Il  y  a  une  chaudière  de  douze  pieds  de  diamtètre  et  neuf  pieds  de 
haut,  qu'on  emplit  d'eau  h  la  hauteur  de  six  pieds.  L'espace  vide 
rempli  de  la  vapeur  dé  l'eau  bouillante  est  de  trois  pieds.  Cette 
vapeur  se  communique  dans  un  cylindre  de  dix  pieds  de  haut 
sur  quatre  pieds  de  diamètre,  dans  lequel  il  y  a  deux  pistons  qui 
font  mouvoir  les  deux  balanciers  et  la  machine  générale.  ■—  A 
Tépoque  de  notre  voyage,  on  puisait  Teau  à  600  pieds  de  pro- 
fondeur;  et  à  mesure  que  Ton  creuse,  on  allonge  la  chatne  et  on 
place  les  conduits  sous  terre.  On  y  descend  par  un  puits  qui  a 
douze  pieds  de  diamètre,  et  par  des  échelles  solidement  attachées 
à  pied  droit  ;  les  ouvriers  descendent  avec  une  chandelle  attachée 
sur  leur  tête.  Nous  parcourûmes  pendant  une  heure  les  caves, 
trous  et  mines  de  dessous  terre*  —  La  machine  est  aussi  ingé- 
nieuse dans  le  bas  que  dans  le  haut.  Ce  sont  aussi  des  pistons 
qui  puisent  Teau  dans  un  bassin  rempli  par  les  différents  petits 
conduits  que  pratiquent  les  ouvriers  en  tirant  le  charbon.  —  Le 
tuyau  qui  sert  à  monter  l'eau,  a  seize  pouces  de  diamètre  et 
fournit  un  volume  d'eau  considérable.  —  On  fait  monter  le 
charbon  par  le  moyen  d'un  cabestan  que  font  tourqer  quatre 
chevaux.  Le  panier  qui  sert  à  cet  ouvrage,  contient  deux  muids 
de  charbon.  —  L'eau  arrive  dans  un  bassin  placé  au  somiàet  du 
b&timent,  lequel  a  dix  pieds  de  profondeur  et  règne  sur  tout  le 
bâtiment.  L'eau  sort  de  ce  bassin  datis  un  tuyau  placé  au  côté 
opposé  du  gros  tuyau,  et  tombe  à  terre  où  elle  arrive  dans  des 
tuyaux  placés  sur  terre  pour  la  conduire  à  un  quart  de  lieue  et 
plus  de  la  machine,  où  elle  se  perd. 


(1)  MontreUis,  commune  du   canton  de   Varades,   arrondissemeot  d'Anoeois 
(Loire-Inférieure). 


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UN  VOYAGE  EN  BRETAGNE  39 

Noua  fûmes  très  satisfaits  de  ce  travail,  et  nous  quittâmes  ces 
frontières  de  l'Anjou  (où  il  y  a  beaucoup  de  mines  de  charbon) 
pour  aller  coucher  à  Âncenis,  dans  la  Bretagne,  où  nous 
arriv&mes  le  soir. 

N0ta.  ^  Les  domaines  de  Bretagne  sont  tous  renfermés  de 
fossés  et  baies,  mâme  le»  plus  petits  morceaux  d'un  quart 
d'arpent  et  au-dessous.  Il  y  a  des  petites  fourches  de  bois  qu'on 
nomme  «  échalets  »,  placée  à  tous  les  fossés  ay  dedans  des  terres 
pour  passer  les  hommes  de  pied,  parce  que  les  chemins  sont  très 
mauvais.  Ces  échalets  fatiguent  singulièrement  les  voyageurs  et 
font  porter  aux  femmes  des  jupes  fort  courtes. 

Anctnis  est  une  petite  ville  située  sur  la  Lobre,  qui  es(  %%sn 
eommerçi^nte.  Il  n'y  a  rien  d'intéressant  pour  lea  voyageuFi* 
Nous  en  partîmes  le  dimanche  2  juin  au  matin  dans  une  cabc^nne, 
k  peu  près  arrangée  eomme  lea  coches  d'eau  de  la  Seine,  où  il  y 
avait  beaucoup  de  personnes  qui  allaie^nt  ^  Nantes  :  las  piHii- 
œs^iens  de  la  Fête-Dieu  y  attirant  les  voisins.  Nou^  eûme«  en9n 
besu  temps  et  arrivUme?  Mi  heiires  i^  Ns^ntes. 

lies  bords  de  la  l4oire  ne  sopt  point  au^si  intéressanta  âep»i^ 
Angers  juiqu'à  Naaîes,  que  depuis  iVngers  jusqu^à  Qrféans. 

Nantes  est  une  ville  considérable,  où  il  y  a  de  très  beaux 
quartiers,  célèbre  par  sa  situation,  son  çommerea  et  l-édit 
donné  en  1598  par  Henri  IV  révoqué  en  1685  par  Louis  XIV.  GUe 
est  bâtie  sur  la  Loire  ji  24  lieues  dAngers  et  10  lieues  de  Paimr 
bmuf,  port  de  ^^^^  et  sur  un  coteau,  pourquoi  il  y  a  de  belles 
vues.  La  partie  basse  de  la  ville  nquvelleme^ti  bâtie,  telle  que 
111e  Peydeau,  est  arrosée  par  la  Loire,  divisée  par  plusieurs 
bras  et  lits,  q^i  étaient  alors  garnis  de  navires  n^arqhands  bol- 
Isndais  et  autres  et  qui  sont  ornés  des  plus  beaux  hôtels,,  ce  qui 
offre  des  pointe  de  vue  admirables  et  forme  des  positions  plus 
intéressantes  que  les  plus  beaux  quartiers  de  Paris.  Qes  hôtels  B\ 
bâtiments  alignés  droit  ont  cinq  h  six  étages  dans  le  même 
ordre,  d'une  élégante  arobileeture,  La  château  est  vieux,  fort 
fraR4  et  laid  j  il  était  alors  rempli  de  canons,  bombes,  mortiers, 
boii  pQur  la  navigation  et  d'ouvriers  pour  la  marine  qui  travail? 
Jiient  Wte^  et  dimanches  à  cause  de  la  guerre  des  Américains 
oontre  les  Anglais.  La  q^thôdrale  Saint^Pierre  est  asses  belle, 
simple  et  majestueuse  ;  on  venait  de  la  blanchir.  Il  y  a  auprès  la 
promeMdd  âQ  h  Mott#  g^ntp^e^re,  cellap  des  quais  et  delà 


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40  REVUE  DE  BRETAGNE 

Bourse,  qui  sont  fort  belles.  Il  y  a  seize  paroisses^  plusieurs 
communautés  d'hommes  et  de  femmes.  J*ai  remarqué  entr'autres 
la  situation  de  la  communauté  des  Capucins,  à  TËrmitage, 
au-dessous  du  quai  de  Construction,  qaî_est  la  plus  intéressante 
et  charmante  dès  environs  de  Nantes.  Il  y  a  plusieurs  belles 
églises  richement  ornées.  Il  y  a  un  fort  beau  quai  nommé  le 
quai  de  Construction,  qui  a  environ  trois  quarts  da  lieue  \ 
de  long  en  partant  de  la  Bourse  jusqu*aux  Petits-Capucins* 
Il  y  avait  dans  ces  jours-là  sur  le  chantier  les  navires  le  Nep-. 
tune  et  le  Gaston  avec  trente  autres  sans  noms.  La  aalle  de 
spectacle  est  laide  et  mal  située  pour  l'arrivée  des  voitures. 
Les  ponts  bâtis  sur  des  bras  de  la  Loire  ont  près  d'une  demi-lieue 
de  long  ;  ils  traversent  une  grande  prairie  et  sont  dans  le 
genre  de  ceux  de  Port  à  Nogent-sur-Seine,  en  Brie,  excepté 
quelques  constructions  qui  sont  bâties  sur  ceux  de  Nantes.  On 
commençait  à  construire  dans  cette  prairie  le  quartier  Graslin, 
qui  devait  être  de  la  plus  grande  beauté  suivant  le  projet. 

Ce  môme  jour  2  juin,  nous  vîmes  une  très  belle  procession  à 
cause  de  Toctave  de  la  Fôte-Dieu,  où  régna  le  hoh  ordre^  quoiqu'il 
y  eût  beaucoup  de  mondée  Elle  passa  dans  l'tle  Feydeau,  où  il  y 
avait  un  reposoir.  La  musique  des  deux  régiments  qui  étaient 
alors  en  garnison,  jointe  aux  musiciens  de  la  ville,  la  richesse 
des  ornements,  etc.,  faisait  pour  ainsi  dire  le  pendant  des  proces- 
sions de  Paris.  La  grande  quantité  du  beau  monde,  très  riche- 
ment et  très  élégamment  paré,  placé  aux  balcons  des  croisées  de 
ces  superbes  b&timents,  offrait  un  coup  d*œil  et  le  tableau  le  plus 
varié  et  le  plus  agréable,  ce  qui  me  fit  penser  plusieurs  fois  être 
à  Paris. 

Le  lundi,  3  juin,  nous  restâmes  à  Nantes,  et  le  4  nous  allâmes 
à  Paimbœuf,  situé  à  dix  lieues  de  Nantes,  dans  un  sabot  hollan- 
dais qui  nous  fit  arriver  en  quatre  heures  de  temps.  Nous  étions 
plus  de  trente  personnes. 

A  deux  lieues  de  Nantes,  on  trouve  une  petite  tle  nommée 
Indret,  dans  laquelle  il  y  a  une  fonderie  de  canon^. 

Les  bords  de  la  Loire  ne  sont  pas  agréables  dans  cette  partie 
de  Nantes  à  Paimbœuf.  C'est  un  pays  plat^  les  bourgs  et  villages 
sont  rassemblés  comme  en  Beauce  et  en  Champagne,  ce  qui  ne 
donne  point  de  variété  dans  les  paysages  comme  en  Touraine  et 
en  Anjou.  *  ^ 

Paimbmuf  est  une  petite  ville  qui  n*a  que  son  port  d'intéressant. 


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UN  VOYAGE  EN  BRETAGNE  41 

Elle  n'est  remplie  que  d'ouvriers  pour  la  construction  des 
navires.  Les  armateurs  demeurent  tous  à  Nantes.  —  Il  y  avait 
environ  150  navires  marchands  de  plusieurs  nations  dans  ce 
port,  ce  qui  formait  un  coup  d'œil  bien  intéressant  pour  moi  qui 
n'en  avais  jamais  vu.  Pour  M.  Le  Goinlre,  le  tableau  était  diffé- 
rent, ayant  vu  et  voyagé  dans  des  vaisseaux,  de  Roi.  Il  me 
rendit  tous  les  services  possibles  et  multiplia  bien  mes  jouissances 
en  me  faisant  visiter  les  navires  les  plus  intéressants  et  en  m'ex- 
pliquant  les  termes,  etc..  Nous  loge&mes  chez  un  aubergiste  qui 
avait  fait  trois  voyages  dans  les  lies.  Il  y  avait  à  Paimbœuf  trois 
capitaines  de  vaisseau  de  ses  amis. 

Le  manuscrit  original  du  feudisie  Hamelin  nous  a  été  commu^ 
nique  par  M.  Camelot,  de  Saumur, 

P.   UZURBAU, 

Directeur  de  VÀnjou  historique. 


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DEVANT  UATRE 


LE    SIFFLET   MERVEILI^UX 


RAOIT  DU   BRAGONNIBR 
I 

Bain^  dans  rille-et- Vilaine,  est  un  joli  petit  endroit  situé  sur  la 
route  de  Rennes  à  Nantes. 

Bâtie  sur  la  crâte  d'un  coteau,  de  quelque  côté  qu'on  y  arrive, 
cette  petite  ville  présente  un  aspect  charmant. 

De  riches  prairies  étalent  leur  verdure  sur  le  versant  de  la 
colline,  et  un  bel  étang,  ombragé  de  tilleuls,  complète  le  tableau 
de  ce  pittoresque  pays. 

Bain  1  que  ce  nom  nce  rappelle  de  joyeux  et  poétiques  sou- 
venirs !  Que  de  délicieuses  journées  dans  les  bois  I  Que  d'a- 
gréables veillées  au  coin  du  feu  I 

Autrefois  on  y  allait  de  Rennes,  cahin-caha,  au  son  des  grelots 
de  la  petite  voiture  publique  dans  laquelle  la  connaissance  entre 
voyageurs  était  sitôt  faite.  Une  politesse  échangée,  une  place 
préférée  cédée  à  une  dame,  la  main  offerte  pour  descendre  du 
^  véhicule,  et  tout  était  dit.  La  confiance  était  gagnée  et  les  confi- 
dences allaient  leur  train.  Enfin,  après  quatre  heures  de  voyage, 
Ton  n'était  plus  de  simples  connaissances,  mais  bien  de  vieux 
amis. 

Hélas  I  la  voiture  n'existe  plus,  et  une  heure  suffit  maintenant 
pour  effectuer,  en  chemin  de  fer,  le  trajet  de  Rennes  à  Bain. 

Malgré  cela,  si  le  voyage  n'est  plus  aussi  romanesque,  il/tfest 
pas  encore  tout  à  fait  dépourvu  de  charmes.  Du  chemiq/de  fer 
comme  de  la  voiture,  on  aperçoit  toujours  de  magnifiques  hori- 


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! 


DEVANT  L'ATBB  43 

BOD»,  de  grandes  landes  grises  sombres  et  tristes^  parsemées  de 
grosses  pierres  blanches  qui,  de  loin,  ressemblent  à  des  tombes 
où  les  oiseaux  de  proie  Tiennent  se  poser  ;  d'alpestres  rochers 
couronnés  de  sapins  le  long  des  rivières,  et  de  jolis  ruisseaux  qui 
gasouillent  le  long  des  prés. 


II 

La  huttb  du  braqonnibr 

Par  un  noir  après-dlner  du  mois  de  novembre,  un  brouillard 
épais  et  froid  enveloppait  la  terre  comme  un  linceul.  Par  instani 
la  bise  soufflait  dans  les  futaies  et  laissait  échapper  des  plaintes 
lugubres,  puis  tout  rentrait  dans  le  silence.      > 

Pas  un  lièvre  dans  les  bruyères,  pas  une  perdrix  dans  les 
sillons. 

Sur  le  bord  des  fossés,  les  arbres  morts  et  les  grands  bouleaux 
blancs,  noyés  de  brume,  se  dressaient  semblables  à  des  spectres, 
et  sans  la  note  aiguë  de  la  mésange  suspendue  aux  mélèzes,  et 
sans  les  corbeaux  égarés  croassant  dans  l'air,  on  eût  pu  croire 
que  la  vie  s'était  retirée  de  ces  lieux. 

Je  fis  part  à  mon  compagnon  de  chasse  des  impres'sions 
tristes  qui  s'emparaient  de  moi. 

—  Tiens,  dit-il,  en  m'indiquant  du  doigt  la  lisière  d'un  tois, 
vois  cette  fumée  qui  s'échappe  de  derrière  les  grands  arbres, 
puisque  tu  semblés  désirer  de  la  société,  je  vais  te  {présenter  au 
vieux  Robinson  que  j'aperçois  là-bas  en  train  de  ramasser  du 
bois  qui  servira  tout  à  Theure  à  sécher  nos  vôtemeûts. 

Eq  effet,  au  milieu  des  fougères  jaunies  par  les  pluies  d'au- 
tomne, je  vis  un  vieillard  chaussé  de  gros  sabots  recouverts  de 
guêtres,  un  vaste  chapeau  noir  et  usé  lui  cachait  la  moitié  du 
visage,  et  une  peau  de  chèvre,  retenue  par  une  corde  nouée  sur 
la  poitrine,  le  couvrait  presque  entièrement.  Vu  à  une  certaine 
distance,  cet  homme  ressemblait  autant  à  un  animal  sauvage 
qu*à  un  ôtre  humain.^ 

—  Holà,  père  L'Affût  !  s'écria  mon  ami,  qu'est-ce  à  dire  ?  On 
laisse  les  ramiers  dormir  en  paix,  et  l'on  fait  le  paresseuxt  voilà 
qui  n'ebt  pas  naturel  I 


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44  REVUE  DE  BRETAGNE 

—  Que  voulez-veus,  M.  Jacques,  les  pigeons  font  la  nique  au 
bonhomme  aujourd'hui.  Ce  brouillard  Tempôche  de  les  voir  et  le 
force  à  rester  chez  lui.  *    , 

Je  voudrais  bien,  Messieurs,  ajouta-t-il,  vous  invitçr  à  vous 
reposer  un  instant,  mais  j'ose  à  peine  vous  dire  d'entrer  danslna 
misérable  demeure. 

—  Allons,  allons,  pas  tant  de  façons,  répliqua  Jacques,  vous 
savez  bien  que  j'y  suis  entré  cent  fois  chez  vous  et  que  vous  ne 
m'avez  jamais  vu  pressé  d'en  sprtir. 

La  cabane,  que  nous  avions  devant  nous,était  bien  misérable  en 
effet,  et  certes  les  loups  et  les  renards,  voisins  du  père  L'Affût, 
étaient  mieux  logés  que  lui,  et  surtout  mieux  préservés  du  froid 
et  de  l'humidité. 

/  Des  pieux,  enfoncés  en  terre;  recouverts  de  branches  entrela- 
cées et  de  mottes  de  gazon,  en  faisaient  seuls  les  frais.  La  toiture, 
façonnée  de  la  même  manière,  et  sur  laquelle  s'élevait  une  végé- 
tation luxuriante,  avait  au  milieu  une  ouverture  par  où  s'échap- 
pait la  fumée. 

Bnfln  par  la  porte,  faite  de  genôts  et  d'ajoncs,  et  laissée  entr'ou- 
verte,  se  glissait  furtivement  quelques  poules  effrayées  de  notre 
présence.  Voilà  pour  l'extérieur. 

Quant  à  l'intérieur,  il  me  faudrait  le  pinceau  de  Teniers  ou  de 
Rembrandt  pour  rendre  complètemrent  le  tableau  qui  s'offrit  à 
ma  vue.  ^^ 

Qu'on  se  figure  une  seule  pièce,  passablement  grande,  à  peine 
éclairée  par  un  trou  pratiqué  au  milieu  des  branches  et  par  le 
bois  mort  qui  brûlait  dans  l'âtre. 

D'abord  je  ne  distinguai  rien,  puis  peu  à  peu,  lorsque  ma  vue 
se  fut  habifili^e  à  Tobscurité  je  me  crus  dans  l'arche  de  Noé. 

Sur  les  parois  de  lacabane,  partout,  en  haut, en  bas,  étaient  enfon- 
cés des  perchoirs  où  desvolatiiles  de  toute  espèce  reposaient  déjà  ; 
plus  loin,  dans  un  coin,  une  petite  chèvre  rousse  était  couchée 
sur  des  feuilles  fdes  instruments  aratoires,  quelques  rares  usten- 
siles de  cuisine  et  des  vases,  plus  ou  moins  brisés,  gisaient  à 
terre. 

—  Quel  joli  tableau  de  genre  I  m'écriai-je. 

—  Oui,  pour  un  instant,  ajouta  notre  hôte. 

Un  immense  tronc  de  châtaignier  servait  de  table  et  occupait 
le  centre  de  la  pièce,  tandis  que  les  sièges,  de  même  nature,  mais 
beaucoup  plus  petits>  étaient  épars  çà  et  là.  Dans  l'endroit  le  plus 


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DEVANT  L'ATRE  45 

sombre^un  amas  d'herbes  et  de  fougères  sèches»  sur  lequel  étaient 
amoncelées  des  peaux  de  botes  sauvages,  tenait  lieu  de  lit.' 

Lorsque  nous  eûmes  roulé  nos  sièges  près  du  foyer  où  se 
trouvaient  accrochés  quelques  fusils  rouilles»^  nous  allumâmes 
nos  pipes  et  la  conversaliaa  s'anima. 

Après  un  instant,  mon  compagnon,  pensant  m'ôtre  agréable, 
reprit  : 

—  Vous  devriez  bien,  père  L'Affût,  nous  racoater  \in  conte  ou 
une  légende. 

—  J'y  consens  d'autant  plus  volontiers,  répondit  le  vieillard, 
qu^hier  soir  j'ai  entendu  un  conte  assez  drôle  chez  Pierre  Barré,  le 
fermier  de  la  Marzelière,  et  si  vous  y  tenez  je  vais  faire  en  sorte  de 
me  le  rappeler  ;  seulement  il  est  long  et  je  crains  de  vous  ennuyer. 

—  Au  contraire,  dit  mon  ami,  en  passant  la  tète  par  la  lucarne^ 
le^ brouillard  est  plus  épais  que  jamais,  la  journée  n'est  pas 
avancée^  et  nous  som.mes  parfaitement  ici  pour  écouter  de9  his- 
toires. Commencez,  père  L'Affût,  mon  ami  et  moi  mourons 
d'envie  de  vous  entendre. 

Après  avoir  donné  de  l'herbe  à  6achèvre,du  grain  aux  pigeons, 
qui  s'étaient  insensiblement  approchés- de  nous,  jeté  quelques 
morceaux  de  boisda^s  le  feu,  notre  hôte  vint  s'asseoir  entre 
nous  deux,  devant  le  foyer  dont  la  flamme  éclairait  son  visage,  et 
il  s'exprima  en  ces  termes. 


III 
Le  sifflet  mbrvbillrux 

Pierre,  le  pàtour  de  la  ferme  de  la  Croix-des-Haiés,  en  con^/ 
duisant  son  troupeau  sur  lescommi;Lns  du  village,  rencontra  une 
vieille  femme  pâle,  maigre,  en  haillons,  accroupie  au  pied  d'un 
genôt.  La  malheureuse  faisait  pitié  ! 

C'était  en  hiver,  ses  membres,  à  peine  couverts^  de  loques, 
grelottaient,  et  les  quelques  dents  qui  lui  restaient,  frappaient 
les  unes  contre  les  autres. 

Pierre,  qui  n'avait  alors  que  douze  ans,  ne  fut  point  effraya 
comme  aurait  pu  l'dtre  un  enfant  de  soh  âge.  Emu,  au  contraire, 
à  l'aspect  de  cette  pauvre  vieille^  il  s'approcha  d'elle  et  lui  dit 
respectueusement  : 


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4«  RSVUIî:  Dfi  BRfiîAONB 

—  Vous  semblez  bien  à  plaindre,  ma  bonne  femme,  pais-je 
faire  cfcielqtie  chose  pour  vous  t 

—  Hélas  1  dit-elle,  je  meurs  de  faim  et  de  froid.  Depu»  pins  de 
huit  jours,  je  suis  repoussée  de  tout  le  monde,  sans  pouvoir 

'  obtenir  la  plus  petite  aumône  et  ungtte  pour  me  reposer. 

— Tenez,  reprit  le  pdtcmr,  en  tirant  de  son  bissac  nn  énorme 
morceau  de  pain  noir,  recouvert  d'une  épaisse  tranche,  dB  pcftît 
salé  blanc  et  rose,  appétissant  au  possible,  réparez  vos  forces, 
et  dans  un  instant  vous  pourrez  vous  réchauffer  devant  un 
bon  feu. 

En  effet,  pendant  que  la  mendiante  mordait  h  plaisir  dans  le 
morceau  de  pain,  Pierre  prit  dans  sa  pochette  une  corne  de  bœuf 
remplie  de  bois  mort;  il  battit  ensuite  le  briquet,  et  une  étincelle 
snfflt  pour  y  mettre  le  fen.  Ce  charbon  embrasé,,  placé  au  centre 
d*un  amas  de  fougères,  de  bruyères  et  de  feuilles  sèches,  Ot 
jaillir,  d'abord  une  épaisse  fumée  blanche,  puis  nne  flamme 
réjouissante  qui  fit  sourire  l'étrangère. 

Depuis  unmoment  elle  regardait  le  p&tre  avec  attendrissement. 

Sotritain,  elle  se  leva,  prit  la  blonde  tôte  de  Venfant  dans  ses 
mains,  et  tout  en  lui  donnant  un  baiser,  elte  dit  : 

«Tu  es  bon,  Pierre,  jie  le  savais.  J'ai  voulu  senlemBut  te f aw 
subir  xxnt  dernière  épreuve  ;  maintenant  étoute-moi  bien  : 

«  Je  suis  moins  à  plaindre  que  je  n'en  ai  Tair,  c«r  jt  fapfMiTmiv 
sous  un  déguisement.  Regarde  plutôt.  » 

Elle  jeta  son  masque,  ses  haillons  tombèrent  et  le  pâtre  stupé 
fait,  puis  ébloui,  émerveillé,  vit  une  grande  Dame  couverte 
de  dentelles,  de  joyaux,  de  pierreries. 

«  Je  suis  la  fée  des  troupeaux,  reprit-<el1e,  qui  fait  briller,  chaque 
soir,  rétoile  du  berger,  qui  le  conduite  travers  les  landes  et  les 
bois,  qui  éloigne  les  loups,  et  ramène  les  movton«  égarés  à 
rétable,  len  veillant  à  leur  sécurité. 

«  Pour  récompenser  ton  bon  cœur,  je  veux  te  faire  un  cadeao* 
Prends  ce  sifflet  d'argent  avec'leqirel  t«  ol^rtiendras  tout  ce  4M  ta 
pourras  désirer.  Il  te  suffira,  pour  cela,  desoufflw  djinsruistru- 
ment  «et,  imm^édiatement,  tu  verras  apparaître  ou  tomber  à  les 
pieds,  ce  que  tu  auras  désiré.  Seulement  n'en  abuse  jamais, «rms- 
mroi,  ne  demande  que  des  choses  utiles,  car  atitremant  tn  1\en 
repetttirais.  » 

I^  pfttre,  rouge  ^e  bonheur,  ne  se  lassait  pa6  4)«  regarder  son 
gifflet,  et,  lorsqu'il  leva  les  yeux  pour  remercier  la  fée,  elle  avfùt 


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DBVAKT  VktM  4l 

Aist^ra.  A  sa  place,  il  nie  vit  qu*un  oiseau,  une  bei^eronQette  qui 
sautait  à  la  suite  du  troupeau  d'un  air  joyenx. 

Temte  ta  Jburnée  Pierre  admira  son  cadeau,  mais  n'osa  fortûu- 
leir  un  souhait  dans  la  crainte  d'enfreindre  les  recommandations 
de  la  fM.  Le  soir  venu,  comme  une  brebis  manquait  à  l'appel,  il 
put  essayât  Teffèt  xîe  son  sifflet. 

A  peine  Teut-il  porté  à  ses  lèvres  qn*il  en  sortit  deâ  notes  tel- 
lement aiguës  que  tous  les  échos  d'alentour  y  rèpondinsnt. 

Une  minute  après,  il  vit  artiver  au  gialop  la  brebis  égarée,  Pierre 
fut  ravi,  mais  ne  divulgua  son  secfet  à  personne. 


IV 
La  pniNcniess  Tinau. 

Les  a^nnées  s'écoulèrent  et  lepdtour  grandit  sans  qu'une  pensée 
d'orgueil  vint  troubler  son  bonheur,  n  ne  demanda  jamais  que 
des  ehtees  raisonnables. 

Le  fermier,  soi!i  maître,  l'avait  en  haute  çstime  pour  sa  sagesse 
et  son  entendement  ;  aussi  Tenvoyait-il  souvent  aux  fdines  et  aat 
marchés  vendre  des  bestiaux  ou  acheter  ce  qu'il  fallait  pour  les 
besoins^  l^exptoitatioQ. 

'Un  jonr  qu'il  était  allô  vendre  des  beeuf s  dans  4a  ^apitaie  du 
royaume,  il  vit  des  attroupements  4ans  tentes  les  rues.  B'étairt 
approché  de  quelques  femmes,  il  apprit  d'elles  que  le  roi  promet- 
tait la  main  de  la  princesse  sa  fille  à  l'homme  assez  habile  pour  la 
guérir  dé  la  maladie  dont  elle  était  atteinte. 

«  Singulière  maladie  I  disaient  4es  commères,  maladie  qui  con- 
siste h  désirer  des  choses  impossibles,  et  cela  parce  que  le  roi  a 
gâlé  son  enfant,  son  unique  héritière,  en  ne  lui  refusant  jamais 
rtèn,  et  en  ordonnant  qu'on  satisfit  ses  plus  légetis  caprices.  » 

lia  princesse  Tinah  avait  perdu  sa  mère  dès  sa  plus  tendre  en- 
fance, et  était  arrivée,  par  ta  ftibl^sse  de  son  ^fère,  à  avoir  nn 
eairac^re  déplorable.  Habituée  à  voir  tout  le  monde  lui  céder^  elle 
«eimettaflt  en  colère  et  tombait  en  syncope  si  l'on  ^»e  pouvait  tui 
frocurer  immédiatement  ce  qu'elle  demandait.  Ainsi,  par 
exemple,  lorsque  son  cuisinier  ne  lui  servait  pas  ce  cfU^eHe 
a'vait  commandé,  el^^e  ne  voulait  p^us  mang^  et  menaçait  9on 
malheureux  ^sère  âe  se  Iftisaer  mourir  de  faim. 


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4S  REVUB  DE  BRETAGNE 

Or,  c'est  ce  qui  avait  lieu  au  moment  où  Pierre  entendit  parler 
de  la  capricieuse  jeune  fille. 

On  était  alors  en  juillet^  et  elle  avait. demandé  un  salmis  de 
bécasses  à  son  cuisinier.  Celui-ci  ne  pouvait  lui  faire  comprendre 
que  ces  oiseaux  ne  viennent  dans  notre  pays  qu'à  la  Toussaint» 
et  qu'il  est  impossible  de  s'en  procurer  à  une  autre  époque. 

—  Eh  bien  I  s'écriait-elle,  donne-moi  une  gibelotte  de  colibris 
ou  je  ne  mangerai  rien  de  ce  que  tu  prépareras. 

Le  malheureux  s'arrachait  les  cheveux  de  désespoir. 

—  Princesse,  c'est  impossible,  nous  n'avons  pas,  dans  notre 
pays^  d'oiseaux  de  cette  espèce. 

—  Je  le  veux  !  répondait  l'enfant  gâtée. 
Le  roi  était  dans  la  désolation. 

Lorsque  Pierre  fut  au  courant  de  ce  qui  se  passait,  il  se  dit  : 

«  Je  puis  bien,  pour  être  agréable  à  mon  roi,  et  pour  consoler 
un  père  infortuné,  satisfaire  les  volontés  d'une  folle.  )» 

Enchanté  de  son  raisonnement,  il  obtint  aussitôt,  au  moyen  de 
son  sifflet,  les  oiseaux  convoités  par  la  princesse. 

Il  les  porta  bien  vite  au  palais,  et  laissa  son  adresse  pour  qu'on 
pût,  à  l'occasion,  aller  lui  demander  ce  qui  pourrait  faire  plaisir 
à  l'enfant  gâtée. 

Tous  les  courriers  et  valets  du  palais  surent  promptement  le 
chemin  de  la  ferme  de  la  Groix-des-Haies,  car  chaque  jour  Tinah 
souhaitait  d||||ouvelles  choses  qu'il  aurait  été  impossible  de  ke 
procurer  sansie  secours  du  pâtre.  v 

V 

Les  suites  d'une  mauvaise  éducation 

Voyant  que  ses  désirs  les  plus  extravagants  étaient  exaucés,  la 
jeune  capricieuse  en  fut  pour  ainsi  dire  contrariée,  et  ne 
demanda  plus  rien.  A  partir  de  ce  moment  on  la  crut  raisonnable. 

Le  roi  fit  alors  appeler  le  pâtre  et  lui  dit  : 

«  J'ai  des  engagements  à  remplir  envers  toi.  J'ai  promis 
d'accepter  pour  gendre  l'homme  assez  heureux  pour  guérir  ma 
fllle;  or,  c'est  à  toi  seul  que  je  le  dois.  Viens  faire  sa  connais- 
sance. » 

Pierre,  tout  .intimidé,  répondit  qu'il  ne  méritait  pas  cet  hon- 
neur ;  que  bien  certainement  la  princesse  ne  voudrait  pas  de  lui« 


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/ 


DEVANT  L'ATRB  49 

et  qa'irna  se  sentait  nullement  appelé  à  une  si  haute  des- 
tinée. 

Le  roi  insista,  et  le  conduisit  dans  le  salon  où  se  tenait 
Tinah.  Celle-ci  ne  détourna  même  pa^  la  tête  lorsque  son  père 
lui  dit  : 

«  Voici  le  jeune  hoaime  qui  t'a  procuré  toutes  les  raretés  et 
toutes  les  merveilles  que  tu  as  désirées.  Je  te  le  présente,  afin 
que  tu  Tagrées  pour  époux.  Outre  que  je  tiens,  ajouta*t-il,  &  tenir 
lar  promesse  publique  que  j'ai  faite,  j*ai  l'assurance  que  Pierre 
réunit  toutes  les  qualités  désirables  pour  te  rendre  heureuse.  Je 
te  prie  donc,  mon  enfant,  de  l'accepter  pour  mari.  » 

Pierre  n'osait  dire  une  parole  et  aurait  voulu  être  bien  loin^ 
tant  Tair  hautain  de  la  princesse  le  bouleversait.  Le  pauvre  gars 
restait  ébahi  et  se  confondait  en  salutations. 

Il  était  cependant  superbe  à  voir  avec  son  petit  iouron  bleu,  le 
pantalon  de  sa  première  communion  et  un  col  de  chemise  qui 
enveloppait  sa  blonde  petite  tôte  comme  un  bouquet. 

Lorsque  le  roi  eut  flni  de  parler,  Tinah  lui  dit  en  riant  :, 

«  Gomment  !  c'est  vous,  mon  père,  qui  m'offrez  d'épouser  ce 
paysan  ?  Je  ne  puis  croire  que  vous  parliez  sérieusement.  » 

Elle  se  mit  à  rire  de  nouveau  d'une  manière  si  inconvenante,  et 
môme  si  irrévérencieuse  que  le  pauvre  père,  les  larmes  aux  yeux, 
emmena  Pierre  dans  une  pièce  voisine,  et  s'écria  : 

<  Cette  enfant  est  incorrigible  et  mé  fera  mourir  de  cha- 
grin 1  » 

Ensuite,  comme  il  était  bon,  il  s'excusa  de  son  mieux  près  du 
p&tre,  qui  répondit  : 

«  Consolez- vous,  Sire^  je  ne  me  suis  jamais  bercé  de  l'espoir 
d'épouser  la  princesse,* et  tout  ce  que  j'ai  fait  était  uniquement 
dans  le  but  d'ôtre  agréable  à  mon  roi.  » 

De  son  côté,  ce  dernier  fut  heureux  de  rencontrer  autant  de 
dévouement  et  de  désintéressement  chez  un  de  ses  sujets  ;  aussi 
le  combla-t-il  de  caresses,  evS  lui  offrant  de  choisir  parmi 
ses  châteaux,  ses  forôts  et  ses  fermes^  ce  qui  lui  plairait  le 
mieux. 

Pierre  le  remercia,  mais  n'accepta  rien.  Il  prit  congé  du  roi  et 
retourna  à  la  ferme.  . 


JuUlêi  fOûi. 


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50.  KBVUE  DE  BHBTAGNË 


VI 
Lb  péché  d'oroubil 


L'accueil  de  la  princesse  avait  attristé  le  pâtre  qui  y  songeait 
plus  souvent  qu'il  n'aurait  voulu.  Pierre  avait  beaucoup  d'amour- 
propre  et  avait  été  profondément  humilié. 

Un  dimanche  qu'il  était  allé  rêver  dans  les  bois,  il  vit  au 
milieu  des  cépées  de  chênes,  un  tas  de  feuilles  qui  avaient  été 
balayées  sous  les  arbres  pour  servir  de  litière  au  bétail.  Se 
sentant  fatigué,  le  jeune  gars  s'y  reposa  et  bientôt  s'endormit» 
'  car  son  lit  était  de  feuilles  de  trembte  qui,  quoique  mortes,  fris, 
sonnent  toujours,  et  le  bruit  qu'elles  font  invite  au  sommeil. 

Le  pâtre  revit  en  rêve  l'accueil  de  la  princesse,  et  il  lui  sembla 
entendre  les  feuilles  lui  dire  à  l'oreille,  de  ieurs  voix  tk^emblo- 
tantes  :  «  Venge-toi  I  venge-toi  I  » 

Puis  il  se  voyait  dans  un  superbe  carrosse^  fuyant  au  galop, 
malgré  les  supplications  de  la  princesse  qui  lui  tendait  les  bras. 

Pierre  s'éveilla.  «  Au  fait,  dit-il,  pourquoi  ne  me  vengerais-je 
pas  7  9 

D'un  coUp  de  sifflet,  son  lit  de  feuilles  prit  la  forme  d'une 
calèche.  Six  cerfs  sortirent  des  buissons  tout  garnis,  prêts  à  être 
attelés,  et  son  chien  Fido,  qui  l'avait  suivi,  fut  lui-même  méta- 
morphosé en  un  grand  cocher  galonné. 

Le  brillant  attelage  prit  aussitôt  le  chemin  de  la  capitale» 
emportant  Pierre,  commodément  assis  sur  des  coussins  moelleux 
et  vêtu  à  la  dernière  mode. 

C'était  un  dimanche.  La  musique  militaire  jouait  devant  le 
palais  duroi,etTinah  se  tenait  à  sa  fenêtre  pour  mieux  entendre. 

Tout  à  coup  surgit  l'équipage  qui  attira  les  regards  de  la  foule> 
car  on  n'avait  encore  rien  vû  d'aussi  beau.  Il  passa  cinq  ou  six 
fois  sous  les  yeux  de  la  princesse, et  disparut  comme  un  éclair. 

Tinah,  intriguée,  voulut  savoir  quel  était  ce  beau  jeune  homme. 

Lorsqu'elle  apprit,  par  ses  gens  qui  l'avaient  reconnu,  que 
c'était  le  pâtre  qu'elle  avait  si  mal  reçu  quelques  jours  auparavant, 
elle  en  éprouva  un  vif  dépit. 

«  0  ciel  I  disait-elle,  me  pardonnera-t-il  ?  Je  veux  maintenant 
lui  accorder  ma  main,  car  il  m'est  apparu  comme  le  prince  de 
mes  rêves.  » 


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DEVANT  L  ATRR  61 


VII 

La  ballade  bretonne 

Pierre  fut  ramené  à  Tendroit  du  bois  d*où  il  était  partit  et  se 
retrouva  sur  son  lit  de  feuilles  pêches.  Il  comprit  alors  qu'il  avait 
agi  sous  riofluence  de  l'orgueil  et  que  la  fée  n'était  pas  contente 
car  son  sifflet,  ordinairement  brillant,  était  devenu  noir. 

Il  reprit  le  chemin  de  la  ferme,  l'&me  toute  chagrine,  se  pro- 
mettant bien  de  réfléchir  une  autre  fois  avant  d'agir.  En  passant 
près  d'une  haie  de  coudriers,  il  entendit,  à  quelques  pas  seulement, 
une  voix  triste  qui  chantait  : 

Voici  la  Toussaint,  Le  mien  n'y  va  pas, 

Le  temps  des  veillées,  J'en  suis  désolée  ! 

Où  tous  les  amants  II  est  à  Morlaix 

S'en  vont  en  soirées  ;  Ou  bien  en  Vendée 

Le  mien  n'y  va  pas  XJu'apportera-t-il , 

J'en  sois  désolée  I  A  sa  bien-aimée  ? 

Va,  mon  ami,  va.  Va,  mon  ami,  va, 

La  lune  est  levée,  La  lune  est  levée, 

Va,  mon  ami,  va,  Va.  mon  ami.  va, 

La  lune  eir  s'en  va  !  La  lune  eli'  s'en  va  1 

Qu'apportera- t-il 
A  sa  bien-aimée  ? 
Chapelet  d'argent, 
Ceinture  dorée  ? 
J'aimerais  bien  mieux 
Bonne  renommée. 
Va,  mon  ami,  va, 
La  lune  est  levée, 
Va,  mon  ami,  va, 
La  lune  elL'  s*en  va  ! 

La  chanteuse  semblait  tellement  émue  qu'on  eût  dit  qu'elle 
pleurait. 

Pierre  avança  timidement  la  tôle  à  travers  les  broussailles,  et 
reconnut  la  fille  de  son  maître  qui  fondait  en  larms. 

Jeanne  comptait  à  peine  seize  printemps,  et  était  bien  la  plus 
jolie  fille  du  pays.  C'était,  en  outre,  la  meilleure  et  la  plus  douce 


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S2  REVOE  DiE  BAETAGNE 

créature  du  monde.  Que  pouvait-elle  avoir  ?  Quelle  affreuse  dou- 
leur faisait  couler  ses  larmes  ?  Telles  étaient  les  questions  que 
s'adressait  Pierre  sans  y  trouver  de  réponse.  Il  n'y  tint  plus. 
S'avançant  résolument  vers  la  jeune  fille,  il  lui  demanda  la  cause 
de  son  chagrin. 

Jeanne,  contrariée  d'être  ainsi  surprise,  s'essuya  promptement 
les  yeux  et  répondit  : 

—  Je  n*ai  rien  ;  je  suis  gaie  puisque  je  chante. 

—  Il  est  inutile  de  dissimuler  avec  moi,  ajouta  le  p&tre,  j^ai  vu 
vos  pleurs.  Vous  n'ignorez  pas  Tintérôt  que  je  vous  porte,  et  s'il 
me  fallait  donner  ma  vie  pour  vous  consoler,  je  le  ferais  volon- 
tiers. 

—  Votre  vie  ne  vous  appartient  plus. 

—  Expliquez-vous,  répondit  Pierre,  je  ne  comprends  rien  à 
votre  langage. 

^  —  Je  vois  qift  vous  ignorez  le  bonheur  qui  vous  attend,  et  je 
vais  vous  l'apprendre,  reprit  Jeanne,  dont  les  sanglots  entrecou- 
paient la  voix. 

a  La  princesse  Tinah,  ajoutait-elle^  vous  a  choisi  pour  époux, 
et  vient  d'envoyer  à  la  ferme  plusieurs  courriers  pour  vous  enga- 
ger à  l'aller  voir. 

«  Malgré  la  joie  que  devrait  nous  causer  cette  nouvelle,  à  mon 
père  et  à  moi,  nous  regrettons,  l'un  le  fils,  l'autre  le  frère  qui  va 
s'éloigner.  Si  nous  ne  sommes  rien  par  les  liens  du  sang,  vous 
avez  été  élevé  par  le  fermier  de  la  Groix-des-Haies,  sous  sea 
yeux,  aidé  de  ses  conseils,  guidé  par  ses  exemples,  nous  avons 
grandi  ensemble  tous  les  deux^  sous  le  môme  toit,  sans  nous 
quitter,  ayant  les  mêmes  jeux,  et  partageant  aussi  nos  joies  et 
nos  peines. 

«  Allez  Pierre,  où  le  sort  vous  appelle;  soyez  heureux,  mais 
songez  que  vous  laissez  derrière  vous  des  cœurs  qui  vous 
aiment.  » 

Et  elle  recommença  à  pleurer. 

—  Séchez  vos  larmes,  dit  Pierre  visiblement  ému,  le  bonheur 
pour  moi  ne  peut  être  ailleurs  qu'au  sein  de  votre  famille,  et  je 
ne  saurais  la  quitter. 

—  Se  pourrait^il  que  vous  refusiez  les  avances  d'une  aussi  belle 
et  aussi  riche  princesse  ? 

—  Personne  au  monde  ne  saurait  me  contraindre  à  épouser 
l'orgueilleuse  Tinah,  répondit  Pierre,  qui  raconta  à   Jeanne 


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DEVANT  L'ATRE  53 

} 

l'histoire  de  son  sifflet  merveilleux,  la  rencontre  de  la  fée,  le 
voyage  à  la  vfUe,  les  services  rendus  au  roi,  sa  présentation  à  la 
princesse,  la  réception  de  cette  dernière,  sa  vengeance,  enfin 
tout  L.. 

Puis  ils  regagnèrent  ensemble  la  ferme  où  le  pâtre  confirma, 
à  la  grande  joie  de  son  maître^  mais  aussi  à  sa  plus  grande 
surprise,  sa  détermination. 


VIII 

La   bonté   RÉaOMPBNSÉB 

Quelques  mois  plus  tard»  tout  semblait  bouleversé  à  la  ferme 
de  la  Croix-des-Haies.  Depuis  plus  de  huit  jours,  toutes  les  tail* 
leuses  et  couturières  de  la  contrée  étaient  mises  en  réquisition. 
Les  bouchers  dépeçaient  les  veaux  et  les  moutons  de  l'étable. 
Des  cuisinières,  venues  de  la  ville,  parées  de  tabliers  blancs^ 
les  manches  relevées  jusqu'au  coude^  tordaient  le  cou  aux  oies  et 
aux  poules  de  la  basse-cour;  les  fours  et  les  fourneaux  étaient 
allumés.  C'était,  dans  toute  la  maison,  un  va-et-vient  continuel. 

Un  matin  on  vit  arriver,  par  les  petits  sentiers,  messiers  de  la 
paraisse,  en  costume  du  dimanche,  parents,  amis  et  voisins  du 
fermier.  Ils  étalent  en  si  grand  nombre  que  la  ferme  ne  pouvait 
les  contenir.  Aussi  alEaient-ils  du  courtil  aux  vergers,  des  ver- 
gers aox  champs,  des  champs  aux  étables,  pour  admirer  les 
légumes,  les  grains,  tes  bœufs  et  les  vaches  du  riche  fermier,  très 
en  renom  pour  son  savoir  concernant  les  biens  de  la  terre,  et  la 
bonne  tenue  d'une  métairie. 

Ces  apprêts  et  ces  visites  n'avaient  d'autre  cause  que  le 
mariagadePierre  et  de  Jeanne.  Depuis  les  confidences  échangées 
sous  la  haie  de  coudriers,  ils  ne  se  quittaient  plus,  et  le  fermier 
-était  enchanté  de  donner  sa  fille  à  un  aussi  brave  et  aussi  digne 
garçon* 

Vers  dix  heures,  les  plus  proches  parents  entrèrent  dans  la 
maison,  et  les  autres  restèrent  dans  la  cour,  attendant  le  cortège. 

Bientôt  le  fermier,  conduisant  sa  fille,  parut  sur  le  seuil, 
Jeanne,  tout  habillée  de  blanc,  était  ravissante. 

Pierre  venait  ensuite,  donnant  le  bras  à  une  dame  venue  de 
très  loin,  disait-on,  pour  assister  à  la  noce  de  son  parent.  £lle 


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54  RBVUB  DE  BRETAGNE 

n'était  autre  que  la  fée  des  troupeaux  ;  mais  il  n'y  avait  que  les 
mariés  à  le  savoir. 

Après  cela,  suivaient  les  parents  et  les  invités. 

Lorsque  les  cérémonies  furent  terminées,  on  se  mit  à  table 
pour  le  reste  de  la  journée. 

Le  soir,  pendant  que  les  jeu^nes  gens  dansaient,  les  vieillards 
s'entretenaientdu  bonheur  des  époux,  ou  racontaient  aux  enfants 
les  contes  de  la  veillée. 

Le  ferinier  étant  très  âgé,  Pierre  i3rit  la  direction  de  la  métairie 
et  Taméliora  aidé  des  conseils  de  la  fée  qui  voulut  être  la  mar- 
raine du  premier-né. 

IX 

La  méchanceté  punie 

Malgré  les  bonnes  raisons  alléguées  par  le  p&tre^  pour  refuser 
les  avances  deTinah,  la  jeune  princesse  ne  put  se  consoler  d'un 
pareil  échec.  Elle  eut  beau  voyager  pour  se  distraire  et  rechercher 
tous  les  plaisirs  que  sa  noble  situation  dans  le  monde  pouvait 
lui  offrir,  rien  ne  put  lui  faire  oublier  le  brillant  cavalier  qu'elle 
avait  aperçu  en  si  bel  équipage.  Son  caractère  s'aigrit  au  point 
de  ne  plus  être  supportable.  Elle  devint  tellement  acariâtre  et 
maussade  qu'elle  abrégea  les  jours  du  roi  son  père. 

Un  génie  malicieux,  témoin  de  ses  scènes  de  colère  et  de  mé' 
chanceté,  pour  la  punir,  la  métamorphosa  en  pie. 

C'est  depuis  cette  époque  que  cet  oiseau  est  devenu  la  terreur 
des  autres  animaux. 

Margot  la  pie  possède,  en  effet,  tous  les  défauts  possibles  : 
bavarde,  querelleuse,  voleuse,  elle  passe  sa  vie  à  huer  le  pauvre 
hiboi^  inoffensif,  à  indiquer  par  ses  cris,  au  cruel  chasseur,  le 
gîte  du  malheureux  lièvre^  et  à  insulter  tous  les  oiseaux  voya- 
geurs qui  passent  à  sa  portée. 

«  Le  bonheur  de  Pierre  et  la  punition  de  Tinah  prouvent,  uûe 
fois  de  plus,  dit  le  père  l'Affût,  en  terminant  son  récit,  que, 
même  ici-bas,  la  bonté  est  toujours  récompensée^  et  la  méchan- 
ceté punie.  » 

Il  faisait  complètement  nuit  quand  nous  prîmes  congé  du 
braconnier.  Un  vent  d'est  avait  chassé  le  brouillard,  les  étoiles 
brillaient  au  cieh  et  les  oiseaux  de  nuit  jetaient  dans  l'air  leurs 
cris  plaintifs. 


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DEVANT  L'ATRB  5S 


L'bnFANT  GHANOi  BN  VIKILLARD 

Une  jeune  mère  de  famille  s'approcha,  un  matin,  du  berceau 
de  son  enfant,  et  recula  épouvantée  :  Au  lieu  du  poupon,  frais  et 
rose,  qu'elle  avait  couché  la  veille,  ses  yeux  regardaient,  avec 
effroi,  une  figure  rabougrie,  ridée,  grimaçante,  une  vraie  tôte  de 
vieillard. 

La  pauvre  femme  se  mit  à  pleurer,  et  courut  raconter  son 
malheur  à  une  voisine,  qui  passait  pour  ôtre  sorcière. 

Celle-ci  lui  dit  :  «  Il  arrive  quelquefois  que  les  fées  emportent 
de  leurs  berceaux  les  jolis  enfants,  et  les  remplacent  par  de 
petits  vieux.  C'est  sans  doute,  ce  qui  s'est  passé  chez  vous. 
«  «  Ecoutez-moi  bien,  ajouta-t-elle,  je  vais  vous  indiquer  comment 
vous  y  prendre  pour  ravoir  votre  enfant.  »  Et  elle  lui  expliqua  ce 
qu'il  fallait  faire. 

L'infortunée  mère  alla  aussitôt  dans  son  poulailler  chercher 
trois  douzaines  d'œufs,  les  coupa  par  la  moitié  et  les  mit  à  cuire 
autour  du  feu.  Elle  plaça,  dans  chacune  de  ces  moitiés,  une  petite 
bûchette  de  bois  pour  tenir  lieu  de  cuillère,  puis  elle  s'accroupit 
devant  son  foyer,  et  se  reprit  à  pleurer. 

Tout  à  coup,  elle  entendit  une  voix  chevrotante  qui  partait  du 
berceau  et  qui  murmurait  :  «  Je  suis  bien  vieux,  bien  vieux,  j'ai 
vu  couper  trois  fois  les  chênes  de  la  forêt  de  Rennes,  qu'on  n'abat 
que  tous  les  cent  ans  ;  mais  vrai,  je  n'avais  jamais  vu  tant  de 
petits  pots  blancs  alignés  autour  d'un  foyer.  » 

—  Ils  sont  pour  toi.«  lui  dit  la  jeune  femme,  lève-toi  et  viens 
manger  ce  qu'ils  contiennent. 

Le  petit  vieux  s'arracha  péniblement  de  dessous  les  draps,  et 
s'en  alla  s'asseoir  sur  un  banc  qui  se  trouvait  dans  un  coin  de  la 
cheminée. 

Il  prit  une  moitié  d'œuf,  et  avec  la  petite  bûchettte  de  bois,  la 
mangea  en  répétant  :  «  Ah  I  comme  c'est  bon  1  comme  c'est  bon  t  n 
et  il  continua  de  curer  les  petits  pots. 

De  temps  en  temps^  il  s'interrompait  pour  dire  :  c  Je  boirais 
bien  un  coup,  s  Mais  la  femme  répondait  invariablement  :  «  Je 
n'ai  rien  à  te  donner  à  boire.  » 


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56  REVUE  DE  BRETAGNE 

Arrivé  à  la  60*  moitié  d'œufs,  il  voulut  s'arrdter.  La  jeune  mère 
le  contraignit  à  continuer. 

Après  cela,  il  en  mangea  encore  onze,  mais  ne  put  jamais  venir 
à  bout  du  douzième.  Le  malheureux  soufflait  comme  un  jars,  et 
réclamait  à  boire. 

—  Si  tu  veux  me  promettre  de  me  faire  rendre  nion  enfant,  je 
vas  te  donner  une  pleine  jatte  de  lait. 

—  Oui,  oui,  dit-il,  j'accepte.  Il  était  près  d'étouffer. 

—  Jure-le. 

—  Je  le  jure  l 

Elle  lui  apporta  la  jatte  de  lait  qu'il  vida  d'un  seul  trait.  Puis  il 
s'en  alla. 

—  Souviens-toi  de  ta  promesse  1  lui  cria  la  femme. 

—  Oui,  oui,  répondit-il. 

En  effet  le  lendemain  matin,  la  jeune  mère  trouva,  dans  le  ber 
ceau,  à  côté  de  son  lit,  son  mignon  petit  gas  qui  lui  souriait  comme 
de  coutume. 

La  paysanne  alla  remercier  sa  voisine  qui  lui  répondit  :  «  Pour 
le  service  que  je  vous  ai  rendu,  j'ai  encouru  la  colère  des  fées  ; 
mais  je  ne  regrette  pas  ce  que  j'ai  fait.  » 

'  Ad.  Orain. 

Conté  par  le  père  Constant  Tuai,  tailleur  à  Bain. 


Le  Gérant  :  F.  Chevalier. 


Vannes.  —  imp.  LAFOLYE  Frère»,  S,  fUaet  de«  LicM. 


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I 


REVUES  BRETONNES 


I/Hekminb:  18*  ann.  Mensuel.  1  an  12  fr.  Union  postale  15  tr. 
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Directeur:  Louis  Tiercelin,  àParamé  (Ille-et-Vilaine). 

Les  Annales  de  Bretagne  :  22*  ann.  Trimestriel.  1  an  iO  fr. 
Union  postale  12  fr.  50.  Publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de 
Bennes.  Rédacteur:  G.  Dottin,  37,  rue  de  Fougères,  Rennes. 

Le  Clocher  Breton  :  14«  an&  Mensuel,  1  an  5  fr.  50.  Directeurs  : 
René  Saib  et  Madeleine  Desroseaux.  Bureaux,  29.  rue  Belle-Fon- 
taine, Lorient. 

Bulletin  de  la  commission  diocésaine  d* architecture  et  d'archéo- 
logie DU  diocèse  DE  OuiMPBR  ET  DE  LÉON:  6«  auu.  Tous  les  deux 
mois,  i  an  5  fr.  Ouimper. 

La  Revue  Morbihannaise  :  lt«  ann.  1  an  5  fr.  Directeurs  : 
J.  BuLÉON,  V**  de  la  Grancière.  E.  Sageret.  Chez  Lafolye,  Vannes. 

La  Paroisse  Bretonne  de  Paris  :  9*  ann.  Mensuel,  1  an,  2fr.  25. 
Directeur  :  M.  l'abbé  Cadic,  13,  rue  Littré,  Paris  (Vl«  ar»). 

La  Jeune  Bretagne:  5*  ann  mensuel,  1  an,  2  fr.  pour  la  Bre- 
tagne, 2  fr.  50  pour  le  reste  de  la  France.  Bulletin  d*études  et  d'ac- 
tion sociales.  Kennes.  30,  rue  Hoche. 

Feiz  ha  Breiz  :  S*  année.  Tous  les  mois.  1  an  3  fr.  Les  abonne- 
ments partent  du  1"' janvier.  S'adressera  M.  Cardinal,  recteur  de 
Sainte Vougay,  par  Plouzévédé  (Finistère),et  pour  les  abonnements 
à  M.  Caroff,  vicaire  aux  Carmes,  Brest  (Finistère). 

Brbtonbd  Paris.  Bulletin  de  la  Société  «  La  Bretagne  »,  4*  année. 
1  an,  2  fr.  50.  Direction  :  40,  rue  du  Cherche-Midi,  Paris 

Revue  do  Pays  d'Aleth  :  4"  année,  mensuel.  1  an.  3  tr.  Dire^ 
teur  :  Jules  Haize,  rue  Jacques  Cartier,  Saint-Servan. 

Le  Pats  d'Arvor  :  2*  année,  1  an,  5  fr.  Directeur  :  Jacques  Pohier, 
à  Ancenis  (Loire-Inférieure).  Administration  et  Bureaux, 25,  Haute 
Grande  Rue,  Nantes. 


Revue  du  Tradition nisme.  —  Rev,  intem.  du  folk-iore  --  mens 
1  an.  10  fr.  N®,  1  fr.  -  -  Directeur  :  M.  de  Beaurepaire-Froment 
Paris,  60,  quai  des  Orfèvres. 

Reyue  du  Bas-Pottou,  20«  année,  trimestrielle  ;  1  an  :  8  fr 
N*»  2  fr.  50.  —  D'  M.  René  Vallette,  à  Fontenay-le-Comte. 

L'Anjou  historique-  —  ?•  ann.  tous  les  2  mois.  1  an  :  6  fr.  D' 
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La  Revue  Héraldique,  fondée  en  1862.  Mensuel,  Directeur 
V**  de  Mazières-Mauléon .  Bureaux  :  8  rue  Daumier,  Paris 


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EXCUnSIONS   EN    brktagNe 

Facilités  aoeordéee  par  Cartes  d  abonnement  individneUea  et  de 
C     t      famille  valables  pendant  33  jours 

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cartes  d'ftfaonrietnent  spéciales  permett^int  de  pmtr  ^^''^  ^î^.^^^^l 
conûue  de  emi  Réseau  pour  une  garp  au  olioii  des  lï>rnee  désignées 
aus  ahnéfiB  ci-dessDua  ^  s'arrôrant  sur  le  parcoura  ;  de  circuler 
ensuite  ^  son  gré.  pendant  un  mots,  mn  seulemeiii  sur  ces  lïgues, 
mais  ausm  sur  tous  leurs  embranchements  qm  conduisent  a  la  mer, 
et  enttn  une  fois  i\^xcursion  lerminéi*.  de  revenir  au  poiûl  de  départ 
^vec  les  mêmes  raeiiués  d'arrôt  qu'à  faller. 

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4*  Série.  ---  7*  Annie 
AOCfr  t5|o8.  Tome  XL 


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de9f0tâ^$e  et  Jf'YenJie  /4    \lifttoriqiMjUlUudi 


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MM.  Le  V"  QiARLU  DE  CATaN.  Secrcuifi  rfgiûml  powr  1*1  Jf-«l ^Vilain*.  —  Henb 
BLANClMTRDpourlaLoircIfikmutt.—  L<  Ch*/iïM»\c  PBYRON.pour  leFimtt*TC. 
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^'         S*a^essej^our  la  ÏUoactiok  et  l'envoi  des  manuscrits  i  M.  le  C"  f^flK^D]^  LAIGtJE,       y 
aç^itj^^i^e  Bahurel,_parJ^edon  ;  pour  rAD*»<isTRATioN,  MM.    lAijetTE,    frèrw 
plïrts  des  Lîccs^Vnnnes.       *"  "  , 


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ÇOMMAIBE 


I.  —  Combour  et  gei  Seigneart  (suite).  —  Paul  de  la  Bigrb.      57 

II.  —  Mélanges  historiqua  (suite).  — -  XVI.  Les  Faussée  Chartes 

d^ Alain  le  Long,  d Alain  Fergent  et  dEadon.  —XVII.  Les 
Vassaux  légendaires  du  roi  Salomon,  —  V^«  Gh.  de  la 
Lande  de  Galan 77 

III,  —  Anne  de  Bretagne  au  Folgoat,   nouvelle.    —  Albxaiidbe 

MA88EEON H3 

IV.  —  Devant  VAtre  (fin).    —  Ad.   Orain 95 


CONDITIONS    D  ABONNEMENT 

France,    un  an 12  fr. 

Etranger,    — 15  — 

On  s^abonne  soit  chez  M.  !e  comte  de  Laigub,  château  de 
Bahurel,  par  Redon,  soit  chez  M.  Lafolye,  imprimeur  à  Vannes. 

Les  abonnements  partent  du  1*^  janvier  ou  du  l«r  juillet  de 
Tatinée  en  cours.  —  Il  n'est  pas  vendu  de  fascicules  isolés,  sauf 
pour  les  abonnés. 

Les  travaux  comprenant  au  moins  16  pages  de  texte  sont  seuls 
tirés  à  part.  50  exemplaires  sont  ofiferts  aux  auteurs. 


Nota.  —  La  Direction  et  la  Rédaction  de  la  Revue  de  Bretagne 
ne  sauraient  être  nullement  responsables  des  théories  ou  opinions 
émises  dans  les  articles  qui  y  sont  insérés,  cette  responsabilité, 
incombant  tout  entière  à  leurs  seuls  auteurs. 

H  sera  rendu  compte  de  tout  ouvrage  dauteur  krelon  ou  inlé- 
resianl  la  Bretagne,  dont  un  exemplaire  aura  été  adrisié  au  Rédacteur 
mn  ttkef  de  la  Revue. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS 

(Suite)  (1)  ' 


MALO  AUGUSTE,  MARQUIS  DE  COETQUEN,    / 
COMTE  DE  COMBOUR, 

27*  Skioneur. 

Malo  III  Auguste,  marquis  de  Coetquen,  comte  de  Combour, 
baron  des  baronoies  d'Aubigoé  et  de  Bonne-Fontaine,  seigneur 
<|h&telain  d*Uzel,  laAIotte  d'Onon,  Gaugray,  Oodheust,  Boulet, 
Plessis  l'Epine,  Malestroit  sous  Dol  et  autres  lieux,  né  le  7  juin 
1678,  succéda  à  son  père. 

Il  fut  lieutenant  génjSral  des  armées  du  Roy,  commandant  ses 
troupes  dans  les  pays  et  duché  de  Bretagne  (1718),  gouverneur 
des  villes  et  château  de  SaintMalo  (1719);  tour  Solidor,  forts, 
ports^  havres  et  dépendances. 

II  se  rendit  célèbre  par  la  défense  de  la  ville  et  citadelle  de 
Lille,  qui  lui  valut  sa  nomination  de  maréchal  de  camp  en  1708, 
L'année  puivante,  il  se  conduisit  héroïquement  à  Malplaquet  où 
il  eût  une  jambe  emportée.  Le  14  janvier  1719,  il  présenta  à 
révoque  de  Saint-Malo,  M»'  Vincent-JPrançois  Desmarets,  le 
dernier  titulaire  pacifique  étanf  mort,  un  nouveau  titulaire  pour 
les  chapellenies  de  Içi  Madeleine,  de  Thôpital  et  du  château  de 
Combour. 

Il  avait  épousé  en  premières  noces  en  1696,  Marie-Gharlot'e  de 
Noailles,  dont  il  eut  un  fils  Jules  Malo  de  Coetquen. 

Malo  Auguste  de  Coetquen  se  remaria  en  1723,  avec  Marie 
Locquet  de  Granville,  qui  lui  donna  une  fille  Louise-Françoise- 
Maclovie-Géleste,  née  en  1724,  dernière  héritière  des  Coetquen. 

Le  marquis  de  Coetquen  mourut,^  âgé  de  quarante  neuf  ans^ 
en  son  château  de  Combour,  le  1*' juillet  1727  ^  et  sa  dépouille 

(1)  Voir  \2.  Revue  de  juillet  1908. 

Àoât  1908.  * 


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58  RBVUB  DE  BRETAGNE 

mortelle  fut  transportée  le  2,  ea  Tenfeu  des  GoetqueD,  chez  les 
Jacobins  de  Dinan. 

Son  premier  mariagre  avec  Marie  de  Noailles  ne  fut  pas 
heureux.  Il  l'épousa,  dit  Saint-Simon,  pour  le  crédit  des  Noailles. 
Sa  femme  était  la  plus  laide  et  la  plus  répugnante  créature  qu'on 
pût  voir,  et  il  prétendit  plaisamment  qu'on  lui  avait  fait  voir  la 
troisième  qui  était  jolie  et  qu^on  lui  avait  passé  l'autre  (1). 


JULES  MALO,  MARQUIS  DE  COETQUEN. 
COMTE  DE  GOMBOUR 

28*  Seigneur. 

Jules  Malo  marquis  de  Goetquen,  fils  du  précédent  et  de  Marie 
de  Noailles  fut  mestre  de  camp  de  cavalerie  et  gouverneur  de 
Saint-Malo  ;  il  mourut  avant  son  père  en  1727  le  13  janvier. 

De  sa  femme  Elisabeth  de  Ntcolaï  qu'il  avait  épousée  en  1721, 
il  laissa  deux  enfants  : 

Malo-Prançois-Marie  marquis  de  Coetquen,  qui  mourut  jeuue 
sans  héritier,  et  Augustine  de  Goetquen,  dame  d'Uzel  et  autres 
lieux  qui  mourut  en  1746,  épouse  en  secondes  noces  de  Louis- 
Gharles  de  Ijorraine,  comte  de  Brionne,  grand  écuyer  de  France 
auquel  elle  s'était  mariée  en  1744. 

Elle  avait  épousé  en  premières  noces  en  1735,  le  duc  de  Roche- 
chouart. 

Après  elle  le  comté  de  Combour  passa  à  sa  tante  demi-sœur 
de  Jules  Malo,  Louise-Françoise  Maclovie  Céleste  de  Coetquen 
née  en  1724,  laquelle  épohsa  en  1739  haut  et  puissant  seigneur 
Monseigneur  Emmanuel-Félicité  de  Durfort  duc  de  Duras,  né  le 
19  décembre  1715,  pair  de  France  (1755),  gouverneur  du  château 
Trompette,  de  la  Franche  Gomté  et  de  Besançon,  premier  gentil- 
homme de  la  chambre  du  Roi,  lieutenant  général  des  armées 
de  S.  M.  commandant  en  chef  de  la  province  de  Bretagne 
en  1768  (2).  ' 

La  duchesse  de  Duras,  dernière  héritière  du  nom  de  Goetquen, 
mourut  on  1802,  le  9  janvier  et  les  du  Hallay  ont  relevé  le  nom  en 

(1)  Bio* Bibliographie  bretonne,  Pocard  Kerviler  (Coetquen,  p.  2î). 
(?)  H  avait  épousé  en  premières  noc^s  le  i*'  juin  1733  Charlotte  Mai^rior,  flU« 
a   laj    >\é  Maxarin  «t  de  Louise  de  Kohan-Kohan. 


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AUn.!»  «»tVvU  ,UU;t  del.V.ca^JU  ?vxturi  at  Un^Okir* 


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60  REVUE  DE  BRETAGNE 

coasidératioQ  du  coQtrat  de  mariage  de  Giionae  de  Goetquen 
avec  Etienne  du  Hallày  en  1576.  , 

Le  duc  et  la  duchesse  de  Duras,  vendirent  le  comté  de  Gombour 
et  la  bsronnie  d'Aubigné  le  3  mai  1761,  à  haut  et  puissant  sei- 
gneur René-Auguste  4e  Chateaubriand,  chevalier  seigneur  du 
dit  nom  et  à  ses  associés  (1). 

Le  4  juin  suivant  1761,  M.  de  Chateaubriand  se  réservant  la 
seigneurie  de  Gombour,  reconnut  M.  René-Claude  de  Montbour- 
cher. seigneur  de  la  Magnanne  comte  de  Betton,  président  à 
mortier  au  Parlement  de  Bretagne  comme  légitime  possesseur 
de  la  baronnie  d'Aubigné. 

Celui-ci  ne  la  paya  que  70.000 livres»  parce  que  M.  de  Château 
briand  s'appropria  certains  fiefs  d'Aubigné  relevant  de  Gombour. 

Il  existe  dans  la  Bibliographie  bretonne  un  article  très  subs- 
tantiel sur  les  Goetquen.  Cependant  nous  ne  partageons  pas  . 
entièrement  sa  manière  de  voir   et  nous   devons   expliquer 
pourquoi,  *  -t 

On  semblerait  insinuer  que  dans  un  ou  deux  cas  le  comté  de 
Gombour  aurait  été  donné  en  partage  à  des  puînés  de  Goetquen. 
S'agit-il  d'un  simple  titre  honorifique  sans  possession  réelle  7  Je 
serais  porté  à  le  croire  pour  deux  cas  au  moins  qui  me  paraissent 
obscurs,  mais  rien  dans  les  faits  ne  me  semble  prouver  une 
possession  et  une  jouissance  effective. 

11  est  évident  que  Jean  VI  fut  comte  d^  Gombour  du  vivant  de 
son  père  puisqu'il  mourut  avant  lui  et  qu'il  eut,  dit  du  Paz,  «  le 
comté  de  Gombour  pour  l'entretien  de  son  estât  et  de  sa  personne 
et  tandis  qu'il  vesquit  fut  dit  et  appelle  comte  de  Gombour  »  (2). 

Hercule  frère  de  Malo  est  dit  comte  de  Gombour,  mais  il  meurt 
jeune  sans  alliance  en  1640. 

Quant  à  Henri  aliàs  Louis-Hercule  comte  de  Gombour^  soa 
Utre  n*est  peut-être  pas  plus  certain  que  son  nom  qui  parait 
douteux,  on  nous  le  donne  comme  époux  de  Madeleine  ou 
GuillemetteBelin. 

D'après  les  registres  paroissiaux  de  Gombour,  Madeleine 
Belin  s'appelait  Guillemette,  et  son  époux  se  nommait  messire 
Henry-Pélagie  de  Goetquen.  Il  n'est  point  dit  comte  de  Gombour. 
On  désigne  son  fiis  sous  le  nom  de  comte  de  Goetquen,  il  est 
évident  que  ce  n'est  là  qu'une  qualification  honorifique. 

(1)  Acte  de  vente  3  mai  1*61. 

(2)  Da  Ptï,  p.  535. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS  61 

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D*aillears,  j'ai  peine  à  croire  que  Fatoé  des  Goe^uen  pat  céder 
à  un  puîné  non  seulement  la  propriété  mais  môme  simplement  la 
jouissance  de  cette  belle  et  antique  baronnie,  ou  plutôt  pour  eux, 
du  comté  de  Gombour  (i). 


(1)  Coetqaen  paroisse  de  Saint-Helen  (ramage  de  Dinan),  marquis  dadit  lien 
eomte  de  Gom bourg,  vicomte  de  Rougë  et  d'Uzel,  baron  de  VaurufAer  en  1^*0, 
tienr  de  la  Marzelière  paroisse  de  Bain.  Bandé  cCargent  et  de  gueules  (sceau 
1219)  Ag.  28.  Devise  :  Que  mon  supplice  est  doux. 

Diaprés  M.  de  Booeret  (devisairede  Bretagne)  cette  devise  semblé  rentrer  dans 
la  catégorie  des  devises  amonreuses  et  avoir  été  choisie  pour  un  tournoi. 

Raoul  de  Coetquen,  chevalier  en  1140»  fut  père  de  Gnillaume,  marié  à  Denise 
de  Dol.  Fondu  dans  Durfort  de  Duras  en  (735,  rel<»vé  parles  du  Hallajen  1802 

Rohan  :  de  gueules  à  neufmâcles  d^or.  3.  3,  3,  (sceau  de  1222).  Devise  :  A 
plus  ou  Plaisance.  Aliàs:  Hoi  ne  puis,  duc  ne  daigne,  Rohan  suis   Pi.  lY,  fig.  33. 

De  la  Hirlaje  :  d'azur  à  3  fleurs  de  lys  d'argent  au  lambel  de  gueules.  PI. 

IV,  Og.  29. 

Du  Louet  de  Coetjunval,  paroisse  de  Ploudaniel,  évéché  de  Léon  :  {f'aseé  de 
vair  et  de  gueules  qui  est  Coétménec'h    PI.  IV,  fig.  30. 

Du  Hallay  :  d'argent  fretté  de  gt^ules,  f^\,  IV,  flg.  31. 

D*Avaugour  de  Saint-Laurant  :  d'argent  au  chef  de  gueules  brisé  d'une  màcle 
d'or.  PI.  IV,  flg.  32.  y 

D*Orléans,  marquis  de  Hpthelin  :  Ecartelé  aux  i  et  4  â^or  à  la  bande  de 
çueulesy  au  2  et  3  d'or  au  pal  de  gueules  chargé  de  3  chevrons  d'argent»  qui 
est  Neufchâtel,  sur  le  tout  de  Bourbon,  duc  de  Longueville.  c'est-à-dire  :  d^azur 
à  trois  fleurs  de  lys  d'or  au  lambel  d'argent  en  chef  et  à  la  barre  de  gueules 
brochant  sur  le  tout.  PI.  IV,  flg.  34. 

De  la  Marzelière,  marquis  dudit  lieu  en  1618^  baron  de  Bain  et  de  Bonnefon- 
taine.  paroisse  d'Antrain,  vicomte  du  Fretaj,  paroisse  de  Panoé  en  1578.  PI.  IV, 
flg.  35. 

Ecartelé  au  i*'  de  sable  à  3  fleurs  de  lys  d'argent;  qui  est  la  Marzelière,  au 
$*  d'or  à  une  fasce  d*herminea  accompagné  de  3  fleurs  de  lys  d'asur,  qui  est 
Porcon  :  au  3*  paie  d'or  et  de  gueules  de  six  pièces,  qui  est  Saint-Brice  ;  au 
4*  d'argent  à  la  croix  engres^e  ou  enteuléede  sable,  qui  est  du  Gué,  flg.  95. 

Rohan-Cbabot  :  Ecartelé  aux  i  et  4  de  gueules  à  neuf  mdcles  d'or,  qui  est 
Rohan  ;  aux  2  et  3  à  trois  chabots  de  gueules,  qui  est  Chabot.  Pi.  IV.  fig.  36. 

De  Boisséguin,  Bois-Kon,  vicomte  de  la  Bellière  et  oomte  de  Boisséguin  ; 
D'asur  au  chevron  d'argent  accompagné  de  ^ois  têtes  de  léopards  d*or. 

De  Noaillet  :  de  gueules  à  la  bande  d'or.  y\.  V,  37. 

I  ocquet  de'  Oranville  et  de  la  Hirlais,  paroisse  de  Baguer-Morvan,  sieur  de 
Châieau  d'Acj,  marquis  de  Fouger.ij,  paroisse  de  ce  nom.  D'asur  à  trois  pals 
d'or  au  chef  d'asur,  chargé  d'un  pigeon  au  vol  élevé  d'or.  PI.  V,  41, 

Nicolaî  :  D'asur  au  lévrier  courant  d'argent  colleté  de  gueules  et  bouclé  d^or, 
PI.  V,  38. 

Koohechouart  :  Fascé,  nébulé  d'argent  et  d;  gueules  de  six  pièces.    Devise 
I  Ante  Mare,  undœ.  »  PI.  V,  41. 

Lorraine  :  D'or  à  la  binde  de  gueules  chargée  de  trois  alertons  d'argent.  PI. 

V,  Bg    4-.'.  .       ■ 

Durfort  :  originaire  de  Guyenne,  duc  de  Duras  en  1668,  marquis  de  Civrac,  duc 
deQuintin  en  td9t,  duc  de  Lorges  en  1706,  marquis  de  Coetquen,  eomte  de 
Gombour,  vieomte  d'Uzel  et  de  Hougé  en  1739,  marquis  de  U  Marzelière. 


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•4  R£VU&  DS  BRETAGNE 

VII 
LES  CHATFAUBRIANI)  SEIGNEUR  DE  COMBOUR 

«  Monsieur  de  Chateaubriand,  dit  le  Vicomte  François  René, 
dans  ses  Mémoires  (T Outre-Tombe,  désirait  rentrer  dans  les 
biens  oti-ses  ancêtres  avaient  passé.'^Ne  pouvant  traiter  ni  pour 
la  seigneurie  de  Beaufort  échue  à  la  famille  de  Gouyon,  ni  pour 
la  baronnie  de  Chateaubriand'  (érigé  en  1160  en  faveur  de 
Briand  II*  du  nom  qui  avait  épousé  Triphine  du  Guesclin)  tombée 
dans  la  mai^OA  de  Condé,  il  acquit  en  1763(c*est  1761)  Combourg 
que  Proissart  écrit  Combour,  » 

Et  Froissart  a  raison,  nous  croyons  l'avoir  prouvé  et  il  est  à 
regretter  qu'on  n'ait  pas  continué  de  faire  comme  lui  l 

René  Auguste  de  Chateaubriand  seigneur  de  Combour  en  1761 
descendait  des  sires  de  la  Guerrande  (Morbihan).  Il  était  fils  de 
François  de  Chateaubriand  et  de  Pétronille  Claude  Lamour  de 
lianjégu. 

De  ce  mariage  étaient  nés  quatre  fils  :  François-Henry,  René 
qui  devint  seigneur  de  Combour,  Pierre  et  Joseph. 

Né  Ie23sept'>mbrel718  René- Auguste  de  Ctiatea^ubriand  épousa 

^argent  à  la  bande  d'attiré  qai  est  Dnrfort,  écarteU  de  gueules  au  li&n  d'ar- 
gent^ qui  est  Daras. 

Vitré  :  de  gueules  au  lion  contourné  d^arqent  couronné  de  même,  PI.  V, 
ûg.  43. 

Abbaje  de  la  VieuTîUe  :  d'argent  écartelépar  un  filet  de  sable  à  une  tour  de 
gueules  en  chaque  quartier  (sic).  Arm.  gén.  ms,  GaiUotin  de  Gorson,  Fouillé 
hist.  de  Rennes,  T.  II.  PI.  V,.Ûg.  44. 

Prieuré  de  la  Trinité  de  Gomboar  :  de  gueules  au  lion  d'argent,  PI.  V,  flg.  46. 

Elisabeth  de  la  Toar,  sœur  de  Turenne,  épousa  le  13  septembre  1819,  Ouj- 
Aldonoe  de  Durfort,  marquis  de  Duras  et  de  Lorge,  maréchal  de  camp  en  1637, 
père  de  Jacques-Henrj,  né  à  Duras  le  9  octobre  1625,  mort  le  12  octobre  1704^ 
qui  avait  épousé  le  15  aTnl  1668,  Marguerite  de  Levis,  d'où  :  Jacques  Henry, 
deuxième  du  nom,  due  de  Duras,  par  la  démission  de  son  père  du  16  mars 
1686,  né  le  20  décembre  1670,  mort  en  1607.  Il  avait  épousé  Louise  Esohalart  de 
la  Marck,  d*où  :  Jean-Baptiste,  frère  de  Jacques  Henry,  Henry  I**,  né  le  28  jan- 
vier 1684,  époux  de  Angélique  de  Bournonville  le  6  janvier  1706,  d'où  :  Emma- 
nuel-Félicité de  Durfort,  né  le  19  décembre  1715,  duo  de  Duras,  pair  de  France 
en  1755,  maréchal  de  France  le  14  mars  1755,  qui  avait  épousé  :  1*  le  1*  juin 
1733,  Charlotte  Mazarini,  et  2<>  en  juin  1739,  Louise-Françoise  Maclone-Célesta 
de  Goetquen,  fllle  unique  de  fei^  le  marquis  de  Goetquen,  lieutenant  général  des 
armées  du  Hoi  et  gouverneur  de  Saint-Malo*. 
•     •  P.  Anselme,  t.  Y,  p.  735. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS  65 

le  30  juin  1753  Apolline- Jeanne-Suzanne  de  Bédée  de  la  Bouetar- 
dais  qui  lui  donna  dix  enfants  dont  plusieurs  moururent  au  ber- 
ceau et  dont  les  autres  suivent  :  Jean-Baptiste  né  le  23  juin  1759. 

Marie- Anne-Françoise  née  le  4  juillet  1760  qui  fut  mariée  le  il 
mai  1780 à  François- Jean  Gefflot,  comte  de  Marigny,flls  de  haut  et 
puissant  seigneur  Jean  Gefflot  de  Marigny  et  de  dame  Jeanne 
de  la  Roche-Saint-André,  de  Fougères.  La  comtesse  de  Marigny 
mourut  à  Dinan,  âgée  de  plus  de  cent  ans.  ^4  juillet  1730  18  juillet 
1860). 

Bénigne-Jeanne  née  le  31  août  1761,  qui  épousa  en  premières 
noce<  le  11  mai  1780,  Jean-François  comte  de  Québriac^  seigneur 
de  Blossac  Malouse  et  Patrion  près  Fougères.  Celui-ci  mourut 
âgé  d^  quarante-quHtre  ans  au  château  de  Combour  en  1783  et 
fut  inhumé  dans  le  caveau  de  Téglise.  «  Les  deux  sœurs  se  ma- 
rièrent le  môme  jour,  à  la  môme  heure,  au  môme  autel,  elles 
reçurent  la  bénédiction  nuptiaie  dans  la  chapelle  du  château 
dédiée  à  saint  Mdrtin.  Elles  suivèrent  leurs  maris  à  Fougères  (1). 

La  Comtesse  de  Québriac  épousa  en  secondes  noces  le  vicomte 
de  Chateaubourg  ;  elle  mourût  en  1848. 

Julie-Màrie-Agalhe,  née  le  2  septembre  1763  à  Saint-Malo, 
épousa  le  Comte  François  de  Farcy,  capitaine  au  régiment  de 
Coodé  et  s'établit  à  Fougères.  Ce  mariage  eut  aussi  lieu  à 
Combour  le  20  avril  1782. 

Lucile-Angélique,  née  le7aoûtl764,épousa  pendant  la  Révolu- 
tion le  marquis  de  Caud  qu'elle^  perdit  après  quinze  mois  de 
mariage. 

François-René,  né  à  Siint-M%lo  te  4 septembre  1768,qui  épousa 
à  Saint-Malo  le  18  mars  1792  M'**  Céleste  du  Buisson  de  la  Vigne 
âgée  de  dix-sept  ans. laquelle,  disent  lesMémoires  d'Outre-Tombe, 
«  avait  un  oncle  maternel  M.  de  Vauverl,  grand  démocrat'^  qui' 
voulait  8*opposer  au  mariage  ))-sous  prétexte  de  minorité  de  la 
future.  / 

«  Mes  sœurs,  dit  le  vicomte  René,  me  firent  épouser  à  Saint- 
Malo,  Mademoiselle  de  la  Vigne  qui  n'a  point  trouvé  dans  les 
joies  maternelles  le  contrepoids  de;  ses  chagrins.  » 

<  En  politique,  elle  ne  m'a  jamais  arrêté,  parce  que  là  oomme 
en  fait  d'honneur,  je  ne  juge  que  d'après  mon  seniiment.  »  Toute 
la  vie  de  M.  de  Chateaubriand  est  un  pofeme  immortel,  il  est  une 

(1)  Mémoires  d'Outre- Tombe, 


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66  REVUE  DE  BRETAGNE 

des  plus  pures  gloires  de  la  France/ a  dit  M.  de  Mirecourt,  i(  est 
certaioement  aussi  la  plus  grande  gloire  de  Gombour,  qui  n'est 
connu  de  tant  de  monde  qu«>.  par  lui.  Lui-même  l'a  dit  d'ailleurs  : 
«  G*est  dans  les  bois  de  Combourg  que  je  suis  devenu  ce  que 
je  suis.  » 

Il  a  dominé  son  époque  par  son  génie  incomparable.  Ce  fut  un 
grand  Breton  qui  a  retrouvé  et  rendu  à  la  Bretagne  la  harpe  d'or 
et  l'imagination  merveilleuse  de  Taliesin  et  de  Merlin. 

Gomme  l'a  dit  un  autre  grand  Breton  (Dieu  merci,  nous  n*en 
manquons  pas),  M.  de  la  Viilemarqué  le  barde  de  nos  jours. 

Taliesin  avait  prédit  Chateaubriand; 
L'aigle  répond  quand  Taigle  appelle  ; 
Il  le  saisit,  l'assied  sur  son  dos  triomphant, 
Le  mène  au  soleil  d'un  coup  d'aile  I 

Il  faut  lire  dans  les  Mémoires  cT Outre- Tombe  la  description  du 
manoir  féodal  et  de  son  entourage,  celle  de  la  vie  de  famille  au 
silencieux  et  triste  chAtean  dont  le  maître  exerçait  sur  son  en- 
tourage un  si  sévère  ascendant.  '  * 

Nous  sommes  pourtant  porté  à  croire  que  Tillustre  Vicomte, 
dans  le  portrait  qu'il  nous  a  laissé  de  son  père,  a  voulu  faire  au 
seigneur  de  Gombour  une  tôte  rigi'ie  aux  traits  accentués  et 
qu'il  a  peut-être  un  peu  forcé  les  ombres. 

On  trouve  aux  registres  des  décès  de  la  paroisse  de  Gom- 
bour (1780)  l'acte  de  décès  de  celui  qui  fut  pour  ainsi  dire  son 
dernier  seigneur,  avant  la  Révolution,  ainsi  libellé  : 

Le  corps  de  haut  et  poissant  Messire  René-Auguste  de  Chateaubriand, 
chevalier,  comte  de  Combour,  seigneur  de  Gaugrès  (i)  le  Piessis  f  Ëpine, 
Boulet,  Male^tro<t  en  Doi  et  autres  lieux,  époux  de  haute  et  puissante 
dame  Apolline-Ieanne  Suzinne  de  Beiéede  la  Bouetardais,  dame  de 
Combourg,  â^é  de  soixante-neuf  ans  environ,  mort  en  son  ch&teau  de 
Goinoour.  le  six  septerobre  enviroii  les  huit  heures  du  soir,  a  été  in- 
bumé  le  8  dans  le  caveau  de  la  d<tc  t-ei^neai  iep  acé  «lans  le  cbasseau  de 
notre  église  de  Combour  en  prénence  de  Messieurs  les  gentils  hommes, 
de  M<*Sbieurs  les  officiers  «Je  la  Juridiction  et  autres  notables  bourgeois 
Boussignants  :  'ii<né  au  registre  le  comte  du  Petit-Mois,  de  Monlouét,  de 
château  Da^^sy,  Deiaunay,  Robiou,  Portai, Le  Dooarin  de  Tréveiic,  recteur 
doyen  de  Diogé,  Bévia,  recteur  de  Combourg. 

(t)  tSaugraj  en  Roz  sur  Couaisnon,  le  Piessis,  TEpine  en  Cuguen. 


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COMBOtR  ET  SES  SEIGNEURS  67 

Gelai  de  sa  veuve  qui  n'a  pour  assistant  que  la  Révolution, 
dit  Chateaubriand,  est  ainsi  conçu  : 

Le  12  prairial  an  VI  de  la  R.  F.  (21  mai  1798)  Jeanne-Suzanne  de  Bedôe 
veuve  de  René- Auguste  de  Chateaubriand,  est  décédée  au  domicile  de  la 
citoyenne  Gouyon  à  la  Ballue,  commune  de  Saint- Servan. 

Le  comte. René-Âuguste  de  Ghateaubriant  mourut  au  cb&teau 
de  Combour  dans  la  tour  de  Ttsl  où  est  mort  aussi  son  arrière- 
petit-fils  le  Comte  Geoiïroi  de  Chateaubriand  (1889)  qui  alla 
prendre  sa  p1a(!e  dans  le  caveau  de  Téglise  en  attendant  qu'on 
construisît  celui  où  il  repose  actuellement  dans  la  chapelle  du 
Sacré-Cœur. 

On  lit  dans  un  registre  curieux  de  la  paroisse  de  Combour  : 

«  Le  oorpi  du  dit  seigneur  (René- Auguste,  comte  de  Chateaubriand)  a 
«  été  inclus  dans  une  ch&sse  ancienne  de  plomb  dans  le  caveau  de  Té- 
t  glise  de  Combour  du  côté  de  TEvangile.  A  Combour  on  sait  encore  au- 
«  tourd'bui  ce  qu'est  devenu  ce  cercueil  à  la  Révolution.  Des  hommes 
«  fanatisés  parles  idées  du  temps  et  dont  plusieurs  devaient  être  étran- 

<  gers  à  Combour,  Tauraient  inhumé  et  ouvert  aux  abords  du  grand 
€  mail  pour  brûler  c»  qu'il  renfermait  et  jetpr  les  cendres  au  vent,  acte 
<c  qae  rien  ne  peut  excuser  encore  moins  légitimer  1 

V  Aussi  personne  à  Combourg  n'en  parle  que  comme  d*un  fait  de  dé- 
u  plorabie  mémoire  ! 

«  Les  descendants  de  la  victime  de  cette  profanation  ont  eu  assez  de 
€  foi  et  de  gandeur  d*âme  pour  iaire  la  part  des  circonstances.  Le  petit- 
€  fils  semblait  môme  ne  pas  se  souvenir  de  ce  qui  s'était  passé  il  y  a 
«  quelques  années  et  fut  toujours  un  des  soutiens  de  toutes  les  bonnes 
«  œuvres  à  Combourg.  L'arrière-petit-fils  du  défunt  semble  voir  un  essai 
€  de  réparation  dans  cette  marque  d'estime  et  de  confiance,  que  lui  a 
«  donnée  la  population,  en  le  nommant  par  deux  (ois  membre  du  Con- 

<  seii  Général.  > 

.  Lecomle  Jean-Baptis'e-AugustedpGh8t^aubriand,fils  de  René- 
Auguste  de  Chateaubriand,  comte  de  Combour  et  d'Apolline  de 
Bédée,  épousa  Aline-Thérèsn  Le  Pelletier  de  Rosambo,  fihe  de 
Louis  Le  Pelletier  de  Rosambo,  présid-  nt  à  morli-  r  au  Parle- 
ment de  Paris,  et  de  Magueriie  de  Lamoignon  de  Malesherbe?, 
fille  du  défenseur  de  Louis  XVL 

Le  comte  de  Chateaubriand  fut  reç'i  au  Parlement  de  Bretagne 
en  1779;  luiet  saf«imme,  victime  delà  Révolution,  furent  saisis  à 
Paris,  condamnés  à  mort  et  exécutés  le  3  ûoréal  an  II  (22  avril  1794) 


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68  REVUE  DR  BRETAGNE 

avec  le  président  et  la  présidente  de  Rosambo  et  l'illustre  Males- 
herbes  (1). 

(I)  Chateaabriand.  baron  du  dit  lien,  seignear  de  Beaafort,  paroisse  de  Pler- 
guer,  du  Plessis  Bsrtrand  el  du  Guesclin,  paroisse  de  Saint-Coulomb,  d'Orenge» 
paroisse  de  Vieuxvy,  de  la  Querche,  de  Martigné-Ferchaud,  de  Poneneé  et  des 
Koches-Baritault  en  Anjou,  de.Vioreau  par  de  Joué,  de  la  Quérande,  paroisse 
d*Hénan  Bihan^'bomte  de  Combouren  1761. 

M.  de  Fourmoot,  dans  TOuest  aux  Croisades,  donne  k  Briand  sire  de  Château^ 
briand  à  .la  première  croisade  en  1C96  :  D^azur  à  une  fUur  de  lys  d'argent, 
(d'après  le  mannécrit  de  Bayeux,  page  26).  PI.  VI,  fig.  1. 

'  Plus  bas,  il  dit  «  que  les  armes  primitives  des  Chateaubriand  ont  été  :  De 
gueules  semé  de  pommes  de  pin  d*or,  ou  mieux  un  papelonné  d*hermines  ou 
d'un  contr'hermin^f^  qu'aura  sans  doute  adopté  Briand  comme  putné  des  ducs 
de  Bretagne,  il  était  fils  de  T  hern.  »  *  fig.  50. 

*  Mais  ptlui-ci  moit  avant  ) 062  n'a  aucun  rapport  avec  Brient,  fils  d'Budon  de 
Pentdièvrç,  putné  de  la  maison  ducale. 

Il  me  semble  que  personne  avant  M.  de  Fourmont  n'avait  signalé  cet^  fleur 
de  lys,  ni  ce  papelonné  d'hermines.  On  donne  habituellement  pour  armes  an- 
tiques aux  Chateaubriand  :  De  gueules  semé  de  pommes  de  pin  d*or  avec  la 
devise  :  Je  sème  l'or.  Alias  :  De  gueules  semé  de  plumes  de  paon  ou  papelonné 
d'or.  (Sceau  de  1199),  (t?l4)  et  (1217).  PI.  VI,  fig.  47,  49. 

Snfin  par  concession  de  Saint-Louis  à  Geoffroy  IV,  baron  de  Chateaubriand 
croisé  en  1248,  qui  combattit  si  vaillamment  à  la  Massoure  :  De  gueules  semé 
de  fleurs  de  lys  a'on  Devise  :  Mon  sang  teint  la  bannière  de  France.  PI.  VI,  fig.  48. 

Dans  son  histoire  des  barons  de  Chateaubriand,  M.  l'abbé  Guillotin  de  Corson 
dit  queGeoffr  >y  IV  portiit  dé|à  sur  son  sceau  dès  liii  et  1247  un  semis' de  fleurs 
de  lys.  d'^iprès  la  collection  de  sceaux  de  M.  Drouet  d*Arcq. 

C'est  ce  baron  "de  Chateaubriand  dont  la  tendre  épouse  Sibylle  mourut  de  joie 
«  à  la  rencontre  et  accolade  du  baron  revenant  de  la  Terre-Sainte.  » 

Briand  de  Chateaubriand,  fils  de  Geofi'roy  V,  épousa  Jeanne  de  Beaufort,  il  est 
la  tige  des  Chateaubriand-Beaufort.  Son  fils  Bertrand  épousa  Typhaine  Dn- 
Guesclin. 

Lamour  de  Lanjt^gu  dont  Pétronille  épouse  de  René-Auguste  de  Chateaubriand  : 
D'atur  à  trois  lacs  d'amour  d'argent,  PI.  VI,  fig.  51. 

Suzanne  de  Bédée  de  la  Bouetar.lais  :  D'argent  à  trois  rencontres  de  cerf  de 
gueules,  .fig.  5>. 

Ge  flotd^  Mjr.gny  :  D'azur  à  troif  quint efeuiV es  d'argent,  PI.  VI,  fig.  &3. 

De  Québriac  d«  Blo^sac  :  Dasur  à  tnns  fleurs  de  l^s  d^ agent,  PI.  VI,  flg.  54. 

De  *Ihateaubonrg  :  De  s  ble  au  croissant  d'or  accompagnée  de  trois  quinte^ 
feuille^  de  même.  PI.  VII,  fig.  5î». 

De  Farcy  :  D'or  fretté  d'aur  de  six  pièces  au  chef  de  gueules,  fig.  5C. 

D«  Caud  :  D'azur  à  la  fasce  d'or  accompagnée  en  chef  d'une  roue  d'argent. 
PI.  VU,  fig.  57, 

Le  Pelletier  de  Rosambo  d'où  Aline  Thér>ze,  épouse  de  J.-B.  de  Chateaubriand  : 
D'azur  à  la  Croix  panée  d'argesA  chargt^e  en  cœur  d'un  cherron  de  gueules 
flanqué  de  dc'ÂX  molettes  de  sable  et  accompagnée  d'une  rose'  de  gueules  en  ' 
pointe  le  tout  sur  la  croix,  fig.  58. 

Du  Buisson  de  la  Vigne,  épouse  de  R*né  de  Chateaubriand  :  D'argent  à  la  fasce 
de  gueules  chargée  de  trois  étoiles  d'argent.  PI.  VU,  ûg.  59. 

D'Orglandes,  originaire  de  Normandie  :  D'hermines  à  six  losanges  de  gueules. 
Devise  :  Candore  et  ardore,  PL  VU,  fig.  60. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS  6f 

vm  '^ 

LB  CHATEAU 

Le  château  de  Gombour  se  compose  d'un  grand  quadrilatère 
flanqué  de  tours  qui  sont  reliées  entre  elles  par  des  courtines, 
avec  cour  intérieure  sur  laquelle  on  a  pris,  dans  les  dernières 
restaurations  entreprises  par  le  C^  Geoffroy  de  Chateaubriand 
en  1878,  un  escalier  d'honneur  Renaissance. 

Quatre  grosses  tours  à  m&chicoulis  trèâ  hautes  appuient  le 
château,  deux  sont  couvertes  de  toitures  coniques»  la  toiture  des 
autres  est  à  quatre  pans.  Ces  tours  ditîàrent  entre  elles  au  point 
de  vue  de  la  hauteur,  des  éléments  architectoniques  et  de  T&ge. 

La  tour  du  Maure  ou  de  l'horloge  «  oîi  Tairain  sonnait  le  re- 
tour du  Jour  »  est  plus  élevée  que  les  autres  et  parait  aussi  la 

Rogniat  :  IXaiur  à  uns  rangée  de  palissades  d'argent  posée  en  fasee^  ae- 
eompaçnée  en  chef  de  trois  têtes  de  More  rangées ,  et  en  pointe  d'un  lion  d*or 
la  tête  et  la  partie  supérieure  dai  corps  brochantes  sur  la  if)alissade^  fig.  6t. 

Beraou  de  KochdtaiUée  (origioaire  de  torez)  :  Ecarlelé  au  i  et  4  d'azur  à 
trois  fasces  d'argent,  au»  2  et  3  de  gueules  à  quatre  merlettes  d*or,  une  en 
chaqtie  canton. 

Da  la  Tour  du  Pin  Verclante  :  Ecartelé  au  î  et  4  d'azur  à  la  tour  émargent 
ouverte  d'une  porte  et  deux  fenêtres  crénelée  de  trois  créneauoo,  au  chef  de 
gueules  chargé  de  trois  casques  d'or  tarés  de  profil,  aux  2  et  3,  D'or  au  dau- 
phin d'azttr  langue^  barbé,  oreille,  crête  et  peautré  de  gueules,  qai  est  Daaphin%, 
sur  le  tout  de  gueules  à  la  tour  d'argent  avec  avant  mur,  DeTÎse  :  Courage  et 
loyauté;  et  Turris  fortitudo  mea  !  Pi.  VU.  flg.  63. 

Darfort  de  Civrao  de  Lorges  :  Ecartelé  au  i  et  4  émargent  à  la  bande  d^ azur  y 
au  2  et  3  de  gueules  au  lion  d'argent.  PI.  VII,  flg 

De  B^iiln/  :  D'argent  au  chevron  d'azur  aceompagiU  de  trois  trèfles  de 
sable,  flg.  65. 

De  Viei-Lanae  marquis  d*EspeuiUes  :  de  gueuXes  à  Cenceinte  fortifiée  d'argent 
maçonnée  de  sable,  au  chef  cousu  d'azur  chargé  a'un  croisi>ant  d'argent  etttre 
deux  étoiles  du  même,  flg.  66. 
De  Beanfiort  (originaire  d'Artois)  :  D'azur  à  trois  jumelles  d'or^  flg.  67. 
De  Carajon  Latour  :  D'azur  au  mouton  passant  soutenu  et  contourné  d'ar^ 
gent  la  tête  sur  montée  d'une  croix  de  Lorraine  de  même  accompagnée  à  dexire 
d'une  tour  aussi  d'argent,  PL  VllI,  flg.  68. 

Le  manuscrit  de  Baveux,  dont  il  vient  d'être  question  plus  haut,  contient: 
avec  rindication  ^e  leurs  armes  (?)  Le  catalogue  des  gentilshommes  de  Ncr- 
màndie,  de  Bretagne,  d*Anjou,  du  Maine  et  de  Tourraine  qui  suivirent  en  1096 
les  dnca  de  Normandie  et  de  Bretagne,  Robert  Courte  Heuse  éi  Alain  Fergent,  à 
la  première  Croisade.  Je  laisse  à  d'autres  le  soin  de  dire  si  on  peut  le  regarder 
comme  bien  anth«9ntique.  Sa  précocité  en  fait  d'armoiries  me  semble  déjà  une 
objeot.on  assez  sérieuse.  (G.  du  Moulin  Ta  inséré  à  la  suite  de  son  histoire  de 
Normandie). 


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70  RBVUK  DE  BaETAGNK 

plus  ancienne,  sans  dtre  antérieure  dans  son  ensemble  au 
XIII^  siècle.  Elle  est  construite  en  petit  appareil  et  on  a  dû  lui  ra- 
jouter des  créneaux  et  mâchicoulis  au  XV*  siècle  pour  faire  pen- 
dant à  sa  Toisine. 

C'est  le  donjon,  à  base  du  XII*  siècle,  si  Ton  veut,  pour  con- 
tenter tout  le  monde,  mais  qui  a  dû  être  remanié*  depuis  ce 
temps-là. 

Ce  qui  prouve  que  cette  tour  est  bien  la  plus  ancienne  et 
qu'elle  a  servi  de  donjon,  c'est  qu'elle  est  séparée  de  l'ensemble 
du  château,  formant  une  construction  pour  ainsi  dire  indépen- 
dante du  reste  de  l'édiHce  ;  elle  contient  à  l'intérieur  un  escalier 
qui  la  dessert  dans  toute  sa  hauteur  et  qui  permettait  aux  assié- 
gés de  s'y  réfugier  et  de  tenter  un  suprême  effort  dans  la  résis- 
tance, lorsque  le  reste  de  la  place  était  au  pouvoir  de  l'ennemi. 

Au  XI*  siècle  les  châteaux  forts,  en  rapport  avec  les  procédés 
dlattaque  peu  redoutables  du  temps,  n'étaient  guères  fortifiés  que 
par  des  retranchements  en  terre  et  le  bâtiment  central  n'était 
souvent  qu'en  bois,  ce  qui  fait  qu'il  ne  peut  rester  à  Gombour 
aucun  vestige  des  constructions  de  cette  époque. 

Cependant  la  tapisserie  de  Bayeux  (i)  qui  date  du  XI*  siècle 
présente  des  donjons  dont  Taspect  varie  :  à  Dol  c*est  une  tour  en 
pierres,  carrée  ou  triangulaire,  à  Rennes  elle  est  en  bois  et  hexa- 
gonale, la  partie  centrale  surmontée  d'un  campanile,  à  Dinan  la 
butte  est  plus  élevée,  la  tour  est  ronde  et  présente  deux  étages  ; 
le  second  est  en  retrait  sur  le  premier,  ses  murs  sont  revêtus 
d'imbrications  qui  semblent  imiter  des  lames  de  plomb  (2). 

Il  y  en  a  donc  pour  tous  les  goûts,  on  ne  peut  cependant  citer 
avec  certitude,  bien  qu'il  y  en  ait  eu  d'autres,  qu'un  seul  donjon 
de  pierre  en  Bretagne  datant  de  la  fin  du  XII*  siècle  ou  du  com- 
mencement du  XIII*.  C'est  celui  de  Tremazan  près  de  Brest  ;  il 
se  compose  d'une  tour  carrée  élevée  sur  une  motte  qui  a  été 
maçonnée  (3). 

Malgré  la  date  de  1100,  que  lui  assigne  Chateaubriand,  en 
admettant  que  la  tour  du  Maure  soit  de  la  fin  du  XIII*  il  ne  se 
serait  trompé  que  d'un  bon  siècle  et  cette  hypothèse  donnant 

(1)  La  tapiMerie  de  là  Heine  Mathilde  ou  tapisserie  de  Bayeuz  retrace,  outra 
l'histoire  de  la  conquête  de  TAngleterre,  les  principales  scèaet  de  la  guerre  de 
Bretagne  en  fOtf5.  * 

(2)  De  la  Borderie,  Cours  cChUtoire  de  Bretagne^  p.>8. 

(3)  Id.,  p.  78. 


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£ 


COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS  7t 

encore  à  cette  tour  une  existence  de  près  de  six  cents  ans,  la 
rend  encore  d*un  &ge  assez  respectable.  Elle  a  droit  à  tous  nos 
respects,  ils  lui  sont  acquis. 

A  droite  en  entrant,  exposée  au  nord-ouest,  est  la  plus  belle 
tour  autrefois  nommée  du  temps  des  Coetquen  la  tour  de  M.  le 
Marquis.  On  la  nomme  aujourd'hui  la  tour  du  Croisé.  Construite 
en  bel  appareil,  ornée  de  superbes  m&chicoulis  trilobés,  parée 
d'une  ravissante  échauguette,  celie-ci  est  bien  du  XV%  elle  a  dû 
être  construite  par  Geoffroy  de  Chateaugiron,  seigneur  de  Com- 
bourdel415àl463. 

Les  deux  autres  plus  petites  qui  regardent  «  le  lac  tranquille 
qu'effleurait  Vhirondellé  agile  »  pourraient  ôtre  du  XIV*  siècle. 
Celle  du  sud-est,  sur  le  Champ  aux  bœufs,  se  nommait  au  temps 
des  Coetquen  la  tour  Madame  :  c'est  dans  celle-ci  que  demeurait 
M.  du  Closjean  l'un  des  intendants  de  Combour,  elle  s'appelle 
aujourd'hui  la  tour  Sibylle. 

Celle  du  sud-ouest,  qui  lui  fait  face  du  côlé  de  Tétang,  portait  le 
nom  de  tour  du  garde  meuble,  on  rappelle  aujourdhui  la  tour 
du  Chat  parce  que  c'est  dans  cette  tour  qu'on  a  trouvé  le  cfaat 
noir  dont  il  est  question  dans  les  Mémoires  cTOutre-Tombe. 

C'est  celle  où  habitait  M.  Huot  de  Orandcour,  intendant  de 
monseigneur  le  duc  de  Duras  en  1765. 

Du  temps  des  Coetqien  «  Le  dedans  du  bâtiment  est  divisé  par 
une  petite  colir  de  quarante  pieds  de  long  sur  vingt- deux  de 
large.  »  Cette  cour  a  été  beaucoup  diminuée,  je  l'ai  vue,  dans  mon 
enfance,  froide  et  glacée  telle  que  la  décrit  Chateaubriand  avec 
«  la  perspective  des  créneaux  de  la  courtine  où  végétaient  des 
scolopendres  et  croissait  un  prunier  sauvage,  »  Aujourd'hui  elle 
est  entourée  de  très  belles  décorations  Renaissance. 

«  Botre  les  dittestours  il  y  aquatre  (aoes.  Tune  au  levant  vers  la  ville, 
une  an  midy  sur  la  terrasse,  une  au  couchant  vers  Téeurie,  la  qua* 
trième  au  nord. 

«  C'est  par  celle  icy  qu'on  entre  dans  ledit  château  par  un  escalier  au 
dehors  de  vingt  pieds  de  laiza  et  de  vingt-neuf  degrés  au  haut  duquel  il 
y  avait  autrefois  un  pont  levis.  L*arrivée  de  ce  château  se  fait  en  tra- 
versant deux  grandes  cours  dont  les  entrées  sont  du  costé  de  la  ville 
par  la  grande  place  et  Tautre  par  le  nord  qui  se  nommait  la  cour  verte 
aux  deux  côtés  de  laquelle  s'élevaient  le  grand  et  le  petit  mail.  > 

Extérieurement  le  géant  féodal  a  conservé  son  aspect  sombre 
et  imposant  des  jours  du  moyen-âge  oil  il  n'était  que  forteresse 


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72  REVUE  DE  BRETAGNE 

et  donjoD,  mais  à  l'intérieur  ;  l'œil  est  émerveillé  de  la  richesse 
et  de  la  chaleur  des  décorations  que  l'extérieur  ne  faisait  pas 
prévoir.  Le  château  a  été  complètement  transformé  et  décoré 
avec  un  luxe  qui  rappelle  le  château  de  Blois,  en  même  temps 
qu'il  a  été  rônc^u  plus  habitable  et  mis  en  rapport  avec  les  habi- 
tudes modernes. 

La  famille  de  Chateaubriand  possède  toujours  le  châ- 
teau de  Gombour  et  une  partie  des  vastes  domaines  qui 
en  dépendaient.  Le  ruisseau  qui  sort  de  l'étang  et  auquel 
Chateaubriand  a,  sans  doute  pour  les  besoins  de  la  rime, 
donné  le  nom  de  la  Dore,  s^appelle  pour  les  simples  mortels 
le  Linon. 

On  accède  au  château  par  un  perron  de  granit  monumental  de 
trente-cinq  marches  ;  il  a  remplacé  l'ancien  pont-levis  qui  venait 
s'abattre  autrefois  sur  un  terre-plein  bordant  les  douves  du 
château. 

La  décoration  intérieure  du  porche  d'entrée  est  tirée  des  Mé- 
moires  d' Outre-Tombe-,  à  la  voûte  sont  les  écussons  de  saint 
Louis,  et  ceux  de  quelques-uns  des  compagnons  de  Geoffroy  IV, 
baron  de  Chateaubriand,  à  la  bataille  de  la  Ma>soure.  On  y  re- 
marque les  écus  des  Coetquen,  des  Maillé,  des  Rohan,  d* Aragon, 
d'Avaugour,  Thouars  et  Lusignan.  Ces  familles  sont  d'ailleurs 
alliées  aux  Chateaubriand. 

Le.  petit  salon  porte  le  nom  de  salon  de  l'Hermine,  parce  qu'il 
contient  une  très  belle  cheminée  sur  le  manteau  de  laquelle  est 
une  hermine  passante;  deux  tours  aux  initiales  de  M""  de  la 
Tour  du  Pin  et  de  Durfort  iM.  et  S.  décorent  cette  cheminée  c^ui 
fait  face  à  une  grande  et  btlle  fresque  dont  la  plupart  des  per- 
sonnages sont  des  portr^ts.  Elle  porte  l'inscription  suivante  qui 
n'en  ebt  que  la  glorieuse  explication  :  Le  Roi  saint  Louis  pour 
récompenser  la  valeur  que  déploya  Geoffroy  IV,  baron  de  Cha- 
teaubriand, à  la  bataille  de  la  Massoura  le  2  février  i250, 
concéda  à  lui  et  à  ses  héritiers  en  échange  de  ses  anciennes 
armes  portant  trois  pommes  de  pin  avec  la  devise:  je  sème  tor, 
un  écu  de  gueules  semé  des  fleurs  de  ly$  sans  nombre  de  Vécu 
de  France  avec  cette  devise  :  Jdbn  sang  teint  la  bannière  dé 
Fraîice. 

«  La  grande  salle  était  à  la  fois  salle  à  manger  et  salon,  on  dl- 
naitet  soupait  à  l'extrémité  est;  après  les  repas,  on  venait  se  pla- 
cer à  l'autre  extrémité,  du  côté  de  l'ouest  devant  une  énorme  che~ 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS  73 

minée  (1)  ».  Cette  seille  a  été  divisée  en  deux,  l'énorme  cheminée 
n'existe  plus,  elle  a  été  remplacée  par  une  cheminée  Renaissance 
du  plus  bel  effet,  adossée  au  mur  qui  sépare  maintenant  le  salon 
delà  salle  à  manger.  De  chaque  côté  de  cette  cheminée  sont  des 
arbres  généalogiques  garnis  d*écussons  qui  sont  des  alliances 
de  la  famille  de  Chateaubriand. 

D'autre  part^  on  a  voulu  rappeler  ici  le  souvenir  des  Croisades 
par  le  palmier  et  le  lion  des  déserts,  l'écu  de  France,  celui  des 
Chateaubriand  aux  trois  pommes  de  pin  et  celui  qui  leur  fut 
concédé  par  saint  Louis  après  la  bataille  de  la  Massoure. 

Dans  la  salle  à  manger  dont  toute  la  décoration  est  aussi  grande 
et  fort  belle,  est  un  buste  très  artistique  de  Françoise  de  Foix, 
dame  de  Chateaubriand. 

La  chambre  à  coucher  de  René^uguste  de  Chateaubriand, 
dans  la  petite  tour  de  l'est,  fut  aussi  celle  du  comte  Geoffroy.  Le 
cabinet  de  travail  de  René-Auguste,  situé  dans  la  tour  de  l'ouest, 
est  devenu  un  élégant  boudoir  donnant  dans  le  grand  salon. 

Une  très  belle  chambre  du  corps  de  logis  principal  était,  ayant 
les  restaurations,  décorée  de  boiseries  sculptées  et  de  peintures 
du  XVII*  siècle,  on  la  désignait  sous  le  nom  de  chambre  aux 
Oiseaux  ou  chambre  de  MM^'  de  Chateaubriand: 

A  gauche  du  vestibule  se  trouve  un  escalier  de  pierre  condui- 
sant à  un  modeste  appartement  appelé  chambre  de  l'Auteur 
dont  la  fenêtre  étroite  et  élevée  ne  permet  d'apercevoir  la  nuit 
t  qu'un  petit  morceau  de  ciel  et  quelques  étoiles,  »  Là,  on  a  réuni 
les  meubles  et  divers  objets  ayant  appartenu  à  l'illustre  écri- 
vain; cependant  son  bureau  se  trouve  actuellement  dans  la  bi- 
bliothèque du  château,  située  dans  la  tour  de  M.  le  Marquis  ou 
tour  du  Croisé,  à  laquelle  on  accède  par  le  salon  de  l'Hermine. 

Dans  le  grand  escalier  on  peut  lire  l'inscription  suivante  : 

Hoc  Castellum  Comiti  Burgense dictumanno D''\MXV1  ab  Epis- 
copo  Dolensi  Junken  inceptnm  est,  Anna  D^  MDCCCLXXVl  e 
communi  consilio  Comitis  Geoffroy  de  Chateaubriand  et  uxoris 
suœ  Antoinette  de  Rochetaillée  instaurabatur  idem. 

Vu  de  la  route  de  Rennes,  dit  M.  de  Courcy,  au-delà  de  l'étang 
qui  le  précède,  au  milieu  des  grands  arbres  dont  il  est  envi- 
ronné des  beaux  marronniers  qui  lui  forment  une  couronne  de 
verdure  et  des  maisons  antiques  à  pignon  sur  rue  de  la  petite  ' 

(I)  Mémùires  d'Outre^  Tombe. 


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74  REVUE  DE  BRETAGNE 

ville  qu'il  domine  comme  un  grand  seigneur  entouré  de  sesr 
vassaux,  le  ehâteau  présente  un  charmant  tableau  h  l'artiste  et 
un  but  d0  respectueux  pèlerinage  aux  nombreux  admirateurs 
du  chantre  des  Martyrs. 

C^Mt  en  effet  dans  ses  murs  que  8*écoulèrent  les  plus  belles 
anoées  de  son  enfance  ;  c'est  là  que,  pour  la  première  fois,  il 
tailla  la  plume  qui  devait  lui  donner  une  si  juste  célébrité. 

Dans' son  livre  si  attrayant  sur  la  Bretagne  M.  Robida  a  fait 
une  description  fort  exacte  et  réellement  peinte  de  Combourg  et 
de  son  marché  : 

«  Combourg  est  une  petite  ville  à  Taspect  riant,  étalée  sur  la 
rive  d'un  bel  étang  au  pied  de  son  antique  château-fort.  Les  rues 
sont  encombrées  de  paysans,  de  Voitures  et  de  charrettes,  d'in- 
nocents petits  veaux  couchés  à  terre,  les  pattes  liées,  de  cochons 
roses  ou  noirs,  gros  ou  petits,  grognant  dans  leurs  cages  car- 
rées; mais  en  oubliant  la  symphonie  du  marché,  les  petits  meu- 
glements plaintifs  des  veaux  et  les  grognements  aigus  des  porcs, 
en  s'en  tenant  au  décor  de  la  scène,  Combourg  n'en  reste  pas 
moins  un  joli  petit  pays  pittoresque.  » 

tt  La  ville  n'est  pour  ainsi  dire  qu'une  longue  route  égayée  au 
fond  par  de  grands  arbres,  des  auberges  à  touffes  de  gui  et  des 
charcuteries  de  campagne  où  l'on  vend  à  boire  et  &  manger  (à 
boire  surtout,  hélas  !)  puis  une  longue  rue  aux  vieilles  maisons 
blanches,  une  place  de  marché  pittoresque  entourée  de  pignons 
et  de  maisons  de  granit  avec  une  halle  de  charpente  au  milieu, 
par  dessus  laquelle  se  dessinent  le  bommet  des  tours  du  château 
elles  combles  en  poivrières.  » 

«  Ce  n'est  qu'un  fond,  ce  qui  fait  le  tableau  c'est  le  premier 
plan,  une  haute  et  robuste  maison  de  granit  gris,  maison  solide 
percée  de  quelques  fenêtres  Renaissance  avec  une  échauguette 
en  encorbellement  par  derrière  et  une  grosse  tour  sur  le 
côté...  » 

C'est  cette  maison  dite  de  la  Lanterne,  dont  il  est  question 
dans  la  déclaration  de  1682. 

La  veille  de  la  foire  et  tout  le  jour  de  la  foire  de  l'angevine 
«  les  hommes  estagers,  manants  et  habitants  de  la  ville  et  faux- 
bourgs  de  Comboar  sont  tenus  de  faire  le  guet  en  armes  et 
les  possesseurs  de  la  maison  appelée  de  la  Lanterne  doivent 
des  flambeaux  dans  la  lanterne  qui  est  attachée  au  devant  de  la 
dite  maison  pour  servir  et  éclairer  à  faire  le  dit  guet  et  l'assise 


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COMBOUR  ET  SES  SISIGNEURS  75 

du  corps  de  garde  d'icelui.  »  Ge  qui  prouve  qu'on  faisait  ainsi  ie 
guet  pendant  les  nuits  du  7  au  8  et  du  8  au  9  septembre. 

Cette  maison  a  esté  bastie  par  Perrine  Jonchée  dame  de  la 
Chasse  1575. 

En  1682  elle  appartenait  à  Marie>et  à  Françoise  Bouttîer,  depuis 
elle  a  été  la  propriété  de  la  famille  de  Tremaudan. 

Il  existe  à  Combour  non  loin  du  château,  rue  Chateaubriand, 
une  maison  curieuse  qu'on  dit  avoir  été  la  propriété  des  Tem- 
pliers; on  croit  qu'ils  se  sont  établis  à  Combour  en  môme  temps 
qu'à  Saint-Malo,  de  très  bonne  heure. 

Paul  dr  la  Bignb 
(A  suivre).  , 


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.MÉLANGES  HISTORIQUES 

'  (SÙITB)  (i) 

XVI.  —  Lb8  fausses  Chartbs  d'Alain  lb  Long,  d'Alain 
Fbrgbnt  et  d'Eudon. 

Tous  nos  érudits  sont  d'accord  pour  admettre  la  non  authen- 
ticité des  deux  chartes  attribuées  au  fabuleux  Alain  le  Long  et 
au  duc  Alain  Fergent  et  que  l'auteur  de  la  Chronique  de  Saint- 
Brietic  et  d'ArgenIré  ont  naïvement  insérées  dans  leurs  œuvres 
comme  des  documents  de  premier  ordre.  Mais  aucune  étude 
détailléedeces  documentsn'aété  publiée  jusqu'ici. M.  de  Berthou, 
le  dernier  dé  ceux  qui  s'en  sont  occupés,  dit  simplement  dans 
son  Analyse  de  la  Chronique  de  Sainl-Brieuc  que  la  première  de 
ces  pièces  a  été  fabriquée  au  XIV*  siècle  et  la  seconde  au  début 
du  XV»  siècle  (2).  Je  crois  que  l'on  peut  aller  plus  loin  ot  indiquer 
de  façon  plus  précise  l'époque  de  la  rédaction  de  ces  documents 
et  la  façon  dont  ils  ont  été  fabriqués. 

l""  La  fausse  charte  d'Alain  le  Long  a  été  fabriquée  par  un 
autour  qui  vivait  sur  les  confins  de  la  Cornouaille  et  du  Léon. 
Deux  des  trois  personisages  auxquels  elle  est  adressée,  Morisanus 
(lisez  Morvanus)  de  FagOy  et  Ilivallb  de  Rostrenen^  sont  des 
seigneurs  de  la  Cornouaille  septentrionale.  Alain  le  Long  est 
censé  tenir  sa  cour  dans  la  fabuleuse  «  civitas  Occismorensrs  » 
qui  dans  l'esprit  des  chroniqueurs  bretons  du  moyen-â^re  désigne 
la  ville  de  Brest.  Le  comte  Budicus,  dont  le  nom  a  été  comme 
nous  le  verrons  emprunté  à  un  autre  document  et  qui  est  en  réa- 
lité un  comte  de  Nantes  du  XI*  siècle,  a  été  transformé  en  comte 
de  Cornouaille.  Enfin  un  prétendu  Rodoalt  ou  Redouldus  dont 
le  nom  ne  se  retrouve  môme  pas  parmi  les  signataires  de  l'acte 
figure  cependant  dans  le  texte  avec  le  titre  de  comte  de  Léon. 
^  2?  Cette  charte  a  été  fabriquée  à  l'aide  d'éléments  empruntés  ' 
àdifTérentes  pièces  de  la  chancellerie  des  rois  et  des  ducs  bretons. 
Quatre  évoques  signataires  de  la  fausse  charte,  Oenenaeus, 

(0  Voir  la  Sevtiê  de  jaiUet  1908. 

(2)  Biémoires  de  rAssôciation  Breton^,  année  1900,  p.  8  et  34.- 


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à 


■T*'   "V  '^ 


MÉLANGES   HISTORIQUES  77 

Walterius,  Willelmus  et  Allanus  se  retrouvent  dan«  des  chartes 
authentiques  du  duc  Alain  IH,  par  exemple  dans  la  charte  de 
fondation  de  Tabbaye  de  Saint-Georges  en  1032.  Le  signum  Jun- 
kenei  et  le  signum  Adam  de  la  vraie  charte  se  retrouvent,  légè- 
rement modifiés,  dans  le  signum  Genenaei  et  le  signum  Allani 
de  la  charte  fausse.  Dans  le^  deux  cas  le  premier  est  évôqtré  de 
Dol  et  le  second  évoque  de  Siint-Brieuc.  Quant  aux  évoques  Gau- 
tier et  Guillaume  qui  étaient  en  réalité  évoques,  de  Nantes  et  de 
Tréguier,  il  est  très  possible  que  ce  soit  pour  masquer  son 
emprunt  que  le  faussaire  les  ait  transformés  en  évalues  de 
Saiot-Malo  et  de  Rennes.  G*est  encore  à  une  charte  d'Alain  III 
qu'il  a  emprunté  la  mention  du  comte  Budic,  dont  nous  trou- 
vons en  effet  la  signature  au  bas  d'un  certain  nombre  de  char- 
tes de  ce  prince;  seulement  ici  encore  l'emprunt  ne  s'aperçoit 
pas  du  premier  coup,  parce  que  l'auteur  a  transformé  Budic, 
de  comte  de  Nantes  qu'il  était,  en  comte  de  Cornouaille.  C'est 
encore  très  probablement  à  une  charte  d'Alain  III  qu'il  a 
emprunté  Morvanus  de  Fago,  si  l'on  admet  avec  M.  de  laBor- 
der)e(l)  que  le  vicomte  Morvanus,  signataire  en  1031  d'une  charte 
du  cartulaire  de  Quimperlé,  est  un  vicomte  du  Paou.  Des  cinq 
autres  évoques  signataires  de  la  fausse  chart^\  il  en  fst  un, 
Morvan,  qui  fut  en  réalité  évèque  de  Vannes  sous  Alain  Fergent 
et  que  notre  faussaire  a  pu  emprunter  à  quelque  charte  authen- 
tique de  ce  prince.  Je  crois  enfin  que  les  quatre  signatures  de 
la  fausse  charte,  Freodur,  Gurbudic,  Armalius  et  Erech,  sont  em- 
pruntés à  quelque  charte  authentique  d'Alain  le  Grand,  ainsi  que 
le  titre  royal  attribué  à  Alain,  et  que  leRodaldus  signataire  d'une 
charte  authentique  de  ce  prince  a  fourni  le  Rodoalt  de  la  fausse 
charte. 

3*  La  fausse  charte  n'a  pas  été  fabriquée  au  XIV*  siècle  ;  elle 
est  certainement  antérieure  à  Tannée  1251.  En  effet  pour  le  faus- 
saire les  quatre  principaux  barons  du  roi  de  Bretagne  sont  le 
seigneur  d'Avaugour  et  de  Goelo,  le  seigneur  de  Fougères,  le 
seigneur  de  Vitré  et  le  vicomte  de  Rohan.  Or  on  remarquera  que 
la  maison  bretonne  de  Fougères  s'est  éteinte  en  1256  et  la  maison 
bretonne  de  Vitré  en  1251,  et  que  les  domaines  de  ces  deux  mai- 

(1)  Histoire  de  Bretagne^  tome  Ul,  p.  77.  HIn  toas  oaa  il  a  eziité  dêt  Morvan  du 
Paon  (Morice.  Prenves,  tome  I,  col.  377)  et  Tauteur  de  la  fauMe  charte  a  pu 
idenUAer  un  de  ceux-là  arec  le  Morfan  que- lui  fournissaient  les  chartas  du 
XI*  siècU. 


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^ 


71  REVUE  DE  BRETAGNE 

sons  ont  passé  aux  mains  de  seigneurs  français  dont  il  ne  pouvait 
venir  à  l'idée  d'un  faussaire  postérieur  de  faire  les  principaux 
conseillers  d'un  souverain  breton.  D'autre  part  il  n'est  guère 
question  de  seigneur  d'Avaugour  et  de  QoSlo  avant  le  début  du 
XIII*  siècle  et  ce  n*est  qu'à  partir  du  moment  où  la  maison  de 
Porho^t  se  fondit  dans  celle  de  Fougères,  c'est-à-dire  à  partir  de 
1281»  que  s'explique  dans  une  pièce  de  cette  nature  l'absence  des 
Porhoôt  et  leur  remplacement  par  lesRohan.  C'est  donc  entre  cas 
deux  dates  extrêmes  de  1231  et  de  1251  que  se  place  la  fabrication 
de  notre  fausse  charte. 

En  ce  qui  concerne  la  fausse  charte  d'Alain  Fergent  M.  de  la 
Borderie  a  très  bien  vu  qu'elle  a  pour  but  principal  d'appuyer  la 
légende  relative  à  l'existence  des  neuf  baronnies  anciennes  de 
Bretagne,  légende  qui  apparaît  pour  la  première  fois  dans  une 
pièce  datée  de  1410  ou  1411  ;  mais  je  crois  qu'il  faut  y  distinguer 
deux  éléments,  car  elle  ne  me  paraît  pas  autre  chose  qu'un  re^ 
maniement  de  la  fausse  charte  d'Alain  le  Long,  exécuté  par  un 
Nantais  qui  avait  quelque  connaissance  historique  du  règne  d'A^ 
lain  Fergent.  Les  analogies  entre  les  deux  fausses  chartes  sont 
évidentes.  Les  neuf  évéques  de  Bretagne  y  sont  classés  dans  le 
mômeordre:Dol,RenneSf  Nantes,  Quimper,Saint-Malo,  Vannes, 
Saipt-Brieuc,  Saint-Pol  et  Tréguier.  Dans  les  deux  cas  r office 
de  chancelier  est  occupé  près  du  prince  breton  par  l'évêque  de 
Saint*Malo.  Enfin  le  seigneur  d'Avaugour  est  dans  les  deux  cas 
le  premier  des  barons,  et  si  la  fausse  charte  d'Aliain  le  Long, 
écrite  dans  la  Bretagne  occidentale,  place  avant  lui  le  seigneur 
de  Léon  dont  elle  fait  à  tort  un  comte,  tandis  que  la  fausse 
charte  d'Alain  Fergent  le  place  après  le  seigneur  d'Avaugour  et 
ne  lui  accorde  que  le  titre  plus  modeste  de  vicomte,  les  deux 
documents  se  retrouvent  d'accord  pour  placer  dans  te  même 
ordre  les  trois  barons  suivants:  Fougères^  Vitré  et  Rohan.  Or 
comme  j'ai  fait  remarquer  qu'à  partir  de  1251  il  n'y  a  plus  de 
seigneur  de  Vitré  et  qu'à  partir  de  1256  il  n'y  a  plus  de  seigneur 
de  Fougères,  on  voit  qu'il  est  impossible  que*  la  fausse  charte 
d'Alain  Fergent  ait  été  inventée  tout  d  une  pièce  à  la  fin  du  XIV* 
siècle  ou  au  début  du  XV\ 

Ce  qui  appartient  en  propre  au  faussaire,  c'est  la  conception 
des  neuf  barons  qui,  comme  Ta  fort  bien  dit  M.  de  la  Borderie^ 
sont  destinés  à  servir  de  pendant  au  groupe  des  neuf  evéques  de 
Bretagne.  M.  de  la  Borderie  a  également  très  bien  vu  que  le  faus- 


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MÉLAN6BS  HISTORIQUES  79 

saire  appartenait  au  pays  nantais^  et  Ton  en  peut  donner  comme 
preuves  que  tous  les  noms  qu'il  ajoute  à  la  liste  de  son  mo- 
dèle sont  des  noms  de  barons  du  pays  nantais  ;  et  qu'Alain 
Fergent  tient  sa  cour  à  Nantes,  ce  qui  est  absolument  contraire 
à  Thistoire,  puisqu'à  Tépoque  où  cette  charte  est  censé  rédigée, 
il  ne  possédait  pas  cette  ville.  Deux  évoques  seulement  sont 
nommés  dans  cette  charte  :  Bvenus  de  Dol  et  Reginaldus  de 
Saint-Malo  ;  tous  deux  ont  été  réellement  les  contemporains  d'A. 
lain  Fergent.  Le  passage  relatif  aux  barons  du  pays  nantais  sou- 
lève une  question  intéressante.  L*auteur  nous  dit  que  les  quatre 
derniers  barons  de  Bretagne  étaient  les  seigneurs  de  Château- 
briant,  deil<)iz,  de  Pont(Pontchâteau)  et  de  la  Ro6he-Bernard, 
puis  il  ajoute  que  le  seigneur  d*Ancenis  prétendant  également  au 
titre  de  baron  de  Bretagne  au  lieu  et  place  du  seigneur  de  Pont, 
il  fut  décidé  que  ces  deux  soigneurs  siégeraient  alternativement 
en  qualité  de  huitième  baron  de  Bretagne.  Or  si  nous  nous  repor- 
tons aux  procès -verbaux  de  l'entrée  des  évéques  de  Nantes  dans 
leur  ville  épiscopale  en  1384,  1404  et  1500,  nous  voyons  que  les 
quatre  barons,considérés  comme  les  quatre  plus  grands  vassaux 
de  l'évoque  étaient  les  seigneurs  de  Ghftteaubriant,  d*Ancenis,  de 
Raiz  et  de  Pontcbâteau.  L'auteur  de  la  fausse  charte  s'est  donc 
trouvé  en  présence  de  deux  théories  contradictoires  au  sujet  des 
quatre  plus  importants  barons  du  pays  nantais,  et  s'est  efforcé 
de  les  concilier.  Il  semble  qu'il  aurait  dû  faire  alterner  les  barons 
d'Ancenis  et  de  la  Roche-Bernard,  puisque  les  trois  autres 
figuraient  à  la  fois  dans  les  deux  listes.  S'il  ne  Ta  pas  fait,  c'est 
que  sans  doute  à  son  époque  le  baron  de  la  Roche-Bernard 
passait  pour  un  plus  grand  seigneurque  le  baron  de  Pontcbâteau 
et  que  du  moment  où  il  fallait  diminuer  la  situation  de  l'un  des 
deux^  c'était  au  détriment  de  Pontch&teau  qu'il  tranchait  la 
question  litigieuse.' 

Une  phrase  de  la  fausse  charte  d'Alain  Fergent  expose  que  la 
Bretagne  se  divisait  autrefois  en  trois  comtés,  lesquels  à 
répoque  d'Alain  Fergent  se  trouvaient  réunis  en  une  même 
main.  Le  fait  est  exact,  mais  pour  une  époque  un  peu  posté- 
rieure à  celle  assignée  à  la  charte,  puisque  c'est  seulement  à 
partir  de  la  mort  de  son  frère  Mathias  en  1101  qu'Alain  Fergent 
réunit  sous  sa  domination  les  trois  comtés  de  Nantes,  de  Gor- 
nouaille  et  de  Rennes,  entre  lesquels  le  territoire  breton  se 
trouvait  divisé  depuis  le  milieu  du  X*  siècle.  Le  faussaire  con- 


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80  REVUE  DE  BRETAGNE 

naissait  évidemment  par  les  chroniques  bretonnes  l'existence 
des  comtés  de  Nantes  et  de  Gornouaille.  Ignorait-il  que  ce  qu'on 
appelait  au  XP  siècle  le  comté  de  Bretagne  n'était  autre  que  le 
comté'  de  Rennes  ?  Ou  bien  le  savait-il  et  a*t-il  passé  sous  silence 
un  fait  qui  lui  était  désagréable?  Quoi  qu'il  en  soit,  qu'il  ignorât 
ou  qu'il  voulût  ignorer  l'existence  du  comté  de  Rennes,  la  tradi- 
tion d'après  laquelle  il  y  avait  eu  autrefois  trois  comtés  bretons 
l'obligeait  à  en  citer  un  troisième.  Il  le  rencontra  sans  doute  dans 
la  Chronique  de  Nantes  qui  mentionnait  au  X*  siècle,  avec  plus 
ou  moins  de  raison,  un  cornes  de  Poher  et  s'empressa  de  faire 
du  Poher  ce  troisième  comté,  exagérant  ainsi  beaucoup  l'impor- 
tance de  cette  ancienne  circonscription  territoriale.  Or  cette 
phrase  est  la  seule  qui  na  se  retrouve  pas  dans  la  fausse  charte 
d'Eudon  dont  nous  parlerons  plus  loin  et  qui  pour  tout  le  reste 
en  est  le  calque  Adèle.  N'aurait-elle  pas  été  ajoutée  au  texte 
primitif  par  l'auteur  qui  l'inséra  dans  la  Chronique  dite  de  Saint- 
BrieuCy  auteur  qui  connaissait  certainement  la  Chronique  de 
Nantes,  (t  que  le  dernier  érudit  qui  s'en  soit  occupé,  M.  deBer- 
thou,  croit  avoir  vécu  au  pays  nantais^ 

La  fausse  charte  du  duc  Eudon  ou  Yon,  appelé  quelquefois 
Yvon  par  une  faute  de  traducteur  ou  de  copiste,  est  évidemment 
calquée  sur  la  fausse  charte.  d'Alain  Fergent.  D'abord  elle  est 
plus  longue,ce  qui  indique  un  remaniement  :  la  seule  phrase  de 
la  charte  d'Alain  qui  ne  s'y  retrouve  pas  est  relative  à  la  théorie 
des  trois  anciens  comtés  bretons,  parfaitement  inutile  dans  la 
circonstance; c'est  môme  pour  cela  que  je  considère  cette  phrase 
comme  une  interpolation  postérieure  due  probablement  au 
compilateur  de  la  Chronique  de  Saint-Brieuc,  En  second  lieu  elle 
affecte  une  antiquité  plus  reculée,  ce  qui  a  pour  résultat  de  la 
mettre  encore  plus  en  contradiction  avec  l'histoire,  les  évoques 
Ëveous  et  Reginaldus,  contemporains  aiithentiques  d'Alain 
Pergent,  n'ayant  pas  été  les  contemporains  d'Eudon.  Les  diffé- 
rences sont  insigoiflaotes,  la  charted'Ëudon  se  bornant  à  attribuer 
le  septième  rang  parmi  les  barons  au  lieu  du  huitième  au  sei- 
gneur de  Pont  et  plaçant  quatre  hermines  au  lieu  de  trois  au 
revers  de  la  monnaie  bretonne.  L'époque  à  laquelle  a  été  fabri- 
quée la  charte  d'Eudon  nous  servira  donc  à  dater  celle  à^laquelle 
a  été  fabriquée  la  charte  d'Alain. 

Or  la  charte  d'Eudon  représente  un  état  de  choses  antérieur 
à  1364,  puisque  le  sire  de  Montfort  y  est  représenté  comme  dis- 


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MELANGES  HISTORIQUES  81 

iioct  du  baron  de  la  Roche-Bernard.  Cette  date  est  d'ailleurs  con- 
firmée par  ce  fait  que  le  sire  de  Rochefort  y  est  un  personnage 
distinct  du  sire  de  Rieux,  le  sire  de  Montauban.  un  personnage 
dictinct  du  sire  d'Au^igné^et  de  Landal,  que  le  baron  de  Fougères 
possède  encore  le  Porho%t,etc  etc  ,tous  faits  qui  ont  cessé  d'être 
exacts  entre  1364  et  1375.  Si  nous  savions  la  date  exacte  à  la- 
quelle la  seigneurie  d'Âncenis  passa  aux  mains  des  Rochefort, 
nous  pourrions  même  attribuer  une  date  un  peu  antérieure  à  la 
rédaction  de  cette  pièce,  puisque  le  sire  d'Ancenis  et  le  sire  de 
Rochefort  y  sont  encore  deux  personnages  distincts,  ce  qui  c^ssa 
d'être  vrai  entre  1351  et  13^.  D'un  autre  côté  elle  ne  saurait  être 
antérieure  à  1290,  puisqu'elle  suppose  le  baron  de  la  Roche-Ber- 
nard propriétaire  de  Lohéac.  La  réunion  aut  mains  du  même  sei- 
gneur des  terres  de  Rougé  et  de  Derval,  qui  eut  Heu  peu  après 
1285,  nous  conduit  encore  à  la  même  conclusion.  Nous  ne  serons 
donc  pas  très  loin  de  la  vérité  en  assignant  le  milieu  du  XIV*  siècle 
comme  étant  l'époque  probable  de  la  fabrication  de  cette  fausse 
charte.  La  charte  d'Alain  Fergent^  nécessairement  un  peu  anté- 
rieure, aurait  donc  été  composée  à  la  fin  du  XIII*  ou  au  début  du 
XIVsiècfe. 

XVII.  —  Lbs  Vassaux  LéoBNOAiRBS  ou  roi  Salomon 

lUo  curieux  passage  de  la  Chronique  de  Saint-Brieuc,  dont  on  a 
déjà  signalé  les  analogies  avec  la  chanson  de  geste  des  Saisnes^ 
racontant  la  guerre  fabuleuse  du  roi  breton  Salomon  contre  le 
roi  saxon  Guitichinus,énumère  les  principaux  seigneurs  bretons 
qui  prirent  part  à  l'expédition  (1). 

Ils  auraient  été  divisés  en  trois  corps,  le  premier  commandé 
par  les  comtes  de  Cornouaille  et  de  Poher  et  par  le  vicomte  de 
Lféon,  le  second  par  les  seigeurs  de  Goelo  et  d'Avaugour,  de 
Rahan,  de  la  Roche-Bernard,  de  Graon,  de  Châteaubriant  et  de 
la  Benaste,  et  le  troisième  par  les  seigneurs  de  Fougères,  de  Vitré, 
de  Machecoul  et  du  Pallet.  Or  cette  simple  énumération  suggère 
immédiatement  une  remarque,  c'est  que  les  barons  diApays  nan- 
tais y  ont  été  introduits  après  coup.  Leur  présence  fausse  la  si- 

(1)Je  8ai8la  traduction  qae  M.  de  la  Borderie  a  donnée  de  cet  épisode  dans  la 
Revue  de  Bretagne  et  de  Vendée,  année  1892,  tome  I,  p.  405  et  saiv.  La  liste  dp 
M.  de  BertBoa»  Anali^se  de  la  Chronique  de  Saint-Brieue,  p.  14,  est  identique,  à 
c«la  près  qu'elle  omet  le  Tioomte  de  Kohan. 


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82  RBVUR  DB  BRETAGNE  , 

gniflcation  géographique  de  la  répartition  des  Bretons  en  trois 
oorps  d'armée.  Si  on  les  retranche,  on  trouve  successivement 
dans  le  premier  corps  les  barons  de  la  Bretagne  occidentale,  dans 
le  second  les  barons  de  la  Bretagne  centrale,  dans  le  troisième 
les  barons  de  la  Bretagne  orientale.  J'ajouterai  de  plus  que,  ai  tes 
iteAiais  avaiani  Xait  partie  de  Ia  tisie  originale,  ils  auraient  cons- 
titué à  eux  tout  seuls  un  corps  d'armée  spécial  et  n'auraient  pas 
été  morcelés  en  deux  divisions  rattachées  arbitrairement  aux  ba- 
rons de  deux  régions  très  différentes.  Nous  sommes  donc  ici  en- 
core en  présence  d'une  interpolation  nantaise  très  analogue  à  celle 
qui  a  servi  à  fabriquer  la  fausse  charte  d'Alain  Pergent  avec  Ja 
fausse  charte  d'Alain  le  Long.  Ce  qui  ajoute  un  Aouveau  poids  à 
cette  hypothèse^  c'est  que  les  personnages  de  la  liste  primitive 
sont  exactement  ceux  de  la  charte  d'Alain  le  Long,  Gornouaille, 
Léon,  Avaugour,  Rohan,  Fougères  et  Vitré,  avec  une  seule 
addition,  celle  du  comte  de  Poher,  que  l'on  retrouve  également 
dans  la  charte  d'Alain  Forgent  par  rapport  à  la  charte  d'Alain 
le  Long.  Le  coupable  ne  serait-il  pas  ici  encore  L'écrivain  nantais 
quij  au  dire  de  M.  de  Berthou,  î^urait  rédigé  la  chronique  que 
Ton  appelle  sans  raison  Chronique  de  Saint*- Brieuc  ?  Ce  serait  lui 
qui  aurait  introduit  cette  liste  fabriquée  de  deux  morceaux  diffé- 
rents dans  le  récit  antérieur  qu'il.avait  sous  les  yeux. 

Elle  présente  en  effet  une  contradiction  avec  le  reste  de  la 
narration.  D'après  celle-ci  le  principal  des  généraux  de  Salomon, 
celui  que  nous  appellerions  aujourd'hui  çon  chef  d'état-major, 
n*est  autre  que  le  vicomte  de  Léon,  Budoc.  Or,  non  seulement 
dans  rénumération  des  trois  corps  d'armée,  le  vicomte  de  Léon 
est  confondu  avec  les  autres  seigneurs,  lïiais  il  n'occupe  que  le 
troisième  rang  dans  la  première  bataille  où  il  est  subordonné 
aux  comtes  de  Gornouaille  et  de  Poher. 

On  peut  enfin  s'étonner  de  voir  le  seigneur  de  Graon  rangé 
parmi  les  seigneurs  bretons.  L'explication  de  cette  bizarrerie 
me  paraît  se  trouver  dans  le  fait  que  le  compilateur  de  la  Cftro- 
nique  de  Saint-Brieuc  avait  i  ons  les  yeux  la  Chronique  de  Nantes 
dont  un  passage  relatif  à  Lambert  plaçait  au  IX*  siècle  Graon  en 
pays  nantais.  Le  compilateur,  écrivant  le  récit  d'événements  qu'il 
croyait  s'ôtre  passés  à  cette  date,  a  cru  faire  merveille  en  s'ex- 
primant  de  même  et  s'est  sans  doute  imaginé  donner  ainsi  à  son 
œuvre  un  cachet  d'authenticité. 

[A  suivre).  V'*  Gh.  db  la  Landb  ob  Galan. 


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ANNE  DE  BRETAGNE 

AU    FOLGOAT 


NOU\^LLE 

( 


Le  roi  de  France,  Louis  le  Douzièm-^,  avait  par  la  gr&ce  de  la 
Très  Haute  et  Très  Puissante  Dame  Marie,  Mère  de  Dieu,  échappé 
à  une  flèvrè  fort  maligne  qui  avait  mis  sbn  corps  en  aventure  de 
mort,  et  Madame  Anne  de  Bretagne  était  venue  de  son  ch&teau 
d'Amboise  au  pays  de  Léon  rendre  grâces  et  mercis  h  la  Divine 
Protectrice,  en  son  nouvel  et  déjà  célèbre  sanctuaire  du  Folgoat, 
sur  le  lys  de  Salatin,  rinnocent  de  Lesneven,  qui  durant  sa  vie 
mortelle  chantait  Ave  Maria. 

Sur  la  lourde  base,  la  flèche  flamboyante  de  la  jeune  église 
priait  déjà  vers  le  ciel,  accolée  de  ses  clochetons  frêles,  et  le  jubé 
déployait  sous  les  hautes  voûtes  son  fln  tissu  de  granit  qu'em- 
pourpraient, par  les  vitraux  du  chœur,  les  premiers  rayons  du 
soleil  levant.  Le  collège  des  Apôtres  défllait  au  porche  où  les 
plantes  de  pierre  découpaient  leurs  feuilles  menues  ;  et  le  peuple 
des  saints,  et  les  évéques  bretons,  et  Tancètre  couronné,  sous  le 
manteau  ducal,  erraient  pensifs  aux  sombres  murs.  Spr  les 
nuages  se  profilait  la  faune  monstrueuse  des  gargouilles,  et  les 
hermines  passantes  couraient  aux  frises,  menues  et  toutes  sem- 
blables, bêtes  héraldiques  qui  se  pourchassaient  au  travers  des 
banderoUes  et  répétaient  sans  cesse  une  devise  illustre. 

Pour  ce  dévot  pèlerinage,  la  reine  avait  conduit  vers  les  plus 
lointaines  limites  de  son  duché  et  la  cité  florissante  d'Bven  le 
Grand  les  demoiselles  de  noble  race  dont  elle  aimait  &  parer  sa 
cour  et  qu'elle  s'efforçait  de  préserver  du  péché,  les  abritant  de 


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84  REVUE  DE  BRETAGNE 

son  amour  austèfe  comme  les  Saintes  des  imagiers  mystiques 
couvraient  des  plis  de  leur  manteau  les  compagnes  plus  faibles 
qu'elles  dirigaient  vers  Dieu. 

Et  Madame  Anne  s'était  humblement  proternée  avec  ses  filles 
chéries  sur  les  dalles  de  Tinsigne  basilique  du  Folgoat  qu'a- 
vaient jadis  baisées  les  lèvres  du  duc  Jean  V  et  des  hauts  sei- 
gneurs de  Bretagne  ;  elle  avait  remercié  de  toute  son  âme  la 
Vierge  qui  daigna  sourire  au  Fou  du  bois,  et  lui  avait  voué  en  son 
cœur  Louis,  son  Seigneur  et  Maître,  et  le  doux  royaume  de  France. 

Puis  rentrée  en  l'hôtellerie  des  pèlerins  que  ses  neveux  de- 
vaient un  jour  nommer  le  château  de  la  duchesse  Anne,  elle 
avait  pris  de  ses  écuyers  le  repas  du  soir  et  s'était  couchée  sur 
un  lit  apporté  par  ses  valets  et  que  couvrait  une  lourde  pièce 
de  velours  noir  semée  en  or  d'initiales  gothiques. 

La  reine  de  France  eût  été  tout  heureuse  d'avoir  accompli  son 
plus  cher  désir,  et  seules  des  images  graciei^ses  l'auraient  visi- 
tée dans  la  rêverie  de  sa  veille,  si  le  constant  souci  de  ses  jeunes 
compagnes  ne  l'avait  tourmentée  jusque  dans  la  nuit,  à  l'heure 
où  seul  le  cri  des  sentinelles  troublait  la  paix  de  la 'campagne 
bretonne.  / 

L'hôtellerie  des  pèlerins  était  petite  et  nombreuse  la  suite  de 
Madame  Anne.  Quelques-unes  parmi  les  demoiselles  d'honneur 
avaient  dû  quérir  un  gîte  dans  les  pauvres  chaumières  de  labou- 
reurs qui  s'égrenaient  autour  delà  jeune  basilique  jusqu'au  châ- 
teau de  Guicquelleau  et  vers  Ëlestrec,  aux  portes  mômes  de 
Lesneven  et  dans  les  bois. 

La  bonne  duchesse  songeait  amèrement  que  ses  filles  bien-ai- 
mées  étaient  loin  d'elle,  exposées  peut-être  à  quelque  danger.  Son 
cœur  se  relnplissait  d'angoisse  et,  pendant  qu'à  ses  yeuxentr'ou- 
verts  les  solives  énormes  de  la  chambre  s'éclairaient  de  dessins 
étranges  par  la  lumière  dansante  de  la  veilleuse  d'or  qui  brûlait 
devant  l'image  de  Marie,  Madame  Anne  de  Bretagne  tremblait 
pour  sa  suivante  préférée,  Yolanie  de  Keryvoas,  dont  elle  con- 
naissait trop  le  caractère  aventureux.  Le  sommeil  de  la  reine  fut 
durant  cette  nuit  hanté  de  r^ves  inquiétants. 

Et  ses  craintes,  hélas,  n'étaient  pas  tant  chimériques. 

La  demoiselle  de  Keryvoas  avait  vingt  ans.  Orpheline,  née  dans 
le  comté  de  Tréguier,  tout  près  de  cette  terre  du  Léon  où  elle  dor- 
mait aujourd'hui,  elle  avait  quitté  bientôt  le  manoir  de  son  en- 
fance, triste  donjon  majestueusement  drapé  par  son  vêtement 


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ANNB  DE  BRETAGNE  AU  FOLGOAT  85 

de  lieîTe,  pour  venir  à  la  cour  de  Louis  JCIl.  Prêle  blonde,  mince 
dans  sa  robe  longue,  elle  s'était  peut-être  échappée  d'un  vitrail 
aux  gemiûes  éclatantes  pour  apporter  aux  châteaux  de  la  Loire 
avec  sa  beauté  fine  d'image  gothique  l'éclat  de  sa  jeunesse  rieuse 
et  hardie.  Bonne  autant  que  sage,  suivant  l'antique  formule,  elle 
avait  vite  conquis  une  place  privilégiée  dans  le  cœur  de  Madame 
Anne.  Mais  cette  affection  toute  particulière  de  la  souveraine  se 
traduisait,  dans  la  pratique  de  chaque  jour,  par  de  véhémentes 
remontrances.  Yolande  manquait  à  Téliquette  déjà  sévère,  et  ne 
savait  pas  se  plier  assez  docilement  aux  us  de  la  conr  de 
France. 

Fleur  sauvage,  née  sur  une  terre  de  granit,  élevée  en  liberté  et 
qui  s'accrochait  avec  les  plantes  aux  sombres  murs  des  ancêtres, 
elle  se  sentait  emprisonnée  dans  la  tiédeur  amollissante  des 
serres  et  tendait  à  s^échapper  toujours  hors  des  limites  trop 
étroites.  Gomme  à  son  vieux  Keryvoas,  Yolande  chantait  et  riait 
à  Blois  et  à  Amboise>  donnait  parfois  son  avis  sans  en  être  priée, 
taquinait  ses  compagnes  et  semait  les  fantaisies  espiègles  dont 
Madame  Anne  riait  toute  la  première;  après  avoir  en  une  feinte 
colère,  la  voix  brève,  les  sourcils  sévères,  gourmande  leur  gentil 
auteur.  Autant  en  emportait  le  ventdu  sud  qui  soufQaitde  laville 
d'Is  sur  les  chênes  séculaires  du  castel  de  Keryvoas. 

Défaut  plus  grave  !  Yolande  recherchait  avec  trop  grande 
complaisance  la  société  des  chevaliers  et  des  jolis  pages.  Non 
qu'elle  ne  fût  vertueuse  et  digne  en  tous  points  de  l'amitié  de  la 
reine,  mais  elle  aimait  à  plaisanter  les  jeunes  gens  et  humait 
comme  un  parfum  rare  les  hommages  qui  montaient  des  mots 
et  surtout  des  regards  vers  sa  chaste  beauté  aux  lignes  harmo- 
nieuses. Et  quand  Madame  Anne  surprenait  Yolande  en  conver- 
sation avec  quelque  gentilhomme,  ou  qu'une  compagne  jalouse 
se  faisait  près  de  la  duchesse  l'écho  méchant  d'une  légère  impru- 
dence, la  demoiselle  de  Keryvoas  était  tancée  plus  vertement  et 
parfois  punie  de  quelques  jours  de  réclusion  qu'elle  occupait  avec 
calme  à  crayonner  sur  un  parchemin  fort  secret  la  galerie  impo- 
sante de  ses  adorateurs.  Madame  Anne  ne  souffrait  nulle  relation 
entre  ses  chères  filles  et  ses  chevaliers  ou  ses  pages,  et  s'il  adve- 
nait parfois  qu'ils  conversassent  ensemble  ce  devait  être  à  seule 
fin  de  publiques  fiançailles  suivies  tôt  d'honnête  mariage. 

Or  cette  nuit-là  que  Madame  Anne  dormit  si  mal  à  Thôtellerie 
du  Polgoat,  Yolande  exécuta  des  projets  ingénieux  mais  témé- 


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86  REVUS  DE  BRETAGNE 

raires.  Dans  les  somptuosités  sévères  des  châteaux  de  Blois  et 
d'Âmboise,  aux  résidences  royales,  elle  ne  savait  pas  oublier 
r&cre  parfum  de-  la  terre  de  Léon  et  l'antique  silhouette  du  ma- 
noir de  ses  aïeux.  Gomme  celui-là  qui  plas  tard  exilé  aux  rives 
du  Tibre  devait,  l'ftme  hantée  par  la  douceur  angevine  et  son 
petit  Lire»  chanter  ses  immortels  Regret^,  Yolande  demandait  à 
laTouraine  des  genôts  d'or  sur  la  lande  monotone  et  des  dolmens 
gris  sur  le  ciel  gris,  aux  flots  lents  et  majestueux  de  la  Loire  Tem- 
brun  des  lames  jaillissant  au  faîte  des  rochers.  La  demoiselle  de 
Keryvoas  avait  le  mal  du  pays,  cette'douleur  exquise  des  cœurs 
qui  savent  aimer  les  choses. 

Aussi  avait-elle  accueilli  avec  joie  l'annonce  du  prochain 
voyage  de  la  reine  au  Folgoat,  et  durant  le  long  chemin  elle  avait 
bu  à  grands  traits  l'air  de  la  Bretagne  et  rempli  ses  yeux  de  vi 
sions  chéries.  Dans  sa  contemplation  ardente  elle  semblait  môme 
avoir  perdu  sa  malice  ordinaire  et  son  exubérance.  Madame  Anne 
songeait  déjà  à  se  réjouir  d'une  transformation  inespérée.  Elle 
n'osait  cependant  pas  s*y  fier  entièrement.  Elle  avait  raison, 
comme  il  le  sera  suffisamment  prouvé  par  la  suite  de  ce  récit. 

Yolande  avait  reçu  abri  chez  un  bûcheron  dont  la  chaumière 
coquette,  encadrée  de  chônes,  s*élevait  à  Torée  d'un  grand  bois  qui 
couvrait  le  pays  jusqu'au-delà  de  Guicquelleau,  la  forôt  de  Lesne- 
ven  au  dire  des  habitants,  le  bois  du  Fou  qui^  perché  sur  la 
branche,  jetait  aux  nuages  :  Ave  Maria. 

Bien  avant  la  première  clarté  de  l'aube  blanchissante,  la  jeune 
fille  se  leva  à  la  hâte,  et  s'habillant  sans  bruit  avec  mille  précau- 
tions d*ailleurd  inutiles  pour  ne  point  réveiller  ses  hôtes  tout 
fiers  de  loger  une  si  noble  et  si  gentille  demoiselle,  elle  se  glissa 
hors  de  fk  maison,  la  coiffe  couverte  d'une  chaude  cape  de  ve- 
lours pour  se  protéger  du  froid  des  heures  matinales.  Elevée 
dans  le  comté  de  Tréguier  à  vingt  lieues  de  Lesneven,  Yolande 
connaissait  mal  cette  dernière  seigneurie  où  elle  n'était  venue 
qu'un  fois  tout  enfant,  au  Folgoat  môme  pour  y  prier  Madame 
la  Vierge.  Elle  partit  donc  en  exploration  aventureuse,  et  la  ro- 
sée légère  qui  flottait  dans  les  airs  à  ce  matin  d'automne  salua  la 
frôle  et  jolie  enfant  en  posant  ses  perles  argentées  sur  les  doux 
ors  de  ses  cheveux  rebelles  frissonnant  dans  la  brise. 

Yolande  s'avança  seule  à  travers  le  grand  bols.  Les  étoiles 
une  à  une  s'éteignaient  comme  à  regret,  et  les  pièces  chaussés  de 
petits  sabots  de  bois  qui  bruissaient  sur  les  feuilles  imortes  révei  1 


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ANNE  DK  BRETAGNE  AU  FOLGOAT  HH 

laient  les  chœurs  d'oiseaux  éionués  de  cette  visite  étrange.  Les 
lueurs  p&lesdu  joiir.  pénétrant  sous,  les  voûtes  sombres,  moi- 
raient  le  satin  brun&tre  qui  vébiit  les  branches  des  arbres,  et  sur 
la  route  encore  voisine  les  grands  chariots  des  paysans  gémis- 
saient vers  Lesneven. 

La  jeune  fille  s'enivrait  d'air,  se  grisait  de  sa  course  légère.  Il 
lui  semblait  si  bon,  échappant  aux  tapisseries  d'Amboise  et  aux 
jardins  étroits,  à  la  surveillance  affectueuse  mais  sévère  de  Ma- 
dame Anne  et  à  ses  devoirs  de  cour,  de  revivre  sa  vie  d*enfant, 
dans  la  nature  amie,  sans  se  soucier  de  l'étiquette  pesante,  de 
passer  comme  un  faon  dans  les  petits  sentiers,  d'escalader  les 
talus  sans  être  gânée  par  la  queue  interminable  d'une  robe  ma- 
jestueuse mais  peu  commode. 

Le  grand  jour  était  venu,  la  lumière  de  Bretagne  grise  et  un 
peu  opaque,  mais  très  douce  et  qui  harmonise  étrangement  tous 
les  objets.  Et  Yolande  courait  toujours.  Et  les  heures  rapides 
tombaient. 

Une  petite  inquiétude  pressait  maintenant  le  xœur  de  la  de- 
moiselle de  Keryvoas.  Ce  jour^là  son  service  auprès  de  la  reine 
commençait  à  midi,  et,  à  l'heure  précise,  il  fallait  être  rendu  là- 
bas^  très  loin  peut-être,  elle  ne  savait  plus,  toute  fraîche  et  en 
grande  toilette,  sans  qu'aucune  marque  traîtresse  accus&t  cette 
longue  équipée  d'une  prudence  discutable.  Yolande  devint  son- 
geuse tout  en  poursuivant  à  l'aventure  sa  capricieuse  promenade. 
Elle  secoua  bientôt  les  pensées  sombres  et  réfléchit  qu'elle  avait 
été  tancée  si  souvent  qu'il  importait  vraiment  peu  qu'elle  le  fût 
une  fois  de  plus.  Il  n'était  pas  utile  de  s'inquiéter  d'événements 
négligeables  et  fréquents  à  ce  point.  Oui,  mais  Madame  Anne 
était  parfois  volontaire  et  impérieuse  :  une  sévère  punition  pou- 
vait frapper  la  coupable  au  milieu  de  ce  voyage  enchanté  dont 
elieavaitrèvé  durant  de  longues  nuits.  Décidément  l'affaire  s'ag- 
gravait 

Yolande  en  était  là  de  ses  constatations  peu  aimables  quand 
elle  crut  percevoir,  comme  un  bruit  sauveur,  un  joyeux  carillon 
dans  le  lointain.  Elle  s'élança  gaiement  vers  le  son  dôs  cloches, 
et  après  une  course  folle  elle  vit  disparaître  la  forêt  aux  routes 
mystérieuses  et  se  dresser  devant  ses  yeux,  telle  une  petite 
vieille  toute  ridée,  la  cité  antique  et  trois  fois  vénérable  qu'avait 
jadia  fondée  Even  le  Grand,  le  guerrier  valeureux,  vainqueur 
des  Normands.  De  la  lourde  tour  romane  de  Notre  Dame  de 


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SS  RKVU£  DE  BRETAGNE 

Lesnçven,  jetée  au  haut  d'une  bute  avec  ses  contreforts  massifs» 
les  derniers  tintements  du  carillon  partaient  encore  pour  le  vol 
éperdu  des  notes  sonores  à  travers  les  airs.  Yolande  était  pieuse  ; 
elle  entra  dans  l'église  et  sous  la  voûte  basse,  emplie  de  Todeur 
religieuse  de  l'encens,  elle  salua  vite»  oh  !  bien  vite,  Madame  la 
Vierge  et  Monseigneur  Saint  Michel  qui,  hiératique  dans  son 
vitail  aux  chaudes  couleurs,  terrassait  Messire  Satan,  chef  mau- 
dit et  grinçant  des  légions  infernales.  Et  rassurée  maintenant 
fear  elle  savait  que  quelques N^entaines  de  toises  seulement  la 
séparaient  du  Folgoat,  elle  descendit  la  rue  étroite  et  tortueuse, 
éclairée  d'un  jour  timide  qui  ne  pouvait  se  frayer  qu'un  étroit 
passage  à  travers  les  étages  surplombants,  et  arriva  tout  es- 
soufflée, pour  y  demander  son  chemin,  aux  halles  neuves  de 
Lesneven,  bizarre  forêt  couverte  de  longs  toits  pointusi,  légitime 
orgueil  des  bourgeois  de  la  ville.  Un  petit  cortège  l'y  arrôta. 

Bardé  d'une  fine  cuirasse  d'acier  poli  où  coquettement  se  mi- 
raient les  vieilles  maisons  comme  dans  les  tableaux  flamands 
des  maîtres  du  passé,  cambré  fièrement  sur  son  destrier  dont  les 
caparaçons  de  satin  rouge  étaient  brodés  de  lames  d'or,  un  che- 
valier, jeune  et  délicat  tel  une  femme,  passait  par  la  place  pré- 
cédé de  deux  pages  à  ses  couleurs,  accompagné  d'arbalétriers 
aux  morions  de  cuivre.  Et  les  Lesneviens  s'esbaudissaient. 

Le  gentilhomme  arrôta  sa  monture,  qui  piaffa  de  rage  dans  les 
ornières  des  pavés  inégaux.  Il  n'en  n'eut  souci,  car  il  avait  vu 
Yolande.  Elle  parlait  à  une  respectable  matrone  que  sa  large 
coiffe  bien  empesée  et  sa  guimpe  toute  fraîche  marquaient  entre 
toutes  pour  une  femme  de  haute  considération  et  de  singulière 
estime.  La  bonne  dame,  obligeante  et  curieuse,  avait  vite  reconnu 
en  la  demoiselle  de  Keryvoas  une  fille  d'honneur  de  la  reine  de 
France  dont  le  voyage  était  pour  elle  et  pour  ses  amies  une  source 
inépuisable  de  délicieux  cQmmérages.  Causer  à  une  Yolande  en 
un  pareil  temps  était  bien  la  plus  favorable  aubaine  qui  pût  arri- 
ver à  une  bourgeoise  de  Qualité.  Aussi  par  mille  artifices  s'effor- 
çait-elle, cette  digne  Lef^nevienne,  de  ne  pas  répondre  et  d'inter- 
roger. La  patience  n'était  malheureusement  pas  la  plus  belle 
qualité  de  Yolande  de  Keryvoas. 

Brusquement  le  chevalier  intervint  :  «  Gente  demoiselle,  dit* 
il,  ployé  en  deux  dans  une  salutation  respectueuse  et  plus  pro- 
fonde qu'il  n'eût  été  strictement  nécesaire,  gente  demoiselle, 
pardonnez  au  plus  humble  de  vos  serviteurs,  s'il  ose  ainsi  vous 


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L 


ANNE  DE  BRETAGNE  AU  FOLGOAT  «9 

adresser  la  parole.  Mais  j'ouïs  dire  que  vous  êtes  à  Madame 
Anue  et  que  vous  allez  au  Folgoat.  Je  m'y  rends  moi-mâme  avec 
pages  et  écuyers  pour  solliciter  de  notre  gracieuse  souveraine 
l'honneur  de  lui  engager  ma  foi  et  de  la  servir  de  mon  épée  par- 
mi ses  gardes  bretonnes.  Daignez  monter  mon  cheval  de  guerre, 
car  point  n'ai  ici  quelque  blanche  haquenée  à  offrir  à  ma  dame, 
et  accepter  mon  escorte  pour  vous  conduire  plus  dignement  au 
castel  dont  vous  êtes  la  seconde  reine  par  la  beauté  qui  enivre 
mon  âme.  »  Et  ce  disant  il  mit  pied  à  terre,  et,  s'inclinant  dere- 
chef, il  balaya  comme  il  sied  ài^  son  panache  gris  les  pavés  que 
zébraient  de  feu  les  fers  impatients  du  destrier  noir. 

Yolande  sourit.  Il  ne  lui  échappa  pas  que  l'offre  galante  de  cet 
.aimable  cavalier  avait  un  peu  trop  vite  pris  l'allure  d'une  décla- 
ration. Elle  n'en  fut  pas  offensée.  Effet  de  l'habitude  d'abord  ;  en- 
suite ce  charmant  damoiseau  ne  savait  point  lui  déplaire,  lui 
qu'on  imaginait  plutôt  coiffé  d'une^  mante  que  d'un  casque  et  vêtu 
d'un  corset  que  d'une  cuirasse.  Et  cependatit,  malgré  ses  cheveux 
-  trop  longs  et  ses^  joues  trop  roses  de  fillette,  il  avait  vaillante 
mine  dans  son  armure  et  belle  prestance  sur  son  grand  cheval. 
Les  contrastes  plaisent  aux  dames. 

Aussi  la  demoiselle  Yolande  était-elle  un  peu  émue  et  plus 
peut-être  qu'elle  n'aurait  voulu  se  l'avouer  à  elle-même.  Elle  ré- 
pondit mutine  :  «  Messire,  vous  ôtes  fort  galant  et  je  vous  remer- 
cie. Mais  il  ne  sied  point  à  une  jeune  fille  de  se  laisser  conduire 
par  les  routes.  Remontez  votre  cheval  dont  je  n'ai  besoin  et  allez 
au  Folgoat.  Mes  vœux  vous  accompagnent.  Que  vous  soyez  jugé 
digne  par  votre  mérite  et  votre  valeur  de  défendre  partout  notre 
aimée  souveraine  !  Et  je  souhaite  que  récompensant  votre  ga- 
lanterie, quelque  belle  demoiselle,  —  et  vous  en  verrez  moult  à 
notre  cour  de  gentilles  au  cœur  aimant,  —  vous  accorde  bientôt 
pour  votre  joie  ses  plus  honnêtes  faveurs  !  » 

«  Cruelle  n,  pensa  Jean  d'Occismor,  comme  un  héros  des  fu- 
tures tragédies,  en  remontant  en  selle  un  peu  confus,  sans  trop 
réQéchir  dans  le  premier  dépit  que  l'aimable  congé  qui  lui  avait 
été  signifié  n'était  pas  sans  laisser  par  ses  paroles  voilées  le 
champ  tout  libre  aux  rêves  ailés  de  Tespérahce. 

Et  dans  un  dernier  salut  à  Yolande  plus  moqueuse,  il  éperonna 
brutalement  son  cheval  qui  n'en  pouvait  mais,  et  courut  au  Fol- 
goat avec  sa  petite  troupe  dans  un  cliquetis  de  fer  qui  donna  aux 
paisibles  bourgeois  de  Lesneven,  assistants  un  peu  ébahis  de 


Aoât  i9ê8 


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90  REVUE  DE  BRETAGNE 

cette  rencontre,  une  haute  idée  de  la  noblesse  du  sire  d*Occis- 
inor  et  de  la  vigueur  de  jarret  de  ses  destriers. 

Puis,  sous  l'égide  protectrice  et  respectable  de  la  digne  piatrone 
qu'elle  avait  interrogée  et  qu'un  pareil  honneur  empourprait  de 
joie  et  gonflait  de  flerté  à  faire  éclater  sbn  épais  corsage  de  ve- 
lours noir,  Yolande  regagna  d'un  pied  léger  la  demeure  hospita- 
lière de  ses  bûcherons  d'où  elle  repartit  vers  le  Folgoat,  la  toi- 
lette faite  à  la  hâte,  car  les  heures  inexorables  s'avançaient  et  il 
n'était  guère  prudent  de  faire  attendre  Madame  Anne. 

Des  surprises  variées  l'attendaient  à  Thôtellerie  des  pèlerins. 

Elle  sut  d'ai3ord  d'une  amie  cHari table  que  la  Reine  avait  appris 
son  équipée  aventureuse  et  que  l'orage  grondait.  Cependant  Ma- 
dame Anne  ne  récrimina  pas  ce  jour-là.  Elle  se  contenta  de  mar- 
quer à  Yolande  que  ses  ajustements  étaient  fort  négligés.  iJa 
jeune  flile  s'excusa  au  hasard.  Elle  connut  aussi  qu'un  nouveau 
chevalier  était  arrivé  au  ch&teau  et  avait  obtenu  audience  privée 
pour  le  soir  môme.  Elle  surprit  son  cœur  à  former  le  vœu  que 
Jean  d'Occismor  devint  bientôt  chevalier  de  la^uchesse.  Elle  s'en 
étonna,  car  de  pareilles  dispositions  lui  étaient  peu  familières. 
Elle  fut  moins  gaie  et  exubérante,  mais  plus  distraite.  Son  ser- 
vice  en  pâtit,  et  des  allusions  aux  jeunes  filles  qui  courent  les 
bois  devant  l'aube  et  osent  converser*par  les  rues  avec  de  ga- 
lants chevaliers  la  prévinrent  qu'elle  n'avait  point  été  trompée 
et  que  Madame  Anne  était  au  courant  de  son  équipée  matinale. 
Cela  ne  pouvait  manquer  de  mal  finir,  mais  d'autres  pensers  oc- 
cupaient tout  entiers  Tâme  de  la  demoiselle  Yolande  de  Kery  voas. 

Cependant  Madame  Anne  était  moins  fâchée  qu'il  ne  le  pa- 
raissait. Elle  savait  que  sa  chère  fille  était  rentrée  au  logis  en  fort 
décente  et  respectable  compagnie.  Il  ne  lui  était  pas  trop  difficile 
de  reconstituer,  avec  le  reste  du  petit  roman,  le  sens  des  paroles 
échangées  devant  les  halles  de  Lesneven.  Et  le  beau  gentil- 
homme ne  pouvait  ôCre  que  Jean  d'Occismor.  Si  ce  chevalier 
qu'on  lui  avait  dit  être  délicat  comme  une  femme  et  brave 
comme  un  preux^  et  dont  le  nom  sonore  réveillait  de  l'ombre 
des  siècles  passés  toute  l'histoire  de  la  vieille  terre  d'Armor,  de- 
vait ôtre  pour  Yolande  la  forme  humaine  du  bonheur,  ce  n'était 
certes  pas  elle  qui  ferait  obstacle  à  la  joie  de  ces  enfants.  Elle 
saurait  mieux  être  la  bonne  messagère.  Mais  une  épreuve  s'im- 
posait à  son  expériencci  voire  môme  une  petite  leçon  à  de  jeunes 
imprudents. 


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ANN  DB  BRETAGNE  AU  FOLGOAT  9i 

Le  soir  la  reine  reçut  le  sire  d'Occismor.  Elle  lui  déolara^  son 
dessein  de  voyager  quelques  jours  encore  à  travers  son  cher 
pays  de  Bretagne,  et  ajouta  que  pour  ce  temps  rapide  elle  agréait 
ses  services  afin  qu*il  eût  occasion  de  se  faire  connaître  et  de 
mériter  la  faveur  qu'il  ambitionnait  de  servir  aux  gardes  bre- 
tonnes. Puis  tendant  à  baiser  au  jeune  homme  ravi  le  bout  un 
peu  gros  de  sa  robuste  main,  elle  le  congédia*  Dans  le  crépus^ 
cuie  enveloppant,  devant  la  grande  cheminée  où  pétillaient  des 
troncs  d'arbres,  la  bonne  duchesse  songea  à  Tamour  et  à  la  des- 
tinée,  et,  déroulant  son  rosaire^  elle  pria  pour  la  France  et  son 
très  noble  époux  le  roi  Liouis  le  Douaième.  ' 

Au  lendemain  matin,  Madame  Anne  entendit  la  messe,  avec  sa 
suite^  en  la  basilique  de  Notre-Dame  duFolgoat  où  elle  devait  re- 
venir bientôt  avant  de  retourner  vers  les  châteaux  de  la  Loire. 
Elle  partit  ensuite  dans  les  landes  et  les  bois,  à  travers  le  pays 
de  Léon,  par  la  sénéchaussée  de  Lesneven  où  elle  écouta  grave- 
ment une  docte  harangue  prononcée  en  langue  latine  et  où  elle 
fut  logée  en  rhôtellerie  des  Trois-Piliers,  demeure  romane  dont 
Ids  galeries  étaient  de  granit  brut  et  la  succulente  cuisine  fort 
renommée^  plus  de  dix  lieues  à  l'entour. 

Les  jours  suivants,  il  advint  par  un  merveilleux*  effet  du  ha- 
sard  que  le  sire  Jean  d'Occismor  eut  moult  souvent  besogne  ur- 
gente aux  endroits  divers  où  se  trouvait  la  demoiselle  Yolande 
de  Keryvoas.  La  chronique  raconte  qu'il  fut  fait  de  ces  coiaci- 
dences  étranges  de  longs  et  minutieux  rapports  à  Madame  Annd 
et  qu'elle  ne  parut  pas,  par  d'injustes  dérogationsi  accorder  à  ces 
bruits  toute  l'attention  qu'ils  méritaient.  Des  gens  malicieux  et 
mal  informés  ajoutent  môme  que  la  reine,  ayant  aucune  fois 
surpris  ces  enfants  en  galante  conversation,  feigoit  être  très 
occupée  de  ses  lévriers  ou  de  sa  parure  et  manqua  à  remarquer 
ce  qui  d'ordinaire  n*échappait  jamais  à  sa  clai  voyante  vigilance. 
On  en  conclut  que  Madame  Anne  se  relftchait  de  son  ordinaire 
sévérité,  et  quelques  demoiselles  d'honneur,  têtes  joyeuses  et 
cœurs  légers,  tentèrent  de  profiter  de  ce:»  nouvelles  licences. 
U  en  résulta  des  punitions  exemplaires,  distribuées  avec 
une  royale  impartialité  qui  épargna  seulement  les  amoureux 
dont  l'heureuse  rencontre  s'était  faite  dans  les  rues  mal 
pavées  de  la  cité  d'Even  le  Grand.  Et  l'ordre  accoutumé  régna 
sur  la  cour.  Madame  Anne  fut  accusée  bien  en  cachette  d'être 
{ujuëte  et  de  faire  de  subtiles  distinctions;  Madame  Anne  avait 


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92  REVUE  DK  BUETAGNE 

raison,  car  elle  était  fort  clairvoyante  et  elle  avait  les.  yeux 
perçants. 

Cependant  Yolande  et  Jean  ne  profitaient  plus  autant  qu'il  leur 
eût  été  possible  de  la  coooplaisance  de  leur  souveraine.  Sans 
doute  ils  se  voyaient  souvent  et  causaient  parfois  seule  à  seul, 
mais  il  apparaissait  que  leurs  rapports  étaient  singulièrement  ti- 
mides, et  que  la  demoiselle  de  Keryvoas,  dont  la  réputation  d'iro- 
nie était  depuis  longtemps  faite  aux  dépens  de  ^es  multiples 
adorateurs,  perdait  devant  le  sire  d*Occismor  ses  naturelles  qua- 
lités d'enjouement  et  de  mordant.  Les  conversations  languis- 
saient décemment  et  les  yeux  trop  baissés  craignaient  même 
de  trahir  les  cœurs. 

La  bonne  duchesse  n'était  inattentive  qu'en  apparence  à  ce  pe-< 
tit  manège.  Elle  le  suivait  au  contraire  de  fort  près.  Et  quand  elle 
pensa  qu'il  avait  assez  duré,  elle  se  résolut  à  aider  aux  amours 
de  sa  chère  Aile  par  un  naïf  stratagème. 

Revenue  tôt  de  sa  chevauchée  triomphale  à  travers  les  comtés 
de  Léon  et  de  Tréguier,  elle  s'arrêta  à  l'hôtellerie  du  Folgoat, 
pour  y  remercier  une  nouvelle  fois  sa  très  Puissante  Protectrice, 
avant  de  repartir,  dans  sa  litière  de  brocart,  vers  sa^chère  ville 
de  Nantes  et  les  lieux  où  l'attendait  son  royal  époux. 

A  l'heure  de  la  vesprée,  enfouie  dans  un  grand  fauteuil  armoK 
rié  que  surmontait  la  couronne  ducale,  comme  elle  lisait  l'Office 
de  la  Vierge  dans  les  Heures  très  précieuses  enluminées  par  ses 
imagiers  illustres,  et  que  Yolande  près  d'elle  tournait  en  rêvant 
son  rouet  divoire,  cependant  que  dans  un  angle  obsur  un  mé- 
nestrel accordait  son  luth,  Jean  d'Occismor  entra,  mandé  par  un 
page,  et  mit  un  genou  à  terre  devant  la  reine,  attendant  son  noble 
plaisir  :  «  Levez-vous,  chevalier,  lui  dit  Madame  Anne  eu  fermant 
son  livre.  Nous  sommes  satisfaite  de  votre  service  et  il  ne  tient 
pas  à  notre  bonne  volonté  que  nous  ne  vous  attachions  pour  tou- 
jours à  notre  personne.  Maislnous  avons  interrogé  notre  capi- 
taine des  gardes  bretonnes  et  sa  compagnie  est  au  complet. 
Nous  ne  saurions  cependant  nous  priver  de  vous.  Vous  nous 
précéderez  demain  vers  notre  terre  de  France  et  remettrez  à 
notre  noble  époux  le  roi  Louis  le  Douzième  ce  parchemin  scellé 
de  notre  sceau  qui  vous  recommandera  à  sa  gracieuse  bonté-et 
vous  aidera  à  faire  une  carrière  honorable  parmi  ses  soldats 
d'élite.  Allez,  seigneur  chevalier,  et  que  Dieu  vous  soit  en  aide  I  » 
Et,  réprimant  un  sourire,  elle  tendit  le  bout  de  ses  doigts  à  Jean 


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ANNE  DE  BRETAGNE  AU  FOLGOAT  93 

d'Occismor,  les  yeux  fixés  sur  Yolande  qui  avait,  hélas,  complète- 
ment perdu  contenance. 

«  Bh  I  Qu'avez-vous,  ma  chère  fille?  dit  Anne  en  attirant  à  elle 
sa  jeune  demoiselle.  Que  vous  voilà  pâle  et  défaite  I  Rentrerait-il 
par  quelque  vitrail  mal  clos  un  vent  apportant  la  froidure.  Et 
vous,  beau  sire,  que  tardez- vous  à  exécuter  mes  ordres  ?  — 
«  Hélas,  Madame,  balbutia  Jean,  votre  bonté  m'accable  et  je  ne 
sais  que  vous  répondre.  Je  n'ose....  C'est  vous,  Madame,  vous 
seule  que  je  voulais  servir,  et  en  vous  obéissant  je  partirai  de* 
main  le  cœur  brisé.  >» 

«c  Vraiment,  cher  seigneur,  répliqua  la  duchesse  dissimulant* 
de  son  mieux  quelque  émotion  sous  la  raillerie,  nous  ne  vous 
aurions  pas  cru  aussi  attaché  à  notre  personne,  et  nous  sommes 
toute  reconnaissante  d'un  aussi  grand  dévouement.  Mais  revenez 
à  vous,  Yolandp,  et  dirigez  vos  esprits  à  concevoir  comme  nous 
est  ce  seigneur  attaché  d'extraordinaire  façon.  Et  donc,  sire, 
c'est  nous  seule  que  vous  aimez  d'aussi  bel  et  platonique  amour  ?  » 
'  «  Oui,  Madame,  mais  elle....  '>  prononça  tout  bas  Jean  d'Oc- 
cismor  en  s'agenouillant  devant  la  reine  dont  il  baisa  la  robe, 
pendant  que  Yolande  jugeait  à  propos  de  pâmer  complètement 
entre  les  bras  de  sa  noble  protectrice  qui  s'écria: 

«  Oh  I  que  voilà  bien  une  ingrate  enfant  ;  vous  l'aimiez  demoi- 
selle et  aviez  pour  votre  reine  un  pareil  sf  cret  ?  Ceci  mérite  un 
châtiment  exemplaire,  et,  puisque  tous  deux  vous  êtes  orphelins, 
nous  voulons  que  demain  môme  vous  soyez  par  notre  chapelain 
solennellement  fiancés  sous  Tlmage  de  Madame  la  Vierge  du  FoU 
goat.  Ouvrez  les  yeux,  ma  chère  hlle,  vous  serez  magnifiquement 
dotée  par  votre  suzeraine).  Allez,  sire  Jean,  remercier  la  très 
Sainte  Mère  de  Dieu,  après  avoir  devant  la  reine  de  France  baisé 
le  front  de  votre  fiancée.  » 

Ainsi  fut  fait.  Le  lendemain  Yvonne  de  Keryvoas  et  Jean  d'Oc- 
cismor  se  promirent  mutuellement  fidélité  devant  Tautel  de  Ma- 
rie, en  son  insigne  basilique  du  Folgoat,  que  Madame  Anne  enri- 
chit à  cette  occasion  d'une  chapelle  complète  brodée  de  ses  mains 
royales. 

Et  dans  l'éblouissementdu  cortège  de  la  reine  de  France,  au 
frou-frou  joyeux  des  longues  t^-atues  de  satin  et  de  velours  qui 
bruissaient  sur  les  dalles  leur  bruissement  harmonieux,  dans  le 
cliquetis  des  épées  étincelaotes  et  le  choc  argentin  des  armures, 
les  fiancés  sortirent  de  l'église  de  Noire-Dame  du  Folgoat,  la 


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94  REVUE  DE  BRETAGNE 

main  dans  la  maip<  les  yeux  remplis  de  la  joie  des  jours  futurs, 
pendant  que  les  cloches  lançaient  à  toute  volée  aux  quatre  coins 
des  Horizons  gris,  ver$  Guicquelleau  et  Lesneven,  et  le  Daoudour 
et  les  camp9  4e  César,  Thymne  do  Salattn  ar  Foll,  l'Innocent  Ser- 
viteur de  Madame  la  WmgBiAve  Maria,  Ave  Maria.  Ave  Maria 
chaptaient  aux  fiancés  les  cloches  du  Folgoat,  les  cloches  dont  la 
voix  de  bronyo  sait  allègrement  monter  vers  le  ciel. 

Albxandrb  Massbron. 


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DEVANT  UATRE  ^'^ 


LA  FEE  AUX  TROIS  DENTS 


C'était  en  hiver,  la  neige  tombait  à  gros  flocons,  un  bûcheron 
et  sa  femme,  enfermés  dans  une  hutte,  au  milieu  de  la  forôt  de 
Brocéliande,  divisaient  de  leurs  affaires  au  coin  du  feu,  près 
duquel  était  le  berceau  d'un  nouveau-né. 

Plusieurs  coups  secs,  frappés  à  leur  porte,  les  firent  se  lever 
tous  les  deux,  pour  aller  voir  qui  pouvait  bien,  par  un  pareil 
temps,  parcourir  les  bois.  II3  virent  une  pauvre  malheureuse 
femme,  couverte  de  haillons,  appuyée  sur  un  b&ton,  Qt  qui 
tremblait  de  tous  ses  membres. 

Elle  demanda  un  abri  contre  le  froid,  et  un  peu  de  pain  pour 
calmer  sa  faim. 

La  femme  du  bûcheron  la  fit  asseoir  devant  T&tre,  alla  à  la 
huche  prendre  une  galette  dé  blé  noir  qu'elle  brisa  dans  une 
écuelle  pleine  de  lait,  puis  l'offrit  à  la  voyageuse. 

Une  fois  réconfortée,  celle-ci  s'approcha  du  berceau^  regarda 
Tenfant,  et  tout  à  coup,  laissant  tomber  à  ses  pieds  le  manteau 
déguenillé  qui  la  couvrait,  elleapparut,  aux  yeux  des  paysans 
éblouis,  resplendissante  de  beauté,  avec  des  vêtements  d'une 
richesse  merveilleuse. 

«  Je  suis  la  reine  des  fées  de  la  forêt  de  Brocéliande,  leur 
dit-elle  en  se  redressant,  et  puisque  vous  m'avez  accueillie  avec 
tant  de  bonté  et  de  générosité,  me  croyant  une  pauvresse  dans 
le  besoin,  je  veux  laisser  à  votre  enfant  un  souvenir  qui  lui  sera 
utile  dans  plusieurs  circonstances  de  sa  vie. 

Voici  une  noix,  qui  renferme  trois  dents  de  lait  de  la  fée 
Viviane,  ma  mère.  Quand  votre  fils  touchera  Tune  d'elles,  en 
formulant  un  désir,  son  souhait  sera  aussitôt  réalisél 

(1)  Voir  la  Revue  de  juillet  190S. 


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96  REVUE  DE  BRETAGNE 

Chacune  de  ces  dents  ne  pourra  servir  qu'une  fois  ;mai8  néan- 
moins, il  devra  les  conserver  précieusement,  ^^ar  autrement  les 
fées,  jalouses  de  mon  cadeau,  pourraient  lui  nuire  d'une  façon 
terrible. 

La  cabane  se  remplit  d'une  clarté  subite,  et  la  fée  disparut. 

La  femme  du  bûcheron  enfila  les  trois  dents  à  un  cordon 
solide,  qu'elle  passa  au  cou  de  son  enfant. 

Gelui:ci  grandit  ^n  force  et  en  sagesse.  Il  étonnait  tout  le 
monde  par  la  vivacité  de  son  esprit,  son  bon  sens,  et  sa  vigueur 
prodigieuse. 

Quand  il  eût  atteint  T&ge  de  vingt  ans,  sa  mère  lui  révéla 
Torigine  des  trois  dents,  le  pouvoir  qui  y  était  attaché,  et  le 
danger  qu'il  y  aurait  à  s'en  séparer. 

tie  jeune  homme,  qui  s'appelait  Merlin,  résolut  de  courir  le 
monde,  et  de  faire  fortune  avec  le  talisman  qu'il  possédait. 

Il  partit  donc^  et  après  avoir  voyagé  quelque  temps^  il  arriva 
un  soir,  exténué  de  fatigue,  à  la  porte  d'une  ferme  où  il  demaada 
l'hospitalité. 

Le  fermier  l'invita  à  entrer,  lui  fM  partager  son  frugal  repas  ; 
mais  Hinforma,  qu'en  raison  de  sa  nombreuse'  famille,  il  ne 
pouvait  le  coucher  que  dans  le  foin  du  grenier. 

Tout  en  causant,  le  voyageur  aperçut,  dans  le  lointain,  un 
ch&teau  qui  semblait  en  ruines. 

—  A  qui  appartient  ce  manoir,  que  l'on  voit  là-bas  sur  le 
coteau  7  demanda-t-il. 

—  C'est,  répondit  l'hôte,  l'ancienne  demeure  des  seigneurs  du 
pays.  Depuis  plus  de  cent  ans,  ce  château  est  inhabité,  et  presque 
toutes  les  nuits,  on  y  entend  des  choses  effrayantes  :  froissements 
de  papiers,  bruits  d'armures,  ffrgent  remué  à  la  pelle,  portes 
s'ouvrant  et  se  refermant  avec  fracas^  plaintes  et  jurons. 

—  Eh  bien  !  dit  Merlin,  voilà  mon  gîte  tout  trouvé  pour  cette 
nuit. 

—  Gardez-vous-en  bien,  s'écria  la  fermière  ;  ceux  qui,  avant 
vous,  ont  eu  l'audace  de  s'y  introduire,  ont  été  trouvés  morts  le 
lendemain  matin. 

—  Peu  m'importe,  je  ne  crains  rien,  et  je  vais  m'y  rendre. 
Malgré  les  supplications  des  bonnes  gens,  il  prit  congé  d'eux, 

et  se  dirigea  vers  le  château  abandonné. 

Il  y  pénétra,  choisit  la  meilleure  chambre,  s'assura  qu'il  avait 
bien  son  collier  au  cou,  se  coucha  et  s'endormit  promptement 


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DEVANT  L'ATRE  «7 

par  suite  de   la  fatigue  qu'il  avait  éprouvée  dans  la  journée. 

A  minuit,  il  fut  réveillé  par  le  bruit  des  portes  s*ouvrant  et  se 
refermant.  Bient&t  il  vit  entrer  dans  sa  chambre  deux  chevaliers 
armés  de  pied  en  cap,  Tun  tenant  un  rouleau  de  papiers  à  la 
main,  l'autre  une  sacoche. 

Ils  prirent  place  à  une  table,  et  celui  qui  avait  les  papiers 
invita  l'autre  à  lui  payer  le  reste  de  la  rançon  qu'il  lui  devait. 

—  Hélas  I  J'ai  eu  beau  faire,  répondit  celui-ci,  je  ne  puis 
encore,  cette  fois,  vous  remettre  la  somme  que  vous  exigez. 

—  Voyons,  comptez  ce  que  vous  avez  d'argent,  pendant  que 
je  vais  revoir  mes  notes,  et  faire  votre  compte. 

Le  pauvre  débiteur,  tout  en  gémissant,  délia  son  sac,  et  se 
mit  à  aligner  sur  une  table  des  piles  d'écus. 

Au  bout  de  quelque  temps,  Merlin,  qui  avait  tout  entendu, 
s'écria  en  mettant  un  doigt  sur  l'une  des  dents  pendues  à  son 
cou  :  «  Finissez  et  disparaissez  pour  ne  plus  jamais  revenir.  » 

Les  deux  chevaliers,  se  voyant  surpris,  veulent  s'élancer  sur 
l'importun  ;  mais  une  force  invisible  les  paralyse,  le  plancher 
s'ouvre  sous  leurs  pieds,  et  ils  disparaissent,  pour  toujours, 
dans  les  entrailles  de  la  terre. 

Merlin  se  lève,  s'avance  vers  la  table,  aperçoit  les  pièces  d'or 
et  les  papiers.  Il  parcourt  ceux-ci  d'un  œil  avide,  et  apprend 
qu'il  a  eu  affaire  à  deux  spectres  morts  depuis  un  siècle. 

De  leur  vivant,  ces  personnages  étaient  seigneurs  de  deux 
châteaux  voisins,  et  se  livraient  à  la  sorcellerie.  Ils  aimaient  la 
même  jeune  fllle,.et  pour  elle  se  déclaraient  la  guerre.  Après  des 
luttes  incessantes,  le  propriétaire  du  château  de  Ponthus  fit  pri- 
sonnier son  voisin  de  Comper,  l'enferma  dans  le  souterrain  de 
son  château,  et  lui  dit  qu'il  ne  lui  rendrait  la  liberté  que  contre 
une  rançon,  fixée  à  un  chiffre  tellement  considérable  qu'il  deye- 
nait  impossible  au  prisonnier  de  recouvrer  sa  liberté. 

Gomme  sorciers,  ils  jouissaient  d'un  privilège  qui  leur  permet- 
tait de  revenir,  après  leur  mort,  sur  la  terre,  pour  traiter  leur 
question  de  rançon. 

Merlin  remplit  ses  poches  d'or,  cacha  le  surplus  dans  l'une 
des  caves  du  château,  et  continua  sa  route. 


Ayant  appris  par  la  lecture  du  manuscrit  du  seigneur  de  Pon- 
thus, que  ce  dernier  avait  jadis,  au  moyen  d'un  sortilège,  privé 


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98  REVUE  DE  BRETAGNE 

d'eau  tontes  les  terres  du  pays  de  Mauron,  faisant  partie  du 
domainede  son  ennemi,  Merlin  y  alla  et  proposa  aux  habitants  de 
leur  rendre  leurs  terres  aussi  fertiles  qu'autrefois,  et  les  sources 
aussi  abondantes  que  celles  qui  alimentaient  les  fontaines  de 
leurs  aïeux.  Il  demanda,  pour  cela,  une  somme  d'argent  -  relati- 
vement  peu  importante.  « 

L'offre  fut  acceptée  avec  empressement. 

Il  se  rendit  près  d'un  arbre,  désigné  dans  le  manuscrit,  et  qui» 
à  lui  seul,  absorbait  par  ses  racines,  les  eaux  de  la  pluie  et  des 
neiges. 

Il  toucha  la  seconde  dent  de  la  fée,  exprimant  le  vœu  de  Yoir 
disparaître  cet  arbre. 

Aussitôt  le  tonnerre  gronda,  des  craquements  terribles  se 
firent  entendre,  la  foudre  tomba  sur  l'arbre  qui  s'abtma  sur  le 
sol.  L'eau  jaillit  en  abondance  du  trou  qu'occupaient  les  racines, 
et  ne  tarda  pas  à.  remplir  les  étangs  desséchés  du  chftteau  de 
Gomper,  ainsi  que  les  ruisseaux  leur  servant  de  déversoir. 

Les  habitants  ravis  supplièrent  le  voyageur  de  rester  parmi 
eux  ;  mais  il  n'y  consentit  pas  et  continua  sa  route. 


Merlin  alla  dans  le  pays  de  Vannes,  où  il  apprit  que  le  roi  était 
en  guerre,  depuis  de  longues  années,  avec  les  Francs  qui  avaient 
envahi  une  grande  partie  dé  son  royaume. 

Ne  sachant  plus  que  faire,  l'infortuné  roi  avait  promis  d'accor- 
der la  main  de  la  princesse  sa  fille  au  guerrier  capable  de  chasser 
Tarmée  ennemie. 

Merlin  sollicita  une  entrevue  du  roi.  L'ayant  obtenue  il  promit 
au  souverain  de  lui  donner,  dans  quelques  jours,  le  moyen  de 
se  débarrasser  de  ses  adversaires. 

Il  toucha  la  troisième  dent,  en  demandant  à  devenir  invisible, 
et  à  être  transporté  dans  la  tente  du  général  Franc. 

Là,  il  put  examiner,  sans  être  vu,  les  plans  de  batailles,  enten- 
dre les  projets  des  principaux  chefs  et  se  renseigner  sur  tout  ce 
qu'il  voulait  savoir.  Il  retourna  ensuite  près  du  roi,  le  priant  de 
lui  confier  le  commandement  dé  ses  troupes. 

Huit  jours  plus  tard,  Merlin  rentrait  à  Vannes  victorieux,  et 
déposait  aux  pieds  du  roi  les  richesses  prises  à  l'ennemi. 

Le  monarque  breton  s'empressa  de  reconnaître  l'immense  eer- 


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DEVANT  LATRB  99 

vice  qui  venait  de  lui  ôtre  rendu,  et  fier  d*avoir  pour  gendre  un 
aussi  brave  capitaine,  il  décida  quelle  mariage  de  Merlin,  avec  la 
princesse  sa  fille,  aurait  Heu  sans  retard. 

Le  futur  déposa,  dans  la  corbeille  de  aa  fiancée,  un  bijou  enri- 
chi de  diamants  et  enchâssant  les  Irois  dents  qui  avaient  été  la 
source  de  ses  succès  et  de  sa  fortune. 

Le  mariage  eut  lieu,  et  le  bonheur  des  jeunes  époux  aurait  été 
parfait^  sans  un  vol,  dont  les  conséquences  leur  furent  funestes. 


Une  nuit,  des  brigands  s'emparèrent  des  bijoux  de  la  jeune 
mariée,  en  pénétrant  dans  le  palais  du  roi. 

Presque  immédiatement,  ce  palais  fut  détruit  par  un  incendie, 
plus  tard  la  grêle  ravagea  les  récoltes,  et  enfin  une  épidémie  fit 
mourir  un  nombre  considérable  d'habitants. 

Merlin  se  rappela  ce  que  la  fée  avait  prédit,  s'il  ne  conservait 
pas  les  trois  dents,  et  il  songea  au  moyen  de  rentrer  en  leur 
possession. 

Après  avoir  mûrement  réfléchi,  il  revêtit  des  habits  de  moine 
quêteur,  et  s'en  alla  chargé  d'une  escarcelle  bondée  de  victuailles 
et  d'argent,  chercher  à  se  faire  arrêter  par  des  voleurs. 

Il  y  réussit,  et  la  première  chose,  qui  frappa  ses  yeux  dans  la 
caverne  où  il  avait  été  conduit,  fut  le  bijou  tant  regretté  qui 
pendait  au  cou  de  la  flUe  du  chef  des  brigands. 

Gomment  faire  pour  le  ravoir  7  II  s'ingénia  à  rendre  tous  les 
services  possibles  à  la  jeune  fille,  qui  peu  habituée  à  de  pareilles 
attentions,  y  fut  sensible. 

Le  prisonnier,  jeune,  joli  garçon,  distingué,  exprima  devant 
cette  enfant,  des  sentiments  de  délicatesse  qu'elle  n'avait  jamais 
entendus  de  la  bouche  des  misérables  au  milieu  desquels  elle  vi- 
vait. Elle  éprouva  une  véritable  affeetion  pour  Merlin  et  lui  offrit 
sa  liberté.  Il  refusa,  prétextant  qu'il  aurait  trop  de  peine  à  se 
séparer  d'elle. 

A  partir  de  ce  moment,  les  portes  de  la  caverne  restèrent  ou- 
vertes au  prisonnier. 

Un  jour,que  les  deux  jeunes  gens  étaient  seuls  et  que  le  bijou 
aux  trois  dents  se  trouvait  sur  une  table,  Merlin  s'en  empara  et 
•  s'enfuit,  sans  écouter  les  prières,  lés  supplications,  les  cris  et 
même  les  injures  de  la  fille  du  brigand; 


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100  REVUE  DE  BRETAGNE 

Il  rapporta  à  la  princesse  sa  femme  le  précieux  talisman  qui 
ne  tarda  pas  à  faire  renaître  la  joie  et  l'opulence  à  la  cour  du  roi 
de  Vannes» 


LES  MÉTAMORPHOSES  (1). 

Le  bûcheron  Rabu,  sa  femme  et  leurs  deux  enfants,  un  garçon 

et  une  fille,  habitaient  une  chaumière  sur  la  lisière  d'une  forêt. 

Un  jour  que  l'homme  était  absent,  la  mère  dit  à  ses  enfants  : 

—  Allez  dans  la  fordt  ramasser  du  bois  mprt,  et  celui  de  vous, 
qui  m'apportera  le  plus  gros  fagot,  aura  une  poire. 

La  fille  travailla  avec  ardeur  et  ne  tarda  pas  à  avoir  un  faix  - 
énorme.  Son  frère,  qui  n'avait  fait  que  courir  et  jouer,  s'aperçut 
que  sa  sœur  était  prête  ^  s'en  aller.  Il  s'empara  d'elle,  l'attacha 
malgré  ses  cris  à  un  arbre,  prit  le  fagot  et  le  porta  à  sa  mère. 

Celle-ci  lui  demanda  ce  qu'était  devenue^sa  sœur. 

—  Elle  est  restée  à  cueillir  des  fleurs  dans  la  forêt,  répondit^il. 
Plusieurs  heures  s'écoulèrent,  et  la  mère  inquiète  envoya  le 

pçtit  garçon  à  la  recherche  de  sa  sœur. 

L'espiègle  qui,  au  fond  n'était  pas  méchant,  détacha  l'enfant  et 
la  ramena  au  logis. 

La  fillette,  sous  le  coup  de  la  colère,  raconta  à  sa  mère  ce  que 
son  frère  lui  avait  fait.  La  femme  furieuse  —  et  qui,  d'ailleurs, 
n'aimait  pas  son  fils  ^  dit  à  sa  fille  d'aller  se  promener  et, 
pendant  son  absence,  saisit  le  petit  garçon,  regorgea,  le  coupa 
par  morceaux,  et  le  mit  dans  une  marmite  d'eau  bouillante. 

Quand  la  petite  fille  rentra,  sa  mère  lui  ordonna  de  souffler  le 
feu.  L'enfant  s'approcha  de  la  cheminée,  et  entendit  une  voix  qui 
semblait  sortir  de  )a  marmite  et  qui  lui  disait  : 

«  Nô  souffle  pas  si' fort 
Car  tu  me  brûlerais.  » 

Etonnée,  l'enfant  dit  à  sa  mère  :  —  n'entends-tu  pas  causer 
dans  la  marmite  ? 


(t)  Ce  récit,  que  nouitenoni  d'an  TieiUard  de  Saint-Laarent  prÀs  Rennes,  boiib 
avait  paru,  tellement  étrange,  et  si  peu  semblable  à  ceux  de  notre  pays,  qae  nous 
l'avions  conservé  jusqu'à  ce  jour  n*osant  le  publier.  Ce  n*est  qu'après  avoir  lu 
les  contes  Irlandais,  traduits  par  M.  Dotin,  professeur  &  la  faculté  des  lettres  d% 
Kenoes,  que  nous  nous  sommes  décidé  fit  le  faire  parce  que  ce  récit  a  beaucoup 
d*analogie  avec  les  contes  de  l*tle  Britannique. 


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DEVANT  L ATRE  101 

—  Tu  68  folle,  c'est  uq  oiseau  qui  chante  sur  le  husset  (rhuis) 
de  la  porte. 

La  petite  fille,  armée  d'une  gaule,  alla  chasser  Toiseau  et 
revint  souffler  le  feu.  Elle  entendit  encore  : 

«  Ne  souffle  pas  si  fort 
Car  tu  me  brûlerais.  » 

De  plus  en  plus  surprise^  elle  en  fit  de  nouveau  la  remarque  à 
sa  mère  qui  lui  répondit  comme  lapremière  fois  :  —  c'est  l'oiseau 
revenu  sur  le  husset  de  la  porte. 

L'enfant  retourna  chasser  le  chanteur,  et  revint  pr^s  du  feu  où 
elle  entendit  toujours  les  mdmes  paroles. 

Cette  fois,  vraiment  effrayée,  elle  devint  toute  p&le. 
•  Sa  mère,  {^our  éviter  de  nouvelles  questions,  s'empressa  de 
dire  :  «  La  soqpe  est  cuite,  je  vais  la  tremper,  et  tu  la  porteras  à 
ton  père.  » 

La  fillette,  son  panier  au  bras,  s'en  alla  porter  à  manger  à  son 
père. 

Chemin  faisant  elle  rencontra  une  belle  dame,  vêtue  de  blanc, 
qui  l'arrêta  pour  lui  faire  la  recommandation  suivante  :  «  Tu 
diras  à  ton  père  de  mettre,  au  pied  de  l'arbre  où  il  a  l'habitude 
de  se  reposer,  les  os  qu'il  trouvera  dans  sa  soupe.  » 

L'enfant  fit  la  commission,  et  le  bonhomme  mit  les  os  au  pied 
d'un  chêne. 

Ces  os  se  transformèrent  aussitôt  en  un  bel  oiseau  qui  s*en 
alla  sur  la  maison  du  bûcheron.  Quand  celui-ci  rentra  chez  lui, 
l'oiseau  se  mit  à  chanter  d'une  façon  si  charmante  qu'on  eut  dit 
le  chant  du  mauvis  au  printemps. 

Le  bonhomme  s'arrêta  pour  l'ôcputer,  et  s'écria  ravi  :  «  Gomme 
tu  chantes  bien.  Aussi  pour  te  récompenser,  je  vais  te  donner 
mon  sabre.  » 

L'oiseau  prit  le  sabre  dans  son  bec,  et  le  porta  sur  la  maison 
d'un  voisin  où  il  recommença  son  chant. 

Le  propriétaire  de  cette  demeure  sortit  pour  l'écouter,  et  émer- 
veillé lui  offrit  un  fusil. 

L'oiseau  prit  le  fusil  et  le  porta,  avec  le  sabre,  sur  le  toit  d'un 
ch&teau  où  il  fit  encore  entendre  son  délicieux  ramage. 

Le  maître  de  cette  superbe  habitation,  un  riche  seigneur,  vint 
l'écouter,  et  fut  tellement  surpris  des  chants  mélodieux  de  cet 
étrange  oiseau  qu'il  lui  jeta  une  bourse  pleine  d'or. 


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^01  REVUE  DE  BRETAGNE 

Le  chanteur  qui,  comme  on  Ta  deviné,  n'était  autre  que  l'enfant 
mis  dans  la  marmite,  porta  tous  ses  présents  sur  la  maison  de 
ses  parents  d'où  il  sécria  : 

c  Sortez,  mon  père,  sortez  t  » 

Le  bûcheron  sortit,  et.I'oiseau  lui  coupa  la  tôte  d'un  coup  de 
sabre. 
L'oiseau  reprit: 

«  Sortez,  ma  mère,  sortez  i  » 

La  femme^  qui  ignorait  la  mort  de  son  mari,  sortit  et  Toiseau 
la  tua  d'up  coup  de  fusil. 
L'oiseau  continua  : 

«  Sortez,  ma  s(Bur,  sortez  I  m 

— -  Non,  dit  l'enfant,  tn  me  tuerais  moi  aussi. 

—  Je  te  promets  de  ne  pas  le  faire^  et  même,  de  t'offrir  un 
cadeau. 

La  petite  fllle  sortit,  et  il  lui  donna  sa  bourse  pleine  d'or  et  dis- 
parut dans  l'aîur  du  cie). 

(Conté  p^r  Pierre  Lamdbl,  jardinier  à  Saint-Laarent,  près  Rennes,  âgé  de  66  ans  . 

LE  RAT  ET  LA  SOURIS 

Dans  les  temps  un  magicien  ayant  déplu  à  une  fée  plus  puis- 
sante que  lui)  celle-ci  le  changea  en  rat. 

II  eut  dabord  beaucoup  de  chagrin,  puis  il  chercha  une  conso- 
lation dans  le  mariage.  C'était  bien  certainement  ce  qu'il  avait  de 
mieux  à  faire,  —  n'est-ce  pas  votre  avis  ?  à  vous  les  fllles  qui 
m'écoutez. 
-^  Si,  si,  si  ;  mais  continue. 

Justement  il  rencontra  une  gentille  petite  souris,  à  laquelle  il 
fit  sa  cour,  et  qui  consentit  à  être  sa  femme.  Après  les  fiançailles 
eut  lieu  la  noce  qui  fut  superbe,  et  qui  dura  plusieurs  jours*  Ils 
invitèrent  tous  les  animaux,  leurs  voisins,  à  un  repas  magnifique, 
dont  voici  à  peu  près  le  menu  : 

Potage  aux  pâtes,  dérobées  chez  Tépicier, 
Haricot  de  sauterelles. 
Loches  au  gratin, 
'  Hannetons  aux  navets, 

Papillons  r&tis, 


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DSVàMT  L  ATRfi  103 

Dessert  : 

Un  écoreail  avait  apporté  ded  noisettes. 
Un  geai  des  ch&taignes, 
Une  griye  des  raisins, 
Bt  nû  crapaud  des  fraises. 

Une  linotte,  uo  peu  pompette,  chanta  la  romance  suivante 
composée  par  son  grand-père,  qui  était  aveugla  de  naissance. 
Cette  romance,  qui  n'est  à  vrai  dire  qu'une  chanson,  a  pour 
titre  :  «  Le  Mariage  de  Fahuette  et  du  pinson..  » 

L*aloaette  et  le  pinson. 
Qui  voulaient  s^  marier  {(Hm) 
Et  pour  le  jour  de  leur  noce 
N'ayaient  rien  de  quoi  manger, 

Ah  !  m*alouette, 
Tourn'  m' alouette, 
Des  oiseaux 
Qui  tout  leur  faut  I 

Et  pour  le  jour  de  leur  noce. 
N'avaient  rien  de.  quoi  manger  {bis) 
Par  ici  passe  un  lapin 
Sous  son  bras  tenait  un  pain  ; 
Ah  i  m'alouette,  etc. 

Par  ici  passe  un  lapin. 
Sous  son  bras  tenait  un  pain  (bi$) 
Mais  du  pain  nous  avons  trop, 
C'est  de  la  yiand'  qu'il  nous  faut. 
Ah  I  m'alouette,  etc. 

Mais  du  pain  nous  avons  trop, 
C*est  de  la  viand*  qu'il  nous  faut  (bit) 
Par  ici  passe  un  corbeau. 
Dans  son  bec  tient  un  gigot. 

Ah  !  m'alouettCt  etc.     > 

Par  ici  passe  un  corbeau, 
Dans  son  bec  tient  un  gigot  (bis 
Mais  d' la  yiand*  nous  avons  trop, 
Et  c'est  du  vin  qu'il  nous  faut. 
Ah  I  m'alouette,  etc. 

Mais  d*  la  viand'  nous  avons  trop, 
'    Et  c'est  du  vin  qu'il  nous  faut  {bii) 
Par  ici  passe  un'  souris, 
A  son  cou  pend  un  barih 

Ah!  m'alouette,  etc. 


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104  REVUE  DE  BRETAGNE 

Par  ici  passe  un'  souris 
A  son  cou  pend  un  baril  (bis) 
Mais  du  vin  nous  avons  trop. 
C'est  d' la  musiqu'  qu*ii  nous  faut. 
Ah  I  m'alouette,  etol 

Mais  du  vin  nous  ayons  trop, 
Cest  d' la  musique  qu'il  nous  faut  (bis) 
Par  ici  passe  un  gros  rat, 
Un  violon  dessous  son  bras. 
Ah  !  m'aiouette,  etc. 

Par  ici  passe  un  gros  rat, 
Un  violon  dessous  son  bras  (bis) 
M  Sérvite.ur,  la  compagnie. 
N'y  a-t-ii  pas  d*  chat  ici  ?  » 
Ah  I  m'alouette,  etc. 

«  Serviteur,  la  compagnie, 

N'y  a-l-il  pas  d'  chat  ici  ?  »  {bU) 

—  Entrez  donc,  maître  à  danser, 
Notre  chat  est  au  grenier. 

Ab  I  m'aiouette,  etc. 

—  Entrez  donc,  maître  à  danser, 
Notre  chat  est  au  grenier  {bis) 
Le  chat  descend  du  grenier, 
Avar  le  maître  à  danser. 

Ab  I  m'aiouette, 
Tourn'  m*alouette, 
Des  oiseaux 
Qui  tout  leur  faut  ! 

Le  rat  s'en  allait,  chaque  matm,  travailler  dans  un  bois,  pea- 
dant  que  sa  femme  s^occupait  du  ménage. 

Un  jour  que  la  souris  préparaitdes  noces,  qui  sont,  comme  tous 
savez,  de  la  bouillie  d'avoine,  elle  grimpa  dans  la  cheminée  pour 
prendre  du  sel  dans  la  saunière,  mais  elle  glissa,  la  malheureuse, 
et  tomba  dans  la  bassinée  tie  noces. 

Elle  poussa  des  cris  perçants,  qui  ne  furent  entendus  d'aucun 
de  ses  voisins,  de  sorte  qu'elle  ne  tarda  pas  à  être  cuite  dans  son 
jus. 

Quand  le  soir  son  mari  rentra,  il  fut  tout  surpris  de  ne  pas 
trouver  sa  compagne,  et  l'appela  de  toutes  ses  forces. 

Il  eut  bien  un  instant  de  jalousie;  mais  il  la  savait  si  honnâte 
qu'il  ne  s'arrâta  pas  longtemps  à  une  pareille  idée. 


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r-^^'-' 


DKVANT  L'ATRB  !•& 

Les  voisins  accourarent,  aidèrent  l'infortuné  rat  à  chercher  ^a 
cmoitié  et^  finalement,  la  trouvèrent  plongée  dans  la  bouillie. 

Le  chagrin  de  tout  lé  monde  fut  grand,  car  la  petite  souris  était 
bien  aimée. 

Le  pauvre  veuf  sanglotait  &  faire  pitié.  Malgré  sa  métamor- 
phose^ il  avait  conservé,  plusieurs  de  ses  pouvoirs  de  magicien; 
aussi  bientôt  son  désespoir  devint  terrible,  et  Ton  vit  des  choses 
surnaturelles  : 

Les  tables  sautaient, 
Les  bancs  se  cassaient. 
Le  hustet  de  la  porte  geignait, 
Les  portes  se  dègontawnt. 
Les  oiseaux  se  plumaient  eux-mêmes, 
Les  bonnes  femmes  briss^ient  leurs  buies^ 
Les  boulangers  jetaient  dehors  leur  pâte  à  poignée. 

Et  si  vous  ne  me  croyez  pas,  allez  demander  à  Marie  Deniard, 
de  Saint-Malo-de-Phily,  qui  a  bientôt  110  ans,  et  qui  a  entendu 
•  ce  conte  lorsqu'elle  était  sur  les  genoux  de  sa  nourrice. 

LE   MONDE   DES   TÉNÈBRES 
Les  avènements  (1) 

^M.  Camille  Flammarion  nous  a  appris  qu*une  société  scienti- 
'  flque  s'était  formée  en  Angleterre  pour  étudier  et  dégager,  si 
c'est  possible,  du  surnaturalisme,  les  phénomènes  d'apparitions 
à  distance  de  la  mort. 

L'illustre  savant  a,  lui-même,  publié  un  ouvrage  sur  des  appa- 
'  ritions  recueillies  en  France,  et  c'est  en  lisant  ce  livre  que  nous 
'  nous  sommes  rappelé  les  récits  étranges  qui  nous  ont  été  contés 
par  des  personnes  dignes  de  foi. 
Or,  voici  ce  qu'on  a  vu  et  entendu  : 

L'abbé  Gourdier  fut  pendant  longtemps  curé  du  Pertre  dans 
'  l'arrondissement  de  Vitré. 

C'était  un  homme  bon  et  aimable  qui  avait  pour  ami  intime 
M.  de  L***  maire  de  cette  commune. 
En  1873,  le  brave  curé  se  vit  obligé,  à  cause  de  son  grand  âge, 

(1)  On  appelle  Avènements^  en  Uld-et- Vilaine,  les  apparitioni  et  les  braiU  qui 
«te  produisent  an  moment  de  la  mort  d'un  parent  ou  d'une  personne  aimée. 
Août  i908  i 


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i06  REVUE  DE  BRETAGNE 

de  renoncer  au  ministère,  et  il  quitta  le  pays  au  grand  désespoir 
de  son  ami. 

Quelques  mois  après  son  départ,  de  nombreux  vols  de  récoltes 
et  de  volailles  furent  commis  dans  les  fermes  situées  au  Bas- 
Pertre,  près  le  bois  des  Bigauderies. 

La  gendarmerie  exerça  des  surveillances,  fit  des  perquisitions 
et  des  enquêtes  qui  n'aboutirent  à  aucun  résultat. 

Gomme  les  fermiers  du  maire  furent  les  principales  victimes 
de  ces  déprédations,  ils  prièrent  celui-ci,  qui  demeurait  à  un 
kilomètre  du  bois,  de  s'efforcer  de  les  débarrasser  des  marau- 
deurs. 

Un  soir,  M.  de  L***,armô  d'un  fusil,  s'embusqua  dans  le  bois 
qui  est  traversé  par  une  route.  Vers  onze  heures,  le  ciel  se  cou- 
vrit de  nuages,  et  il  se  trouva  dans  l'obscurité  la  plus  complète. 
II  s'apprêtait  à  rentrer  chez  lui,  lorsqu'il  entendit  quelqu'un  sur 
la  roule  se^  dirigeant  vers  Tendroit  où  il  se  trouvait. 

Chose  étrange,  le  pas  de  cette  personne  qui  semblait  être  celui 
d'un  homme  semblait  laisser  traîner  une  robe  dans  la  poussière 
du  chemin. 

«  Voici  mon  voleur,  se  dit  M.  de  L***,  pour  ne  pas  être  reconnu^ 
il  a  revêtu  des  vêtements  de  femme.  Je  vais  le  laisser  passer  et 
le  suivre  pour  le  prendre  en  flagrant  délit.  » 

II  quitta  doucement  le  bois  dans  lequel  il  était  caché,  et  fran- 
chit le  talus  qui  le  séparait  de  la  route.  Il  entendit  toujours  le 
même  bruit,  mais  ne  vit  personne.  Il  hâta  le  pas,  puis  se  mit 
à  courir,  maisses  mouvements  furent  imités  de  l'individu  qui 
semblait  le  précéder. 

Arrivé  au  portail  de  l'avenue  qui  conduisait  à  sa  demeure, 
après  une  course  de  dix  minutes  au  moins,  il  aperçut  la  silhouette- 
d'un  prêtre  qui  disparut  sans  faire  le  moindre  bruit. 

Le  maire  raconta,  le  soir  même,  à  ses  domestiques,  et  le  len- 
demain à  plusieurs  habitants  de  la  commune,  ce  qui  lui  était 
arrivé. 

Cette  course  nocturne  avait  eu  lieu  dans  la  nuit  du  mercredi 
au  jeudi.  Or,  le  dimanche  suivant,  au  prône  de  la  grand  messe 
le  maire  ne  fut  pas  peu  surpris  et  attristé,  d'apprendre  la  mort 
de  l'abbé  Gourdier.  Son  étonoement  fut  plus  grand  ' encore, 
lorsqu'en  allant  aux  renseignements,  il  sut  que  son  ami  était 
décédé  au  moment  même  où  il  était  en  embuscade  dans  le  bois^ 

Le  maire  du  Pertre  qui,  autrefois,  nous  raconta  ce  qui  précéder 


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DEVANT  L'ATRE     '  107 

croyait  siacèrement  qu*il  avait  assisté  à  Cavènement  de  son  ami. 
Les  pas  de  rhomme,  qu'il  avait  entendus,  étaient  ceux  du  prfitre. 
^t  c'était  la  soutane  traînant  dans  la  poussière  qui  lui  avait  fait 
supposer  tout  d*abord  que qu'il  poursuivait,  était  dé- 
guisé en  femme. 


II  y  a  de  cela  vingt  ans,  environ,  un  jeune  homme  appartenant 
à  uqe  vieille  famille  bourgeoise  de  RenneS;  était  orphelin  de  père 
et  de  mère  et  sans  proches  parents. 

C'était  un  violoncelliste  de  talent  que  nous  avons  entendu,  avec 
infiniment  de  plaisir,  dans  divers  conserts. 

Il  n'avait  que  deux  amis,  mais  deux  amis  dévoués,  qui  l'ai- 
maient sincèrement  et  ne  le  quittaient  guère. 

Le  pauvre  garçon  était  chétif  et  souvent  malade.  Son  état  de 
santé  s'étant  aggravé,  il  prit  une  chambre  à  rH6teI-Di|eu  pour 
être  soigné  par  des  religieuses  et  avoir,  cha(|ue  matin,  la  visite 
d'un  médecin. 

Un  malin  d'hiver  vers  cinq  heures,  l'un  de  ses  amis,  pharma- 
cien à  Rennes,  entendit  plusieurs  coups  frappés  à  sa  porte.  Il  se 
leva  promptement  de  son  lit,  supposant  qu'il  avait  affaire  à  un 
client  pressé  ;  mais  il  ne  vit  personne  dans  la  rue. 

J'ai  sans  doute  rrtvé,  se  dit-il,  et  il  se  recoucha. 

Soudain^  des  coups  répétés  à  la  porte  se  firent  de  nouveau  en- 
tendre et  le  pharmacien  s'empressa  d'aller  voir  quel  était  ce  sin- 
gulier personnage  qui,  après  avoir  frappé,  disparaissait  aus- 
sitôt. 

Il  ne  trouva,  dans  la  rue,  que  de  pauvres  femmes  en  train  de 
balayer  les  pavés. 

—  Quelqu'un  vient  de  frappera  naa porte,  l'avez-vous  vu? leur 
demanda- t-il. 

—  Non,  nous  n'avons  aperçu  personne  et  cependant  noue 
sommes  ici  depuis  un  quart  d'heure. 

Gela  est  bien  étrange  pensa  le  pharmacien  qui  ouvrit  ses  volets. 
Un  instant  après,  il  vit  entrer  chez  lui  l'autre  ami  du  maladB. 

—  Qui  t'amène  chez  moi  d'aussi  bonne  heure?  lui  dit-il. 

—  Une  chose  surprenante  I  Figure-toi  que  tout  à  l'heure  je 
dormais  profondément  lorsqu'on  a  frappé  à  ma  porte.  Je  suis 
aHé  ouvrir,  personne  !  A  peine  étais-je  recouché  qu'on  a  encore 


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108  REVUE  DE  BRETAGNE 

frappé.  Je  me  suis  levé,  et  cette  fois  encore  je  n'ai  rencontré  âme 
-qui  vive. 

—  Eh  bienl  mon  ami,  pareille  .chose  m'est  arrivée.  Que  cela 
peut-il  signifier? 

—  Rien  de  bon  assurément,  viens  avec  moi  à  THÔtel-Dieu, 
notre  ami  était  beaucoup  plus  souffrant  hier,  et  j'ai  hâte  d'avoir 
•de  ses  nouvelles. 

Quand  ils  arrivèrent  dans  la  cour  de  Thôpital,  ils  virent  la  fe* 
nôtre  de  la  chambre  du  malade,  ouverte  malgré  le  froid,  et  uq 
gardien  qui  les  avait  aperçus  leur  fit  signe  de  monter. 

—  Votre  ami,  leur  dit-il,  est  mort  à  cinq  heures. 

—  Juste  à  l'heure,  répondirent-ils,  où  nous  avons  entendu 
frapper  à  nos  portes. 

Adolphb  Orain 


Le  Gérant  :  F.  Chevalier. 


Vannes.  —  Imp.  LAFOLYE  Frères,  2,  place  des  Lices. 


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REVUES  BRETONNES 


L'Herbone  :  18*  ann.  Mensuel.  1  an  12  fr.  Union  postale  15  ir. 
Le  numéro  1  fr.  25.  Les  abonnements  parlent  du  20  octobre. 
Directeur  :  Louis  Tiercelin,  à  Paramé  (llle-et-Vilaine). 

Les  Annales  de  Bretagne  :  22*  ann.  Trimestriel.  1  an  10  fr. 
Union  postale  12  fr.  50.  Publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de 
Rennes.  Rédacteur:  G.  Dottin,  37,  rue  de  Fougères,  Rennes. 

Le  Clocher  Breton  :  14*  an^  Mensuel.  1  an  5  fr.  50.  Directeurs  : 
René  Saib  et  Madeleine  Desroseaux.  Bureaux.  29,  rue  Belle-Fon- 
taine, Lorient. 

BULLRIN  DE  LA  COMMISSION  DIOCESAINE  DABCHITECTURB  BT  D' ARCHÉO- 
LOGIE DU  DIOCÈSE  DE  QuiMPER  ET  DE  LÉON  :  6*  anu.  Tous  les  deux 
mois.  1  an  5  fr.  Onimper. 

La  Revue  MoRBmANNAiSE  :  11*  ann.  1  an  5  fr.  Directeurs  : 
J.  BuLÉON,  y^  de  la  Grancière,  E.  Sageret.  Chez  Lafolje,  Vannes. 

La  Paroisse  Bretonne  de  Paris  :  9*  ann.  Mensuel,  1  an,  2fr.  25. 
Directeur  :  M.  l'abbé  Cadic,  13,  rue  Littré,  Paris  (Vl«  ar*). 

La  Jeune  Bretagne:  5*  ann.  mensuel,  1  an,  2  fr.  pour  la  Bre- 
Ugne«  2  fr.  50  pour  le  reste  de  la  France.  Bulletin  d*études  et  d'ac- 
tion sociales.  Rennes,  30,  rue  Hoche. 

Feiz  ha  Breiz  :  8*  année.  Tous  les  mois.  1  an  3  fr.  Les  abonne- 
ments partent  du  1**  janvier.  S'adressera  M.  Cardinal,  recteur  de 
Saint- VouRay,  par  Plouzévédé  (Finistère),et  pour  les  abonnements 
à  M.  Caron,  vicaire  aux  Carmes,  Brest  (Finistère). 

Bretoned  Par».  Bulletin  de  la  Société  «  La  Bretagne  »,  4*  année. 
1  an,  2  fr.  50.  Direction  :  40,  rue  du  Cherche-Midi,  Paris. 

Revue  du  Pats  d'Albth  :  4*  année,  mensuel.  1  an,  3  tr.  Direc 
teur  :  Jules  Haize,  rue  Jacques  Cartier,  Saint-Servan. 

Le  Pats  d'Arvor  :  2*  année,  1  an,  5  fr.  Directeur  :  Jacques  Pohier, 
à  Ancenis  (Loire-Inférieure).  Administration  et  Bureaux,  25,  Haute 
Grande  Rue,  Nantes. 


Revue  du  TRADmoNNisME.  —  Bev.  intem.  du  folk-lore  —  mens 
1  an,  10  fr.  N*,  1  fr.  --  Directeur  :  M.  de  Beaurepaire-Froment 
Paris,  60,  quai  des  Orfèvres. 

Revue  du  Bas-Poitou,  20*  année,  trimestrielle  ;  1  an  :  8  f r 
No  2  fr.  50.  —  Z>'  M.  René  Vallette,  à  Fontenay-le-Comte. 

L*Anjou  historique.  —  7*  ann.  tous  les  2  mois.  1  an  :  6  fr.  D' 
M.  l'abbé  Uzureau,  aumônier,  à  Angers.  Edir  :  M.  Siraudeau 
4,  Chaussée  Saint-Pierre,  Angers. 

Revue  des  Traditions  popuLAœES.  22*  ann.  mens.  1  an.  15  li . 
N'o  1  fr.  50.  Direct.  M.  Paul  Sébillot,  HO,  boulev.  St-Marcel  Paris. 

La  Revue  Bleue,  15,  rue  des  Saints-Pères,  Paris. 

La  Vendée  historique.  —  (Revue  de  la  Vendée  militaire).  Tous 
les  quinze  jours  ;  11*  année.  — Edit.  sur  papier  fort,  6  fr.  50;  édit. 
ord.  5  fr.  —  D'  Henri  Bourgeois,  à  Luçon  (Vendée). 

Revue  de  l'Anjou,  57*  année,  12  fr.  par  an.  —  Librairie  Germain 
et  Grassin,  Angers. 

La  Revue  Héraldique,  fondée  en  1862.  Mensuel,  Directeur 
V»*  de  Marières-Mauléon.  Bureaux  :  8  me  Daumier,  Paris 


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^    Au  moment  dés  Vaoïi'nc^êt  des  dé)part@  ^mir  la  Campagne  et  \%%  ^ 
"Sains  de  M6r,  la  CûMpajiniô  ije  l'Ouest,  qui  dêSi&rt  iouta  1&  Nor-f^  ., 
Iiiandifï«t  une  grande  parti©  de  la  Bpeta^nep  a  rhonneiip  de  m^y^\^t^* 
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d^^icur^ion  de  la  Normandie  et  de  la  Bretagne  i^  Principaux  hôi:aire8  [    i 
dg8  traitas  —  Tableau  4ts  marées  ^   Gartea   pOBialea  —   t^i^rteflv^  • 
eyèliitfifl  du  littoral  do  la  Hancbe  ->*■  Pians  des  pplDcipales  tidea  r-    '^•.' 

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Il  est  également  adresïïé  franco  à  domicile  Ëontpe  l'euvûl  de  sa 
-valeur^  en  timbre^-posta,  au  Service  *.dO"  la  Publicité;  "W,"1"U0^  de 
Rome^  à  Paris.  • , ►  .^ 


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CHEMIN   DÉ-PER   D'ORLÉANS 


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Au  t»^ Juilîett  la  Qompagnie  d'Orléans  aTrèaiisé  les  amélioiktiqns 
»uiTante«  \  y      ; 

Lee  traim  fUpides  ^  Batîta  de  mer  »  circulant  quAWsQ  ip\%  par 
semaine  entre  Paris  et  Qaimp&r  et  vice-rorea  ont  lieâ^jCo^a  les 
jours  pendant  la  période  du  f ^Juillet  aa  14  <^tobre  tnclus.    """v.  > 

Le  premier  part  de  Pafis-fJnaî-dOrsajr  4/9  h,  H  Bo\p  et  arrl?è^^\ 
Yanïies  i  0  ti-  '4  matin.         _  ,_  ^'  \  «  *  •''^^ 

f  Le  eê^îond  part  de  Vannes  à  lu  hA^  ^jftr  et  arrive  \\  Parw-Qttai^"^' 
)Mj  4  7  h.  (2  matin.  k^'^^  -V  >^' 

,vbp  train  Express  du  matin  de  Nati^  su^^iv^Btetc^ô^e  est  réta^ 
comme,  cbaque  été;  il  part4a  Najiiéi  à^trrîîî  matlii^aa'iifi^âe  -^ 
5  b,  2l^ et  arrive  à  V^^nneè  %n  ^  ^a,  à  Atïray  à  9  ti.  2,  ^^Lbwnt  à  \  ) 
ï^  U.  40;>  Opncarueau  4M  bt  n*  i  Quimper  à  10  h.  5T^  jj^t^MVl'A^bé  *  ] 
à  U  b,  49,  i  Oouarn«tneï  à  midi  l ,  et  à  tandem  eau  k\\ï,  âPLsoiv.       /  \     \ 

J.^  iratï)  Ommbua  Tenant  de  Lorienianj^v^t  à  VanQe|/y4v^h.  47:    : 
soir  eirt  retardé  d'environ  2  lih^ureâ,  li/^mK  '4é  Lov^ent  à  7f  A.  .tK^sair^ 
d^  Atira^  â  8  b.  15  ai  arrl? e  ^  Vann^  à  ^'b  41  t^/  \A 


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4*  Série.  —  7*  Année 
SEPTEMBRE  1908.  Tome  XL 


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.  REVUE      ^         4-  REVUE 

.  RÉUNIES 
Kfitun  MOiSWElÙL 


W  ist  t'ESTOHRBElLLON,  tHftcHur 

MM,  Le  V  CMA^LEi  BU  CALAN.  S<cr^tai#e  régional  pour  rilc-ct-VIWnc.  —  R«nb 
BLANCHARD  pour  1»  Loirc-Infcrkiire.—  U  Chanoine  PEYRON,powr  le  FJnistèrç. 
—  AVfiNEAU  DE  LA  GRANCIÈRE.  pour  le  Morbihan.  —  AlaiH  RAISON  pu 
CbSUSH^U.  pour  les  Côte«-4ii^NoTd.  —  Olivier  de  GOURCUFF,  pour  Paris, 


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YANNE« 
LAFOLYE    FRERES 

BOITCURS 
».  PI»c«  de»   Lice» 


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MDCCCVni. 


PARIS 
HONORE  CHAMPION 

t.TmCMRE^éDlTeUR 

5,  Quai  Malaquais 

NANTERRE 
M.  LE  DAULt- 

.   lioraIrie  ^^tonnb 
76,  Rue'^nt-tUrmain 


^%d^s$iii  poin  la  Rédaction  et  Veiivoi  des  maimscriis  *  W.  Jb  G*»  ïUNt  dh  LAIGUE, 
'-iMj^^u  de  Bahfwel,  par  Redon  ;  powr  4; Administration,  MM.  LAFOLYE,  frèrw 
pla^  d^  Lices,  Vannts . 

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SOMMAIRE 


I.  —  Attentais  des  Penthi^re  contre  le  duc  Jean  V  (iUW'iU^^) 

(suite).  —  J.  Trévédy 109 

II.  —  Combour  et  ses  Sifigneurs  (suite).  —  Paul  de  l\  Bignb.  131 

m.  —  Saint'MarS'la-J aille  et  ses  anciens  seigneurs  —  J.  Baudry  .  141 

IV.  —  Contes  de  grand' /pères, —  A.-D.  Rouazou 160 


CONplTlONS    D'ABONNEMENT 

France,    |in  an. 12  fr. 

Etranger^    — 15  — 

On  s'abonne  spit  chez  M.  le  comte  de  Laïque,  château  de 
Bahurel,  par  Re^on,  soit  chez  M.  Lafolye,  imprimeur  à  Vannes. 

Les  abonnemfnts  partent  du  l***  janvier  ou  du  l«r  juillet  de 
Tannée  en  cpurs .  —  Il  n'est  pas  vendu  de  fascicules  isolés,  sauf 
pour  les  abonnés. 

Les  travaux  comprenant  au  moins  16  pages  de  texte  sont  seuls 
tirés  4  part'  50  exemplaires  sont  offerts  aux  auteurs. 


Nota.  —  I-a  Direction  et  la  Rédaction  de  la  Bévue  de  Bretagne  ne 
sauraient  être  aucunement  responsables  des  théories  ou  opinions 
émises  dans  les  articles  qui  y  sont  insérés,  cette  responsabilité, 
incombant  tout  entière  à  leurs  seuls  auteurs. 

Il  sera  rendu  compte  de  tout  ouvrage  d^auteur  Ireton  ou  inti^ 
resMant  la  Bretagne,  dont  un  exemplaire  aura  été  adressé  au  Bédacteur 
en  chef  de  la  Bévue, 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÈVRE 

CONTRE  LE  DUC  JEAN  V 

(1420-1422  ') 


II 
LENLÈVEMENT  DU  DUC  JEAN  V  (1420). 

I 

Marguerite  de  CÎisson  devint  veuve  de  Jean  de  Blois,  tomto 
de  Penthiôvra,  en  1404.  Bientôt,  elle  eut  avec  le  duc  Jean  V  de 
sérieux  débats,  presque  une  guerre;  mais  les  barons  inter- 
vinrent :  la  paix  se  Ht,  le  8  août  1410,  et  pendant  près  de  dix  an  nées 
elle  ne  fut  pas  troublée.  Les  quatre  fils  de  la  comtesse  semblaitînt 
accepter  le  sort  qu'avait  fait  à  leur  père  le  traité  de  Guérancle 
et  se  contenter  de  leurs  vastes  domaines  de  Bretagne  et  de  Li- 
moges. 

Un  seul,  le  second,  Jean,  sire  de  Laigle  en  Normandie,  servait 
en  France  dans  la  maison  du  dauphin  (2);  mais  l'aîné  Olivier, 
comte  de  Penthiôvre,  et  le  troisième,  Charles,  sire  d'AvauL'our, 
autrement  comte  de  Goello,  suivaient  la  cour  de  Bretagne. 
Charles  y  avait  môme  le  titre  de  «  maréchal  et  gouverneur  de 
la  noblesse  (3)  ».  Enfin,  le  quatrième,  Guillaume,  encore  v  éco- 


(1)  Voir  la  lievue  de  juin  1908. 

(2)  «  Jean  de  Bretagne,  seigneur  de  TAigle,  écuyer  banneret,  retenu  pAr  Mi^  {ï& 
daaphin)  par  lettres  de  Tours  du  b  décembre  1418,  comme  homme  d'arnii-H  KVdO 
cent  hommes  de  trait  (archers);  reçu  le  môme  jour.  »  Morice,  Pr.  H,  p.  087. 

(3)  Bt2i  ce  titre,  était  «  chargé  delà  garde  du  duc  »,  avec  une  pension  de  !ii^O 
livres,  environ  20.000  frantîs  de  notre  monnaie  (au  compte  de  Laber  écrirant  en 
1846.) 

Septembre  1998  ,  *î 


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110  '  REVUE  DE  BRETAGNE 

lier  à  Angers  »  (1)  était  destiné  à  l'Église  ;  et  le  duc  lui  promettait 
un  des  évêchés  de  Saint-Brieuc  ou  Vannes  (2^. 

Olivier  et  Charles  avaient  inspiré  une  telle  confiance  au  duc 
qu'il  disait  à  son  conseil  :  «  Si  je  venais  à  mourir,  c'est  au  comte 
de  Penthièvre  que  je  confierais  le  duché  et  mes  enfants  {B)  ». 

Mais  la  comtesse  de  Penthièvre  était  moins  sage  que  ses  fils. 
Voir  le  comte  de  Penthièvre  duc  de  Bretagne  était  chez  elle  une 
idée  fixe.  En  vieillissant,  elle  joignait  àla  violence  qu'elle  avait 
héritée  de  son  père  la  duplicité  qu'elle  allait  enseigner  à 
ses  fils. 

((  Cette  hautaine  et  superbe  Mère  Marguerite,  dit  d'Argentré, 
aiguillonnait  ses  fils,  et  leur  était  une  amorce  de  feu  et  une  con- 
tinuelle allumette  ;  elle  leur  reprochait  de  ne  ressembler  en  rien 
à  leur  père  et  aïeul  morts  en  la  querelle  (4)  ». 

Ces  «  remontrances  »  obstinément  répétées  finirent  par  déter- 
miner Olivier  et  Charles  à  tenter  ce  que  leur  mère  appelait  «  le 
recouvrement  de  leur  héritage  ». 

Cette  résolution  prise,  il  fallait  un  moyen  de  la  mener  à  fin  et 
une  occasion  favorable.  Le  moyen  ?—  La  comtesse  l'a  trouvé.  — 
Bst-ce  la  guerre  ?  —  Non  :  elle  serait  désastreuse-  —  Une  trahi- 
son ?  —  Oui  :  et  elle  a  des  chances  de  succès,  et  Toccasion  est 
trouvée.  Le  dauphin,  régent  de  France,  depuis  Charles  VU,  est 
brouillé  avec  son  beau-frère  Jean  V.  Il  a  dix-sept  ans,  il  obéit  à 
des  conseillers  sans  scrupule  et  ennemis  du  duc  (5)«  C'es4  eux 
que  la  comtesse  va  «  pratiquer  ».  Car  elle  se  gardera  de  s'en  ou- 
vrir à  son  fils  le  sire  de  Laigle  :  tout  lui  sera  caché  :  elle  le  connaît 
trop  bien  «  pour  un  homme  droit  et  loyal  (6)  ».  Ces  intrigues  ont 
un  plein  succès  :  le  dauphin  donne  son  assentiment  au  projet  de 


(1)  On  a  écrit  que  Quillauma  «'demeurait  en  Anjou  chez  8a  sœur  la  reine  de 
Sicile  ».  U  7  a  erreur.  Marie  de  Blois^  femme  (1360)  de  Louii  i*'  roi  de  Sicile,  est 
morte  en  1404.  Elle  était  fille  de  Charles  de  Blois  et  sœur  de  Jean^  père  de  Guil* 
laume.  Elle  fut  mère  de  Louis  II  d^Anjou,  épous  d'Yolande  d* Aragon,  père  de  Ma* 
rie,  fflmme  dé  Charles  VII  (142Î). 

(2)  Morice,  iV.  II,  995. 

(3)  Lobineau,  Hist.  p.  541. 

(4)  D'Argentré,J5rw<.  Ed.  de  1588  (•  lliw  Je  rajeunis  l'orthographe  de  rhistoriéil. 

(5)  G'ëtait  notamment  UpUTet,  dit  le  président  de  Provence,  qtt«  Jean  V  crut 
le  principal  instigateur  de  cet  attentat,  et  Guillaume  d*Ataugonr,  de  la  branche 
cadette  des  anciens  PenthièTre,  cousin  au  7«  degré  de  Jeanne  de  Penlhiètrt 
femme  de  Gharlee  de  Blois,  et  resté  très  attaché  à  sa  maison. 

(6)  ...r  Qui  pour  mourir  (au  péril  de  sa  Tie)  n'aurait  consenti  à  une  lAchaté.  » 
Alain  Bouchard.  Chronique^t^'ilb  ▼». 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÈVRE  iH 

la  oomtesse.  Il  prend  tout  sar  lui  :  que  le  duc  soit  arrdté,  il  sera 
le  prisonnier  du  dauphin  (1). 

La  comtesse  et  ses  fils  n'hésitent  plus.  Mais,  leur  résolution 
prise,  ils  vont  donner  à  la  trahison  un  caractère  particulière- 
ment odieux.  On  peut  dire  que  c'est  comme  à  plaisir:  la  con- 
fiance intime  qua  le  duc  accorde  à  ses  cousins  rendait  bien  inu- 
tile l'étalage  de  leur  hypocrite  fidélité. 

Olivier  et  Charles  de  Penthièvrft  demandent  au  duc  la  conven- 
tion nommée  alors  «  alliance  civile  ».  Le  duc  reçoit  cette  de- 
mande à  Vannes  et  l'accorde  avec  un  joyeux  empressement. 

Il  appelle  Olivier  et  Charles  à  Nantes,  où  il  se  rend  pour  rece- 
voir une  ambassade  du  régent  ;  et  il  invite  en  même  temps  la 
comtesse  de  Penthièvre  «  qu'il  recevra  gracieusement  et  amou- 
rduiement  ». 

Olivier  reçoit  cette  réponse  à  Lamballe,  et  II  part  aussiiôt  pour 
Nantes  accompagné  d'amis,  entre  autres  un  de  ses  principaux 
vassaux  de  Penthièvre,  Jean  de  Tournemine,  sire  de  la  Hunau- 
daye  ;  la  troupe  est  d'environ  trente  cavaliers. 

Charles,  sire  d'Avaugour,  est  à  Nantes  ;  mais  la  comtesse  s'est 
excusée;  elle  setientàChâteauceaux(2);  et  elle  supplie  le  duc  d'y 
venir,  heureuse,  dit-elle,  de  lui  faire  accueil  «  avant  de  mourir  ». 

«  L'alliance  civile  »  est  conclue.  Les  Penthièvre  promettent 
de  «  servir,  honorer,  chérir  le  duc  comme  leur  prince  et 
«  seigneur  contre  tous  ceux  qui  pourraini.l  vivrj?  et  mourir»; 
et  le  duc  promet  «  de  leur  dômontrer  m  toutes  leurs  affaires 
*<  qu'il  est  Inur  seigneur  et  ami.  » 

Il  reçoit  U:s  Penthièvre  à  sa  table  ;  bipri  plus  II  liîno  avec  eux 
a  au  logis  »  du  comtn  ;  —  plus  encore  :  il  hur  fiit  parlager  sun 
lit  «  comme  ïrères  ».  Enflo,  avec  son  frère  R'c'.ard,  il  accepte 
Tinvitation  delà  comtesse  et  He  ses  HU  de  lui  n^ndre  visite  à 
Ghâteauceaux. 

Le  comte  de  P;  nlhièvre  était  parti  de  Lamballe  la  semaino 
commençant  le  5  février  (3).  Supposons  siun  départ  du  premier 

(1)  Noat  Y«rron8  plus  loin  rapprobation  authentiqué  du  daaphin. 

(2)  Ghâteauceaux,  sur  la  rive  gauche  de  la  Loire,  en  Anjou  (Maine-et-Loire)  en 
fAMd*  Ouaon,  (rive  droite).  On  écrit  aujourd'hui  Càumptocêaux.  Au.  XV*  siècle 
GhantocêQU»* 

(:.]  Déposition  d'Alain  Taillart  alors  page  d'Olivier  et^qui  racoompagnait.  — 
m  Le  eomts  partit  de  Lamballe  la  semaine  d'atant  celle  où  le  duc  fut  pfis.  »  Mo- 
rice,  Pr,  II,  1001-1003. 


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112  REVUE  DE  BRETAGNE 

t 

jour  de  la  semaine»  lundi.  Ce  voyage  a  pris  au  moins  quatre 
jours  (1).  C'est  donc  entre  le  vendredi  9  et  le  dimanche  11,  que 
se  font  toutes  ces  démonstrations  d'amitié,  sincères  de  la  part 
de  Jean  V,  hypocrites  de  la  part  de  ses  cousins. 

Le  lundi  12  au  matin,  le  comte  vient  prendre  au  lit  Jean  V  et 
son  frère  Richard.  Ils  partent  joyeux  avec  quelques  officiers,  no- 
tamment Bertrand  de  Uinan,  seigneur  des  Huguetières^  maré- 
chal de  Bretagne.  Dans  la  suite  d'Olivier  étaient  Alain  de  la 
Land^e,  Alain  Le  Neveu,  et  trois  écuyers  du  Goello,  Philippot  de 
Triac,  Etienne  du  Rufflay  et  Maurice  Taillart  avec  son  fils 
Alain  page  (2). 

La  troupe  couche  au  Loroux-Bottereau.  Le  lendemain  (mardi 
13)  au  passage  de  la  Divatte,  qui  fait  la  limite  de  la  Bretagne  et 
de  l'Anjou,  le  duc  est,  comme  par  hasard,  séparé  de  sa  faible 
escorte.  Tout  à  coup  Charles  de  Penthièvre  sort  d'un  bois  avec 
une  trentaine  d'hommes  armés  ;  Olivier  met  la  main  au  collet 
du  duc  en  lui  disant  :  «  Vous  êtes  prisonnier  du  régent.  Vous  ne 
m'échapperez  que  quand  vous  m'aurez  rendu  mon  duché  I  n 
Au  môme  instant,  Charles  se  saisit  de  Richard,  et  le  maréchal 
de  Bretagne  est  arrêté. 

Les  écuyers  sans  armes  qui  accompagnaient  le  duc  essaient  en 
vain  quelque  défense,  plusieurs  sont  blessés.  Un  écuyer  d'Olivier, 
allait  môm'B  porter  un  coup  d'épée  au  duc  quand  le  comte  l'em- 
pêcha de  frapper  «  le  prisonnier  du  régent  ». 

Olivier  s'empresse  de  rendre  compte  de  sa  victoire  au  dau- 
phin ;  et,  par  un  acte  en  forme  authentique  délibéré  a  en  son 
grand  conseil  »  à  Carcassonne,  le  16  mars,  le  dauphin  déclare 
que,  «  Jean  V  et  son  frère  Richard  sont  ses  prisonniers,  et  or- 
donne d'en  faire  bonne  garde  »  (3). 

Les  instructions  du  dauphin  allaient  être  exécutées  et  sans 
doute  dépassées. 
Le  soir  môme  et  pendant  la  nuit,  Olivier  emmenait  le  duc  et 

(1)  n  n*7  avait  pas  de  grande  ronte  de  LambaUe  à  Rennes.  —  La  troupe  da 
prendre  par  Moncontour  d*où  une  Toie  romaine   conduisait  à  Merdrignac.  De 
là  une  antre  toie  romaine  passant  par  Maaron^  Guer,  Pléchatel  (passage  de  la 
Vilaine),  Blain,  arrivait  à  Nantes. 

(2)  Triac,  du  Kufflay  et  Maurice  Taillart  ne  sont  mentionnés  par  ancun  his- 
torien. Nous  trouvons  leurs  noms  d^ns  des  pièces  authentiques,  comme  on 
Terra  plus  loin. 

(3)  Lire  cette  longue  lettre  dans  Mi  Cosneau*  Le  Connétable  de  Riehemont. 
Appendice  XU,  p.  494-497. 


ATTENTATS  DES  PENTHIEYRE  113 

Richard  au  château  de  Pailuau  en  Poitou.  Quelques  jours  après, 
il  le  ramenait  à  Ghâteauceaux,  où  la  comtesse  triomphante  ne  lui 
épargna  pas  les  affronts.  Puis  le  duc  sera  conduit  dans  neuf 
châteaux  de  Poitou  et  d'Âunis...  Mais  nous  n'avons  pas  à  redire 
rhistoire  de  cette  cruelle  et  humiliante  détention  qui  durera  près 
de  cinq  mois.  Ce  que  vous  voulons  montrer  c'est  l'attitude  de  la 
Bretagne  en  présence  de  la  félonie  des  Penthièvre,  et  la  modé- 
ration de  Jean  V  après  sa  délivrance. 


Marguerite  et  ses  fils  avaient-ils  espéré  que,  le  duc  devenu  leur 
prisonnier,  la  Bretagne  sans  chef  se  retournerait  au  moins  en 
partie  vers  eux  ^  La  duchesse  Jeanne  de  France  et  la  Bretagne 
vont  les  détromper. 

Trois  jours  après  l'enlèvement  du  duc,  la  nouvelle  en  est  por- 
tée à  la  duchesse  à  Vannes. 

Moins  d'un  an  auparavant,  Jeanne  de  France  était  une  sœur  de 
charité  auprès  de  saint  Vincent  Perrier  mourant  (1).  Aujourd'hui 
elle  va  montrer  le  «  coeur  de  lion  »  de  Jeanne  de  Montfort.  Elle 
convoque  aussitôt  le  iconseil.  Le  vicomte  de  Rohan  est  nommé 
lieutenant-général  pour  tout  le  duché  (2)  ;  il  a  sous  lui  pour  ca- 
pitaines généraux:  en  Basse-Bretagne,  son  fils  le  comte  de  Por- 
hoôt  (3),  et  son  frère  Charles,  sire  de  Guémenô  (4)  ;  en  fïaute-Bre- 

(1)  Albert  le  Grand.  —  Saints  de  Bretagne  :  Vie  de  saint  Vincent,  p.  225.  W 
mourut  À  Vannea,  le  ^  avril  i4i9^  et  non,  comme  le  dit  Tagiographe  i420^  au 
temps  de  l'enlèvement  de  Jean  V  (p.  227.) 

(2)  Alain  VllI,  mari  de  Béatrix  de  Glisaon,  soeur  aînée  de  la  comtesse  de  Pen- 
thièvre. 

(S)  Alain  fils  de  Béatrix,  neveu  de  la  comtesse  et  cousin  germain  de  ses  fils 
comte  de  Porhoet  comme  héritier  de  sa  mère,  beau-frère  de  Jean  V,  mari  de  sa 
sœur  Marguerite. 

(4)  Charles  de  Rohan,  frère  consanguin  d*Alain  VIII,  fils  unique  du  second 
mariage  de  Jean  1*'  de  Rohan  arec  Jeanne  de  Navarre.  Charles  était  cousin  ger- 
main de  la  mère  dé  Jean  V  :  c'est  pourquoi  celui-ci  rappelle  son  oncle.  (Lo- 
bineau.  Pr.  947).  —  Voici  la  généalogie  : 

Philippe,  comte  d'Evreux,  épouse  Jeanne,  fill^  du  roi  Louis  Le  Hutin,  reine  de 
Navarre. 


Charles  le  Mauvais. 

Jeanne  de  N.  —  femme  du  duc  Jean  IV. 

Jean  V. 


Jeanne  de  N...  femme  de  Jean  I" 

vicomte  de  Rohan. 
Charles  de  Rohan» 


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114  RSVUE  m  BRETAGNE 

tagne,  Robert  de  Dinan,  9ire  de  Montafllant  et  Ch&teaubriant  (i), 
et  Jeaa  sire  de  Rieux  (2). 

Des  messagers  galopent  sur  les  routes  annonçant  de  proche  en 
proche  la  fatale  nouvelle  et  appelant  aux  Etats  que  la  duchesse 
ouvrira  à  Vannes,  six  jours  après,  le  23  février.  Mais  avant  oe 
jour  la  noblesse  afflue  dans  la  ville. 

Noblest  prélats  et  députés  des  bonnes  villes  sont  aux  Etats  en 
grand  nombre.  En  quelques  mots  la  duchesse  les  supplie  de 
«  Taider  à  délivrer  le  duc  son  seigneur  »  ;  et  «  C3  disant  tenait  ses 
deux  fils,  et  pleuraitmoult  tendrement  (3).  »  Il  a  suffi  de  quelques 
paroles  et  des  larmes  de  la  duchesse  ;  «  tous  jurent  de  s'em- 
ployer corps  et  biens  à  la  dStivrance  de  leur  "Seigneur  ».  Et  ils 
partent  en  hâte. 

Les  seigneurs  «  rassemblent  leurs  sujets  qui  bientôt  furent 
prêts.,.  Car  ils  n'attendaient  pas  qu'on  les  mandai;  mais  d'eux- 
mêmes  armaient.  —  Mesmement  s'assemblèrent  grand  nombre 
de  jeunes  hommes  forts  et  robustes  de  par  tout  le  pays,  telle- 
ment  qu'ils  furent  bien  nombrez  cinquante  mille.  (4),  » 

Entre  les  premiers  chefs  armés  en  guerre  figure  Jean  de 
Tournemine,  sire  de  la  Hunaudaye.  Nous  l'avons  vu  accompa- 
gnant comme  ami  le  comte  de  Penthiôvre  allant  de  Lamb^lle  h 
Nantes.  La  félonie  du  comte  a  transformé  l\ami  de  la  veille  en 
adversaire  résolue- 
Avant  que  le  gros  de  Tarmée  soit  assemblé,  un  premier  corps 
réuni  en  hâte  envahit  le  Penlhièvre.  Avant  la  fin  de  février,  les 


(I)  l'  fils  d«  Charles  de  Dinan  «t'de  Jeanne  de  Beaumanoir,  qui  fut  la  se- 
conde femme  de  Clisson.  Légataire  de  Clisson  et  chargé  par  le  connétable  de 
porter  son  épée  au  roi.  Frère  du  maréchtl  de  Bretagne  nommé  plua^haut. 

(i)  Jean  111,  fils  de  Jean  U.  qui  fut  maréchal  de  France  f  1417,  et  frère  ahié  de 
Pierre  maréchal  de  France  après  son  père  ;  Marie,  fille  de  Jean  111  sera  mère  de 
la  dQch«ss«  Frunçoise  d'Ambojae. 

(3)  he  6ftud.  ^ist.  p*  4&4.  -^  L'histopîen  né  avant  1410  avait  yu  et  entendu  dtt 
combattants  de  1420,  et  il  rapporte  leur  témoignage. 

(4)  Le  Baud,  p,  45b  nt  dit  pas  que  las  50.000  hommes  out  formé  une  &i*m4e 
unique.  «  Mais  l'armée  ayant  opéré  sur  divers  points  vit  sucoessivement  Ut 
gens  deg  paroisssise  joindre  à  elle,  et  ainsi  successivement  il  peut  y  avoir  eu  une 
quarantaine  de  {oille  hommes  à  prendre  part  dans  des  oonditioni  divei^ses  à 
cette  campagne.  »  LaBorderie.  i/i>.\  IV,  p.  ..'05. 

Ces  soldats  volontaires,  getis  dts  paroisses,  seront,  eh  1425,  organisés  en  nii- 
lices  paroissiales,  par  Arthur,  comte  de  Richemont;  plus  tard  ils  seront  les  Boiis- 
Corps,  et  c'est  sur  ce  modèle  créé  et  expérimenté  par  lui  que  le  connétable  de  Ri- 
chemont créera  plus  tard  en  France  les  francs-archers,  l'infanterie  française. 


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ATTBWTATS  DES  PENTHIÈVRE  115 

deax  principales  villes,  Lamballe  et  Guingamp,  sont  assiégées. 
Lamballe  se  rend  d*abord,  et  Guingamp  capitulera,  le  5  mars. 

Nous  trquvons  Guillaume  de  Goudelin  parmi  les  défenseurs 
de  Guingamp  ;  c'est  pourquoi  nous  devons  insister  sur  cet  épisode. 

Guingamp  avait  pour  défenseurs  des  gentilshommes  du  pays 
dont  les  principaux,  seuls  nommés  dans  la  capitulation,  étaient 
Jean  du  Châtellier,  vicomte  de  Pommerit-le-Vicômte  et  sei- 
gneur de  Gommenech,  —  Eon  ou  Yves  de  Kersalliou,  seigneur  de 
Pommarit-Jaudy,  qualifié  «  garde  de  la  ville,  ch&teau  et  forte- 
resse »,  -^  deux  Guillaume  de  Perrien,  oncle  et  neveu  venant  de 
Plouagat,  — ^  enfin  Guillaume  de  Goudelin  (1). 

Charles  de  Blois  avait  donné  à  Guingamp  la  première  com- 
munauté établie  en  Bretagne  ;  la  ville  reconnaissante  garda  à  son 
seigneur  une  fidélité  à  toute  épreuve.  —  En  1842,  la  garnison 
tenait  pour  Monlforl  (2).  Charles  de  Blois  fait  assiéger  la  place  : 
les  bourgeois  s'assemblant  en  tumulte  au  marché  somment  le 
oapitaiae  de  capituler;  sur  son  refus^  ils  le  mettent  à  mort  et 
ouvrent  leurs  portes.  L'année  suivante,  le  roi  d'Angleterre  prend 
Guingamp  i  mais  il  n'y  laisse  pas  de  garnison,  et  la  ville  revient 
au  parti  do  Blois.  En  1345,  elle  repousse  Tattaque  des  Anglais. 
En  1852,  elle  députe  aux  Etats  que  Jeanne  de  Penthièvre  ouvre 
à  Dinan,  quand  il  est  question  de  négocier  la  mise  en  liberté  de 
son  mari.  Enfin  c'est  à  Guingamp  que  Charles  de  Blois  rassemble 
l'armée  qui  va  combattre  i  Auray  (1364). 

En  1420,  les  bourgeois  de -Guingamp  gardent  pieusement  ces 
souvenirs  de  leurs  pères;  et  ils  s'agenouillent  devant  la  tombe 
de  Charles  de  Blois  et  de  Jeanne  de  Penthièvre  dans  l'église  dés 
Gordeliers;  mais  ils  n'entendent  pas  sacrifier  leurs  vies  et  leurs 
biens  pour  les  descendans  félons  du  «  Bienheureux  Charles  ». 
Les  seigneurs  enfermés  dans  Guingamp,  dès  qu'ils  ne  peuvent 
compter  sur  les  bourgeois,  n'ont  qu'un  parti  à  prendre  :  capitu- 

(t)  Je  doDiit  ces  noms  parce  que  noas  les  ratrouvaront  dans  la  seconde  partie 
de  ce  récit. 

Pommer! t-le-Vicomte  et  Gommenech,  communes  du  canton  de  Lanvollon,  ar- 
i*ondis8ement  de  Saint-Brieu(}  :  It  et  13  kilomètres  de  Quingamp.  —  Plouagat 
canton  et  Goudelin,  commune  du  canton  de  Plouagat  arrondissement  de  Guin- 
gamp, li  kilomètres,  -r  Pommer! t-Jaudy,  canton  delà  Hoche-Derrien,  arrondis- 
sement de  Lannion,  23  kilomètres  de  Guingamp. 

(2)  Quingamp  n'est  pas  nonimé  par  Froissard  parmi  les  places  où  Montfort 
avait  été  reconnu  dans  sa  chevauchée  de  1341 .  La  Borderie,  HisL  III,  p.  42Qi 


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116  REVUE  DE  BRETAGNE 

ler  aux  meilleures  conditions  pour  eux  mômes  et  pour  les  bour- 
geois. Ainsi  est-il  fait  le  5  mars- 

11  est  convenu  que  la  ville  sera  rendue  si  «  dans  dix-sept  jours 
avant  midi,  les  assiégeants  ne  sont  pas  battus  et  vaincus  au- 
devant  de  Ih  place  ».  C'est-à-dire  si  un  adversaire  victorieux  ne 
les  contraint  pas  à  lever  le  siège.  Voilà  une  condition  qui  s'ac- 
complira. D*où  viendrait  l'ennemi  quand  tout  le  «  plat  pays  » 
est  soulevé  contre  les  Penthièvre  ? 

Dans  la  capitulation,  il  est  écrit  que  «  tous  les  défenseurs  de 
la  place  rentreront  dans  leurs  maisons  avec  leurs  biens  »,  ex- 
cepté Guillaume  de  Goudelin  (1).  Pourquoi?  Pour  une  raison 
bien  simple.  Tous  ont  fait  leur  soumission  :  ils  se  sont  déclarés 
«  sujets  et  obéissants  au  duc.  »  Guillaume  de  Goudelin  discute, — 
j'ose  dire  ergote  —  sur  Tobéissance  exigée  de  lui.  Il  fait  écrire  : 
«  Sous  cette  obéissance,  il  n'est  aucunement  compris  ni  employé 
a  au  plus  large  qu'il  a  coutume  précédemment  de  faire.  »  — 
Ce  qui  signifiait,  a  dit  un  auteur  admettant  cette  restriction,  que, 
«  s'il  reconnaissait  l'autorité  du  duc,  il  n'en  restait  pas  moins . 
«  fidèle  à  son  chef  immédiat  le  comte  de  Penthièvre (2).  » 

Avec^une  telle  restriction,  que  devient  la  reconnaissance  de 
l'autorité  suprême  du  duc?  Guillaume  entend  stipuler  ce  qu'il 
n'avait  pas  auparavant:  le  choix  entre  le  duc  et  le  comte  de  Pen- 
thièvre :  c'est-à-dire  apparemment  la  faculté  de  suivre  la  ban- 
nière de  Penthièvre  contre  le  duq  lui-même  l  * 

Le  comte  de  Porhoët,  qui  commande  l'armée  ducale,  ne  peut 
admettre  de  te  les  prétentions  (3).  Ihretient  Goudelin  prisonnier, 
et  c'est  justice.  Le  duc  et  le  parlement  jugeront. 

A  la  fin  d'avril,  tout  le  Penthièvre  est  aux  mains  de  la  duchesse. 
Elle  prend  aussitôt  une  résolution  hardie  :  elle  ordonne  le  siège 
de  Ghâteauceaux  qui  passe  pour  inexpugnabln.  Une  double  rai- 
son a  déterminé  la  duchesse.  Elle  sait  que  la  comtesse  de  Pen- 
thièvre est  enfermée  dans  Ghâteauceaux  ;  elle  croit  que  le  duc  y 
est  prisonnier  ;  en  quoi  elle  se  trompe  :  le  duc  était  en  prison  à 
Bressuire  ;  c'est  seulement  à  la  nouvelle  du  siège  que  le  comte 
de  Penthièvre  va  la  ramener  à  Clisson. 

(1)  Moric«,  Pr.  11.  1003-100&. 

2)  Goudelin,  p.  133. 

(3)  Lobineau.  Hist.  p.  546,  dit  à  ce  propos  :  a  Ils  ne  préten liaient  pai  lui  ac- 
corder (à  Goudelin)  plus  grande  liberté  que  celle  qu'il  avait  auparavant  ».  — 
C'est  bien  cela.  ^ 


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ATTENTATS  DES  PENTHÏÈVRE  117 

Aux  premiers  jours  de  mai,  Châteauceaux  était  investi. 

Dans  la  prévision  d'un  long  siège,  la  camp  avait  été  fortifié. 
Une  nuit,  le  sire  de  Laigle  essaie  d'une  vigoureuse  attaque  qui 
est  repoussée.  La  comtesse  de  Penthièvre  reconnaît  qu'elle  ne 
peut  plus  tenir  ;  elle  se  résigne  à  faire  savoir  à  son  fils  Olivier 
qu'il  ramène  le  duc  à  Châteauceaux  pour  le  rendre  aux  Bretons. 
Il  fallut  obéir  ;  et,  le  5  juillet,  Jean  V  conduit  par  le  sire  de  Laigle, 
entrait  à  Châteauceaux  sa  l  u  é  des  acclamations  de  toute  l'armée  (i). 

Or,  au  moment  de  quitter  Clisson,  le  duc  demande  à  Olivier  : 
«  En  conscience,  avez-vous  eu  la  volonté  de  me  tuer  ?  »  et  Olivier 
de  répondre  :  «  Oui,  je  vous  jure  que  oncques  je  n'eus  plus 
grand  désir  de  tuer  aucun  homme  !  »  (2)  Et  c'est  quand  cette 
odieuse  parole  résonne  encore  à  ses  oreilles,  que  le  duc  offre 
leur  pardon  aux  Penthièvre  !... 

Mais  à  une  condition.  Le  duc  ouvrira  les  Etats  à  Vannes,  le 
16  septembre  ;  Olivier  et  Charles  y  viendront  pour  reconnaître 
leur  faute  et  demander  merci  au  duc.  Leur  frère  Jean,  sire  de 
Laigle,  et  la  comtesse  leur  mère  feront  une  déclaration  ana- 
logue, mais  par  procureur. 

Tout  est  réglé.  Jean  de  Penthièvre  a  rédigé  la  formule  de  cette 
amende  honorable  :  leur  crime  est  attribué  à  «  mauvais  conseil, 
et  jeunesse  ».  Le  duc,  qui  veut  pardonner,  accepte  ces  excuses. 
Les  Penthièvre  donnent  leur  parole,  et  livrent  en  otage  de  leur 
engagement  leur  jeune  frère  Guillaume. 

Mais,  à  la  réflexion,  les  trois  frères  se  jugeant  apparemment  in- 
dignes d'uQ  pardon  promis  à  des  conditions  si  douces,  se  croient 
appelés  à  un  guet-apens  ;  peut-être  subissent-ils  encore  une 
fois  la  pernicieuse  influence  d^  leur  mère  ?  Ils  manquent  à  la 
parole  jurée  ;  et  voilà  leur  frère  Guillaume  qui  portera,  pendant 
vingt-huit  ans,  la  peine  de  leur  parjure  ;  et  eux-mêmes  et  leur 
mère  bientôt  frappés  de  condamnations  sévères  mais  trop  mé- 
ritées (3). 

(!)  D'Argentré  a  écrit  le  mardi  avant  V Assomption  ;  c'est  renvoyer  au  mois 
d'août.  Inadvertance  ou  faute  typographique 

(?)  Cette  parole  est  consignée  dans  Tarrôt  de  défaut  du  7  octobre  1420.  Actes 
de  Jean  V,  Arrêt  n»  1450.  tome  vi,  p.  45-47. 

(3)  Comment  comprendre  cette  note  du  comte  Daru.  (Hist.  de  Bretagne  II,  p.  265 
note  3).  <e  A  peine  le  duc  délivré,  la  comtesse  de  Penthièvre  et  ses  enfants  se  hâ- 
tèrent de  faire  des  soumissions  pour  éviter  le  ch&timent  dont  ils  étaient  menacés. 
On  trouve  plusieurs  de  ces  actes  dans  les  Archives^ du  château  de  Nantes  ». 
Oui,  on  trouve  ces  promesses  —  mais  non  suivies  d'effet. 


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118  aeVUK  DE  BRETAGNE 


Leur  première  peine  fut  la  saisie  féodale  des  héritages  de  Peu- 
thièyre.  Cette  saisie  qu'autorisait  la  simple  désobéissance,  à  plus 
■forte  raison  la  rébellion,  Jean  V  Texerça  aussitôt;  le  18  sep- 
tembre les  Etats  cooflrmèrent  la  «  main-mise  »du  duc,  qui  s'em- 
pressa de  distribuer  ces  riches  dépouilles  aux  seigneurs  qui 
l'avaient  le  mieux  servi  (1).  .     /  .      . 

En  môme  temps  que  la  duchesse  Jeanne  de  France  faisait  la 
guerre  aux  Penthièvre,  elle  avait  ordonné  contre  eux  des  pour- 
suites criminelles. 

Pour  l'intelligence  de  ce  qui  va  suivre  une  courte  explication 
nous  paraît  nécessaire. 

La  Bretagne  avait  une  cour  suprême  de  justice  civile  et  crimi- 
nelle nommée  parlement,  La  compagnie  comprenait  au  moins 
une  vingtaine  de  «  conseillers  du  duc  »,  et  était  présidée  par  un 
haut  dignitaire  dit  le  Président  on  juge  universel  de  Bretagne. 
A  cette  époque,  le  parlement  était  convoqué  lors  de  la  tenue  des 
Etats  et  siégeait  après  eux. 

Mais  il  arrivait  souvent  que  les  Etats,  barons,  pairs  ecclésias- 
tiques, seigneurs  et  députés  des  villes,  se  constituaient  en  cour 
de  justice.  Les  vieux  actes  emploient  en  cette  occasion  le  titre  de 
parlement  général. 

Nous  allons  voir  des  informations  faites  et  des  citations  don- 
nées V  aux  barres  et  aux  cours  de  Rennes  et  de  Nantes  »,  c'est- 
à-dire  aux  sièges,  aux   sénéchaussées  de   ces  villes.  Ces  deux 

(I)  1*'  arrêt  de  défaut.  Morice.  liist.  1.  42'.'. 

La  reconnaissance  du  duo  alla  un  peu  vite.  11  parait  afoir  bientôt  reconnu 
qu'il  avait  trop  donné,  et  les  dons  qui  semblaient  perpétuels  furent  déclarés 
viagers.  «  L'expression  pour  lui  et  ses  hoirs  est  restreinte  aux  hoirs  mâles,  u 

Ces  restrictions  sont  faites  dans  un  acte  (latin)  daté  du  parlement  général  à. 
Vannes,  16  février  1425,  jour  de  l'arrêt  rendu  contre  les  Penthiôvre.  {Actes  de 
Jean  V.  N»  tftlO,  t.  vi.  p.  142). 

Daru  (Hist,  II.  p.  2^1  fiote  1)  donne  cette  date.  Morice,  (Ilist.  I.  p.  46))  men* 
tionne  lettre  du  duc  du  19  nox>embre  1429  :  date  insxacte  ;  lire  29  nox>enihr0. 
Ce  jour  (Kiats  de  Redon)  le  duc  confirma  l'acte  du  16  février  \k1h.  {aqU9  de 
Jean  V.  N*»  1804,  t.  vi,  p.  2o0). 

Le  duc  pouvait  sans  scrupule  ^nirder  de  ces  biens  pour  le  domaine,  coffim»  in- 
demnité des  grosses  dépen.ses  aiu^uelles  la  félonie  des  Penthièvre  avait  donné 
lieu.  Au  compte  de  Loh'i ne'd\i{ H is t.  p.  .>50)  elles  dépassaient  320.000  livres,  toU 
13. 447.000  IV.  de  nos»  jours,  au  compte  de  Leber. 


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ATTENTATS  DBS  PBNTHIÊVRK  119 

sièges  ont  une  aorte  de  prééminence  sur  tous  les  sièges  du 
duché  (1). 

Reprenons  notre  récit. 

Sur  l'ordre  de  la  duchesae,  le  procuifeur  général  Guillaume 
Preezart  commença  une  inforapation  aux  cours  de  Rennes  et  do 
Nantes;  il  avait  saisi  des  lettres  démontrant  la  complicité  de 
Jean,  siru  de  Laigle,  dans  la  félonie  de  ses  frère»;  et  il  donna 
ajournements  à  la  comtesse  et  à  ses  trois  flls  :  avant  le  18  sep- 
tembre il  avait  relevé  contre  eux  cinq  défauts. 

Sur  cet  exposé  il  requit  ce  jour  et  les  Etats  ordonnèrent  que  la 
comtesse  et  tes  flls  seraient  ajournés  «  à  comparaître,  le  7  oc- 
«  tobre,  dernier  jour  de  la  tenue  des  Ëtats  ;  commandement  est 
«  fait  à  tous  et  chacun  des  sujets  qui  pourrait  appréhender  (les 
«  Penthièvre)  de  les  rendre  es  prisons  pour  qu'il  leur  so't  fait 
V  justice  »  (2). 

Comme  on  devait  s*y  attendre,  les  Penthièvre  ne  comparurent 
pas  le  7  octobre  ;  défaut  fut  donné  encore  une  fois  contre  eux,  e£ 
le^  Etats  ordonnèrent  qu'ils  seraient  ajournés  «  par  bannie  et  son 
de  trompe  ou  autrement  duement  (3),  à  comparaître  aux  cours 
et  barres  de  Rennes  et  de  Nintes  pour  répondre  aux  conclusions 
du  procureur  général  ».  En  outre  il  est  ordonné  qu'ajournement 
leur  soit  donné  u  une  fois  pour  toutes  à  comparaître  au  demeu- 
rant du  parlement  continué  et  mis  en  avant  au  mardi  après  la 
conversion  de  Saint-Paul  »  (4). 


(I)  Mail  le  choix  de  oêa  deux  villes  a  dû  être  déterminé  par  le. dernier  domi- 
cile des  préyenus  :  pour  Olivier,  Lamballe  au  ressort  de  Hennés  ;  pour  les  autres, 
Clisson,  au  rjssort  de  Nantes. 

(%)  Disons  que  ce  «  commandement  de  prendre  les  fugitifs  non  encore  forban'^ 
nis  *  ne  parait  pas  avoir  eu  de  sanction  pénale.  C'est  ainsi  que  ohei  nous  la 
plainte  ou  dénonciation  prescrite  à  tous  par  Tarticle  30  du  code  d^instruotion 
criminelle  est  dépourvue  de  sanction  depuis  Tabrogation  des  articles  108  et  sui- 
vants du  code  pénal. 

il  en  était  tout  autrement,  comme  nous  verrons,  au  cas  de  commandement  de 
prendre  ou  dénoncer  les  forbannis,  dont  nous  allons  parler. 

(3)  Ce  mot  autrement  ferait-il  songer  an  tambour  ?  Aujourd'hui  le  tambour 
de  ville  est  laissé  aux  petites  villes,  les  grandes  ont  la  trompette.  Au  XV«  siècle, 
il  pouvait  en  être  autrement.  Le  tambour,  en  arabe  tambor^  importé  en  Europe 
par  les  Sarrazins,  n'a  été  introduit  dans  l'armée  française  qu'au  milieu  du 
XIV*  siècle  :  il  pouvait  être  un  objet  «le  luxe  encore  inconnu  des  petites  villes 
de  Bretagne  en  1421. 

(4)  La  fête  de  la  conversion  de  saint  Paul  tombe  le  25  janvier.  En  1421,  le  di- 
manche de  Pâques  étant  le  23  mars,  le  dimanche  qui  suivit  le  25  janvier  fut  le 
27  ;  le  mardi  fut  le  29. 


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120  REVUE  DE  BRETAGNE 

C*est-à-dire  qu'ajournement  sera  donné  pour  le  29  janvier  (1421) 
non  plus  devant  le  parlement  général  {des  Etats)  qui  statuent  au- 
jourd'hui, 7  octobre,  et  ne  seront  pas  réunis  le  29  janvier,  mais 
devant  la  cour  de  parlement,  devant  les  conseillers  du  duc  sié- 
geant avec  le  président  de  Bretagne. 

C'est,  comme  nous  dirions  aujourd'hui,  une  information  faite 
à  Rennes  et  à  Nantes,  sur  laquelle  le  parlement  jugera  les  préve- 
nus entendus. 

Nous  dirons  plus  loin  les  suites  de  cette  sentence. 

Avant  de  se  séparer,  le  16  octobre,  les  nobles  présents  aux 
Etats,  c'est-à-dire  la  plupart  des  nobles  de  Bretagne,  et  les  dé- 
putés des  a  bonnes  villes  »>,  s'unirent  au  duc  dans  une  ligue 
contre  les  Penthièvre  (1).  C'est  la  Bretagne  toute  entière  disant 
aux  petits-âls  de  Charles  de  Blois  que  les  Bretons  invoquent 
comme  un  saint  (2)  :  «  Vous  êtes  indignes  I  Je  ne  veux  plus 
de  vous  1  » 

Cette  explosion  d'indignation  générale  et  spontanée,  quoi  que 
l'on  ait  dit  (3),  est  un  second  châtiment  que  d'autres  suivront. 


Le  29  janvier  venu,  les  Penthièvre  ne  s'étaient  présentés  ni 
à  Rennes  ni  à  Nantes  ;  ils  ne  comparurent  pas  devant  le  parle- 


(1)  On  parle  souvent  de  .la  ligue  de  145  seigneurs  contre  les  Penthièvre.  Il 
faut  s'entendre.  Lobineau,  Pr.  948  et  Morice,  Pr.  II.  1060,  ont  publié  une  liste 
de  145  seigneurs.  Mais  après  la  liste  on  lit  :  <«  et  plusieurs  et  grand  nombre 
d'autres  chevaliers,  escuyers  et  gens  notables  des  bonnes  villes.  >  fiJn  réalité,  au 
lieu  de  145,  il  y  a  163  noms  de  nobles.  Actes  de  Jean  r,  n^  1468.  tome  vi,  p.  57 
Note  de  Térudit  éditeur. 

(2)  Le  tombeau  de  Charles  de  Blois  à  Quingamp  était  le  but  d*un  pèlerinage, 
comme  celui  de  saint  Yves  à  Tréguier,  et  les  Bretons  chantaient  en  même  tempis 
les  deux,  comme  les  compagnies  bretonnes  qui,  en  1377,  se  mirent  au  service  da 
pape  Grégoire  VII. 

Bretons  criaient  :  «  Vive  l'Eglise... 
A  vous  merci,  Charles  et  Yves... 
Ce  sont  deux  saints  du  paradis 
Qu'aux  dits  bretons  furent  amis. 
Guillaume  de  la  Pérène.  Gestes  des  Bretons  en  Italie.  M^rice.  Pr,  II.  172. 

(3)  Daru  (II.  p.  266,  note  5.)  «  Les  terres  des  Penthièvre  furent  distribuées  aux 
seigneurs  avec  prodigalité.  C'est  à  ce  prix  que  Jean  V  forma  une  ligue  »,  etc. 

C'est  méconnaître  le  caractère  de  cette  ligue.  La  preuve  c'est  que^  à  la  date  da 
16  octobre  1420,  le  duc  n'avait  gratifié  que  neuf  seigneurs,  y  compris  son  frère 
Richard.  —  Lobineau.  Hist.  p.  552  et  Pr,  944-947,  fin  de  septembre. 


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ATTENTATS  DBS  PENTHIEVRB  121 

meot.  Défaut  fut  donné  contre  eux  et  le  parlement  ordonna  la 
curieuse  procédure  dite  du  forban  (1). 

Les  Penthièvre  durent  être  par  neuf  fois  sommés  de  compa- 
raître par  «  ajournements  et  bans  »  c*est-à-dire  par  citations  et 
publications  faites  «  à  la  paroisse  (sans  doute  an  prône  de  la 
messe)  et  aux  marchés  ».  Les  trois  premières  sommations  se 
feront  de  semaine  en  semaine  ;  les  trois  suivantes  de  quinzaine 
en  quinzaine  ;  les  trois  dernières  de  mois  en  mois  ;  chacune  sera 
rapportée  et  vérifiée,  les  unes  à  la  cour  de  Rennes,  les  autres  à 
la  cour  de  Nantes  (2). 

Les  neuf  sommations,  à  ne  compter  que  les  délais  ci-dessus, 
emploieraient  cinq  mois  et  une  semaine  ;  mais  il  faut  ajouter  le 
temps  nécessaire  pour  renvoi  des  actes  aux  cours  et  pour  leur 
vérification. 

Doublons  le  délai  légal  —  ce  qui  est  excessif  —  le  parlement 
pourra  prononcer  le  forban^  c'est-à-dire  condamner  par  contu- 
mace avant  la  fin  de  l'année  1421. 

Mais  non.  La  longanimité  du  duc  n'est  pas  à  bout.  Il  va  re- 
tarder la  sentence  de  plus  de  trois  années,  jusqu'au  16  février 
1425  (n.  st.).  En  sorte  que  c'est  seulement  quatre  ans  après 
Tarrôt  ordonnant  Tajournement  que  la  sentence  sera  rendue. 

Durant  cette  longue  procédure^  un  autre  châtiment  a  frappé 
les  Penthièvre  :  il  leur  est  venu  de  leur  complice,  le  dauphin. 

L'entreprise  encouragée  par  lui  et  qu'il  fit  sienne  a  manqué... 

(1)  Voir  la  chapitre  (article)  109  de  la  T.  A.  (Coutume  :  Comment  homme  et 
femme  sont  misa  forban.  Sauvageau,  tome  ii»  96-97. 

Quatre  arrêts  ont  été  rendas  contre  les  Penthièvre  :  1"  arrêt  18  septembre  1420, 
dont  nous  venons  de  parler  ;  2*  le  7  octobre,  arrêt  donnant  défaut  et  ordonnant 
ajournement,  instruction  et  audience  du  parlement  pour  le  mardi  après  la  con- 
version de  saint  Paul  (29  janvier  1421);  3**  ce  jour,  arrêt  donnant  défaut  et  or- 
donnant la  procédure  du  forban  ;  4*  le  1«  février  1425,  arrêt  prononçant  le  /or- 
ban,  la  condamnation  à  mort,  etc.,  définitif  et  sans  recours. 

Lobineau  (/¥.  951*60),  Morice.  Pr,  II,  1070-80)  ont  donné  seulement  ce  dernier 
arrêt  qu'ils  empruntent  à  d*Argentré.  Celui-ci  (Bd.  de  1588,  f<*«  577-584)  donnait 
la  date  :  le  seizième  de  février  MCCCXXIV  (vieux  style).  (1425)  Lobineau  et  Morice 
ont  corrigé  la  date  de  l'année  et  écrit  i42i.  —  Ils  ne  connaissaient  pas  la  pro-^ 
cédure  du  forban  que  d'Argentré  connaissait.  $on  imprimeur  ne  la  connaissait 
pat  non  plus  :  il  imprime  ,  neuf  de  faux,  pour  neuf  défauts, 

L'érudit  éditeur  des  Actes  de  Jean  V  a  publié  l'arrêt  du  7  octobre  I420(n«  1456), 
et  seulement  mentionné  l'arrêt  de  1425  (n>  1611).  Il  nous  faut  donc  lire  cet  arrêt 
dans  d'Argentré.  La  date  1421  est  trop  souvent  rééditée,  notamment  par  M.  Cos- 
neau  dans  son  bel  ouvrage,  p.  59. 

(2)  L* arrêt  de  1425  constate  qu'il  y  a  eu  onze  défauts  donnés  à  Hennés  et  di< 
à  Nantes* 


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122  *  -  REVUB  DE  BRETAGNE 

Il  volt  la  situation  des  Penthièvre  perdue  en  Bretagne  et  le  duché 
tout  entier  soulevé  contre  eux.  Il  les  abandonne  !  Avant  le 
9  juillet  et  la  prise  de  Châteauceaux^  il  ose  envoyer  des  ambassa- 
deurs à  sa  sœur  la  duchesse,  pour  l'assurer  de  «  son  affection  h 
la  délivrance  du  duc  (1)  I  » 

Quand  le  duc  sortant  de  prison  est  plus  puissant  que  la  veille 

de  son  arrestation,  le  dauphin  fera  bien  plus  :  pour  attirer  le  duc 

>  èi  lui,  il  va  châtier  les  Penthièvre  :  il  les  fait  condamner  pour 

crime  de  lèse-majesté  ;  il  confisque  leurs  biens  de  France,  et  en 

donne  une  grande  part  à  Richard  (2). 

Enfin  le  duc  et  le  dauphin  signent  le  traité  de  Sablé  (8  mai  1421); 
dont  la  première  condition  est  que  «  les  adhérents  de  Penthièvre 
seront  aussitôt  chassés  de, la  cour.  » 

Le  dauphin  ajoué  ses  amis,  ses  complices  de  la  veille  ;  il  va 
essayer  de  jouer  le  duc  ;  manquant  à  la  parole  jurée,  il  s'obstine 
à  garder  auprès  de  lui  «  les  adhérents  de  Penthièvre  »  sans  son- 
ger qu'il  pousse  ainsi  Jean  V  à  l'abandonner  de  pouveau,  bien 
plus  à  signer  le  traité  de  Troyes  (8  octobre  1421). 

Le  dauphin  aura  môme  à  sa  cour  Jean  de  Penthièvre;  mais 
le  duc  ne  s'occupe  ni  de  Jean  ni  de  son  frère  Charles.  Le  seul 
qu'il  ait  essayé  d'atteindre,  mais  sans  succès,  c'est  Olivier  réfu* 
gié  à  sa  terre  d*Avesnes  en  Haynault  (3). 

«  Le  duc,  dit  d'Argentré,  mit  force  gens  après  lui  pour  le 
prendre  et  le  ramener  en  Bretagne,  ou  bien  lui  mettre  un  car- 
can de  fer  au  col  :  c'était  une  pratique  qui  se  faisait  lors  entre 
ennemis.  Ces  carcans  étaient  enchanlés,  et  brûlaient  (comme 
on  disait)  peu  à  peu  le  patient,  et  ne  se  pouvai  ni  nullement  li- 
mer, autrement  le  feu  y  eût  pris...  »  (4). 

(1)  Cette  piteuse  palinodie  nous  est  révélée  par  une  lettre  des  ambassadeufa 
de  la  duchesse  au  roi  d'Angleterre,  datée  du  9  juillet  liîO,  de  Corbeil.   (lU  ne 

avaient  pas  encore  la  délivrance  du  duc).  Morice,  Pr.  II,  1024.  —  Oâ  peut  dater 
Tambassade  de  la  fin  de  juin. 

(2)  M.  Coftneau^  Richemont^  p.  50^  note  e.  La  confiscation  ne  s'exécuta  que 
SVLt  quelques  seigneuries  du  Poitou. 

(3)  (i  11  6*enfuit  aussitôt  en  Limousin  ;  mais  ne  s*y  trouvant  pas  en  stireté,  il  passa 
(non  sans  peine)  en  Haynault.  »  Déposition  d'Alain  Taillart.  Morice.  Pr.  100 1. 

(4)  D'Argentré,  Hist,,  éd.  de  1588,  f"  586,  r"  A.  Le  grave  historien  ne  croit  pas 
à  la  vertu  de  ces  carcans  enchantas,  ni  le  duc  non  plus,  puisqu'il  essayait  de 
«  faire  prendre  »>  Olivier  et  quelques  complices. 

Cette  expédition,  mal  conduite  selon  Lobineau  {Ilist.  p.  556)  coûta  cher.  Jean  V 
avait  commis  trois  chevaliers,  des  héraults  et  des  bourgeois  (4  janvier  Miî,  n.  st)  : 
il  leur  avait  ouvert  sur  deux  marchands  des  Bruges  un  crédit  de  25^000  éCUS 


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ATTENTATS  DBS  PËNTHIÈVRE  '  123 

Nous  avons  dit  plus  haut  (1)  que  la  sentence  de  forban  aurait 
pu  être  prononcée  dès  Tautomnede  1421.  Or  les  deux  années  1422 
et  1423  passent  sans  que  le  forban  intervienne.  Pourquoi  ?  Parce 
que  le  duc  voyant  les  Penthièvre  hors  de  Bretagne  s'en  croit  dé- 
barrassé et  ne  peut  se  résoudre  à  les  voir  condamner. 

En  décembre  1423,  on  apprend  que  le  sire  de  Laigle  à  la  tète  de 
quarante  hommes  armés  est  entré  en  Bretagne  pour  atteindre 
le  duc  qui  voyage  dans  Tévôché  de  Tréguier  et  pour  le  mettre  à 
mort;  et  qu'un  heureux  hasard,  un  brusque  changement  d'itiné- 
raire, a  sauvé  le  duc  (2). 

On  sait  de  plus  que  les  conjurés  ont  traversé  le  duché,  de  Ghâ- 
teaubriant  au  fond  du  Qoello,  et  qu'ils  sont  revenus  à  la  frontière 
d'Anjou  par  le  môme  chemin  ;  enfin  qu'en  roule  un  abbé  et  plu* 
sieurs  seigneurs  les  ont  reçus  et  hébergés.  Et  personne  ne  les  a 
dénoncés!...  Et  le  commandement  de  dénoncer  les  Penthièvre 
porté  par  Tarrôt  de  1421  !..  Ce  commandement  est  lettre  morte, 
puisque,  comme  nous  l'avons  dit,  il  n'a  pas  de  sanction  pénale. 

Or  supposez  le  forban  prononcé.  Quel  Breton  reconnaissant 
Jean  de  Penthièvre  aurait  osé,  en  ne  le  dénonçant  pas,  encourir 
la  peine  de  mort?  Ou  plutôt  Jean  de  Penthièvre  n'aurait  pas  eu 
la  folle  audace  de  mettre  le  pied  en  Bretagne. 

On  peut  croire  qu'après  cette  révélation  plus  d'un  parlant 
avec  la  rudesse  du  temps  aura  représenté  au  duc  que  sa  bonté 
obstirée  devient  faiblesse.  S'il  a  si  peu  de  souci  de  sa  sécurité 
personnelle,  que  du  moins  il  assure  la  paix  de  son  duché,  en  lais- 
sant la  justice  suivre  son  cours  I 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  16  février  1425,  au  parlement  général)  c'est- 
à-dire  aux  Etats  ouverts  à  Vannes,  arrêt  fut  rendu  (8). 

Les  tt  de  Blois  et  leur  mère  étaient  punis  capitalement  »  c'est- 
à-dire  condamnés  à  «  avoir  leurs  tàtes  coupées,  comme  traîtres 
envers  leur  seigntur  yr^  et  étaient  «  forbannis,  selon  le  coutume 
du  pays.  Chacun  d'eux  éia-t  privé  perpétuellement  de  tout  hon- 
neur, des  noms  et  armes  de  Bretagne  ». 


d*or,  soit  31,260  livres  et  1.209.000  fr.  actaeli.  La  dépenie  fut  de  20,459  écus  d*or, 
ou  25,503  livret,  toit  1.6&4.88B  fr.  actuels.  Diffârenoe  en  moini  245,176  fr.  Compte 
du  12  juin  1428.  Morice,  Pr.  Il,  1100  et  1138. 

(1)  Ci-de88U8,  p.  121. 

(2)  Nous  conterons  plus  loin  le  voyage  du  sire  de  Laigle  en  Bretagne. 

(5)  On  peut  le  voir  in  extenso  dans  d*Argentré,  IJist.,  livre  X',  chapitre  XX, 
(in  fine).  Ed.  de  1588,  p.  577-584. 


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124  REVUE  DE  BRETAGNE 

L'arrêt  renouvelle  la  confiscation  de  tous  les  meubles  et  hé- 
ritages des  Penthièv^re. 

Il  déclare  que  «  lesdits  de  Blois  et  leur  mère  ne  sont  plus  re- 
cevables  à  jamais  faire  défense  des  accusations  portées  contre 
eux  ».  La  condamnation  est  donc  définitive  et  sans  recours  pos- 
sible (1). 

Enfin  il  est  «  fait  commandement  à  tous  les  sujets  qui  pour- 
ront trouver  ces  malfaiteurs  de  les  prendre  et  rendre  en  prison 
pour  être  fait  justice  (2)  »,  ou  au  moins  de  «  les  dénoncer  »  :  c'est- 
à-dire  de  révéler  leur  présence  et  leur  retraite. 

Et  après  la  déclaration  de  forban  ce  commandement  adressé  à 
tout  sujet  aura  son  effet  car  il  a  une  sanction  ;  c'est  la  peine  pro- 
noncée contre  les  forbannis,  la  mort  et  la  confiscation  (3). 

Et,  afin  que  nul  n'en  ignore,  la  publicité  de  l'arrêt  sera  as- 
surée par  ban  et  cri\  et  l'exécution  sera  publique  :  «  les  che- 
vestres  seront  mises  es  portes  des  villes  de  Rennes,  Nantesi 
et  Vannes  »  (4). 

Enfin  voilà  donc  le  crime  des  Penthièvre  puni  et  eux-mêmes 
chassés  de  Bretagne«après  cinq  ans  passés.  Il  était'temps  I 


(!)  Par  exception  à  la  règle  générale  portée  au  chapitre  111,  accordant  au  for- 
banni  quarante  jours  pour  se  représenter,  ou,  comme  nous  disons  aujourd'hui, 
purger  sa  contumace.  Mais  la  règle  admettait  plusieurs  exceptions,  et  les  Pen- 
thièvre étaient  atteints  par  l'une  d'elles  :  c  le  fait  était  à  commune  renommée 
notoire.  «  Chap.  111  et  lp2. 

(2)  C'est-à-dire,  en  Tespèce,  pour  qu'ils  soient  mis  à  mort,  puisque  la  condam- 
nation est  sans  recours  possible. 

(3)  C'est  le  chapitre  (art.  110)  de  la  T.  Â.  Coutume  ;  «  Bien  se  gard  qui  depuis 
soutiendra  le  iorbanoi,  car  qui  le  soutiendra,  il  devrait  être  puni  comme  le 
forbanni,  car  les  soutenant  les  malfaiteurs  doivent  être  punis  comme  eux; 
excepté  cousins  germains  (et  plus  proches  parents)  qui  ne  sont  pas  tenus  de  dé- 
noncer leurs  germains,  car  en  honnissant  leurs  cousins,  ils  se  honniraient 
eux-mêmes,  car  ils  sont  de  même  chair  et  sang.  » 

Après  cinq  siècles  et  demi  notre  article  322  du  Code  d'instruction  criminelle 
est  moins  humain  que  l'article  110  de  la  T.  A.  Coutume.  —  Trévédy,  I^s  Gens 
Infâmes  de  la  T,  A.  Coutume,  p.  12-13. 

(4)  Chevestre  on  cJievetons,  licous  ou  colliers  pour  pendre  les  effigies  des  con- 
tumaces condamdés  ou  simplement  l'extrait  de  l'arrêt  prononcé  contre  eux. 
Lobineau,  Pr.  Glossaire,  col.  1784. 

Les  réformateurs  du  domaine  royal  en  1539  n'avaient  plus  le  sens  de  ce  mot  : 
à  Quimper,  ils  écrivaient  :  selle  à  charrette  et  selle  à  charretier.  Hévin  signale 
cette  erreur.  Questions  féodales,  p.  91. 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÉVRE  125 


Et  les  partisans  des  Penthièvre  en  Bretagne,  ceux  qui  se 
firent  leurs  complices,  ou,  comme  disent  les  vieux  actes,  leurs 
«  fauteurs  séquaces  et  adhérents  »,  quel  fut  leur  sort? 

Le  duc  fut-il  pour  eux  sans  miséricorde? 

Je  lisais  récemment  :  «  Le  duc  ste  vengea  par  de  cruelles  re- 
«  présailles,  confiscations  et  exécutions  capitales  »  ;  et  on  citait, 
comme  exemple  apparemment,  la  confiscation  des  biens  de 
Guillaume  de  Goudelin  et  son  exécution  (1).  ' 

Le  lecteur  se  demande  épouvanté:  «  Mais  veut-on  parler  d'exé- 
cutions sans  arrêt  de  justice?...  Il  semble  permis  de  le  croire. 
Quels  sont  les  noms  des  seigneurs  mis  à  mort?  S'il  y  en  eut  un 
si  grand  nombre,  l'histoire  a  dû  enregistrer  ces  atrocités  venge- 
resses. —  C'est  la  première  fois  qu'il  est  parlé  de  ces  exécutions 
multiples.  Jusqu'ici  il  ne  fut  question  que  de  l'exécution  de  Guil- 
laume de  Goudelin. 

Mais  «  le  bon  duc  Jean  V  était  miséricordieux  et  débon- 
naire (2)  »  ;  «  il  avait  le  cœur  et  l'amour  de  tout  le  peuple  (3)  ;  » 
un  historien  l'a  dit  surnommé  le  Sage  (4). 

Voilà  des  objections  1  Ces  faits  nouvellement  révélés  sont-ils 
bien  certains  ?  Une  question  qui  se  pose  tout  naturellement  et  à 
laquelle  il  faut  une  réponse. 

Le  duc  Jean  V  a  rangé  en  trois  catégories  les  complices  des 
Penthièvre:  1«  Cdux  qui  les  assistaient  lors  de  l'enlèvement  ; 
2*  ceux  qui  prirent  leur  défense  en  défendant  leurs  forteresses  ; 
3^  ceux  qui  ne  se  rendirent  pas  à  l'appel  de  la  duchesse  pour  le 
recouvrement  du  duc  (5). 

Il  est  clair  que  les  complices  dé  la  première  catégorie  sont  les 
plus  coupables. 

Nous  avons  nommé  six  Bretons  présents  à  la  prise  du  duc  : 
Alain  de  la  Lande,  Jean  Le  Neveu,  Philippot  de  Triac,  Etienne  du 
Ruiïlay,  Maurice  et  Alain  Taillart. 


(1)  Je  dois  avertir  que  ces  phrases  ne  sont  pas  extraites  du  mémoire  Goudâ" 
lin  •te.,  mais  d'un  article  du  Journal  des  Débats  dt  novembre  1906«  Et  des 
joarnaax  bretons  ont  reproduit  cet  article!.... 

(2)  LeBaud,  Hist.  p.  488-489. 

(3)  Bouchard,  Grandes  chroniques,  f"  19S  r**. 

(4)  D'Argentré.  Ed.  de  1588,  f»  547  ▼». 

(5)  Actes  de  Jean  F,  N»  1864,  t.  vi,  p.  260. 

Septembre  I90S,  le 


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126  REVUE  DE  BRETAGNE 

La  Lande  «  décousait  »  les  planches  du  pont  de  la  Divatte.  **> 
Triac  a  amené  quinze  des  grands  chevaux  du  comte  (i).  Nous 
ne  voyons  pas  le  rôle  assigné  à  Le  Neveu  et  aux  deux  Tâiillart. 

La  Lande  et  Le  Neveu  sont  sans  doute^  comme  Triac  et  les 
deux  Taillart,  restés  aU  service  des  Penthièvre.  Nous  sommes 
sans  nouvelles  des  deux  premiers  ;  nous  verrons  les  trois  autres 
dans  l'expédition  de  Jean  de  Blois  en  1422.  Le  duc,  en  1420,  n'a  pu 
frapper  ces  cinq  que  sur  leurs  biens  par  des  confiscations  dont 
nous  n'avons  pas  la  preuve. 

Au  contraire,  en  ce  qui  concerne  Etienne  du  RufQay,  nous 
sommes  renseignés  par  le  duc  lui-môme  : 

Jean  V  dit  Rufflay  de  Buhen,  en  Goello  (2)  :  il  ajoute  : 

<c  II  était  en  personne  à  notre  prise...  il  a  tiré  son  épée  pour 
nous  courir  sus,  à  ûotre  frère  Richard  et  à  nos  gens  ;  ...  depuis, 
il  a  persévéré  en  sa  mauvaise  volonté...  a  demeuré  et  a  fait  ré- 
sistance à  nous  à  Ghantoceaux  assiégé.  » 

Mais,  comme  les  autres,  RufQay  n'est  pas  rentré  en  Bretagne, 
et  comme  eux  n'a  pu  être  frappé  que  sur  ses  biens.  Le  duc  con- 
fisque ses  biens  présents  etfuturs;  c'est-à-dire  les  successions  à 
lui  échoir  ;  et,dès  avant  mars  1421  (3),  il  en  a  disposé  en  faveur  de 
Jacob  du  Fou  et  ses  hoirs.  Mais  Rufflay  meurt  laissant  une  fllle 
mineure  que  Jean  V  nomme  Mario t  (apparemment  Mariej;  et,'le 
13  mai  1427,  «  pour  pitié  et  miséricorde  »,  il  rend  Mario;t  «  habile 
à  recevoir  les  successions  »  que  son  père  n'aurait  pu  recevoir  (4). 

Mais  les  complices  des  Penthièvre  restés  en  Bretagne,  com- 
ment ont-ils  été  frappés  par  le  duc  :  «  Voici  ce  que  nous  en 
pouvons  dire  :  outre  Guillaume  de  Goudetin,  auquel  je  viendrai 
tout  à  l'heure,  je  ne  trouve  que  deux  gentilshommes  bretons 
punis. 

(1)  Déposition  d'Alain  TaiUart.  Morioa,  Pr.  II,  1001. 

(2)  l\  Teut  dire  seigneur  de  Buhen,  Actes  de  Jean  V,  no  1484,  t.  ti,  p.  63. 

(3)  Même  acte. 

(4)  Actes  de  Jean  V,  n«  1738,  p.  204.  —  Le  duc  à  cause  des  dispositions  qu'il 
a  faites  met  à  cette  réhabilitation  quelques  conditions  qui  semblent  8*être  ac- 
complies au  profit  de  Mariot. 

La  familU  de  Rufflay  était  largement  possessionnée  en  Plourhan  (aujourd'hai 
commune  du  canton  d*fitables,  arrondissement  de  Saint-Briene).  Ogée  j 
montre^  au  commencement  du  XV*  si^le,  Jean,  Pierre,  Jeanne,  possesseurs  do 
trois  seigneuries,  et  enfin  il  nomme  h  Buhen  à  Marie  du  Huffiaj  ».  Cette  Marie 
est-elle  Mariot  nommée  dans  Pacte  de  Jean  V  ?  Je  lis  ailleurs  (Courcy,  IH,  p.  9t, 
T*  Rufffay)  :  «  La  branche  de  Buhen  fondue  dans  Rosmadec-Goarlot.  •  Et  au 
mot  Rosmadeo-Goarlot^  p.  74,  on  lit  «  Ch&telain  de  Buhen,  1632  ». 


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J 


ATTENTATS  DES  PENTHIEVRE  J27 

Le  premier  est  Jean  Uaudin,  sire  de  Marligné-Ferchaud  ;  il 
était  le  «  demeurant  (rhôte)  et  le  commensal  i>  des  Penthièvre 
avant  Tenlèvement  du  duc  et  il  Test  encore  après.  Le  24  sep- 
tembre 1420,  le  duc  déclare  ses  biens  confisqués  et  en  fait  don  à 
Jean  de  la  Chapelle,  chevalier^  chambellan^  en  ce  moment 
capitaine  de  Jugon  (1).  —  Mais,  peu  après,  Jean  Qaudin  était  rentré 
en  grâce.  En  1427,  cheyalier,  il  ratifiait  aux  Etats  le  traité  de 
Troyes  (2).  En  1462;  il  était  chargé  de  la  défense  des  côtes  de 
Bretagne. 

Le  second,  Maurice  de  Plusquellec,  était  fils  d* Alain,  chambel- 
an  du  duc.  ^  Gomme  Jean  Oaudin;  il  fut  commensal  des  Pen- 
thièvre; il  les  suivit  en  exil  en  Âunis  et  ailleurs.  —  Il  paraît 
d'autant  plus  répréhensible  qu'il  avait  été,  en  1419  et  1420,  de  la 
maison  de  Richard,  et  que  son  père  était  des  seigneurs  ligués 
contre  les  Penthièvre.  Le  30  octobre  1423^  le  duc  saisit  les  biens 
qu'il  avait  hérités  de  sa  mère  et  en  disposa.  Mais  le  comte  de 
Richement  intervient  ;  il  obtient  «  la  rémission  »  ;  le  duc  retire 
sa  première  décision»  il  veut  bien  attribuer  cette  intimité  com- 
promettante à  «  légèreté  et  jeunesse  »  (27  mai  1425)  (3). 

Mais  on  va  dire  : 

«  Voilà  des  jeunes  gens  amis  des  Penthièvre  continuant  après 
l'attentat  de  ceux-ci  des  relations  qui  peuvent  déplaire  au  duc  » 
mais  ne  lui  portent  pas  grand  préjudice.  C'est  une  imprudence, 
une  inconvenance,  soit.  Cette  faute  est  punie  de  confiscation.  En 
regard,  voilà  des  seigneurs  tenus  sous  serment  au  devoir  de 
guerre.  La  duchesse  les  appelle  au  secours  «  pour  le  recouvre- 
ment du  duc  »  ;  eux*  tournant  le  dos,  s'enferment  dans  les 
places  des  Penthièvre  pour  les  défendre.  C'est  une  rébellion  !  Le 
duc  fut  sévère  pour  l'imprudence,  de  quelles  peines  ne  frappera- 
t-il  pas  les  seigneurs  et  chevaliers  rebelles  1  » 

Examinons.  —  Les  historiens  nomment  seulement   quatre 


(l>Morioc,  Pr.U,  lOit. 

(l)  Morioe.  JPr.  II.  1200.  Couifon  de  Kerdellêch.  I.  p.  S79  et,  IL  p.  400.  —  Ajoutons 
que  eette  disgrâce  passagère  ne  nuisit  pas  à  son  flls  Péan  ou  Payen  Oaudin, 
eomm^  lui  seigneur  de  MartignA.  Chambellan  (1414),  il  devint,  en  1410,  grand 
maître  de  Talrtîllerie  de  Bretagne,  et  il  avait  le  titre  de  capitaine  de  Jugon  : 
•n  1470,  il  fut  accusé  d'intrigues  avec  la  France  où  il  avait  accepté  la  charge  de 
grand  maître  de  rartillerie,  et  François  II  lui  enleva  toutes  ses  charges.  Gouffon  I, 
p.  497  et  488. 

(3)  Couflon.  I,  p.  S38  et  II,  p.  361-362.  Actes  de  Jean  F,  h"»  IMî  et  1627.  Ifo* 
ricê,  Pr,  II,  I67î-7t* 


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128  REVUE  DE  BRETAGNE 

places  assiégées  par  Tarmée  ducale  :  savoir  :  Guingamp  et  Lam- 
balle,  les  deux  principales  villes  de  Tapanage  de  Penthièvre  ; 
Broons^  qui  ne  fat  jamais  du  Penthièvre,  mais  qui  apparte- 
nait à  Marguerite  de  Glisson  (1),  enfin  Jugon  qui  n'était  pas  aux 
Penthièvre  -mais  qui  a  été  surpris  par  leurs  «  adhérents  »  et 
dont  la  garnison  tenait  contre  Tarmée  ducale  (2).  A  cette  liste, 
il  faut  ajouter  Glisson.  Cette  place»  héritage  de  Glisson,  avait 
été  saisie  et  confisquée.  Le  duc  chargea  son  frère  Richard  d'exer- 
cer la  confiscation  :  la  place  résista  et  il  fallut  un  siège. 

Nous  n*avons  aucun  renseignement  sur  les  redditions  de  Lam- 
balle,  Broons  et  Jugon  ;  nous  ne  pouvons  en  parler  ;  mais  quelle 
apparence  que  les  défenseurs  et  les  bourgeois  de  ces  trois  places 
aient  eu  à  subir  des  conditions  plus  dures  que  les  défenseurs  de 
Guingamp  et  de  Glisson  ?  Or  nous  avons  dit  que  défenseurs  et 
bourgeois  de  Guingamp  obtinrent  la  liberté  de  leurs  personnes 
et  la  possession  de  leurs  biens,  un  seul  excepté  :  Guillaume  de 
Goiidelin.  De  môme  en  est-il  à  Glisson  :  la  place  résiste,  et,  après 
plusieurs  jours  de  siège,  Richard,  sûr  d'avance  de  l'assentiment 
de  son  frère,  offre  à  tous  «  leurs  vies  et  biens  saufs,  meubles 
et  héritages.  »  Et  le  duc,  le  parlement  général  tenant  encore  à 
Vannes,  approuve  ces  conditions,  et  «  remet  et  pardonne  tout 
et  à  tous  »  (5  octobre  1420).  Et  pourtant  quels  reproches  le  duc 
peut  faire  aux  gentils  hommes  assiégés  dans  le  château  !  «  Ils  se 
sont  armés  contre  nous,  dit-il,  n'ont  voulu  obéir  au  mandement 
de  s'armer  pour  le  recouvrement  de  notre  personne,mai8  au  con- 
traire se  sont  faits  rebelles  contre  nous  (3).  » 

Du  moins,  me  dira-t-on,  l'exécution  de  Guillaume  de  Goudelin, 


(1)  Brooni  avait  passé  du  connétable  du  Quesclin  h  son  frère  Olivier  et  de  celui- 
ci,  par  un  acte  non  publié,  apparemment  une  vente,  il  passa  à  Glisson  ;  plus 
tard  il  fut  compris  dans  le  tiers  de  sa  succession  attribué  à  Marguerite.  Morice, 
iViH,  77.    • 

(2)  La  liste  n*est  pas  complète.  J*j  ajoute  le  château  de  Chàtelaudren  (entre 
Saint-Brieuc  et  Guingamp)  chef-lieu  du  Goello.  —  Ce  siège  très  certain  est  men- 
tionné deux  fois  aux  actes  de  Jean  V«(N*  144t  et  1696)  —  (10  juin  1426).  «  Franchise 
de  fouage  pour  Guillemot  Quiniode  Saint-Brieuc  en  récompense  de  ses  services  et 
dépens  aux  sièges  de  Chàtelaudren  et  Châteauceaux.  a 

Le  château  de  Chàtelaudren  fut  démantelé,  selon  la  prédiction  de  saint  Vincent 
Ferrier.  En  1417,  il  passait  au  pied  du  château  avec  Tànequi  portait  ses  livres  et  son 
pauvre  bagage.  Les  soldats  de  la  garnison  se  moquèrent  de  son  âne  ;  il  leur  pré- 
dit que  dans  peu  les  brebis  et  les  ânes  paîtraient  sur  les  ruines  du  château*.. 
Albert  Le  Grand.  Vie  de  saint  Vincent  p.  ^2«. 

(3}  Morice,  Pr.  Il,  1049.  Siège  et  prise  de  Clisson  avec  amnistie,^. 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÈVRÊ  129 

avec  OU  sans  arrôt  de  justice,  est  bien  certaine!  C'est  lui  que 
l'auteur  de  Goudelin  nous  a  montré  sous  le  nom  de  Guillaume 
de  Coetmen,  frappé  par  la  main  du  (boarreau  «  dans  la  grande 
allée  de  Portz-Treveznou  »,  et  pleuré  par  sa  femme  Marie  de  Gou- 
delin (lisez  de  Tréveznou). 

Eh  bien  1  non.  Cette  tradition  —  plus  jeune,  je  crois,  qu'on  ne 
s'imagine  —  mais  plusieurs  fois  rééditée  —  elle  est  mensongère  ! 
En  1420,  Guillaume  de  Goudelin  n*a  été  ni  mis  à  mort  ni  même 
dépossédé  de  ses  seigneuries.  L'auteur  de  Goudelin  lui-môme 
nous  a  montré  Guillaume  de  Goudelin  vivant  tranquille  en  son 
château  et  rebelle  au  duc  Jean  V.  Mais  Tauteur  a  daté  cette  ré- 
bellion du  mois  de  janvier  i420,^yani  Tenlèvement  du  13  février; 
or  cette  rébellion  nouvelle  est  postérieure  de  plus  de  deux  années, 
comme  nous  allons  voir. 

Mais  voici  la  vérité  attestée  par  un  acte  authentique  signé  du 
duc  Jean  V  ;  laissons-lui  la  parole  : 

«  Comme  Messire  Guillaume  Goudelin  nostre  subgit  soit  fauc- 

tour,  sequance,  complice,  et  adhéré  de  nos  adversaires  de  Bloys, 

en  commectant  crime  de  lesse  majesté,  trayson  et  ingratitude 

envers  nous,  pour  lequel  crime  il  a  esté  condempné  par  nostre 

justice  qu'il  doit  souffrir  pugnition  corporelley  ses  hoirs  privés 

de  sa  subcession,  et  ses  meubles  et  héritages  à  nous  confisquez 

et  acquis,  et  en  pouvons  disposer  ainsi  que  bon  nous  semble  (1)  ». 

Et  le  duc  dispose  de  ces  biens ^  le  26  juin  1422. 

Guillaume  de  Goudelin  a  été  condamné,  dit  le  duc,«  à  punition 

corporelle  ».  Par  ces  mots  devons-nous  entendre  condamné  à 

DQOrt  ?  Comparons  les  termes  employés  par  le  duc  avec  ceux 

de  Tarrêt  de  défaut  rendu  contre  les  Penthièvre.  a  Ils  doivent 

ôfre  punis  capitalement  comme  d'avoir  les  tôtes  coupées,  etc  ». 

Ces  expressions  si  différentes  peuvent-elles  être  prises  au 

môme  sens? Non. 

Ainsi  Guillaume  de  Goudelin  a  été  condamné,  pour  trahison,  à 
une  peine  d'emprisonnement.  A  quelle  date  et  en  quelles  circons- 
tances a-l-il  commis  ce  crime?  Assurément  en  1420  et  pour  son 
obstination  à  ne  pas  accepter  les  termes  de  la  capitulation  de 
Guingamp. 

Mais,  depuis  ce  temps,  le  duc  a  laissé  Goudelin  libre  et  n'a  pas 
fais  la  main  sur  ses  biens.  Seulement  la  peine  de  la  confiscation 

(1)  Acte*  d€  Jean  F,  N»  1511,  t.  vi,  p.  88-89. 

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130  RBYUfi  DE  BRfiTAOME 

subsistOf  Goudelin  4i'a  qu'une  possession  préoaire  ;  ses  biens 
sont  toujours  à  la  disposition  du  duc  et  fui  sont  un  gage  de  la 
fidélité  douteuse  de  Goudelin. 

Le  duo  croit  ainsi  maintenir  «  son  sujet  »  dans  le  devoir.  Il 
se  trompe  :  nous  allons  voir  Goudelin  prendra  de  nouyeau  parti 
contre  le  duc  et  accueillir  Jean  de  Penthièvre»  sire  de  Laigle» 
entré  en  Bretagne  pour  mettre  le  duc  à  mort* 

Conclusion  :  En  1420,  seul  des  complices  des  Penthièvre  Guil- 
laume de  Goudelin  a  été  condamné  à  une  peine  corporelle  ;  et 
cette  peine  fut  un  emprisonnement  dont  le  duc  lui  fit  remise. 

(A  suivre). 

J.  Trévédy. 
Ancien  président  du  tribunal  de  Quimper. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS 


IX 


Estât  bt  Grand  du  GoMTi  de  Gombour  ou  étindub  di  la 

8BIGNBUR1S  DB  GOMBOUR,  DOMAINES    BT    FIEFS  BN  DÉPENDANT  (2). 

Avant  1575  Gombour  n'était  que  baronnie  et  cette  seigneurie 
extraite  du  régaire  de  Dol  a  été  constituée  par  la  donation  de 
l'Ârchevôque  Ouinguené  à  son  frère  Rivallon. 

Elle  comprenait  une  longue  bande  de  territoire  s'étendant  du 
N.-B.  au  S.-O.  de  l'embouchure  du  Gouôsnon  à  Textrémité  méri* 
dionale  des  paroisses  de  Dingé  et  de  Québriac. 

Bornée  au  nord  par  la  mer,  à  l'est  par  la  seigneurie  d'Aubigné 
et  la  baronnie  de  Fougères,  au  sud  par  les  châtellenies  d'Hédé  et 
de  Tin)éniac,  à  l'ouest  par  le  régaire  de  Dol  et  la  seigneurie  de 
Gb&teauoeuf. 

Par  suite  de  son  origine,  la  baronnie  de  Gombour  avait  conservé 
certains  droits  dans  l'intérieur  du  régaire  de  Dol.  Une  chatellenie, 
les  flefs  de  Godeheust  en  Ros-sur-Gouesnon  extraits  de  la  baron- 
nie de  Fougères,  relevait  aussi  d0  Gombour  en  juveignerie. 

Ce  nom  de  Godeheust  n'est  que  la  forme  vulgaire  de  Gode  hil« 
dis  ou  Godehilde,  nom  de  femme.  Il  vient  sans  doute  de  ce  que  ce 
flef  avait  jadis  formé  la  dot  de  quelque  fille  de  Fougères  mariée  à 
un  membre  quelconque  de  la  maison  de  Gombour,  dont  Théritage 
avait  fini  par  revenir  à  la  branche  ataée  et  s'était  joint  ainsi  à  la 
seigneurie  de  Gombour. 

Ogéedit  que  «  la  juridiction  de  Gombour  est  très  considérable  ; 
elle  s'étend  en  plus  de  trente  paroisses  dont  les  seigneurs  vont 
directement  en  appel  à  cette  juridiction  qui  ressortit  nuement  au 

(1)  Voir  \si  Revue  d'août  1908. 

{1]  Tout  ceci  est  extrait  <l*un  article  fort  intéressant  sur  la  baronnie  de  Gombour 
publié  par  A.  d«  la  Borderie  dans  le  Bulletin  dd  la  Sûoiété  d*Arehéologie  1862. 


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132  REVUE  DE  BRETAGNE 

présîdiâl  de  Rennes.  »  Ceci  n'est  vrai  qu'en  parlie^  la  juridiction 
de  Gombour  ne  s'étendait  pas  sur  la  totalité  de  ses  paroisses. 

La  déclaration  suivante  est  extraite  de  l'Etat  et  Grand  du  Gom^é 
de  Gonbour,  appartenant  à  M^"*  le  marquis  de  Gouesquen,  entre 
Rennes  et  Saint-Malo. 

«  Ce  comté  relève  prochement  du  Roy  à  foi  hommage  et  sans  rachapt 
et  a  les  mesmes  priviilèges  que  le  comté  de  Dol  et  l'ancienne  baronnie 
de  Fougères  de  laquelle  sont  plusieurs  âefis  possédés  en  juvaignerie 
par  le  seigneur  de  Combour. 

i<  Tous  les  flefis  qui  en  dépendent  ont  droit  de  haulte,  basse  et 
moyenne  justice. 

u  Le  seigneur  de  Combonrg  est  fondateur  des  abbayes  de  la  Vieuvillet 
du  TroDchet  et  du  prieuré  de  la  Salncte  Trinité  de  Combourg,  dotateur 
bienfaiteur  es  prééminences  des  abbayes  du  Mont  Saint-Michel  et  de 
plusieurs  autres  employées  dans  la  requeste  formelle  dont  M.  de  Coués- 
quen  a  coppie  ».  c  De  plus,  il  est  seigneur  fondateur  de  la  paroisse  du 
dit  Combourg  et  fondateur  supérieur  de  plusieurs  aultres  scittuées 
dans  Testendue  du  dict  comté  de  Combourg  aussy  certées  et  spéoiffîées 
dans  la  dicte  requeste. 

Les  chapelles  de  la  Magdeleine  et  de  Thôpital  du  dit  Combourg  sont 
dans  la  présentation  du  seigneur  de  Combourg.  >  [Voir  aux  pièces 
justificativei). 

Le  nombre  des  paroisses  où  Gombour  avait  des  droits  quel- 
conques s'élève  au  chiffre  de  trente-quatre, 

Les  droits  les  plus  importants  étaient  dans  les  seize  paroisses 
suivantes  : 

Combourg,  Lanhélen,  Trémeheuc,  Saint-Léger,  Lanrigan, 
Québriac,  Lourmaie,  Saint-Marcân,  Cendres,  Ros-sur-Couesnon, 
Pleine-Fougère,  La  Boussac,  Cuguen,  Meillac,  Dingé,  Trans. 

La  baronnie  de  Fougères  avait  quelques  fiefs  en  Gendres,  Ros 
et  Pleine-Fougère;  révoque  de  Dol  tenait  un  fief  de  Landal, 
une  partie  de  Cuguen  et  de  Meillac;  la  moitié  environ  de  Dingé 
relevait  de  la  seigneurie  d'Aubigné.  Quant  à  Trans,  qui  relevait 
tout  entière  du  Roi  au  XVIP  siècle,  elle  avait  dû  relever  de  Com- 
bour à  l'origine,  car  le  seigneur  de  Trans  et  de  la  Chesnelaie  de- 
vait encore  à  cette  époque  au  comte  de  Combour  une  rente  an- 
nuelle de  dix  sols  ;  de  plus  d'après  Taveu  de  1580  le  sire  de  Com- 
bour a  droit  «  d'avoir  et  de  maintenir  en  l'église  de  Trans  ses 
armes  et  armoiries  tant  aux  vitres  qu'en  peinture  aux  lieux  les 


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SEIGiNEURS  DE  COMBOUR  ET  LEURS  ALLIANCES 
Maison  dg  Ghatbaubriand 


1-9  Jovr  o^y  yin. 


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134  REVUE  DE  BRETAGNE 

plus  éminents  de  ladite  église  quels  sont  armoyés  des  armes 
de  ladite  comté  de  Gombour. 

Combour  possédait  des  mouvances  en  Plerguer,  Vieuxvieil, 
So^geal,  Saint-Ouen-la-Rouerie,  Basouge-la-Pérouse,  Noyal- 
sous-Basouge,  Epiniac,  Bonnemain,  Baguer*Pican^  Baguer* 
Morvan,  Saint-Broladre,  Cherrueix,  Mont-Dol,  Dol  et  Tabbaye 
sous  DoL 

Gombour  avait  du  domaine  proche  : 

En  Gombour  :  le  château^  la  prairie  de  Tangevine  où  se  tient  sa 
fameuse  foire  qui  dure  deux  ou  trois  jours,  l'auditoire,  les  pri- 
sons, halles,  four  à  ban,  les  haies  et  garennes  où  étaient  ancien- 
nement levée  la  justice  patibulaire  à  quatre  piliei^  dudit  comté, 
où  sont  deux  emplacements  Ton  d'un  moulin  à  vent,  Tautre 
d'un  moulin  à  draps  appelé  le  moulin  Madame  qui  est  situé  au 
nord  un  peu  au-dessus  de  la  ville. 

Au  XII^  siècle,  le  gibet  seigneurial  fut  transféré  dans  les  landes 
de  Rochefort  en  Tréméheuc. 

En  Ros-sur-Couesnon  :  le  manoir  et  vieil  emplacement  du 
chftteau  de  Qaugray  et  les  fameux  fiefs  de  Godeheust. 

En  Cuguen  :  la  seigneurie  du  Ple^sis-Epine. 

En  Dingé  :  la  forêt  de  Tanouarn  et  le  bois  taillis  des  Champs 
Roger  qui  touchait  Tétang  de  Boulet  dépendant  de  la  seigneurie 
d'Aubigné. 

Tanouarn  contenait  en  1682  cinq  à  six  mille  journaux  de  terre. 

En  Saint-Marcan  :  la  métairie  de  la  Gourtepierre.  La  lande  de 
Rochefort  et  des  Sept  pierres  en  Tréméheuc;  la  lande  Basse»  la 
lande  de  Téblen  et  de  Nivée  en  Lourmaie,  les  landes  de  Lan- 
dehuan  en  Saint-Léger,  etc. 

D'après  la  déclaration  de  1682,  Gombour  avait  quatre  cent-qua- 
rante mouvances  nobles,  c'est-à-oire  quatre  cent-quarante  flefs 
nobles  relevant  d'elles  ;  il  y  en  avait  plus  de  cent  quatre-vingt- 
dix  en  Gombour  môme  : 

Les  flefs  de  Lymouellan  comprenant  les  landes  de  Tréméheuc 
et  de  Lourmaie,  dont  il  vient  d'ôtre  question. 

La  seigneurie  de  Vauluisant,  la  maison  de  Ghasteaulx-Saint- 
Mahé  où  les  ruines  croulantes  d'une  vieille  tour  indiquent  en- 
core qu'il  y  eut  autrefois  un  château,  Pont-larron,  Riniac,  village 
où  l'on  ne  voit  que  roches  granitiques. 

La  Bouyère  et  le  Vieux-Ghastel,  les  terres  du  Rouvre,  du  Val, 
de  la  Perrosselais  et  Triendin,  le  manoir  de  Tremaudan  duquel 


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Gogi^le 


C0MB09R  ET  SES  SEIGNEURS  135 

Chateaubriand  a  dit  qu'il  n*atteste  sa  noblesse  que  par  un  co- 
lombier qui  existe  encore. 

Littré,  la  Bouessière,  le  Chesnot,  Haute-Touche  où  fut  jadis  un 
petit  manoir  aujourd'hui  complètement  disparu,  la  Noë,  Rouil- 
louy  la  Boulais,  etc. 

Plus  de  vingt  mouvances  nobles  en  Ro8-sur*Gouesnon»  une 
trentaine  en  Saint-Marcan  et  en  Peine-Fougère»  parmi  lesquels 
la  maison  et  terre  de  Montlouet. 

^  En  la  Boussac  :  la  chfttellenie  de  Landal,  c'était  la  plus  impor- 
tante des  seigneuries  relevant  de  Combour,  elle  avait  des  do- 
maines en  dix*huit  paroisses. 

Le  père  du  Paz  en  donne  la  description  tel  qu'il  était  de  son 
temps«  mais  on  ne  trouve  plus  aujourd'hui  du  château  décrit  par 
du  Paz  au  XVII''  siècle  que  quelques  ruines  imposantes.  Il  a  été 
reconstruit  dans  le  goût  douteux  de  1830,  bien  postérieurement 
à  cette  époque  pourtant,  c'est  un  gothique  de  mauvais  aloi,  res- 
semblant, m'a  dit  une  personne  de  goût,  à  un  mauvais  gâteau  de 
Savoie. 

«  Ce  cb&teau,  dit  du  Paz,  est  fortifié  de  cinq  belles  et  fortes  tours  et 
basse  court,  et  comme  la  moitié  environ  circuit  de  bonnes  et  grandes 
douves,  et  de  Tautre  partie  y  a  grand  estang  qui  fait  closture  au  dit 
chasteau  de  manière  que  sans  bateau  il  est  impossible  d*en  approcher  (l). 

«  Il  passait,  dit  Ogée,  pour  une  place  importante  sous  les  Ducs,  il  y 
avait  un  capitaine,  un  lieutenant  et  une  forte  garnison.  Cette  place  ser- 
vait comme  de  frontière  pour  la  défense  et  la  conservation  du  pays  du 
côté  de  la  Normandie  et  à  empêcher  les  ennemis  de  courir  et  piller  le 
pays  Délais  ». 

Cette  seigneurie  qui  adroit  de  haute,  moyenne  et  basse  jus- 
tice, dépend  partie  du  régaire  de  bol  et  partie  du  comté  de 
Combour. 

On  y  remarque  la  chastellenie  de  la  Claye,  le  manoir  et  terre 
du  Domaine^  la  Touche  aux  Jullons  et  la  Villarmois. 

En  Cuguen  :  la  Roche-Montbourcher,  il  reste  encore  une  par- 
tie de  donjon  en  ruine. 

En  Lourmais  :  la  terre  et  seigneurie  de  Trémigon  et  le  flef  de 
la  Licouaizière. 

Eq  Lanhelen  :  le  Boishue,  ruines  d'un  vieux  manoir  avec  tour 
en  cul  de  lampe  ;  le  Cobac,  etc. 

(1)  Du  Paz,  p.  456,  457. 


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186  REVUE  DE  BRETAGNE 

En  Meillac  :  la  Massue  et  le  Boulhart. 
'     En  Tréméheuc  :  la  seigneurie  du  Chastaignier  érigée  en  ban- 
nière par  le  duc  Jean  V,  en  1433. 

En  Saint-Léger  :  la  seigneurie  de  la  rivière  Saint-Léger,  le 
Bourgneuf,  etc. 

'    En  Lanrigan  :  le  château  de  Lanrigan,  ravissante  construction 
de  la  fin  du  XV«  siècle* 

En  Dingé  :  le  Plessis  au  Chat,  le  Bois  Gautier,  Bougetin,  etc. 

En  Québriac  :  le  château  et  seigneurie  de  Québriac  et  la  Qro-' 
millaie. 

En  Noyal-sous-Basouge  :  la  seigneurie  du  Quartier  et  celle  de 
Beauvais. 

En  Bonnemain  :  la  Guihommeraie  et  la  Ghèze,  etc. 

Dans  TEtat  et  Grand  du  Comté  de  Gombourg,  dont  tious  avons 
déjà  cité  une  partie,  et  qui  paraît  avoir  été  dressé  vers  1698  du 
temps  du  Malo-Auguste,  marquis  de  Goetquen,  comte  de  Gom- 
bour,  on  trouve  une  curieuse  description  et  évaluation  des  revenus 
de  Combour  : 

Le  cbasteau,  le  jardin,  les  bois  taillis^  le  coulombipr,  le  parc  et  le  mail 
se  réservent. 

Le  bouteillage  vaut  150  livres,  sept  deniers  par  fonds  90  livres,  les 
amendes  300  livres,  les  assents  de  Tanouarn  400  livres. 

La  capitainerye  du  chasteau  de  Gombourg  dont  jouist  M.  Dolnville 
vaut  mille  livres. 

La  grande  prée  de  Gombourg  n*a  point  esté  affermée  et  les  foins  s'en 
vendent  ordinairement  à  plusieurs  particjiUiers  par  journaux  ou 
aultres  quantittés  au  plus  offrant.  Les  ventes  en  ont  quelquefois 
produit  quattre  cent  quattre  vingt  dix  livres  quinze  sols^  sans  compter 
la  provision  du  chasteau. 

Le  greffe  civil  et  criminel  du  comté  de  Gombourg,  affermé  au  sieur 
du  Gué  Louys  sept  cent  soixante  quinze  livres  par  an. 

Le  droict  de  coustumes  trépas  et  estaliages,  les  fours  à  ban.  les 
drpicts  de  pelisse  sur  les  bouchers  de  Dol  et  les  halles  du  dictGombour, 
affermés  à  Martin  Dureau  la  somme  de  quinze  cents  livres. 

Le  moulin  à  eau  soubs  Testang  à  une  roue  affermé  à  Olivier  Prioul 
la  somme  de  quatorze  cents  livres  sans  réparations.  Le  grand  estangdu 
chasteau  vault  par  an  la  somme  de  cent  livres. 

La  seigneurie  de  Malestroit  a  Dol  despendante  dudit  comté  de  Gom* 
bourg,  ûeffs  de  ôaugray  et  de  Godeheu  avecq  les  grains  de  Villechérel 
en  revenus  certains,  greffe  du  dit  Malestroit  et  casuels  affermés  en 
général  au  sieur  de  Saileverte  la  somme  de  quinze  cents  livres. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS 


137 


SEIGNEURS  DE  COMBOUR  ET  LEURS  ALLIANCES 
Maison  de  Chateaubriand 


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138  REVUE  DE  BRETAGNE 

La  seigneurie  du  Plessiz-Lespiane,  estangs,  moulin  et  casuels 
afiermés  à  Maistre  Thomas  Garnier  sieur  de  la  Corbinnière  trois  cent 
soixante  livres. 

La  coustume  de  Vlllechérel  dan?  la  paroisse  de  Pleinefougères  et 
aultres  lieux  affermée  cent  yingt  livres. 


Baillages 

Le  baillage  de  la  ville  de  Gombourg  monte  par  argent  à  quarante^cinq 
livres  trois  sols.  ^ 

Selx  chapons  suivant  l'apprecy  de  1698  fait  au  mois  de  Janvier  la 
somme  de  trois  livres. 

Quattres  poullets  suivant  le  dit  apprécy  douze  sols. 

Le  baillage  de  Beauvais  monte  à  la  somme  de  dix  livres  unzes  sols 
en  argent,  deux  bouesseaux  de  frommant  et  un  demeau  ou  demy 
bouexeau  monte  suivant  le  dit  apprécy  ^  la  somme  de  vingt-six  livres 
cinq  sols. 

Quatre  bouesseaux  trois  godets  d'avoinne  grosse  suivant  le  dit  ap- 
précy font  la  somme  de  vingt-une  livres  cinq  sols. 

Deux  cqrvées  douzes  sols. 

Le  fieff  des  hayes  cent  deux  chappons  et  trois  quarts  de  chappon  sui- 
vant l'apprecy  font  la  somme  de  cinquante-une  livres. 

Dix  poullets  aussy  suivant  Tapprécy  trante  sols. 

Le  grand  et  petit  baillage  de  Sainct-Léger  monte  par  argent  trente- 
huict  livres  quattres  sols  quattres  deniers,  par  rantes  et  gardes  aman- 
dables  deux  livres  quattres  sols  trois  deniers*  Vingt  bouexeaux  six  go- 
dets et  demy  et  un  quart  de  godet  de  frommant  suivant  Tapprécy  de 
1698  fait  au  mois  de  janvier  se  montent  à'  la  somme  de  deux  cents  dix 
huict  livres  onzes  sols  cinq  deniers. 

Dix-neuff  bouexeaux  un  godet  et  un  tiers  de  godet  d^avoine  suivant 
le  dit  apprecy.montant  à  la  somme  de  quatre-vingt-quioases  livres  unzes 
sols  un  denier. 

Le  fleff  de  Sainct-Thomas  cents  deux  sols. 

Le  âefT  du  Moustier  par  argent  vingt-deux  livres  neuff  sols  six  deniers. 

Gardes  amandables  trois  sols  neufT  deniers,  par  frommant  c^iq  de- 
meaux,  suivant  le  dit  apprécy  vingt-six  livres  cinq  sols. 

Deux  paires  de  gants,  une  livre  dix  sols,  huict  poulies  suivant  Tap- 
precy  quarante  huict  sols,  et  quattres  corvées  suivant  le  dit  apprécy 
vingt-quattres  sols. 

Le  ûeff  de  la  ville  Bouteniguel  monte  en  argent  cents  dix  huict  sois 
sept  deniers. 

Deux  bouexeaux  d*avoinne  suivant  le  dit  apprécy  dix  livres.  Une 
poulie  et  cinq  deniers  G.  à  six  sols  six  deniers* 


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i 


GOMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS         i  139 

Le  fieff  de  Limoellan  vaut  bien  de  denier  certain  trois  cent  livrea. 

Le  fieff  de  Quelmô  monte  à  ce  qu*on  dit  par  ar^nt  sept  livres  six  sois 
huict  deniers. 

Le  fiefi  du  jardin  du  grand  bois  doit  quinzes  sols  huict  deniers. 

Le  grand  fieff  du  rolle  de  Dingô  monte  par  argent  trante  six  sols 
quatre  deniers  six  bouesseaux  et  demy,  demy  godet  et  deux  tiers  de 
godet  de  froment  suivant  l'appreoy  font  soixante  iiuict  livres  cinq  sols. 

Trois  godets  et  demy  d'avoinne  suivant  Tapprecy  font  la  somme  de 
vingt  neuff  sols  quattres  deniers.  La  couppe  des  bois  de  Tenouart  et 
Boorlais  dix-huit  cents  livres. 

Les  bois  taillis  de  Bourgouet  ceux  d*As^érac,  Lahaize,  Champrofsr  et 
la  Recouvrée  affermés  pour  quinzes  ans  la  somme  de  cinq  mille  livres 
sur  quoy  payé  jusquer en  1701  par  chasque  année  cinq  cents  livres  et 
pour  le  parsurs  la  somme  de  deux  cents  livres  par  an. 

Le  marché  s'est  lait  conformément  à  un  ancien  marché  des  mesmes 
choses  fait  par  feu  M.  de  Couesquen. 

L*afféagement  de  la  lande  Qautler  sept  livres  dix  sols.  La  pièce  de  la 
Longrais  doitestre  affermée  neuff  livres. 

Nota  :  Cette  pièce  a  esté  comprise  dans  le  décret  des  biens  du  feu 
sieur  Baudouin  adjugés  au  sieur  Brûlant  nonobstant  la  requeste  affln 
d'extraction  présentée  par  le  procureur  fiscal  de  Combourg,  il  faut  si 
on  est  dans  les  dix  ans  du  décret  appeler  de  la  sentence  si  c'est  Tusage 
en  Bretaigne  et  chercher  les  pièces  qui  justifient  comme  cette  pièce  ap- 
partient à  la  seigneurie. 

Les  gardes  nobles  par  an  la  somqie  de sans  comprendre  les 

trois  sols  neuff  deniers  speciffiés  en  Tarticle  du  fieff  du  Moustier,  et  les 
deux  livres  quattres  sols  trois  deniers  marqués  en  Farticle  du  baillage 
de  Saint-Léger. 

Les  arentements  et  estouble  de  Landehuan. 

La  lande  de  Reimbourg  doit  dix  bouexeaux  d^avoinne.  Une  pièce  de 
terre  scittuée  près  le  village  du  Poirier  tombée  en  déshérance  affermée 
sept  livres  dix  sols. 

Une  quantitté  de  pièce  de,  terre  dans  le  grand  clos  du  costé  du 
couchant  scittuée  au  Que  d'Onin  et  un  petit  courtil  au  Codel  doit 
cinq  livres  par  an. 

Une  maison  et  masure  au  village  de  Couveloup^  le  revenu  en  est 
donné  au  concierge  de  la  prison. 

Les  Iodes  et  vantes,  espaves  gallois,  déshérances  et  aultres  casuels. 

L*on  paye  les  ranteS  au  denier  huict. 

Le  comté  de  Combourg  a  esté  porté  dans  la  maison  de  Couesquen  par 
le  mariage  de  dame  Philippe  d'Assigné  fille  de  haulte  et  puissante  dame 
Anne  de  Ifontejan,  nièpce  et  unique  hérittlère  de  hault  et  puissant  Jan 
de  Montejan  mareschal  de  France,  avecq  hault  et  puissant  seigneur 


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\ 


140  REVUE  DE  BRETAGNE 

Jean  de  Gouesquen  en  1553,  lequel  de  Montejan  par  représentation  de 
ses  mère  et  ayeulie  des  maisons  de  Derval  et  de  Laval  ou  la  maison  de 
Dol  se  trouva  fondue  essoit  hérittier  des  seigneurs  Guillaume  et 
Hardouin.  Comptes  des  villes  et  comptés  de  Dol  et  de  Combourg. 

L*aisnée  hérittière  de  la  maison  d'Assigné  et  de  Montejan  espousa  le 
premier  mareschal  de  Brissac. 

11  est  deub  sur  les  revenus  de  Combourg  et  se  paye  ordinnairement 
sur  le  poix  de  la  ferme  du  greffe  la  somme  de  SOOff  de  rante  hypoti- 
quaire  monnois  forte  vallant  trois  cents  soixante  livres  à  M.  de  Berin- 
gain  qui  les  a  acquise  avecq  Madame  la  marquise  d'Asserac. 

De  plus  il  est  deub  aux  religieux  de  Montfort  sur  les  mesmes  revenus 
de  Combourg  et  se  paye  ordinnairement  des  deniers  provenants  de  la 
ferme  des  halles  six  minnes  de  fromment  mesure  de  Combourg  à 
Tapprécy. 

Le  reçu  suivant  prouve  que  cette  redevance  était  payée  aux 
moines  de  Montfort. 

Dernier  décembre  1682, 

Soubz  signé  reconnois  avoir  esté  payé  du  nombre  de  seiz  mynes  de 
fourment  rouge  mesure  de  Combour  me  deubs  par  chacun  an,  à  raison 
de  Tabbaye  de  Saint- Jacques  près  Montfort,  sur  la  seigneurie  du  dit 
Gombopr  et  du  dit  nombre  de  seix  mynes  fourment  prédite  mesure, 
j'en  quicte  le  seigneur  de  la  dicte  seigneurie  pour  Tan  et  terme  de 
Nouel  dernier  ;  faict  le  dernier  jour  de  décembre  selon  le  retranchement 
des  dix  jours  faict  par  i'aUthorité  de  Notre  Sainct  Père  et  majesté 
Roialle,  en  Tan  mil  cinq  cent  quatre  vingt  et  deux,  o  réservation  de 
lan  passé. 

R.  Olivier  de  Neufville  abbé  de  Montfort. 

(A  suivre).  Paul  dk  ^a  Bigne. 


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SAINT-MARS-LA-JAILLE 

ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS 


AVANT-PROPOS 

Fouillant,  avec  Tinsatiable  curiosité  du  chercheur  et  l'inlassable  pa- 
tience de  l'historien,  les  lointains  les  plus  obscurs  du  passé,  nous  arons 
interrogé  tour-à-tour  les  traditions,  les  monuments,  les  documents  et 
les  livres,  pour  y  puiser,  à  grand'peine,  les  éléments  de  cette  simple 
notice.  La  voix  de  l'histoire,  si  prolixe  parfois,  est  presque  muette  en  ce 
qui  concerne  les  origines  et  le  passé  de  notre  paroisse.  Son  ancien  ch&- 
teau-fort  et  les  seigneurs  qui  s'y-  sont  succédé,  ont  laissé  quelques 
traces  marquantes  qui,  seules,  peuvent  nous  guider  un  peu  dans  la  re- 
constitution que  nous  avons  entreprise,  à  Taide  de  documents  bien 
rares,  hélas  !  de  Thistoire  de  notre  région.  Encore  la  forteresse  a-t-elle 
depuis  longtemps  disparu,  à  la  suite  des  guerres  de  la  Ligue,  et  la  terre 
de  Saint-Mars-la-Jaille  en  recouvre  à  jamais  les  derniers  vestiges.  La 
Révolution,  à  son  tour,  livrant  aux  flammes  le  nouveau  château  à 
peine  terminé,  et  en  brûlant  les  archives  ;  la  population  presque  entiè- 
rement renouvelée,  à  plusieurs  reprises,  depuis  un  siècle  ;  tout  semble 
8'étre  uni  pour  anéantir,  en  ces  lieux,  monuments,  traditions,  docu- 
ments et  souvenirs.  Dans  de  telles  conditions  n'est-il  pas  téméraire, 
Tbistorien  d'occasion,  qui,  étranger  au  pays  qu'il  habite,  et  ne  pouvant 
compter  que  sur  sa  seule  bonne  volonté,  entreprend  aujourd'hui  de 
sauver  de  l'oubli  les  quelques  débris  du  passé  échappés,  parmégarde,  à 
Taction  destructive  du  temps  et  à  la  haine  aveugle  des  hommes  ?... 

Cette  t&che,  cependant,  noas  a  tentée,  ce  but  nous  a  semblé  assez  utile 
et  assez  élevé  pour  justifier  notre  travail  et  nos  recherches.  Aucun  sou. 
venir  personnel,  aucun  lien  de  famille,  il  est  vrai,  ne  nous  attache  spé- 
cialement à  ce  pays,  mais  la  Providence  qui,  Là- Haut,  règle  nos  desti- 
nées, nous  y  conduisit  un  jour  et  y  marqua  notre  place  pour  les  luttes 
de  l'existence.  Cette  terre  nous  fut,  dès  lors,  douce  et  hospitalièl^e  :  elle 
est  devenue,  depuis,  notoe  seconde  patrie.  Nous  n'y  sommes  pas  née, 

Septembre  /P^.  // 

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143  REVUE  DE  BRETAGNE 

nous  y  mourrons  peat-ôtre  ;  nous  aimons  les  brayes  gens  que  nous  y 
coudoyons  chaque  jour  et  notre  sincère  attachement  pour  Saint-Mars- 
la-JaiUe  s*ôtend  à  tout  ce  qui  le  touche  :  à  son  passé,  à  son  présent,  à 
son  avenir. 

C*e^  dans  cet  esprit  de  patriotisme  local,  pure  essence  du  patriotisme 
national,  que  nous  entreprenons  ce  petit  travail.  Nous  le  présentons 
amicalement  à  nos  concitoyens,  en  les  conviant  à  y  ctiercher,  comme 
nous,  dans  Tétude  du  passé,  une  salutaire  diversion  aux  tristesses  de 
l'heure  présente,  une  consolation  et  une  espérance  au  ihilieu  des  préoc* 
cupations  et  des  inquiétudes  qui,  au  moment  où  nous  écrivons  ces 
lignes,  étreignent  si  douloureusement  tout  cœur  chrétien  et  français. 

J.  Baxtd&t. 
Le  i5  mai  1907. 


l.  ~  ORIGINES 
Période  préhistorique. 

La  bourgade  que  nous  habitons  s'est  formée  de  quatre  élé« 
ments  :  une  seigneurie,  un  prieurés  une  paroisse,  puis  une  corn** 
mune.  Mais^  avant  la  création  successive  de  ces  quatre  éléments, 
dont  Thistoire  constate  Texlstence,  Il  fut  une  période  plus  obscure 
dans  le  passé  de  notre  région. 

Au  début  de  notre  travail,  la  première  question  qui  se  pré* 
sente  à  notre  esprit  est  cellë-ci  :  quels  sont  ceux  qui,  les  pre- 
miers, imprimant  des  pas  humains  sur  notre  sol  encore  vierge» 
pénétrant  l'ontibre  épaisse  de  nos  vastes  forêts,  y  plantèrent  les 
primitifs  Jalons  de  la  civilisation  ?.... 

Question  complexe,  s'il  en  fûtl  insoluble  au  premier  abord,  en 
tout  cas  difficile  &  résoudre.  Cependant,  s'il  ne  nous  est  pas  donné 
d'y  répondre  d'une  façon  entièrement  satisfaisante,  au  moins 
pouvons«nou8  affirmer,  aveo  certitude,  que  notre  région  était 
habitée^  sinon  peuplée,  une  disainede  siècles  avant  Jésus-Christ^ 
à  cette  époque  préhistorique  désignée  sous  les  noms  dàge  de 
la  pierre  polie,  période  néolithique  ou  rohenausienne. 

Nous  avons,  de  ce  fait,  plus  d'une  preuve  certaine  et  palpable. 
Telles  les  haches  de  pierre  trouvées  dans  notre  sol,  à  différentes 
reprises,  par  les  cultivateurs  de  la  paroisse.  Nous-mâme,  au 
cours  d'une  simple  promenade,  (il  est  un  dieu  pour  les  archéO'- 
logues)  eûmes  la  bonne  fortune  de  reoueillir  une  de  ces  haohes». 

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SAINT-MARS-LA-JAILLB  ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  143 

en  jadéiDe  finement  polie,  au  beau  milieu  d'un  sentier  rayiné  par 
l'orage,  dans  la  forât  de  Saint-Mars.  M.  le  comte  de  la  Ferron- 
nays  déoouyrit,  il  y  a  quelques  années,  un  instrument  en  pierre, 
de  la  môme  époque,  sinon  plus  ancien  encore»  dont  il  est  difficile 
d'établir  d'one  façon  certaine  l'origine  et  la  destination  (i).  Ces 
instruments  primitifs,  caractéristiques  de  leur  époque,  appar- 
tenaient aux  Celtes,  nos  ancêtres,  qui  occupaient  alors  presque 
aut  le  territoire  de  la  Oaula.  Leur  présence  ici  est,  en  outre, 
établie  par  les  monuments  mégalithiques  de  Preigné(2),  de  Mau- 
musson,  de  Saint'Herblon,  d'Ancenis  (3),  etc. 

Ces  dôimens,  menhirs  et  peulvans,  aujourd'hui  relativement 
rares  dans  notre  région,  y  devaient  être  alors  fort  nombreux.  Nul 
n'ignore^  en  effet,  à  combien  de  causes  de  destruction  ont 
échappé  ces  derniers  vestiges  de  la  période  paléolithique  1  La 


(i)  Cette  pierre,  de  forme  allongée,  éclatée  sur  deux  fiices,  polie  sur  les 
deux  autres  par  un  fh>tiement  prolongé,  polissoir,  aiguisoir  ou  arme,  (ùt 
trouvée  par  M.  le  comte  de  la  Ferronnays,  dans  un  chemin  qui  menait  de 
la  route  de  Pannecé  à  la  ferme  du  Mortier,  et  que  le  chemin  de  fer  a  coupé 
près  de  Ville- Jolie.  Ce  chemin  se  trouve  sur  remplacement  d'une  voie  ro- 
maine, qui  reliait  Saint-Mars  à  Ancenis,  et  dont  quelques  vestiges  ont  été 
reconnus.  Il  y  a  ^o  ans,  et  sans  doute  davantage,  qu'il  est  désigné  sous  le 
nom  de  «c  vieux  chemin  de  Mésanger  n. 

Au  dire  d'archéologues  qui  ont  examiné  cette  pierre,  elle  est  d'un  grès 
qui  proviendrait  du  bassin  de  la  Somme.  Ils  en  avaient  conclu  à  Ternira- 
tion  de  peuplades  de  cette  région,  qui,  fixées  dans  la  nôtre,  et  n*y  trouvant 
pas  les  matériaux  auxquelles  elles  étaient  accoutumées  pour  la  confecUon 
de  leurs  outils  et  de  leurs  armes,  taillaient  et  retaillaient,  Jusqu'à  usure 
complète,  ceux  qu'elles  avalent  apportés. 

{Note  communiquée  par  M.  delà  Ferronays), 

(2)  Autrefois  Prug niacus  {lobo)  (Arch.  d'Anjou,  t.  ii,  p.  3),  puÏB  Frugiacus 
^iid3),  Lobineau,  p.  378  et  Dom  Morice^  p.  54?,  t.  i),  Frigné  (1660-1680) 
(Begistres  paroissiaux).  Au  nord-est  de  ce  bourg,  sur  la  rive  droite  de  l'Erdre, 
s'élèvent  deux  peulvans  bien  conservés, 

(Célestia  Port,  Dictionnaire  historique,  géographique  et  biographique  de 
Maine-e^Loire,  art.  Freigné). 

(3)  «  Le  séjour  des  Gaulois  à  Ancenis  et  aux  environs  est  marqué  :  par  le 
magnifique  dolmen  appelé  la  Fierre-Couverie  ou  CouvreUêre,.,,  par  rénorme 
monolithe  gisant  dans  les  douves  du  marais  de  la  Gréa,  en  Saint-Horblon  ; 
par  le  menhir  qui  se  dresse  près  du  château  de  Juigné  ;  par  les  pierres  de- 
bout qui  existaient  dans  le  clos  de  TEtranglard,  en  Saintûéréon...  » 

(Maillard,  Hi$toire  d'Àncenis  et  de  ses  Barons,  p.  6  du  supplément). 
La  pierre  du  Bernardeau,  près  d' Ancenis,  a  une  longueur  de  2  mètres,  et 
celle  de  Juigné  est  un  menhir  informe  de  s  m.  4o  de  hauteur  (Ibid.)^ 


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144  REVUE  DB  BRETAGNE 

haine  des  conquérants  romains  pour  les  traditions  d'an  peuple 
difUcilement  et  incomplètement  soumis,  en  fitannéantir  un  grand 
nombre  ;  puis  beaucoup  d'autres  disparurent,  en  vertus  des  or- 
donnances de  Gharlemagne,  enjoignant  à  ses  sujets  de  détruire, 
sur  toute  l'étendue  de  son  empire,  les  monuments  dits  druidiqueSy 
vestiges,  encore  vénérés,  du  paganisme  de  leurs  ancêtres  I  Enfin, 
récemment  encore,  Tinconscient  marteau  du  casseur  de  pierres 
pulvérisait,  pour  l'entretien  de  nos  routes  nationales,  ces  masfsifs 
blocs  qui  avaient  contemplé  tant  de  siècles  ! 

Car  c'est  de  temps  vraiment  fort  reculés  que  nous  parlent  ces 
vieux  témoins  du  passé  !  Notre  plume  d'historien  éprouve  môme 
une  satisfaction  de  dUletante  à  vous  entretenir,  grâce  à  eux,  chers 
lecteurs,  d'ancêtres  qui  vous  précédèrent,  en  ces  lieux,  il  y  a.... 
seulement^  une  trentaine  de^  siècles  1 

De  môme  il  nous  est  agréable  et  aisé,  d'après  les  données  scien- 
tifiques, d'après  la  conflguration'  topographiqùe  et  géologique 
de  notre  soi,  de  vous  dépeindre,  assez  fidèlement,  l'aspect  de 
notre  pays  à  cette  lointaine  époque. 

En  ce  temps-là,  comme  aujourd'hui,  l'Erdre,  {Herda  ou  Berdis) 
notre  riante  rivière,  coulait  paisiblement  dans  sa  large  et  ver- 
doyante vallée.  Mais  il  est  scientifiquement  certain  que  ses  flots 
étaient  plus  abondants,  et  sans  douter  plus  rapides,  que  de  nos 
jours,  car,  si  les  terres  ont  tendance  à  élever  leur  niveau  de 
siècle  en  siècle  (1),  par  contre  les  fleuves  et  les  rivières,  de  môme 
que  les  marais,  les  lacs  et  étangs,  diminuent,  d'année  en  année, 
d'étendue  et  de  profondeur.  Il  en  fut  évidemment  ainsi  de  l'Erdre, 
qui,  peut-ôtre  jadis,  fut,  dans  notre  quartier,  aussi  navigable 
qu'elle  l'est  aujourd'hui  plus  près  de  son  embouchure  (2). 

(t)  C'est  pour  cela  que  tous  les  monuments  antiques,  d*abord  constmiis 
au  niveau  du  sol,  se  trouvent,  au  bout  de  quelques  siècles,  en  contre-bas 
de  celui-ci.  C'est  pour  cela  encore  que  les  cités  de  Tantiquité  sont  si  profon. 
dément  ensevelies  sous  terre,  et  que  l'on  y  découvre  parfois  plusieurs  cités 
superposées  par  rang  d'Âge,  les  unes  ayant  été  construites  par  dessus  •  les 
autres,  racontant  leur  histoire,  comme  les  couches  géologiques  d'un  terrain 
redisent  ceUe  de  la  formation  du  sol. 

(a)  Nous  verrons  plus  loin  que.  dans  les  chartes  des  XI®  et  Xll"  siècles,  il 
est  question  des  péages  de  Saint-Mars.  Or,  bien  que,  plus  tard,  ce  droit  dlm- 
position  ait  été  appliqué  aux  marchandises  passant  sur  les  ponts  et  les  che- 
mins, il  fût,  surtout  à  l'origine,  exercé  plus  spécialement  à  l'égard  des 
transports  de  marchandises  par  eau.  Il  est  vrai  d*ajouter,  qu'au  moyen-âge. 
1^  chemins  de  terre  n'étalent  que  des  voies  secondaires,  dont  on  n'usait  qu'à 


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SAINT-MARS-LA-JAILLE  ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  145 

Son  cours  sinueux,  dont  le  dessin  a  changé  considérablement 
depuis  lors,  couvrait,  sur  une  grande  largeur,  le  fond  de  la  vallée 
actuelle. 

L'emplacement  de  notre  bourg  était  un  vaste  marais,  vaseux, 
inabordable,  encombré  de  joncs  énormes»  de  roseaux  gigan- 
tesques, et  autres  plantes  aquatiques  d'une  grande  puissance  de 
végétation.  Sur  les  coteaux  qui  nous  environnent  verdoyaient 
d'épaisses  forôts,  de  chênes  principalement  servant,  ainsi  que  le 
marais,  de  refuge  à  une  foule  d'animaux  nuisibles,  contre  les- 
quels l'homme  se  défendait  à  grand'peine.  Nos  bois  actuels  sont 
les  derniers  lambeaux  de  l'antique  forôt  d'Ancenis,  qui  couvrait, 
à  l'époque  préhistorique,  presque  tout  le  pays  que  TErdre 
épargnait  en  ses  débordements,  sauf  quelques  terrains  rocailleux 
et  stériles  où  ne  poussaient  que  des  ajoncs  et  des  ronces. 

Sur  les  rivages  de  l'Erdre,  dans  les  prés  qui  bordent  la  rivière, 
on  a  découvert,  à  plusieurs  reprises,  profondément  enfouies,  sous 
des  couches  alluvieones  de  deux  mètres  cinquante  à  trois  mètres 
d'épaisseur,  de  fortes  pièces  de  bois  de  châne>  noircies  par  Veau, 
et  parle  temps,  et  des  pieux  de  même  bois,  plantés  &  distances 
régulières,  verticalement  et  solidement  enfoncés  dans  les  sables 
el  l'argile,  abondante  en  cet  endroit,  à  trois  mètres  environ  de 
profondeur  (1).  ' 

Si  nous  ne  craignions,  par  cette  supposition,  de  nous  engager 
trop  légèrement  dans  le  champ  hasardeux  de  l'hypothèse,  nous 
nous  demanderions  si  nos  ancêtres  préhistoriques  n'auraient 
pas  établi,  en  cet  endroit,  dans  les  anciens  marais  de  l'Erdre, 
quelques-unes  de  ces  habitations  lacustres  oti  les  hommes  d'au- 
trefois cherchèrent  un  sûr  abri,  pour  eux  et  leurs  troupeaux, 
contre  les  atteintes  des  animaux  nuisibles?...  «  Les  Gaulois  — 
dit  M.  Maître  —  aimaient  les  endroits  bas,  marécageux;  ils  y 
b&tissaient  volontiers  leurs  demeures  (2). 

En  dehors  de  cette  supposition,  peu  probante,  nous  en  conve- 

défiiut  de  cours  d*eau.  Ceux-ci  étaient  les  grandes  voies  commerciales  et 
marchandes. 

Voir  à  ce  sujet  Dom  Morice,  tome  i,  col.  488  :  «  Péage,  Pedagium.  Tribut 
qui  se  paie  sur  les  vaisseaux  qui  abordent  dans  les  ports  de  mer  ou  sur  les 
marchandises  qai  se  transportent  par  eau.  » 

(i)  Communication  de  M.  Blandeau,  briquetier  à  Saint-Mars-la-Jaille,  à 
qui  nous  en  exprimons  notre  reconnaissance. 

(a)  Léon  Maître,  Let  ViUet  disparues  de  la  Loire-Inférieurs. 


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i46  REVUE  DE  BRETAGNE 

noos,  ii  y  a  Heu  de  croire  que,  dans  ces  temps  lointains,  il  n'exis- 
tait point,  chQZ  nous,  d^agglomération  propreihent  dite,  mai^, 
çà  et  là,  quelques  groupes  d'habitations  disséminés  dans  la 
campagne. 

Parmi  les  traces  laissées  dans  notre  pays  par  ses  premiers 
habitants,  mentionnons  encore  a  upe  butte  de  terre  fort  haute, 
appelée  Butte  du  Trésor^  sur  laquelle  se  trouvent  des  vestiges 
de  retranchements  qui  continuent  sans  interruption  depuis  les 
environs  de  Nozay  jusqu'à  Saint<«Mars-*la*Jaille,  ce  qui  fait  une 
étendue  de  7  lieues  (1).  Cette  description,  faite  par  Ogée,  répon- 
drait assez  bien  à  celle  que  nous  a  donnée  récemment  Térudit 
auteur  du  Dictionnaire  topographique  de  la  Loire^Infériêure  des 
matdelles  ou  ehàtelliers  gaulois,  qui  sont,  dit-il, «  des  éminences 
artificielles  au  sommet  desquelles  étaient  construites  des  cabanes 
gauloises...  Ces  ehàtelliers  sont  nombreux.  Ils  sont  situés  prin- 
cipalement dans  les  arrondissements  deOhâteaubriant,  de  Nantes 
et  d'Ânoenis.  Ils  forment  des  agglomérations  s'étendant,  le  plus 
souvent,  sur  une  ligne  fort  longue,  comme  une  suite  de  forte- 
resses (2).  » 

Plusieurs  de  nos  villages  ont  aussi  conservé  un  nom  d'origine 
évidemment  celtique,  c'est  ainsi  que  nous  trouvons,  près  de 
Saint-Mars,  Carbouchet  dont  le  nom  primitif  fut,  croyons^nous, 
Ker^Boulc'hed,  le  village  des  boucs,  Pen^poul  (à  tort  écrit  sur  le 
plan  cadastral  :  Peigne^pouls)  qui  signifie  la  tâte  de  Tétang,  et 
désigne,  en  effet,  une  pièce  de  terre  contiguë  jadis  à  l'étang  de 
Tortrel  ;  les  Dureaux^  de  Dur  ou  Dour  qui  veut  dire  eau.  Comnae 
on  le  verra  par  la  suite,  il  y  a,  dans  la  région,  plusieurs  noms 


(i)  Ogée,  Dictionnaire  historique  et  géographique  de  Bretagne,  art.  Kn- 
verné,  t.  !•'. 

(a)  H.  Quilgars,  Dictionnaire  typographique  de  la- Loire-Inférieure,  page  XV 
de  rintroduction  Le  nom  des  mardelles  ne  viendrait-il  pas  du  mot  celtique, 
marz,  qui  signifie  limite,  frontière  (pluriel  marzou)^  et  les  mardelles  ne  se- 
ralenties  pas  des  Ugnes  de  démarcation  établies  par  les  Gaulois  pour  ae 
séparer  d'une  peuplade  voisine,  ou  protéger  leurs  clans  contre  les  incursions 
de  leurs  ennemis  Les  ehàtelliers  seraient,  en  ce  cas,  des  sortes  de  forteresses 
de  bois  dressées  sur  les  marz,  ou  mardelles,  comme  plus  tard  les  cbâteaux- 
forts  protégèrent  les  pays  de  marches,  M.  Quilgars  nous  pardonnera  cetta 
interprétation.  Is'ous  ne  nous  expliquons  guère  des  terrassements  aussi  im* 
portants  servant  uniquement  d'emplacements  à  quelque!  cal^nei  de  bran- 
chages, où  demeuraient  des  familles  gauloises. 


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SAINT-MARS-U-JÀILLB  BT  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  447 

dans  lesquels  le  français^  tradaotion  du  nom  breton  ou  oeltiquet 
a'est^  de  la  sorte,  juxtaposé  à  celui-ci.  Nous  aurons  l'occasion 
d'y  revenir  au  cours  de  notre  travail. 

Période  de  Poccapatlon  romaine 

(juolqae  très  rapproché  des  limites  du  pagus  des  Andegavis, 
le  pays  que  nous  habitons  faisait  partie  du  pagus  des  Namnètes. 
Gelui«ci  comprenait  encore,  dans  son  territoire,  à  l'est  de  Saint- 
Mars  actuel,  les  terres  qui  composent  actuellement  les  com* 
munes  de  Vritz,  de  Candé,  de  la  CornuaillC;  et  le  territoire 
existant  à  Touest  d'une  ligne  droite  qui  serait  tirée  de  la  Cor- 
nuaille  &  Ingrandes.  Au  sud  de  la  Loire  régnaient  alors  les 
Pictons,  dont  lacapitalCt  Ratiatum  était^  croit-on,  la  ville  actuelle 
de  Rezé. 

A  dater  de  la  conquête  romaine,  le  pays  qui  nous  occupe  fait 
partie  de  la  III*  Lyonnaise^  et,  au  point  de  vue  militaire,  de  la 
première  cohorte  de  la  Légion  armoricaine  nouvelle  (Cohoriis 
primas  novae  Armoricoê)  commandée  par  un  tribun. 

Aucun  monument  datant  de  la  domination  romaine  n'a  été,  à 
notre  connaissance,  relevé  sur  le  territoire  même  de  la  com- 
mune de  Saint-Mars,  où,  d'ailleurs,  il  n'a  point  été  opéré  de. 
fouilles  à  cet  effet.  Toutefois  on  sait  que  les  conquérants  romains 
ont  occupé  notre  pays  ;  les  traces  les  plus  évidentes  de  leur 
habitation  en  ces  lieux  sont  ces  grandes  voies  antiques,  dont  il 
reste  encore,  ici,  de  nombreux  vestiges,  et  dont  deux  se  croisaient 
à  la  Bourdinière,  près  de  Panneoé.  Gette  dernière  localité  est 
construite  snr  l'emplacement,  ou  dans  le  proche  voisinage,  d'une 
station  romaine  dont  on  a  retrouvé  des  vestiges  non  équivoques, 
tels  que  :  substructions,  médailles,  débris  de  poteries  en  terre 
rouge,  briques  à  rebord,  monnaies  de  Gallien  et  pièces  & 
l'effigie  de  Salonine,  femme  de  cet  empereur  (260  ap.  J.-'G.)* 

Les  voies  antiques  qui  se  croisaient  près  de  Pannecé  étaient 
celles  de  Béré  à  Ancenis  et  celle  d'Angers  à  Nort  et  à  Blain.  Un 
grand  chemin  romain,  s'embrauchant  sur  ces  voies,  les  reliait, 
en  passant  à  Saint-Mars,  à  celle  d'Angers  à  Rennes,  qui  traversait 
la  ville  de  Gandé  (t). 

(i)  Maillard,  Hist,  de  la  Baronnie  (T Ancenis.  Ogée,  Dictionnaire  de  Bre- 
tagne, Voir  aussi  la  carie  des  voies  romaines  et  grands  ohemins  de  la  baron- 


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1^  RBVUE  DE  BRETAGNE 

Selon  nous,  le  nom  même  de  Pannecé  se  rattacherait  peut-être 
à  un  souvenir  de  l'occupation  romaine  :  pan^  pann,  en  celtique, 
endroit^  pays,  contrée,  canton;  ce,  abréviatif  de  César  :  contrée. 
canton  de  César,  c'est-à-dire  des  romains,  ce  nom  étant,  par 
extension,  donné  aux  diverses  créations  des  vainqueurs. 

Il  est  permis  de  supposer  que  rétablissement  romain  de 
Pannecé  étendit  son  influence  sur  ses  plus  proches  environs, 
contribuant,  pour  beaucoup,  à  la  civilisation  du  pays,  aux  progrès 
de  son  agriculture.  Plusieurs  verreries  et  fonderies  romaines 
étaient  établies  aux  alentours,  alimentées  paroles  bois  de  la  forêt 
d'Ancenis,  dont  celle  de  Saint-Mars  faisait  alors  partie. 

Une  tradition  veut  même  qu'il  y  ait  eu  ici,  à  cette  époque,  un 
temple  de  Mars^  ce  qui,  sans  être  prouvé,  ne  manque  pas  de 
quelque  vraisemblance  (1). 

Etablissement  du  Christianisme  dans  notre  pays. 
Le  climat  de  la  Chrétienté. 

Comment  la  divine  religion  du  Christ  s'établit-elle  dans  notre 
pays  ?  On  sait  que  le  premier  epôtre  du  pays  de  Namnètes  est 
saint  Clair  qui,  à  la  fin  du  III®  siècle  (2)  fut  le  premier  évoque  de 
Nantes  et  évangélisa  la  Bretagne  de  Nantes  à  Vannes,  à  Aennes 
et  jusqu'à  Quimper  («3).  On  ne  peut  parler  des  débuts  de  l'église 
de  Nantes  sans  évoquer  le  souvenir  héroïque  des  deux  jeunes 
martyrs,  saint  Donatien  et  saint  Rogatien  (en  288-290)  que  le 
peuple  vénère  encore  sous  le  nom  des  Efifants  Nantais,  et  sans 
honorer  également  la  mémoire  de  saint  Similien  qui  construisit 
la  première  cathédrale  de  Nantes  (306  à  337).    . 

Ce  fut  sans  doute  par  la  Loire,  grande  artère  des  communica- 
tioBs  entre  l'Océan  et  la  Méditerranée,  que  saint  Clair  et  ses 

nie  d'Ancenis  dressée  par  M.  Léon  Maître  et  ÏHisL  et  Géogr.  de  la  loire-Inf, 
par  Orieux  et  Vincent,  qui  signale  également  des  monnaies  romaines,  fer  de 
lance,  fragments  de  statuettes  en  terre  cuite,  petit  bouc  et  génie  ailé  en 
bronze,  trouvés  à  Pannecé. 

(i)  Voir  à  ce  sujet  notre  récente  étude  sur  Les  Origines  du  nom  de  Saint- 
MarS'la-Jaille. 

(a)  On  a  même  dit  que  saint  Clair  fut  envoyé  directement  de  Rome  à 
Nantes,  dès  la  fin  du  I"  siècle,  ou  au  commencement  du  1I«.  Cela  semble 
peu  probable. 

(3)  Travers,  HisL  de  Nantes,  1. 1,  p.  ao. 


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SAINT-MARS-LA-JAILLE  ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  149 

compagnons  pénétrèlrent  dans  notre  région  pour  y  apporter  les 
lumières  de  la  foi,  et  Ancenis  ne  dut  pas  tarder  à  les  recevoir 
pour  les  répandre  aux  alentours,  a  Le  plus  ancien  doyenné  de 
fondation,  dit  Tabbé  Grégoire,  doit  ôtre  celai  de  la  Chrétienté, 
comprenant  la  baronnie  d* Ancenis.  Le  nom  attribué  à  cette  partie 
du  diocèse  vient  probablement  de  ce  fait  môme  qu'elle  a  été,  dès 
Torigine^  éclairée  de  la  lumière  du  christianisme,  alors  que  les 
autres  régions  demeuraient  encore  dans  les  ténèbres  du  paga- 
nisme »  (1).  Ce  doyenné  comprenait,  jadis,  les  trente-deux  pa- 
roisses situées  entre  la  Loire  et  l'Erdre  ;  il  fut,  par  la  suite,  aug- 
menté de  celui  de  Ghâteaubriant.  ce  qui  porte  à  soixante-quatorze 
le  nombre  des  cures  dépendant  du  Climat  de  la  Chrétie  t  é 

Toutefois  si,  dans  nos  plus  anciens  documents  écrits,  il  est  > 
question  des  églises  de  Gandé  (2)  dédiée  à  saint  Denis,  le  Riaillé' 
ou  plutôt  de  la  Poitevinière  (Ecc,  de  Pictavineria)  (3J,  Je  la  Bour- 
dinière-Pannecé  (tforrfm^ia)  de  Bonnœuvre  (4),  de  Preigné  (5), 


(i)  Abbé  Grégoire,  Etal  da  Diocèse  de  Nantes  en  i790,  p.  la,  i4. 

(a)  Condeiuniy  io8o  à  1096  (Cart.  Saint-Nieolas,  p.  a5),  charte  par  laquelle 
Geoffroy,  fils  de  Geoffroy  Rorgon,  fonde  le  prieuré  de  Saint-Nicolas  et  cons- 
truit réglise  de  Saint-Denis  à  Gandé.  Candiacus,  logS  (IX  Lobineau, 
p.  i8a),  etc. 

(3)  Cartalaire  de  Saint-Florent,  11 45.  Une  charte  de  11 3a  porte  la  donation 
d'une  terre  de  la  Poitevinière  à  Téglise  de  Saint-Florent  par  un  nommé 
Daniel,  qui  tenait  ce  domaine  et  plusieurs  autres  biens  de  Vivien  et  de  Fé- 
vrier de  Mars,  avec  confirmation  du  seigneur  d*Ancenis.  Ce  Daniel  se  faisait 
moine  de  Saint-Florent.  RiaiUé  est  sous  Le  patronage  de  la  Vierge  et  de 
Saint-Sébastien. 

(4)  Bonovriam  (loaÔ  à  1061),  Chronique  de  Saint-Florent  (Dom  Morice, 
Pr.  I,  laa.  Banouvrium,  107$  (Cart.  de  Saint-Florent),  Banovrium,  ii86(Ibid.). 
La  fondation  de  ce  prieuré  doit  remonter  aux  environs  de  Tan  1000.  La 
chronique  du  monastère  de  Saint-Florent  nous  raconte  qu'un  chevalier, 
nommé  Symon,  qui  avait  pris  une  part  active  au  pillage  de  Tabbaye  de 
Saint- Florent,  dans  la  lutte  engagée  entre  Budic,  comte  de  Nantes,  et 
Foulques,  comte  d'Anjou,  s'empara  notamment  de  3o  bœufis  appartenant 
aux  moines.  Mais,  en  punition  de  son  forfait,  il  se  vit  soudain  frappé  de 
cécité.  Symon,  saisi  de  repentir,  répara  sa  faute  et  conféra  de  grands  béné- 
fices «  aaa(  moines  de  Saint-Florent  ses  voisins  à  Bonnœuvre,  (Dom  Morice, 
pr.  î,  laa).  Bonnœuvre  est  sous  le  vocable  de  saint  Martin. 

(5)  Frugnacas,  io5o  {Arch.  d Anjou,  t.  n,  p.  Z),  Frugiacus,  iia3  (Lobineau, 
p.  378),  Dom  Morice,  Pr.  547,  Charte  de  Louis  le  Gros.  Cette  église  est  dédiée 
à  Saint  Pierre. 


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IftO  RBVUE  DE  BRETAGNE 

de  Vritz  (1),  de  Maumusson  (2),  de  Pouîllé,  nous  ne  découvrons 
aucune  mention  d'un  établissement  religieux  dans  notre  localité 
avant  le  XII*  siècle.  Entre  liT7  et  1192,  Geoffroy  de  Beaumont 
étant  abbé  de  la  Melleray,  Olivier  dé  Vritz  donnait  à  cette  abbaye 
deux  sous  de  rente  et  la  portion  de  dlme  qui  lui  revenait  à  Saint» 
Médard,  plus  un  septier  de  froment  sur  un  moulin  qui  êsi  avatU 
Véglise  de  SainUMédard  »  «...  Dédit  etiam  unufn  sextarium  fru^ 
menti  in  molendino  quodest  ante  ecelesiam  Sancti  Medardi.-»  »  (8). 
Ce  document  porte  la  signature  de  Oaudin  de  Salnt^Mars  (4). 

Telle  est  la  pièce  authentique  la  plus  ancienne  que  nous  ayons 
pu  trouver,  oh  il  soit  fait  mention  d'un  établissement  religieux 
dans  notre  localité.  Cette  pièce  est  inconnue  aux  Archives  dépar* 
tementales^  où  il  en  existe  une  autre,  de  1243,  dont  nous  aurons 
lieu  de  parler  plus  loin.  Le  patron  de  notre  paroisse,  et  de  Téglisa 
primitive  désignée  dans  cette  charte,  est  saint  Médard,  évéque 
de  Noyon»  dont  le  culte  se  répandit,  croit-on,  vers  le  VII*  siècle 
dans  le  comté  nantais  (5).  A  quelle  date  fut  fondée  notre  église 


(i)  Verk,  ii3o.  Dom  Housseau,  v,  i64i.  Veriz,  ia43,  Arch.  de  la  Loire^nJ., 
H.  75.  Soua  le  vocable  de  saint  Gervais  et  saint  Protais,  martyrs  à  Milan  aous 
Néron. 

(a)  Capella  S.  MichaelUde  Malo  Muçone,  110&  (Soc.  arch,  de  Nantes,  XYI, 
p.  75).  Aujourd'hui  sous  rmvocation  de  saint  Pierre. 

(3)  Arehivet  de  la  Saulaie,  communication  de  M.  le  marquis  de  l'Eape^ 
ronnière,  à  qui  nous  en  exprimons  notre  gratitude,  ainsi  que  de  plusieurs 
autres  notes  que  nous  devons  également  à  sa  bienveillance  et  au  trésor  d9 
ses  curieuses  et  précieuses  archives.  Ce  moulin  à  eau  devait  être  situé  sur 
le  cours  de  TErdre.  La  rivière  étant  considérée,  à  cette  époque,  comme 
unç  voie  de  communication,  en  en  suivant  le  cours,  le  moulin  s'y  trouvait 
«  avant  d^arriver  à  Saint-Médard  ou  Saint-Mars  »  Le  texte  latin  doit  être 
ainsi  interprété. 

(4)  «  Oaudimus  de  Sanetô  Maarso  ».  Ce  devait  être  le  prieur  de  Saint-Mars, 
et  non  un  seigneur  ainsi  que  nous  l'avons  cru  d*abord. 

(5)  Saint  Médard,  évèque  de  Noyon  et  de  Tournay.  naquit  à  Salency^  en 
457,  Arére  Jumeau,  dit-on,  de  saint  Gildard,  évèque  de  Rouen,  et  mouru^ 
évêque  de  Tournay,  en  l'an  545.  Ses  reliques  furent  transportées  à  Soissens, 
par  les  soins  du  roi  Glotaire,  qui,  en  leur  honneur,  construisit  une  superbe 
basilique  aux  portes  de  cette  ville.  Ce  riche  sanctuaire,  favorisé  par  les  roH 
mérovingiens,  devint  le  noyau  de  la  célèbre  abbaye  de  Saint-Médard  de 
Soissons.  Le  culte  de  ce  saint  se  propagea  rapidement  dans  toute  la  France, 
comme  en  témoigne  le  nombre  considérable  de  paroisses,  de  monastèreB,  et 
de  chapelles  qui  lui  ont  été  consacrés  et  dont  plusieurs  portent  le  nom  de 
Saint-Mars. 


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SAINT-MARS-LA-JAILLB  £T  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  15t 

de  Saint-Médard  ?...  Nal  document  ne  nous  permet  de  la  fixer 
d'une  façon  absolue  :  oe  ne  fut,  ni  avant  le  VIII%  ni  après  le 
XII''  siècle,  il  est  permis  de  supposer  qae  cette  fondation  fut  con- 
temporaine de  celle  de  Téglise  de  Vritz,  seigneurie  de  laquelle 
relevait  la  terre  de  8ainV>Mar8«  ou  plutôt  de  Mars,  comme  nous 
le  verrons  tout  à  l'heure,  c'est-à-dire  du  commencement  du 
XII*  siècle. 

Le  plus  ancien  seigneur  de  Vrits  que  Ton  connaisse  est 
Olivier  I^,  chevalier,  qui  fut  présent  à  la  fondation  du  prieuré  de 
Saint-Nicolas  à  Gandé,  vers  lOO&i  par  Qeffroy  II  Rorgon,  seigneur 
de  Gandéi  et  dont  le  fils,  ou  l'un  des  descendants,  Qérard,  remit, 
en  113S,  son  couteau  à  Brice,  évêque  de  Nantes^  quand  ce  prélat 
investit  solennellement  de  l'église  de  Vritz,  Robert,  abbé  de 
Toussaint  d'Angers.  L'église  de  Vritz  resta,  par  la  suite,  dans  la 
dépendance  de  cette  abbaye,  ainsi  que  celles  de  la  Chapelle* 
Glain,  du  Pin  et  de  Rochementru,  tandis  que  celle  de  Saint» 
Médard,  ou  Saint- Mars,  reconnut  toujours  pour  présentateur  de 
la  cure  comme  du  prieuréi  l'abbé  de  Saint-Nicolas  d'Angers  qui 
continua  également  à  conférer  le  prieuré  et  la  cure  de  Candé. 
L'abbaye  de  Saint-Nicolas  d'Angers  avait  été  fondée  par  Foulques 
Nerra,  comte  d'Anjou,  à  la  suite  d'un  voau  fait  par  ce  prince, 
pendant  une  tempête,  au  cours  d'un  voyage  à  Jérusalem.  Hubert, 
évoque  d'Angers,  célébra  la  consécration  de  Téglise  le  7  dé* 
cembre  1020  et  installa,  en  1033^  dans  le  monastère,  enfin  ter- 
miné, une  colonie  de  moines  de  Marmoutiers.  Le  premier  abbé 
de  Saint-Nicolas  se  nommait  Baudry  (1)  (1033-1035).  Le  prieuM 
de  Saint-Mars  dépandit  de  cette  abbaye  jusqu'à  la  Révolution  (2). 

Pourquoi  notre  paroisse  s'appelle  Saint-Mars 
et  non  Salnt-Médard. 

Il  y  a  là  un  problème  que  nous  avons  voulu  approfondir»  sans 
nous  flatter,  toutefois,  d'en  apporter  ici  une  solution  définitive. 

M.  de  la  Nicollière-Teijeiro  a  prétendu,  à  tort,  que  les  paroisses 
du  pays  nantais  du  nom  de  Saint-Mars,  Saint-Mars  de  Coûtais, 

(i)  y.  Leduc,  BUL  abb,  Saint-If ioolat  Compendium,  Btbl.  Nat.  Fond  Sainte 
Germain.  Mst.  583i.  —  ûom  Housseau,  t.xiii,  etc. 

(a)  En  i6a8,  le  prieur  de  Saint*Mar8-l«-JaiUe  fait  «yqu,  i  l'tbbé  de  8alnt^ 
Nicolas  d'Angers,  pour  le  temporel  de  ce  prieuré  (Arch.  de  la  Loirû^lnJ.). 


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152  REVUE  DE  BRETAGNE 

Saint-Mars-du-Désert  et  Saint-Mars-Ia-Jaille,  eurent  autrefois 
pour  patron  un  saint  Mars,  évéque  de  Nantes  au  VI*  siècle,  dont 
il  est  question  dans  une  vie  de  saint  Melaine(l).  L*abbé  Tréveaux 
partage  cet  avis,  mais  place  l'existence  de  ce  saint  au  IV®  siècle. 
Quant  à  M.  Léon  Maître,  il  voit,  dans  le  nom  de  saint  Mars,  une 
déformation  du  nom  de  saint  Médard,  déformation  dont  il 
n'indique,  ni  Tépoque,  ni  la  raison.  Telles  sont  les  deux  circons- 
tances que  nous  croyons  avoir  trouvées  en  étudiant  attentivement 
cette  intéressante  question. 

La  transformation  du  nom  latin  Medardus,  en  la  dénomination 
Mars^  est  facile  à  expliquer,  si  Ton  se  reporte  à  Tépoque  lointaine 
où  le  latin  populaire,  importé  en  Gaule  par  les  soldats  de  César, 
céda  peu  &  peu  la  place  au  bas-latin  mérovingien,  puis  au  roman, 
langue  vulgaire  d'oti  devait  sortir,  comme  d'une  impure  chry- 
salide, la  langue  française,  noble  et  harmonieuse,  l'un  des  plus 
parfaits  instruments  de  la  pensée  et  de  la  parole  humaines. 

Parmi  les  lois  qui  ont  présidé  à  la  transformation  des  mots 
latins  eu  mots  romane,  puis  français,  il  en  est  une  capitale  :  la  loi 
de  persistance  de  Vaccent  qui  consiste  dans  le  maintien,  en  ces 
mots  nouveaux,  de  l'accent  tonique  des  mots  latins^dont  ils  sont 
sortis.  Ajoutons  à  cette  règle  primordiale  de  la  formation  des 
mots  celles  de  la  suppiression  de  Isr  consonne  médiate  et  de  Fas- 
sourdissement  ou  de  la  suppression  de  la  finale  atone,  et  dans  , 
Medardus  nous  trouvons  successivement  :  Meardus^  Mars,  dont 
la  langue  vulgaire  des  V®  au  VHP  siècle  fit  Tunique  traduction 
populaire  du  nom  latin  Medardus  (2). 

Bien  que  ce  titre  de  Sanctus  Medardus  ait  toujours  été  attribué 
à  notre  église,  dans  les  documents  latins,  nous  ne  croyons  pas 
téméraire  d'affirmer  que,  dès  son  origine,  notre  paroisse  dut  être 


(i)  En  supposant  la  réalité  de  l'âxistence  de  ce  saint  Mars,  fait  des  plus 
problématiques,  son  culte  eut  ét^  local,  ou  tout  au  moins  régional.  Or,  il 
existe,  en  dehors  du  diocèse  du  Nantes,  onze  paroisses,  au  moins,  portant  le 
nom  de  Saint-Mars  !  L'une  de  ces  paroisses  est  située  en  Seine-et-Marne.  En 
outre,  la  plupart  de  ces  paroisses,  comme  celles  de  Tévèché  de  Nantes,  sont 
sous  le  vocable  4e  saint  Médard.  Il  y  a  tout  lieu  dé  supposer  que  ce  patron 
fût  donné,  au  plus  grand  nombre  d'entre  elles,  dès  Téppque  de  leur 
fondation. 

(a)  Pour  plus  de  détails  voir  notre  Etude  sur  les  origines  du  nom  de  Saint- 
Mars-la- Jaille, 


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SAINT-MARS-LA-JAILLE  ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  153 

désignée,  parle  peuple,  sous  le  nom  vulgaire  de  Saint-Marsy  nom 
que  porte  aujourd'hui  notre  localité. 

Nous  ne  sommes  pas  d'ailleurs  éloignée  de  voir,  dans  le  choix 
de  ce  patronage,  un  des  nombreux  exemples  de  la  substitution 
voulue,  pax  les  premiers  évangélisateurs  chrétiens,  du  culte  d'un 
saint  de  la  nouvelle  religion  à  celui  d'une  divinité  païenne.  Il 
nous  parait  établi,  en  effet,  que  notre  territoire  de  Saint-Mars- 
la-Jaille  fut,  à  l'origine,  la  terre  deilars,  nom  qui  pouvait  résulter 
de  trois  circonstances  : 

1*  Le  territoire  de  notre  canton,  qui  représente  encore  assez 
bien  celui  du  primitif  fief,  est  situé  à  l'extrême  limite  de  la  Bre- 
tagne et  de  l'Anjou,  sur  la  lisière  des  antiques  pagi  Namnetensis 
et  Andegavertëis.  Or,  le  mot  frontière,  lisière  de  province  ou  de 
territoire,  se  traduit  exactement,  en  langue  celtique,  par  marz 
d'où,  sans  doute,  est  venu  le  mot  marche  employé  pour  indiquer 
la  bande  de  terrain  limitrophe  d'une  province,  en  vieux  h^ut- 
allemand,  marcha.  ' 

Z"  La  vallée  de  TErdre,  où  est  situé  Saint-Mars-la-Jaille,  n'était 
autrefois  qu'un  vaste  marais,  bordé  de  coteaux,  alors  seuls  habi- 
tables. Cette  situation  marécageuse  s'indiquait  en  bas-latin  par 
mariscum,  en  langue  germanique  par  marex^  marsh  et  en  anglais 
marsh.  Or  on  sait  que  toutes  ces  langues,  mélangées  à  celle  de 
nos  ancêtres,  les  Celtes,  contribuèrent  à  la  formation  du  français. 

3*  Enfin,  une  tradition  prétend  qu'au  temps  de  l'occupation 
romaine  notre  localité,  ou  ses  environs,  possédaient  un  temple  de 
Mars.  Une  tradition,  c'est  peu  de  chose,  nous  en  convenons,  pour 
qui  cherche  la  certitude  historique,  cependant  toute  tradition 
nacfuit,  assurément,  d'une  vérité  plus  ou  moins  dénaturée  par  le 
temps,  comme  touta  fumée,  répandue  dans  les  airs,  eut,  pour 
point  de  départ  assuré  un  foyer  quelconque,  bien  humble  sou- 
vent, mais,  parfois  singulièrement  lumineux.  Une  tradition  doit 
ôtre  respectée  et  peut  entrer  en  ligne  de  compte  non  pour  pré- 
tendre établir  une  certitude  historique,  à  laquelle  elle  ne  saurait 
servir  de  base,  mais  pour  appuyer  une  hypothèse  vraisemblable, 
et  à  défaut  de  documentation  écrite. 


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164  REVUE  DE  BRETAGNE 


II.  —  PERIODE  FEODALE 


C*est  vers  le  X*  siècle  que  l'usage  des  demeures  fortifiées  de- 
vint général  en  Europe.  Voici  en  quoi  consistèrent  les  primitives 
forteresses  :  autour  de  l'enceinte,  où  Ton  voulait  bâtir,  on  creu- 
sait un  fossé  large  e^  profond  ;  la  terre,  rejetée  kn  dedans,  for- 
mait un  monticule  artificiel  qu'on  nommait  la  moite.  On  plantait 
sur  le  pourtour  des  pièces  de  bois  équarries,  fortement  liées 
entre  elles  de  façon  à  former  une  palissade  continue,  qu'on  for- 
tifiait souvent  par  des  tours  de  bois,  de  place  en  place.  Dans 
cette  enceinte  s'élevaient  les  bâtiment  en  bois  qui  servaient  de 
logements  pour  les  domestiques,  d'écuries,  de  greniers,  de  ma- 
gasins. Au-dessus  se  dressait  une  grosse  tour  carrée  en  bois 
qu'on  revêtait,  en  cas  de  siège,  de  peaux  de  bétee  fraîchement 
écorchées  pour  empêcher  d*y  mettre  le  feu.  C'était  le  donjon 
(Dominium)  c'est-à-dire  la  maison  du  maître. 

L'emploi  du  bois,  et  non  de  la  pierre,  pour  ces  constructions 
venait  de  la  richesse  des  forêts,  qui  couvraient  à  cette  époque 
une  grande  partie  du  territoire  français,  tandis  qu'alors,  l'ex* 
traction  de  la  pierre  était  besogne  longue  et  difficile.  Plus  tard 
l'invention  de  la  poudre  devait  modifier  profondément,  aussi  bien 
le  mode  d'établissement,  que  les  procédés  d'attaque  et  de  défense 
des  places  fortifiées. 

Saint-Mars^la^aille  posséda,  selon  toutes  probabilités,  une 
de  ces  forteresses  primitives,  qui  devait  être  située  sur  l'empla- 
cement qui  porte  encore  le  nom  de  Champs  de  la  Motte  (\)  à  l'ouest 
du  château  actuel  de  Saint-Mars-la-Jaille,  non  loin  des  Ch^mpt 
de  Saint-Mars  (2),  et  touchant  les  pièces  de  terre  appelées  les  po- 
tences (3).  Près  de  là  se  trouvent  également  les  près  de  la  Mou- 
linière,  où  se  voient  des  levées  de  terre  fort  anciennes,  sans  doute  ; 
peut-être  ces  travaux  faisaient-ils  partie  de  la  défense  du  pri- 
mitif château?...  Les  |>ièces  de  terre,  où  ils  se  trouvent,  portent 
les  noms  assez  caractéristiques  de  Les  Doux  (4)  {pour  Doukes^ 
douhes  ,    douves)   et  la   Tombe  (5).  Dans  les    mêmes    parages 

(i)  Cadastre,  section  C,  n^*  6  et  19. 
(a)  Cadastre,  section  G,  np*  386  à  427. 

(3)  Cadastre,  section  C,  n^"  i  à  5,  6  à  g* 

(4)  Cadastre,  section  C,  n"»  i56. 

(5)  Cadastre^  section  C,  n°  157. 


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i 


SAINT-MARS-LA-JAILLB  ET  SBS  ANCIBNS  SEIGNEURS  165 

nous  trouvons  [encore  la  Douve  (1)  et  la  pièce  de  Vétang  [2). 

Il  y  a  tout  lieu  de  voir  dans  l'ensemble  de  ces  noms  et  de  ces 

terres,  voisines  les  unes  des  autres,  le  seul  souvenir  qui  nous 

reste  delà  première  entité  féodale  du  lieu,  le  fief  ou  terre  de  Mars. 

Les  Seigneurs  de  Mars. 

Ainsi  que  nous  Tavons  déjà  vu,  Saint-Mars-la-Jaille  porta 
primitivement  le  nom  de  Mars  ou  Marz,  Nous  avons  dit  à  quelles 
circonstances  il  faut,  pensons-nous,  attribuer  cette  dénomination 
du  territoire  que  nous  habitons  aujourd'hui,  et  qui,  par  une 
substitution  voulue,  dont  on  peut  citer  de  fréquents  exemples, 
fut  voué,  par  les  premiers  évangélisateurs  de  notre  région,  au 
culte  de  saint  Médard,  en  langue  romane  Saint-Mârs. 

Plusieurs  auteurs,  parmi  lesquels  M.  Léon  Maître,  ont  placé 
à  Petit-Mars  {VilU  Marcio,  Marcis  (IX*  siècle)  (3),  Màrcias 
(1123)  (4),  Eccl.  de  Mars  (1278)  (5),  Parvus  Marcius  (XIV^  Bxhclé)  (6), 
Parvus  Mars  (1559)  (7),  le  fief  ou  terre  de  Mars.  Il  est  évident  que 
cette  localité  a  dû  le  nom  de  Mars  qu'elle  porte  encore  au  souve- 
nir d  un  établissement  romain  existant  jadis  sur  son  territoire. 
Il  n*est  pas  moins  certain,  selon  nous,  que  les  seigneurs  désignés 
au  XI*  et  au  XII«  siècle  dans  des  chartes  (8)  que  nous  allons 
étudier,  n'étaient  pas  les  seigneurs  de  Petit-Mars,  mais  du.  fief 
c^ui  est  devenu  Saint-Mars-la-Jaille.  Le  Petit-Mars  appartenait 
alors  aux  Hus  de  la  Muce. 

Le  premier  des  seigneurs  de  Mars  dont  nous  ayons  trouvé  le 
nom  est  Gauscklin  de  Mars  (9)  qui  atteste  une  donation  de  Gui- 
hénoc  1*',  fils  d'Alfred  et  d'Origone,  et  baron  d'Ancenis,  aux 
moines  de  Marmoutiers.  Nous  avons  tout  lieu  de  croire  que  ce 

(i)  Cadastre,  section  D.  n*»  6a5. 

(a)  Cadastre,  section  D,  n^  628. 

Ces  levées  de  terre  viennent,  malheureusement  de  disparaître,  par  Tordre 
de  M.  de  la  Perronnays,  propriétaire  actuel  du  château,  dont  il  Mt  rema- 
nier le  parc  et  les  dépendances* 

(3)  CarL  Hoio. 

(4)  Charte  d^  Louis  VI  (Dom  Morice^  Pr. 

(5)  Àrch,  de  la  Loire- Inférieure  G,  97. 

(6)  De  Lesquen  et  Mollat. 

(7)  Arèh.  de  Petit-Mars  GG,  1. 

(8)  Dom  Morice,  Histoire  de  Bretagne,  Pr.  I.  487,  524,  565,  585,  695.  Arch, 
de  la  Saulaie;  Communication  de  M.  le  marquis  de  L'fisperonnière. 

(9)  Gauscelinas  de  Marcio  vers  1070.  (Dom  Morice,  Pr,  I,  437)« 


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156  REVUE  DE  BRETAGNE 

Gausceliniut  l'un  des  possesseurs  de  notre  châtellenie  de  Saint- 
Mars.  Les  co-signataires  dans  cette  charte  sont  :  «  Cavalon  de 
Sion,  Jacut  de  Nort,  Payen,  frère  de  Guihenoc,  Simon  son  ne- 
veu, Hugo  frère  de  ce  Simon,  Urvod  de  Bernai  et  son  fils  Bri- 
becion,  Bodin  de  Toumeborde,  Berald,  son  homme,  Tome,  Ori- 
gone,  mère  de  Guihenoc,  et  Agnès,  son  épouse  ».  Ce  document 
fut  écrit  en  1070  (circa). 

Nous  trouvons  ensuite,  en  1105,  Février  de  Mars  (1),  au  nom- 
bre des  seigneurs  qui  accompagnent,  à  Nantes ,  le  b^ron  d' Ancenis , 
leur  suzerain,  convoqué  par  le  duc  Alain  Fergent  pour  assister  à 
la  publication  des  donations  faites  par  celui-ci  à  l'église,  dans  là 
crainte  que  la  propriété  de  ces  dons  rie  lui  fut  contestée  par  la 
suite.  Avec  Février  de  Mars  signent,  outre  le  baron  Maurice 
d'Ancenis,  Brient  vieillard,  Daniel,  fils  de  Janigot,  Guillaume 
sénéchal,  Raoul  de  Guinan,  Hugo  sénéchal,  Godfroy,  fils  de 
Renauld,  Joscelin  de  Panecé,  Gestin  de  Mésanger,  Olivier,  fils 
de  Brient,  Hervé  de  Oudon  et  plusieurs  autres  (2). 

Enfin  nous  possédons  un  document  qui,  à  lui  seul^  nous  semble 
établir  d'une  manière  certaine,  que  Février  de  Mars  et  Vivien, 
son  frère,  furent  bien  possesseurs  de  Saint-Mars  et  non  de  Petit- 
Mars.  Cette  charte  nous  apprend  que  «  Vivien  et  Février  son 
frère  et  Hugo  fils  de  Février  »,  donnèrent,  à  un  nommé  Daniel, 
«  serviteur  de  Dieu  »,  qui,  se  faisant  moine,  les  porta  aux  reli- 
gieux de  Saint-Florent,  des  terres  prises  «  sur  la  portion  de  forêt 
que  lesdits  seigneurs  reçurent  jadis ^  eux-mêmes  des  barons  d'An- 
cenis.  »  Or,  ces  terres  sont  :  La,  Poitevinière  (entre  Bonnœuvre  et 
Riaillé),  les  Champs  Bernard  (aujourd'hui  Champs-Morin  près  de 
Bonnœuvre);  le  Moulin  (probablement  le  vieux  moulin  à  eau  des 
Bruères,  touchant  les  champs  MorinJ  le  Ronzeray  (touchant  le 
bourg  de  Saint-Mars)  et  joignant  la  très  ancienne  terre  noble  de 
la  Haie-Daniel  «  la  terre  Guedguel  »  (aujourd'hui  Vivelle,  en 
Saint-Mars  et  sur  la  lisière  de  la  forêt  de  ce  nom,  proche  des 
Champs-Morin)  et  le  Breuil  d'Alucion  (ou  Breuil  aux  Moines  en 
Bonnœuvre,  vieille  possession  du  prieuré  de  ce  nom).  Toutes  ces 
terres  dépendaient  de  la  châtellenie  de  Saint-Mars-la-Jaille  et 
non  de  celle  de  Petit-Mars,  en  supposant  même  que  Petit  Mars 
eut  jamais  possédé  une  châtellenie  de  MarSy  ce  que  nous  n'avons 

(i)  Februarias  de  Marlio  (Dom  Morice,  Pr.  I,  524* 
(a)  Dom  Morice,  Pr,  I,  524. 


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SaINT-MARS  LA-JAÏLLE  ET  iSES  ANcIeNS  SEIÔNEUËS     '  15/ 

va  nulle  part.  Le  premier  château  connu  de  cette  paroisse  fut 
celui  de  Ponthus,  construit,  vers  1200,  par  Hus  de  la  Muce  (1). 

«  La  donation  de  Vivien  fut  confirmée  par  Raoul  de  la  Cha- 
pelle »  (seigneur  de  la  Motte-Glain),  son  fils  Renaud  et  son 
épouse,  qui  étaient  des  membres  de  la  maison  de  Rougé  (2),  vas- 
saux, eux  aussi,  des  barons  d'Ancenis.  Or  nous  avons  dit  plus 
haut  que  la  châtellenie  de  Saint-Mars  a,  de  tout  temps,  relevé  de  ^ 
la  Motte-Glain  (3)  et  jamais  de  Petit-Mars. 

D'autre  part,  selon  l'usage  des  XP  et  XIP  siècles  qui  voulait 
que  toute  donation  fût  attestée  parles  pareuts  et  vassaux  du 
donateur,  nous  voyons  la  libéralité  des  seigneurs  de  Mars  si- 
gnée par  :  Guibert  de  Pannecé,  Alain  Guihénoc,  Mathieu  de 
Rigjillé,  Malo  de  Montfriloux,  vassaux,  ainsi  que  nous  Tavons 
vu,  de  Saint-Mars  la- J aille,  comme  en  iont  foi  les  plus  anciens 
documents  relatifs  à  cette  seigneurie,  qui,  elle-même,  dépendait 
de  la  baronnie  d'Ancenis. 

C'est  au  même  titre  que  la  première  donation  de  Guébénoc  aux 
seigneurs  de  Mars  est  attestée  par  Hamon  de  Pannecé,  Olivier 
Lesueur,  Breton  de  Mouseil,  Roger  Le  Tort  et  Hildebert  Le 
Borgne,  tous  vassaux  d'Ancenis  (^). 

Ces  documents  nous  indiquent  dans  cet  ordre  les  premiers  sei- 
gneurs de  notre  fief  :  Gauscelin,  Vivien,  puis  Février^  son  frère,  et 
Hugo,  fils  de  ce  dernier.  C'est  à  dessein  que  nous  insistons  sur 
cette  succession,  que  nous  croyons  ainsi  bien  établie,  dans  la  pos- 
session de  ce  fief,  sinon  constitué,  tout  au  moins  largement  aug- 
menté; par  les  barons  d'Ancenis. 

Nous  retrouvons  encore  «  Vivien  et  Février  son  frère  n  au 
nombre  des  seigneurs  qui  attestent  les  dons  faits  par  Alain  de 
Moisdon  et  Hamon  de  Bigot  aux  moines  de  la  Mellerai,  à  la  fon- 
dation de  l'abbaye  de  ce  nom,  en  1142  (5). 

De  môme  un  Vivien  dk  Marz,  en  1183,  atteste  un  don  fait,  le 

(i)Par  la  même  charte,  nous  voyons  que  le  seigneur  d'A.UYerné  donne 
aussi  à  Daniel  le  moulin  de  TEpinay  près  de  Bonnœuvre. 

(3)  Dès  ii3o  d'après  M.  de  Gornulier^  la  maison  dç  Rougé  posséda  le  châ- 
teau de  la  Motte-Giain,  paroisse  de  la  Ghapelle-Glain  (De  Gornulier,  Dic- 
tionnaire des  terres  da  Comité  Nantais). 

(3)  Déclarations  d'Ancenis  et  de  la  Roche-en-Nort  en  i544  et  1680. 

(4)  Dom  Morice,  Pr.  I.  565. 

(5)  Dom  Morice,  Pr.  h  685. 

Septembre  $908  ii  ^ 


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158  REVUE  DE  BRETAGNE 

7  août  de  cette  même  année^aux  moines  de  la  Mellerai,  par  Bo- 
nabes  de  Rougé,  &  roccasion  de  la  dédicace  de  j'église  de  cette 
abbaye,  donation  également  attestée  par  le  châtelain  de  la  Motte- 
Glain,  Renauld,  fils  de  Raoul  de  la  Chapelle,  que  nous  avons  vu, 
ci-dessus,  approuver  les  dons  de  Vivien  de  Mars.  Ce  Vivien  de 
1183  pourrait  être  le  même,  mais  est  plus  probablement,  son 
fils  du  même  nom  (1). 

Vers  cette  époque,  croyons-nous,  doit  se  placer  la  fondation 
du  prieuré  de  Saint  Mars  ou  Médard,  en  latin  EcclesU  Sànctas 
Medardusy  ainsi  qu^  celle  de  plusieur?  autres  prieurés  ou  paroisses 
de  Saint-Mars  du  comté  nantais  pour  la  plupart  consacrés  à 
saint  Médard. 

De  plus,  ce  document  établit  que  les  possessions  des  seigneurs 
de  Vritz  s'étendaient,  dès  cette  époque,  sur  quelques  terres  et  un 
moulin  situés  à  Saint-Mars,  fait  qui  nous  sera  prouvé  par 
d*autres  chartes.  La  maison  de  Vritz  dépendajt  au  reste,  comme 
la  chàtellenie  de  Saint-Mars,  des  seigneurs  de  la  Chapelle-Glain 
et  posséda,  plus  tard,  cette  châtelleniè,  ainsi  que  nous  le  verrons. 

«  Olivier  de  Vritz,  après  la  mort  de  sa  sœur  Leigrat,  et  pour 
le  repos  de  Tâme  de  celle-ci,  donna  à  Tabbaye  de  Mellerai  deux 
sous  (de  rente)  qu'il  ten^ùt  en  fief  de  Herdebert  Le  Monner.  Les 
témoins  furent  Tépouse  dudit  Ohvier,  qui  donna  son  consente- 
ment, Geoffroy  {de  Beaumont)^  abbé  de  Mellerai,  Simon  de  Héric, 
Robert  Crespin,  Gandin  de  Saint^Mars.,,. 

a  X-e  même  Olivier  donna  aussi  la  portion  de  dîme  qui  lui  re- 
venait à  Saint-Médard,  excepté  la  dîme  de  sa  métairie... 

.».  Il  donna  égcJement  sur  un  moulin  qui  est  avant  Véglise  de 
Saint-Médard^  im  setier  de  froment  pour  l'anniversaire  de  son 
père  et  de  sa  mère  qui  est  le  15  janvier  »  (2). 

Voici  la  suite  de  cette  charte  latine  écrite,  en  1177  et  1192/ et 

(i)  Dom  Morice,  Pr,  1. 69?. 

(a)  Archives  de  la  Saulaie.  Communication  de  M.  le  Marquis  de  L*£speron- 
nière. 

La  métairie  dont  il  est  question  plus  haut  n'était-elie  pas  la  Le9erU  ac- 
tuelle, vieille  terre  noble,  dépendant  «  à  charge  âe  foi,  hommage  et  rachapt  » 
de  la  seigneurie  de  Saint-Mars.  L'étymologie  de  ce  nom  swait,  en  ce  cas, 
Lês-Veriz  ou  Lès-Vritz.  On  désignait  jadis  par  ce  mot  Lès  ou  Ut  précédant 
un  nouki  une  terre  un  peu  éloignée  du  domaine  dont  elle  dépendait. 

Les  noms  mis  entre  parenthèses^  par  nous,  sont  les  noms  actueii  des  terres 
identifiées.  Les  autres  ont  changé  de  nom,  ou  disparu  comme  Tillages 
habités. 


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SAiNT-MARb-LA-JAlLLe^ET  SES  ANCIRNS  SEIGNEURS  159 

que  nous  citerons  en  entier  à  cause  de  Hntérét  qui  s'y  rattache. 

a  Olivier  de  Vritz  a  donné  à  Melleray,  dix-huit  sous  de  cens 
annuel.  Les  témoins  de  cet  acte  sont  :  dom  Ajmar^  abbé  de  Pon- 
tron  ;  destin,  abbé  de  Saint-Gildas  (1),  Geoffroy,  abbé  de  Melleray  ; 
Raymond  de  la  Comuaille  qui  consentit  à  cette  donation  (2)  ; 
Jean  de  Freigné  ;  Geoffroy  Lostior. 

«  S'ensuivent  les  noms  des  terres  sur  lesquelles  sera  prélevée 
ladite  somme:  La  Bretonnière  (existe  encore  sous  ce  nom),  deux 
sous  et  trois  deniers  ;  la  Poterie^  (existe  encore  sous  ce  nom)  dix- 
huit  deniers;  /a  BauUrie  [enisiQ  encore  sous  ce  nom,  route  de 
Freigné),  neuf  deniers  ;  la  Bembergère  (Laubergère  ?)  dix  deniers  ; 
Charbocei  (Carbouchet),  dix-huit  deniers,  la  Motère  (la  Moulinière 
ou  Molinière  ?)  neuf  deniers  ;  les  Places  (existent  encore  sous  ces 
nom^  les  Hautes  et  les  Basses  Places),  dix-huit  deniers  ;  le  Cho- 
rai  (le  Charai?)  le  Forcin  (sans  doute  le  ûefFourcin  de  la  Réf.  de 
1745),  dix-huit  deniers  ;  Mongrison  (Grison)  dix-huit  deniers  Ler- 
mitre re  (?)  dix-huit  deniers  la  Doernère  (?)  peut-être  la  Thoesnière 
au  village  de  la  Harie),  dix -huit  deniers  ;  Berlaie  (La  Bellate  ou 
Bellette),  dix -huit  deniers  ',"  Campiernault  (plus  tard  Champs  Es- 
naald,  puis  Champs  Jeanneau)  neuf  deniers. . .  » 

Les  antiques  villages,  ou  terres,  désignés  dans  ce  document 
appartenaient  évidemment  aux  seigneurs  de  Vritz,  dès  la  fin  du 
XII*  siècle.  Le  fief  des  seigneurs  de  Saint-Mars,  après  la  dona- 
tion faite  à  Demiel,  était  donc  assez  peu  considérable.  Leur  châ- 
teau avec  ses  dépendances,  et  la  forêt,  depuis  appelée  forêt  de 
Saint-'^Mars  en  étaient  les  principaux  membres,  auxquels  vinrent 
se  joindre,  ainsi  que  nous  allons  le  voir,  ces  possessions  mêmes 
des  seigneurs  de  Vritz,  puis,  plus  tcurd,  celles  de  la  maison  de  la 
Jaille  pour  faire  de  Saint-Mars  une  importante  châtellenie. 

(A  suivre).  J.  Baudry 

(i)  Zi'abbaye  de  Saint-Gildas  possédait  le  prieuré  de  Saint  Germain  à  Frei- 
gné. 
<2    Gomme  suzerahi  des  seigneurs  de  Vritz. 


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CONTES  DE  GRAND'MÈRES 

— N 

Contes  de  BASsfi-BRSTAGNB  bt  dv  pays  Gallo 


Les  contes  de  ce  recueil  ont  tous  pour  moi  la  même  origine.  Ils 
m'ont  été  racontés  par  ma  mère,  ma  grand'mère  et  mon  arrière^ 
grançt'mère  et  font  partie  des  traditions  de  la  famille  depuis  bien 
des  générations. 

Us  sont  pourtant  très  différents  les  uns  des  autres.  Certains 
ont  une  parenté  très  visible  avec  les  contes  de  Perrault  et  remontent 
peut-être  à  la  même  époque.  Les  autres^  au  contraire^  ont  une 
grande  analogie  avec  nos  contes  populaires^  et  fai  retrouvé  des 
'épisodes  identiques  dans  les  récits  des  paysannes  du  Morbihan  et 
de  Vllleet'V  Haine. 

Quelques-uns  de  ces  derniers  contes  ont  peut-être  une  forme 
moins  simple  qu'il  ne  conviendrait.  Je  suppose  que  ceux-là  se 
racontaient  depuis  plus  longtemps  dans  la  famille  et  ont  perdu,  à 
force  de  passer  de  bouche  en  bouche,  une  partie  de  leur  saveur 
primitive. 

Je  les  transcris  tous  tels  qu'ils  sont  restés  dans  ma  mémoire,  tels 
que  je  les  ai  racontés  à  mes  enfants  et  à  mes  petits- enfants,  Jt^me 
suis  seulement  permis  de  baptiser  quelques  personnages  pour 
donner  plus  de  clarté  au  récit, 

A.  D.  Roazoun 
1908. 


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CONTES  DE  GRAND  MERES  16 


LES  TRCaS  BiyNS  DE  PIMPENOIS 

Il  y  avait  une  fois  un  roi  et  une  reine  qui  avaient  trois  enfants, 
deux  fils  et  une  8IIe,  Le  roi  qui  était  vieux  songeait,  selon  l'usage 
du  pays^  à  se  choisir  un  successeur.  Un  jour  donc  il  appela  ses 
enfants  : 

—  «  Je  voudrais,  leur  dit-il,  désigner  avant  de  mourir  celui  qui 
doit  régner  à  ma  place,  mais  je  ne  sais  que  décider,  car  je  vous 
aime  tous  également.  Allez  donc  dans  le  grand  bois  où  fleu- 
rissent les  Pimpenois.  celui  d'entre  vous  qui  m'en  rapportera 
trois  brins,  ma  couronne  appartiendra. 

.  Et  les  trois  enfants,  ayant  pris  congé  de  leur  p6re,  se  mirent  à 
parcourir  la  forêt  à  la  recherche  de  ces  fleurs  précieuses  qui 
valaient  un  royaume.  Ils  errèrent  longtemps  parles  sentiers, 
3ur  le  bord  des  ruisseaux,  à  Tombre  des  grands  hôtres  et  des 
chânes  sombres,  partout  où  ils  espéraient  trouver  des  fleurs  de 
Pimpenois.  Leurs  recherches  furent  d'abord  inutiles.  II  fallait 
naturellement  que  ces  fleurs  fussent  d'une  grande  rareté  pour 
être  estimées  à  un  si  haut  prix  par  le  roi. 

Enfin,  vers  le  soir,  la  jeune  fille  arrivant  près  d'une  fontaine, 
aperçut  trois  belles  fleurs  de  Pimpenois  fraîches  épanouies.  Elle 
s'empressa  de  les  cueillir,  toute  joyeuse,  et  reprit  bien  vite  le 
chemin  du  palais,  car  la  route  élait  longue  et  elle  avait  hâte  de 
jouir  de  son  triomphe. 

A  peine  avait-elle  fait  cent  pas  qu'elle  se  trouva  face  à  face  avec 
son  frère  aîné  dont  la  figure  se  rembrunit  à  la  vue  du  bouquet 
qu'elle  tenait  à  la  main 

—  «  Tu  vas  me  donner  ces  fleurs  »>,  dit-il  d'un  ton  impérieux. 

—  «  Non  certes,  c'est  moi  qui  les  ai  trouvées  et  notre  père  a 
dit  qu'il  donnerait  sa  couronne  à  celui  qui  lui  rapporterait  trois 
brins  de  Pimpenois.  » 

—  «  C'est  pourquoi  tu  vas  me  les  donner,  reprit  le  jeune 
homme;  qu'est-ce  qu'unefemme  pourrait  faire  d'une  couronne  ? 
D'ailleurs  celle-ci  m'appartient  de  droit,  puisque  je  suis  l'aîné. 
Donne-moi  vite  tes  fleurs,  si  tu  ne  veux  que  je  m'en  empare  de 
force,  car  il  me  les  faut  à  tout  prix  ». 

«  —  Viens  donc  les  prendre,  alors,  car  tu  peux  être  sûr  que  je 
ne  te  les  donnerai  pas  ». 
Et  à  ces  mots  la  jeune  fille,  s'enfuit  eh  riant,  car  elle  était  loin 


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1»2  HEVUE  DE  BRETAGNE 

\ 

de  soupçonner  toute  la  méchanceté  de  son  frère  et  n*avait  pas 
pris  ses  menaces  au  sérieux  .••,•• 

La  nuit  était  noire  quand  l'aîné  des  fils  du  roi  arriva  au  palais 
où  depuis  longtemps  déjà  son  jeune  frère  était  rentré  las  d'inu- 
tiles recherches.  Il  tenaitrà  la  main  trois  fleurs  de  Pimpenois  et 
les  présenta  triomphant  au  roi  qui,  tout  en  lui  faisant  ses  com- 
pliments, lui  demanda  s*il  n'avait  pas  rencontré  sa  sœur  dont 
l'absence  prolongée  commençait  à  le  préoccuper,  les  jeunes  flUes 
n'ayant  pas  coutume  d'affronter  volontiers  la  nuit  dans  les 
bois.  Le  jeune  prince  répondit  audacieusement  qu'il  n'avait  vu 
personne.  ^'  ^ 

Le  père  inquiet  envoya  des  serviteurs  àlarecherctfe  de  sa  fille, 
supposant  qu'elle  s'était  égarée  ;  mais  ils  eurent  beau  parcourrl 
la  forêt  en  tous  sens  jusqu'à  l'aube,  et  la  parcourir  encore  les 
jours  et  les  nuits  qui  suivirent,  ils  ne  purent  retrouver  sa  trace. 

Cependant  le  frère  aîné  demandait  instamment  qu'on  lo  pro- 
clamât héritier  de  la  couronne.  Il  avait  rempli  les  conditions  re- 
quises en  apportant.les  trois  brins  de  Pimpenois  et  réclamait 
l'accomplissement  de  la  promesse  du  roi. 

—  a  II  faut  d'abord  que  nous  ayons  retrouvé  votre  sœur, 
répondit  celui-ci,  il  se  peut  qu'elle  ait  eu  la  môme  chance  que 
vous,  mon  Ms,  et  nous  ne  pouvons  rien  décider  avant  d'être 
fixé  sur  son  sort.  y> 

Et  les  recherctigs  continuaient,  toujours  infructueuses,  et  le 
temps  passai^ 

Bien  souvent  le  roi  et  la  reine  se  rendaient  avec  les  deux  enfan  ts 
qui  leur  restaient  dans  cette  forôf  d'où  jamais  leur  fille  n'était 
revenue.  L'aîné  n'osait  se  dérober  à  ces  promenades  qui  le  fai- 
saient trembler  de  ta  tête  au  pieds. 

Un  jour  qu'ils  se  promenaient  tous  ensemble,  le  père  et  la  mère 
s'engagèrent  inconsciemment  dans  le  chemin  conduisant  à  la 
source  où  avaient  fleuri  les  Pimpenois,  et  cette  fois  le  coupable, 
forcé  de  suivre  la  môme  route^  se  sentit  pâlir  d'horreur. 

Tout  à  coup  le  jeune  frère  qui  courait  de  tous  côtés  avec  l'in- 
souciance de  son  âge  arriva  tout  ému  près  de  ses  parents.  Il  tenait 
à  la  main  un  siOlet  comme  tes  pâtres  savent  en  tailler  dans  l'é- 
corce  nouvelle. 

—  a  Oh  !  père,  dit-il,  voyez  donc  l'étrange  sifflet  que  j'ai  trouvé 
là-bas^  sur  la  mousse  ;  on  dirait  qu'il  parle»  ;  et  le  portant  à  S63 


I 


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CONTES  D£  GRAND'MERE  163 

lèvres  il  souffla  doucement.  On  eûtendit  alors  coinme  une  voix 
plaintive  qui  disait  :  

—  «  Mon  frère,  mon,  frère, 

J'ai  été  tuée  dans  un  bois  ^    • 

Pour  trois  brins  de  Pimpenois  !  »  (1^ 

—  «  Qu'est-ce  que  cela  signifie,  s'écria  le  roi  »,  et  prenant 
le  sifflet  il  souffla  à  son  tour. 

—  €  Mon  père,  mon  père,  reprit  la  voix;, 
J'ai  été  tuée  dans  un  bois 

Pour  trois  brins  de  Pimpenois  I  » 

—  «  Comptez-vous  vous  amuser  longtemps  avec  ce  joujou,  fit 
le  frère  aîné  d'un  air  dédaigneux  sous  lequel  1  cherchait  à  dissi- 
muler son  effroi  »  ;  mais  déjà  la  mère  avait  pris  le  sifflet'Ct  la 
voix  disait  : 

—  «i  Ma  mère,  ma  mère, 
J'ai  été  tuée  dans  un  bois 
Pour  trois  brins  de  Pimpenois.  » 

—  «  Voilà  qui  est  étrange  dit  le  père  profondément  troublé  »  ; 
et  se  tournant  vers  son  fils  : 

—  «  Â  vous  maintenant  »,  dit-il. 

—  «  Nous  n'allons  pas  nous  attarder  à  ce  jeu  puéril  ^,  fit 
le  prince  d'un  ton  méprisant  ;  et  saisissant  le  sifflet  magique  il 
voulut  le  lancer  au  loin,  mais  le  roi  le  prévint. 

—  «  Je  vous  demandais  de  souffler  à  votre  tour,  maintenant 
je  vous  l'ordonne  »>  dit-il,  et  sa  voix  était  si  sévère  que  le  jeune 
homme  dut  obéir.  Il  porta  à  ses  lèvres  tremblantes  le  sifflet 
vengeur  et  aussitôt  la  voix  reprit,  terrible  : 

—  Maudit,  maudit. 

Tu  m'as  tuée  dans  ce  bois 
Pour  trois  brins  de  Pimpenois  I 

Frappé  de  terreur  le  meurtrier  tomba  à  genoux,  confessan 
son  crime.  Il  avait  tué  sa  sœur  pour  s'emparer  des  fleurs  qu'elle 


(1) 


;l^|;,£p>^^ 


Mon   frère,     mon   frère,     J'ai   é  -  té   tuée  dans  un  bols 


Pour    trois    brins    de       pim  -  pe  -  nois. 


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iéi  ilEVbE  t)E  bRÉTAGNÉ 

avait  trouvées  et  obtenir  la  couronne  ;  puis  il  avait  reconvertie 
corps  de  branches  et  de  feuilles  mortes. 

Peu  après  le  fils  aî«é  du  roi  subit  le  châtiment  dû  à  son  forfait, 
et  quànt4  les  temps  furent  accomplis,  ce  futleplusjeune  des  trois 

enfants  qui  monta  sur  le  trône  de  son  père lui  qui  ne  s'était 

point  attardé  à  chercher  dans  la  forôt  les  trois  brins  de  Pimpe- 
nois  (l). 

{A  suivre.)  A.-U.  Roazoun. 


(1)  Julienne  Lenevea  de  Rohan  racontait,  Ters  1860,  nne  histoire  de  ce  ^enre. 
Les  fleurs  de  Pimpenois  'n*y  étaient  pas  mentionnées,  mais  on  y  retrouvait  Tépi- 
sodé  du  sifflet  (parlant  et  non  chantant)  qui  disait  : 

—  «  Sifflez,  sifllez,  mon  père. 

Mon  frère  m'a  tuée etc. 


Le  Gérant  :  P.  Chevalier^ 


Vannes.  —  Imprimerie  Làfolye  Frères,  2^  place  des  Lices. 


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Bulletin  de  la  cohmission  diocésaine  d'architecture  et  d'archéo- 
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tion sociales.  Kennes,  30,  rue  Hoche. 

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Saint- Vougay,  par  Plouzévédé  (Finistère),et  pour  les  abonnements 
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Bretoned  Paris.  Bulletin  de  la  Société  «  La  Bretagne  »,  4«  année. 
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Revue  du  Pats  d'Aleth  :  4«  année,  mensuel.  1  an,  3  tr.  Direc 
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Revoe  du  Tradition nisme.  —  Bev,  iniern.  du  folk-lore  —  mens 
1  an,  10  fr.  N^,  1  fr.  --  Directeur  :  M.  de  Beaure paire-Froment 
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Revue  du  Bas-Pottou,  20*  année,  trimestrielle  ;  1  an  :  8  fr 
No  2  fr.  50.  —  />'  M.  René  Vallette,  à  Fontenay-le-Comte. 

L'Anjou  historique.  —  7«  ann.  tous  les  2  mois.  1  an  :  6  fr.  D' 
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Revue  des  Traditions  populaires.  22*  ann.  mens.  1  an,  15  ti. 
N*  1  fr.  50.  Direct,  M.  Paul  Sébillot,  80,  boule v.  St-Marcel  Paris. 

La  Revue  Bleue,  15,  rue  des  Saints-Pères,  Paris. 

La  Vendée  historique.  —  (Revue  oe  la  Vendée  militaire).  Tous 
les  quinze  jours  ;  11*  année.  — Edit.  sur  papier  fort,  6  fr.  50;  édit. 
ord.  5  fr.  —  D'  Henri  Bourgeois,  à  Luçon  (Vendée). 

Revue  de  l'Anjou,  57«  année,  12  ir.  par  an.  —  Librairie  Germain 
et  Grassin,  Angers. 

La  Revue  Héraldique,  fondée  en  1862.  Mensuel,  Directeur 
yt*  de  Maziëres-Mauléon.  Bureaux  :  8  rue  Daumier,  Paris 


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CHEMINS   DE   FER    DE    L'QIIEST 


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VACANCES  ^ 


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EN  NORMANDIE  ET  M  BRfFAGNE 


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Au  monientilps  Vi>Mneea  et  des  départs  pour  U  Campagne  et  les 
Bains  de  Mer,  lii  Compagnie  de  l'Ouest,  qui  dessert  toute  la  Not- 
mandie  et  uno  grande  partie  de  la  Bi^etagne.  a  ilionnetir  de  rûppeJer 
a  MM,  les  Vaya^ijubs  que,  pour  leur  (acilltep  lô  LhQi^  irtine  riUéglâ- 
ture,  elle  mt-t  en  vente,  au  prit  de  Q  Ir.  50,  dans  les  bibliotlièques  de 
aos  ^^aies,  daïia  ses  bureaux  de  ville  et  leîf  principales  agences  de 
voyages  de  Paris,  un  Guide  illustré  de  son  réseau. 

Crt  Guide  de  plus  de  300  pag  a,  illustré  de  l*2R  gravures,  coh tient 
les  renseign^-^ments  les  plus  utiles  ;  Description  des  sites  et  lieuï 
d'excursion  de  la  Normandie  et  de  la  Bretagne  —  Principaux  horaires 
des  trams  -  Tableau  des  maréei*  —  Cartes  postales^  Cartes 
eyelistos  du  littoral  de  la  Manche  -  Plans  des  priiicîpalei  viUei  - 
Liste  d'Hôtels,  Restaurants,  ete..  ). 

Il  est  également  adressé  franco  à  domicile  conti*e  renvoi  de  9& 
valeur,  en  timbma-poste,  au  Service  de  la  Publicité.  20,  rue  de 


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Fiome,  à  Paris, 


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r   CHEMIN    DE    FKK    D'ORLÉANS 
\ 


Au  l'^  juillet,  la  Compagnie  d  Orléans  a  réâli^  lès'  améliorationB 
suivantes  :  '  ' 

Le«  trains  kapides  ^  Bains  de  mer  »  circulant  quatre  fois  par 
semaine  entre  Paris  et  Qiîimper  et  ^iee- versa  ont  lieu  tous  jee 
jours  pendant  la  période  du  PgoiUet  au  U  ooto&re  mclus. 

Le  premier  part  de  PariS-giiai-d'Orsay  k  9  b.  il  goir  at  afrj?ô 
Vannes  à  6  h.  4  matin. 

Le  second  part  de  Viones  à  10  II  19  soir  et  arriWà  Pans-Quat- 
d'Orsay  à  T  u,  i;^  matin. 

U  train  Express  du  matin  deX^utes  sur  U  Bretaf ne  est  rétabli 
eiïjDme  clia^ue  été;  il  paft  dP  Nantes  à  fïh.  15  m^tln  au  lieu  de 
5  b.  îd7  et  arrive  à  Vannes  à  8  b.  40,  à  Auray  à.i*  b.  ^,  à  Lorient  à 
9  h.  -U\  à.  C<ïQcarn<3au  à  11  b,17.  k  Quimp^r  à  10  3i.  Bt,  à  Pont-l'Abbé 
*  H  h,  iy,  à  Qoaatneaez  à  midi  K  et  à  Underneau  à  l  b.  21  soir. 
:  Le  train  Omnibus  venant  de  Lfjrient  arrivant  h.  Va:ines  â  eu  gj 
soir  fst  retaislê  d^envlroa  2  heures,  il  pirt  de  Urieni  à  7ii  13  soir 
d'Auray  à  8  b,  15  el  arrive  à  Vannes  à  8  h  41  g<jir.  ' 


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Vftniitsii 


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«*,—  7*  Année 

1^8.    T^nwt   XL 


*>*  A  ott»*^ 


REVUE 


de  Bretagne 

.  ,        '       RÉUNIES  '       ■  .  ^'"V 


'     M»^  dc.i^STQURBElLLON,  Directeur  ;'^- 

MM.  Le  V  Civ«m::»  de  CALAN,  Secrétf^i*  région»!  pQiir TMc-et- Vilaine.  —  Rbné  \\ 

BLANCHARO pour  li  Loire-lnfôlcutf .— i^GHm9i«M**^rta^,p^ur  kFMMttèrc. 
—  AYBNICIU  Dfc  LA  GRANCîBR£.  pont  U  Morbihan.  —  AxAm  RAISOM  ou 
GLtMtlOU,  pour  Ut  Càtt^rdu-Jior^,  r-  Owvib»  oe  GOURCUPK  p»«ï  wis. 


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VANNES  1  PARIS 

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S'ddres^a*'  pour  h  Rédactiom  et  Tenvoi  des  nuQuscrits  à  M.  le  C"  RaxÉ  dh  LAKîUE, 
aa'^WrtCa'u  de  Bahop^i,  par  Rwlgn  ;  pour  I'Administjuation,  MM.    ULFOLYE,   frères         .-'  " 
places  des  Lices,  Vauaei,.^ 

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SOMMAIBE 


I.  —  L'Enceinte  ronuiine  dAleL  —  L.  Gampion 165 

II.  —  êÊilangeshittoriques(B\iïid),  XVIII.  Le  Comte  de  Nantes  Ma- 
thieu II.  —  XIX.  Le  duc  ffoet  IL  —  XX.  La  Chronologie  de$ 
Annales  Bretonnes.  —  V^*  Gh.  db  la  Lande  db  Galan  •    179 

III.  —  Combour  et  ses  Seigneurs  (stiite).  —  Paul  de  la  Bignb.    189 

IV.  —  Galerie  des  Illustrations  Bretonnes.  Le  Cardinal  Richard.  — 

V^  HippoLYTE  Le  Gouvello 202 

V.  —  Saint-Mars-la-Jaille   et  ses  anciens  seigneurs  (suite^.    — 

J.  Baudet 205 

VI.  —  Bibliographie 216 


CONDITIONS   D'ABONNEMENT 

France,    un  an 12  fr. 

Etranger,    — 15  — 

On  s'abonne  soit  chez  M.  le  comte  db  Laigub,  château  de 
Bahurel,  par  Redon,  soit  chez  M.  Lafolye,  imprimeur  à  Vannes. 

Les  abonnements  partent  du  1*'  janvier  ou  du  l«r  juillet  de 
Tannée  en  cours.  —  Il  n'est  pas  vendu  de  fascicules  isolés,  sauf 
pour  les  abonnés. 

Les  travaux  comprenant  au  moins  16  pages  de  tezie  sont  seuls 
tirés  à  part.  50  exemplaires  sont  ofiferts  aux  auteurs. 


Nota.  —  La  Direction  et  la  Rédaction  de  la  Revue  de  Bretagne  ne 
sauraient  être  aucunement  responsables  des  théories  ou  opinions 
émises  dans  les  articles  qui  y  sont  insérés ,  cette  responsabilité, 
incombant  tout  entière  à  leurs  seuls  auteurs. 

Il  sera  rendu  compte  de  tout  ouvrage  d^auieur  breton  ou  inté' 
ressant  la  Bretagne,  dont  un  exemplaire  aura  été  adressé  au  Rédacteur 
en  chef  de  la  Revue. 


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SCHEMA  DE  LA  CiTÉ   (ALET) 

en  Saint-  Servan 
et  de  l'enceinte  romaine 

Murs  romains  exhumés 

Traces  de  murs  romains    —i.». 

Traces  de  maçonnerie  romaine.... 


À  Nord 


L'ENCEINTE  ROMAINE  D'ALET 


Conférence  faite  à  la  séance  publique  et  solennelle  de  la  Société  Hii-- 
torique  et  Archéologique  de  l'Arrondissement  de  Stint-Malo,  par  l'abbé 
Gampiom,  chanoine  de Rennet, Professeur  à  Saint-Vincent,  le  17  août  1908. 

Mesdamks,  Mbssiburs,  > 

Pern)ettez«moi  de  renaonter  jusqu'au  déluge  et  mÔme  plu- 
sieurs ceutaines  de  millions  d'aunées  avant  le  délui^e  ;  en  le 
faisant,  je  serai  encore  dans  mon  sujet  :  VEnceinte  romaine 
dAlet.  C'est  que  pour  expliquer  Té'at  actuel  de  c^tte  enceinte,  il 
me  faut  résumer  en  quelques  mots  une  théorie  célèbre  de  La- 
place  et  le  système  géologique  du  regretté  Albert  de  Lapparent. 

Transportez-vous  donc  en  esprit  à  l'origine  du  Monde.  Ija 
Nébuleuse  qui  doit  former  le  soleil  et  son  cortège  de  planètes, 
abandonne  peu  à  peu  et  successivement^dans  son  mouvement  de 
rotation,  les  parties  les  plus  éloignées  de  son  axe.  Cest  ainsi  que 
la  Terre  se  détache  du  noyau  central.  A  ce  mcfment  cette  terre, 
beaucoupplus  volumineuse  qn'aujourd'hui,est  une  masse gazeuxe 
portée  à  une  température  excessivement  élevée.  Mais  lerayonne- 
mentdans  Tespace  et  la  condensation  progressive  de  cette  masse 
refroidissent  considérablement  sa  surface  extérieure.  Alors  une 
première  écorce  solide  se  forme  tout  autour  du  noyau  terrestre, 
comme  se  forme  un  laitier  sur  un  bain  de  métal  en  fusion. 

Cette  première  écorce  n'apparaît  pas  partout  en  même  temps 
et  savez-vous  en  quels  endroits  elle  se  montre  d'abord  ?  Eh  bien  I 
c'est  en  particulier  sur  le  rocher  qui  porte  cette  salle  des  fêtes 
de  rhôtel  de  ville  de  Saint-Malo,  c'est  sur  les  rochers  de  la  Cité 
en  Saint-Servan.  La  mer  n'existe  pas  encore  à  l'état  liquide  ; 
l'eau  desOcéanSfà  l'état  de  chaude  vapeur^i^èse  d'un  poids  énorme 
sur  la  primitive  croûte  terrestre.  Plus  tard  cette  atmosphère  se 
condense  et  se  liquéfle  en  partief  La  mer  vient  remplir  les  vastes 
réservoirs  que  le  Créateur  lui  a  ménagés,  mais  jamais,  à  aucun 

moment,  elle  ne  recouvre  les  rochers  qui  forment  l'ossature  de 

Octobre  f9ûê.  4$ 


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166  REVUE  DE  BRETAGNE 

la  Côte  d'Emeraude.  Ces  rochers  de  gneiss  granitoîde  sont  donc 
bien  vieux  I  si  vieux,  si  chargés  d'une  telle  accumulatioa  d'an- 
nées et  de  siècles  précédant  la  création  de  notre  premier  père 
Adam,  que  sous  les  coups  répétés  de  la  vague  marine»  sous  Tal- 
ternance  du  froid  et  de  la  chaleur,  de  la  sécheresse  et  de  l'humi- 
dité et  surtout  sous  l'action  prolongée  du  ruissellement  superficiel 
et  des  oscillations  du  sol,  ils  se  désagrège  ot»  sedécomposentet  dis- 
paraissent. Ce  phénomène  complexe  se  produit  tout  autour  de  la 
Cité.  Passes  par  exemple,  à  marée  basse»  dans  la  grève  du  port 
Saint*-Père  ;  placez-vous,  avec  précaution,  le  plus  près  possible 
de  la  maison  qu'habite  notre  illustre  compatriote,  M^  Duchesne, 
et  là  vous  verrez  que  non  seulement  la  falaise  s'effrite,  mais  que 
souvent  elle  tombe  en  blocs  énormes  capables  d'aplatir  môme 
une  lôte  de  breton.  Souvent  la  falaise  glisse  entraînant  dans  sa 
chute  tout  ce  qui  s'appuyait  sur  elle,  fût-ce  des  remparts  cons- 
truits avec  le  ciment  romain.  Dans  ces  endroits  ce  ne  sont  plus 
que  des  ruines  de  ruines,  auxquelles  on  pourrait  appliquer  jus- 
tement le  vers  du  poète  :  Etiam  periereruinœ. 

Heureusement  dans  lès  parties  où  le  terrain  est  à  peu  prés 
horizontal,  et  dans  celles  qui  sont  plus  éloignées  du  bord  delà 
falaise,  l'enceinte  romaine  d'AleturUy  notre  antique  Aiet»  a  été 
relativement  bien  conservée.  Ainsi,  pour  ces  portions,  nous  ne 
prouvons  pas  seulement  l'existence  du  rempart  romain  par  des 
textes  officiels,  auxquels  pourtant  rien  ne  rési8te>  mais  nous 
avons  sous  les  yeux,  sous  les  mains,  sous  les  pieds,  des  mo^ 
railles  authentiques.  Tout  le  monde,  ici,  en  connaissait  une 
partie  ;  tout  le  monde  avait  entendu  parler  du  mur  des  cent 
brasse*.  On  en  savait  au  moins  le  nom,  sinon  l'origine  et  la 
fonction. 

J'ai  été  assez  heureux  pour  pouvoir  exhumer  à  la  suite,  sur 
une  longueur  non  moins  considérable,  ce  mur  antique  que  les 
premiers  archéologues  de  Saint-Malo,  Protêt  de  la  Landelle  aa 
XVI*  siècle,et  Jacques  Doremet,  vicaire  général  de  Monseigneur 
du  Bec,  au  XVII*  avaient  encore  vu  debout,  par  endroits,  «  à 
quelque  médiocre  hauteur  ».  Depuis  eux  et  surtout,  probablement, 
depuis  la  construction  du  fort  de  1759  jusqu'aujourd'hui,  ce  mur 
était  resté  profondément  enfoui  sous  terre.  EUiân  pour  dater  nos 
remparts  avec  quelque  précision^  nous  avons  des  monnaies 
romaines  recueillies  dans  les  tranchées  ouvertes  par  moi  et  aussi 
dans  les  chantiers  de  M.  Lenormand,  ancien  maire  et  conseiller 


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L'BNCEINTE  ROMAINE  D'ALKT  167 

général  de  Saint-Servdn,  par  M.  Lenormand  lui-môme  et  tout 
deroièrement  par  les  ouvriers  des  Vedette  Boutin  et  Canjole. 

Pour  ne  pas  fatiguer  votre  bienveillante  attention,  Je  serai 
aussi  bref  que  possible  en  traitant  chacun  de  ces  points.  Il  est 
certain,  dit  le  savant  doyen  de  la  Faculté  des  lettres  de  Rennes, 
M.  J.  Loth,  qui  a  bien  voulu  présider  cette  séance  solennelle,  il 
est  certain  que  le  mot  Alet  est  celtique  et  que  ce  nom  désigne 
encore  aujourd'hui  un  district  du  pays  de  Galles,  en  Angleterre. 
Il  est  non  moins  certain  que  notre  ville  d'Alet,  après  avoir  été 
gauloise,  est  devenue  romaine.  Quand?à quelle  époque  précise  ? 
Probablement  sous  Jules  Gésar^  bien  que  celui-ci  ne  la  nomme 
pas  formellement  dans  ses  Commfntaires.  L'abbé  Deniel,  vicaire 
à  Saint-Servan,  m'a  passé  deux  belles  monnaies,  Tune  en  bronze, 
de  l'empereur  Claude  I  (41  à  54  après  J.-C),  l'autre  en  laiton, 
d'Antonia  Auguste,  mère  de  Germanicusetde  l'empereur  Claude. 
Ces  monnaies  frappées  toutes  deux  sous  le  règne  de  Claude  ont 
été  recueillies,  croit-on,  sur  la  Cité.  On  a  trouvé  là  bien  d'autres 
monnaies  romaines,  spécialement  des  Paustine,  impératrices  du 
milieu  du  second  siècle.  J.  César,  ai-je  dit,  ne  nomme  pas  Alet, 
mais  bien  peu  s'en  faut,  parce  qu'il  désigne  les  Curiosolites 
parmi  les  Cités  maritimes  qui  envoyèrent  en  bloc  trente  mille 
hommes,  (d'après  M.  J.  Loth)  au  secours  de  Vercingétorix  (de 
Bello-Gal,  VII,  75).  En  revanche,  un  texte  officiel,  la  Notice  des 
Dignités  de  l'Empire  Romain,  rédigé  à  la  fin  du  IV*  siècle  ou  dans 
les  tout  premières  années  du  V",  nous  apprend  que  sous  l'em- 
pereur Honorius  (395-423)  Alet  était  la  résidence  du  commandant 
des  soldats  de  Mars  :  Praefectus  militum  Martensiurh  Aleto. 
C'est  dire  qu'à  la  fin  du  IV'  siècle,  Alet  avait  une  enceinte  forti- 
fiée. Si  on  s'en  rapportaitaux  curieux  schémas  qui  accompagnent 
la  Notice  des  Dignités  dans  Tédition  de  Bocking  (p.  lOÔ*).  cette 
enceinte  romaine  d'Alet  aurait  présenté  six  tours  et  une  seule 
porte  encadrée  entre  deux  de  ces  tours.  Arthur  de  la  Borderie^ 
dans  sa  grande  Histoire  de  Bretagne  (I,  167,  ch.  IV),  conjec- 
ture que  la  garnison  de  cette  place  forte  comptait  1700  hommes, 
dont  15(X)  fantassins  et  200  cavaliers.  Il  pense,  avec  Desjardins 
(Géogr.  de  la  Gaule  romaine)^  que  ces  soldats  se  recrutaient  prin- 
cipalement chez  les  Curiosolites,  et  avaient  pris  le  nom  de  Mar^ 
tenses  (enfants  de  Mars)  en  l'honneur  du  dieu  chéri  de  ce  peuple. 
Enfln  il  suppose  que  cette  troupe  de  1700  hommes  formait  une 
demi-légion  dont  l'autre  moitié  campait  sur  les  bords  du  Rhin  à 


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168  ABVUE  DB  BRETAGNE 

Alta-Ripa  dans  la  seconde  Germanie  (I,  p.  167).  Je  croîs  qu'Arthur 
de  la  Borderie  a,  par  distraction,  écrit  ici  seconde  au  lieu  de  pre- 
mière Germanie.  La  ]P  Germanie  comprenait  la  ville  de  Tongres 
où  Servatius  était  évéque  à  la  fin  du  W  siècle,  et  ce  n'est  pas 
moi  qui  me  plaindrai  de  voir  notre  grand  historien  Breton  indi- 
quer pour  cette  époque  des  liens,  des  relations  entre  les  places 
fortes  des  bords  du  Rhin  et  celles  des  bords  de  la  Rance. 

Les  remparts  élevés  par  les  Romains  à  Alet  existent-ils  en- 
core? Oui  certainement  sur  une  bonne  partie  du  périmètre,  mais 
plus  ou  moins  modifiés  au  cours  des  siècles.  Aujourd'hui  tous 
les  archéologues,  à  la  suite  d'Arthur  de  la  Borderie,  et  surtout  à 
la  suite  d'Alfred  Ramé  qui,  en  1863,  a  inséré  dans  le  tome  VII  de 
la  Revue  Archéologique  un  très  important  article  sur'  lequel 
M.  Desrées,  curé-doyen  de  Saint-Servan,  avait  attiré  mon  atten- 
tion, tous  les  gens  qui  savent  réfléchir,  admettent  que  le  gros 
bloc  de  muraille,  situé  près  de  la  cabane  des  douaniers,  auN.-E. 
de  la  Cité  faisait  partie  de  l'enceinte  romaine*  On  y  voit  en  effet 
les  caractères  essentiels  des  fortifications  élevées  par  les  Romains 
pour  protéger  les  frontières  de  TEmpire,  c'est-à-dire  :  1®  le  mor- 
tier, mélange  de  sable,  de  chaux  grasse  et  de  brique  pilée  (cen- 
dron  de  briques)  formant  un  blocage  rougeâtre  et  compact,  un 
ciment  que  le  temps  an  ndu  indestructible  ;  2^  le  parement  exté- 
rieur en  petit  appareil  régulier  formé  de  pierres  presque  cubiques. 
La  brique  entrait-elle  dans  ce  mur  romain  comme  c'était  la 
règle  ailleurs?  Jusqu'à  ce  matin  j'aurais  hésité  à  répondre.  A  ce 
moment  je  dis  que  c'est  extrêmement  probable.  N'oublies  pas 
que  nous  travaillons  actuellement  sur  des  fondations  de  murailles 
renversées.  En  creusant  au  pied  sur  un  parcours  de  plus  de 
cent  mètres  nous  avons  trouvé  plusieurs  grosses  briques  de 
37  millimètres  d'épaisseur  recouvertes  sur  les  deux  faces  du 
ciment  romain  dans  lequel  elles  avaient  été  noyées.  Et  môme, 
dans  un  endroit  où  le  rempart  se  recourbe  en  arc  de  cercle,  j'a 
trouvé  une  brique  crculaire  qui  était  également  entrée  dans  laî 
construction.  Une  chose  qui  est  tout-à-fait  hors  de  doute  c'est 
que  ce  mur  romain  était  recouvert  de  tuiles.  En  effet,  dans  ces 
fouilles  les  ouvriers  ont  exhumé  de  très  nombreux  débris  de 
tuiles   à  rebords  parmi    lesquels    trois    grandes   tuiles  dont 
les  dimensions  sont  les  suivantes  :  longueur,  35  centimètres; 
largeur,  18  centimètres  ;  épaisseur  moyenne,   25  millimètres 
sans  compter  le  rebord,  et  52  millimètres  en  le  comptant.  J'ai 


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L'BNCEINTB  ROMAINE  D'ALET  169 

trouvé  en  plus  des  tuiles  semi-cyliadriques  d'une  épaisseur 
moyenne  de  17  millimètres  qui  recouvraient  les  tuiles  à  re- 
bords et  formaient  le  dôme  de  la  construction.  Tout  cela  est 
classique.  Mais  un  architecte  de  Paris(l9,  rue  de  Varenne),  archi- 
tecte du  Gouvernement,  S.  G.,  bien  connu  pour  les  importants  tra- 
vaux de  restauration  de  ctiàteaux  historiques  et  cathédrales  dont  il 
a  éfé  chargé,  M.  Georges  Balleyguierqui  est  veau  aimablement 
m'assister  de  ses  conseils,  et  dégager  la  porte  monumentale  à 
Tendroit  où  Cunat  dans  son  Histoire  ttAlet  et  de  Saint-Malo,  place 
Tévôché  d'Alet,  M.  Georges  Balleyguier,  dis-je,  a  trouvé  nos 
tuiles  d'une  superbe  facture  et  des  meilleures  qu*il  aitvues.EUes 
sont  identiques  à  celles  qui  recouvraient  le  temple  gallo-romain 
de  Lehéro  en  AUaire  (Morbihan),  à  10  kilomètres  à  l'ouest  de 
Redon. 

Quant  ayi  parement  en  petit  appareil  de  notre  bloc  des 
douaniers^  il  présente  plus  de  régularité  que  n'en  montrent  les 
remparts  romains  de  Rennes  dans  leur  état  actuel  et  il  reproduit 
mieux  le  faciès  extérieur  du  Fanum  Martis  de  Corseul  qui  est  du 
plus  pur  romain.  Aussi  M.  Adrien  Blanchet,  qui  a  obtenu  en  1907 
la  première  médaille  au  Concours  des  antiquités  nationales  pour 
son  ouvrage  sur  les  Enceintes  Romaines  de  la  Gaule ^  nommé 
rapporteur  auprès  du  Comité  des  Travaux  Historiques  pour 
examiner  le  bien  fondé  de  ma  demande  de  subvention,  a  conclu 
sans  hésiter  que  notre  bloc  faisait  partie  de  l'enceinte  romaine 
d!Aletum.  Malheureusement,  ce  vénérable  monument  de  notre 
histoire  locale,  digne  de  figurer  dans  les  plus  riches  musées, 
s'inclinait  fortement  et  menaçait  de  s'écrouler.  Mon  premier 
soin,  pendant  ces  vacances, a  été  de  le  consolider  par  un  contre- 
fort de  plus  de  deux  mètres  cubes  de  maçonnerie  richement 
cimentée^  et  si  les  hommes/ souvent  plus  destructeurs  que  le 
temps,  ne  s'acharnent  pas  trop  contre  luf,  il  sera  encore  là  de- 
bout dans  2000  ans.  Je  vous  invite  à  venir  vérifier  cette 
prophétie.  Vous  constaterez  en  môme  temps  que  les  assises  de 
la  maison  de  Mgr  Dachesne  se  seront  écroulées  dans  la  grève 
avec  la  falaise  sous  jacente. 

Il  est  bien  évident  que  la  muraille  romaine  d'Alet  ne  se 
réduisait  pas  à  un  bloc  de  quelques  mètres  de  longueur  ;  le  mur 
des  cent  brasses  en  faisait  aussi  partie.  Il  présente  en  effet  deux 
certificats  authentiques  de  son  origine,  je  veux  dire  s'a  position 
et  sa  composition.  Il  est  le  prolongement  géométrique  et  phy- 


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470  REVUE  DE  BRETAGNE 

sique  du  bloc  romain.  Il  le  prolonge  sans  aucune  solution  de 
continuité  à  la  base,  et  il  est  fonmé  des  mômes  pierres,  du  même 
mortier,  du  même  cinent  de  blocage.  La  seule  différence  est  dans 
l'aspect  extérieur  :  il  est  moins  bien  conservé,  et  a  perdu  presque 
partout  son  parement  en  petit  appareil  par  suite  des  injures  du 
temps  et  des  hommes. 

Le  bloc  romain  de  la  cabane  des  douaniers  se  prolongeait 
aussi  vers  Touest  pour  venir  faire  face  à  Dinard. 

J*ai  pu  le  dégager  de  ce  côté  sur  une  grande  longueur.  Là  où 
on  ne  voyait  aucune  trace  de  constructions,  où  émergeaient  à 
peine  quelques  bouts  de  pierres  que  la  plupart  prenaient  pour  des 
têtes  de  rochers,  tout  le  monde,  aujourd'hui,  peut  voir  une  mu- 
raille massive  d'une  épaisseur  moyenne  de  1°",  75.  Les  visiteurs, 
vous  le  croirez  sans  peine,  ne  lui  ont  pas  fait  défaut  pendant  ce 
mois  d'août,  et  la  réflexion  que  tous  émettaient  spontanément 
était  toujours  la  même  :  «  Ah  l  mais  c'est  le  prolongement  du 
gros  bloc  connu  ».  Et  ils  avaient  raison.  Combien  parmi  eux 
étaient  capables  de  remarquer  du  premier  coup  d'œil  un  saillant 
de  fortification  dont  Tarête  verticale  est  tombée  dans  la  grève  par 
suite  d*éboulement  de  la  falaise  ?  Dans  la  nouvelle  portion  que 
j*ai  creusée  dernièrement  vers  Touest,  sur  une  profondeur  va- 
riant entre  0»,20  et  1™,50,  ce  même  accident  se  reproduit  encore 
deux  fois  et,  à  la  limite  de  nos  travaux  l'arête  du  redan  tombée 
dans  la  grève  est  une  masse  de  10000  kilogrammes  qui  ne  s'es^ 
môme  pas  désagrégée  dans  ce  saut  périlleux.  C'est  que  la  falaise 
elle-même  a  glissé  sur  un  plan  très  incliné. 

Ces  multiples  éboulements  de  la  falaise  rendent  extrêmement 
difficile  et  pénible  la  recherche  de  l'antique  rempart,  car  ils  enlè" 
vent  le  fil  qui  pouvait  seul  guider  sûrement  dans  ce  dédale. 

Impossible  de  prévoir  la  direction  du  mur.  Après  avoir  re- 
mué de  grandes  quantiiés  de  terre,  on  s'aperçoit  que  ce  mur 
décrit  sensiblement  des  arcs  de  cercle  dont  la  concavité  est  tour- 
née vers  la  mer.  Cette  forme  aussi  curieuse  qu'intéressante  de 
fortifications  était  sans  doute  inspirée  par  les  besoins  de  la  dé- 
fense. Je  ne  sais  pas  encore  si  en  d'autres  villes  elle  a  été  usitée. 
Ce  n'est  d'ailleurs  que  depuis  ce  matin  que  ce  résultat  parait 
incontestable.  Actuellement,  à  l'extrémité  ouest  de  nos  fouilles^ 
nous  voyons  se  dessiner  nettement  trois  courtines  circulaires  de 
près  de  20  mètres  de  diamètre. 
Notre  dernier  travail  de  taupins  n'a  donc  pas  été  inutile.  De 


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^ 


L'ENCBINTB  ROMAINE  D'ALET  t71 

plQ8»  vendredi  dernier^  14  août,  Touvrier  occupé  au  fond  de  la 
tranchée  à  1™;  50  de  profondeur,  après  avoir  extrait  une  terre 
jaune  extrôment  dure,  analogue  à  celle  qui  forme  la  base  du  rem- 
part romain  h  Rennes,  trouva  au  milieu  de  grosses  pierres  posées 
là  comme  fondement  de  la  muraille,  une  petite  monnaie  de  bronze. 
Cette  monnaie  me  fut  remise  en  main  en  présence  de  M.  Bailey- 
guier.  Après  l'avoir  nettoyée,  je  puis  affirmer  qu'elle  représente 
Tétricus  père,  empereur  gauloit,  de  268  à  273  après  J.-C.  Voici 
Sur  quoi  repose  mon  affirmation.  En  mai  dernier,  j*ai  envoyé 
plusieurs  monnaies  trouvées  dans  le  chantier  Lenormand,  à  mon 
rapporteur,  M.  A.  Blancbet,  auteur  duJrat/^  des  Monnaies  Oauloù 
ses  et  co-directeur  de  la  Revue  Numismatique.  Ce  spécialiste 
éminent  me  les  a  renvoyées  avec  indications  écrites  de  sa  main. 
Or,  ma  petite  monnaie  du  14  août  est  identique  à  Tune  de  celles 
auxquelles  il  donne  la  mention  :  pièce  de  Tétricus  père  (mon- 
nayage officiel). 

Notre  travail  dans  les  environs  du  fort  de  1759  n'est  pas  ter- 
miné, nous  le  continuerons  au  N.-O.  et  au  S.-O.  de  la  Cité. 

En  suivant  vers  le  S.-E.  le  mur  des  cent  brasses  on  arrive 
à  un  grand  mur  nouvellement  blanchi,  qui  entoure,  les  anciens 
chantiers  Lenormand,  et  sur  lequel  on  peut  lire  du  Pont-Roulant 
les  mots  :  Moteurs  Marins  Vedettes.  Ce  mur  a  été  construit  sur 
le  rempart  romain  et  avec  ses  débris.  Il  est  facile  de  le  constater. 
En  effet,  il  a  été  partiellament  abattu  et  le  terrain  a  été  arasé 
jusqu'au  niveau  du  plein  de  mars.  On  voit  là  que  le  rempart 
primitif  reposait  directement  sur  le  roc.  Les  fondations  sont  con- 
servées sur  une  hauteur  variant  entre  0",  50  et  2  ou  3  mètres. 
Son  épaisseur  était  double  ou  triple  de  celle  du  mur  de  clôture 
qui  repose  sur  lui. 

Pendant  qu'on  aménageait  ces  chantiers,  vers  1850,  un  ami 
de  M.  Lenormand  trouya  dans  ce  terrain  plus  de  300  monnaies 
anciennes.  Lui-même,  M.  Lenormand,  recueillit  dans  la  muraille 
et  au  pied  de  cette  muraille,  dans  les  débris  abittus,  une  ving- 
taine de  monnaies  romaines  qu'il  a  bien  voulu  me  confier.  J'ai 
fait  examiner  les  m. eux  conservées  par  M.  Banéat,  directeur 
du  Musée  Archéologique  et  présidentde  la  Société  Archéologique 
de  Rennes,  et  les  autres,  comme  je'l^ai  déjà  dit,  par  M.  A.  Blan- 
chet.  Il  résulte  de  Texamen  de  ces  numismates  que,  sur  les  mon- 
naies à  moi  confiées,  quatre  sont  de  Tétricus  fils  (267  ap.  J.-C), 
sept  de  Tétricus,  père  (268-273),  doux  deGratien  (375-383),  une 


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172  REVUB  DB  BRETAGNE 

probablement  de  GoostantiD-le-Grand,  une  du  temps  d'Honorios 
et  enfln  une  douteuse  mais  pouvant  être  de  l'empereur  Valens. 
La  plupart  de  ces  monnaies  sont  admirablement  conservées  et 
elles  n'ont  pu  Tôtre  ainsi  qu'à  Tabri  de  Pair  et  des  exhalaisons 
marines.  En  effet  elles  sont  en  potain,  alliage  variable  de  cuivre* 
de  zinc  et  d'étain  très  facilement  attaquable,  comme  j'en  ai  fait 
l'expérience  sur  deux  d'entre  elles,  par  Tacide  chlorhydrique 
môme  étendu  d'eau.  Ce  qui  rend  encore  plus  vraisemblable  la 
conservation  de  ces  monnaies  dans  Tintérieur  du  mur,  c'est  que, 
tout  dernièrement^  les  ouvriers  employés  à  construire  la  cale 
des  Vedettes,  ont  retrouvé  dans  les  blocs  de  maçonnerie  prove- 
nant de  la  démolition  du  mur  Lenormand  une  dizaine  de  mon- 
naies romaines.  Le  4  de  ce  mois  d'août  le  gardien  comptable  vint 
m'en  apporter  une  si  bien  conservée  que  du  premier  coup  je 
reconnus  un  Tétricus  père.   , 

Ces  monnaies  permettent-elles  de  dater  l'enceinLe  romaine 
d'Alet  ? 

Si  on  voulait  hasarder  des  conjectures  qui  ne  prétendent  pas 
actuellement  à  la  certitude,  on  dirait  que  cette  enceinte  fut  vrai- 
semblablement élevée;  comme  celles  de  Rennes  et  de  la  plupart 
des  forteresses-frontières  de  la  Qaule,  vers  la  fin  du  III*  siècle 
après  J.-C;  au  moment  des  invasions  des  Qermains.  Parmi  ces 
Germains,  les  plus  farouches  furent  les  Saxons  qui  ravagèrent 
tellement  notre  pays  que,  depuis  l'embouchure  de  la  Seine  jus- 
qu'à celle  de  la  Gironde,  ses  côtes  désolées  avaient  pris  le  nom 
de  rivage  Saxon.  Littus  Saxonicum  ».  Les  Saxons  débarquant  à 
Alet  dans  la  grève  qui  s'appellera  plus  tard,  Anse  des  Bas-Sa- 
blons,  attaquent  et  renversent  en  partie  le  rempart  voisin,  celui 
qui  traverse  le  chantier  Lenormand.  Cent  ans  plus  tard,  à  la  fin 
du  IV*  siècle  ce  rempart  est  restauré  par  Gratien  et  Honorius. 
Sous  ces  deux  derniers  empereurs  Alet  était  certainement  cb ré- 
tienne car  sur  une  de  nos  médailles,  Gratien  tient  en  main  le 
Labarum  portant  le  monogramme  du  Christ  avec  cette  inscrip- 
tion en  exergue:  Gloria  noviseculiy  à  la  gloire  d'une  ère  nouvelle, 
de  rère  chrétienne.  Le  patron  de  la  cité  chrétienne  d'Alet  fut 
saint  Pierre  dont  le  pori  Saint-Père  porte  encore  le  nom  à  peine 
défiguré. 

Quelle  est  l'histoire  de  l'enceinte  romaine  d'Alet  et  de  ses 
transformations  à  travers  les  âges  ?  On  l'ignore^  mais  on  peut 
supposer  que  ces  remparts  ont  été  plus  d'une  fois,  surtout  à 


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L'ENCEINTE  ROMAINE  D'ALBt  173 

l'époque  des  invasions  normandes,  démolis  au  moins  partielle- 
ment et  reconstruits  à  la  hftte.  Je  vous  fais  grâce  de  toutes  les 
conjectures  de  Jacques  Doremet  dans  son  très  curieux  ouvrage 
de  1628.  réédité  par  M.  Jouon  des  Longraîs,  sur  YAntiquité 
dAUt.  Ce  qui  est  bien  certain,  c'est  qu'à  la  fia  du  XI*  siècle  ces 
remparts  existaient  encore.  Ëa  1095,  Alet  était  toujours  une  place 
forte  présentant  une  porte  tout  près  du  pré  Brécel  et  du  cime  • 
tièrede  Servatius.  Cette  porte  devait  être  située,  j'imagine,  sous 
les  maisons  actuelles  de  la  rue  du  Dick,  et  tout  près  de  la  rue 
Beau-Rivage. 

C'est  là  en  effet  Taboutissement  naturel  de  la  voie  romaine 
("venant  de  Rennes  à  Alet  directement  ou  par  Corseul)  dont  on  a 
trouvé  des  traces  certaines  vers  1840  près  du  village  de  Saint- 
Etienne,  et  qui  de  là  devait  se  prolonger  dans  la  direction  ac-/ 
tuelle  des  rues  Verte  et  Pavée.  Ces  deux  derniers  noms  sont 
particulièrement  suggestifs.  Quant  au  mot  Dick,  c'est  un  vieux 
mot  français  qu'on  trouve  dans  notre  chroniqueur  Froissart  à  la 
fin  du  XIV*  siècle  avec  le  sens  de  sillon,  digue,  rempartde  toutes 
sortes  spécialement  contre  les  flots  de  la  mer.  C'est  à  peu  près 
aussi  le  sens  des  mots  Hague,  Hogue  et  de  î-on  dimioulif  Ho- 
guette.  Aussi  Alfred  Ramé  n'a  pas  craint  d'écrire  dans  la  Revue 
Archéologique  (VII,  p.  355).  «  Le  nom  et  la  chose  rappellent  la  fa- 
meuse Hague-Dyck  qui  protège  le  cap  La  Hogue  à  la  pointe  ex- 
trémedu  Cotenlin  ».  D'après  cesagace  archéologue,  lacitéd'Alet, 
avant  d'être  un  castellum  romain,  devait  être  un  oppidum  gaulois 
et  le  fossé  de  ses  fortiflcalions  devait  être  vraisemblablement  sous 
la  rue  du  Dick.  Voilà  plus  de  raisons  qu'il  n'en  faut  pour  justifier 
nos  recherches  dans  cette  rue.  Nous  y  avons  creusé  deux  puits 
verticaux  de  deux  mètres  de  côté  en  section  horizontale.  Le  pre- 
mier de  ces  puits,  à  l'ouest  de  la  rue,  nous  a  donné  le  roc  à  1"^  50 
de  profondeur,  mais  ce  roc  s'inclinait  fortement  vers  le  sud.  Le 
second  puits,  à  Test,  près  de  la  rue  Beaurivage,  ne  nous  a  donné 
le  rocher  qu'à  plus  de  3  mètres  de  profondeur.  Nous  devions 
être  sur  la  douve  gauloise  de  Ramé.  11  semble  résulter  de  ces 
sondages  que  le  rempart  romain,  sMl  en  existe  des  restes  dans 
la  rue  du  Dick,  est  au  nord  et  sous  les  maisons  de  cette  rue. 

Da  la  rue  du  Dick,  l'enceinte  romaine  traversant  la  rue  ac- 
tuelle d'Aleth  et  le  bas  de  la  place  Saint-Pierre,  descendait  sur 
les  rochers  qui  portent  les  maisons  Gloannec.  Pour  asseoir  ces 
maisons,  on  n'a  pas  hésita  à  faire  sauter  à  la  mine,  sans  respect 


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174  RRVUE  DE  BRETAGNE 

des  8ouveoirs«  de  forts  morceaux  de  la  muraille  antique.  Heureu- 
sement qu'au  haut  de  Tescalier  conduisant  à  la  grève  il  en  reste 
des  blocs  assez  considérables  pour  que  les  yeux  les  moins 
exercés  ne  puissent  douter  de  leur  origine. 

L'enceinte  d'Alet  se  prolongeait  sans  doute  dans  la  direction 
du  Maréographe  près  duquel  on  peut  voir  les  traces  d'une  cale 
romaine.  De  là  elle  devait  contourner  la  Cité  vis-à-vis  Dinard 
pour  revenir  en  face  du  Môle  de  Saint-Malo.  Je  crois  bien  l'avoir 
aperçue  en  deux  points  différents  dans  ce  trajet,  mais  comme 
cette  région  est  interdite  au  public,  et  qu'on  n'y  pourrait  pas  con- 
trôler mes  affirmations,  je  préfère  m'en  tenir  là  pour  aujourd'hui. 

Et  maintenant,  quel  a  été  le  but  de  notre  travail,  et  pourquoi 
avons-nous  fouillé  ainsi  nos  vietix  remparts?  Par  amour  du  pays 
qui  nous  a  donné  le  jour,  par  piété  filiale  envers  notice  mère 
l'antique  Âlet.  Aujourd'hui,  sur  la  côte  d'fimerauàe,  on  parle 
souvent  du  Clos-Poulet.  J'aimerais  mieux  le  Poulet  tout  court. 
Evidemment  toutes  les  personnes  qui  font  sonner  ce  mot  dans 
leurs  discours,  ou  en  ornent  leurs  écrits  connaissent  parfaite- 
ment son  étymologie  ?  Ce  n'est  donc  pas  à  elles,  mais  peut-être  à 
quelques  autres  qi'il  faut  apprendre  que  Poulet  vient  très 
régulièrement  de  Pagus  Aleti^  pays  d'Alet.  Dès  lors  il  importait 
de  bien  montrer  aux  plus  distraits  et  aux  moins  clairvoyants 
l'emplacement  incontestable  de  la  forteresse  d'Alet,  chef-lieu  et 
centre  de  la  cité  d'Alet  c'est-à-dire  ,du  Poulet.  Gomme  les  nobles 
rejetons  d'une  illustre  lignée,  nous  avons  essayé  de  reconstituer 
notre  généalogie  et  de  déchiffrer  nos  papiers  de  famille^  nos 
titres  lapidaires  ensevelis  sous  la  poussièr^ides  siècles.  Et  notre 
piété  filiale  ne  s'étend  pas  seulement  à  nos  lointains  ancâtreg 
des  époques  romaines  ou  gauloises,  mais  au  sol  lui-môme  qu'ils 
ont  fouléy  à  la  terre  qu'ils  ont  habitée.  Volontiers  nous  dirions^ 
avec  notre  célèbre  compatriote  Chateaubriand  dans  son  Génie 
du  Christianisme  (p.  1171 18)  :  «  Le  plus  beau,  le  plus  moral  des 
instincts  c'est  Tamour  de  la  Patrie.  3i  cette  loi  n'était  soutenue 
par  un  miracle  toujours  subsistant  et  auquel,  comme  à  tant 
d'autres,  nous  ne  faisons  aucune  attention,  les  hommes  se  préci- 
piteraient dans  les  zones  tempérées,  en  laissant  le  reste  du  globe 
désert...  Afin  d'éviter  ces  malheurs,  la  Providence  a,  pour  ainsi 
dire,  attaché  les  pieds  de  chaque  homme  à  son  sol  natal  par  un 
aimant  invincible...  Les  glaces  de  llsland^  et  les  sables  embrasés 
de  l'Afrique  ne  manquent  point  d'habitduld.  » 


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L'ENCEINTE  ROMAINE  D'ALET  175 

Encore  un  mot  seulement  et  j'aurai  termioé  cette  trop 
longue  conférence.  Malouins  et  Servannais,  souvenons- nous 
toujours  que,  si  nous  ne  sommes  pas  absolument  frères,  nous 
sommes  cousins  germains.  Nous  avons  la  môme  grand'mère, 
Tantique  et  vénérable  Met.  Si  donc  nous  ne  pouvons  pas  faire 
Tunion  de  tous  les  bons  Français,  de  tous  les  vrais  Bretons, 
faisons  au  moins  l'union  cordiale  des  deux  villes. 

Saint'Servan.  te  i7  août  190$, 

L.  Gampion. 

Depuis  cette  conférence  du  17  août,  les  travaux  d'exhumation 
de  nos  remparts  gaUo-romains  ont  continué  sans  interruption 
sur  les  glacis  de  la  Cité.  Je  pense  qu'ils  ne  termineront  que  dans 
la  seconde  quinzaine  de  septembre,  au  moment  où  je  serai  à  la 
fin  de  mes  vacances  et  en  môme  temps  à  la  fin  de  mes  crédits. 
Jusqu'ici  j'ai  été  heureux  dans  mes  recherches.  Le  soir  môme  de 
la  séance  solennelle  de  la  Société  Archéologique  à  la  salle  des 
fôtes  de  l'hôtel  de  ville  de  Saint-Malo,  le  plus  perspicace  de  mes 
ouvriers  trouvait  au  fond  de  sa  tranchée,  dans  les  soubasse- 
ments du  mura  une  profondeur  de  1.  "",  50  au-dessous  du  gazon, 
un  petit  bronze  de  O"",  015  de  diamètre.  Nettoyée,  cette  monnaie 
s'est  trouvée  représenter  un  superbe  Constantin  le  Grand 
empereur  de  306  à  337.  Au  recto  l'inscription  latine  se  lit  très 
facilement  Flavi  Constantin...  jusqu'aux  deux  ou  trois  dernières 
lettres  à  moitié  effacées.  D'ailleurs  cette  figure  du  recto  est 
identique  &  celle  d'une  monnaie  d'or  de  Constantin  dessinée 
dans  le  nouveau  Larousse  illustré.  Le  verso  des  deux  monnaies 
est  un  peu  différent;  sur  la  mienne  on  voit  deux  soldats  en 
armes  debout  de  chaque  côté  d'une  colonne  cannelée  surmontée 
d'un  étendard  qui  semble  le  Labarum.  Je  ferai  déterminer  cette 
face  de  la  monnaie  d'une  façon  plus  précise  par  M.  Adrien 
Blancbet. 

Le  lendemain,  18  août  le  môme  ouvrier  me  trouve  encore  un 
Tétricus  père,  à  quelques  mètres  de  l'endroit  où  il  avait  trouvé 
son  Constantin  L  II  était  à  ce  moment  sur  la  partie  des  fondations 
qui  s'appuie  directement  sur  le  rocher,  et  en  cet  endroit  le  ro- 
cher n'est.plus  le  gneissgranitoïde  ;  c'est  un  filon  de  diabase  qui 
partant  de  la  grève  où  il  est  très  visible  vient  afOeurer  au  haut 
de  la  falaise. 


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176^  REVUE  DE  BRETAGNE 

La  perspicacité  de  mon  ouvrier  l'a  un  peu  abandonné  le  21  août. 
Ce  jour-là  il  avait  découvert,  dans  une  tranchée  voisine  du  mur 
romain,  une  hache  en  pierre  polie  percée  d'un  trou  d'emman- 
chement. Cette  hache,  que  je  n'ai  pas  pu  voir,  avait  été  déposée 
près  de  la  tranchée.  Elle  a  piqué  la  curiosité  d'un  connaisseur 
qui  Ta  examinée  avec  soin,  et  remise  en  place,  et  yéans  doute 
tenté  la  convoitise  d'un  curieux  qui  n'était  peut-être  ni  archéo- 
logue ni  connaisseur,  mais  qui,  en  revanche,  a  oublié  de  me  la 
.remettre. 

Puisse  la  lecture  de  cet  article,  s'il  lui  tombe  sous  les  yeux,  lui 
rappeler  efficacement  le  septième  commandement. 

Les  murs  étant  maintenant  dégagés  des  deux  côtés,  depuis  le 
point  B  jusqu'au  point  E  de  mon  plan,  le  public  qui  peut  Juger 
de  leur  épaisseur  (1"70  à  1"^95)  commence  à  s'int^esser  vive- 
ment à  ces  travaux.  Il  regarde  tout,  les  nombreuses  briques,  les 
très  nombreuses  tuiles  à  rebord  (tegulae)  et  les  briques  semi- 
cylindriques  creuses  du  falte(imbrices);  il  est  surtout  intrigué  par 
le  tas  d'ossements  de  toutes  sortes  que  nos  fouilles  ramènent  au 
jour,  et  qui  le  croirait  ?  Ces  ossements  ne  tardent  pas  à  dispa- 
raître. Pourquoi  ?  dans  quel  but  sont-ils  enlevés  ?  Dieu  le  sait. 

On  entend  sur  notre  petit  chaatier  des  réflexions  dans  ce  genre- 
ci  :  j'ai  soixante-cinq  ans,  j'ai  toujours  habité  Saipt-Servan,  et 
jamais  je  n'aurais  soupçonné  qu'il  y  avait  comme  ça  des  mors 
cachés  sous  la  terre.  D^autres  parlent  de  souterrains,  des  choses 
épouvantables  qui  devaient  s'y  passer,  et  font  un  rapprochement 
avec  les  oubliettes  du  mont  Saint-Michel. 

Une  affirmation  extraordinaire  d'un  bonhomme  plus  riche  d'an, 
nées  que  de  jugement  me  fit  un  jour  bondir  malgré  moi,  et  sans 
mon  calme  bien  connu  et  ma  douceur  de  caractère  nous  allions 
bientôt  arrivera  une  vive  discussion.  Donc,  mon  bonhomme  ex- 
pliquait à  ses  voisins  que  le  bloc  de  dix  mille  kilogrammes, 
dont  j'ai  parlé  en  séance,  était  venu  occuper  sa  position  actuelle, 
il  y  a  seulement  quatre  ans.  Le  bonhomme  ignorait  que  Alfred 
Ramé  en  1863  indiquait  dans  la  Revue  Archéologique  que  le  bloc 
était  là  depuis  plusieurs  années.  Il  ignorait  que  P.  Liger  (Les 
Diablintes-Alet  et  Jublains.  Champion)  en  1898  donnait  le  môme 
renseignement.  Il  n'écoutait  pâs  les  nombreuses  personnes  qui 
lui  criaient  l'avoir  vu,  comme  moi,  en  cette  mÔTC  n^nce  depuis 
trente  et  môme  quarante  ans. 

Le  bonhomme  tenait  à  son  idée,  ce  qui  est  assez  naturel  et 


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L'ENCEINTE  ROMAINE  D^ALfiT  177 

arrive  à  d'autres  qu'à  lui,  mais  il  y  tenait  mordicus,  sans  rime  ni 
raison,  sans  môme  l'apparence  d'une  ombre  de  raison.  Aussi  ce 
n'est  pas  à  son  appréciaUon  que  j'irai  soumettre  le  bel  échan- 
tillon de  poterie  Samienne  trouvé  dans  nos  tranchées.  Si  je 
commettais  ce  crime  j'entendrais  saint  Matthieu  me  crier  en 
latin  :  «  Nolite  dare  sanctum  canibus,  neque  mittatis  margaritas 
vestras  ante  porcos  »  ;  ce  qu'un  artiste  de  mes  amis  traduit  ainsi, 
dans  la  conversation  :  «  On  ne  donne  pas  des  confitures  aux 
agents  de  ville  ».  Mais  je  m'arrôte  ;  il  en  est  temps,  car  sans 
cela,  les  agents  de  ville  pourraient  bien  m'arrêter.  ^ 

Dans  cette  semaine  qui  a  suivi  la  séance  du  17  août,  j'ai  eu  la 
grande  chance  de  retrouver  le  rempart  romain  au  sud  de  la  cité. 
(Test  grâce  à  une  indication  de  M.  Jules  Haize,  secrétaire  de  notre 
Société  Archéologique  de  Saint-Malo,  que  j'ai  pu  arrivera  cet 
heureux  résultat. 

J'avais  dit  en  séance  que  nos  fouilles  dans  la  rue  du  Dick  m'a- 
menaient à  conclure  que  le  rempart  romain,  s'il  en  restait  des 
traces,  devait  être  au  nord  de  cette  rue  et  sous  ses  maisons.  Eu 
réalité  ce  rempart  se  trouve  à  trente  mètres  environ  au  nord  de 
ces  maisons.  Dans  un  immeuble  d'une  belle  apparence,  bordant 
à  l'est  la  villa  Chateaubriand,  et  inspectée  vers  la  Brillantais  et 
Jouvente,  le  propriétaire,  M.  Brétécher,  en  construisant  une 
citerne,  il  y  a  deux  ans.  trouva  un  mur  de  plus  de  1"  50  d'épais- 
seur et  d'une  extraordinaire  dureté.  L'ouvrier  employé  à  ce  tra- 
vail fit  remarquer  à  M.  Brétécher  la  couleur  rougefttre  du  mortier 
contenant  de  la  brique  pilée  et  il  ajouta  comme  conclusion  pra- 
tique :  «  Inutile  de  faire  un  échafaudage  pour  soutenir  le  mur 
pendant  notre  travail,  nous  sommes  dans  le  ciment  romain,  le 
mur  tient  tout  seul,  on  ne  peut  seulement  pas  en  arracher  un 
morceau  ».  Ce  mur  si  solide,  si  résistant,  ressemble  par  tous  ses 
caractères  au  bloc  romain  de  la  cabane  des  douaniers  (B  sur  le 
plan)  et,  ce  qui  est  très  curieux,  il  pr<^sente  comme  lui  cette  sin- 
gularité :  si  on  considère  un  profil  vertical  de  ces  murs,  perpen- 
diculaire à  leur  longueur,  on  voit  que  dans  lasection  obtenue  qui 
donne  par  conséquent  leur  épaisseur,  la  partie  la  plus  rapprochée 
de  la  mer  est  à  peu  près  verticale,  l'autre,  la  partie  intérieure  à 
la  citadelle,  est  penchée  vers  la  mer  en  faisant  avec  le  sol  hori- 
zontal un  angle  aussi  grand  que  celui  de  la  tour  penchée  de  Pise. 
Mes  ouvriers  avaient  déjà  émis  cette  idée  que  le  rempart  avait 
dû  être  construit  intentionnellement  dans  cette  forme  inusitée. 


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178  REVUE  DE  BRETAGNE 

A  la  suite  de  ce  mur  romain  de  l'immeuble  Brétécher,  en  mar- 
chant vers  Test  parallèment  à  la  rue  du  Dick,  j'en  ai  retrouvé 
une  autre  portion  de  vingt  à  trente  mèt^s  de  longueur.  Pendant 
le  mois  de  septembre  j'emploierai  tous  mes  soins  pour  recons- 
tituer le  plus  complètement  qu'il  sera  possible  l'enceinte  romaine 
d'Alet. 

En  terminant  je  remercie  M.  le  comte  de  Laigue,  qui  s'occupe 
avec  tant  d'intelligence  et  de  dévouement  de  tout  ce  qui  concerne 
la  petite  Bretagne,  d'avoir  provoqué  et  accueilli  mon  article  avec 
tant  d'amabilité.  Je  lui  av^ais  Tannée  dernière  promis  quelques 
lignes  pour  sa  Revue  relativement  à  mes  fquilles.  C'est  fait. 

J'ajoute,  sur  sa  demande,  un  schéma  de  la  cité  d'Alet  en  Saint- 
Servan  pour  faciliter  l'intelligence  de  ce  qui  précède.  J'ai  indi- 
qué une  échelle  des  longueurs  :  ^  parce  que  mon  schéma  est 
presque  un  plan  de  précision.  Le  mur  romain,  sur  l'immeuble 
de  M.  Brétécher,  y  est  figuré  par  la  ligne  N  M.  On  remarquera 
au  nord  de  la  cathédrale  une  porte  monumentale  (dimensions 
très  exagérées).  Cunat  place  en  cet  endroit  l'évôché  d'Alet.  Mais. 
M.  Balleyguier,  qui  a  relevé  cette  porte  avec  beaucoup  de  soin, 
fait  remarquer  qu'à  l'origine  les  évôchés  étaient  placés  au  sud 
des  cathédrales.  Je  croirais  volontiers  av»  c  lui,  qu'en  cet  endroit 
il  y  avait  un  mur  séparant  la  partie  civile  de  la  partie  militaire 
de  la  forteresse  d'Alet  et  que  cette  porte  monumentale  établis- 
sait la  communication  entre  ces  deux  territoires  distincts.  L'ave- 
nir nous  apprendra  peut-dtre  le  bien  ou  mal  fondé  de  cette  con- 
jecture. 

Saint'Servan,  le  22  août  i908 

L.  Gampion. 


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MÉLANGES  HISTORIQUES 

(Suite)  fi) 

XVIII.  —  Le  Comte  db  Nantes  Mathias  II. 

Le  dQG  Hoèl  laissa  en  mourant  deux  flls  qui  se  partagèrent  sa 
saccession  :  Alain  eut  le  comté  ou  duché  de  Bretagne  avec 
Rennes  pour  capitale,  Mathias  "^eut  le  comté  de  Nantes.  Or  les 
chroniques  ne  s'entendent  pas  sur  la  date  de  la  mort  de  ce 
dernier.  La  Chronique  de  Saint-Brieuc  donne  ilOl,  les  CAro- 
niques  de  Quimperlé  et  de  Ruis  donnent  1103  et  les  Chroniques 
Annaux  donnent  li04  (2).  Nos  historiens  modernes  adoptent  la 
seconde  date  et  cependant  ils  acceptent  comme  authentique  une 
charte  du  9  octobre  1101  (8),  par  laquelle  Alain  confirme  toutes 
les    possessions    que  l'abbaye  de  Marmoutiers  avait  dans  le 
pays  nantais.  Or  une  pareille  confirmation  est  absolument  in- 
vraisemblable, si  Mathias  était  encore  vivant  à  cette  date,  car 
son  frère  n'avait  aucune  autorité  sur  le  pays  nantais.  Elle  se 
comprend  très  bien  au  contraire  si  Mathias  venait  de  mourir  et 
si  les  religieux,  comme  cela  arrivait  souvent,  s'empressaient  de 
faire  confirmer  leurs  possessions  par  le  nouveau  souverain  sitôt 
son  avènement,  Alain  ayant  naturellement  succédé  à  son  frère 
Mathias,  mort  sans  enfants.  L'autorité  de  cette  charte  vient  donc 
appuyer  la  date  donnée  par  la  Chronique  de  SainUBrieuc,  nous 
avons  donc  chance  d'être  plus  près  de  la  vérité  en  disant  que 
Mathias  est  mort  en  1101  qu'en  disant  qu'il  est  mort  en  1103. 

Nos  historiens  commettent  de  plus  une  légère  erreur  en  parlant 
de  cet  acte  qu'ils  disant  donné  par  Alain  en  son  palais  de  Nantes. 
Us  n'ont  pas  remarqué  qu'il  se  compose  en  réalité  de  deux 
parties  différentes  :  1*  la  confirmation  octroyée  par  Alain,  qui  est 
bif>n  du  9  octobre  1101,  mais  qui  fut  donnée  à  Rennes,  et  non  à 

(1)  Voir  la  Revm  d'août  1908. 

(2)  Morice,  PreuveSt  tome  I,col.  36, 151  et  103  ;  CarlvUairede  Quimperlé,  p.  105, 

(3)  Morioe,  Preuves,  tomel,  «cl.  b04  et  5f7. 


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m  HEVUB  DE  BRETAGNE 

Nantes  ;  2''  uae  série  de  donations  émanant  d'Alain,  de  sa  femme 
et  de  son  fîls,  par  actes  passés  à  Nantes,  mais  non  datés  et  sim- 
plement indiqués  comme  postérieurs  à  la  confirmation  de  1101. 


XIX.  —  Lb  duc  Hobl  II. 

Tous  nos  historiens  ont  admis  comme  exacte  cette  assertion  de 
Le  Baud,  que  Gonan  III,  à  son  lit  de  mort,  aurait  désavoué  Hoôl, 
le  fils  de  sa  femme  Mathilde,  de  sorte  que  la  presque  totalité  do 
duché  de  Bretagne  aurait  été  immédiatement  occupée  par  Eudon, 
vicomte  de  Porhoët,  au  nom  de  sa  femme  Berlp^  fille  légitime  de 
Gonan  III,  le  comté  de  Nantes  ayant  seul  reconnu  Hoêl  pour  son 
souverain.  J'avoue  que  le  silence  des  chroniqueurs  contem- 
porains sur  un  fait  aussi  exorbitant  que  ce  désaveu  de  paternité 
me  rend  ce  fait  assez  suspect.  Le  Baud  me  paraît  doncayoir  com- 
mis une  erreur  en  traduisant  la  chronique  latine  qu'il  avait  sous 
les  yeux.  Gette  dernière  était  sans  doute  celle  que  Dom  Morice  a 
publiée  sous  le  titre  de  Chronicon  Britannicum  (i)  ;  or  il  y  est  dit 
simplement  que  Gonan  n'avait  pas  reconnu  Hoël  pour  son  fils, 
ce  qui  s*explique  beaucoup  plus  naturellement  si  Ton  suppose 
que  le  chroniqueur  entendait  par  là  que  Hoël  était  un  fils  b&tard  à 
qui  Gonan  n'avait  pas  reconnu  les  droits  d'enfant  légitime  que  si 
Ton  veut  lui  faire  dire  que  Hoôl,  longtemps  reconnu  comme 
enfant  légitime  de  Gonan  III,  aurait  été  brusquement  dépouillé 
de  son  état-civil  par  la  décision  paternelle. 

Le  Baud  parait  s'être  également  trompé  lorsqu'il  restreint  au 
comté  de  Nantes  les  territoires  sur  lesquels  se  serait  exercée  la 
souveraineté  du  comte  Hoël.  Dans  une  charte  de  1148  il  se  quali- 
fie duc  de  Bretagne.  Une  charte  de  1149  oh  il  se  dit  simplement 
comte  de  Nantes  est  signée  non  seulement  par  l'évoque  de 
Nantes,  mais  aussi  par  l'évëque  de  Saint-Pol  de  Léon,  ce  qui 
prouve  que  l'autorité  de  Hoël  était  reconnue  dans  ce  dernier  dio- 
cèse. On  peut  dire  la  môme  chose  du  diocèse  de  Quimper^  puis- 
que l'évèque  de  cette  ville,  dans  une  charte  de  1152^  parle  de 
Hoël  comme  duc  de  Bretagne,  et  ce  titre  est  encore  celui  que 
prend  Hoël  dans  une  charte  de  1153  (2).  Or,  comme  Le  Baud  dit 

(1)  Preuves,  tome  I,  ctl.  103, 

(2)  Morice,  Preuves,  Tome  I,  col.  603,  614  et  616. 


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^^^^J 


MÉLANGES  HISTORIQUES  iôl 

qne  Hoël  e.xerça  sa  souveraineté  sur  le  pays  de  Nantes  pendant 
six  ans,  c'est-à-dire  pour  lui  de  M47  à  1153,  il  est  probable  qu'il 
y  a  là  une  parcelle  altérée  de  vérité  historique  et  que  Le  Baud 
en  écrivant  cela  avait  sous  les  yeux  une  chronique  qui  le  faisait 
régner  sur  la  Bretagne  pendant  ce  ménae  laps  de  temps  ;  car  son 
assertion  prise  au  pied  de  la  lettre  serait  certainement  coa 
traire  à  la  vérité,  Hoôl  ayant  possédé  près  de  huit  ans  le  comté 
de  Nantes,  de  1148  à  1156,  et  môme  près  de  neuf  ans^  si  Ton 
accepte  les  dates  de  Le  Baud  qui  fait  mourir  Gonan  III  en  1147. 
J'ajoute  que  les  Chroniques  Annaux  publiées  par  Dom  Morice, 
lorsqu'elles  nous  montrent  Hoôl  profitant  de  la  faveur  populaire 
pour  occuper  le  pays  après  la  mort  de  son  père,  mais  bientôt  ré- 
duit à  n'être  comte  que  de  nom  par  l'opposition  de  son  beau- 
frère  Eudon, semblent  bien  par  le  mot  terra  entendre  non  pas  le 
pays  de  Nantes,  mais  le  pays  de  Bretagne,  et  par  le  mot  cornes 
non  pas  le  titre  de  comte  de  Nantes,  mais  le  titre  de  comte  de 
Bretagne,  l'autorité   de  Hoël  ayant  été  effective  sur  le   pays 
nantais  ;  et  de  plus  elles  semblent  indiquer  que  les  prétentions 
d'Eudon  se  produisii'ent  postérieurement  à  l'avènement  de  Hoél. 
Si  dans  le  dernier  des  actes  que  je  viens  de  citer,  celui  de  1153, 
Hoël  prend  encore  le  titre  de  duc  de  Bretagne,  sa  situation  s'est 
cependant  modifiée  sur  un  point.  Il  reconnaît  à  sa  sœur  Berte 
des  droits  au  moins  égaux  aux  siens.puisqu'il  fait  confirmer  par 
elle  la  donation,  et  comme  les  terres  qu'il  donne  sont  situées 
dans  le  comté  nantais,  il  devient  évident  qu'à  ce  moment  la 
Bretagne  n'est  pas  partagée  en  deux  fractions  sur  chacune  des- 
quelles l'un  des  compétiteurs  exerce  seul  l'autorité,  mais  qu*il 
s'est  produit  un  fait  qui  oblige  Hoôl  à  ne  plus  se  considérer 
comme  le  seul  souverain  de  la  Bretagne.  Ce  fait,  c'est  très  pro- 
bablement le  succès  des  prétentions  d'Budon  de  Porhoôt,  le 
second  mari  de  Berte. 

La  Chronique  de  Penpont  parle  en  effet  d'une  guerre  entre 
Hoôl  et  Eudon  qui  aurait  pris  fin  en  môme  temps  que  se  termi- 
nait en  Angleterre  la  guerre  du  roi  Etienne  et  du  duc  Henri  ; 
or,  comme  d'après  tous  les  chroniqueurs  cette  dernière  se  ter- 
mina  en  1153,  il  faut  probablement  substituer  cette  date  à  celle 
de  1154  donnée  par  Ibl  Chronique  de  Penpont,  dont  la  chrono- 
logie est  d'ailleurs  souvent  fautive.  Notre  chartede  1153  est  donc 
la  manifestation  du  nouvel  état  de  choses  établi  en  Bretagne. 
Sans  doute  dans  une  charte  inédite  du  27  novembre  1150  en  fa* 

Octobre  fOôS.  i4 


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182  RBVUE  DE  BRETAGNE 

veurde  l'abbaye  de  Savigny  (1),  Eudon  prend  déjà  le  titre  de  «  duc 
de  Bretagne  par  la  grâce  de  Dieu  »  et  s'adresse  «  &  tous  les 
«  évdques,  clercs,  barons  Justiciers,  prévôts,  chevaliers  et  autres 
«  fidèles  de  sa  terri3  »,  pour  confirmer  de  façon  générale  les 
possessions  de  Tabbaye  de  Savigny  ;  mais  cette  charte  n'est 
signée  que  par  des  dignitaires  de  l'Eglise  de  Rennes  et  prouve 
simplement  que  le  pays  rennais  reconnaissait  alors  la  souve- 
raineté d'Eudon.  Or  comme  cps  confirmations  générales  sont 
d'ordinaire  accordées  parles  seigneurs  au  moment  de  leur  avè- 
nement, il  en  résulterait  que  le  mariage  d'Eudon  et  de  Berte 
n'aurait  pas  eu  lieu  très  longtemps  avant  cette  date.  Lors  donc 
que  Le  Baud  nous  dit  que  la  guerre  entre  Hoël  et  Eudon  dura 
quatre  ans,  nous  pouvons  supposer  parla  qu'elle  aurait  duré  de' 
1149  à  1153,  et  que  Berte  aurait  attendu  la  mort  de  son  père  pour 
se  remarier,  ayant  dès  lors  besoin  d'un  protecteur  pour  rem- 
placer celui  qu'elle  venait  de  perdre.  Ces  hostilités,  qui  durèrent 
quatre  ans,  ne  peuvent  être  en  effet  postérieures  à  l'arrangement 
de  1153,  puisque,^  même  si  elle  avaient  recommencé  aussitôt, 
elles  se  seraient  nécessairement  terminées  avec  l'expulsion  de 
HoQl  dans  les  premiers  jours  de  1156,  et  n'auraient  pas  pu  par 
conséquent  atteindre  le  laps  de  temps  qui  leur  est  assigné  par  le 
chroniqueur  breton. 

Tel  n'est  pas  l'avis  de  nos  historiens  modernes.  Tous  sont 
d'accord  pour  nous  montrer  au  début  de  1156  Hoôl  chassé  de 
Nantes  par  une  sédition  populaire  ;  mais  pour  eux  cette  sédition 
s'explique  par  la  défaite  toute  récente  infligée  à  Hoôl  par  Eudon 
près  de  Rezé  à  la  fin  de  1154.  Dans  ce  cas  il  faudrait  évidemment 
interpréter  autrement  le  passage  de  Le  Baud  relatif  aux  quatre 
années  de  guerre  :  celle-ci  aurait  alors  commencé  en  1152,  l'ar- 
rangement de  1153  n'aurait  été  qu'une  Ir&ve,  les  hoslililés  au- 
raient recommencé  en  1154  et  n'auraient  pris  fin  qu'en  1156  par 
la  fuite  de  l'un  des  deux  compétiteurs.  Mais  est-on  bien  sûr  que 
tel  soit  le  motif  de  l'expulsion  de  Hoël  ?  Est-on  bien  sûr  que  la 
bataille  de  Rezé  ait  été  livrée  en  1154,  la  chronologie  du  Chronicon 
Britannicum,  le  seul  document  qui  parle  de  celte  affaire,  étant  si 
souvent  fautive  ?  Est-on  même  bien  sûr  que  ce  voyage  en  bateau 
exécuté  par  Hoël  de  Nantes  à  Rezé  soit  le  préliminaire  d'un 
combat  ?  Le  Chronicon  Britannicum  ne  le  dit  pas  ;  Le  Baud  qui 

(1)  Cartulaire  de  Savigny,  Bibl.  de  Fougères^  p.  117. 


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MÉLANGES  HISTORIQUES  Il8 

interprète  ainsi  cet  événement,  avait  peut-être  sous  les  yeux  un 
récit  plus  détaillé  aujourd'hui  perdu,  mais  il  y  a  peut-être  là 
simplement  une  interprétation  à  lui  personnelle  d'un  fait  qui  est 
peut-être  la  mention  d'un  naufrage  ou  de  quelque  autre  accident; 
car  il  est  assez  bizarre  au  point  de  vue  stratégique,  8*il  s'agit  là 
d'une  lutte  entre  un  comte  de  Rennes  et  un  comte  de  Nantes,  que 
le  comte  de  Rennes  ait  été  attaquer  son  adversaire  sur  la  rive 
gauche  de  la  Loire,  se  plaçant  ainsi  dans  une  position  qui,  en  cas 
de  défaite,  pouvait  devenir  fort  critique.  On  voit  ainsi  combien  il 
subsiste  d  obscurités  dans  le  récit  de  ces  événements. 

Il  serait  également  intéressant  de  savoir  si  ce  futEudon  ou 
Hoôl  qui  envoya  en  1151  un  contingent  breton  soutenir  le  jeune 
duc  Henri  de  Normandie  et  son  père  le  comte  d* Anjou  contre  les 
efforts  combinés  du  roi  de  France  et  du  comte  de  Blois.  Quoi 
qu'il  en  soit,  ce  fait  est  la  preuve  qu'une  partie  au  moins  des 
Bretons  continuait  à  suivre  la  politique  de  bonne  entente  avec 
l'Anjou  et  la  Normandie  qui  avait  été  celle  de  Conan  III. 


XX.  —  La  ghronologib  des  Annales  Bretonnes. 

Parmi  les  faits  de  notre  histoire  locale,  il  en  estqui  nese  trouvent 
rapportés  etdatés  que  dans  des  documents  annalistiques  spéciaux 
à  notre  province.  Quelle  confiance  méritent  ces  documents  ? 
C'est  ce  qu'il  importe  de  savoir.  La  meilleure  façon  de  s'en  assu- 
rer est  évidemment  de  s'attacher  d'abord  aux  faits  qui  leur  sont 
communs  avec  d'autres  annales  dignes  de  foi.  Si  les  unes  elles 
autres  fournissent  des  témoignages  concordants,  on  en  peut 
conclure  à  la  valeur  chronologique  de  nos  annales  locales  et 
accepter  les  dates  qui  leur  sont  spéciedes;  dans  le  cas  contraire, 
il  sera  bon  d'indiquer  que  ces  dates  ne  constituent  pour  nous 
qu'une  vérité  approximative. 

Ces  documents  annalistiques  sont  au  nombre  de  cinq  :  les 
Annales  de  Samt-Gildas-de-Ruis,  qui  s'étendent  de  1008  à  1291, 
les  Annales  de  Saint-Jacques  de  Montfort^  appelées  quelquefois 
Chronique  de  Penpont,  qui  vont  de  1154  à  1305,  les  Annales  de 
Sainte-Croix  de  Quimperléy  qui  commencent  en  814  et  finissent 
en  1314,  le  Chronicon  Britannicum  qui  va  de  211  à  1356,  et  1^8 
Chroniques  annaux  qui  s'étendent  de  593  à  1463  (1). 

(1)  L«s  Annales  de  Ruis  ont  été  publiées  pardom  llorioe,  Preuve$t  tome  I 


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^84  RBYUB  DB  BRBtAGNË 

De  ces  ciaq  documents,  les  Annales  de  Ruts  paraissent  le  plus 
exact.  Je  n*y  relève  qu'une  erreur  certaine^  la  mort  de  Richard 
Cœur  de  Lion  placée  en  1198  alors  qu'elle  eut  lieu  en  1199.  Les 
dates  qui  leur  sont  spéciales  sont  donc  probablement  exactes. 
Nous  venons  cependant  de  voir  que  la  date  de  1103,  donnée 
comme  étant  celle  de  la  mort  du  comte  Mathias  II  de  Nantes,  est 
sans  doute  erronée. 

Les  Annales  de  Montfort  sont  loin  d'avoir  la  môme  valeur. 
Elles  débutent  par  une  erreur^  puisqu'elles  placent  en  1154  la 
réconciliation  du  roi  Etienne  et  du  duc  Henri  qui  eut  lieu  .en 
1153.  Ce  n'est  pas  là  leur  seule  inexactitude  :  elles  placent  en 
1174  la  révolle  des  fi  s  de  Henri  II  contre  leur  pôre  qui  estde  1173, 
et  en  1198  l'emprisonnement  de  la  duchesse  Constance  qui  est 
de  1196.  Lincendie  de  Josselin  qu'elles  datent  de  1170  est  donc 
analogue  à  l'incendie  de  Josselin  raconté  par  Robert  de  Torigni 
sous  Tannée  1168  :  et  il  n'y  a  pas  lieu  d'admettre  deux  incendies 
de  Josselin,  Tun  en  1168,  l'autre  en  1170,  suivant  l'opinion  de 
certains  historiens  modernes. 

Les  Annales  de  Quimperli  nous  sont  parvenues  dans  deux 
manuscrits  différents,  l'un  qui  existe  encore,  Tautre  qui  a  dis- 
paru, mais  dont  l'édition  de  Baluze  nous  a  conservé  le  texte.  Or 
ces  deux  rédactions  diffèrent  sensiblement  quant  aux  dates.  La 
seconde  est  évidemment  supérieure  à  la  première  quand  elle 
place  en  877  et  non  en  879  la  mort  de  Charles  le  Chauve,  et  les 
éditeurs  du  Cariulaire  de  Quimperlé,  MM.  Maître  et  de  Berthou, 
considèrent  également  comme  exactes  les  dates  assignées  par  la 
seconde  rédaction  à  la  mort  de  Tévêque  de  Quimper  Robert  et  k 
la  mort  des  abbés  de  Quimper  Haimeri  et  Gurvand  et  comme 
inexactes  les  dates  assignées  par  la  première  rédaction  à  ces  évé- 
nements. Il  parait  donc  logique  de  conclure  qu'il  vaudrait  mieux 
placer  la  mort  d'Alain,  comte  de  Rennes,  en  l'année  1039,  avec  la 
seconde  rédaction  des  Annales  de  Qt^tmp^r/^,  qu'en  l'année  1040» 
avec  la  première,  comme  le  font  la  plupart  de  nos  historiens. 

Si  maintenant  nous  nous  attachons  aux  dates  pour  lesquelles 
nos  deux  rédactions  ne  présentent  pas  de  variantes,  nous  cons- 
tatons que  la  chronologie  des  Annales  de  Quimperlé,  est  très  sou- 

ool.  110  et  taÎT.,  les  Annales  de  Montfort,  col.  153  et  suiv.,  le  Cîironieon  Brù 
tannieum  col.  1  et  suiv.,  lês  Chroniques  annatue,  col.  102  éfuii,^  les  Annales 
de  Quimperlé  ont  été  publiées  par  MM.  Maître  et  de  Berthoa  daas  leur  édition 
du  Cartulaire  de  Quimperlé,  p.  100  et  suit. 


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MÉLANGES  HISTORIQUES  185 

vent  fautive.  Sans  doute  on  y  rencontre  des  dates  exactes  :  concile 
de  Reims  (1119).  mort  da  pape  Galixte  II  (1 124)^  du  pape  Innocent 
II  (1143),  do  comte  Conan  et  de  l'évoque  Haimon  (1171).  mais  si 
nous  comparons  lenr  chronologie  à  celle  de  Guillaume  de  Nàngis 
par  exemple,  nous  voyons  que  le  concile  de  Rome  eut  lieu  en  1123 
et  non  en  1122,  que  l'archevêque  Oislebert  mourut  en  1127  et  non 
en  1124,  que  les  papes  Gélestin  II  et  Luce  II  moururent  en  1144 
et  1145  et  non  en  1143  et  1144  et  que  Tarclievôque  Josse  mourut 
en  1173  et  non  en  1174  ;  enfin  nous  avons  vu  que  le  comte  Mathias 
était  mort  très  probablement  en  1101  et  non  en  1103,  et  nous  al- 
lons montrer  tout  à  Pheure  qu'il  faut  placer  en  1076  et  1070  et  non  en 
1077et  1078  lacaptureducomteHoôletlamortderévèqueQuiriac. 
Le  Chronieon  Britannicum  est  une  compilation.  Il  sufBtpour 
s'en  convaincre  de  constater  que  le  môme  événement  y  est 
signalé  deux  fois  à  deux  dates  différentes.  La  translation  du 
corps  de  saint  Mathieu  y  est  racontée  une  première  fois  sous 
Tancée  830,  uoe  seconde  fois  sous  Tannée  857.  Il  est  donc  bien 
évident  que  le  compilateur  n'a  pas  toujours  fait  preuve  d'intelli- 
gence dans  le  travail  qu'il  entreprenait.  Il  avait  probablement 
sous  les  yeux  lès  Annales  de  Quimperlé,  dans  le  texte  qu'a  connu 
Baluze,  puisqu'il  place  en  1039  la  mort  du  duc  Alain  III  qui  dans 
le  manuscrit  in-8**  du  Cartulaire  de  Quimperlé  %^i  placée  en*i040. 
Les  articles  insérés  aux  années  843,  851,  857,  809,  874,  931^  936, 
992,  1008, 1039.  1057,  1066,  se  retrouvent  en  tout  ou  en  partie 
dans  les  deux  textes  (1).  C'est  à  Flodoard  qu'il  emprunte  plus  ou 
moins  directement  ce  qu'il  dit  aux  années  939,  943  et  944.  Il  s'est 
servi  des  Annales  aujourd'hui  perdues  de  l'abbaye  de  Saint-Méen 
et  leur  a  emprunté  le  récit  des  événements  placés  plus  ou  moins 
exactement  sous  les  dates  de  600,  799,  919, 1024  et  1074  ;  enfin  il 
a  eu  entre  les  mains  les  Annales  de  Buis  auxquelles  il  emprunte 
ce  qu'il  dit  du  synode  de  Rennes  (1079),  de  la  mort  des  évoques 
Eudon  ou  Evenus  (1081).  Renaud  (1081)  et  Brice  (1140).  Sa  chrono- 
logie dépend  donc  beaucoup  des  sources  auxquelles  il  se  réfère. 
Tantôt  les  dates  concordent  avec  celles  des  documents  dignes  de 
foi  :  proclamation  de  Constantin,  qu'il  appelle  d'ailleurs  à  tort 
Constantius,  par  les  légions  de  Bretagne  (407),  mort  de  Gontran 
(593),  mort  du  duc  Hoôl  (1084),  mort  de  Geofroi  Martel  (1109),  cap- 
ture du  roi  Etienne  (1141),  mort  du  roi  Foucon  (1143).   Mais  il 

(t)  Av€0  oette  seule  différence  qae  les  éTénemeats  de  869  sont  datés  de  870  dans 
les  Annales  de  Quimperlé. 


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t9(}  REVUE  PB  BRETAGNE 

arrive  très  souvent  que  sa  chronologie  egt  inexacte,  Çtonstaatiufi 
est  mort  en  306  et  non  en  308,  Galère  en  311  et  non  en  3Q9,  Cons^ 
tantin  en  337  et  non  en  364,  Valentioien  en  375  et  non  en  377, 
Glpvia  en  &il  et  non  en  513,  Glotaire  en  561  et  non  en  563,  saint 
Qeripain  en  576  et  non  en  578,  le  pape  Benoît  en  578  et  non  en 
590,  Beppolène  en  590  et  non  en  593,  Gadvalon  en  635  et  non  en 
6?4,  Abaile^rden  1141  et  non  en  1143  ;  la  défaite  des  Bretons  à 
Déols  est  de  469  et  non  de  431,  la  signature  de  la  paix  entre  Da- 
gpbert  et  Judlc^^l  e3t  de  636  et  non  de  643,  Tempereur  Liouis  vint* 
en  Bretagne  en  818  et  non  en  817.  Par  conséquent  il  est  plus 
prudent  de  choisir  pour  la  première  bataille  de  Conquereuil  la 
date  de  081  donnée  par  la  Chronique  du  Mont  Saint-Michel  que 
la  datcï  de  982  donnée  par  notre  document,  et,  pour  la  mort  de  la 
comtesse  Berte,  de  laisser  de  côté  la  date  de  1084  et  d'adopter 
celle  de  1085  que  donnent  h  la  fois  les  Annales  de  Ruis^  celles  de 
Quimporlé  et  les  Chroniques  Annaux, 

li%  chronologie  du  Çhronicon  Britannicum  est  donc  fortement 
suspecte*  Cette  chronique  présente  d'ailleurs  un  autre  défaut. 
Abusé  par  ta  ressemblance  des  mots,  Tauteur  a  cru  devoir  rat- 
tacher à  rhistoire  de  Bretagne  des  événements  qui  lui  sont  com- 
plètement étrangers,  liorsqu'il  insère  par  exemple  à  la  date  de 
809  le^  mention  suivante  :  Çarolus  siài  Venetiam  subegit^  il  croit 
évidemment  relater  la  soumission  du  pays  de  Vannes,  or  il 
s'agit  eu  réalité  de  la  Vénétie  italienne,  comme  le  prouve  le 
texte  des  Annales  d'Angilbert  à  Tannée  810. 

Le  document  publié  par  dom  Morice  sous  le  titre  Aliud  çhro- 
nicçn  Britannicum  ou  Chroniques  annaux  a  encore  plus  le  carac- 
tère d'une  compilation.  Les  mômes  faits  y  sont  racontés  à  deux 
reprises  de  façon  différente,  tantôt  sous  la  môme  date,  (mort 
d'Alain  III,  1040,  mort  de  Conan  II,  1066,  mort  de  Hoel,  1084, 
guerre  de  Conan  IV  contre  le  Léon,  1170,  naissance  du  fils  de 
François  II,  1463),  tantôt  sou":  des  dates  différentes  (mort  de 
Mathias,  lOW)  et  1051,  mort  de  Geofroi  d'Anjou,  1060  et  1062,  cap- 
ture de  Blpelet  mort  de  Quiriacus,  1076  et  1077,  mort  d'Alain  IV, 
1119  et  1120,  mort  de  Conan  IV,  1147  et  1148,  mort  de  Geofroi  de 
Nantes,  1158  et  1159,  expulsion  d'Kudon  de  Porhoet,  117JI  et 
1172,  naissance  d'Artur,  1186  et  1187).  Il  est  donc  évident  que 
l'auteur  a  eu  9Qus  les  yeux  plusieurs  documents  anpalistiques, 
qu'en  plusieurs  cas  il  s'est  borné  à  juxtaposer.  Sa  chrono- 
logie est  donc  fort  sujette  à   caution.  Sa  première  date   est 


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MÉLANGES  HISTORIQUBS  i87 

fauMO.  Q'est  eo  &dO,  d'après  Grégoire  de  Tours,  et  dod  en 
593,  que  Belpolenus  a  été  vaincu  et  tué  par  Werochus.  La 
mention  des  rapports  de  Werochus  et  de  saint  Méen  vient 
sans  doute  des  Annales  de  Saint^Méen.  Les  événement  rappor- 
tés aux  années  835,  837,  843,  942,  945  et  992  figurent  à  leur  véri- 
table date.  Mais  lorsqu'il  mentionne  à  Ja  fois  en  879  la  création 
d'Alain  comme  duc  de  Bretagne  et  la  mort  du  duc  Hugo,  abbé  de 
Saint-Martin,  nous  nous  demandons  si  le  premier  fait  est  exacte* 
ment  daté,  car  le  second  ne  Test  point,  le  duc  Hugo  étant 
mort  en  886  :  de  plus  ce  Hugo  n'était  pas,  comme  le  dit  le 
compilateur,  flls  du  roi  Robert  I*^  et  père  de  Hugues  Gapet, 
car  cette  double  assertion  s'applique  à  un  autre  Hugo,  eelui 
.  du  X*  siècle.  La  date  de  1037,  donnée  comme  étant  celle  de 
la  mort  du  comte  Budic,  est  contredite  par  une  charte  de  ee 
même  comte  qui  nous  le  montre  vivant  encore  en  1038.  La  date 
de  1040,  donnée  à  deux  reprises  comme  étant  celle  de  la  mort  du 
duc  Alain,  est  empruntée  à  la  première  rédaction  des  Annales 
de  Quimperlé  dont  la  seconde  mention  reproduit  le  texte,  avec 
cette  seule  différence  qu'elle  place  l'événement  au  1*' avril,  tandis 
que  les  Annales  de  Quimperlé  le  placent  au  !•'  octobre.  Le  récit 
des  démêlés  du  comte  Hoël  de  Nantes  et  du  comte  Geofroi 
d'Anjou  est  certainement  mal  daté,  car  en  1040  Hodl  n'était  pas 
encore  comte  de  Nantes. 

Des  deux  dates  assignées  à  la  mort  du  comte  Mathias,  celle 
de  1050  a  pour  elle  l'appui  de  la  Chronique  de  Saini^Ptorent, 
faible  appui  d'ailleurs,  car  la  chronologie  de  ce  document  est 
souvent  fautive  ;  elle  a  contre  elle  que  le  texte  qui  la  relate 
renferme  une  erreur,  lorsqu'il  fait  de  Hoei  le  frère  et  non  l'oncle 
de  Mathias  Des  deux  dates  assignées  à  la  mort  de  Oeofrol 
d'Anjou,  la  première,  celle  de  1060,  est  la  bonne  (1).  Le  partage 
de  la  Bretagne  entre  Hoôl  et  Eudon  est  faussement  raconté  à  la 
date  de  1061,  par  suite  d'une  confusion  entre  les  deux  Hoôl, 
celui  du  XI*  et  celui  du  XIP  siècle.  L'ordination  de  Quiriaous 
n'a    pas  eu   lieu  en   1063,  mais  en  1061  (2).   On  peut   consi- 

(1)  n  faat  dire  c^^pendant  que  d'après  M.  Luchairê  {Histoire  de  FraneeAom^  U, 
2*  paPtie,  p.  65),  Geofroi  gérait  mort  U  14  novembre  et  non  lé  1**  avril. 

(2)  Comme  l'a  établi  M.  Blanchard,  Revue  de  Bretagne^  année  1895,  tome  I, 
p.  329.  Il  e§t  d*ailleurg  probable  que  si  le  chroniqueur  rajeunit  ainsi  cet  événement 
de  d^uï  ans,  c'est  qu*il  avait  commencé  par  faire  subir  le  même  traitement  à  la 
date  de  la  mort  de  Geoiroi  Martel,  antérieure  d*uB  an  à  TordiiiatioB  de  Qui- 
liacua. 


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t88  RBYUE  DE  BRETAGNE 

dérer  comme  exactes,  les  dates  de  la  mort  dé  Gonan  II  (1066), 
racontée  d'ailleurs  à  deux  reprises,  de  l'ordination  de  l'évoque 
Benedictus  (1081),   de   la    mort   du   duc   Hoël   (1084),   de    la 
mort  de  la  reine  Mathilde  (1083),  de  la  mort  de  la  comtesse 
Berte    (1085),    du    mariage   d'Alain    Pergent   (1087).    de    la 
mort  de  la  duchesse  Constance  1090),  de  la  démission  de  révo- 
que Benedictus  (1113)  (1),  de  la  mort  de  Geofroi  Martel  (1106), 
^e  l'expulsion  du  comte  Hoôl  (1156),  du  siège  de  Bécherel  (1168)^ 
de  la  mort  de  l'évoque  Bernard  (1169),  de  l'ordination  de  Tévêque 
Robert  (1170),  de  la  mort  de  l'évoque  Hamon  et  du  comte  Gonan 
(1171),  de  la  guerre  entre  le  roi  Henri  et  ses  (Ils  et  de  la  mort  de 
révêque  Josse  ^1173)»  de  la  mort  de  l'évoque  Robert  (1184).  Mais 
j'ai  démontré  plus  haut  que  la  mort  du  comte  Mathias  crevait 
dire  placée  en  1101  et  non  en  1104  ;  M.  de  la  Borderie  date  de  1135 
et  non  de  1136  la  fondation  de  l'abbaye  de  Buzai,  le  jeune  roi 
Henri  fut  sacré  en  1169  et  non  en  1170,  Artur  naquit  en  1187  et  " 
non  en  1186,  Geofroi  mourut  en  1186  et  non  en  1187,  enfin  Alain 
de  Dlnan  mourut  au  plustôteh  1196  et  non  par  conséquent  en  1187. 
Le  siège  deDol  parHoél  est  placé  en  1076,  mais  le  chroniqueur 
normand  Robert  de  Torigni,  généralement  bien  informé,  place 
ce  siège  en  1075.  Si  donc  Hoôl  a  été  fait  prisonnier  par  les  siens 
l'année  suivante^  cet  événement  se  place  en  1076,  comme  le  dit 
d'ailleurs  une  autre  mention  du  môme  fait  tirée  probablement 
d'une  autre  source  et  placée  à  la  suite  par  le  compilateur.  Les 
Annales  de  Quimperlé  se  tromperaient  donc  en  rapportant  la 
capture  de  Hoôl  à  l'année  1077.  Une  autre  divergence  existe  encore 
entre  ces  Annales  et  les  Chroniques  annaux.  Pour  celles-ci  l'é- 
voque de  Nantes  Quiriacus  est  mort  Tannée  môme  où  Hoël  fut 
pris,  c'est-à-dire  tantôt  en  1077  tantôt  en  1076,  et  pour  celles-là 
Quiriacus  est  mort  Tannée  qui  suivit  la  capture  de  Hoôl,  c'est-^- 
dire  en  1078  ;  or  Quiriacus  est  mort  au  plus  tôt  en  1079  (2).      ^ 

La  conclusion  qui  se  dégage  de  cet  examen,  c'est  que  la  chro- 
nologie d'aucun  de  ces  cinq  documents  ne  mérite  une  confiance 
absolue.  Les  historien^  feront  donc  bien  de  peser  soigneusement 
la  valeur  de  leurs  témoignages  avant  d'en  faire  état. 

[A  suivre).  V^  Gh.  db  la.  Landb  db  Galan. 

(1)  il  aat  remarqaer  que  pour  oette  dernière  date  il  a  taiTi  le  maBuscrit  iB>4» 
da  CartuUnre  de  Quimperlé^  tandis  que,  poar  la  date  de  la  mort  d'Alain  UI,  il  a 
•uiTi  le  texte  du  manuscrit  in-8o. 

(1)  Revue  de  Bretagne,  année  189&,  tome  i,  p.  340. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS 

{Suite)  (1) 


PrOITS  DIVBRS   dans  la  SsiQNBUaiB    DE   COMBOURG 

Parmi  les  droits  du  seigneur  de  Gombour,  il  faut  noter  surtout 
ceux  dont  parle  Chateaubriand  dans  ses  Mémoires  cT Outre-Tombe; 
ils  étaient  da  ceux  qui  avaient  le  caractère  de  divertissements 
populaires. 

Nous  voulons  parler  du  saut  des  poissonniers  dans  Tétang  de 
Combour,  dû  par  tous  les  vassaux  qui  auront  vendu  du  poisson 
au  carême  précédent  et  de  la  quintaine.  C'étaient  une  sorte  de 
joutedans  laquelleles  nouveaux  mariés  de  Tannée  devaient  courir 
à  cheval,  armé  d'une  lance,  contre  un  mannequin  fixé  à  un  poteau, 
monté  sur  pivot.  Si  le  coureur  ne  portait  pas  droit  son  coup  de 
lance  contre  la  quintaine,  celle-ci,  pivotant,  tournait  sur  elle- 
même  et  lui  assénait  un  coup  qui  le  punissait  de  sa  maladresse. 

Les  hommes  de  Combour  étaient  tenus  au  devoir  de  message, 
c'est-à-dire  au  transport  des  lettres  et  messages  sous  quatre 
lieues  du  ch&teau. 

Les  hommes  du  bailliage  de  Baauvais  devaient  conduire  les 
criminels  du  château  de  Combour  à  la  justice  patibulaire. 

Le  prieur  de  la  Trinité  de  Combour  dnvait  trois  barriques  de 
vin  breton  et  trois  de  vin  d'Anjou,  neuf  chouesmes  ou  pains 
blancs  aux  fêtes  de  Saint-Martin,  Noël  et  Pâques  et  de  plus  il 
devait  entretenir  de  paille  les  prisons  du  château  et  de  la  ville  tant 
aux  basses  fosses  qu'ailleurs.  Mais  la  redevance  la  plus  curieuse 
était  celle  des  bouchers  ou  pelletiers  de  Dol  ;  elle  consistait  en 

(1)  Voir  ht  Jievue  de  septembre  i90g. 

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490  REVUE  DE  BRETAGNE 

une  pelisse  blanche  en  peau,  assez  grande  pour  entourer  un  fût 
de  pipe  dont  les  manches  devaient  être  assez  larges  pour  qu'un 
homme  armé  put  y  passer  facilement. 

Aux  foires  principales  de  la  seigneurie,  Tdngevine  à  Combour 
et  à  la  foire  de  Saint-L^ger,  qui  fut  transférée  à  Combour  au 
XVII«  siècle,  les  hommes  estagers  manants  et  habitants  de  la 
ville  et  fauxbourgs  devaient  faire  le  guet  en  armes  et  les  posses- 
seurs de  la  maison  de  la  Lanterne,  sise  au  milieu  de  la  ville, 
devaient  des  flambeaux  dans  la  lanterne  attachée  au  devant  de  la 
dite  maison,  pour  éclairer  le  guet  et  l'assise  du  corps  de  garde. 

Le  prieur  de  Tremblai  à  cause  du  prieuré  de  Saint-Léger  devait 
les  mêmes  flambeaux  pour  le  gqet  à  la  foire  de  Saint-Léger  et 
trois  demeaùx  d'avoine  grosse,  mesure  de  Combour,  pour  les 
chevaux  des  offlciers  du  seigneur  dQ  Combour. 

Le  prieuré  de  la  Trinité  de  Combour,  fondé  par  Rivallon  I*, 
seigneur  de  Combour  relevait  de  l'abbaye  bénédictine  de  Saint- 
Martin-de-Marmoutier. 

Les  jeunes  mariés  delà  paroisse,  la  Trinité  fut  paroisse  jusque 
vers  le  XIII*  siècle,  devaient  au  prieuré  une  curieuse  redeyancç. 

Ils  étaient  tenus  de  comparaître,  le  mardi  de  la  Pentecôte, 
devant  les  officiers  du  prieur  réunis,  au  milieu  du  cimetière  du 
couvent  ;  là,  le  marié  présentait  au  dit  seigneur  prieur  ou  h  ses 
officiers  un  broc.de  vin,  valant  trois  pintes  et  une  fouace  (espècç 
de  pain  semblable  à  un  gâteau)  et  la  mariée  devait  sauter  du  miir 
du  cimetière  dans  le  chemin,  en  chantant  : 

Si  je  tuis  mariée,  vous  le  savez  bien  ; 
Si  je  suis  heureuse,  vous  n'en  savex  rien  ; 
Ma  chanson  est  dite,  je  ne  dois  plus  rien. 

Non  seulement  les  moines  étaient  charî^és  de  la  paroisse  de  la 
Trinité,  mais  aussi  de  celle  de  Notre-Dame.  Cardes  1172,  l'évéque 
d'Aleth,  Albert,  confirma  à  Tabbé  de  Marmoutier  Robert  et  à  ses 
religieux  la  possession  de  laTfinité  et  de  Notre-Dame  de  Combour, 
avec  le  droit  de  présentation  des  Chapelains  à  révoque. 

Il  existe  à  Combour,  près  de  ce  qu'on  appelle  le  cimptière  nou- 
veau, un  terrain  appelé  le  Moutier,  qui  appartenait  aux  Moines 
de  Saint-Florent-de-Saumur. 

Une  maison  du  iMoutier  s'appelle  la  Bouteillerie  et  deux  autres 
qui  faisaient  partie  de  Tancien  moutier,  ont  forcpé  dQPUii  l's^u- 


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COMBOUR  BT  8SS  9&JGNSURS  191 

berge  (}e  I»  Téte-Noire.  Ce  petit  moaastèrp  parait  avoir  été  donné 
aux  moines,  du  temps  de  Rivallon,  par  Ebroin. 

Lee  pèree  ou  les  prêtres,  chargés  par  les  moines  du  service 
paroissial  de  Notre-ûame  de  Gombour,  devaient  habiter  ce  mou- 
tier.  Le  recteur  relevait  du  prieur,  qui  lui  servait  une  portion 
congrue  qui  n'excédait  pas  cinq  cents  francs. 


XI 

EiiBGTION'  DB   C9MB0UR  BN   CoMT^   PAR  HrNRI  III 

(Tiré  des  Archives  du  Château  de  Combour.) 

Henri,  par  la  grâce  de  Dieu,  Roy  de  France  et  de  PoUongne  à  tous 
présens  et  advenir,  salut.  Gomme  Testât  de  eostuy  nostre  royaume 
s'est  maintenu  en  soo  entier  principallement  par  le  moyen  et  ayde  de 
la  noblesse,  aussi  nos  prédécesseurs  Roy  s,  non  seitllement  ont  euesgard 
d'entretenir  et  conserver  les  nobles  de  leur  royaume,  en  leurs  droietz, 
dignités  et  prérogatives,  mais  aussi,  seion  qu'ils  ont  eongneu  iceux  bien 
mériter  d'eux  et  de  leur  couronne,  ont  pensé  de  les  esleyer  en  biens  et 
honneurs  ;  pour,  par  ce  moien,  aocroistre  leur  bonne  affection  et  augmen- 
ter leur  désir  de  s*emploier  pour  la  chose  publique  ;  Ce  qu'à  Timitation 
de  nos  dits  prédécesseurs  désirans  continuer  et  pratiquer  envers  ies 
dits  nobles,  lesquels  depuis  le  temps  qu'il  a  pieu  à  Dieu  nous  appeler  à 
ceste  couronne  nous  avons  eongneu  s*en  estre  renduz  dignes.  Soavoir 
faisons  que  nous  bien  advertiz  des  bons  et  recommandables  services 
que  nous  et  nos  prédécesseurs  avons  successivement  receuz  de  nostre 
amé  et  féal  Jehan,  Sires  de  Goasquen,  Seigneur  du  dit  lieu.  Chevalier 
de  notre  ordre.  Baron  de  Combourg,  Vicomte  de  Rougé,  Seigneur  d'Ussel, 
de  Vauruffler,  Laforaye  Mésange,  la  Houssaye,  le  Marchez,  et  de  ceuix 
de  sa  maison  et  semblablement  de  celle  d'Acigné  dont  est  yssue  dame 
Philippe  d*Acigné,  sa  femme.  Et  que  leurs  prédécesseurs  de  Couasquen 
ont  toujours  esté  honorez  des  plus  grandes  charges  et  estais  de  nos 
pals  et  duché  de  Bretagne  sous  Tobéissance  des  Ducs  dudit  pais,  comme 
es  estais  de  mareschaulz,  gouverneurs  et  grands-maiires  d'icelluy  pais 
ayant  eu  la  oonduiote  et  faiot  levée  de  gens  de  guerre  pour  le  secours 
des  dits  ducs  et  mesme  le  dit  Seigneur  de  Couasquen  qui  s*y  est  ver- 
tueusement et  Ûdellement  employé  en  tant  d'occasions  qui  s*en  sont 
•  présentées,  soit  en  batailles  qui  ont  esté  données  assaox  et  prinses  de 
villes  que  aultres  emploiotz  de  guerres,  aiani,  tant  en  cela  qu*en  plusieurs 
anltres  manières  asseg  démonstré  et  (aiet  paraistre  combien  il  est  ama- 


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192  REVUE  DE  BRETAGNE 

teur  et  zélateur  du  bîen  de  nostre  dict  serTice,  au  moien  de  quoy,  il 
mérite  d*e8tre  reoongneu  et  rémunéré  de  tiltre,  d'honneur  et  quallité 
condigne  et  correspondant  à  sa  vertu,  et  qui  servant  d'exemple  à  sa 
postérité,  Tinduise  et  provocque  à  ensuivre  et  imiter  ses  vestiges,  deue- 
ment  certifiez  :  comme  la  dicte  terre  et  seigneurie  de  Couasquen  dont  il 
porte  le  nom  et  qui  est  de  tout  temps  et  antiquité  tenue  en  tiltre  de 
chastellenye  ;  est  de  belle  et  grande  e'^tendue,  décorée  d*un  beau  ch&teau 
et  bonne  ville  se  consistant  en  forets,  estangs,  mouilins,  dommaines, 
héritages,  hommes  subjectz  et  vassaux,  avec  tout  droictz  de  justice  sur 
dix-huit  paroisses,  droict  de  patronnage  et  de  fondation  de  plusieurs 
églises,  abbayes  et  monastaires  et  plusieurs  beaux  droictz,  de  coustumes 
sur  les  portz  et  hftvres  de  Ifordreu,  Lymel  et  inûnizaultres  comme  de 
foires  et  marchez  en  la  dite  ville  de  Couasquen  tellement  que  ycelle  terre 
de  Couasquen  avec  la  susdite  Baronnie  de  Combourg  (en  laquelle  il  y  a 
quatre  chastellenyes  :  sçavoir  Boullet,  Quodeheust,  Qaugueray,  Ifalles- 
troict)  et  seigneuries  de  Triendhin,  seigneurie  de  Vauruffier  a  ornée 
d'une  belle  et  antienne  maison  et  où  sont  plusieurs  hommes,  vassaux 
ot  subjectz  et  vicomte  de  Royé,  pareillement  douée  de  beaux  et  grans 
dommaines  et  sub}etz  qui  sont  proches  et  joignantes  quasy  les  unes  aux 
autres  et  la  pluspart  desquelles  sont  tenues  et  mouvantes  de  nous  en 
foy  et  hommage,  y  joinctes  et  unyes,  et  leurs  appartenances  et  déppen- 
dances,  feraient  une  belle  terre  digne  d^estre  décorée  du  nom  et  tiltre  de 
Marquisat  et  suffisantes  pour  entretenir  ce  nom  et  tiltre  de.  marquis 
ainsi  qu'il  appartient,  et  lequel  marquisat  pourroit  estre  décoré  en  ses 
membres  de  beaux  et  honorables  tiltres  de  Baronnie,  Comté  et  Vicomte. 
Pour  ces  causes  et  aultres  bonnes  et  grandes  considérations,  avons,  de 
notre  propre  mouvement,  certaine  science,  plaine  puissance  et  auctorité 
royale,  créé  et  érigé,  créons  et  érigeons  par  ces  présentes  en  droict  et 
tiltre  de  baronnie  la  dicte  terre  et  seigneurie  de  Vauruffier,  et  celle  de 
Combourg  qui  souUoU  estre  baronnie  en  droict  et  tiltre  de  Comté  ayant 
icelles  baronnie  de  Vauruffier,  Vicomte  de  Rogé  et  Comté  de  Combourg 
leurs  appartenances  et  déppendances  unyes,  joinctes  et  incorporées, 
joignons,  unyssons  et  incorporons  par  les  dites  présentes  à  la  dicte  terre 
et  seigneurie  de  Couasquen  ;  Et  icelie  terre  et  seigneurie  de  Couasquen, 
appartenances  et  déppendances  érigé  et  érigeons  en  nom  et  tiltre  et 
qualité  de  Marquisat  et  le  dict  seigneur  de  Couasquen  décoré  et  décorons 
dudit  tiltre  de  Marquis  pour  en  jouir  par  luy  et  ses  enffans  masles  et 
^es  masies  descendans  des  masles  selon  Tordre  de  progéniture  audict 
tiltre  de  Marquisat  à  une  seulle  foy  et  hommage  k  nous  et  nos  succes- 
seurs à  cause  de  nostre  Duché  de  Bretagne,  Et  ycelluy  tiltre  et  honneur 
de  marquis  avoir  tenir  et  posséder  avec  touz  les  droictz,  prérogatives, 
prééminences  tant  en  paix  que  guerre,  en  jugement  et  dehors  ;  armoy- 
ries,  escussons  et  enseignes  et  en  toutes  assemblées  que  les  aultres 


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CX)MBOUIl  ET  SES  SEIGNEURS  193 

marquis  de  oe  dit  royaame  ont  accoustumé  de  se  trouver.  A  la  charge 
que  les  masles  jouissant  dudiot  marquisat  seront  tenuz  d'appaner  et 
doter  les  Ailes,  selon  Testât  et  dignité  de  la  maison.  Et  sans  que  par 
la  présente  érection  le  droict  de  succéder  es  dictes  terres  soit  innové  et 
changea  la  charge  aussi  de  garder  par  les  successeurs  et  herres  dudict 
Sire  de  Gouasquen  les  coustumes  des  lieux  où  les  héritages  sont  assis. 
Bt  de  nous  faire  et  porter  par  ledict  de  Gouasquen  ses  dicts  hoirs  et 
successeurs  et  descendans  nlasles  une  seuUe  foy  et  hommage  pour  toutes 
les  dictes  terres,  en  ce  qui  est  tenu  de  nous  —  Et  tant  que  la  ligne  mas- 
culine durera,  laquelle  défaillant  et  les  dictes  terres  et  seigneuries 
tumbant  par  succession  es  mains  de  fille  ou  filles,  lesdicts  tiltres  et 
dignité  de  Conte  et  Marquis  seront  et  demeureront  estainctz  et  suppri- 
n^éz  et  abolliz.  Et  lesquels  dès  à  présent  comme  dès  lors  et  dès  lors 
comme  dès  à  présent,  nous  avons  supprimé  et  supprimons,  abolly  et 
abolissons  pour  lesdicts  Conté  et  Marquisat  retournées  en  leur  première 
quallitéde  barronnie  et  chastellen  y  oestre  tenues  et  possédées  et  demeu- 
rer aux  filles  à  qui  elles  appartiendront  comme  leurs  propres  héritages 
à  elles  escheuzet  donnez  par  la  succession  de  leurs  prédécesseurs. 
Nonobstant  Tédict  faictpar  deffunct  de  bonne  et  louable  mémoire  nostre 
tr^-cher  seigneur  et  frère  le  Roy  dernier  décédé,  que  Dieu  absolve  !  ou 
moys  de  Juillet  1566.  Auquel,  en  faveur  du  dict  de  Gouesquen  et  de  ce 
que  dessus,  nous  avons  dérogé  et  dérogeons  et  à  la  dérrogance  de  la 
dérrogance  y  contenue  pour  ceste  fois  seulement  et  sans  tirer  à  consé- 
quence plus  avant.  Parce  que  autrement  et  sans  ladicte  dérrogance, 
lediet  seigneur  de  Gouesquen  n'eust  voullu  prendre  aucunement  ny 
accepter  nos  présents  honneurs,  quallités,  grâ.ces,  libérallités  :  voullant 
et  entendant  que  tous  ses  vassaux  et  subjectsle  recongnaissent  en  ceste 
quailité  de  marquis  et  quand  le  cas  escherra,  iuy  facent  et  prestent  et 
à  ses  dicts  successeurs  les  foy,  hommage  et  autres  recongnaissances, 
baillent  adveux  et  dénombrements,  facent  et  paient  les  devoirs  selon  la 
nature  des  terres  qu'ils  tiennent  de  Iuy  audict  tiitre  et  quailité  de  Mar- 
quisat de  Gouesquen.  Voulions  aussi  et  entendons  que  la  justice  y  soit 
doresnavant  administrée  es  officiers  en  Icelle  instituez  soubz  le  seul 
nom  et  auctorité  de  Marquisat  de  Gouesquen,  à  la  charge  que  toutes  les 
causes  qui  seront  intentées  cy  après,  tant  à  cause  dudict  marquisat 
qu'entre  les  subjects  et  vassaux  d'icelluy,  ressortiront  par  devant  le 
bailly  seneschal  ou  autre  juge  royal  au  ressort  duquel  la  dicte  terre  de 
Gouasquen  est  8cituée,ainsi  qu'elles  avaient  accoustumée^sans  auloune 
mutation  de  jurisdiction.  fit  générallement  joir  par  ledict  Seigne  ir  de 
Gouesquen  de  ladicte  dignité  et  prééminence  de  Marquis,  tout  ainsi  qu'en 
Joissent  les  autres  marquis  de  notre  royaume.  Si  donnons  en  mande- 
ment à  nos  amez  et  féaulx  les  gens  tenans  nostre  cours  de  parlement, 
chambre  de  nos  comptes  de  Bretaigne.  Bt  à  touz  nos  autres  justiciers 


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194  REVUE  DB  BRETAGNE 

et  oficierf  et  à  oh&cun  d*ealx,  ti  comme  à  lui  appartiendra,  que  de  nos- 
tre  présente  érection  et  création  dadit  Marquisat  de  Ck>aesqcien  et  de 
tout  le  contenu  cy  dessus,  ils  laissent  |oir  le^it  de  Ck>uesquen  Marquis 
susdict,  ses  hoirs  masles,  successeurs  légitimes,  vassaux  et  subiectz 
entretiennent,  gardent,  observent,  facent  de  point  en  point  entretenir, 
garder  et  observer  (ce  qui  en  est  des  présentes)  cessant  et  faisant  ces- 
ser tous  troubles  et  empeschements  à  ce  contraire.  Nonobstant,  comme 
dict  tst,  le  dict  édict  faict  par  defiunct  notre  di6t  seigneur  et  firère  au  mois 
de  juillet  1566.  Et  quelconques  ordonnances  restrinctions,  mandements, 
desdictz  et  defiens  à  ce  contraires  à  quoy  nous  avons  pour  les  considé- 
rations susdictes,  dérogé  et  dérogeons  et  à  la  dérogeance  de  la  déro- 
geance  y  contenue  par  ces  dictes  présentes  signées  de  nostre  main.  Bt 
afûn  que  ce  soit  chose  ferme  et  stable  à  tousiours>  nous  avons  faict 
mettre  et  apposer  notre  scel  à  icelles  présentes,  sauf  en  aultres  choses 
nostre  droict  et  Taultruy  en  toutes.  Donné  à  Paris  au  moys  de  juin,  Tan 
de  grâce  1575  et  de  nostre  règne  le  2»*.  Signé  :  Henrt. 

Sur  le  repli  :  par  le  Roy  :  de  Nbufvillb. 

Lettes,  publiées  et  agréées  ouy  et  le  consentant  le  procureur  général 
du  Roy  soubz  les  modifâcations  contenues  au  registre  faict  en  parle- 
ment l'onzième  Jour  d'octobre.  Tan  1576. 

Landet 
ConterUor  Thielment. 


10  Octobre  1576. 

Extrait  des  Rboistres  du  Parlement 
(Cota  le  42  octobre  1762  pour  Chiffrature  Louyer '-Laine). 

Veu  par  la  Court  les  lettres  patentes  du  Roy  données  à  Paris  au  moys 
de  juign  mil  cinq  cens  soixante-quinze  signées  Henry  et  sur  le  reply  |Mir 
le  Roy  de  Neuf  ville  et  scellées  de  cyre  verte  à  lacs  de  soye  obtenues  par 
Jan  sires  de  Ck>aa8quen  par  lesquelles  et  pour  les  causes  y  contenues. 
Le  Roy  crée  et  érige  en  tiltre  de  baronnye  la  terre  du  Vaurufyer,  celle 
de  Gombour  en  droict  et  tiltre  de  Comté  et  unist  ioelle  baronnye  de 
Vaurufyer  la  vicomte  de  Rogé  et  comté  de  Gombour  et  les  Joincts  et 
incorpore  à  la  terre  et  seigneurye  de  Gouesquen,  laquelle  il  érige  avec 
ses  apartenances  en  nom  tiltre  et  qualité  de  Marquisat  et  décore  ledict 
sieur  de  Gouasquen  du  titre  de  Marquis,  pour  en  Jouir  par  lui  et  ses 
enflants  masles  et  les  masles  dessendantz  des  masles,  selon  Tordre  de 
progéniture  audiot  tiltre  de  Marquisat  à  une  seule  foy  et  hommage  au 


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C0M60UR  ET  SBS  SEIGNEURS  195 

Roy  à  cause  de  sa  Daché  de  Bretaigne  et  iceliay  iiltre  de  Marquis  avoir, 
tenir  et  poséder  avec  tous  les  droiotz,  prérogatives  et  prééminenoes 
mentionnées  es  dictes  lettres  et  aux  charges  y  contenues.  Larequeste  pré- 
sentée en  la  court  par  le  dict  sieur  4^  Couasquen  par  laquelle  il 
requeroict  la  lecture  et  publications  desdictea  lettres.  Arrest  de  la  dicte 
court  du  lô^'^aougst  1575  portant  ordonnance  de  proclamer  les  dictes 
lettres  aux  paroisses  et  marchez  prochains  des  lieux  auxquels  sont 
sittuez  les  terres  mentionnées  en  icelles  et  renvoy  de  Toposition  formée 
par  le  sieur  d^  Cbàtïeauneuf  et  toutes  aultres  si  aucunes  se  trouvaient 
par  devant  les  juges  de  Rennes  pour  icelles  mises  en  estât  déjuger  et  le 
tout  rapporté  en  la  ^icte  court,  y  estre  idâci  droict  ainsi  qu'il  appartient 
droict  et  procés-verbaulz  des  dictes  proclamations  et  bannyes  des  1*',  3^ 
et7»«  de  septembre  et  5°"*  de  novembre  1575.  Certifications  d'iceiles  du 
g4ine  ^^  moys  de  novembre  oposition  formée  par  le  comte  de  Laval  et 
sieur  de  Ch&teauneuf  au  siège  de  Rennes  le  lô^»»  du  mesme  moys 
de  novembre.  Moyens  et  escriptures  fournies  par  les  sieurs  de  Château* 
neuf  et  de  Couasquen.  Sentence  des  juges  de  Rennes  du  17  janvier 
dernier  par  laquelle  ils  auroient  ordonné  que  les  dictes  partyes  se 
pourvoiroient  en  la  court,  suyvant  Tarrest  d'icelles,  aultres  et  secondes 
lettres  obtenues  par  le  dict  de  Couasquen,  le  23"^*  de  février  aussi 
dernier,  par  lesquelles,  du  consentement  de  Timpétrant  d'icelles,  le  Roy 
déclare  que  en  faisant  la  dicte  création  et  érection  de  marquisat  il 
n'eniend  comprendre  la  part  de  la  dicte  Seigneurye  de  Couasquen  qui 
est  sittuée  et  assise  es  terres  et  seigneurie  de  Chasteauneuf  et  la  Bellière. 
Ains  l'en  distraict  esclipse  et  excepte  et  icelle  remet  en  son  premier 
^estat  et  quallité,  la  dicte  érection  de  marquisat  sortissant  au  résidu  son 
efiect  pour  la  ville,  ch&teau  et  chastellenye  de  Couasquen  sittuées  au 
proche  ûeft  du  Roy,  accompagnée  de  la  dicte  barronnye  ou  chastellenye 
de  Combour  érigée  en  Comté  par  lesdictes  lettres  leurs  appartenances 
et  dépendances.  Arrest  de  la  dicte  Court  du  9"^*  d'avril  1576  par  lequel 
est  ordonné  que  lesdictes  lettres  et  déclaration  seront  communicquées 
au  sieur  de  Laval  et  que  les  partyes  seroient  ouyes  tant  sur  les  dictes 
lettres  que  sur  Topposition  formée  par  le  dict  sieur  de  Laval  contre  les 
lettres  de  l'érection  du  dict  marquisat  le  15  nov.  dernier,  escriptures, 
faictz  et  moyens  du  dict  conte  de  Laval  et  aultres  fournies  par  ledict 
sieur  de  Couasquen  par  lesquelles  il  déclare,  entre  aultres  choses,  qu'il 
n'entend  comprendre  soubz  son  dict  marquisat  les  terres  de  Vauruffler 
et  de  Rougé;  lesquelles  il  recognaist  tenir  du  dict  Comte  de  Laval,  veult 
et  entend  lui  faire  les  obéissances  et  redevances  accoustumées,  comme 
aussi  il  consent  la  terre  du  Boullet  déppendante  de  la  seigneurye  de 
Combour  estre  distraicte  et  qu*elle  ne  soict  aucunement  comprinse  en 
la  dicte  errection  de  marquisat  ;  mesme  ne  veult  aucunement  préjudioier 
aux  droictz  du  dict  oposant,  n'y  entreprendre  sur  la  grandeur,  dignité 


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i96  REVUE  DE  BRETAGI^Ë 

et  aactorité  et  tiltr^s  d'honneur  quy  liiy  sont  deuz  et  appartiennent  jus- 
tement, maya  entend  le  respecter  ^t  luy  'defférer  tousiours  et  en  toutz 
lieux  :  Arrest  de  la  dicte  court  du  21  de  mjrs  dernier  par  lequel  elle 
auroict  joinct  Tincident  formé  sur  les  dictes  secondes  lettres,  entre  les 
dictz  sieurs  de  Chateauneuf  et  de  Couasquen,  à  l'instance  d'opposition 
entreeux  pendante  pour  y  faire  droict  conjoinctement  ou  séparément  ainsi 
que  de  raison  :  Acte  de  comparution  par  devant  certain  conseiller  et 
commissaire  de  la  dicte  court  du  16™*  d'aougst,  an  présent,  par  lequel 
les  dictz  Comte  de  Laval  et  sieur  de  Couasquen  auroieni  été  sur  leurs 
requested  fins  et  conclusions  appoinctez  à  produire,  pour  leurs  estre 
faiot  droict  et  procéder.  Certaine  déclaration  laicte  par  llaistre  Michel 
Dugué  procureur  de  Dame  Philippe  d' Acigné,  femme  compatgne  espouse 
du  dict  de  Couasquen,  qu'il  veult  et  consent  pour  la  dicte  dame  que  la 
terre  et  seigneurye  de  Combour  à  elle  appartenante  soict  unye  et  incor- 
porée «udict  marquisat  de  Couasquen,  anciens  adveuz,  mandementz, 
tiltres  et  actes  produictz  par  les  dictes  partyes.  Et  tout  ce  que  a  esté 
mys  par  devers  la  dicte  court. 

Requestes  présentées  par  les  dicts  sieurs  de  Liaval  et  de  Chasteauneuf 
tendant  à  ce  que  Tinstruction  et  jugement  du  dict  procès  feust  renvoyé 
en  la  chambre  my  partye  ordonnée  par  l'édict  de  passifûcation.  Aultre 
requeste  dudict  sieur  de  Couasquen  par  laquelle  il  requtroîot  qu'il 
pleust  à  la  dicte  court  lui  faire  droict  sur  la  vérifûcation  de  ses  dictes 
lettres  et  ordonner  qu^il  jouira  du  bénéfice  des  dictes  lettres  du  jour  de 
IMmpétration  d'icelles;  les  dictes  requestes  mises  au  sac  par  ordonnance 
de  la  dicte  court,  conclusion  du  procureur  général  du  Roy  auquel  le  tout 
auroict  esté  communiqué  et  tout  considéré  :  La  dicte  court  a  ordonné  eV 
ordonne  que  les  dites  lettres  seront  leiies,  publiées  et  enregistrées  pour 
en  jouir  l'impénétrant  d'icelles  aux  charges  y  contenues  pour  le  regard 
des  terres  tenues  et  rellevantes  nuement  du  Roy  seullement;  et  du  jour 
de  la  présentation  dMcelles  lettres^  sans  préjudice  touttefois  des  opposi- 
tions formées  par  les  dictz  Comte  de  Laval  et  sieur  de  Chasteauneuf 
tant  en  son  nom  que  comme  garde  naturel  de  damoyselle  Marye  de 
Rieulx,  sa  fille,  dame  de  laBellière.  Incidents  pendants  entre  les  dictes 
partyes,  requestes,  demandes^  fins  et  conclusions  respectivement  prinses 
par  leurs  escriptures,  sur  lesquelles  les  dictes  partyes  se  pourvoiront 
ou  et  ainsy  qu'il  appartiendra....  Et  cependant  ne  sera  aucune  chose 
altérée,"  innovée  ny  immuée,  au  moyen  de  la  dicte  errection,  des  tenues 
féodales,  debvoirs,  obéissances  et  redevances^  exercices  ou  ressort  des 
juridictions,  degré,  ranc,  ordre,  presséances  et  honneurs  pour  le  regard 
des  dictz  opposantz  oultre  la  forme  et  faczon  qui  a  esté  tenue  et  gardée 
pour  le  passé.  Ains  demeurera  le  tout  en  son  premier  et  ancien  estât 
jusques  à  ce  qu'il  soict  (aict  droit  sur  les  dictz  oppositions  et  incidens. 
Prononcé  à  la  barre  de  la  Court  le  lO"*  jour  d'octobre  1576. 


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GOMBOUR  BT  SSS  SSICNBURS  19? 


6  Juin  1570. 


Accord  kntrs  lbs  seigmiurs  bt  damb  be  Coubtqubm  bt  d^Aciomé 

Par  lequel  le  dit  sire  d'Acigné  baille  la  terre  et  seigneurie  deCombour 
etc. ..  Audit  seigneur  et  dame  de  Couetquen  pour  demeurer  quitte  du  par- 
tage et  droit  naturel  appartenant  à  la  dite[dame  Philippe  d*Acignô  tant  es 
successions  de  ses  père  et  mère  que  aultres  successions  collatérales. 
Pour  8'opposer,estaindre  et  délecter  les  procès  et  disferans  meuz  et  pen- 
dans  en  la  Ck>ur  de  parlement  de  Bretagne  entre  haultz  et  puissans 
Jehan  sire  de  Couesquen  chcTallier  de  Tordre  du  Roy  et  capitaine  de 
cinquante  hommes  d'armes  des  ordonnances  de  Sa  Majesté  et  dame 
Philipes  d*Acigné  sa  compagne  et  espouze  vicompte  et  Vicomptesse  de 
Rogez  seigneurs  d'Uzel,  le  vaurufier,  la  houssays,  la  forays  mésange 
etc  demandeurs  en  exécution  d'accord  et  partage,  d'une  part,  et  hault 
et  puissant  Jehan  sires  d'Acigné  frère  germain  de  la  dite  dame  Phelip- 
peSy  aussi  Chevallier  de  Tordre  du  Roy  et  cappitaine  de  cinquante 
homme  d'armes  des  ordonnances  de  Sa  Majesté,  Baron  de  Gouetmen, 
llontejan,  Gombour,  SUlé  et  llallestroict,  vicomte  de  Loyat  etc  deffen- 
deur  en  la  dite  Instance,  d*autre  part  ;  sur  la  demande  faicte  par  les 
dicts  sire  et  dame  de  Couesquen  demandeurs  audict  sire  d*Acigné  du 
partage  et  droit  natuhrel  competant  et  apartenant  et  qui  compectè  et 
appartient  à  la  dicte  dame  d*Acigné,  tant  es  successions  de  deflfunct 
hault  et  puissant  Jehan  sire  d'Acigné,  aussi  cheTallier,  et  dame  Anne 
de  Montejan  ses  pères  et  mères  vivans  sieurs  et  dames  des  baronnyes 
et  vicomte  ci-dessus  déclarées  que  aultres  successions  colletérales  ja 
escheues  et  retournées  en  leur  dicte  tige,  de  la  dite  succession  desdicts 
delhinctz  sieurs  et  dame  d'Acigné,  pour  raison  de  quoy,  loeluy  sires 
d*Acigné  avoict  promis  et  s'estoict  obligé  faire  à  la  dicte  dame  Phelippes 
sa  sœur,  assiepte  du  numbre  de  deux  mil  quatre  cent  livres  de  rantes 
en  la  terre  et  vicompté  de  Tonquedec,  et  autres  terres  à  prendre  de 
proche  en  proche,  au  cas  qu'elle  ne  pourroict  suffire,  pour  TefTet  et 
exécution  de  laquelle  promesse  et  accord,  se  seroict  meu  et  poursuivy 
ledict  procès  auquel  les  dites  partyes  désirent  obvier...  paix  union  et 
amityé  entrelles  nourrir,  comme  entre  frère  et  sœur  ;  lequel  lyen 
d'amytyé  doibt  par  nathure  estre  entre  eux  perpétuel  et  indissoluble,  et 
pour  ce,  sachent  touz  que  par  nostre  court  royalle  de  Nantes  en  droict 
par  davant  nous  nottaires  jurés  et  receuz  en  icelle  ont  esté  présent  et 
personnellement  establiz  :  le  dict  sires  d'Acigné  de  sa  part  et  le  dict 
sires  de  Couesquen  et  la  dicte  dame  Phelippes  d'Acigné  sa  compagne  et 
espouze  à  sa  requeste  bien  et  deubment  authorisée  du  sires  de  Goues* 

Octobre  i908  fs 


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.198  '  ,       RBVUE  D«  BRETAÔNB 

quen  son  seigneur  et  mary  d'autre  part,  faisant  de  présent  leur  plus 
contynueile  résidanoe,  savoir  :  le  dict  sires  d'Acigné  en  sa  maison  sei- 
gneurial de  Fontenay  evescbé  de  Rennes  et  les  dits  sire  et  dame  de 
Couesquen  au  dict  lieu  de  Couesquen  evesché  de  Dol,  lesquelles  partyes 
et  chacune  après  s'estre  submisse  et  submettent  eux  et  leurs  biens  à  la 
jurisdiction  seigneurye  et  obéissance  de  la  dicte  Court  et  y  avoir  pro- 
rogé et  prorogent  de  juridiction  ont  esté  cognoissans  et  confessans  et 
par  ces  présentes  cpgnoissent  et  confessent  avoir  fait  et  font  en  noti 
présences  les  paction  transaction  et  accord  qui  ensuyvent  pour  lesquels 
présents  estre  et  demeurer  le  dict  sire  d'Acigné  quit^  générallement  et 
entbiërement  dudict  partage  et  droict  natburel  apppartenant  à  la  dicte 
dame  Phelippes  d'Acigné  sa  sœur  à  cause  des  dictes  successions  et 
entièrement  ;  et  accomplissant  le  dict  accord  cy  davant  faict  entre  les 
dites  parties  touchant  ledict  partage  et  droit  nathurel  tant  héritel  que 
mobilier,  que  mesme  des  successions  coUetrealles  et  autres  ja  escheues 
^ors  et  au  temps  dudict  accord  d'elles  signé  :  Poisson  et  Chauvyn  notai- 
res en  date  dn...  jour  de...  l'an  mil  cinq  cent  soixante...  et  aussy  de  la 
aucoession  de  deffunct  hault  et  puissant  François  d'Acigné  leur  frère 
commun  mort  et  déseldé  depuis  le  dict  accord.  Pour  le  regard  des  diè- 
ses quy  sont  situées  en  ce  pays  et  duché  de  Bretagne  seullement,  fruits 
levées  et  revenus  que  pourroinct  prétendre  les  d.  sire  et  dame  de 
Ck)nesquen  Jusquesà  ce  jour,  a  Icelluy  seigneur  d'Acigné  baillé,  cédé, 
quitté  et  délaissé  et  par  ces  présentes  baille,  cède  quitte  et  délaisse  à 
jamais  par  héritage  aux  dicts  sires  et  dame  de  Couesquen  acceptant^  la 
baronnye  et  seigneurye  de  Combour,  Houliet,  Tremehin*  le  Plessis 
Tespine,  Qoguerès  et  aultres  appartenances  et  deppendances  de  la  dicte 
terre  de  Ck)mbour  générallement  et  enthièrement  sans  aulchune  réser- 
vation en  £aire>  pour  en  jouir,  faire  et  disposser  à  l'ad venir,  comme  bon 
bur  semblera,  et  ainsi  que  en  jouissoict  le  d.  deffunct  François  d*Aci- 
gné  lors  de  son  deceix  et  avecques  les  charges  quMl  estoiot  tenu  faire 
et  poier  à  cause  de  la  d.  terre  et  seigneurie  de  Combour,  et  mesme  a 
le  dict  sire  d'Acigné  baillé,  et  délaissé  un  acquestz  faictz  par  le  d. 
deffunct  Françoys  d'Acigné  et  annexez  à  la  dicte  terre  de  Combour 
sçavoir:  la  dicte  terre  de  Tremehin  et  autres  au  Montz,  de  ce  ont  les 
dicts  sires  et  dame  de  Ck>uesquen  sembiablement  baillé,  rendu,  quitté 
et  délaissé  aud.  sieur  d'Acigné  la  dicte  terre  et  vicompté  de  Tonquédec 
quite  et  indémpne  de  toutes  charges  et  impositions  qui  pourroict  avoir 
par  eux  mises  et  imposez  sur  iceile,  moyennant  toutte  fois  la  somme  de 
deux  mil  livres  toumoys  que  le  d.  sire  d'Acigné  sera  tenu  et  a  promis 
payer  aux  dicts  sires  et  dame  de  Couesquen  dedans  troys  mois  prochains 
venanset  ont  voullu  et  accordé  les  d.  partyes  jouir  et  disposer  dores- 
navant  au  temps  advenir  des  d.  choses,  sçavoir  :  le  dict  sire  d'Acigné 
de  la  d.  Vicompté  de  Tonquédec  et  les  d.  sires  de  Couesquen  de  la  d. 


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COMBOUR  ET  SES  fifilONBURS  199 

ûNToony*  et  appartenancci  de  Ck)mboar  # nsembiè  du  béstiftl  qui  pMlt 
estre  èf  mestaynet  de  obaoune  deed.  terres  et  sei^oeuryei,  et  poutroitt 
ebaeira  d'eux  faire  prendre  et  enleTer  les  firatetz  et  graine  qui  auront 
e»ié  cy  dayaot  recueiUiz  et  eonter?ez  esdits  lieux  i*auchuni  eont  et  est 
d)ct  et  aeoordé  entre  les  d.  parvyes  que  ou  le  d«  aire  d'AcIf  né  Bé  pou*- 
roiot  euthièrenient  faire  les  d.  sires  et  dame  de  Couesquen  deed.  aequestz 
iaiots  par  le  d.  defiunt  François  d'Acigné  et  damoiselle  Anne  de  MoiH- 
bourcber  sa  compagne  s'aucbuas  sont  et  d'autant  qu'elle  y  serolet  fttu*- 
dée  k  prétendre  aulehun   droict,  en  ce  cas  lesd.  sires  et  dame  de 
Couesquen  n'en  pouroiot  prétandre   auchun  «tomnuige   ne  interestx 
eontre  le  d.  sires  d'Acii^né,  ains  sera  seulement  tenu  leur  faire  assiepte 
sur  sa  terre  et  seigneurie  de  Quér  de  pareil  nombre  de  rente  et  revenu 
annuel  que  la  d.  de  Monbourober  en  pourroict  emporter  et  ce  à  e#^rd 
de  deux  amys  communs^  lesquels  ils  cboisiront  d'un  commun  accord  et 
consentement,  ou  par  priseurs  nobles  et  cordeleurs,*  sy  le  cas  le 
requiert,  et  où  ils  n'en  pouroinct  autrement  accorder  et  mesmes  est 
convenu  entre  eulx,  où  cas  que  le  d.  sire  d*Acigné  serolct  contrainct, 
ce  qu'il  évitera  à  son  pouvoir,  faire  assiepte  de  douère  à  la  d.  de  Mon^ 
bourcber  en  la  d.  terre  de  Combour,  les  d.  sire  et  dame  de  Couesquen 
auront  seullement  par  main,  pareil  nombre  de  rente  que  elle  en  pourra 
praudre  sur  la  dicte  terre  que  le  dict  sire  4'Acigné  sera  tenu  leur  bailler 
et  assigner  sur  la  reœpte  de  la  d.  terre  et  apartenance  de  Guer  durant 
la  vie  de  la  dite  douairière,  payable  par  les  mains  du  fermier  ou  recep* 
teur  de  la  dicte  terre  de  Guer  et  partant  et  moyennant  ce  que  dessus 
sont  et  demeurent  les  dictes  partyes  et  cbacunes  respectivement  quites 
les  ungs  envers  les  autres  de  touttes  actions  et  demandes  meues  et  à 
mouvoir   toucbant  le  dict  partage   droict  naturel   et  entbièrettent 
d*accord  et  tous  procès  reiettôz  et   assopiz  mesme  pour  le  regard 
des  )oui8sanoeS|  fruictz,  levées,  revenuz  et    areraiges  que  eussent 
peu  y  prétandre  les  d.  sieur  et  dame  de  Couesquen  a  raison  de  ce  que 
dessus.  Lcpquelsont  prins  et  accepté  lad.  terre  et  seigneurie  de  Oombour 
appartenances  et  deppendances  .d'icelle  pour  toutte  prise  reçeue  et 
avallttée  à  la  concurance  et  pour  le  partage  et  droict  natburel  de  la  dide 
dame  Pbelippes,  tant  beritel  que  mobilier  des  d.  successions  des  d. 
deffuncts  père  et  mère  et  aultres  successions  ôolletrealles  escbeues  du 
temps  du  dict  accord,  ensamble  de  la  d.  succession  du  d.  Prançoys 
d'Aeigné  comme  dict  est  ;  lesquels  sire  et  damç  de  Couesquen  ne  seront 
et  ne  demeureront  tenuz  de  payer  et  acquitter  auleunes  debtes  de  la 
communetté  desdicts  deffunotz  sieur  et  dame  n'Acigné«  Ains  est  et 
demeure  tenu  et  chargé  le  d.  sieur  d'Acigné  les  paier  et  acquiter,  ainsy 
qu'il  Voira,  et  a  promis  en  acquiter  et  descharger  les  d.  sire  et  dame  de 
Ck>uesquen,  ensemble  leur  faire  et  porter  bon  et  loyal  garantage  vers  et 
contre  touttes  personnes  de  la  d.  terre  et  seigneurye  a4i>partenances  et 


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200  REVUE  DE  BRETAGNE 

dépendances  de  Combour»  à  îamais  par  héritage  ainsain  qall  raoroict 
baillée  et  délaissée  an  d.  defPùnct  François  d'Acignéànsage  ou  autrement 
et  d'ioelle  terre  et  appartenance  s'est  iceiuy  sire  d'Acigné  dès  à  présent 
desaisy  et  departy,  tant  de  la  proprietté  que  possession  pour  et  au  profit 
des  dicts  sire  et  dame  de  Couesqoen  et  leurs  hoirs  successeurs  et 
causéans  et  pour  les  meptre  et  induire  en  la  réelle  possession  d'icelle 
terre  et  appartenance  a  institué  et  estably  son  procureur  epecyal  noble 
homme  Jehan  de  Quelmé  sieur  de  Lannay  Bienassis,  ayecq  tout  pouvoir 
pertinant  quant  à  ce  et  a  le  d.  sire  d'Acigné  promis  rendre  et  meptre 
entre  les  mains  desdicts  sire  et  dame  de  Gouesquen  les  lettres,  tiltres  et 
renseignements  concernans  et  faisant  mention  des  rentes  debvoirs  et 
obéissances  denes  sur  et  par  cause  de  la  d.  terre  et  appartenances  de 
Combour,  et  autres  lett:  es  faisant  mention  d'icelle.  Et  tout  ce  que  dessus 
Tout  les  dictes  partyes  et  chacune  ainsy  voullu  et  consenty,  promis  et 
luré  pér  leur  serment  et  foy  tenir  et  loyallement  accomplir  sur  Tobliga- 
tion  de  tous  et  chacuns  leurs  biens  présents  et  advenir  sans  aller  ny 
venir  allencontre  en  manière  que  ce  soit,  ainsi  y  ont  respectivement 
^enonczé  et  renonczent  et  au  droict  de  faire  généralle  renoncziation  non 
valloir  fors  en  temps  qu'elle  seroict  expressément  spécifiée  et  dirisée» 
mesme  la  d.  dame  Phelipes  d'Acigné  au  droit  Yelleyen,  a  l'espitre  Divi 
Adriani,  à  l'antentique  si  quà  mulier  et  à  tous  aultres  droicts  fluctz  et 
introduictz  pour  et  en  faveur  des  femmes  luy  donné  à  entendre 
par  nous  notaires  ce  qui  luy  peut  ayder  ou  nuyre»  nous  parunt 
de  leurs  communs  consentements  et  requestes  y  ont  par  nous  estes 
jugez  et  condemnéz,  jugeons  et  condempnons.  Donné  de  ce  tesmoing  le 
scel  establys  aux  contractz  de  la  dite  court.  Ce  fuct  faict  et  le  gré  prins 
au  lieu  et  manoir  noble  do  la  Varainne  paroisse  dudict  Mésange,  en  pré- 
sence de  haute  et  puissante  dame  Jeanne  du  Plessix  dame  de  la  Bour- 
gongnière,  etc.  compagne  et  espouze  du  dit  sieur  d'Acigné,  et  de  nobles 
hommes  René  Gaultier  sieur  de  Chauvigner  le  dit  Jean  de  Quelmé  sieur 
de  LAunay  Bienassis,  Pierre  Tremblaye  sieur  de  la  Jousselinaya,  Raoul 
de  Goulayne,  J.  de  la  Tour,  François  Le  Qras,  sieur  d'HervlUe,  If*  Guil- 
laume Le  Large  licencié  en  droict,  prevost  d'Ancenis  et  Gilles  Bruneau 
aussy  licencié  en  droiotz,  séneschal  d'Oudon,  le  seixiesme  jour  de  juing 
l'an  mil  cinq  cent  soixante  et  dix  ;  ainsin  signé  au  registre  :  Jehan 
d'Acigné,  Jehan  de  Gouesquen,  Jehannedu  Plessix,  Phelippes  d'Acigné, 
Jehan  de  Quelmé,  P.  Tremblay,  Raoul  de  GouUayne,  François  Le  Gras, 
Le  Large,  G.  Bruneau,  P.  Gaultier,  G.  Bidon  nottaire  royal  et  Bruneau 
aussy  notaire  royal  vers  lequel  est  demeuré  ledict  registre. 

Par  copie  et  transcrimpt  collation  fidellement  faict  à  Taultant  prins 
sur  Toriginal  de  Tacocrd  et  transaction  dont  là  copye  est  oy  dessus 
escripte,  faicte  par  nous,  notaires  royaux  à  Dinan  sur  la  présentation 
nous  faicte  de  laultant  dudit  acord  escript  sur  parchemyn,  par  eseuyer 


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^jlK^ 


GOMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS  201 

JeanGarnier  sieur  des  Moulins  porteur  d'ioelluy  oontract  icelluy  trans- 
crimpt  itiy  déclaré  pour  serrir  de  cop3re  aux  seigneur  et  dame  de  Ceues- 
quen  ou  estre  debrra.  Paiot  par  nostre  dicte  court  soubx  le  scel  d'ioelle 
ledict  Micbd  Duchesne  notaire  ayecqnes  le  seing  du  dict  sieur  des 
Moulins  ce  septième  jour  de  décembre  mil  cinq  cent  quatre  ringt  dix 
neuS.  Superligne  Collation.  Duchesne,  J.  Garnier,  Jac  Delaunay. 

(il  siUvre) 

Paul  de  la  Bigne. 


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GALERIE  DES  ILLUSTRATIONS  BRETONNES 


LE   CARDINAL   RICHARD 


■■^AAAAAAAAAAA^^*^ 


Le  cardinal  Richard  était  Breton,  il  a  longtemps  vécu  en  Bre- 
tagne, il  a  écrit  la  vie  des  saints  bretons,  il  s*est  toujours  intéressé 
aux  œuvres  et  aux  choses  bretonnes  :  nous  ne  pouvons  le  lais- 
ser disparaître,  sans  lui  rendre  l'hommage  de  vénération  qu'il 
mérite  dans  cette  Revue  de  Bretagne  dont  il  fut,  en  passant,  le 
collaborateur  et  souvent  le  lecteur. 

Le  cardinal  Richard  fut  d'abord  le  vicaire  général  de  M*^  Jac- 
quemet,  évoque  de  Nantes,  le  prélat  le  plus  distingué  que  nous 
ayons  connu  et  Tun  des  plus  grands  évoques  du  XIX^  siècle.  Il 
raccompagnait  ordinairement  dans  ses  tournées.  C'est  alors  que  je 
me  souviens  de  l'avoir  vu,  pour  lapreoaiôre  fois,  aune  confirmation 
paroissiale  de  campagne.  J'étais  enfant  et  je  n'oublierai  jî^mais 
rimpressien  saisissante  de  cette  figure  de  saint.  Elle  m'apparatt 
encore  haute  et  mince,  dans  sa  maigreur  d'ascète,  avec  le  front 
déjà  incliné,  les  joues  creuses,  les  yeux  et  la  bouche  imprégnés 
d'une  expression  de  piété  intime  et  ce  grand  nez  à  la  saint  Charles 
Borromée  si  caractéristique.  Prêtre  modèle,  théologien  savant  et 
sûr,  l'abbé  Richard  était  un  administrateur  remarquable,  aussi 
ferme  que  sage.  Il  fut  formé  à  bonne  école,  car  M*^  J^icqcemet 
était  lui-môme  un  gou\erneur  d'élite,  et  le  diocèse  de  Nantes  lui 
doitd'ôtre  ce  qu'il  est  encore  aujourd'hui,  Tun  de^  plus  régu- 
liers du  monde.  Ce  dernier  aurait  voulu  avoir  son  gr^nd-vicaire 
comme  coadjuteur  :  aux  démarches  indirectes  qu'il  tenta^  le  gou- 
vernement du  Second  Empire  qui  n'aimait  pas  les  têtes  hautes 
dans  Tépiscopat,  répondit  qu'il  ne  tenait  pas  à  un  second 
Jacquemet. 

Lorsque  Tabbé  Richard  fut  nommé  évoque  de  Belley,  lorsque 
le  peuple  le  vit  officier  avec  ce  recueillement  profond,  cet  air 
apostolique,  cette  onction   suave  et  douce  qui  rappelait  saint 


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LE  CARDINAL  RICHARD  201 

François  de  Sales,  eoti  patron,  et  donnaiéâi  à  toute  sa  personne 
un  reflet  céleste,  il  n'y  eut  qu'une  voix  pour  dire  :  «  C'est  le  curé 
d'Ars,  devenu  évdque.  *  Il  ne  flt  que  passer  et  cependant,  au  té- 
moignage de  Mf  Luçon,  vingt  et  trente  ans  aprës  son  départ, 
il  suffisait  de  prononcer  le  nom  de  M^  Richa;*d  pour  réveiller  le 
dévot  souvenir  des  fidèles  (1).  Un  siège  d'honneur  l'appelait  k 
Paris  où  il  devait  exercer  le  pontificat  comme  coadjuteur  du 
cardinal  Ouibertet  comme  archevêque,  pendant  trente-trois  ans, 
en  répandant  toujours  autour  de  lui  ce  même  rayonnement  de 
sainteté.  «  On  appelait  le  cardinal  Guibert,  le  grand  cardinal,  et 
le  cardinal  Richard,  le  saint  cardinal  »,  a  dit  M.  l'abbé  Odelin^ 
son  vicaire  général  (2). 

A  Paris,  comme  à  Belley  et  à  Nantes,  il  était  entouré  de  la 
vénération  populaire.  Je  l'ai  vu  tr^aversant  la  place  de  Saint-SuU 
pice,  après  une  cérémonie  d'ordination  ;  les  gens  du  peuple 
accouraient  pour  le  regarder  :  plusieurs  se  mettaient  à  genoux, 
afin  de  recevoir  sa  bénédiction.  Aussi  humble  sous  la  robe 
rouge  que  sous  la  soutane  noire,  l'attitude  recueillie^  les  mains 
croisées,  la  tôte  courbée,  l'air  méditatif,  il  marchait  visiblement 
en  la  présence  de  Dteu,  sans  dueune  curiosité  de  l'entourage  : 
c'était  vraiment  un  ange  eur  terre,  l'ange  de  l'Eglise  de  Paris. 

Il  ne  faudrait  pourtant  pas  s'imaginer  là-dessus  que  ce  dévot 
prélat  ne  fut  pr^a  un  homme  pratique  et  que,  tout  en  vivant  plus 
au  ciel  que  sur  terre,  il  ne  s'occupât  point  des  choses  humaines. 
«  tl  possédait  à  fond  la  science  de  son  étftt,  écrit  encore  l'abbé 
Odelin,  M<>  Barboux  ayant  dû  se  mettre  en  rapport  avee  lui  h 
propos  du  legs  Bernay,  intéresi^ant  les  fabriquas  du  diocèse  me 
disait  !  «  On  m'avait  représenté  le  cardinal  comme  un  ascète 
ignorant  les  choses  de  ce  monde,  il  connaît  et  traite  les  affaires 
comme  personne,  et  sait  le  droit  ecclésiastique  comme  un  juris» 
consulte.  »  C'est  co  qui  faisait  dire  à  M.  Icard,  supérieur  général 
de  Saint-Sulpice  :  «  Dp  tous  les  évèques  de  France,  le  cardinal 
Richard  est  celui  qui  connaît  le  mieux  son  métier  (3).  n  II  n'était 
pas  un  grand  politique,  et  cependant,  à  l'époque  du  ralliement 
qui  divisa  les  catholiques,  au  lieu  de  les  rallier,  et  qu'il  crut 
devoir  accepter  par  discipline  ecclésiastique,  il  avait  eu  Tidée  de 

(t)  Oraison  funèbre  du  cardinal  Richard,  par  S.  E.  le  cardinal  Lnçon.  arche- 
Téqoede  Reims. 

(2)  Voir  le  Correspondant  du  10  avril,  p.  448. 

(3)  Voir  le  Correspondant  cité  déjà. 


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204  RIVUE  DE  BRETAGNE 

constituer  VVnion  de  la  trance  chrétienne;  pour  réunir  bien  plus 
sûrement  les  catholiques  sur  le  terrain  religieux  et  légal,  en 
dehors  des  partis  politiques.  On  tend  à  y  revenir  aujourd'hui, 
sur  un  mot  d'ordre  de  Pie  X.  Le  cardinal  Richard  n'avait  d'ail- 
leurs ni  la  force  de  caractère,  ni  la  force  de  tempérament  qu'il 
eût  fallu  pour  devenir  un  chef  de  parti  catholique  en  France 
comme  on  en  a  vu  en  Allemagne.  Ce  n'était  pas  un  saint  Am- 
breise.  Cela  n'empêche  qu'il  sut  résister  plus  énergiquement 
que  beaucoup  d'autres  et,  dès  la  première  heure,  à  la  Loi  de 
séparation  :  «  Cette  organisation,  disait-il,  est  une  Constitution 
laïque  de  l'Eglise  :  elle  ne  peut  point  passer,  elle  ne  passera  ja- 
mais. »  Il  avait  le  jugement  trop  droit  pour  s'y  méprendre,  à 
rencontre  de  tant  d'autres  évoques  auxquels  le  Pape  dut  ouvrir 
les  yeux  par  sa  foudroyante  Encyclique.  Il  temporisait,  il  transi- 
geait jusqu'à  l'extrême  limite,  mais  il  ne  céda  jamais  sur  les 
questions  doctrinales,  ni  sur  les  principes  constitutifs  de  la  Sainte 
Eglise.  Lorsque  sa  science  théologique  et  sa  conscience  lui  im- 
posaient une  décision,  rien  ne  pouvait  le  faire  reculer  :  le  Breton 
reparaissait  sous  son  doux  entêtement,  comme  on  Ta  dit. 

Le  cardinal  Richard  était  resté  Breton  de  cœur  :  il  n'oublia 
jamais  ses  chers  Nantais  ;  il  les  revoyait  avec  joie,  il  encoura- 
geait cordialement  toutes  les  associations  bretonnes  de  Paris;  il 
avait  voulu  donner  une  place  privilégiée  à  sainte  Anne  et  à  saint 
Yves  dans  l'église  du  Vœu  National.  Il  saisissait  avec  empres- 
sement toutes  les  occasions  de  revenir  au  pays  breton,  pour  les 
grandes  cérémonies  religieuses,  les  pèlerinages,  les  couronne- 
ments de  Vierges,  les  consécrations  d'églises  comme  celle  de 
Saint-Anne  d'Auray,  toutes  ces  manifestations  populaires  où 
résonnait  le  refrain  de  son  pieux  cantique  :  Catholique  et  Breton 
toujours!  Le  saint  cardinal  était  là,  dans  son  élément,  en  compa- 
gnie des  saints  bretons  auxquels  il  ressemblait  et  qu'il  a  dû 
rejoindre  au  Ciel,  après  avoir  aimé  Dieu  comme  eux,  suivant  sa 
belle  devise  empruntée  à  la  Bienheureuse  Françoise  d'Amboise  : 
Faictes  sur  toutes  choses  que  Dieu  soit  le  mieux  aimé! 

V»  HiPPOLYTE  LE  GOUVBLLO. 


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L 


SAINT-MARS-LÀ-JAILLE 

ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS 

(Suite  '). 

LISTE   SOMMAIRE 
Des    seigneurs    de    Saint-Mars-La-Jaille 


1"*  Lbs  Sbionburs  de  MARS,  mbmbrbs,  p^nsons-noub,  db  l4 
MAISON  DB  Vritz,  (1070  à  1192  circa). 

XI^'XIP  siècle. 

Gauscblin  db  Mars  (1070,  circa)  (2). 

Pévribr  db  Mars  (1105-1142). 

Hugo,  fils  de  Février,    id. 

VrviBN  DB  Mars,  frère  de  Février  (1142). 

ViviBN  DB  Marz  (en  1183). 

2o  DE  VERIS,  ou  DE  VRITZ  (1192-1245). 

Nous  les  trouvons  possédant  des  terres  voisines  de  celles  des 
seigneurs  de  Mars  à  la  môme  époque.  Une  partie  de  ces  terres 
font  partie  également  de  la  paroisse  de  Saint-Médard,  ou  Saint- 
Mars-r  Olivier. 

XII' XII  fi  siècle. 

Olivibr  II  DB  Vritz,  chevalier  (1177  à  1192). 

Olivibr  III  DB  Vritz,  son  flis  (vers  1200). 

BâATRix,  flUe  du  précédent  épouse  de  Geoffroy  de  Beaumortier . 

Chotard  de  Vritz,  chevalier  (1212-1243-1245). 

(i)  Voir  la  Revue  de  septembre  1908. 

(a)  Toutes  les  dates  entre  parenthèses  sont  celles  auxquelles  nous  avons 
trouvé  une  mention  du  personnage  en  question,  dans  des  dociunents  dt; 
répoque,  documents  que  nous  citerons  plus  loin. 


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206  REVUE  DE  BRETAGNE 


3*»  DE  LA  JAILLE  (1250  (circa)  à  1429). 

«  D'azur  à  la  eroix  ftettie  H  alaisée  »  f  sceau  de  1196). 

Les  membres  46  cette  maison  entrent  en  possession  de  Saint- 
Mars,  soit  par  le  mariage  ^'Yves  Vil  de  la  J aille  ^yec  a  Hortenseii 
qui  serait  de  la  maison  de  Vritz  (?)  soit  par  le  mariage  de  Yves 
y  111  avec  Marguerite  dé  Chdteaubriant,  La  première  hypothèse, 
très  vraisemblable,  nous  donnerait  comme  ayant  possédé  Saint- 
Mars-la-Jaille  : 

XI W  siècle 

YvoN  VII,  dit  des  Moustiers  (en  1201  j,  épousa,  avant  1220,  Hor- 
tense  (de-Vritz  ?)  et  mourut  vers  1244.  Son  flis  :  , 

YvoN  VIIIi  (vivanVen  l:je44-1848-1249)  épousa,  vers  1252,  Margue- 
rite ou  Marquise  de  Châleaubriant,  flUe  de  Geffroy  et  de  Sybille. 
Il  vit  encore  en  1263. 

YvoN  IX  DB  L4  J  AILLE,  fllsdu  précédent,  lejpremier  de  sa  maison 
mentionné,  d'une  façon  certaine,  comme  seigneur  de  Saint-Mars, 
en  1275,  époque  de  son  mdiriage  a,yec  Marthe  de  la  Motte^  mourut  le 
24  juin  1294. 

YvoN  X,  son  fils,  seigneur  de  Saint-Mars  et  delà  Jaille,  épousa 
Ysabeau  de  Coesmes,  et  mourut  en  1299.  Son  fils, 

XIV'  siècle 

YvoN  XI,  de  la  Jaille^  mineur  en  1300,  sous  la  tutelle  de  son 
oncle  Briand  (1322-1333)  épousa,  en  1317,  Marguerite  de  Roche  fort 
et  périt  le  18  juin  1347,  à  tel  bataille  de  la  Hoche-Derrien,  Son  SU, 

YvoN  XII,  n^  en  1325,  reconstruisit  le  château  de  Saint^Mar»-la« 
Jaille,  entre  1360  et  1371.  Il  épousa  A/ari>  de  Maihay,  vers  1344. 

Jean,  ou  Jkhan  de  la  Jaille  (1395-1399-1404-1420-1429).  Il  mou- 
rut avant  1429,  sans  alliance,  ou,  tout  au  moins,  sans  postérité. 
Sa  nièce, 

XP  siècle 

Marguerite  de  la  Jaillë,  dernière  héritière  de  la  branche 
aînée  de  sa  maison,  porte  cette  seigneurie  dans  celle  delà  Porte- 
Vezios  par  son  mariage,  en  1400,  avec  Bardouin  II  dêlaParie^ 
chevalier,  baron  de  Vezine. 


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SAINT-MARS-LA-JAILLE  ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  207 


4^  DB  lA  PORTB  VEZIN8  (1420  k  1536). 

XV  siècle 

«  De  gueules  à  un  croisianl  montant  eThemUnes  neareelé  (for  ». 

BAiiDouiN  II  PB  LA  PoRTR,  b^roD  de  Veeins,  époos  de  Morgue- 
riiedelaJailUy  dama  de  la  Haie,  paroisse  do  Saint^Mmra  rOli' 
yier  et  de  la  Provostière  en  Bonnœuvre  (1400*140(^i420)i  possède 
Saint-Mars  à  dater  de  1429. 

JsAU  II  Dt  hK  PoET«,  leur  flis,  épouse,  en  1435,  iifaritftfe/I^ftix, 
d'où  une  seule  fllle,  Biatrix^  décédée  sans  hoirs,  vers  14B0. 

François  db  la  Porte,  frère  de  Jean  est,  en  1478,  seigneur  de 
S^int'Mars,  et  mourut  vers  et  avant  1503, 

XVl^  siècle 

Jban  III  DE  LA  PORTE;  SOU  fils,  lui  succèdo  à  Saint-Mars  avant 
1513.  Il  épouse  J$ann$  Thomas  d'Or$on^  d'où  une  seule  fille  : 
(1531-1533). 

Marthe  de  la  Port«,  qui  lui  succède  dans  la  possession  de 
Saint-Mars,  et  porte  cette  terre  en  la  ma'son  le  Porc,  par  son 
mariage,  le  15  juin  1535,  avec  François  le  Pore  seigneur  de 
VArctupL 

6».LE  PORC  DE  LA  PORTE -^(1535  à  1506) 

XVl^  siècle 

«  IXor  au  sanglier  de  sable  en  furie  »  (sceau  de  1420), 

François  lb  Porc,  seigneur  de  TArchapt,  baron  de  Charné, 
connétable  de  Nantes,  en  1549,  époux  de  Marthe  de  la  Porte,  en 
1535  (1548)  d'où  six  enfants. 

Jacques  le  Porc  ob  la  Ports,  son  flis,  lui  succède.  Il  épousa  : 
1®  en  1556,  Marguerite-Claude- Anne  de  la  Noue;  2?  en  1578, 
Louise  de  Maillé  deLathan,  et  mourut  en  1585. 

Marquibb  le  Porc  de  la  Porte,  fllle  du  second  mariage  de 
Jacques  le  Pore,  hérite  de  la  terre  de  Saint-Mars  et  la  porte  dans 
une  autre  maison  par  son  mariage,  en  1596,  avec  Claude  de  Bou-» 
rigan  du  Pi^  seigneur  d'Orvault. 


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208  RBYUB  DE  BRETAGNE 


6*  DE  BOURIGAN  DD  PÉ  (1506  à  apr^5 1640) 

XVUl^  siècle 

«  De  guetUes  à  trois  lionceaux  d^ argent  ». 

Claude  de  Bourigan  du  Pé,  seigneur  d'Orvault,  seigneur  de 
Saint-Mars  la  Jaille,  époux,  en  1596,  de  Marquise  Le  Porc  de  la 
Porte  (1600-1606-1621). 

Charles  db  Bourigan  du  Pé,  leur  fils,  baptisé  en  1603,  épousa, 
en  1633,  Prudence  Boutin^  et  reçut,  en  1632,  la  seigneurie  de  Saint- 
Mars  que  sa  mère  posséda  jusqu'à  cette  époque.  Il  vivait  encore 
en  1673. 

Armand  de  Bourigan  du  Pé,  fils  de  Charles,  est  héritier  de 
ses  terres,  dont  celle  de  Saint-Mars  (1690-1694).  Il  épousa  Claude- 
Louise  Viau  de  la  Chotardière. 


?•  LE  PETIT  DE  VERNO  (1656-1661) 

XV  11^  siècle 

<c  De  sable  à  la  bande  d argent  chargée  d'un  lion  de  gueules  armé 
et  lampassé  d'or.  » 

Henri  Le  Petit  de  Verno,  marquis  de  la  Chausserais,  pos- 
sède, en  1656,  la  châtellenie  de  Saint-Mars  de  la  Jaiile  (1661- 
1675).  Il  la  vendit,  en  1661,  à  Claude  de  Santo-Domingo. 

8*  DE  SANTO-DOMINGO  (1661  à  1670  circa) 

XVIP  siècle 

«  D'azur  à  la  bande  dor  engoulée  de  deux  têtes  de  dauphin  de 
même  ». 

Claude  de  Santo-Domingo,  seigneur  de  Villeneuve,  de  Saint- 
Mars-la-Jaille,  de  la  Bouvraye,  etc.,  épousa  Marie  de  Rocheran- 
Il  était  né  vers  1623,  et  mourut  le  1^'  avril  1613.  Ce  fut  le  7  octobre 
1661,  qu'il  acheta  la  châtellenie  de  Saint-Mars-la-Jaille^  mais  il  la 
revendit  avant  1670  aux  Constantin. 


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SAINT-MARS-LA'JAILLR  BT  SBS  ANCIENS  SEIGNEURS  309 

9*  CONSTANTIN  DE  MONTRIOU  (1670-1713) 
XVII^  siècle 

«  D'azur  à  un  rocher  d'or  mouvant  (tune  mer  d'argent.  » 
Jagqubs  Constantin,  II*  du  nom,  écuyer,  seigneur  d'Aulnay, 
né  en  1624,  est,  dès  1670,  qualifié  seigneur  de  Saint-Mars.  Il 
épousa  Marie  François,  dont  il  eut  seulement  deux  filles.  Jacques 
mourut  avant  1696,  et  sa  femme  décéda  le  19  janvier  1705. 

Marib-Annb-Qabriellb  Constantin,  fille  aînée  des  précédents, 
porta  la  terre  de  Saint-Mars  dans  la  maison  Perron  de  la  Fer- 
ronnays  par  son  mariage,  le  23  mars  1697,  avec  Pierre- Jacques 
Ferron,  écuyer,  seigneur  de  la  Perronnays,  en  Calorguen,  évôché 
de  Saint-Malo. 

10*  PERRON  DE  LA  PERRONNAYS  (1713  a  nos  jours) 

XVII'  siècle 

«  D'azur  d  six  billet  tes  d'argent^  5^  2  et  l^au  chef  de  gueules^ 
chargé  de  trois  annelets  d'or  »  (Sceau  1371). 

Pibrrb-Jagqubs  Pbrron,  écuyer,  seigneur  de  la  Perronnays, 
en  Calorguen,  colonel  d'un  régiment  dUnfanterie,  devient  sei- 
gneur de  Saint-Mars-la-Jaille,  par  son  mariage,  le  23  mars  1697, 
avec  Marie-Anne-Gabrielle  Constantin.  Ils  possèdent  cette  sei- 
gneurie en  1713.  Leur  fils  aîné, 

XVIW  siècle 

Pibrrb-Jagqubs- Louis- Auguste  Pbrron,  marquis  de  la  Per- 
ronnays^ maréchal  de  camp,  leur  succède  dans  celte  possession. 
11  naquit  en  1699  et  épousa,  le  14  décembre  1722.  Françoise-Renée 
Le  Clerc  des  Emereaux.  Il  mourut  le  li  février  1753;  sa  femme 
Ini  survécut  jusqu'en  1778. 

Pibrrb-Jaoqubs-Prançois-Louis- AjjGusTB  Perron  de  la  Perron- 
nays, leur  flls  et  successeur,  naquit  en  1724,  et  épousa,  le  28  jan- 
vier 1754,  Charlotte-Jacqueline- Joseph  de  Marnay  de  Saint- André 
de  Vercel.  Il  mourut  le  5  novembre  1786.  De  ce  mariage  naquit 


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110  RBVUB  DE  BRETAGNE 

X7X«  siècle 

Pierre -Jacques- François -Loms-JoôtPH*  Augubtk  Perron, 
comte  de  la  Perronnays,  seigneur  de  Saint-Mars-ia-Jarllej  né  en 
1757,  décédé  le  9  juillet  1838.  Il  avait  épousé  Louise-Julie  Char- 
lotte de  Lostange,  qui  mourut  le  31  mars  1828.  Ils  laissaient  uoe 
fllle  : 

Louibe-Marib-Adélaïde-Qabribllb  Perron  de  la  Perronnays 
qui  hérita  de  la  terre  de  Saint-Mars-Ia-Jaille,  et  épousa,  en  la 
paroisse  de  ce  nom,  le  22  novembre  18^6,  Pierre- Jean- Baptiste 
deGosset,  colonel  nn  retraite,  chevalier  de  Saint-Louis,  qui  mou- 
rut le  14  août  1829.  Sa  femme  lui  survécut.  Née  en  1785,  elle 
mourut  le  22  avril  1856,  sans  postérité. 

La  terre  de  Saint-Mars  échut  alors  à  son  neveu,  le  comte 

Augustè-Pibrrb-Marib  Perron  de  la  Perronnays,  né  à 
Saint-Malo  le  4  décembre  1777,  mort  à  Rome,  le  17  janvier  1842, 
Il  lut  ministre  sous  Charles  X  et  ambassadeur  en  Danemark 
(1817),  en  Russie  (1819-1827)  et  à  Rome  (1830). 


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SMNT-MARS-LA-JAlLLg  ET  SBS  ANCIENS  SEIGNEURS  Ml 

NOTICES  HISTORIQUES  ET  GÉNÉALOGIQUES 

Sur  les  MAisons  dont  un  ou  plusieurs  membres  ont 
possédé  la  châtellenle  de  Saint-Mars-La-Jaille 


MAISON  DE  VRITZ 

Le  âef  de  Mars  semble  avoir  été  un  membre  de  la* seigneurie 
de  Vritz,  en  latin  Veris.  Toujours  esMl  que  les  seigneurs  de  ce 
nom  en  deviennent  possesseurs  dès  la  fin  du  XII*  siècle.  La 
châtellenie  de  Vritz,  considérée  comme  châtellenie  d'ancien- 
neté (1),  relevait  de  la  seigneurie  de  Gornuaille,  de  la  châtelle- 
nie de  la  Motte  et  Chap^Ue-Glain  (2)  et,  par  celle-ci,  de  la  baron- 
nie  d'Ancenis.  Elle  avait  droit  de  haute,  moyenne  et  basse  jus- 
tice. Lach&telleniede  Vritz  comprt^nait  le  territoire  de  la  paroisse 
de  ce  nom,  et  une  partie  de  celle  de  Saint-Mars.  C'est,  croyons- 
nous,  à  un  Olivier,  seigneur  de  Vritz  qu'elle  dut  son  nom  de 
Saint-Médard  deTOlivieriS).  La  maison  de  Vritz  est  fort  ancienne. 

OuviBR  I  DB  Vriz,  chevalier,  seigneur  dudit  lieu,  fut  présent 
à  une  donation  de  Oeoffroy  II  Rorgon,  seigneur  de  Gandéy  à 
Tabbaye  de  Saint-Nicolas  d'Angers  (vers  1589  à  1096)  (4).  Gérard, 
veVs  1133,  investit  de  l'Eglise  d<>  Vritz,  Robert,  abbé  de  Toussaint 
d'Angers  (5). 

Olivibr  II  DB  Vritz,  chevalier,  seigneur  dudit  lieu,  fit  àl'ab" 
baye  de  Melleray,  entre  1177  et  1192,  Geoffroy  de  Beaumont  étant 

(i)  Généalogie  de  la  maison  de  V Esperonnière, 

(a)  La  chapelle  de  la  Motte  :  glén^  mot  breton  pris  dans  le  sens  de  motte, 
morceau  de  terre.  (Grégoire  de  Rostrenen  :  Dictionnaire  français  celtique,  art. 
MotU,  p.  i57  tome  II,  éd.  de  i834).  Capella  Glen  1:187  (ca^t.  Roto). 

(3)  Santo-Medardo-Loliver,  document  de  ia43,  dont  nous  parlerons  plus 
loin  (Arch.  de  la  Loire  Inférieure,  H,  7Ô).  Le  nom  de  la  paroisse  changera, 
ainsi  que  nous  le  verrons,  en  même  temps  que  celui  des  possesseurs  du 
château  de  Saint-Mars,  quand  celui-ci  passera  aux  seigneurs  de  la  Jaille,  au 
XIII«  siècle. 

(4)  Ce  seigneur  de  Gandé,  Geoffroy  Rorgon,  est  celui  qui,  de  concert  avec 
Rainaud  d*Iré,  fortifia  le  château  de  Candé,  vers  1080- 1096.  Isabeau  de  la 
Gaérche  en  était  dame  en  iioo. 

(5)  Bulletin  de  la  Société  Archéologique  de  Nantes,  IX,  196. 


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2IS  REVUE  DE  BRETAGNE 

abbé,  plusieurs  donations  et  aumônes.  L'abbaye  avait  été  fondée 
en  1132  (1). 

Olivier  avait  pour  épouse  BéatriXy  qui,  avant  1199,  fit  don  à  la 
môme  abbaye  d'une  métairie,  sise  près  le  Loroux-Bottereau.  Il 
figure  aussi  parmi  les  témoins  de  l'acte  de  diverses  donations 
faites  aux  moines  de  Marmoutiers,  pour  la  fondation  du  prieuré 
de  Champtoceaux,  par  Geoffroy  Grespin,  seigneur  de  Ghampto- 
ceaux  (2). 

Du  mariage  d'Olivier  et  de  Béatrix  naquirent  deux  fils  : 

1^  Olivier  de  Vritz,  chevalier,  seigneur  dudit  lieu^  confirme 
les  donations  de  son  père  à  Tabbaye  de  Melleray,  et  donne  à 
celle-ci  une  rente  de  XX  sous  d'or,  à  prélever  annuellement  et  à 
perpétuité  sur  les  péages  de  Sainl-Médard-Lolivier,  donation 
confirmée  par  sa  fille  unique  Béatrix^  femme  de  Godfroy,  ou 
Geffroy,  de  Beaumortier,  qui  abandonne  elle-même  à  la  Melleray 
tout  ce  qui  lui  appartient  sur  les  péages  et  droits  dé  passage  de 
Saint-Médard-Lolivier  (3)  vers  1200. 

2*  Ghotard  de  Vritz,  chevalier,  seigneur  dudit  lieu,  vivait 
dans  la  première  moitié  du  XIII^  siècle,  il  reçut,  en  1212,  en  do- 
nation de  Guillaume  de  Thouars,  seigneur  de  Gandé  et  de  Ghal- 
lain  (1207-1244)  une  rente  annuelle  de  GGG  sous  sur  la  terre  de 
Ghallain,  pour  lui  et  ses  héritiers  (4). 

En  1243,  il  confirme  les  donations  faites  par  ses  prédécesseurs 
à  Tabbaye  de  Melleray,  et,  en  particulier,  par  un  acte  spécial, 
il  transforme  le  don,  fait  par  son  frère  aîné,  Olivier  de  Vriz  et  la 
fille  de  ce  dernier,  Béatrix,  des  péages  et  droits  de  passage  de 
Saint-Médard-Lolivier,  en  une  rente  annuelle  et  perpétuelle  de 
six  livres  en  monnaie  courante  (5).  En  1245.  il  eut  quelques  dé- 
mêlés avec  le  prieur  de  Roche-Mentru  (6)  sur  les  terres  duquel 

(i)  Cartulaire  de  la  Meilleraye, 

(a)  Dom  Morice.  Preuves,  tome  I,  384.  Titres  de  Marmoutiers, 

(3)  Cartulaire  de  la  Melleray,  Cette  abbaye  fut  fondée  en  iiSa  el  l'église 
du  monastère  consacrée  en  ii83  (Dom  Loblneau).  Taillandier  fixe  cette 
fondation  au  a8  juillet  1 145. 

(4)  Dom  Morice,  Preuves,  t.  I.  col.  8ao. 

(5)  Archives  de  la  Loire- Inférieure,  H.  75  (Copie  du  XVII«  siècle).  Voir 
aux  pièces  justificatives  ;  et  Archives  de  la  Saulaie, 

(6)Rochementru  {Rocha-Ermenlrivi).  (Arch  de  la  Loire-- Inférieure),  prieuré 
dépendant  alors  de  Tabbaye  de  Toussaint  d*Angers.  Plus  tard  paroisse, 
actuellement  simple  village  de  la  commune  du   Pin.  »  Rocha-Mentrud 


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SAINT.MARS-LA-JAILLB  Et  SES  ANGtENiS  SEIGNEURS  213 

il  revendiquait,  à  tort,  la  haute  et  basse  justice  et  des  redevances 
en  vertu  desquelles  il  avait  saisi  des  meubles  et  valeurs  appar- 
tenant au  prieuré.  Par  une  déclaration,  Chotàrd  reconnut  qu'en 
ce  faisant  il  avait  commis  une  usurpation  et  que  le  prieuré  était 
exempt  de  toute  redevance  envers  lui.  Il  se  désistait,  en  consé- 
quence» de  toute  prétention  (1). 

Nous  trouvons  encore  comme  seigneurs  de  Vrit2  : 

Nicolas  de  Vriz,  en  1366,  Simon  de  Vritz,  en  1378,  et  Himbauli  de 
Vriz  en  1419;  ce  dernier,  écuyer,  figure  dans  la  revue  de  Lan- 
celot  de  Maleret,  écuyer,  et  de  treize  autres  écuyers  de  sa  com- 
pagnie, reçue  à  Carcassonne,  le  29  mars  1419  (2). 

Gommme  les  seigneurs  de  Vritz  ne  sont  pas  inscrits  dans  les 
rôles  des  anciennes  Réformations  de  Bretagne,  de  1448  à  1513,  il 
faut  en  conclure  que  cette  maison  s'éteignit  au  commencement 
du  XV  siècle  (3j. 

Gomment  la  terre  de  Saint-Mars  passa-t-elle  à  la  maison  de 
la  Jaille?  Deux  hypothèses  sont  ici  admissibles.  Ou  la  femme  de 
Yvon  VII  de  la  Jaille,  désignée  sous  le  prénom  d'  «  Hortense  » 
était  une  de  Vritz.  ou  cette  terre  vint  aux  de  la  Jaille  par  l'inter- 
médiaire des  Chateaubriand,  comme  nous  le  verrons  plus  loin. 
Nous  n'avons  pu  établir  d'une  façon  précise  cette  transmission 
qui  s'opéra  vers  le  milieu  du  XIII*  siècle. 

MAISON  DE  L.\  JAILLe\4). 

«  D'azur  à  la  croix  frettée  et  alaisée  (sceau  de  1196)  (5)  —  a  Un 
lion  léopardé  »  (en  1202)  —  «  Dor  au  léopard  Honni  de  gueules^ 
accompagné  de  cing  coguilles  d*azur  »  (sceau  de  1300)  (6).    , 

XIV*  Biède  (de  Lesquen  et  Moilat).  Du  breton  :  Er  men  trivi^  en  français,  la 
pierre  qui  tremble,  pierre  branlante,  ou  men  ireuzi^  pierre  percée.' 

(i)  V.  Archives  de  la  Loire-Inferiewre^  H.  217. 

(3)  GoU,  ClairambauU,  vol.  LXIX,  pièce  6a,  parch.  original. 

(3)  Une  partie  des  indications  sur  cette  maison  nous  ont  été  aimablement 
fournies  par  M.  le  marquis  de  TEsperonnière. 

(4)  Le  chapitre  que  nous  consacrons  à  cette  illustre  et  très  ancienne  mai- 
son a  pour  base  une  notice,  qu*a  bien  voulu  nous  communiquer  M.  le  mar- 
quis de  Brisay,  résumé  d'une  généalogie,  aussi  intéressante  que  remarqua- 
blement complète,  qu'il  prépare  en  ce  moment.  Nous  exprimons  ici  à  M.  de 
Brisay,  en  même  temps  que  notre  admiration  pour  son  beau  travail,  toute 
notre  reconnaissance  pour  sa  bienveillante  et  précieuse  collaboration  au  nôtre. 

(5)  Dom  Morice,  Preuves,  I,  737  Croisade   de  Syrie  faite  par  Yvon  VIL 

(6)  Potier  de  Gourcy,  Armoriai  de  Bretagne, 

Octobre  1908  iê 


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214  tlBVUB  DE  BRETAGNE       - 

Cette  maison  remonte  à  une  origine  très  ancienne.  Yves  de 
Creil,  fonctionnaire  de  la  Cour  des  Carlovin^iens  à  Compiègne, 
reçut,  vers  le  milieu  du  X**  siècle,  l'investiture  des  comtés  du 
Perche  (Bellème)etd'Alençon,  confirmée  à  son  fils  parle  duc  de 
Normandie,  Richard  II  et  le  roi  Lothaire.  Marié  à.  Godchilde,-  il 
ejoit  trois  flls  : 

!•  Guillaume,  comte  héréditaire  de  Bellème  et  d'Alençon  ; 

2'  Avesgaud  de  Bellème,  évoque  du  Mans  (995 1  i035). 

L  —  3*  Yves  ou  ïvon  1  «  Yvo^  Yvonis  »  qui  figure  comme  témoin 
d'une  donation  faite  à  Tégliso  Sdint-Vincent  du  Mans,  en  995,  par 
révoque  Avesgaud  son  frère  (1). 

D'après  de  nombreux  auteurs,  cetYvon  n'est  autre  que  celui 
qui  reçut,  entre  1000  et  1010,  la  mission  d'élever  sur  un  coude  de 
la  Mayenne,  une  forteresse  dont  lacirconvallation  apparaît  en- 
core, laquelle  prit  le  nom  de  Gallica,  Gatlia,  en  langue  vulgaire 
la  Jaille,  ou  maison  du  Franc,  en  mémoire  de  Torigine  de  son 
fondateur  (2). 

Yvon  I*'  eut  deux  fils  connus  : 

io  Renaud  I  «  Rinaldus  vilelicet  Yvonis  »  (3)  «  Rainalii  filii 
Yvonis  »  (4)  à  qui  Foulques  Nerra  confia,  entre  1010  et  1020  l'a- 
chèvement de  la  forteresse  commencée  par  Gontier,  villicus, 
receveur  des  finances  du  comte,  sur  la  rive  droite  de  la  Mayenne. 
Dèsi026,  Renaud  porte  le  titre  de  seigneur  dnChâeaugootier  (5) 
et  sa  descendance  s'y  maintient  peniant  trois  siècles.  Renaud 
était  mort  en  1061. 

2*  Yvon,  à  qili  Renaud,  son  frère  aîné,  laisse  la  forteresse  de 
la  Jaille,  qui  demeure  fief  relevant  en  parage  de  la  seigneurie 
de  Ch&teaugontier  (6). 

II.  -^  Yvon  11^  seigneur  de  la  Jaille,  apparaît  dans  plusieurs 
actes  de  confirmation  de  dons  de  Foulques  Nerra  aux  abbayes 


i)  Histoire  du  Perche,  par  Bry  de  la  Glergerie,  t.  II,  Ch.  YII   et  Dom 
Piolin,  Histoire  de  Véglise  du  Mans, 
(a)  V.  Le  Père  Anselme,  Ménage,  Bry  de  Ja  Clergerie,  etc.. 

(3)  Cartulaire  de  Saint' Aubin  d'Angers» 

(4)  Cartulaire  du  Ronceray  d'Angers. 
(ô)  Dom  Rousseau,  t.  ii,  n«>  384. 
(6)  Aveux  du  XV"  siècle. 


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SAIHT-MARS-LA-JAILLE  ET  SBS  ANCIENS  SEIGNEURS  ?15 

angevines,  par  Geoffroy  Martel,  successeur  de  ce  comte,  entre 
1035  et  1040  (1). 
On  donne  comnoe  flis  à  Yvon  II  : 

III.  —  V  Yvonqm  suit,  2^  Geoffroy  I,  seigneur  de  Segré  en  1080 
et  de  la  Jaille  en  1100  déclaré  fils  d'Yvon  de  la  Jaille  et  père 
d'un  autre  Yvon  (2)  ;  —  3^  Framond  ;  —  4*  Guy,  chevalier  de  Ro- 
bert de  Bellônoe  (3)  ;  —  b""  Corbin,  vassal  de  Candé  et  du  Lion 
d'Angers  ;  —  6«  Béliarde,  abbesse  de  Ronceray  de  106!^  à  1073. 

IV.  —  Yvon  III,  seigneur  de  la  Jaille  et  en  partie  de  Segré,  at- 
teste plusieurs  dons  de  Geoffroy  le  Barbu,  de  1052  à  1060  (4)  et 
prend  part  à  la  1"^  croisade,  en  1097,  et  au  siège  de  Jérusalem  (5)- 
Il  mourut  dans  cette  expédition  en  1100. 

V.  —  Yvon  IV y  seigneur  de  la  Jaille  et  de  Segré,  en  1102,  joua 
un  rôle  à  la  cour  du  comte  Foulques  le  Rechin,  et  fût,  jusqu'en 
1120,  un  des  grands  bienfaiteurs  des  abbayes  d'Angers  et  de  celle 
de  Nyoiseau,  dont  il  confirma  la  fondation  et  posa  la  première 
pierre,  avec  son  fils  Geoffroy  qui  suit.  Yvon  IV  avait,  croil«on, 
épousé  Mathilde  de  Craon,  d'où  : 

1**  Geoy/roy,  2®  iVormand,  téDQOin  de  plusieurs  actes  des  sires 
de  Candé  et  du  Lion  (6);  —  3°  Robert,  possessionné  à  Segré,  ou 
dans  les  environs,  marié  à  Julienne  ;  —  4°  Guichari  ;  marié  à 
Laure  de  Chaheigne,  fondateur  de  la  branche  loudunoise  de  la 
maison  de  la  Jaille  ;  —  5*>  Aremberge,  mariée  à  Philippe  de  Sau- 
coigni;  —  6**  Adélaïde,  dite  de  Craon,  troisième  abbesse  de  Nyoi- 
seau (1158-1183). 

(il  suivre) 

J.  Baudry. 

(i)  Archives  (TAnJoUy  par  Marchegay,  t.  III,  p.  i63.  —  Dom  Hoiisaeau, 
t.  II,  n»  466. 

(a)  Dom  Hous.  t.  XIII,  p.  9576.  Cart.  Saint- Nicolas  d'Angers,  1060- 1070, 

(3)  Témoin  d'une  charte  de  Robert  de  Bellesme,  en  faveur  de  Mannou- 
liers  (Cartalaire  de  Marmoufiers,  l.  II,  fol.  3o3-3o4.) 

(4)  Cartttlairef  de  la  Trinité  de  Vendôme,  Saint-Nicolas,  Saint-Aubin,  le 
Ronceray.  Dom  Hous.  t.  II,  61 5,  65o,  660,  etc. 

(5)  Arch,  d'Anjou,  par  Marcheguay,  t.  III,  p.  216  :  (f  serviebai  cnm  cenitsm 
militibas  ». 

(6)  Cart,  de  Saint-Nicolas  et  da  Ronceray  Sa  fille  Richilde  était  relîg^ieusc 
en  ce  monastère  et  fut  prieure  de  Chauvon  en  11 64. 


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NOTICES  ET  COMPTES-RENDUS 


SOCIÉTÉ  DES   BIBLIOPHILES  BRETONS   ET 
DE   L'HISTOIRE  DE  BRETAGNE 


Séance  du  9  septembre  190 S 
Présidence  de  M.  le  V*  DE  CAL  AN,  Président. 


.  A  Toccasion  du  Congrès  de  l'Association  Bretonne  à  Fougères^ 
la  Société  des  Bibliophiles  Bretons  a  tenu  une  séance,  dans  la 
salle  des  fêtes  de  la  mairie  de  Fougères,  le  mercredi  9  septembre 
1908,  à  11  heures  du  matin. 

Etaient  présents  :  le  V*«  de  Calan,  Tabbé  Corbière,  le  C^  de 
Laigue,  le  C**  Lanjuinais,  M.  Joaon  des  Longrais,  le  capitaine 
Morel,  le  chanoine  Peyron,  M.  Plihon,  le  baron  Gaétan  de 
Wismes. 

ETAT  DES  PUBLICATIONS 

Après  avoir  rappelé  en  quelques  mots  le  but  poursuivi  par  la 
Société  des  Bibliophiles  Bretons  et  avoir  signalé  le  vif  intérêt 
des  derniers  ouvrages  parus  :  Journal  inédit  d\m  dépuié  de  l'ordre 
de  la  Noblesse  aux  États  de  Bretagne  pendant  la  Régence  (  /  7  /  7-  /  724)^ 
—  Livre  de  comptes  de  Claude  de  la  Landelle  (fôô3-i5ô6),  —  Les 
relations  du  pouvoir  central  et  de  la  Province  de  Bretagne  dan^  la 

,  seconde  moitié  du  règne  de  Louis  XIV;  correspondance  des  cnnlrô- 
leurs  généraux  avec  la  Province  de  Bretagne  {i 6S9-i7i 5).  —  Cro- 

'  nicques  et  Yotaires  des  Bretons  par  Pierre  Le  Bnud,  publiées  d'après 
la  première  rédaction  inédite^  tome  /,  —  M.  le  Président  dit  que  le 
tome  I  des  Documents  inédits  sur  les  Etats  de  Bretagne  au  X  r/«  Siiècle 
est  sous  presse  et  sera  distribué  à  la  fin  de  l'année  et  que  Tédi- 


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NOTICES  BT  COMPTBS-RENDUS  217 

tion  du  lome  II  suivra  rapidement.  Il  annonce  aussi  que  les  ou- 
vrages suivants  sont  en  préparation  :  Procès^verbaux  inédiU  des 
Etals  de  la  Ligue^  par  M.  JoQon  des  Longrais  ;  —  Version  inédite 
du  poème  sur  le  Combat  des  Trente;  —  La  Noblesse  bretonne;  refor- 
mations et  montres^  tome  II,  par  le  C^  de  Laigue. 

ADMISSIONS 

Sont  élus  à  l'unanimité  membres  de  la  Société  : 

he  comte  Louis  de  Calan,  à  Saint-Brieuc,  présenté  par  le  V** 
Charles  de  Calan  et  le  comte  de  Laigue  ;  • 

La  comtesse  de  Palys,  au  château  de  Clays-Paljrs  (Ille-et- Vi- 
laine), présentée  par  les  mêmes  ; 

L*abbé  Corbière,  7,  rue  Cassette,  à  Paris,  présenté  par  les 
mêmes  ; 

Le  capitaine  Paul  Morel,  villa  Rochecreuse  par  Rochecorbon 
(Indre-et-Loire),  présenté  par  les  mêmes; 

M.  Albert  Durand  de  la  Béduaudière,  à  Fougères,  présenté 
par  les  mêmes  ; 

M.  Prosper  Hémon,  conseiller  de  préfecture,  à  Saint-Brieuc, 
présenté  par  le  V*  Charles  de  Calan  et  M.  Trévédy  ; 

Le  comte  de  Lariboisière,  sénateur  d'Ille-et- Vilaine,  au  châ- 
teau de  Monthorin  en  Louvigné-du-Désert  (lUe-et- Vilaine), 
présenté  par  le  C*'  Lanjuinais,  député  du  Morbihan,  et  le  C*«  Le 
Gonidec  de  Traissan,  député  d'Ille-et- Vilaine. 

M.  le  général  Audren  de  Kerdrel,  château  du  Brossais  en  St- 
Gravé  (Morbihan),présenté  par  le  V^  de  Calan  et  le  C*®  de  Laigue. 

COMMUNICATIONS  ET  EXHIBITIONS 

M.  Joûon  des  Longrais  dit  que  Fougères  n'offre  presque  aucun 
intérêt  sous  le  rapport  bibliophilique  ;  il  ne  croit  pas  que  l'impri- 
merie y  ait  été  pratiquée  avant  4783  ;  cette  petite  ville  se  trou- 
vait trop  près  de  Rennes  qui  possédait  les  privilèges.  A  la  Révo- 
lution, Fougères  profita  de  la  liberté;  M.  Joûon  des  Longrais 
exhibe  une  plaquette  rare  intitulée  :  Rapport  (sic)  du  Comité  de 
Constitution,  etc.,  imprimée  à  Fougères,  chez  Vanier,  en  1791  ; 
la  typographie  en  est  remarquable.  Notre  collègue  signale  d'autres 
pièces  du  même  genre  qui  ont  dû  être  imprimées  au  même  lieu 
et  il  cite,  comme  édité  sûrement  à  Fougères,  un  Annuaire  conte- 


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Î18  REVUE  DE  BRETAGNE 

nant  un  «  calendrier  catholique,  apostolique  et  romain  pour 
Tan  V  »,  qui,  fait  des  plus  curieux,  ne  mentionne  que  les  fêtes 
des  saints  ;  un  remède  contre  la  rage  est  donné  dans  cet  Annuaire* 
En  résumé,  Timprimerie  n'a  jamais  été  florissante  à  Fougères. 
Le  poète  René  Le  Pays  a  résidé  dans  cette  petite  cité  et  on  peut 
croire  qu'il  y  est  né  ;  M.  Joûon  des  Longrais  exhibe  un  fort  joli 
petit  volume  :  c'est  la  2^  édition  des  Amitiés, amour  s  et  amourettes  ; 
on  ne  s'explique  guère,  dit  notre  collègue,  le  succès  de  ces  poésies 
vides  et  banales. 

M.  Plihon  croit  être  en  droit  d'affirmer  que  Le  Pays  est  né  à 
Fougères  en  1632  ;  il  exhibe  Les  nouvelles  œuvres  de  M.  Le  Pays, 
ouvrage  rare,  édité  à  Amsterdam  et  s'annexant  aux  Elzevier. 
M.  Plihon  annonce  que  la  publication  des  Registres  paroissiaux 
du  diocèse  de  Saint'Brieuc  va  commencer. 

M.  Tabbé  Corbière,  en  traversant  Saint-Brieuç,  a  remarqué 

chez  un  antiquaire  de  belles  éditions  anciennes  de  la  Bible,  de 

Virgile,  etc. 

La  séance  est  levée  à  11  h.  1/2. 

Le  Secrétaire  adjoint^ 

Baron  Gaétan  de  Wismes. 


Je  répare  un  trop  long  oubli  en  signalant,  comme  il  convient  de 
rêtre,  à  rattention  de  tous  nos  lecteurs  le  dernier  et  charmant 
livre  de  Madame  N.  Dondel  du  Faouëdic  qui  a  pour  titre  :  Mélan- 
ges. Au  Jardin.  Loteries  et  Jeux.  Voyages.  (Rennes,  imprimerie  F. 
Simon,  1907).  Ce  livre  est  un  précieux  recueil  de  choses  agréables 
et  utiles  sur  des  sujets  variés  ;  et  Tautenr  se  garde  bien  d'imiter 
Fontenelle  qui  refermait  sa  main  pleine  de  vérités  ;  elle  ouvre  toute 
grande  cette  main  et  répand  de  par  le  monde,  pour  notre  plaisir 
et  notre  profit,  des  «  vérités  »,  que  lui  communique  l'expérience, 
ou  que  lui  dicte  le  souvenir.  «  Au  Jardin  »,  c'est  toute  une  botanique 
et,  mieux  qu'un  langage,  des  fleurs,  car  à  côté  des  fleurs,  les  fruits, 
les  plantes,  les  arbres  eux-mêmes,  racontent  poétiquement  leur 
histoire  et  leurs  légendes.  Les  jeux  viennent  ensuite,  tous  les  jeux, 
de  la  vieille  loterie,  du  classique  jeu  de  paume,  des  amusements  sî 
gracieusement  dénommés  de  la  jeunesse  d'autrefois,  aux  sports  les 
plus  réputés,  tennis  et  foot-ball^  polo  et  diabolo,  de  la  jeunesse  d'au* 
jourd'hui.  Les  cartes  ont,  naturellement,  les  honneurs,  et  je  ne  sais 
pas  de  traité  pies  complet  (même  celui  de  L.  Boiteau.  Lescarteê  à  Jouer 
et  la  Cartomancie)  que  celui  que  leur  consacre,  en  plus  de  100  pages, 
l'auteur  de  tant  d'aimables  ouvrages.  Mais  une  surprise  nous  attend 
à  la  fin  du  livre  :  la  publication  de  trois  récits  de  voyages  :  ceux  de 


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NOTICES  ET  COMPTES-RENDUS  219 

M""  Le  Serrée,  de  Kervily,  à  Tlle  Bourbon,  en  Bretagne  e1  en  Nor- 
mandie ;  celui  de  M°»«  Le  Faouëdic  en  Algérie.  Comment  on  voyageait 
en  1820,  en  1833;  comment  on  voyage  en  1904:  voilà  ce  que  nous 
apprenons  en  des  pages  alertes  marquées,  de  part  et  d'autre,  au  coin 
de  Tesprit  français  et  du  bon  sens  breton.  Les  impressions  rapportées 
par  l'ancienne  voyageuse  du  pays  de  Paul  et  Virginie  ont  un  délicieux 
parfum  du  temps  jadis  ;  dirai-je  que  celles,  plus  modernes  de 
«  Trois  mois  en  Algérie  »,  ont  un  charme  analogue  ?  Ce  ne  sera  que 
rendre  justice  à  la  partie  finale  du  livre,  et  au  livre  tout  entier. 


A  peine  ai-je  pu  acquitter,  vis-à-vis  de  l'auteur  du  Folk-Lore  de 
France,  la  dette  de  la  rédaction  de  la  Revue  de  Bretagne,  qu'un  nouveau 
livre  m^arrive  signé  de  Tinfatigable  travailleur  breton,  M.  Paul 
Sébillot.  Ce  livre  bien  curieux  :  «  Le  Paganisme  contemporain  chez 
les  peuples  eelio-latins,  (Paris,  Octave  Doin,  1908)  ».  inaugure  presque 
une  nouvelle  Encyclopédie  scientifique.  Il  retrace  à  grand  renfort  de 
menus  faits,  de  documents  puisés  à  des  sources  sûres,  la  persistance 
des  croyances  ou  des  superstitions  païennes  dans  notre  civilisation 
issue  du  Christianisme.  Ces  croyances  se  sont,  la  plupart  du  temps, 
juxtaposées  ou  adaptées  à  un  nouvel  état  de  choses  ;  il  était  intéressant 
de  constater  que,  même  transformées,  elles  subsistent  et  que  le 
christianisme  ne  les  a  pas  extirpées  de  l'âme  paysanne.  Comme 
toujours.  M.  Sébillot  a  pris  le  plus  grand  nombre  de  ses  exemples  en 
Bretagne,  pays  essentiellement  fidèle  aux  traditions  ;  on  s'en  assurera 
en  lisant  le  livre  savamment  étudié,  agréablement  écrit,  en  parcourant 
rindex  bibliographique,  la  Table  des  auteurs  et  des  matières  qui  le 
complètent.  Trois  parties,  La  Vie  humaine.  Les  Constructions  et  les 
Travaux,  Les  Forces  de  /a-  nature,  un  certain  nombre  de  subdivisions, 
parrmi  lesquelles  Venfance,  le  mariage,  la  mort,  la  maison,  la  culture,  les 
astres,  les  eaux,  la  terre,  donnent  lieu  aux  plus  intéressantes  disser- 
tations, indiquant  l'économie  de  l'ouvrage  et  l'espnt  de  méthode  qui 
a  présidé  à  ses  recherches.  Au  chapitre  du  mariage,  M.  Sébillot  a 
omis  bien  des  détails,  notamment  ceux  qui  touchent  à  la  manière  de 
prononcer  le  «  oui  »  sacramentel  ;  mais  il  a,  pris  soin  de  nous  dire  lui- 
même  que  ses  «  Paganismes  «  sont  comme  un  abrégé,  un  livre  de 
synthèse.  Louons-le  de  nous  avoir,  sous  un  petit  volume,  rappelé  ou 
appris  tant  de  choses,  et  de  les  avoir  exprimées,  parfois  avec  un  peu 
de  scepticisme  mais  toujours  avec  une  entière  bonne  foi. 


Monsieur  L.  Michaud  d'Humiac  est  Breton  et  nous  a  montré  dans 
un  fort  beau  Roi  Grallon  qu'il  se  souvient  volontiers  de  son  origine. 
J'ai  donc  grand  plaisir  à  le  féliciter  ici  du  succès  quil  a  récemment 
obtenu^  en  faisant  jouer  sur  le  Théâtre  de  la  Nature  de  Champigny, 
son  conte  en  deux  actes  en  vers,  Le  Roi  charmant  ou  la  chevauchée  loin* 
Uine  (édité  à  la  Bibliothèque  Générale  d'Édition.  1908). 


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•220  REVUE  DE  BRETAGNE 

Le  thème  du  prince  aventureux,  qui  s'on  va  poursuivre  quelque 
belle  chimère  et  revient,  désabusé,  vieilli,  méconnaissable,  pour  se 
voir  rendre  par  Une  fée  bienfaisante  la  jeunesse  et  lamour,  ce  thème 
cher  aux  imaginations  généreuses,  est-il  bien  nouveau  ?  Je  ne  sais  ; 
mais  l'auteur  ayant  fait  de  son  prince  un  lépreux,  que  guérit  le  baiser 
d'une  femme,  sa  fiancée,  a  trouvé  là  de  quoi  rajeunir  tous  les  vieux 
thèmes  du  monde  ;  il  a  trouvé  aussi  de  beaux  accents  dans  cette 
prière  du  lépreux  : 

Cest  donc  vous  qui  gardez  U  Pitié  prisonnière. 
Et  ceux  qui  font  le  Bien  sont  donc  vos  ennemis  I 
Non,  j'ai  tort,  pardonnez  I  Je  viens  d'un  cœur  soumis, 
Seigneur,  vous  adresser  une  suprême  prière- 
Lépreux,  chez  les  vivants  je  n'ai  plus  droit  de  vivre 
Et  je  suis  mort  au  monde  et  suis  encor  vivant  ! 
Accordez,  ô  mon  Dieu,  la  mort  à  votre  enfant  :     *■ 
Qu  elle  vienne  achever  son  œuvre  et  me  délivre  1 

Le  «  conte  »  de  M.  Michaud  d'Humiac  a  rencontré  de  bons  inter- 
prètes, et  c*est  dans  un  délicieux  cadre,  par  un  bel  après-midi  d'été, 
que  le  public  en  a  goûté  la  poétique  saveur. 


Je  regrette  de  ne  pouvoir  m'attarder  avec  les  trois  dernières  bro- 
chures que  m'envoie  le  Baron  Gaétan  de  Wismes  :  un  très  suggestif 
Procès'verbal  de  la  visite  des  commissaires  de  la  municipalité  au 
couvent  des  Carmélites  de  Nantes  (en  1790)  ;  le  compte-rendu,  qu*on  a 
lu,  ici-même,  des  fêtes  du  Cinquantenaire  de  la  Revue  de  Bretagne  ; 
Tallocution  d'entrée  du  président  de  la  Société  Académique  de  Nantes 
(20  janvier  1908).  La  docte  Société  qui,  elle,  est  centenaire,  a  eu  de  bien 
distingués  présidents  :  elle  n'en  a  pas  eu  de  plus  digne  que  le  Baron 
Gaétan  de  Wismes.  Notre  ami  nous  le  prouve  dans  son  allocuticn,  où 
revit  l'esprit  de  son  excellent  père,  et  nous  le  prouvera,  en  organisant 
l'an  prochain  un  autre  centenaire  qui  nous  est  cher,  à  lui,  à  Domi- 
nique Caillé,  à  moi-même,  celui  de  la  douce  et  mélancolique  muse 
Nantaise,  Elisa  Mercœur. 


En  parlant  de  poésie,  je  remplis  un  devoir  agréable,  celui  de  recom- 
mander aux  Bretons  épris  de  vers,  la  nef  —  pardon,  la  revue  c  Les 
Argonautes  »,  qui  cingle  vers  le  Jardin  des  Hespérides,  montée  par 
un  bon  pilote  de  chez  nous,  M.  Camille  Lemercier  d'Erro.  Cette  revue 
mensuelle  de  poésie  ne  publie  que  de  linédit  ;  elle  a  déjà  fait  brillam- 
ment ses  preuves  et  ne  demande  qu'à  s'affirmer  encore. 

V*«  DB  GOURCUFF. 

Le  Gérant  :  F.  Chevalier. 
Vannes.  ^  imprimerie  LAFOLYË  Frères,  2,  place  des  Licei. 


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REVUES  BRETONNES 


L'Herminb  :  18*  ann.  Mensuel.  1  an  12  fr.  Union  postale  15  fr. 
Le  numéro  1  fr.  25.  Les  abonnements  partent  du  20  octobre. 
Directeur  :  Louis  Tiercelin^  àParamé  (Ille-et- Vilaine). 

Lbs  annales  de  Bretagne  :  22*  ann.  Trimestriel.  1  an  10  fr. 
Union  postale  12  fr.  50.  Publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de 
Rennes.  Rédacteur:  G.  Dottin,  37,  rue  de  Fougères,  Rennes. 

Le  Clocher  Breton  :  14*  an^  Mensuel,  1  an  5  fr.  50.  Directeurs  : 
René  Saib  et  Madeleine  Desroseaux.  Bureaux,  29,  rue  Belle-Fon- 
taine, Lorient. 

Bulletin  de  la  commission  diocésaine  d'architecture  et  d'archéo- 
logie DU  diocèse  de  Ouimpbr  et  de  Léon  :  6«  ann.  Tous  les  deux 
mois.  1  an  5  fr.  Ouimper. 

La  Revue  Morbihannaise  :  11*  ann.  1  an  5  fr.  Directeurs  : 
J.  BuLÉON,  V**  de  la  Grancière,  E.  Sageret.  Chez  Lafolye,  Vannes. 

La  Paroisse  Bretonne  de  Paris  :  9*  ann.  Mensuel,  1  an,  2fr.  25. 
Directeur  :  M.  l'abbé  Cadic,  13,  rue  Littré,  Paris  {W  ar*). 

La  Jeune  Bretagne:  5*  ann.  mensuel.  1  an,  2  fr.  pour  la  Bre- 
tagne, 2  fr.  50  pour  le  reste  de  la  France.  Bulletin  d*études  et  d'ac- 
tion sociales.  Rennes,  30,  rue  Hoche. 

Feiz  ha  Breiz  :  8*  année.  Tous  les  mois.  1  an  3  fr.  Les  abonne- 
ments partent  du  1*' janvier.  S'adressera  M.  Cardinal,  recteur  de 
Saint- Voujçay,  par  Plouzévédé(Finistère),etpour  les  abonnements 
à  M.  Caron,  vicaire  aux  Carmes,  Brest  (Finistère). 

Bretoned  Paris.  Bulletin  de  la  Société  «  La  Bretagne  »,  4*  année. 
1  an,  2  fr.  50.  Direction  :  40,  rue  du  Cherche-Midi,  Paris. 

Revue  du  Pays  d'Albth  :  4*  année,  mensuel.  1  an,  3  tr.  Direc 
teur  :  Jules  Haize,  rue  Jacques  Cartier,  Saint-Servan. 

Le  Pats  d'Arvor  :  2«  année,  1  an,  5  fr.  Directeur  :  Jacques  Pohier, 
à  Ancenis  (Loire-Inférieure).  Administration  et  Bureaux,  25,  Haute 
Grande  Rue,  Nantes. 


Revue  du  Traditionnisme.  —  Hev,  intern,  du  folk-lore  —  mens 
1  an,  10  fr.  N**,  1  fr.  --  Directeur  :  M.  de  Beaurepaire-Froment 
Paris,  60,  quai  des  Orfèvres. 

Revue  du  Bas-Poitou,  20«  année,  trimestrielle  ;  1  an  :  8  fr 
N«  2  fr.  50.  —  D^  M.  René  Vallette,  à  Fontenay-le-Comte. 

L'Anjou  historique.  —  7«  ann.  tous  les  2  mois.  1  an  :  6  fr.  />' 
M.  l'abbé  Uzureau,  aumônier,  à  Angers.  Edii^  :  M.  Siraudeau 
4,  Chaussée  Saint-Pierre,  Angers. 

Revue  des  Traditions  populaires,  22»  ann.  mens.  1  an,  15  li . 
N'»  1  fr.  50.  Direct.  M.  Paul  Sébillot,  HO,  boulev.  St-Marcel  Paris. 

La  Revue  Bleue,  15,  rue  des  Saints-Pères,  Paris. 

La  Vendée  historique.  —  (Revue  de  la  Vendée  militaire).  Tous 
les  quinze  jours  ;  11*  année.  —  Edit.  sur  papier  fort,  6  fr.  50  ;  édit. 
ord.  5  fr.  —  D'  Henri  Bourgeois,  à  Luçon  (Vendée).  - 

Revue  de  l'Anjou,  57«  année,  12  fr.  par  an.  ~  Librairie  Germain 
et  Grassin,  Angers. 

La  Revue  Héraldique,  fondée  en  1862.  Mensuel,  Directeur 
yt*  de  Mazières-Mauléon.  Bureaux  :  8  rue  Daumier,  Paris 


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CHEMINS -Oîi' TER   DE   L'OOfiiST.. 


e- 


VACANCES 


\ 


EN  NaïtMANDll.  ET  EN  BBmfiBk/ 


AuBiament4e8*YÂeflQ0dft^l.de8  dépa^ls  piôtir  la  Gaiùp^ae  et  lêfi  ' 
Blaio^  àe'Mer,  la  Compagnie  de  TOuc^^,  qiîi  dessert  to^ie^  la  Nor-. 
m4li4i^  et  une  grande  partie  de  la  Brétagif^  a  l'bonneurde  rappeler  ; 
if  MM.  !ps  Voyageurs  que,  pour  leur  faciliter  te-^>hûii  d^une  villégia-- 
'  ture,  eltomt t  en  vente,  au  pcu-4^ 0  Ip.  fio/daiwlw  b«blïôl^5iaB,^ 
ses  gafes^  ^dans  seSs  bure4!^x.i[<  yitle  et  les  principales  s^ilc^de 
ToyageS'de  Paris,  ute  (HUiloT(lu^U;^de  son  réseau. 

G^Guide  die  plus  dè'>3fiO  pag><  illustré  de  Ig^jfraViires.  contient 
ien  renseifqrements  les  plul  utiles  (Descri^kidoii  dès-  sites  ,%C1mux 
d'excursion  delà NormancU^^  et/le la  Brjsfsygnè-^  PrincipauV^oKires 
des  *tr!âdfi<B  —  Tableau  dis  làarées— ^Cartes  pd^alea  -V  *  Cartes 
cyclistes  du  littoral  de  la 'Manche  /-  ^ans  d^s'  pKnoipates  lûlles  *- 
Liste  d'HÔtels,  Restaurante;  e*c^.>.*  -       • 

Il  est  paiement  adreseé  franco  à  dotiloHe'  contre. J^efnroi--4^sa 
rataor/en  timbres-po^te,  au  Serrée  de  la  Publhûlé.-^  rue  de 
Rome,  à  Paris.  ^ 


CHEMIN    DE   FER   D^ORLÉANS 


AU  !•' juiUet^  la  Gontp^ignie  d'Orléans  a  réalisé  les  améiioraitioos 
suivantes  :  ^ 

Les  trains  KapMes  «  Bains  d^  mer  »  circulant  quatre  ibis  par 
semaine  entre  Parie  et  Qufmper  et  7ice«vefs\  ont  lieu  toui^lee 
jours  pendant  la  '|)ériQde'd«  I^""  Julliet  au  ^4  octobre  jnoius. 

Le  pramiat  part  de  Pàt»U^Qitai*d'Opday  è  V  ii.  M  s^r  et  arrive 
Vaiuies  à  O'.  4  matin. 

I^eecond  part  de  Vannes  à  10  b.  19  aeir  et  arrive  4 /Paris- Quai-; 
d'Orsay  à  7  h.  12  matin.  *  ^   ..„ 

Le  trajn  Express  du  matii^  de  gantes  s'ur-itt-Bretagne  e^t  p^t^Ui 
comme^  chaque  ét4^;  il  part, de  Kantes  à  6  h.  15  matin  vd  Jjeu  de 
5  h,  27  \i  arrive  à  VaRues  à  8  li.  40,  à  Auray  à  9  h.  2,  fc-  tjQfient  à 
9  b.  46,  à  Ccjncarneau  à.  Il  h.  .17,  à  Quimper  àj<)li,l57.  k  Pofcit-rAbbé 
à  1 1 1. 49,  ï  Douarnenez  ^  midi  l,  et  à  LandiSroéau^^i  I  b.  ^  eoir. 

Le  train  Omnibus  venant  de  Loriept  ^rrljfrnt  ^  JTaaaei  à  )s^k.  47 
soir  est  retardé  d'environr  2  keures»  41  part  de  L^i^at  à  TTbT.lS  soir,    '  .'r;! 
d' Auray  à  8  b.  15  et  arrirefc  Vannas  à  8  h.  4J  coic'  V.; 


y 


Vaoae«.  —  ituprioi'^ria  Lafolyb  frèvfi^'^,  place  < 

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de  i/ÊSîOURBElLLON,  Z)t>«cfe 

^-  ^^  IGUE.  ïtidacteur  tn  çhtt/ 

CALAN,  Sccrct«i|»  rcjàiionil  puur  nie-<t<ViI>inc.  —  Rimb 

LcChamtncPJiyRON.p.vir  le  RinlMm. 

GRANCIËn^. ^iiur  k  Morbihin.  -  Ai.>in  BA|Sdfl  ou 


I  — 


-^ 


/.      VANNES 

tiAFX>LYÏD    FRERES 


t 

MDCCCVJll 


PARIS 
'       HONORE  CHAMPION 

i,  Quii  MaJif^uu* 

\     \         NANTERRE 

M,   LE  t>AUl^T>^ 

7é(    Rue  Stlnt-Gcfrrttin 


/■y> 


D 


S*adj;^'ser  jpôur  U  Rédaction  et  l'envoi  des  maâùicriis  i  M.  le  D' lUijSTiM^^ieCE, 
auçHtc^ir^e  Bahurcl,^aj  Jlfiiion  ;  pour  i'AiiMi>J^îii:M.TiQN,  MM,  lJ^Ç0t\E;,  frères 
placlT^des  Lices,  V^Vi'nes .  "  '^ ,  r  y'/ 

,L  v      ^^'". 'Google 


SOMMAIRE 


I.  —  AUenlaU  des  Penlhiêvre  contre  le  duc  Jean  V  (Î^O-iÙ2^} 

(suile)  —  J.  Trévédy. 221 

II.  —  Combour  et  ses  Seigneurs  (fin).    —    Paul  de  la   Bigub.  249 

III.  —   Saint-Mars-ia-Jaille  et  ses  Anciens  Seigneurs   (suite).  — 

J.  Bauduy 257 

IV.  —  'Bibliographie 265 


CONDITIONS    DABONNEMENT 

France,    un  an 12  fr. 

Etranger,    — 15  — 

On  3'abonne  soit  chez  M.  le  comte  de  Laigue,  château  de 
Bahurel,  par  Redon,  soit  chez  M.  Lafolye,  imprimeur  à  Vannes. 

Les  abonnements  partent  du  l*""  janvier  ou  du  l»»-  juillet  de 
Tannée  en  cours.  —  Il  n'est  pas  vendu  de  fascicules  isolés,  sauf 
pour  les  abonnés. 

Les  travaux  comprenant  au  moins  16  pages  de  texte  sont  seuls 
tirés  à  part.  50  exemplaires  sont  ofiferts  aux  auteurs. 


Nota.  —  La  Direction  et  la  Rédaction  de  la  Revue  de  Bretagne  ne 
sauraient  être  aucunement  responsables  des  théories  on  opinions 
émises  dans  les  articles  qui  y  sont  insérés,  cette  responsabilité 
incombant  tout  entière  à  leurs  seuls  auteurs. 

//  sera,  rendu  compte  de  tout  ouvrage  d'auteur  breton  ou  inté' 
ressant  la  Bretagne^  dont  un  exemplaire  aura  été  adressé  au  Rédacteur 
en  chef  de  la  Revue. 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÈVRE 

CONTRE  LE  DUC  JEAN  V 
(142014220 

Ifl 

LA  VENUE  DE  JKAN  DE  PENTHIÈVRE,  SIRE  DE  LAIGLE, 
EN    BRETAGNE  (2) 

Passons  au  second  fait  :  la  venue  en  Bretagne  de  Jean  de 
Penlhièvre,  seigneur  de  Laigle,  pour  rencontrer  le  duc  Jean  V 
à  l'abbaye  de  Beauport, 

Qu'il  me  soit  permis  d'étudier  ce  second  fait  avec  quelques 
détails  :  il  est  moins  cpnnu  que  le  premier,  ce  qui  n'a  rien  de 
surprenant.  Nos  premiers  historiens  Le  Baud  et  Bouchard  ne 
Tont  pas  su  :  d'Argentré  Ta  confondu  avec  Tatlental  de  1420  (3), 
Lobineau  Ta  brièvBOient conté, Moriceencore  plU3brièvamenl{4). 
Daraquije  pius  souvent,  résume  D.  Morice,n'a  pas  lu  apparem- 
ment la  demi-page  de  cet  historien  :  du  moins  n'en  tient-il  aucun 

(1)  Voir  la  Revue  de  «ptembre  l^oa. 

ËRRATCM.  Paçe  IM,  remplacer  1&  nota  1  p»  ce  qui  iuît  :  Rûberî  de  Dinan^ 
^*  Ali  de  Càurles  de  Dinnn  et  dp  Jeanne  d«  Beaum&noir,  ùlle,  d«  J«>&d  U  maré- 
chal chef  âeA  Tfi^nU  et  ûe  la  lecûnde  femm^f  Marg^neriie  de  Kohao^  ÛUe 
d*Âlam   \'\U  qui  deTlnt  In  leconde  femme  de  Qiason.  * 

Ce  o'âit  pmMf  comme  il  a  été  dit,  Robert  de  Dinan  que  Glbion  cbargea  de  por^ 
1er  »Q  Roi  ion  épêe  de  con  notable  :  c*eat  Robert  de  BeaEtmfLnoir,  frère  c^ïnsati* 
çuin  de  Jeanne  de  Beaiimîinoir,  n^  du  premier  mari&i^'e  du  marécbftl-  (Voir  co* 
dicille  de  Clisson,  6  février  UOCi;.  (1407  n.  it.)  Monc-,  Pr.  U,  782. 

(3)  HisL  livre  X,  cbap,  XX,  il  donne  Tarrât  du  IG  féTrier  dont  nous  avons 
donné  on  eUrait  plu»  hatit  (p.  Sa}.  A(iaâit^>t  apfè»»  cbap.  XXI,  il  écrit  ;  «  Cette 
acCQaatiOo  (qui  finit  par  la  eondamnaiion  des  PenibièTn*)  fut  faite  en  UZt  (t4?5 
u.  St.;  —  car  lora  il  fallait  neuf  deâ  faux  (uole  d'impression)  dôJaati,..  Fina- 
lement, après  longues  pour»iiitei  et  le  procès  ayant  été  fait  par  lee  évéqnea  de 
Rennes,  Dol  et  Saint- Malo  à  un  moine  de  Beaupoi-t  nommé  Jean  Boucher  et  à 
quelques  abbés  et  clercs  qui  avaient  conspiré  ceiU  pr%s€  (du  duc  en  142U]  in- 
t^rfint  Tarrét  auadic  de  \kl\  {ikth  n.  st.)  ■»  Du  reste  pas  un  mot  de  la  venue  du 
t^re  de  Laigle  en  Bretagne.  Voilk  hien  Ja  confusion  entre  les  deux  attentats.  Nom 
ne  iroQTQns  aucune  traça  de«  informations  fartes  à  Hennetp  Dol  et  tia^at^Malo. 

{\)  i^bineaup  Uisi.  p.  55&,  Moriee,  llist.  J,  p.  4fiâ. 

Novembre  i»QS  Éf 


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2S2  REVUE  DE  BRETAGNE 

compte  (1).  La  Borderie,  exact  comme  d'ordinaire,  a  dû  passer 
sur  certains  détails  que  son  histoire  générale  ne  comportait  pas; 
mais  qui  peuvent  ti^ouver  leur  place  dans  une  monographie.  11 
m'est  permis  d'ajouter  qu'il  n'a  pas  fait  usage  d'une  pièce  encore 
inédite  et  du  plus  haut  intérât  que  je  citerai  plus  loin  (2). 

Avant  d'entrer  dans  le  récit  de  cette  affaire,  il  faut  répondre  à 
deux  questions  : 

Voici  la  première  :  quelle  est  la  date  certaine  de  la  venue  de 
sire  de  Laigie  en  Bretagne? 

Lobineau  et  Morice  qui  le  copie  ont  placé  l'entreprise  du  sire 
de  Laigie,  à  la  fia  de  Vannée  i420  (3).  Erreur  certaine  et  difOiïîle 
à  comprendre  de  leur  pirt  puisque  eux-môaaes  ont  fourni  la 
preuve  de  l'erreur. 

Lobineau  nous  apprend  que  Jean  V,  tardivement  instruit  de 
Taffaire,  prescrivit  une  information  en  janvier  1424.  Il  cite,  il 
complète  sur  quelques  points  une  pièce  intitulée  «  dépoaitioa 
d'Alain  Taillart»,  publiée  par  Morice  (4).  Cette  pièce  n'est  pas  da- 

(1)  J*ai  donné  plut  haut  (p.  79)  une  preuve  de  rinezactituda  de  Daru  lur  Tbli* 
toire  de  ce  temps. 

(2)  La  Borderie,  BUt.  p.  234-238.  L'historien  mentionn*^  fp.  "Z^fi  note  9  de  la.  page 
235)  une  pièce  d'information  «  jusqu^à  prés'^nt  int^ditH  >  exj^tfint  aiu  Arcbiv^j 
de  la  Loire-Inférieure,  datée  du  il  mai  14. '4.  11  y  en  a  J'^utr^t  ootn^mmeni  uii« 
du  22  mars  1424  (n.  8t.),'et  une  auire  datée  du  9  avril  U:3  (vieux  au).  K.  75. 

(3)  Aujourd'hui  ce  nom  s'écrit  Taillard.  V écris  2'aiUari,  forent*  du  XV*  aiècle. 
Morice.  Pr.  11.  1001-1003.  Arch.  Loire-lnt.,  15.  76.  Morice  place  Ctille  pièco 
(sans  date)  entre  Relation  de  la  prise  du  duc...  (p.  9!^^-lOÛl)  et  capitulatioD  da 
Gaingamp,  5  mars  1420  (n.  st).  Or  ces  deux  pièces  sont  antérieures  de  plus  dd 
22  moisà  la  date  que  la  déposition  assigne  à  la  venue  Je  Jean  de  Penthièvrs  «o 
Bretagne,  et  de  près  de  quatre  ans  à  l'information  ordonuéi  par  le  duc  en  jan- 
▼ier  1424  (n.  st.),  d'après  Lobineau  et  d'après  Morice  lui-oi^me.  EiML  II,  C€Uaiùgu^ 
des  Êvéquei  et  abbés...  p.  CXXXVl. 

(4)  Lobineau  {Hisl.,  p.  555-556),  Morice  (Hi^t.  1.  p.  4»,^)  mHtqTj^nt  la  dat*  après 
le  règlement  signé  par  le  duc  à  Quimper  le  1**^  décembre  li^D,  ei  Ttintrevae  du 
duc  et  de  son  frère  Hichemont  à  Pontorson. 

M.  Blanchard,  Téradit  éditeur  des  Actes  de  Jean  V^  a  cru  pouvoir  placer  a 
date  de  cette  entrevue  en  octobre.  T.  IV,  Introduction.  lUnéraire.p.  CXXVL 

L'entrevue  est  postérieure.  En  effet  Richement  accompag-na  le  rot  d'Angleterre 
an  siège  de  Melun  qui  capitula  le  17  novembre  1424,  et  il  suivit  probablemeiit 
le  roi  à  Paris  et  à  Rouen  C'est  seulement  après  cette  date  que  Uichemont  pot 
obtenir  un  congé  et  venir  en  Nor  nandie.  11  y  r-çut  la  visite  de  chevi^liera 
bretons  avant  de  recevoir  celle  de  son  frère.  (M.  Gosn^au.  La  connétabiâ  de  Ri' 
chemont^  p.  58-51).  Il  n'y  a  pas  de  place  pour  tous  cea  faits  entre  le  H  no- 
vembre et  le  l»'  décembre.  L'entrevue  des  deux  frères  est  donc  du  mois  df*  dé- 
cembre entre  le  l*'  et  le'  14,  ou  bien  entre  le  16  et  le  :e.  Nous  voyons  Jean  V  à 
Quimper  le  1*'.  et  à  Vannes,  les  14  et  16,  26,  28  et  29  décembre. 


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ATTENTATS  DS  PSNTHIÈVRB  3S3 

tée  ;  elle  est  nécessairemeat  postérieare,  mais  de  peu  de  temps, 
à  Tordre  d'ioformer.  Or  Alain  Taiitart  dit  que  «  le  sire  de  Laigle 
résolut  son  voyage  en  Bretagne  quatre  jours  après  Pâques,  il  y 
a  deux  ans  >».  C'est  se  référer  à  Pâques  1422.  Cette  année,  le  di- 
manche de  Pâques  tombait  le  12  avril  (1). 

Mais  voici  une  pièce  de  la  moue  information  ou  d'une  infor- 
mation presque  simultanée  :  c'est  la  déposition  de  Maurice  Tail- 
lart,  père  d'Alain.  Il  dit  qu'il  accompagnait  le  sire  de  Laigle  près 
de  Beauport^  en  mai  1422.  Il  ne  peut  faire  erreur;  et  voilà  une 
date  bien  établie. 

La  Borderie  a  sans  hésitation  adopté  cette  date  et  sur  la  seule 
information  d'Alain  Taillart,  car  il  n'a  pas  lu  la  déposition  de 
Maurice  Taillart. 

Dirai-je  que  l'auteur  de  Goudelin,  contredisant  Lobineau  et 
Morice,  a  placé  l'expédition  du  sire  de  Laigle  en  1420  \  mais  avant 
l'enlèvement  de  Jean  V7  Cet  événement  étant  du  13  février, 
l'autre  attentat  serait  du  mois  de  janvier. 

L'auteur  se  contredit  quand  il  écrit  que  le  sire  de  Laigle  se 
promettait  de  surprendre  le  duc  allant  faire  ses  Pâques  à  Beau- 
port  (2).  Cette  année,  Pâques  tombait  le  9  avril.  Placer  l'entre- 
prise du  sire  de  Laigle  au  temps  de  Pâques,  c'est  la  mettre  en 
avril.  Or  le  duc  Jean  V  arrêté  le  13  février  était  au  temps  de 
Pâques  détenu  à  Saint- Jean-d'Angély  (3). 

J'ajoute  ':  l'entreprise  du  sire  de  Laigle  manqua.  Si  elle  eût  été 
du  mois  de  janvier  1420,  comment  les  Penthièvre,  un  mois  après 
cet  échec,  auraient-ils  osé  risquer  l'enlèvement  du  duc  ? 

Mais  seconde  question  :  Que  venait  faire  le'^ire  de  Laigle  en 
Bretagne?  Alain  Taillart  a  donné  la  réponse  :  «  trouver  le  duc  et 
le  tuer  sur  place  à  Beau  port.  » 

Quand  on  lit  cette  phrase,  le  premier  sentiment  est  la  surprise 
et  presque  l'incrédulité. 


(1)  Les  dates  des  iniormations  gardées  à  Nantes  nous  donnent  la  dat«  ap. 
prozimatÎTe  de  la  déposition  d'Alain  Taillart.  —  Voioi  ces  dates  :  22  mar5  1124 
(n.st.),  commission  à  fin  d'information,—  9  avril  1423  (n.  st),  (PÂque^)  venant 
cette  année  le  23  avril),  déposition  de  Maurice  Taillard,  —  11  mai  1424,  La  pièce 
citée  par  la  Borderie. 

(2)  R^'vue  de  Bretagne.  Mars,  1909,  p.  132.  L*auteur  aurait-il  emprunté  cetu 
date  aux  Aiieiena  évéchés  de  Bretagne^  i.  lil,  2*  partie,  p.  214?  Les  auteurs 
placentce  fait  en  1419  (1420  n.  st.)  avant  Pâques  qui  était  le  7  avril,  et  le  duc 
était  arrêté  depuis  le  13  février. 

(3)  Actes  de  Jean  r.  itinéraire.  Introduction,  p.  CXXV. 


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224  REVUE  DE  BRETAGNE 

«  Est-ce  possible?  me  dit  un  érudit.  En  1420.  la  comtesse  de  Pen- 
thièvre  n'a  pas  cru  pouvoir  faire  le  sire  de  Laigle  complice  de  la 
félonie  de  ses  frères.  Il  est  vrai  qu'un  jour  dans  la  prison  de  Châ- 
teauceaiyc,  il  a  paru  devant  Jean  V,  avec  son  frère  Olivier,  dans 
un  appareil  formidable,  Tépée  nue  en  main  ;  mais  c'était 
une  feinte;  ils  ne  voulaient  que  faire  peur  au  duc  pour  lui 
arracher  Tordre  de  lever  le  siège  de  Lamballe.  Il  est  vrai  encore 
que  le  sire  de  Laigle  a  combattu  l'armée  ducale  assiégeant  sa 
mère  dans  Ghâteauceaux.  Pouvait-il  faire  autrement  sans  man* 
quer  à  la  piété  filiale?  Mais  il  a  réprouvé  l'attentat  de  ses  frères  ; 
et  avec  quels  égards  il  a  ramené  le  duc  de  Clisson  h  l'armée  bre- 
tonne devant  Ghâteauceaux  !  Aussi  Jean  V  lui  rendant  justice  ne 
Ta  pas  traité  comme  ses  frères  :  il  Ta  chargé  de  rédiger  «  l'a- 
mende honorable  »  que  les  Penthièvre  feront  au  duc  à  la  séance 
des  Etats  ;  mais,  tandis  que  ses  frères  auront  la  honte  de  com- 
paraître en  personne  aux  Etats,  le  sire  de  Laigle  pourra  s'y  faire 
représenter. 

a  Pourquoi  donc,  en  1422,  le  sire  de  Laigle  ce  «  sage,  ce  mo- 
déré (1),  coupant  risque  de  sa  liberté,  bien  plus>  de  sa  vie,  est-il 
venu  en  Bretagne?  Ne  serait-ce  pas  dans  l'intérêt  de  son  jeune 
frère  Guillaume^  resté  comme  otage  aux  mains  du  duc  par  la 
faute  de  ses  frères  et  de  sa  mère?  Ne  vient-il  pas  pour  s'empa- 
rer de  Jean  V  qu*il  gardera  comme  otage  de  Guillaume?  Heureux 
s'il  peut  un  jour  dire  au  duc  :  «  Rendez-nous  mon  frè^e  et  nous 
vous  rendrons  la  liberté  !  » 

Voilà  ce  que  nous  voudrions  accepter  pour  l'hoonear  d'un 
vaillant  homme  qui  va  s'illustrer  au  service  de  lacause  française. 
Par  malheur  ce  n'est  pas  possible.  Après  Alain  Taillart,  un  autre 
témoin,  son  père,  fait  sur  ce  point  une  déposition  identique. 

La  Borderie,qui  n'a  lu  que  la  première  déposition,  a  cru  sans 
hésiter  au  projet  homicide  du  sire  de  Laigle,  et  môme  il  a  donné 
l'explication  de  sa  coupable  entreprise.  Il  écrit  : 

«  Ge  sage,  ce  modéré  (Jean  de  Laigle)  qui  avait  laissé  les  autres 
s'embarquer  sans  lui  dans  cette  galère  (l'entreprise  de  1420),  une 
fois  la  partie  perdue,  il  entreprit  de  la  regagner  à  lui  tout  seul, 
sans  avoir  plus  de  scrupule  que  ses  frères  sur  le  choix  des 
moyens  »  ('2). 


(1)  Ces  expressions,  nous  le  verrons  tout  à  l'heure,  sont  de  La  Borderie. 

(2)  La  Borderie,  Hist.  IV,  p.  235. 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÉVRÉ  285 

Et  plus  loin  quand  o  la  partie  est  perdue  »  de  nouveau,  This- 
torien  écrit  : 

«  Le  sire  de  Laigle  ne  voulait  point  enlever  Jean  V,  il  était 
plus  radical.  li  voulait  l'attendre  à  Tabbaye  de  Beauport  et  à 
sou  passage  le  tuer,  puis,  dans  le  trouble  causé  par  cette  mort, 
déployer  la  bannière  de  Penthièvre,  appeler  à  lui  tous  les  amis 
de  sa  maison  ;  et  il  espérait,  sous  l'épouvante  causée  par  ce  coup 
tragique,  par  ce  soulèvement  inattendu,  que  la  Bretagne  serait 
toute  entière  entraînée  dans  le  mouvement,  le  parli  de  Monlfort 
terrifié  réduite  Timpuissance,  le  triomphe  des  Penthièvre  as- 
suré. Ce  plan,  quoique  fort  audacieux,  pouvait  être  justice  par 
l'événement.  Mais  à  une  condition  :  c'est  que  le  chef  de  Tentre- 
prise  —  sitôt  le  coup  fait,  le  duc  tué  —  aurait  de  suite  sous  sa 
main  une  troupe  d*élite,  un  bataillon  Intrépide  pour  donner  Ib 
branle  à  la  Bretagne  et  déterminer  par  une  action  rapide  l'en- 
traînement qui  ferait  le  succès...  (1)  » 

Pour  concevoir  de  telles  espérances,  il  aurait  fallu  que  le  aire 
de  Laigle  eût  oublié  ce  qu'il  avait  vu  en  1420. 

Le  13  février,  le  duc  est  fait  prisonnier;  le  23,  toute  la  Bre- 
tagne est  soulevée  contre  les  Penthièvre. 

A  la  nouvelle  de  l'enlèvement  de  Jean  V,  «  il  y  eut  par  tous 
lieux,  dit  Le  Baud,  grand  effroy  et  grand  murmure  à  Rencontre  du 
comte  de  Penthièvre,  de  sa  mère,  de  ses  frères,  de  ses  alliés  (2).  » 

En  1422,  Tassassinatdu  duc  excitera  un  bien  autre  ^  murmure  « 
contre  le  sire  de  Laigle. 

Combien  les  circonstances  sont  moins  favorables  aux  Pen- 
thièvre en  1422,  qu'en  1420  I 

En  1420,  la  Bretagne  a  été  surprise  au  sein  d'une  paix  pro- 
fonde,  mais  elle  s*est  tout  de  suite  ressaisie.  En  14';^^,  elle  est  par 
avance  unie  et  comme  organisée  contre  les  Penthièvre.  La  li^ue 
des  163  seigneurs  unis  au  duc  subsiste  :  les  compag[U63  retrou- 
veront leurs  chefs  d(3  1420  ;  et,  s'il  faut  un  chef  suprême,  les 
Bretons  armés  l'auront.  Ce  sera  Richard,  frère  du  duc,  qui  était 
prisonnier  avec  lui  en  1420  ;  ce  sera  môme  le  comte  de  Riche- 
mont. 

Le  roi  d'Angleterre  le  refusa  en  1420;  mais  il  attend  la  signa- 
ture du  duc  et  de  ses  barons  au  traité  deTroyes,  il  laissera  aller 


(1)  La  Borderie  IV,  p.  '237. 

(l)  Le  Baud,  Hist.  de  fJretagne,  p.  454. 


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226  REVUE  DE  BRETAGNE 

Richemont  (1)  ;  Rîchemont  est  en  France,  au  premier  appel,  il 
viendra  (2). 

Ajoutons  que,  en  1420,  les  Penthièvre  avaient  rapprobation 
du  dauphin  ;  il  les  a  abandonnés,  bien  plus,  il  a  puni  la  félonie 
qu'il  avait  encouragée.  Mais,  s'il  avait  approuvé  l'emprisonne- 
ment du  duc  son  beau-frère,  approuverait-il  le  coup  de  dague 
ou  de  poignard  qui  ferait  sa  sœur  veuve?  Et  puis  comment 
irait-il  s'aliéner  les  Bretons,  au  moment  où  résistant  au  duc  ils 
refusent  de  signer  le  traité  de  Troyes  ? 
Pour  toutes  ces  raisons,  nous  ne  pouvons  croire  que  le  sire  de 

Laigle  se  flattât  de  saisir  la  Bretagne  pour  son  frère  ;  et  nous 

cherchons  ailleurs  la  cause  qui  a  pu  le  déterminer  à  se  faire  Je 

meurtrier  de  Jean  V. 
Or  voici  un  fait  antérieur  de  peu  de  temps  à  la  venue  du 

sire  de  Laigle  en  Bretagne  et  sur  lequel  nous  appelons  Tat- 

tention. 

En  septembre  1420,  les  Penthièvre,  au  lieu  de  comparaître  aux 
Etats,  avaient  fui  de  Bretagne.  Un  an  plus  tard,  tlébarrassé  de 
ses  félons  adversaires,  le  duc  ne  semblait  plus  y  penser,  pas 
môme  pour  faire  prononcer  contre  eux  le  forban  et  une  con- 
damnation définitive.  La  comtesse  de  Penthièvre  se  tenait  au 
château  d'Essé  en  Limousin  (3),  voyant  ses  fils  comme  elle- 
mdme  hors  des  atteintes  de  la  justice  de  Bretagne.  Le  sire  de 
Laigle  avait  retrouvé  sa  place  dans  la  maison  du  dauphin.  Le 
comte  de  Penlhièvre  avait  pris  le  chemin  de  sa  seigneurie  d*A- 
vesnes  en  HaynauU  (4).  Mais,  comme  on  va  voir^  il  n'y  parvint 
pas  sans  encombre. 

Olivier  avait,  on  ne  sait  pour  quelle  cause,  ordonné  à  ses  offl- 
ciers  de  prendre  et  garder  en  prison  quelques  vassaux  du  mar* 

(1)  Jeftn  V  trompé  encore  une  fois  par  le  dauphin  se  rapprûchaLt  de  TAngle- 
t«rre.  Le  27  juin  1422,  il  aUait  envoyer  des  ambassadeurs  cbaLr^g  de  ratj&âr  le 
traité  de  Troyes  (du  21  mars  1420).  La  ratification  se  fit  le  S  octobre  1422;  mais 
U  Bretagne  ne  suivit  pas  le  duc  et  resta  fidèle  à  TaUiance  française. 

{'ï)  Depuis  le  mois  de  Janvier,  Richemont  encore  prisonnier  ét«it  avec  Henri  V 
au  «iègtfde  Meaux  qui  se  rendit  le  2  mai.  Le  10  mai,  Kichemont  était  à  Paris.  ^^ 
M.  Cû9nQSLU^  Richemont,  p.  64.  —  Au  mois  de  juin  1422.  Richemont  eut  un  congé 
pour  venir  en  Bretagne,  et  c'est  en  Bretagne  qu'il  apprit  la  mort  d^Henri  V. 
(Bit  Co«neau,  p.  67). 

(3)  Essé,  aujourd'hui  arrondissement  de  Conflans  (Charente),  était  de  la  vi- 
comte de  Limoges. 

(4}  Avesnes,  aujourd'hui  chef-lieu  de  sous-préfecture  du  Nord^  n'appartînt 
définitivement  à  la  France  que  depuis  1159  (traité  des  Pyrénées). 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÈVRE  227 

quis  de  Bade  en  Haynault.  Le  marquis  protesta  et  n'obtenant 
rien  il  s'empara  d'Olivier  au  passage  du  Rhin  et  l'emprisonna  (l). 

La  détention  durait  depuis  plusieurs  mois  quand,  vers  la  fin 
de  1421,  Jean  V  en  fut  informé.  Il  conçut  alors  ou  peut-être  on 
lui  suggéra  l'idée  —  très  malheureuse,  comme  on  le  verra  —  de 
«  racheter  »  Olivier  du  marquis  de  Bade  :  c'est-à-dire  de  payer 
la  rançon  d'Olivier,  môme  une  grosse  somme;  non  pour  le 
rendre  à  la  liberté,  mais  pour  le  faire  ramener  captif  en  Ere* 
tagne,  le  faire  juger  et  condamner. 

Le  4  janvier  1422,  Jean  V  donnait  des  ordres  pour  l'exécution 
de  ce  projet.  Il  envoyait  en  «  Flandre,  Hayna^ult  et  Brabant  »  trois 
gentilshommes  qu'il  qualifie  «  chevaliers,  chambellans,  écuyers,  » 
accompagnés  de  troib  hérauts;  plus  tard,  quelques  autres  les 
rejoindront;  enfin  le  duc  enverra  son  procureur  général  lui- 
même,  Guillaume  Preczart.  Le  choix  de  ce  légiste  montre  qu'il 
s'agit  moins  de  prendre  Olivier  que  de  négocier  sa  remise  aux 
ofBciers  bretons.  Ce  qui  démontre  encore  mieux  le  caractère  de 
cette  expédition,  c'est  le  total  de  la  somme  que  le  duc  y  consacre  : 
trente-sept  mille  écus  d'or,  environ  1,754,000  francs  de  notre 
monnaie.  Le  voyage  des  oITiciers  du  duc  ne  pouvait  coûter  si 
cher  :  il  s'agit  bien  d'une  rançon  à  payer  (2). 

(I)  D'Argentré  {Bist,  Ed.  de  1582,  f«  586  po.j  et  Lobineau  (Hist,  p.  556)  ont  conté 
avec  quelques  divergences  ces  aventures  du  comte  de  Penthièvre  et  reipédilton 
des  Bretons  en  Haynault.  Mais,  le  récit  du  fait  principal  est  le  mAm«  chex  itê 
deux  auteurs. 

,  (2)  Morice,  Pr.  II,  1100.  —  «  Assura^iee  donnée  par  le  duc  à  desofftcieri  eovojés 
dans  les  Pays-Bas  pour  arrêter  Olivier.  >»  Le  mot  arrêter  est^nsufftii^nt.  Le  texte 
dit  a  pour  faire  la  poursuite  et  racheter  Olivier,  s'il  était  pris  ou  détenu...  « 

Le  départ  successif  des  «  quelques  autres  u  et  du  procureur-g^uéfal  ii>nt 
appris  par  Lobineau.  —  Hist.  p.  5b6. 

Ces  chiffres  résulU'nt  de  la  pièce  Assurance  pour  la  Pomme  de  îîi.OOû  écus 
d^6r; — et  des  indications  de  Lobineau,  f^isl,  p.  bb6  pour  deux  autrui  sommes. 
L*écud'or  créé  par  Charles  VI  (1384)  valait  encore  (en  1422)  23  sûus.  La  lirr» 
était  comme  toujours  de  20  sous.  Je  r»mène  les  écus  à  la  livre,  pour  ramener 
la  valeur  des  livres  à  notre  monnaie  actuelle.  Leber  (1845)  approuvé  par  La  Bor-' 
derie  pour  Tépoque  où  nous  sommes  évalue  la  livre  à  41  ir.  25  de  noa  jourt.  Voici 
la  compte  abrégé  : 

î).000  écus  d'or  =    5.750  /#■  X  par  41,25  =      237.187 

7.000        id.         =8.050  —  =      331.143 

25.000         id.         =  28.750  —  =  1.185.037 

Totaux     37.000        id.        =  42.5^0  —  1.754.567 

Les  5.C00  écus  emportés  par  les  trois  gentilshommes.  Les  7.000  parOuillaume 
Preczart;  lests. 000,  crédit  ouvert  chez  des  banquiers  de  Bruges.  Aantrarice  ei 
Lobineau.  Hist.  556. 


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!28  RBVUE  DE  BRETAGNE 

La  première  condition  du  succès  était  le  secret.  Il  fut  mal 
gardé.  Sur  ces  entrefaites,  le  marquis  de  Bade  consentit  à  rece- 
voird'Olivierune  rançon  de30,000écusd'or(  un  million,423,000fr.). 

Dès  lors,  il  s'agissait  d'arrêter  le  comte  de  Penthièvre.  Il  allait 
intervertir  les  rôles  :  il  arrêta  quelques  Bretons  ;  et  les  autres  ne 
durent  leur  salut  qu'à  la  fuite.  Cette  opération  si  mal  conduite  coûta 
au  duc  20,500  écus  d'or»  soit  950,000  de  nos  francs  actuels  (1). 

La  comtesse  dut  apprendre  à  peu  près  dans  le  même  temps  la 
mise  en  liberté  d'Olivier  et  les  efforts  faits  par  Jean  V  pour  s'en 
emparer.  Qu'on  se  figure  sa  colère  I  Elle  appelle  au  secours  le 
sire  de  Laigle.  Il  faut  venger  son  frère  et  en  même  temps  le  sau- 
ver de  nouvelles  poursuites  de  Jean  V. 

Elle  a  trouvé  le  moyen  d*assurer  ce  double  résultat  :  mettre  le 
duc  à  mort.  Mère  imprudente,  disons-mieux,  folle  de  colère,  elle 
ne  songe  pas  à  son  plus  jeune  fils,  Quillaume,  otage  en  Bretagne, 
et  Jean  de  Laigle  ne  songe  pas  au  péril  qu'il  peut  faire  courir  à 
son  frère  I 

Mais  quand  et  comment  aborder  le  duc  pour  le  frapper  à  coup 
sûr?  Au  moins  faut-il  attendre  une  occasion  favorable.  Elle  va 
se  présenter,  comme  nous  le  verrons  tout  à  l'heure  ;  et,  le  16 
avril,  quatre  jours  après  Pâques,  le  sire  de  Laigle  prend  la  ré- 
solution a  d'aller  faire  un  tour  en  Bretagne  ». 


Nos  trois  historiens  Lobineau^  Morice,  La  Borderie  ont  conté 
cette  affaire  d'après  la  seule  déposition  d'Alain  Taillart  impri- 
mée par  Morice  avec  des  lacunes  que  Lobineau  a  remplies  sur 
quelques  points.  Grâce  aux  communications  d'obligeants  éru- 
dits,  je  pourrai  compléter  la  déposition  d'Alain  Taillart  par  celle 
de  son  père  Maurice. 

Je  m'en  tiendrai  d'abord  à  la  déposition  d'Alain.  A  ce  pro- 
pos, voici  quelques  observations  préliminaires  qui  trouvent  ic^ 
leur  place. 

En  tête  de  la  pièce  intitulée  :  déposition  d'Alain  Taillart^ 
D.  Morice  a  écrit  :  «  Alain  Taillart  fut  arrêté  et  mis  entre  les 
mains  du  duc  auquel  il  déclara...  »  ce  que  nous  lisons  plus  loin. 
Mais  ce  que  nous  lisons  ce  n'est  pas  la  déclaration  même  faite 

(1)  Morice,  Pr.  II,  1138.  Arrêté  de  compte,  12  juin  1423. 
20.000  écus  d'or  =  28.075  ff  à  41,25  =  950.060  franc». 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÈVRE  22d 

devant  le  duc  :  c'est  cette  déclaration  reproduite  par  Alain  Tail- 
lart  dans  une  déposition  reçue  par  des  juges  ecclésiastiques  selon 
les  formes  usitées  à  celte  époque.  Nous  lisons  en  elTet  qu'Alnin 
a  été  «  reçu  comme  témoin  et  qu'il  a  prêté  serm«alt  ayant  été 
absous  en  ce  qui  concerne  la  déposition  à  faire  (1)  >!. 

Qu'est-ce  à  dire?  Voici  :  devant  le  duc,  Alain  a  reconnu  qu'il 
accompagnait  le  sire  de  Laigle  venu  en  Bretagne  pour  tuer  Ui 
duc.  De  Laigle  est  donc  coupable  de  tentative  de  meurLie. 

Ce  fait  prouvé  le  sire  de  Laigle  est  infâme^  c'est-à-dire  ne  pyut 
être  entendu  comme  témoin.  Alain,  son  complice,  est  infElme 
comme  lui.  Mais  cette  infâmeté  (cjoime  on  disait  alors)  n  est 
pas  absolue  :  les  juges  peuvent  en  accorder  Vexempilon,  quand 
il  y  a  intérêt  à  recevoir  la  déposition  (2).  C'est  ce  qui  fut  fîiit 
pour  Alain  Taillart. 

Sa  déposition  devant  le  juge  est  donc  la  reprodiicllon  exacte 
de  )a  déclaration  passée  devant  le  duc  :  c'est  pourquoi  celte  dé- 
position, au  moins  pour  cette  partie,  est  écrite  en  français  (3), 

Dès  le  début,  une  sorte  de  protestation  écrite  en  latin  a  de  quoi 
surprendre  :  Alain  dit  : 

«  Très  illustre  prince  et  seigneur  Jean,  est  par  la  j^^rfice  de 
Dieu  duc  de  Bretagne  :  je  l'ai  su  dès  que  j'ai  eu  la  con naissance 
et  c'est  de  notoriété;  après  ses  ancêtres  et  depuis  trente  ans 
environ  (4),  il  est  le  vrai  duc,  et  ses  pères  furent  ducs  de  Bre- 
tagne avant  lui.  » 

Pourquoi  cette  déclaration?  Elle  semble  une  sorte  il^amende 
honorable  faite  pour  amadouer  les  juges,  et,  Alain  Taillart  peut 
l'espérer,  le  duc  lui»  en  tiendra  compte. 

La  famille  noble  Taillart  était  possessionnée  dans  plusieurs 
paroisses  du  Goello,  notamment  Plouagat,  Bringolo,  Goudelio, 


(t)  «  Testis  reeeptusj  juratus,  absolatui  quoad  actum  deponëndum.  » 
{l)  C*ett  le  chapitre  (article  155)  de  la  T.-A.-C.  V.  Saa?ageau,  t.[I,  p,  Vlh,  c  Nul 
infâme  trouvé  ou  prouvé  par  la  cour  ne  doit  être  témoin  en  nulit^  cause...  el  nul 
ne  doit  être  réfuté  infâme,  tant  qu*il  soit  trouvé  et  jugé  par  tour,  ou  prouvé 
publiquement...  Tous  gens  qui  sont  prouvez  de  trahison,  de  meurtri;',...  ^tc.^  sont 
infâmes.  » 

Ainsi  avant  la  condamnation  prononcée^  il  suffit  de  la  pivuve  rf^âuitant  de 
notoriété  encore  mieux  de  l'aveu  (comme  ici)  pour  que  Tintaun^  snh  l'ucoLirUri» 

(3)  «  Deposuit  prout  et  quemadmodum  ahas  in  quadam  ;ili;>   «ua  depoutione 
verbis  gallicanis  redacta.  » 

(4)  Trente  ans,  c'est  un  peu  trop,  Jean  V  n'hérita  le  duché  qae  in  \"  novembi'a 
1399.  En  1424,  il  était  dans  la  24«  année  de  son  règne. 


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230  REVUE  DE  BRETAGNE 

Gommenech  (1).  Dans  sa  déposition  Alain  Taillart  se  dit  né  à 
Qommenech,  avoir  bientôt  dix-huit  ans,  être  flls  de  Maurice 
et  de  Jeanne  Boschier.  Il  dit  que  sa  mère  est  sœur  de  frère 
Jean  Boschier,  religieux  à  Beauport  depuis  six  ans,  et  nièce 
d'autre  Jean  Boschier,  naguère  abbé  de  Beauport  (2). 

Alain  dira  plus  loin  que  son  père  fut  écuyer  d'Olivier  de  Blois, 
que  lui-môme  le  servait  comme  page  (3),  que  l'un  et  Tautre  étaient 
présents  à  l'enlèvement  du  duc;  que,  Olivier  partant  pour  le 
Haynault,  Alain  ne  put  le  suivre  parce  qu'il  était  raaia<ie  ;  qu'il 
resta  avec  son  père  auprès  de  la  comtesse  de  Penthièvre  ;  que 
lorsque  Jean  de  Penthièvre  quitta  sa  mère,  il  emmena  Alain  avec 
son  père  et  que  l'un  et  l'autre  le  servirent  depuis  ;  qu'ils  étaient 
avt^c  le  sire  de  Laig'e  au  château  d'Essé  quand  celui  ci  prit,  le 
16  avril  1422  «  la  résolution  de  faire  un  tour  en  Bretagne  »  ;  enfla 
il  nous  dira  plus  loin  que  le  sire  de  Laigley  venait  pour  tuer 
Jean  V. 

Mais  l'entreprise  était  hasardeuse.  La  comtesse  et  son  fils 
pensèrent  que  le  duc  lui-même  fournirait  une  occasion  favorable 
à  leur  projet  dans  un  de  ses  fréquents  voyages  à  travers  le  duché, 
voyages  où  il  se  complaisait  à  marcher  presque  sans  escorte  et 
accessible  à  tous.  Nul  doute  que  laco.mtesse  et  son  fils  oe  se  soient 
renseignés  auprès  de  quelque  partisan  dévoué  ou  auprès  des 
fl  espions  »  qu'ils  entretenaient  en  Bretagne.  C'est  ainsi  qu'ils 
apprirent  que  le  duc  devait  partir  de  Vannes  après  Pâques 
(12  avril)  pour  aller  à  Dinan.  et  de  Dinan  à  l'abbaye  de  Beauport 
près  de  Paimpol  au  fond  du  Qoello  (4). 

Voilà  l'occasion  attendue  :  le  sire  de  Laigle  ne  la  laissera  pas 

(1)  Sur  la  situation  de  Plouagat,  Qoudelin,  Qommenecb,  oi-dessas,  p.  77.  Brio- 
go\o,  au  canton  de  Plouafrat,  est  situé  entre  les  communes  de  PLouagat  et  Gou- 
deUn,  On  trouve  en  Qommenech  un  lieu  nommé  Kerello,  qui  appartenait  h  la 
famille.  La  famille  existe  encore  sous  le  nom  de  Taillard, 

(2)  Dans  le  texte  latin  :  Olim  abbas,  autrefois  abbé.  Nom  verrona  Jean  Boa- 
obier  l'abbé  arrêté  et  mis  en  prison.  Son  petit-neveu  n^est  interrogé  qu'aprèa 
Temprisonnement  de  Tabbé. 

(3)  Dans  le  texte  «  famulus  et  mango.  •  Ce  dernier  mot,  du  f  r#c  magganon, 
qui  veut  dire  fard,  était  employé  par  les  Romains  au  sens  de  marchund  d'es^ 
elat^es  qui  les  fardait;  de  revendeuTy  qui  pare  du  vieux  pour  en  faire  du  neuf  ; 
—  de  maquignon  qui  dissimule  ou  fait  disparaître  les  défauts  des  châvaux  mis 
en  vente.  —  Au  Moyen- Age  le  mot  mango  détourné  de  son  se  as  étymologique 
est  ptis  au  sens  de  page.  Est-ce  en  signe  de  protestation  en  favetir  des  pag«e  que 
nos  dictionnaires  latins  modernes  traduisent  page  par  p%ier  h^nùrarius  :  tra- 
duction exacte  du  mot  enfant  d'honneur  employé  au  XVI»  et  X.VU*  sifeeLe»? 

(4)  B«auport  au  bord  de  la  mer^  commune  de  Kérity,  canton  de  PaimpoL 


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jiN 


ïr-T 


ATTENTATS  DES  PENTHIÈVRE  231 

échapper.  Pas  un  lieu  de  Bretagne  n'est  plus  propice  qu(^  Beau* 
porta  l'exécution  de  son  dessein.  Nous  verrons  plus  loin  pour- 
quoi. 


Sa  résolution  prise,  le  sire  de  Lai^le  rassemble  son  mnnde.  ïl 
réduit  sa  troupe  le  plus  possible  :  elle  ne  sera,  son  <  hf^f  compris^ 
que  de  quarante  hommes,  savoir  trente-six  écuyerâ  ou  homaies 
d'armes,  au  nombre  desquels  Maurice  Taillart,  l6  paKti  Alain, 
Taillart,  un  valet  et  un  valet  de  chev^ui  (1). 

De  ces  trente-six  écuyers,  quinze  sont  nomrai-s  par  Alain 
Taillart.  Presque  tous  ces  noms  sont  Bretons  et  la  ptupar^  sont 
duPenthièvre.  Tous  sont  «  des  gens  du  sire  de  Lf^igl*^  'K  c'est4- 
dire  de  la  maison  de  Penthiôvre;  ils  sont  «  hoiTiroesdt'  Lui  >*, 
c'est-à-dire  hommes  d'action,  déterminés,  et  sur  lesquels  leur 
chef  peut  compter. 

Mais  ces  compagnons  n'ont  pas  une  importaacB  égale.  Ain&i 
Alain  Taillart  nous  montre  Thébaud  de  La  Goublaye  et  Roland 
du  Gouray,  comme  étant  du  «  conseil  secret»  du  sire  île  Laigie. 
Il  semble  que  Alain  de  la  Houssaye  ait  eu  la  même  préroga- 

(i)  Voici  les  noms  qae  nous  fournit  Alain  Taillart.  Je  ne  lai  ran^a  pa«  dans 
Tordre  où  il  les  mentionne;  mais  selon  lears  lieux  d'origine  pr^^um^â  : 

1.  Thébaud  de  la  Goublaye,  Saint-Alban,  seigneurie  de  Lnmballti  (A). 

2.  Roland  du  Gourajr,  du  Gouray  Jugon,  autrefois  de  P^ritlni  ?Fti, 
S.  Alain  de  la  Houssaye,  peut-éire  de  Gael. 

4.  Maurice  Taillart,  Plouagatet  Bringolo  en  Goelle  (B). 

5.  Philippe  de  Triac,  de  Plurien,  LambaRe,  Pléneuf  seig^*  de  LAmbaile  (C) 

6.  Jehan  de  la  Haye,  Plougasnou,  Morlaiz. 

7.  Philippe  de  la  Goublaye,  Saint-Alban  (Lamballe). 

8.  Olivier  de/s  Landes,  Châtelaudren  (Goello). 

D    Jehan  Martin,  Broons  ou  Plouagat  en  Goello. 

10.  Geoffroy  Bouexel,  Plaintel,  Quintin. 

11.  Thébaud  du  Tenou,  Le  Teil,  Quintin. 

12.  Bertrand  de  Saint-Jehan,  Saint-Malon. 
13    Thébaud  Gonan,  famille  inconnue. 

14.  Frillaye  — 

15.  RouYray  — 

16.  Alain  Taillart,  page.  V.  ci-dessns  p.  112. 

17.  Conan  Boschier,  valet. 

18.  Lorme  ou  Lorens,  valet  dechevauz. 

(A)  Servait  avec  Jean  de  Penthièvre  sous  le  Dauphin  en  14lB'l4i^t  *?^%  da  niori 
écuyer  et  lieutenant-général  de  Saintonge.  Moriee,  Pr,  II,  987, 

(B)  Ecuyer  d'Olivier  en  1420.  Y.  ci-dessus,  p.  112. 
(G)  Ëeuyer  d'Olivier  en  1420.  Y,  ci-dessus,  p.  112. 


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I  « 


2d2  REVUE  DE  BRETAGNE 

tive  (l).  Comim  ^es  deux  premiers,  d'après  Alain  Taillarf,  il  ne 
quitte  pas  de  Laigie  .-  il  le  suit  dans  les  châteaux  où  celui-ci 
reçoit  l'hospitalité,  tandis  que  le  reste  de  la  troupe  se  cache  dans 
les  bois  des  environs. 

Une  question.  Tous  ces  compagnons  savent-ils  le  projet  ho- 
micide de  leur  chef?  Oa  peut  lejcroire,  puisque  le  page  Ta  su. 
Quelques-uns  du  moins  ont  dû  recevoir  une  confidence  entière  : 
ce  sont  les  membres  a  du  conseil  secret  >».  Il  semble  même  que 
pour  le  sire  de  Laigie  il  y  avait  absolue  nécessité  de  déclarer  net* 
tement  son  projet  à  tous  ses  hommes.  Il  lui  faut  un  engagement 
formel  de  chacun  d'eux.  Qu'adviendrait-il  si,  à  la  rencontre  du 
duc  et  de  son  escorte,  quelques-uns  croyant  à  un  simple  ealè- 
vement  hésitaient  à  frapper  ou  môme  se  retiraient  ? 

Quel  motif  a  pu  engager  tous  ces  hommes  dans  une  entreprise 
aussi  téméraire  qu'elle  est  criminelle?  Est-ce  une  aveugle  fidé- 
lité aux  Penthièvre,  fidélité  persistant  après  leur  fétonie  de  1420 f 
Est-ce  l'appât  d'une  large  récompense? 

Quoi  qu'il  en  soit,  ils  ont  accepté  un  rude  service.  Nous  avons 
dit  que  le  sire  de  Laigie  avait  réduit  sa  troupe  auUnt  que  faire 
se  pouvait.  Ce  n'est  pas  tout  :  la  plupart  de  ses  compagnons  sont 
accoutumés  à  ôlre  servis  :  or,  ils  n'ont  pour  eux  tous  que  deux 
valets  et  un  page;  ils  devront  se  servir  eux-mêmes  et  soigner 
leurs  chevaux.  Leur  bagage  est  le^lus  léger  possible  :  une  coite 
d'armes^  une  épée  et  une  dague,  plus  «  un  sac  à  l'arçon  de  la 
selle  pour  mettre  victuailles  ».  Chacun  d'eux  est  couvert  d'un 
tabûTt  manteau  de  couleur  brune  qui  le  cache  tout  entier. 

Parvenus  à  la  frontière  bretonne,  ils  auront  à  faire  à  travers  le 
duché  cinquante  lieues  à  vol  d'oiseau,  et  autant  pour  Le  retour. 
Pour  que  quarante  hommes  passent  sans  attirer  l'attention,  que 
de  précautions  leur  .»-ont  commandées  !  Ils  ne  marcheront  quo  la 
nuit;  le  jour  ils  se  tiendront  cachés  dans  les  bois;u  quelques-uns 


(  )  A.  propos  de  Alain  de  La  Houesaye,  Lobineaa  écrit  :  «  Si  c«t  Alain  de  La 
m  HouBMye  eailemôine  que  le  sieur  de  la  Houssaye  qui  était  des  «etgneuri  kigaé« 
«  pour  faire  U  guerr<)  aux  Pentiiièvre,  on  ne  peut  M8«sz  détesur  sa  peiKdie.  ■ 
Hist.  p.  I5û.  —  Quelle  apparence  y  a-t-il?  Il  n'est  pas  non  plua  AUin,  cb^ralier, 
ÀViiiit  U04,  marié  à  Marguerite  de  Montauban,  fils  de  tiustache  dtt  La  HouMay^f 
an  d«ïft  quatre  maréchieux  chargés  de  la  résistance  à  la  France  en  1379, 

Une  fois  Alain  Taillart  dit  :  «  Ne  furent  au  conseil  que  Goubbje,  Qouray 
et  La  Hay«.  »  S'agit-il  de  Jehan  de  La  Haye  (n«6)f  C'est  douteux.  Il  «'agLi  prâ- 
babiemeût  de  £ai  Houssaye» 


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ATTENTATS  DBS  PENTHIÈVRE  Î38 

seulement  iront  chercher  des  victuailles  qu'ils  ne  paieront  pas, 
se  disant  gendarmes  du  duc  (ij.  » 

Or,  marchant  de  nuit,  môme  par  une  nuit  claire,  et  de- 
vant faite  environ  40  kil.  entre  le  crépuscule  du  soir  et  celui 
du  malin  (huit  heures  du  soir  —  quatre  heures  du  matin  au 
plus  tard),  il  leur  faut  suivre  non  les  chemins  creux  mais  les 
grandes  routes  :  plusieurs  voient  passer  les  quarante  noirs  ta- 
bars,  personne  ne  les  reconnaît,  quelques-uns  peut-être  croient 
voir  des  ombres.  Le  sire  de  Laigle,  semble-t-il,  ne  se  révélera 
qu'à  quelques  fidèles  dont  il  est  sûr,  et  seulement  dans  le  Pan- 
thièvre  (2). 

Son  parti  pris  le  16  avril,  le  sire  de  Laigle  a  eu  besoin  de 
quelques  jours  non  seulement  pour  réunir  sa  troupe  ;  mais 
aussi  pour  avertir  quelques  fidèles  aux  environs  de  Beauport, 
et  pour  s'assurer  d'un  ancien  barbier  de  son  frère  Olivier, 
nommé  Jean  d'Auvilliers,  beau  parleur,  rusé  et  non  moins 
audacieux,  qui  lui  servira  d'éclaireur  et  lui  sera  d'un  grand 
secours. 

Enfin  il  part  ;  mais  il  y  a  soixante  lieues  à  vol  d'oiseau  d'Essé 
au  point  voisin  de  Cbâteaubriant,  où  il  compte  passer  la  fron- 
tière bretonne.  Il  n'a  pu  entrer  en  Bretagne  avant  les  premiers 
jours  de  mai.  Le  moment  est  propice.  La  lune  sort  du  pre- 
mier quartier,  et  la  pleine  lune,  dont  les  conjurés  ont  besoin, 
commencera  le  8  du  mois  (3). 

Autre  circonstance  favorable.  Du  point  où  il  allait  entrer  en 
Bretagne  jusqu'au  terme,  l'abbaye  de  Beauport,  le  sire  de  Laigle 
trouvait  ouverte  devant  lui  une  route  en  ligne  très  directe  ;  c'était 
une  suite  de  voies  romaines  qui  toutes  ont  été  étudiées,  dont 
plusieurs  sont  visibles  encore,  et  qui,  il  y  a  bientôt  cinq  siècles^ 
pouvaient  être  praticables. 


(1)  Cd  trait  est  à  remarquer.  Etait-ce  donc  un  droit  pour  les  gendarmei  da 
duc  de  réquisitionner  des  vivres  sur  leur  route? 

(2)  Nous  le  verrons  pourtant  se  faire  reconnaître  d*un  abbé  de  l'ancien  Pen 
thièvre  mais  près  du  Penthièvre. 

(3)  Le  dimanche  de  Pâques  est  le  dimanche  qui  suit  le  14*  jour  de  la  lun«  pa«. 
cale,c*e8t-à-dire  le  jour  de  la  pleine  lune.  En  1422,  cette  pleine  lune,  arriva  le  4 
avril  jeudi.  Pâques  arriva  le  12.  La  pleine  lune  ftnit  le  1&.  Le  dernier  quiirtjer 
suivit  jusqu*au  22  ;  —  la  nouvelle  lune  commença  le  23  pour  finir  le  30  ;  le  pre- 
mier quartier  suivit  jusqu*au  7  mai  ;  et  la  pleine  lune  de  mai  commença  )e  B.  -^ 
C*est  à  oe  moment  que  la  troupe  entrait  en  Bretagne.  —  A  cette  époque  de  l'an' 
aée,  il  7  a  huit  heures  et  demie  entre  le  coucher  et  le  lever  du  soleil. 


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S34  REVUE  DE  BRETAGNE 


Les  conjurés  suivront  à  peu  près  deux  fois  la  tnême  rouie  à 
l'aller  et  au  retour,  sauf  qu'au  retour  fuyant  au  plus  vile  ils  se 
garderont  de  deux  crochets  qu'ils  ont  faits  à  Tallar,  Alain  Tailiart 
n'a  pas  eu  la  pensée  d'indiquer  toutes  les  étapes  de  la  route  sui- 
vie; mais,  à  l'aller,  comme  au  retour,  en  contant  cBrlaines  cir- 
constances, il  a  signalé  plusieurs  étapes.  De  ces  deux  listes 
d'étapes  nous  allons  corn  poser  une  liste  unique  qui  nous  donnera 
d'une  manière  certaine  les  jalons  de{  la  route  suivie  à  Taller  et 
au  retour. 

Nous  tracerons  cet  itinéraire  de  la  frontière  bretonne  vers 
Chàteaubriant  à  Goudelin  en  Goello,  près  de  Lanvollon  (arron^ 
dissemenl  de  Sainl-Brieuc). 

A  l'aller,  je  marquerai  par  un  astérisque  les  lieux  d'étapoa 
qu'Alain  Taillart  a  mentionnés  au  retour  : 

Voici  les  lieux  qui  jalonnent  la  route. 

A  l'aller  :  !•*  Bois  deTeillay  ;  2**  forôt  de  Brécilien  ;  3'*  forôt  de 
Boquen  ;  4®*  Bois  près  de  Saint-Brieuc  ;  5**  Goudelirip 

Au  retour  :  !•  Gommenech  (près  de  Goudelin)  ;  2^  Bots  près  de 
SaiûtrBrieuc  ;  S""  forêt  de  Brécilien  ;  4*  Bois  dti  Teillay, 

J'arrête  le  tracé  de  cet  itinéraire  à  Goudelin,  les  faits  qui  se 
sont  passés  sur  cette  route  devant  faire  la  première  partie  de 
mon  récit. 

Suivons  les  conjurés  marchant  sur  les  voies  romaines  d'An- 
gers à  Goudelin. 

i°  A  Angers,  ils  prendront  une  voie  qui  les  amène  à  la  fron- 
tière de  Bretagne  près  de  Saint-Julien  de  Vouvantes,  passant 
près  de  Chàteaubriant,  au  bois  de  Teillay  {aujourd'hui  canton 
de  Bain,  lile-et-Vilaine),  traversant  la  Vilaine  vers  Pléchatel 
(môme  canton)  et  atteignant  Guer  (Morbihan).  —  Celte  voie  ro- 
maine est  bien  connue  aujourd'hui  sous  le  nom  d'Angers  à  Coz- 
Yaudet  (1). 

(1)  Kerviler  (i4rworigu«  et  Bretagne.  T.  !•»■,  t.  I,  Réseaux  des  Vai^s  Romaines^ 
p.  tt%  et  269-70,  n»  \b.  Voie  de  Cos-Taudet  à  Angers.  L'érutli t  au  t^ur  moûtr*;  c«tt« 
Toie  «'embranchant  non  loin  de  Guer  sur  une  voie  de  Coj-Ynuiet  d  Nantes.  Ott« 
Toiti  venant  de  Coz-Yaudet  par  la  Koche-Derrien  et  Guiogamp  (n*  i4)  «'éc&rCft 
iur  ia  gauche  de  la  direction  d^  Beaugort.  CVst  pourquoi  It*  sira  d^  Laigl«  arrivé 
prË8  do  Tembranchement  par  la  voie  d'Angers  à  CoZ'Yaiidet  jMvqu'k  Guéf,  De 
eo&iiaue  pas  à.  suivre  la  voie  de  Cos-Yaudet;  maia  prend  d'&utraa  voiej  dir«ciM 
ven  Beauport.  Nom  les  indiquons. 


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ATTENTATS  DES  PBNTHliVRB  nh 

2*  A  Guer,  les  conjurés  quitteront  cette  voie  pour  en  prendre 
une  autre  montant  au  nord  et  traversant  la  forêt  de  Brécilieti 
(aujourd'hui  de  Paimponf),  voie  romaine  tracée  sous  le  nom  de 
Corseulà  la  Roche- Bernard  (1). 

Qu'ils  continuent  à  suivre  cette  voie  par  GadI»  elle  les  conduira 
à  Saint-Méen  sur  la  voie  de  Rennes  à  Carhaix,  et  ils  marcheront 
sur  cette  voie  15  kil.  à  TOuest  jusqu'à  Merdrignac.  Ils  auront 
ainsi  suivi  les  deux  côtés  d'un  triangle.  Nul  doute  qu'en  sortant 
dé  Brécilien  ils  n'aient  pris  à  Goncoret  un  chemin  qui  par  Mau- 
ron  les  a  conduits  droit  à  Merdrignac.  Ils  ont  ainsi  épargné  15 
ou 20  kil.  de  route.  Ce  raccourci  importe. 

3'  A  Merdrignac,  ils  trouveront  la  grande  voie  de  Rennes  à 
Carhaix  et  la  suivront  environ  5  kilomètres  (2). 

A!"  A  ce  point,  ils  prendront  à  droite  une  voie  allant  par  Mon- 
contour  et  Saint-Brieuc  vers  Coz-Yaudet,  et  qui  les  conduira  au 
voisinage  de  Beauport  (3). 

b"*  Mais,  à  6  kil.  de  cet  embranchement,  la  voie  qu'ils  suivent 
est  coupée  par  une  grande  voie  passant  du  Sud-Ouest  au  Nord- 
Est.  C'est  la  voie  de  Vannes  à  CorseuL  Ils  prendront  cette  voie 
sur  leur  droite,  vers  TEst,  s'écartant  de  leur  route  pour  aller  au 
bois  de  l'abbaye  de  Boqûen  (4). 

6<^  Us  auront  à  revenir  sur  leurs  pas  quelques  kilomètres  ;  et, 
un  embranchement,  qui  semble  une  voie  de  Corseulà  Carhaix, 
les  ramènera  au  point  dit  aujourd'hui  La  Hutte  à  V Anguille^  sur 
la  route  allant  à  Moncontour,  qu'ils  avaient  quittée  pour  aller  à 
Boquen  (5). 

?•  De  Moncontour,  la  voie  montait  au  Nord  vers  Saint-Britiuc 
et  côtoyait  le  bois  de  Plédran  (canton  3ud-0uest  de  St-Brieuc), 

Vers  ce  point,  en  Ylliniac^  la  voie  coupait  une  voie  allant  de 

(1)  Da  Mottay,  Recherches  sur  les  Voies  des  CôteS'du-^ord^  p.  104- J 08.  La 
voie  venant  de  Corseul  passe  à  Caulnes  (gare),  Saiui-Môen,  près  de  Oafti  «t  d« 
CoDcoret  (p.  lOS). 

(2)  Du  Mottay,  p.  63,  76. 

(3)  Voie  Tenant  du  fond  de  la  baie  de  Saint-Brieue  et  que  j*ai  indiquée  d^aprii 
des  documents  certains  (Voie  romaine  d^Yffiniae  à  Vannes,  Aisociatign  bre- 
tonne, ii'07. 

(4)  Voie  d«  Corseul  à  Vannes,  Du  Mottay,  p.  16.  Pourquoi  ce  crochet?  Noui 
le  dirons  bientôt. 

(5)  Au  sud-ouest  du  bois  de  Boquen^  la  voie  venant  de  Corseul  se  bifurque: 
une  branche  descend  vers  le  sud-ouest  (Vannes)  voie  de  CorseUl  à  Vanfuss, 
L'autre  continue  en  ligne  droite  vers  un  point  culminant  dit  aujourd'hui  hutte 
à  l'Anguille  et  passe  sur  les  landes  du  Mené  (Voie  de  Corseul  à  Car?iaii>), 


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336  REVUE  DE  BRETAGNE 

l'Est  à  rOuest  (de  Corseuï  à  Carhaix  ou  de  Carhaixà  AUi  (1),  et 
continuant  vers  le  Nord-Ouest  passait  à  TOuest  de  SUBrîeuc  au 
village  dit  aujourd'ljui  Beaulieu  ;  là,  prenant  la  direction  de  Lan- 
vollon,elle  atteignait  à25kilomètres  de  Saint-Brieuc.  des  bois  au 
voisinage  d'un  château  dit  Goudelin,  à  30  kilomètres  environ  de 
Tabbaye  de  Beauport  (2). 

Telle  est  de  proche  en  proche  la  route  que  les  conjurés  avaient 
à  suivre,  «t  qu'ils  ont  suivie  sans  encombre.  Gomme  on  le  voit, 
sauf  au  raccourci  entre  Concoret  et  Merdrignac,  ils  ont  cons- 
tamment marché  snr  d'anciennes  voies  romaines,  où  noua  pou^ 
vous  les  suivre  comme  pas  à  pas. 

Il  nous  faut  maintenant  dire  les  incidents  de  leur  voyage  de- 
puis l'entrée  en  Bretagne  jusqu'à  Goudelin. 


Comme  il  entrait  en  Bretagne,  le  sire  de  Laigle  vit  venir  k  lu  i 
Jean  d'Auvilliers,  l'ancien  barbier  d'Olivier  (3);  il  va  lui  confier 
tout  de  suite  une  importante  mission.  «  Peut-ôtrL*  sous  prétexte 
d'une  négociation  ;  mais  en  réalité  pour  s'informer  au  vrai  de  la 
route  du  duc  et  du  nombre  de  son  escorte  (4)  »,  le  ?ïire  de  Laigle 
envoie  le  barbier  aux  renseignements.  A  qui  le  dépêche-t-il7  A 
celui  qui  peut  le  mieux  renseigner,  au  duc  lui-même  1 

Sans  hésiter,  le  barbier  accepte  la  mission  et  il  saura  la  rem- 
plir. Il  s'adresse  au  procureur  général  du  duc,  Guillaume  Prec- 
zart,  le  môme  qui  avait  requis  contre  les  Penthiëvre  aux  Etats 


(1)  Du  Mottay.  De  CarTiaix  à  Alet,  p.  38  et  suiv. 

(2)  Voie  de  Corseul  à  Coz-Yaudet.  Kerviler  Ta  décrite  sous  le  nom  de  Cher- 
bourg à  Vorganium  pris  pour  TAber-Vrach  au  nord  du  Finistère  ;  mais  il  1& 
conduit  par  la  grô?e  et  Cesson,  p.  253.  Du  Mottay  j  avait  conduit  la  voia  de  Ca^- 
Taudet  à  Oesson^  p.  157-163.  J*ai  pu  indiquer  un  tracé  bien  câriain  d*VfQiiiac  à 
Saint-Brieuc. 

(3)  Alain  Taillart  dit  :  «  Le  barbier  venait  de  temps  en  tempe  parler  au  dit  de 
L'Aigle  ;  u  et  il  met  ces  mots  entre  ce  quM  a  dit  de  Teillay  et  ce  qu'U  va  dire 
de  Boquen.  Ce  n*est  pas  placer  la  première  visite  du  barbier  sur  la  route  entre 
ces  deux  points.  Lobineau  (p.  5&7).  semble  placer  là  la  mission  donnée  pur  Ûq 
Laigle  au  barbier.  M.  de  la  Borderie,  plus  explicite,  place  cf^tU  mission  ù  Uo- 
quen  même  (IV,  f*>  237).  Or  la  troupe  était  là  le  sixième  jour  de  son  entrée  en 
Bretagne.  Le  sire  de  Laigle  avait  besoin  de  renseignements  avant  du  n'Avancer 
ii  loin.  C'est  pourquoi  j'ai  cru  pouvoir  placer  la  première  entrevue  du  barbi^T 
à  rentrée  en  Bretagne.  ' 

(4)  Lobineau,  Hist.  p.  555.  C'est  l'historien  qui  suppose  une  négociation.  Au 
nom  de  qui  le  barbier  aurait-il  eu  à  parler  au  duc  ? 


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wmm^a^ 


ATTENTATS  DES  PENTHIÈVHE  ^  337 

fie  1420  ;  et  le  procureur  général  le  renvois  au  dac  à  Diaîin,  Le 
barbier  interrogea-t-il  le  duc  lui-même  ?  Toujours  est-il  que 
revenant  au  sire  de  Laigîe  il  pût  lui  rapporter  l'assurance  que 
le  duc  allait  à  Beauport.  11  aura  pu  lui  dire  aussi  que,  selon  son 
usage,  Jean  V  est  peu  accompagné  :  un  chambellan,  un  tréso- 
rier, uû  secrétaire,  quelques  écuyers  et  quelques  valets, 

Vffs  Gandé.  la  troupe  prend  un  soir  la  route  deChâteaubriant: 
elle  évite  celte  place  dans^ereuse  pourelln  puisqu'elle  appariient 
à  RobrTt  de  Dinan,  en  même  temps  seic^neur  de  Montafilan,  un 
des  qualre  capitaines  généraux  ooiimés  eu  1420  (!)• 

L'aUentat  des  Penthtèvre  a  déchataô  It  guerre  au  sein  des 
familles  bretonnes,  et  des  parents  11  a  fait  de^  ennemis.  Nous 
avons  vu  plus  haut  (2)  Alain  VIII  de  Roban,  mari  de  Béatrix  de 
Clisson  ctief  suprême  de  ia  guerre  contre  sa  belle-psœur  Margue- 
rite et  ses  neveux  de  Penlhièvre  ;  et  Charles  de  Hoban  frère 
d'Alain  VIII  et  son  fils  le  comte  de  Porhoi^t,  prendre  du  duc,  ca- 
pitaines généraux  en  Basse-Bretagne  ;  en  môme  lemps,  Jean 
aire  de  Rieux  et  Robert  dB  Diaan  ont  le  môme  litre  en  Haute- 
Bretagne  ;  or  les  Rieux  sont  alliés  des  Penlhièvre  ;  et  s'il  n'y 
a  pas  de  parenté  entre  les  Peuthièvre  et  U's  Dinan,  du  moins 
sont-ils  unis  par  une  sorte  d'alliance  et  une  véritable  amitié. 

Clisson^  grand-père  des  Penlhièvre,  a  épousé  en  secondes 
noces  Marguerite  de  Rohan  veuve  du  maréchal  de  Beaumanoir  ; 
celle-ci  a  marié  sa  Jille  Jeanne  à  Charles  de  Dinan;  et  elle  est 
ainsi  grand*mère  des  Dinan.  Or  si  Jeanne  de  Dinan  a  été  mariée 
avant  Marguerite  de  Clisson  (20  janvier  138H;i,  plusieurs  de  leurs 
nombreux  enfants  sont  du  même  âge.  On  peut  se  figurer  les 
sept  enfants  de  Jeanne  de  Beaumanoir  et  Les  six  de  la  comtesse 
de  Penthièvre  assis,  comme  frères  et  sœurs,  à  la  table  que  pré- 
sident le  grand-père  des  uns  et  la  grand'mère  des  autres  (3), 


(t)  3'  âli  de  Cbad«i  da  Din^n  H  de  Jt^anne  de  Bâ&uEQsnoir,  U  7  Kvait  cmi^  Ëla. 
L'alnâ  Henri,  mourut  avant  «on  p&ce  en  U03,  L«  V  Kûland^  succéda  à  son  pèrt* 
en  octobre  Kfa  «i  mourut  cinq  moia  aprè*  {î'^  mara  t4l9).  1^3'  Roberi  Jtii 
suf'céda  cl  mourut  «n  1129.  Le  4*  Uertrand  nairéchul  de  Briita^n^,  sutrécat  jus- 
qu'au 21  mai  UU  à  àon  l*  frArâ  J&cquci  mort  le  3Q  a^nl  jirécédânt,  «I  eut  pour 
unique  héritière  la  dUe  du  Jacques,  Françoise  de  DJuan. 

(2)  Ci.dei«ud^  [i.  113  Cl  1U. 

(3)  L?a  tt^atimeatâ  de  Mar^'uerîte  de  Holi&n  {Hj  décembre  UOB}  et  de  Clifti«>n 
iï  Terrier  1407,   n,  et.)  permettent  de  buppover  c«B  acènea  de  familk.  (Morice, 

^'oteni&re  tûùi.  fM 


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88  '  REVUB  DE  BRETAGNE 

La  boane  entente  persista  après  la  mort  de  Clissoa  survivant 
à  Marguerite  de  Rohan  jusqu'au  23  avril  1407  (1)*.  Le  mois  sui- 
vant (9  mai),  Robert  de  Dinan  procurait  à  la  comtesse  de  Pen- 
thiëvre  une  grande  joie.  Elle  ne  se  consolait  pas  de  voir  Mon- 
contour,  avec  sa  forteresse  et  ses  21  paroi sses,  détaché  du 
Penthièvre  :  Robert  consentit  à  lui  céder  la  cbâtellenie  par 
échange  (2). 

Mais  les  anciennes  relations  d'enfance,  TafTection  montrée  aux 
Dinan  par  le  connétable,  le  service  rendu  par  Robert,  tout  cela 
est  oublié  ;  et  le  13  février  1420,  jour  de  l'enlèvement  de  Jean  V, 
les  deux  plus  jeunes  frères  de  Dinan  sont  emprisonnés  par 
Olivier  et  Charles  de  Penthièvre  (3). 

Si  par  prudence  le  sire  de  Laigle  évite  la  place- de  Château- 
briant,  il  espère  bien  approcher  Robert  de  Dinan  et  s'en  saisir. 
11  a  appris  que  Robert  séjourne  à  quelques  lieues  à  son  château 
deTeillay  entouré  d'un  bois.  C'est  justement  une  des  étapes  de 
la  route  de  Beauport.  Le  sire  de  Laigle  y  passera  trois  ou  quatre 
jours  guettant  Tojcasion  de  surprendre  Robert.  —  Temps 
perdu  !  Le  baron  est  à  son  château  du  Guildo  (4),  circonstance 
heureuse  pour  lui  et  peut-être  aussi  pour  les  conjurés  eux- 
mêmes^ 

Robert  de  Dinan  pouvait  être  un  précieux  otage  ;  mais  com- 
bien dangereux  I  Le  baron  n'était  pas  un  mince  personnage.  Son 
enlèvement  eût  fait  grand  bruit.  Que  la  troupe  soit  signalée, 
malheur  à  elle.  La  voie  de  Beauport  et  la  voie  du  retour  ne  lui 
seront-elles  pas  fermées  ?  Même  cet  événement  n'arrôtera-t-ij 
pas  le  voyage  de  Jean  V  vers  Beauport? 

Les  chevaux  ont  prjs  du  repos  à  Tcillay.  La  troupe  se  remet  en 
route  ;  dans  la  nuit,  elle  devra  fournir  une  traite  de  45  kilomètres. 
Elle  passe  par  Bain,  Pl<§châtel  (pont  sur  la  Vilaine),  Lohéac, 


(1)  Marguerite  mourat  entre  les  dates  de  ces  deux  testaments.  Cliston,  testant 
le  5  février  1407,  dit  sa  femme  décédée. 

(2)  Morice,  Pr.  H,  790.  Il  est  vrai  que  Moncontour  ne  restera  pas  au  Pen- 
thièvre; mais  à  la  suite  d'an  acte  o  lieux  auquel  Robert  fut  absolument  étranger. 

(3)  Nous  avons  vu  Bertrand,  le  maréchal,  arrêté  avec  le  duc  au  pont  de  la 
Divatte  (ci-dessas,  p.  112).  Sou  j<june  frère  Jacques  fut  arrêté  à  Chàteauoeauz  où 
il  avait  précédé  le  duc,  et  où  la  comtesse  l'avait  accueilli  comme  hôte. 

(i/  Le  Quildo/  châ,teau  à  Tembouchure  de  TArguenon  dans  la  Manche  (com- 
mune de  Créhen,  canton  de  PUncoët,  arronJissement  de  Dinan).  —  C'est  au  OnUdo. 
appartenant  alors  à  Françoisa  de  Dinan  (nièce  de  Robert)  qae  Gilles  de  Bretagne 
fut  arrêté  (juin  1440). 


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"W^^^^^^^^^^v^^p 


ATTENTATS  DIS  PBMTUÏÉVRB  239 

Maura  et  marche  vers  Guer.  Mais,  avant  (l*y  atteindre,  elle 
quitte  la  voie  qu'elle  a  sïiivie  juBqa«  là  et  qui  marche  au  Nord- 
Ouest  vers  Pïoôrmei  :  et  elle  prend  une  voie  allant  au  Nord  par 
la  forât  de  Brécilien,  dite  aujourd'hui  de  Paimpont. 

Le  lendemain  soir,  à  la  sortie  de  la  forôt  bien  plus  étendue 
qu'aujouj'd'hui,  vers  Goncoret,  les  conjurés  quittent  cette  route 
qui  les  conduirait  à  Saint- Vléen  et  prennent  à  gauche  (à  l'Ouest) 
par  Mauron,  pour  atteindre  Merdrignac,  et  la  graade  voie  de 
Rennes  à  Garhaix.  lU  suivent  cette  voie  5  kilomètres  ;  puis 
prennent  à  droite  une  voie  allant  au  Nord  vers  Moncontour  et 
Saint-Brieuc;  cinq  kilomètres  plus  loin,  cette  route  coupe  une 
autre  voi(?  venant  du  Sud-Ouest.  La  troupe  prend  cette  voie  sar 
sa  droite  (au  Nord-Est)  ;  et^  à  hait  kilomètres,  elle  entre  dans  la 
l'orôt  de  Pabbayéde  Boquen  {1). 

Arrivé  \h,  le  sire  de  Laic^le  se  sent  presqu'en  Penthièvre,  L'ab- 
bayj^  n'a  pas  été  fondée  par  les  Ptinthièvre  ;  mais  elle  a  été  dotée 
p^r  la  première  maison  de  ce  nom  ;  elle  est  au  Hef  de  Jugon  qui 
"fut  autrefois  du  premier  comté  de  Penthièvre  [2). 

Le  sire  de  Laigle  envoie  à  Tabbaye,  sans  pourtant  s*y  montrer* 
Compte-t-il  que  Pabbé  Gaillaume  Grîgnon  va  venir  Ini  offrir 
rhospitalilé  ou  du  moins  le  saluer  et  lui  fournir  les  vivres  dont 
la  troupe  p^^ut  avoir  besoin  ? 

*  Désillusion  l  L'abbé  ne  sort  pas  de  Tabbaye,  Il  envoie  un  de 
ses  frères,  Bertrand  de  Vducouieurs,  d'une  noble  famille  dont  le 
berceau  est  dans  le  voisinage  (3),  saluer  le  sire  de  Laigle  dans 
le  bois  ;  mais  il  n'est  même  pas  question  de  victuailles. 

Que  conclure  ?  Que  par  courtoisie,  et  peut  être  en  souvenir  des 
bienfaits  reçus  des  anciens  ascendants  des  Penthièvre,  l'abbé 
a  cru  pouvoir  s^î  peroiellre  de  saluer  leur  descendant;  mais  il  se 
tient  sur  la  réserve  :  il  est  vieux,  puisqu'il  était  abbé  quarante 
ans  auparavant;  il  est  étranger  aux  Penthièvre  ;  et  il  ne  se  sou- 


(1)  Commanv  de  PJétiAe  Jugoa  [c&nton  d^  Jugon,  arrondiiaeaient  da  Din»n], 
at>baj«  de  rordr«  d«  iiUéauï  fondée  en  lia?  par  OijTUr  da  Oinan* 

(2]  Jugoo  était  du  premier  l^^nikièTre;  quand  Jein  lll  r^conatUua  U  comté  en 
1211^  pour  »on  frère  Guy,  il  eat  soin  de  te  réaerTtsr  JutT^n  k  i;aai«  de  son  cliâ- 
ie«u;  iiiaiB  Cka^rltu  de  Bloii,  comme  duc  de  lSretagn«p  enleva  Jugon  en  1542  ;  et 
Jufîon  lui  rcita  fî-iêï*  jtiiqifaprfei  »a  mort.  Ce  uouvinir  poUTait  encourager  U 
démarche  de  Jean  de  Bloia* 

(3)  L^ncien  ckâieau  de  VaucouUura,  dont  celte  famille  prit  le  nom,  e^t  en 
la  commune  d*  TrfliTaû  (canton  quftutdp  Oinan)^ 


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2/10  REVUE  DE  BRETAGNE 

cie  pas  de  se  compromettre  avec  ses  frères  pour  un  Penthièvre 
en  ce  moment  poursuivi  par  la  justice  ducale  (1). 

Après  ce  froid  accueil  et  la  nuit  venue,  les  quarante  reprirent 
leur  route  de  la  veille;  et,  à  sept  kil.  environ,  ils  trouvèrent  un 
embranchement  qui  les  ramena  à  la  route  de  Moncontour, 
à  moins  de  deux  kil.  du  point  où  ils  l'avaient  quittée  la  veille 
pour  aller  au  bois  de  Boquen.  Us  avaient  ainsi  allongé  leur 
route  de  quinze  kilomètres.  Pour  quel  motif?  C'est  ce  que  noua 
ne  voyons  pas. 

A  seize  kil.  de  cet  embranchement,  la  troupe  passe,  non  sans 
précaution,  devant  la  place-forte  de  Moncontour  qui  fut  autrefois 
du  Penthièvre  et  qui  est  maintenant  au  duc. 

Si  \q  sire  de  Laigle  a  passé  en  vue  de  Moncontour  et  par  une 
nuit  claire,  avec  quels  regrets  il  a  fixé  ses  regards  sur  ta  puis- 
sante forteresse  couronnant  une  colline  abrupte  ! 

u  A  quoi,  se  dit-il,  pensait  mon  aïeul  Charles  de  Blois,  quand  il 
détacha  Moncontour  du  Penthièvre  pour  le  donnera  Beaumanoir 
et  à  sa  femme  Marguerite  de  Rohan  ?  Devenue  veuve,  celle-ci 
épousa  mon  grand-père  Clissoo.  C'est  à  Moncontour  que,  sortî 
de  la  prison  de  Vannes,  en  1387,  le  connétable  se  retira  ;  c'est  à 
Moncontour  que,  en  1393,  surpris  par  une  brusque  attaque  de 
Jean  IV,  il  trouva  un  sûr  asile.  Le  connétable  disait  «  ma  ville 
de  Moncontour  »  appartenant  à  sa  femme.  Un  jour,  ma  mère  a 
pu  le  dire  plus  justement  que  son  père.  En  1407,  un  échange 
passé  avec  Robert  de  Dinan  la  fit  avec  mon  frère  Olivier  maî- 
tresse de  Moncontour;  et  Tannée  suivante,  chose  à  peine  croyable, 
le  duc,  en  vertu  d'un  acte  frauduleux,  la  dépossédait  par  la  vio- 
lence !  ». 


(1)  GuiUaume  Grignon  était  abbé  dès  1381.  U  signa  comme  abbé  an  iacoad 
traité  de  Guérande  (1381).  11  mourut  le  16  avril  1434. 

Morice.  Hist.  II.  Catalogue  des  abbés,  p.  CX.  L.  II.  —  CX,  L.  IlL 

On  lit  :  Anciens  évéchés  de  Bretagne,  t.  III.  2«  partie,  p.  21^. 

«  On  ne  saurait  déterminer  la  nature  des  rapports  quUl  (Guillaume  Grignon) 
eut  avec  le  sire  de  Penthièvre  (lisez  Jean)  dans  la  lutte  que  celui-ci  entama 
contre  Jean  V;  mais  nous  lisons  dans  une  enquête...  qu'en  Ul^t  (lire  ii22) 
lorsque  le  seigneur  de  Laigle  marchait  secrètement  pour  enlever  U  duc  :  n  Etant 
au  bois  de  Boquen,  Morice  Taillard  (lire  Alain)  page  d*01ivjer  de  Blois,  «  vmt 
(lire  ouit)  dire  que  le  frère  Bertrand  de  Vau couleurs  avait  parlé  au  teignenr  d« 
TAigle,  dans  cestuy  bois.  «  Nous  retrouverons  un  fait  analogue  à  Beauport,  » 

Les  rapports  de  Tabbé  avec  le  sire  de  Laigle  sont  ainsi  clairement  eipoaéi. 
En  ce  qui  concerne  Beauport,  nous  verrons  que  l'attitude  de  Vhhhé  fut  tout« 
autre.  Sur  Beauport.  Anciens  évéchés,  t.  IV.  p.  30-32. 


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ATTENTATS  DBS  PENTHÎEVRE  fM 

Voilà  d'irritants  souvenirs  I 

Vingt  kil.  après  Moncontour,  la  troupe  parvint  à  un  bois  sur 
la  gauche  de  la  route,  et  elle  s'y  arrêta;.  Ce  bois  est  dit  aujour* 
d'hui  bois  de  Plédran  (1). 

Alain  Taillart  n'a  pas  signalé  d'étape  entre  Boquen  et  Goude- 
lin.  Or,  entre  ces  deux  points,  nous  ne  pouvons  compter  moins 
de  73  kil.  à  faire  dans  une  nuit.  C'est  trop  :  il  fallait  trouver  uno 
station  dans  un  bois  voisin  de  la  route.  Nous  n'hésitons  pas  à 
indiquer  le  bois  de  Plédran  qui  est  à  19  kil.  de.  Moncontour  et  à 
environ  42  de  Boquen.  La  dernière  étape  de  Plédran  à  Goudelin 
sera  de  30  kil. 

Au  retour,  Alain  Taillart  signale  un  arrêt  de  la  troupe  peil^ 
dant  une  journée  «  dans  un  bois  auprès  de  Saint-Brieuc  ^.  Os 
ne  peut  être  encore  que  le  bois  de  Plédran  (2). 

Le  soir  môme,  la  troupe  longea  vers  l'Ouest  la  ville  de  Saint- 
Brieuc,  et  passant  au  village  dit  aujourd'hui  Beaulieu  (à  deux 
kilomètres)  prit  la  route  dite  au  moyen-âge  de  Saint-Brîeuc  à 
Lanvollon  :  avant  d'arriver  à  cette  ville,  les  conjurés  quittdnt  la 
route  prirent  à  gauche,  et  passant  la  rivière  de  Leff  entrèrent 
dans  un  bois  voisin  du  château  de  Goudelin. 


Ici  la  scène  change.  Pour  venir  de  Teillay  à  Goudelin,  le  sire  de 
Laigle  se  sentant  en  pays  ennemi,  a  fait  une  extrême  diligence  -. 
il  amis  seulement  quatre  nuits  à  faire  environ  137  kilomètres. 
Il  va  employer  le  môme  temps  pour  aller  de  Goudelin  à  Beauport. 
Pourquoi?  C'est  que  la  troupe  a  trop  devancé  le  duc  :  elle  arrive 
trop  tôt.  Son  arrivée  à  Beauport  ne  va-t-elle  pas  attirer  Tatten- 


(i)  Plédran  (commune  du  canton  sud  de  Saint-Brîêuc,  à  six  kilomètres)  «st 
connu  par  son  camp  vitrifié.  Le  bois  de  Plédran  est  au  nord-est  du  bourg  sur  la 
limite  d'Yfflniac  au  bord  de  la  route  de  Saint-Brieuc  à  Moncontour  qui  a  pris  la 
place  de  la  voie  romaine  jalonnée  à  Yffiniac  par  les  noms  La  Barre,  La  Bessière 
(Boissière).  Lach^ipelle  Saint-Laurent  des  Sept-Saint8  (autrefois  des  Sept-Saints 
de  Bretagne)  touche  le  bois  qui,  au  XV«  siècle  sans  doute  plus  étendu  qu'aujour- 
d'hui, pouvait  être  traversé  par  la  route. 

(2)  M.  de  la  Borderie  a,  comme  nous,  reconnu  la  nécpssité  d'une  *lap«  entra 
Boquen  et  Gouflelin.  Il  a  ^crit  :  «  La  troupe  s'arrêta  probablement  dans  la  forât 
de  Quintin,  aujourd'hui  de  Lorges.  m  (T.  IV,  p.  237).  Ce  n'est  paa  piobable.  La 
forêt  de  Lorges  en  sa  partie  la  plus  voisine,  en  Plainte],  de  la  route  de  Moncon- 
tour fi  Siint-Brieuc  est  à  10  kilomètres  à  gauche. 


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342  REYUB  DB  BRBTAGNE 

tion?  Le  sire  de  Laigle,  avant  de  pousser  plus  loin,  n  attendrait- 
il  pas  quelque  message  à  Goudelin  ou  aux  environs  ? 

Le  récit  d'Alain  Taillart  autorise  toutes  ces  suppositions;  mais 
les  lenlt^ars  du  sire  de  Laigle  ont  une  autre  ^cause  qnun  autre 
témoin  noas  révèle.  Le  sire  de  Laigle  jugea,  ou  ses  «  adhérents  i* 
jugèrent  sa  troupe  de  quarante  hommes  insuffisante  :  la  troupe 
va  donc  être  plus  que  dédoublée  :  or,  pour. assembler  ce  con- 
tingent, il  faut  quelques  jours. 

Sur  la  route  de  Goudelin  à  Beauport,  voici  le  récit  d'Alain 
Taillarl  : 

li  Ils  furent  au  bois  de  Godelin  et  aux  tailles  près  l'hôtel  Go^ 
delio  où  vinrent  devers  eux  parler  audit  seigneur  de  Laigle  Gwi7- 
îaume  Godelin,  d'où  fut  envoyé  à  ceux  demeurés  au  bois  grande 
quantité  de  provisions  :  le  seigneur  y  séjourna  un  jour. 

a  Le  seigneur  partit,  la  nuit  commençant,  et  alla  à  Thôtel 
Rolland  Péan  où  il  arriva  au  point  du  jour  :  Guiltaume  de  Per- 
rien  (l)  et  Thomas  de  Chef^du-bois  vinrent  saluer  ceux  qui  étaient 
au  bois.  Thébaud  de  la  Goublaye,  Houssaye  et  Goaray  allèrent 
chez  M^"  Rolland,  et  de  là  on  apporte  à  foison  vivres  et  pro- 
visions, 

w  De  là  le  sieur  alla  au  bois  près  Gomenec,  où  H  y  a  château 
de  grande  apparence  ;  il  y  alla  avec  Goublaye,  Houssaie  et  Gou- 
ray,  et  y  couchèrent  une  nuit;  et  pour  le  reste  (las  hommes 
restés  au  bois)  Conan  Boucher  et  Lorens  allèrent  au  fourrage  ei 
apportèrent  à  grande  foison,  vins,  vivres  et  autres  provisions. 
De  là  allèrent  toute  la  nuit,  vers  Tabbaye  de  Beauport  et  arri- 
vèrent en  un  bois  nommé  Ploezeuc.  » 
Arrêtons-nous  un  instant. 

il  nous  faut  relever  une  interversion  dans  l'ordre  des  deux 
stations  de  la  troupe  indiquées  à  Gommenech  et  à  *  l'hôtel  de 
Hollnnd  de  Péan,  »  c'est-à-dire  le  château  de  la  Roche-Ja^ru. 

Goudelin  a  pour  limitrophe  au  nord  Gommenech  ;  et  la  Roche- 
JagQ  est  en  la  commune  dePloôzal  contigUeàPontrieuxau  nord. 
Gommenech  est  séparé  de  Pontrieux  par  les  trois  communes  de 
Trévf^rec,  le  Faouët  et  Quimper-Guézenec. 

La  troupe  a  nécessairement  passé  par  Gommenech  avant 
d'arriver  au   château  de  'a  Roche-Jagu.  Alain  Taillart  a  par 


(h  Un  des  deux  Guillaume  de  Perrien  qui,  avec  Guillaume  de  Gondvlin^  dé- 
feTiiiuiffîu  Guingamp,  en  1420.  Ci-dessus,  p.  77. 


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ATTENTATS  DES  PENTHIÈVRE  9tt 

erreur  de  mémoire  nommé  la  Roche-Jagu  au  lieu  de  GcmiEB 
nech  et  réciproquement  (1). 

Voici  donc  la  route  suivie  parla  troupe  de  Laigle,  De  Gou- 
delin  elle  passa  à  Gommenech  (5  ktlom^t^e^l,  dont  le  cbâttau 
était  alors  au  vicomte  de  Pommeril-Ie-vicomte.  de  son  uom  du 
Chastelier  (2);  puis  prenant  par  Trévérec.  elle  retrouva  là  voie 
romaine  qu'elle  avait  quittée  pour  venir  à  Goudelin  ;  et,  suivant 
cette  voie  par  le  Paoïiët  et  Gaimper^Guézennec,  elle  passa  le 
Trieux  à  Pontrieux  ;  et  arriva  à  Pîoôzal  et  à  la  Roche- Jaiçu 
(12  kilomètres  de  Gommenech), 

De  là  au  bois  de  PIoupzpc  on  peut  compter  la  même  di&tatice; 
mais  il  y  avait  à  passer  le  Trieux,  et  le  LelT  non  loin  du  con- 
fluent :  il  n*y  avait  pas  de  pont  au-dessous  de  Pontrieux;  de  là 
pour  la  troupe  la  nécessité  de  revenir  sur  sei  pas  pour  passer 
le  Trieux  puis  le  Leff  au-dessus  de  leur  confinent,  au  pied  du 
château  de  Prinandour  (3).  Ainsi  s'explique  que  le  trajet  de  la 
Roche-Jagu  au  bois  de  Ploué^ec  ait  pris  toute  une  nuit, 

(1)  Alain  TaiUart  dit  &  ptopoi  de  Qoaimenecli  ■  ebatean  d«  grande  apparence.  * 
Ce  signalement  est  bien  plu^  ymï  de  la  Rocke-Jagu.  Le  chArtEa^u  de  Gommenech 
a  disparu,  sans  laisser  de  trac«,  comme  cêlul  de  Goudelin,  Celui  de  la  Roche- 
Jagu  a?ait  une  toute  autre  importance  :  l£i  gifii^neiirié  si^ni^lée  au  livre  des  Oitt 
de  129i,  avait  haute  justice  et  un  cbiii^au-fort,  elle  Tut  érigâe  en  hannière  en 
141^1  (D.  Mcrice,  Pr.  156:^64).  O^èe  écrit  à  ce  propos  {1\  II,  p.  313)  :  «  Pierre  Q 
«  érigea  cette  seigneurie  en  bMiniëpa,  lu  14  mai  1 4SI,  et  en  baroonie  Tau...,  en 
«  faveur  d*un  nommé  Pënn.  *  {AouÏM^nè).  L'érection  en  baron  nie  e«t  une  pure 
imagination,  i.e  péjoratif  (coaime  dii<>nt  l^^^^  ^Ti\mmmr\^\ï%)le  ixommé  ne  luiscera 
pas  deviner  quUl  s'agit  de  Je^n  P^âaa,  chambellan  du  dac,  Ûla  de  RoUand 
Péan,  dont  nous  allons  parler,  ch^aiUr,  qui.  ^^n  U37,  prâte  serment  au  duo  avec 
les  nobles  du  Goello  (Morice,  IL  l^i)S;, 

(?)  On  a  écrit  que  le  château  appnrlertair  en  JiiCO,  aui  du  Cbastel  [Jollivet, 
CéteS'dU'Sordj  1,  p.  182).  ïl  n'a  pa^sé  aux  du  Chaitel  qu'en  1&23*  Nont  allons 
trouver  Jean  du  Ghastellier  et  son  héritier  Vincent. 

(3)  Un  mot  sur  Brinandonr  [écrit  aussi  mais  mal  ^niandour),  en  Quimper 
Quézennec,  canton  de  Pontrieux,  — Ogée  (il.  p.  427)  dît  que  ce  château  u  apparte- 
nait, en  1393,  au  duc  Jean  IV,  quand  il  fnlaiSH^^é  par  Clisson.  ■>  Si  Clisson  a  prîs 
c«  château  au  cours  de  4;ette  j^^u^rre  aivile»  il  n'était  pai  au  duc.  Il  a  pa^sé  des 
Avaugour  aux  Kergorlay,  pui#p;u-  mada|>^^tf  de  Jeanne  (de  la  branche  atnéà)  arec 
Raoul  VIII  de  Montfort-Gy.t;|  (I^h;)),  puia  aux  Lîival  par  le  mariage  de  Jeun  de 
Montfort  (1405)  avec  Anne  héritière  de  Laval  et  Vitré,  Jean  de  Montfort  se  ma- 
riant à  la  condition  de  prendra  lei  noui  et  armes  de  Laval.  Après  U  mort  de 
son  beau-père  (iuy  XII  (Ulîj  il  prit  le  nom  de  Guy  XIII  ;  il  mourut  eu  UU  ;  îl 
laissait  trois  fils  :  Guy  XIV  i'prenii<?r  comte  de  Laviil.  li:a),  André  dit  le  maréchal 
de  Lohéac,  Louis,  gouverneur  de  G-'^nes.  mnltre  des  eaux  et  for*i^ts  de  France, 
qui  fut  en  Bret'ïgn'^  seifjn^ur  de  Châtillnn  en  Vendelaia,  Comper  et  Frinandour. 
Ce  sire  de  Chàteaubriant,  qu'Of^'<^e  dit  sflîiîn<>iir  de  Frinandour  en  151?.  est 
Guy  XVI  de  Laval,  cousin  et  héritAÉr  de  Guy  XV  ÛU  de  Quy  XIV  et  de  sa  seconde 


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244  REVUE  DE  BRETAGNE 

Arrivée  ainsi  sans  encombre  au  bois  de  Plouézee  la  troupe 
est  au  but  :  Beauport  est  à  trois  kilomètres. 

Cette  petite  rectification  faite,  combien  la  déposition  d'Alain 
Taillart,  bien  qu'elle  soit  incomplète,  comtne  nous  verrons,  est 
instructive  ! 

Elle  nous  prouve  que  le  sire  de  Laigle  était  annoacé  et  atten- 
du à  Goudelin,  à  Gommenech,  à  la  Roche-Jagu.  Tout  est  prêt 
sur  ces  trois  points  pour  nourrir  et  largement  une  troupe  de 
quarante  hommes.  Ce  n'est  pas  tout  :  les  gentilshommes  du  voi- 
sinage restés  attachés  aux  Penthièvre,  môme  après  leur  félonie 
de  1420,  viennent  saluer  le  sire  de  Laigle;  et  nous  ïe  voyons 
accueilli  dans  les  trois  châteaux  qu'il  trouve  sur  sa  route. 

Voici,  supposons-nous,  pe  qui  se  sera  fait.  Le  sire  de  Laigle  a 
dans  cette  partie  du  Goello  un  correspondant  tout  indiqué  ;  c'est 
Guillaume  de  Goudelin.  Nous  l'avons  vu,  en  1420^  à  Guingamp 
s'obstinant  à  maintenir  son  droit  dé  choisir  entre  le  duc  son 
souverain  seigneur  ou  les  Penthièvre  ses  seigneurs  proches-  Il 
est  prisonnier^  puis  condamnée  une  peine  corporelle  et  à  la 
confiscation  de  ses  biens.  Mais  le  duc  lui  a  fait  grâce  de  la  peine 
et  l'a  laissé  en  possession  de  ses  seigneuries  (1),. 

Mdins  de  deux  ans  plus  tard,  Goudelin  ne  songe  plus  à  la 
clémence  de  Jean  V.  Son  zèle  pour  les  Penthièvre  môme  félons 
l'emporte  :  il  se  charge  d'avertir  les  amis  des  Penthièvre  habi- 
tant le  voisinage.  Il  appelle  Guillaume  de  Perrien,  qui  vient  de 
Plouagat  ou  de  Trédarzec  ;  Thomas  de  Ghef-du-Bois,  venant  de 
Pommerit-Jaudy;  Rolland  Péan,  de  Ploezal,  et  un  autre  que 
nous  nommerons  tout  à  l'heure. 

Quand  on  étudie  cet  itinéraire  sur  une  carte  un  peu  détaillée, 
on  s'étonne  au  premier  abord  que  le  sire  de  Laigle  partant  de 
Goudelin  n'ait  pas,  repassant  le  Leff,  pris  la  route  directe  de  Beau- 
port  par  LanvoUon. 

Il  a  dû  éviter  cette  route  par  prudence.  LanvoUon  était  le  chef- 
lieu  d'une  des  trois  châtelleniesdu  Goëllo  récemment  conâsqué , 
Le  sire  de  Laigle  pouvait  y  rencontrer  quelque  officier  ducal. 

Mais,  quand  il  part  de  Gommenech,  pourquoi  ne  pas  passer  le 

femme  Françoise  de  Dinan,  baronne  de  Château brian t.  Dès  la  fin  dn  XIV"  siècle. 
Frinaodoar  n'était  plus  la  résidence  de  ses  seigneurs;  mais  était  encore  place  d» 
guerre.  —  V.  Mélanges  d'Hist.  etd*arch.  bretonne,  t.  If,  p.  U5.  »  Mobilier  d^mt 
château  breton  »  (Frinandour). 
(I)  Actes  de  Jean  V,  n*  1528,  t.  VI,  p.  88-89.  Ci-dessus,  p.  77  et  9L 


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ATTENTATS  DES  PENTHIEVRE  2'#5 

Leff,  entrer  sur  la  rive  gauche  dans  la  paroisse  deLannebert,  puis 
traverser  les  paroisses  de  Tréméven,LanIoup  et  Kerity  pour  ar- 
river au  bois  de  Plouezec?  Voilà  une  route  bien  plus  courte  (tout 
au  plus  20  kilomètres),  et  praticable^  puisque  le  duc,  le  sire  de 
Laigle  y  compte  bien,  va  la  prendre. 

Voici  peut-être  la  raison  qui  a  déterminé  le  sire  de  Laigle:  c'est 
que  en  Tréméven  est  le  château  de  Goetmen.  N'y  aurait-il  pas 
quelque  danger  à  passer  dans  son  voisinage  ?  En  1420,  le  vicomte 
Jean  de  Goetmen  s'est  armé  contre  les  Penthièvre.  Il  a,  des  pre* 
miers,  juré  la  ligue  des  163  seigneurs.  Il  est  chambellan  el  fidèle 
au  duc  (1).  Il  entretient  une  garnison  à  son  château  ;  il  peut  ras- 
sembler ses  hommes.  Il  est  prudent  de  l'éviter. 

Reprenons  la  déposition  d*AIain  Taillart..,  «  Ils  arrivèrent  an 
bois  nommé  Ploezeuc,  où  Tabbé  de  Beauport  vint  tôt  après  ac- 
compagné de  son  neveu  frère  Jehan  Boschier  qui  salua  le  dit 
de  Laigle  ;  et  s'en  allèrent  ensemble  avec  Goublaye,  Hous^saye  et 
Gouray  à  cheval  et  Thébaud  Gonan  et  Moricp  Tailia^-t  à  pied,  et 
furent  apportés  vivres  en  abondance  de  l'abbaye  au  bois.  De 
Laigle  y  demeura  trois  ou  quatre  jours  et  les  y  furent  voir  Pré- 
gent  de  Quenechriou  et  autres.  L'intention  de  l'Aigle  était  que  le 
duc  allât  à  cette  abbaye  et  que,  s'il  y  fût  allé,  il  l'eût  tué  sur  la 
place..  »  (2) 

Nous  nous  demandions  plus  haut  pourquoi  le  sire  de  Laigle 
avait  cru  trouver  à  Beauport  un  lieu  propice  à  l'exécution  do  ce 
dessein. 

Nous  ne  trouverons  pas  la  réponse  à  cette  question  dans  cette 
phrase  extraite  des  Annales  de  Beauport  :  «  Au  milieu  des 
troubles  et  des  déchirements  de  la  Bretagne,  l'abbé  (Boschier) 
attaché  au  Prince  lui  garda  une  entière  fidélité.  »  Et  l'auteur  au- 
quel j'emprunte  cette  citation  ajoute  aussitôt  :  a  Et,  en  elTet,  au 
plus  fort  de  laréaction^  Jean  V  donna  une  éclatante  marque  de 
satisfaction  à  l'abbé,  en  prenant  l'abbaye  sous  sa  sauvegarde 
spéciale,  en  1420  (3). 

La  sauvegarde,  dont  je  n'ai  pu  voir  les  termes,  avait-elle  cette 

(t)Mortce,  Pr.  II,  1060. —Chambellan  l«r  mai  1421.  Pr.  II.  1084. 

(2)  L^auteur  de  Goudelin  a  omis  cette  pkrase  du  récit  de  TaillarC.  Elk  a 
pourtant  quelque  intérêt  puisqu'elle  nous  révèle  le  but  du  sire  de  Laiglo- 

(o)  AYiciens  évéchés  de  Bretagne^  Beauport,  t.  IV,  p..3l.  —  Note  3.  »  InUt 
tumultuantifl  Britanniae  scissuras  suo  principi  addictus  fidem  servavii  int»- 
gram.  »  Annales,  I,  312. 


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246  RBVUB  DE  BRETAGNE 

signification?...  Mais  si  la  fidélité  de  Tabbé  avait  été  eniière,  en 
1420,  il  nous  faudra  reconnaître  qu'en  1422,  elle  était  bien  hési- 
tante. Il  est  clair  que,  depuis  1420,  Tabbéa  été  habilement  «  pra- 
tiqué »,  et  selon  toute  apparence,  il  a  été  converti  ou  simplemeat 
ramené  aux  Penthièvre  :  ce  qui  peut-être  n'a  pas  été  bien  dif- 
ficile. 

L'abbé  Jean  Boschier  est  d'une  famille  de  Lamballe  toute 
dévouée  aux  Penthièvre  ;  parmi  ses  moines,  il  a  un  neveu  de  son 
nom;  Maurice  Taillart,  que  le  sire  de  Laigle  amène  avec  lui,  a 
épousé  une  sœur  de  ce  religieux;  Allain  Taillart,  le  page,  est 
leur  fils.  L*abbé  ser^  ainsi  entouré  de  parents. 

Il  semble  que  l'abbé  attendait  le  sire  de  Laigle.  A  peine  celui- 
ci  est-il  arrivé  au  bois  de  Plouézec  que  l'àbbé  vient  le  sa  tuer  avec 
son  neveu  et  l'emmène  à  Tabbaye  avec  ses  conseillers  privés.  Il 
n'est  pas  possible  que  là  une  explication  n'ait  pas  eu  lieu.  A  ce 
moment,  la  procédure  du  forban  est  commencée ,  sinon  finie, 
contre  les  Penthièvre.  Comment  et  pourquoi  le  sire  de  Laigle 
est-il  au  fond  de  la:  Bretagne  ?  Quels  motifs  peuvent  expliquer 
cette  imprudence? 

Le  sire  de  Laigle  ne  révélera  pas  son  projet  à  l'abbé  qui  en 
aurait  horreur.  Il  lui  dira  — ^on  Ta  supposé  et  c'est  vraisem- 
blable, —  qu'il  s'agit  de  s'emparer  du  duc,  mais  avec  moins  de 
violence  que  la  première  fois  (1). 

Il  semble  que  cette  confidence  appelle  cette  objection  :  «  Vos 
frères  ont  pu  enlever  le  duc  à  la  limite  de  la  Bretagne  et  lui  faire 
passer  cette  limite;  mais  que  ferez-vous  du  duc  si  vous  Tarrôtez 
ici  ?  Prétendez-vous  lui  faire  traverser  toute  la  Bretagne  pour 
l'emmener  encore  en  Anjou  ou  en  Poitou?  Ce  n'est  pas  possible.» 

Faisant  un  retour  sur  lui-môme,  l'abbé  n'aura-t-il  pas  rappelé 
l'arrêt  du  7  octobre  1420,  ordonnant  à  tous  sujets  de  saisir  et 
d'amener  les  Penthièvre  fugitifs  aux  prisons  du  duc»  ou  du 
moins  de  signaler  leur  retraite? 

Le  sire  de  Laigle  aura  répondu  :  «  Mais  cet  ordre  ne  vous  re- 
garde pas  :  en  vertu  de  leur  privilège,  les  clercs  n'ont  ni  à  prendre 
ni  à  dénoncer  les  fugitifs.  » 

«  —  Soit,  aura  peut-être  répondu  l'abbé  ;  mais  autre  chose  est  de 
ne  pas  vous  dénoncer  ou  de  vous  accueillir  à  la  tête  d'une  troupe 
armée  quand  vous  venez  en  ennemi  du  duc.  La  coutume  inter- 

f- 

(l)  La  Borderie,  HUU  IV,  p.  238. 


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-"^r" 


ATTENTATS  DKS  PKNTHlÈVRK  M? 

dit  à  tnoi  clerc  comme  à  tout  sujet  de  vous  ^  soutenir  »  et  de  me 
faire  ainsi  votre  complice  (!}-  » 

Que  devait  faire  l'abbé  ?  s'il  ne  pouvait  dissuader  le  sire  de 
Laigle  de  son  dessein,  et  le  déterminrr  aa  départ,  il  d*^va1t 
sauvegarder  sa  responsabilité  en  lui  refiitaot  toute  assis- 
tance. 

Mais  non  ;  circonvenu,  conseillé  par  ses  proches,  incité,  disons 
mieux  —  aveuglé  ptvr  son  dévoûment  familial  à  la  maison  de 
Penthi^vre,  il  ne  refusera  pas  Tbospitalité  au  sire  de  Laigle, 
Celui-ci  n'en  demande  pas  davantage,  il  se  charge  du  reste.  Que 
le  duc  entre  à  l'abbaye  il  «  sera  tué  sur  place  ». 

On  a  tenté  d'innocenter  Jean  Boschier.  «  Rien  dans  la  dépo- 
sition du  page  (Alain  TaiUart)  n'étai^lit  que  son  oncle  (grand- 
oncle)  ait  trempé  dans  les  projets  de  vengeance  du  flîs  de  Mar- 
got de  Clisson.  L'entrevue  de  Tabbé  avec  le  jeune  seigfieur  de 
Penthièvre  avait  pu  avoir  pour  objet  de  chercher  à  dissuader 
celui-ci  de  ses  coupables  projets  ;  et  ce  fut  peut-être  par  Tabbé 
qutï  le  duc  fut  averti  de  ne  pas  se  rendre  à  Beauport(2)  », 

Non  :  et  If^  (Uiù  JeRn  V  a  par  avance  démenti  cett^  supposition  : 
en  1424,  informé  de  ce  qui  s'était  passé  à  Beauport,  il  fit  pour- 
fuivre  et  emprisonner  l'abbé  Boschier.  Nous  allons  le  voir  plus 
loin  (3), 

Le  sire  de  Laigle  passa  trois  ou  quatre  jour^  à  Tiiibb  lye  atten* 
d-ir  t  anxieusement  ta  venue  du  duc  (4).  Un  messager  arrive. 
C'est  un  émissaire  du  barbier,  sinon  le  barbier  lui-même. 
«  Le  duc  ne  viendra  pasl  il  a  changé  diiée  r  ilestpaTti  pour 
Vannes  f  »  (5) 

Le  coup  estmauqué.  li  faul  fuir  et  au  plus  vite  i  Le  jour  même, 
la  troupe  est  en  route.  Le  soir,  elle  est  à  Gonamenech  (environ 
25  kilomètres).  Le  sire  de  Laigle  couche  «  au  château  avec  Gou- 

(i)  V,  CL-dessuit,  p.  \U  oh.  (article  110  delà  T.  A.  Cûutumei  u  N«  lont  pas  ienut 
d*  dénoncer  Lei  innUait^uri,  l-'ura  p&renls.^.  «  et  aqssi  ne  sont  tenus  îi  îes 
prenlre  lei  çlerc«  pai^  Uur  priTilèt;*,  pi  lea  accuse i%  ei  awîji  nfl  les  doiv:ent-iU 
pas  AOHfenir.  - 

(3}  Eréchés  dé  Bretagne,  l,  IV.  p  31. 

(5)  Lei  aatRurs  d«8  Erf^ehés  ne  mentionnant  pas  cette  pourvu ito  «igoaléa  par 
plusieurs,  Cûmiae  noue  Ttjer&ni. 

(4)Troi«  ou  quatre  jours,  d'aprèt  Alain  TaiUArt;  plusda  dix  jour*,  d'aprè*  un 
aatr«  témoin. 

(^)  1^23  Je  duc  «ig^ne  un  mandement  à  PMrmel.  U  ttii  fftUait  pluiieur»  jouri 
de  Dinan  à  Plûermel.  Lettres  et  Mandemmii,  Itinéraire,  p.  CXXVl. 


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248  RBVUE  DE  BRETAGNE 

blaye,  Houssaye  ^t  Gouray,  les  autres  restent  au  bois,  où  il  y  a 
rivière  (1).  » 

Passer  cette  nuit  aâ  château  de  Gommenech,  c'est  s'obUger  à 
s'y  cacher  la  journée  du  lendemain.  Pourquoi  ce  retard  ?  Deux 
raisons  l'expliquent.  Dans  cette  fin  de  journée,  les  chevaux  ont 
fait  25  kilomètres.  Le  bois  de  Plédran  au-delà  de  Sfint-Brieuc 
est  à  30  kilomètres.  Comment  faire  une  première  traite  de  55  ki- 
lomètres, quand  la  nuit  suivante,  il  faudra  en  fournir  une  autre 
encore  plus  longue? 

Ce  motif  suffit  :  en  voici  un  autre.  Il  faut  qu'en  arrivant  au  bois 
de  Plédran,  le  matin,  la  troupe  soit  ravitaillée  pour  la  journée, 
pour  retape  de  la  nuit  suivante  et  pour  la  journéô  qui  suivra- 
C'est  pourquoi  le  sire  de  Laigle  dépêche  en  avant  Thébaut  de 
Tenou.  Très  sage  précaution  mais  qui  reste  sans  effet.  Quand  la 
troupe  arrive  le  matin  au  bois  de  Plédran  pour  y  passer  la 
journée,  Thébaud  de  Tenou  vient  au  devant  d'elle  ;  mats  il  D*ap* 
porte  rien,  et  «  il  leur  faut  fourrager  pour  avoir  vivres  »* 

C'était  prudence  aux  quarante  compagnons  de  remplir  les  sacs 
qui  pendent  à  l'arçon  des  selles,  car  la  nuit  suivante,  sans  se 
détourner,  cette  fois  vers  Boquen,  la  troupe  f«^ra  au  moins 
60  kil.  pour  atteindre  Brécilien.  —  Là  le  barbier  arrive  e  et  un 
conseil  est  tenu  où  furent  seulement  Goublaye,  Gouray  et  La 
Haye  (2)  ».  Est-ce  un  danger  qui  menace  ? 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  nuit  suivante,  la  troupe  paas«  au  bois  de 
Teillay.  Enfin  elle  entre  en  Anjou  et  va  passer  la  Loire  aux 
Ponts  de  Ce  où  Laigle  évite  de  se  faire  connaître. 

De  ce  point,  Alain  Taillart  jalonne  ainsi  la  route  suivie:  Poi- 
tiers, Thors,  La  Rochéfoucaud,  Ussideuil  ;  ce  qui  ne  veut  pas  dire 
que  ce  long  trajet  ait  été  accompli  en  quatre  journées. 

A  Ussideuil,  Jean  de  Penthièvre  retrouva  sa  môre.  Quel  fut 
l'accueil  qu'il  en  reçût?  Alain  Taillart  ne  le  dit  pas. 
{A  suivre),  J.  Trévi*:dy,' 

Ancien  présiderit  du  tribunal  de  Qaimper, 

.  (!)  Peut-être  la  rivière  de  Leff,  plus  probablement  le  rntitse&ii  de  Ros  plm 
voisin  de  Gommenech,  qui  tombe  dans  le  Lefl  au  pont  de  Traou-Ooaiiou. 

La  Borderie,  Hist.  de  Bretagne,  IV,  p.  238,  a  écrit  que  le  sire  de  Laigle  à  ton 
retour  passa  par  Goudelin.  L'inadvertance  est  certaine  :  l'historien  suit  le  récit 
de  Taillart  qui  a  dit  Qommenec. 

L'auteur  de  Goudelin  a  écrit  aussi  :  «c  Le  sire  de  TAigle  et  ses  compHoes  re- 
vinrent par  Goud«lin.  Guillaume  de  Coatmen  (Goudelin)  et  Marie  tle  Goudelin 
(Treveznou)  leur  oârirent  à.  .nouveau  une  généreuse  hospitalité  et  Ui  appro- 
visionnèrent encore  ». 

(2)  Ou  La  Uoussaye.  Ci-dessus,  p.  231-232. 


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L 


COMBOURG  ET  SES  SEIGNEURS 

(Suite)  (1) 


Présbntation  d'un  nouveau  titulaire  pour  les  Ghapgllgnlês 
DE  LA  Madeleine  dïb  l'hôpital  et   du  château   de  Coubour 

PAR    MALO    III^    marquis    de    GoBTQUEN;     comte    de    COMdÛUH. 
14  JANVIER   1719. 

Malo-Auguste,  marquis  de  Goôtquenf  comte  de  Combourg,  baron  des 
baronnies  d'Aubigné  et  Bonnefontaine,  seigneur  châtelain  d'Uzel,  La 
Motte  d'Onon,  Qaugray,  Qodheust,  Boulet,  Piessis-L'Epine,  Malotroit 
80US  Dol  et  autres  lieux,  lieutenant  général  des  armées  du  Roy,  com- 
mendant  ses  troupes  dans  les  pais  et  duché  de  Bretagne  et  gouverneur 
des  ville  et  château  de  Saint-Malo,  Tour  de  Solidor»  forts,  ports,  havres 
et,  dépendances  ;  comme  de  toute  ancienneté  et  possession  immémo^ 
rialle,  il  nous  appartient,  ainsy  qu'appartenoit  à  Nos  Prédécessenrs  le 
droit  prohibitif  de  patronage  et  de  nomination  aux  chapeUenies  de  la 
Madeleine,  de  Thopltal  et  du  château  de  Gombourg,  à  présent  vac- 
cantes  par  le  décèz  depuis  peu  arrivé  de  vénérable  et  discrette  personne 
René  Hodé,  dernier  titulaire  pacifique,  aprèz  avoir  été  deiiement  infor- 
mé des  bonnes  vie,  mœurs,  probité,  suffisance  et  du  zelle  au  service  de 
Dieu  et  de  l'église,  de  vénérable  et  discrette  personne  mi'^  Jean  KufAn^ 
ancien  prestre  du  diocèse  de  Saint-Malo,  habitué  en  Tégliee  de  Com- 
bourg,  au  mesme  diocèse.  Nous  vous  présentons,  Monsieur  i'IUustns- 
sime  et  Révérendissime  Bvesque  de  Saint-Malo>  le  personne  dudit  Jean 
Ruffin  pour  remplir  et  desservir  lesdits  bénéfices,  et  vous  prions  et  en 
votre  absence  Messieurs  vos  grands  viquaires,  sur  notredit  présention 
et  nomination,  luy  en  vouloir  expédier  les  lettres  de  coUaiion  et  visa 
sur  ce  nécessaire,  à  la  charge  audit  Ruflin  de  résider  pour  taire  le  Ber- 
vice  divin,  suivant  les  fondations  de  nos  prédécesseurs,  de  prier  Dieu 
pour  leurs  âmes  et  pour  notre  prospérité  et  santé  et  d'entretenir  deiïe- 
ment  et  en  très  bon  état,  nosdites  chapelles,  pour  qu'il  puisage  jouir 
pendant  sa  vie  des  (ruits  et  revenus  temporels  attachez  au  édites  clia- 
pelles,  ainsy  qu'ont  joily  ses  prédécesseurs  titulaires  desdites  chapelles 
aux  mesmes  conditions  et  en  payant  par  luy  les  décimes  et  autres 

(1)  Voir  la  Revue  d'octobre  1908. 


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250  REVUE  DE  BRETAGNE 

charges  accoutumées,  en  foy  de  quoy  nous  luy  avons  donné  les  pré- 
sentes provisions  signées  de  notre  main,  et  contresignées  par  notre 
secrétaire  et  sur  iceiles,  fait  apposer  le  sceau  de  nos  armes.  Donné  en 
notre  hostel  à  Saint^Malo  le  quatorziesme  jour  de  janvier  mil  âept  cent 
dix-neuf. 


SEIGNEURS  DE  COMBOUR.  —  PREUVES 

Textes  uongbrnant  les  seigneurs  de  Dol  Gombour 
ET  DE  Dol  Souqné 

1.  —  Rivallon  I^^.sa  femme  et  ses  enfants. 

II.  —  1037.  «  S.  Rualendis  Domiui  de  Dolo.  (D.  Morice  Pr.  I,  375) 
(1063  à  1066).  lùid,  425,  426.    *  ' 

Sous  Conan  II  «  Rivallonius  homo  militaris  ex  Britanni^  de  Gaataîlo 
Gombornio.,.assensu  conjugis  me»  Aremburgisac  liberorum  nostrorum 
Quilleimi  scil.  et  Johannis,  Gelduini  quoque  atque  HaduiBio^.,.  »>.  a  la 
Boacription  :  «S.  Inoguen  sororisejus  (Rivalloni)  S.  Conani  Comltis  >, 
sous  Barthélémi  abbé  de  Marmoutier  de  1063  k  1084. 

m.  —  Col.  427.  Dans  la  charte  de  donation  à  Marmoutier  de  Téglis^ 
de  Saint-Uuen  de  la  Kouérie  qui  est  du  môme  temps  que  la  précédente 
(règne  de  Conan  II)  Rivallon  mentionne  «  Gonjugen  Aremburgem,  libe- 
ros,GuilleImumJohem.Gilduinum,  Gaufredum.Aduisiam  nuQGUpatos '>* 
■  ISur  ce  même  Rivallon  I'"^  cf.  Prenves  L,  col.  383,  387,  394. 

Guillaume,  fils  aîi}é  de  Rivallon  7^'- 

IV.  —  Il  se  fit  moine  dans  Tabbayede  Saint-Florent  de  Saumur  dont 
il  fut  abbé  de  1070  à  lilS,  (GalliaChristiana,  t., XIV,  col.  629  et  631). 
Son  éloge  tiré  des  livres  de  l'abbaye  de  Saint-Florent,  voir  du  Pazjp.5ia, 

V.  —  En  se  faisant  moine,  donc  avant  1070,  il  donna  à  Saint-Florent 
du  consentement  de  ses  frères  Jean  et  Gllduin  deux  mesures  de  terre 
(terrarum  mansuras),  l'une  m  ComàumOy  l'autre  in  Lanno  Riganno 
Lanrigan  et  l'église  de  Plana  Filicaria.  Pleine  Fougère  Dans  ce  texte, 
du  Paz  p.  511,  Guillaume  est  dit  fils  aîné  de  Rivallon  ^^  Ses  frères  te 
disent  premier  dans  l'ordre  de  succession,  après  le  décès  de  leur  père, 
a  in  hereditatem  successor  primus  ». 

VI.  —  Saint'Gilduin,  mort  en  i076. 

(c  Extitit  hic  Sanctus  (Gilduinus)  in  Armorico  Dolenslum  pago...  po- 
tentissimo  nominé  Rudaleno  progenitus  qui  etiam  Capra  Ganuta  tnkït 


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-T^PV^VT^ 


COMBOUa  ET  SKS  SEIGNEURS  2&1 


oognominatus.  Mater  ?ero  ejuBiii  ÂureliiinenBi  pago  de  Puteaceneiuia 
domiQorum  nobilitate  claram  traditur  duxisee  origiDâm...  >»  Vita  S^ 
Giiduini,  dans  du  P&z,  p  501, 

Ainsi  Aremburge  femme  de  Ruailea  ou  Ri  vallon  1,  dit  Chèvre  Chenue 
et  mère  de  Saint-Uilduin,  était  de  la  famille  des  seigneurs  du  PuJset. 
*  Pulêacêruium  dmrtinorum  »,  au  pays  d' Orléans. 

f 

I 

Vil.  —  Jf^an  l'\  fils  de  Rivallon  F. 

«  Johannes  dominus  Dolensis  »  (D.  M.  Pr,  I,  429). 

(Avant  1083)  te  Abbas  Guillelmua  S.  Florentn  »  t\s  de  KLvalLon  1*' 
M  Jokèa  et  Gild.  Fratres  ejus...  Cœpit  Jobannes  Canstruere  monasterium 
S' Fiorentii  (1)  in  villa  Mezvoit  "  {Pr.  ï,  433)  *'  Hoc  ipsum  Cornes  GoflreduB 
ÛÏIvlb  Comitis  Ëudonis  [Geafroi  Boterel)  cum  veniseet  ad  colloquium 
cum  Gofredo  coraitp  Redonendi  f  Geo  f  roi  Grenonat  +  1083)  m  région© 
qu£e  PluuBïia  dicitar,  petenie  Johanne,  conceaait.  >>  (f  r,  I^  434)- 

Vin.  —  if  Johannea  Dolenais  Ûominua,  Rivalloni  se  dignum  heredem 
comprobana....  Testis  Robertua  abbas  n  (abbé  de  Marmoutier]  *<  de 
taïms  ipse  D.  Johannes  Ignoguendis  mater  ejus  {ne)  Basiliauiore  ejus..> 
Pr,  I,  coL  455. 

Inoguen  était  la  soeur  de  Rivallon  l*^  VoirDom  Morice,  Pr.  l^  col*  426; 
oest  par  erreur  qu*eïle  est  dite  (coi.  45ô).  mère  de  Jeaa  P%  il  faut  pro- 
bablement lire  maiévitra  qui  voudrait  dire  tante. 

IX.  —  i08a.  Le  duc  Alain  Fergent  donne  k  St*Florent  (de  Saumur) 
régUse  de  St-Florent  sous  ÛoL  ^  rogatu  et  ammonUione  Johann is  Dole- 
nais  a  quo  jpsa  res  cc^pit  exordium  »  obarte  datée  du  14  juillet  10»^ 
(i6ki.,4fll), 

X.  —  Cl  Johannes  Dolenais  'j  témoin  dans  une  autre  charte  de  St-Flo- 
rent datée  aussi  de  1086  [îbid.,  463). 

XL  —  €  Johannes  dictus  Dolenais,  dominus  Comburnii  cartam 
Rivalloni  1  tilii  ïlaimonis  anteces?orie  nostri  roborare  voiui  :  Conditor 
noster...  »>  répétition  de  la  charte,  col.  4:^5,  426.  îbid,^  480. 


XIL  —  Rivallon  U,  fils  de  Jean  J*^ 

Charte  datée  de  1095.  Donation  à  Marmoutier  par  Hdimon  Ûls,  de 
Main....  '>  Uxor  ejua  et,.,  hoc  concesseru ut  dominus  suus  Rivallonus 
dommua  Doli  caatri,  fllius  Johannis  archiepiscopi.  Actum  An  no  ab 
Incarnat.  Uo  m.  MXCVsub  abbate  Bernardo  (abbé  de  Marmoutier)  Xtl  an  no 
ordinationisejus  i^,  {D.  Mor.  Pr.  1,  480)* 

(1)  Prieuré  de  iSaiftÊ-Florent  ious  Dol  Anjoûrd'hiii  Tabbaré  prè*  DoL 

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252  REVUE  DE  BRETAGNE 

XIII.  —  «  Actum  apudFuIgeriacumcastrum  (Fougères)  iii  priesentia 
Radulpbi  domini  iilius  castri  prsesente  GulUelmo  de  Dolo  abbate  Saneti 
Florentii,  Joanne  fratre  dicti*  abbatis,  prsesente  quoque  Rivalono  âtio 
prsedioti  Joannis  de  Dolo  »,  da  Paz,  p.  512. 

Gilduin,  fils  de  Jean  7". 

XIV.  —  Donation  à  Marmoutier  <  Oilduinus  de  Combornio  Johannis 
âlius  dédit...  sicut  pater  ejus  Johannes  et  Rivalloniuâ  avua  ejua  nobis 
donaverant....  »  Il  promet  de  plus  »  ut  faceret  concedere  suc^cssori  ejus 
cui  terram  suam  dimitteret  ».  [Pr,^  I,  455)  ce  qui  semble  indiquer  qu'il 
n'avait  pas  alors  d'héritier  direct  et  ce  qui  explique  peut^étre  que  son 
successeur  et  fils  Jean  II  ait  été  sous  la  tutelle  de  sa  mère  en  1 137. 

XV.  —  Autre  donation  faite  <  coram  Gilduino  domino  ipsius  castetli 

(Gombour)  et  hominibùs  suis  » Témoins  :  «  BenetJietus  Aleti  epis- 

copus,  teste  Archiepibcopo  Baldrico  Dolensi  ».  Ibid.,  455. 

Benoit  lut  évoque  d'Aleth  vers  1090  à  11  II,  Baudry,  archevêque  de  Dot 
de  1107  à  1130.  Ces  deux  témoins  n'ont  pu  se  rencontrer  que  de  1107 

à  un. 

XVI.  —  1107-1130.  Donation  de  la  dîme  de  St-Boladre  au  Mont  Saint- 
Michel  par  un  certain  Guillaume,  fils  d'Irfoi  croisé,  «  iturus  Jérusalem  ^s 
et  confirmation  —  plus  tard  —  par  son  frère  Hervé.  Témoins  da  cette 
confirmation  «  S.  BaIdrici  archiepiscopi....  S.  Gilduini  Dolensis  ducû  v 
D.  Mor.,  Pr.,  1,522. 

XVII.  —  Fondation  de  Tabbaye  de  la  Vieuville  par  un  Gilduin,  fils 
d'Haimon  qui  parlant  des  nouvelles  donations  faites  par  lui  à  la  nou- 
velle abbaye  dit  :  »  Quam  elemosynam  dominus  meus  Gelduinus  de 
Dolo  dévote  concessit...  Anno  inc.  Dom.  MCXXXVIt  ».  Ibid,  576, 


Jean  11^  fils  de  Gilduin. 

XVIII.  —  1142  et  1145.  «  Ego  Johannes  filius  Gelduini  de  Dolo  atque 

Noga  mater  mea  dedimus  ecclesise  de  Veterivilla per  manum  domini 

Gaufredi  Dolensis  archiepiscopi  (1) Posteâ,  verô,  traiTsactis  tribus 

annis,  donavimus  eidem  ecclesiœ  forestam  de  Borgoih  Anno  ab  inc. 
Dom.  MCXLV.  S.  Johannis  + Domini  Dolensis  S.  Nogae  +  matri3  ejua  ». 
D.  M.  Pr.  I,  596,  597. 

XIX.  —  <  Johés  dûs  Dolensis  »  ratifie  la  donation  de  régliss  N,-D. 
foite  à  Marmoutier  par  Thomas  Boutier  {Ibid,  567},  confirmation  po8té- 

(I)  Geoffroi  1",  Le  Boux,  arcbev.  de  Dol  de  1130  à  1146  enYiron. 


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COMBOUR  ET  SES  SEIGNEURS  253 

rieare  à  la  mort  de  Gilduin,  seigneur  de  Combour  qui  Tivait  encore  en    • 
1137. 

Abandon  d'une  injuste  revendication  touchaut  la  dîme  de  TramèL 
D.  Mor.  Pr.  I,  col.  429. 

XX.  —  Vers  1154,  1160  «  Johannes  dictus  Dolensis,  Ck)mburnîi  Domi- 
nus,  omnibus  fidelibus  salutem  in  Domino.  »  Il  raconte  qu'il  a  oui  dire 
que  Main,  fils  de  Théoginet,  avait  donné  à  Rarthélémi|  abbé  de  Mar- 
montier,  les  églises  de  Saint-Martin  de  Cuguen  et  de  Saint-Martin  de 
Noôl  ;  que  plus  tard  les  moines  mirent  à  Cuguen  nn  prêtre  qu*ils  pré- 
sentèrent k  rarchevôque  Baudri  (1107-1130),  Jean  de  Dol  a  vu  de  ses 
yeux  [qnœ  sequunlur  vid-),  H'iimon  prêtre  de  Cuî?uen  se  démettra  de 
cette  église  en  présence  de  l'archevêque  Hugues  (inprsesentiu  ffugo- 
nis(\)  archi)  et  reconnaitre  qu'elle  appartenait  aux  moines.  D.  M.  Pr.  1, 
492  et  665. 

XXI.  —  1147,  Jean  II,  fils  de  Qilduin,  «  Johannes  dominus  Dolensis  et 
Noga  mater  ipsius...  Jobanne  filio  Gelduini  de  Dolo  >.  (D.  Mor.  Pr,  ï, 
601). 

XXII.  —  «  Johês  de  Dolo  cunctis  hominibus  suis  de  Gomburno  et  de 
Oolo  et  de  tota  terra  sua  salutem  ».  {Ibid  611). 

XXIIL  -  Mort  de  Jean  II  de  Dol.  «  Anno  1162,  mense  Julio,  Johannes 
de  Dol  motuus  est  et  dimisit  terram  et  filiam  suam  in  protectione  Ra- 
dulphi  de  Filgeriis  sed  rex  Anglorum  (Henri  II)  accepit  terram  de  manu 
ejus.  (Chronique  de  Robert  du  Mont  dans  D.  M.  Pr.   I,  131). 

XXIV.  ~  Anno  1164  c  Richardes  Comes  de  Humière  conestslus 
Henrici  Régis,  convocatis  baronibus  Normani»  et  Britanniae,  menae 
Augusto  cepit  castrum  Combore  in  Britannia  in  manu  Régis  quod  Ra- 
dulphus  de  Fulgeriis  habuerat  post  mortem  Johannisde  Dol  ».  Chron. 
de  Robert  du  Mont.  [Ibid,) 

>XXV.  —  Voir  encore  charte  de  «  Joannes  Dolensis  dominus  cum  Noga 
matre  sua  »,  non  datée  mais  assez  curieuse,  dans  du  Paz,  p.  519. 

XXVI.  —  Yseult  de  Dol  et  Hascufle  de  Soligné. 

Vers  1160-1162?  Donation  de  dîmes  faite  à  Tabbaye  de  la  Vieu ville  par 
Olivier  de  Piogonoit  «  in  distello  de  Comborn,  coram  Yselde  filia  Joban* 
nis  de  Dolo,  uxore  H.  de  Soligneio  et  coram  Adam  de  Solign.  autritlo 
ejus.  >  D.  Mor.,  Pr.^  I,  647. 

XXVII.  —  Dom  Morice,  Pr,,  I,  691  à  694.  Douze  chartes  de  donations, 
faites  pour  la  plupart  à  l'abbaye  de  la  Vieuville  par  Hasculfe  de  Soligné 
el*  Yseult  de  Dol  son  épouse.  Une  seul«  de  ces  chartes,  la  seconaf»,  est 
datée  de  1183,  mais  les  autres  semblent  rapprochées  de  cette  ddte. 

(t)  Hugues  Le  Roux  archevêque  de  Dol  (tl 54-1160),  témoin  de  cette  cbaît«» 
Novembre  i90h  f§ 


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35^  REVUB  OE  3HBTAGNE  '^ 

Extraits  des  deux  premières  :  «  Ego  H.  de  S.  ûlius  Jobannii  de  Sûtt« 
gneio»  dominus  Doîensis,  et  Iseult  uxor  mea  et  Dionysia  soror  pjusddm 
scil.  ûlia  Johannis  de  DqI  »  (Ibid.  691). 

XXVIII.  —  1183.  Ego  H.  de  Soligneio  et  Yseldis  uxor  mea,  ÛU& 
Jûbannis  de  Dolo^  1  otificamas  nos  dédisse.......  coucedentibuB  âlns  nos- 
tris  Jobanne^  Radulfo  et  Gaufrido.  Ann.  a  ino.  Domini  (Ibid^^  691) 
MGLXXXIII  »  692.  Curieuse  explication  de  son  sceau. 

XXIX.  —  Voici  une  charte  qui  explique  pourquoi  les  glres  de  Com- 
be ur  se  disaient,  quoi  qu'à  tort,  seigneurs  de  Dol  :  «^  Hasculpbus  Dei 
gratia  Dominus  Comburnii  et  signifer  Sancti  Samsonis  omnibus  âdelibus 
salutem  :  Cum  de  jure  Iseldis  uxoris  mesB  pertineat,  vacante  sede 
Dolensi,  res  regere  ppntiftcales,  et  de  terris  et  hominibus  arcliiepiscopi 
taqquam  archiepiscopqs  disponere,  ea  quse  mé  concédante  in  pr^esenUa 
mea  fiunt,  tantum  vigoris  et  roboris  efficacie  et  juris  babeoiet  iU  rata 
cn^nt  dum  vacat  sedes,  tanquam  si  coram  archiepiscopo  et  eo  concedente 
ûe^ent.  Unde  universitati  fidelium  notiûcare  curavi*. .  etc. ..  D.  Mor.,  1, 693. 

Jean  Ul  et  ses  enfants. 

XXX  et  XXXI.  —  1210.  u  Ego  Jobannes  de  Dolo  filius  H.  de  «oll- 
gaeio.M  w  II  confirme  à  l'abbaye  de  la  Vieuville  toutes  les  donationi 
faites  par  ses  auteurs  ou  ses  vassaux,  «  concédenoe  »,  dit-il,  «  Atiénore 
uxore  meà,  Jelduino  âiio  meo,  Noga  ûiia  mea  »  Dom  Morioe,  Pr.  1^ 
18?5.826. 

XXXiL  —  1214.  Autrd  donation  au  môme  monastère  par  le  mâoie 
u  Jobftones  de  Oolo,  concedente  uxore  mea.  Aliéner  et  omnibus  bere- 
dibusmeis  qui  tune  eraut  »   làid,,  t^26\ 

XXXIil.  —  1226.  Fondation  de  la  Tille  de  SAint-Aubin-du-Cormter, 
par  1^  duc  de  Bretagne  Pierre  de  Dreux;  parmi  les  tèmoîDS  «^  J  ad  ai- 
nus  (1)  de  Dolo  ».  D.  M.)  Pr.  l.  854. 

XXXIV.  —  12-^9.  M  Jodoinus  de  Dolo  miles  t  confirme  les  donations, 
faites  à  Tabbaye  du  Troncbet  par  «  Alanus  filius  Jordani  jeneacallus 
Doîensis  fundator  Beatae  Manœ  de  Truncheto  ».  D.  Mor.  Pt\  l,  854. 

XXXV.  —  Joannes  de  Do  o,  domines  Comburnii  â,  notifie  que  : 
«  Jodoinus  filius  meus  primogenitus  in  extremis  iaborans  n,  (étant  4 
toute  extrémité,  à  l'article  de  la  mort)  veut  fonder  une  cbapaJlenie, 
c'est-à-dire  un  service  de  messes  en  l'abbaye  de  la  VieuviUe  pour  le 
repos  de  son  &me  et  charge  son  père  Jean  de  Dol  de  pourvoir  à  cette 
fondation,  ce  que  celui-ci  a  fait  «  cum  assensu  et  voluntaie  Andresa 
demini  Vitréi  et  Aliénons  sororis  ej us  uxoris  dicti  Jodoïni  it  D.  Mor<, 
P.  I.  884  et  885. 

(1)  Jodoinufl  :  Jodoin  forme  altérie  de  Godouin  ou  Oilduin. 


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COMBOUR  ET  SBS  SEIGNEURS  26S 

Donc  oe  Gedouin  qui  d'après  cet  acte  dut  mourir  en  1235  avait  épousé 
Alieuorde  Vitré,  soeur  dl*andré  III.  baron  de  Vitré,  et  d'après  lesacte9.de 
1210  à  1214,  Jean  III  de  Dol  père  de  Jodoin  avait  pour  {eniiue  U9# 
autre  Aliénor,  dont  on  ne  connaît  pas  le'nom  de  famille. 

XXXVI.  —  Harcouet  ou  Hasculfe  de  Dol  et  Jean  son  frère  en  1273*     . 
Sentence  du  sénécbal  de  Dol  (o'est-à-dire  de  Tévéque  de  Dol  c  contre 
Hasculfnm  de  Dolis  et  Johannen  fratrem  ejus  »  neveux  ou  du  pioins 
parents  de  «  Gaufredi  de  SoUigne  dudum  canonici  Doleneis  »,  pour 
usurpations  commises  par  eux  au  détriment  du  chapitre  de  Dol.  D.  ;^^. 

Morice  Pr.  I,  1089.  ^'^i 

XXXVn.  ~  Jeanne  de  Dol  et  Jean  de  Malestroit  son   fils.  1336.   Ré-  !{:; 

gistre  des  Causes  du  parlement  de  Bretagne  du  lundi  U  mai  1386.  «  Le  ^ 

sire  et  la  dime  de  Malestroit  présentez  contre  la  dame  de  Combour  et  - 

Jehan  de  Malestroit  son  fils  en  cause  d*appeaux  (d'appels)  et  ajour-  :s  >^ 

nements»  D.  M.  Pr,  II,  513.  "  ^ 

«  Du  mardi  en  suivant.  Le  terme  d*entre  Jehanne  de  Dol  dame  de 
Combour  et  Jehan  de  Malestroit,  chevalier  fils  d'icelle  et  chacun  d'eux  de 
leur  partie  et  les  sire  et  dame  de  Malestroit  et  chacun  de  leur  partie  ' 

est  suspendu  jusques  à  demain  ».  Ibid.  514. 

«  Du  samedi  ensuivant  »  :  A  ce  Jour  il  est  encore  question  de  ce  pro; 
ces  et  notamment  de  la  dite  dame  Jeanne  de  Dol.  Ibid.  II,  519. 


SEIGNEURS  DE  COMBOUR.  —  PREUVES 
Baimon  vicomte  de  Dinan  :  Extrait  d'acte  n»  ii^  Conditor  noster  etc. 

I.  ->  Rivallon  I«r  dît  Chèvre  Chenu  seigneur  de  Combour  :  extraits  1, 
2,3,6,8,  11,  14. 

Aremburge  sa  femme  :  extraits  n*»  2, 3,  6. 

Inoguen  sœur  de  Rivallon  I*'  :  extraits  2,  8. 

Enfants  de  Rivallon  I***,  Guillaume  :  extraits  2,~3,  4,  b,  13. 

Jean  :  extraits  2,  3,  4,  ô. 

Saint-Gilduin  :  extraits  2.  3,  4,  5»  6. 

Geofroi  :  extrait  3. 

Havoise  :  extraits  2,  3. 

Berthe  (du  Paz,  p.  500) . 

U.  —  Jean  1»^  seigneur  de  Combour  ûls  de  Rivallon  I«'  :  extraits  7,  8, 
9,  10,  11,12,  13,14. 

Basilia  sa  femme  :  extrait  8. 

III.  —  Rivallon  II,  seigneur  de  Combour  fils  de  Jean  I*'  archevêque  : 
extraits  12,  13. 

IV.  —  Gilduin  seigneur  de  Combour  fils  de  Jean  I»»*  :  extraits  14,  15, 
16,  17,  18.  27. 


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256  REVUE  DE  BRETAGNE 

Noga  femme  de  Qilduin  et  mère  de  Jean  II  :  eitraits  18,  SI,  25. 

V.  —  Jean  II  seigneur  de  Combonrûls  de  Gilduin  :  extraits  18,  19, 20, 
21,28,23,24,95. 

VI.  —  Yseult  de  Doi  dame  de  Gombour  ûlle  de  Jean  II  :  extrait  26,  S7^ 
28,  29. 

Denise  sœur  d'isenlt  fille  de  Jean  II  :  extrait  27, 
Hascnlphe  de  Soligné  ou  Subligni  époux  d'iprult  de  Dol  seigneur  de 
Combour  par  cette  alliance  :  eitraits  26,  27,  28, 29. 
VIL  ^  Jean  III  de  Sollgné  fils  dilseult  et  d*A8cuife  :  extrait  SS. 
Raoul  et  Qeofroi  ses  frères  :  extrait  28. 

{Fin).  P.   DB  LJt  BiQNE. 


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-   ^;-  T-f- V- -^  - 


SAINT-MARS-LA-JAILLE 

ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS 
(SuUe  «).        / 


VI.  —  Geoffroy  II  y  seigneur  de  la  Jaille  et  de  Segré,  confirme, 
en  1121,  l'iastallatioD  des  moines  de  Saint-Nicolas  à  Segré  et  à 
Sainte-Gemme,  œuvre  de  son  aïeul  (2).  Il  abandonna  ses  flefs,  en 
1127,  et  fut  prieur  des  Alleuds(1143)  obédience  de  Saint«Aubin^ 
Il  avait  épousé  Mendique  {Mendica)  duPlessis  d'où  : 

1®  Yvonqm  suit;—  2^  Foulques^seignexiT  de  Segré;  —  3<» il îmery^ 
seigneur  de  Montreuil-sur-la-Maine  (3);  —  4®  Pierre,  qui  consacra 
son  existence  au  service  du  Saint-Sépulcre. 

VII.  —  Yvon  V,  seigneur  de  la  Jaille,  entre  1127  et  1155,  tlt  la 
croisade,  en  1146,  avec  le  roi  Louis.  Partant  d'Angers,  avec  ses 
frères,  Aimery  et  Pierre,  avec  Geofifroy  Tendon  et  Renaud  Le 
Roux  du  Plessis-Macé,  il  emprunta  300  livres  à  Tévôque  Ulger, 
contre  la  cession  de  l'église  de  Saint-Martin-du-Bois,  relevant  de 
son  fief  (4).  Il  figure  dans  les  chartes  de  son  époque,  comme  bien- 
faiteur de  nombre  d'églises,  d  hôpitaux  et  d'abbayes  (5).  De  son 
mariage  avec  Helwige  de  Chdteaugontier  il  n'eut  pas.  d'enfants. 
Son  frère  puîné, 

VIII.  --Foulques,  seigneur  de  Segré  d'abord,  devint,  en  1155 
seigneur  de  La  Jaille,  et  fit  de  graodes  largesses  à  l'abbaye  de 
Nyoiseau,  dont  Tabbesse  était  sa  tante  f6).  Il  épousa  Agnès^  fille 
de  Geslin  d^  Saint-MicheL  de  qui  il  eut  deux  fils  : 

l""  Yvon^  seigneur  de  Saint-Vincent,  près  de  Segré,  mort  sans 
hoirs  vers  1160  (7). 

2*  Geoffroy  qui  suit. 

Foulques  se  remaria,  vers  1150,  à  Thiphaine^  sa  cousine  ger- 
maine, fille  de  Gaichard  de  La  Jaille,  et  prit  part  aux  difficullés 

(i)  Voir  la  Revue  d'octobre  1908. 

(a)  «  (roffredas  fiUas  Yvoni  de  Jallia  ».  Dom  Hous.  XIII,  gOSa.) 

(3)  Où  fut  enterré  son  père  Geoffroy,  II,  vers  ii5o,  et  lui-même  en  ti5t 

(4)  Dom  Housseau,  IV,  1726. 

(5)  Doni  Morice,  Preuves,  t.  I,  604-710  711-723-730. 
(6)Doin  Hous.  IV,  1106,  n4i,  t.  V.  i658,  1809. 

(7)  Dom  Hous.  V,  1883,  i8o9  t.  IV,  ii4i. 


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258  RBVUB  DE  BRETAGNE 

survenues,  vera  1152,  entre  Laure,  sa  belle-mère,  et  le  pripurde 
Montreuil  (1).  Chassé  de  êegré  pour  quelque  rebellioo,  par  le  roi 
Henri  II,  il  se  retira  à  Jérusalem  et  entra  dans  TOrdre  des  Tem- 
pliers. 

IX.  —  Geoffroy  III,  dit  Téhel,  second  fils  de  Foulques  et 
d'Agnès,  d'abord  seigneur  de  Saint-Michel-du  Bois,  devint  sei- 
gneur de  La  Jaille  vers  1180,  date  probable  du  départ  de  son  père 
pour  Jérusalem.  Il  assista  à  Taçquisition  de  Téglise  de  la  Pré- 
vière  (Piparia)  près  Pouancé,  par  Tévêque Raoul,  d'Angers  (1177- 
1197J  et  s'en  porta  garant  avec  Robert  de  Graon  et  Barthélémy  de 
Ghâteaugontier  (2). 

Marié  à  N.  Tison,  sœur  de  Tison  de  Graon,  Geoffroy  en  eut  des 
biens  dans  le  Craonnais  dont,  sans  doute  la  terre  des  Moustiers, 
au  sujet  de  laquelle  il  eut  de  vives  contestations  avec  i  abbé  de 
la  Rdô  (a}i  De  c6  mariage  : 

1*»  Yvon,  qui  suit  :  . 

2<>  Pierre  des  Moustiers^  qui  poursuivit  la  querelle  de  son  père 
avec  l'abbé  de  la  Roô  et  dont  Tun  des  fils,  Yvon^  deviendra  plua 
tHrd  seigneur  de  La  Jaille  (4). 

3*  Geoffroy,  dit  Téhel,  entré  dans  Tordre  du  Teùiple. 

4«  auerrif. 

X.  —  Yvon  FA  seigneur  de  La  Jaille  après  Geoffroy  III,  jus- 
qu'en 1201,  est  un  des  plus  hauts  dignitaires  de  la  cour  Anjou-* 
Bretagne.  Connu,  depuis  1170,  par  sa  présence  auprès  du  comte 
Geoffroy,  il  remplit  de  ses  attestations  et  de  ses  actes^  comme 
ministre  et  conseiller  intime  de  la  duchosse  Constance  et  de  son 
fils  Arthur,  les  annnées  1185,  1190,  1192,  1196,  1198,  1201  (5),  Il 
fut  également  exécuteur  testamentaire  d'André  de  Yarades,  en 
1196.  Son  sceau  à  cette  époque  est  «  d'azur  à  une  croix  freitée  et 
alaiséeri  (6)  et  n'a  point  été  coaservé  par  ses  successeurs  qui 

(i)  CaH.  de  Saint- Aubin  d'Angers,  publié  par  le  comte  de  Broussilldn 
t.  II,  p.  i54. 
(a)  Archives  d'Anjou,  par  Marchegay^  t.  Il,  p.  77. 

(3)  Cariulaire  de  la  Roê^  manuscrit. 

(4)  Le  second  fils  de  Fierté  des  Moustiers  est  Geslint  seigneur  de  Saint- 
Michel>  gratifié  de  10  livres  dans  le  testament  de  Maurice  de  Graon,  eu 
1190^  et  marié  à  Agnès  Bourreau,  mort  avant  iaj6,  laissant  deux  ûh  : 
Alain  et  Raoul  dont  la  fille  épousa  Guillaume  de  la  Motte. 

(5)  Dom  Morice,  Preuves,  t.  h',  704,  710,  718,  711,  704,  etc»    * 

(6)  Dom  Morice,  Preuves,  1. 1,  717. 


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SAINT-MARS-LA-JAILLB  ET  SRSJANCIENS  SEIGNEURS  3)19 

n'étaient  pas  ses  descendants  directs.  Ghevillard  le  marie  avec 
Anne  de  Vitré,  dont  il  n'eut  pas  d'enfants  (1). 

XL  —  YvoN  VH,dit  des  Jfow.ç/i>rs,8eigneurde  La  Jaille,  en  t20t, 
était  neveu  et  héritier  &\\on  VI  (2).  C*est  lui  qui  fit  la  croisade  de 
1202  en  Syrie,  avec  Etienne  du  Perche,RotrondeMonfort,etc.(3). 
En  1220,  avec  sa  femme  Hortense,  «  Yvo  de  la  Jale  »  fit  un  don 
au  prieuré  des  Grez,  près  Segré,  et  mourut  peu  avant  1244.  C'est  à 
cette  époque  que  La  JailIe-sur-Mdyenne  prend  le  nom  de  la  Jailte- 
Yvon^  sans  doute  pour  la  distinguer  de  la  Jaille-en-Nocllet 
récemment  fondée  (4). 

D'après  les  titres  de  la  maison  de  Chateaubriand,  Augustin  du 
Paz  donne  k  Yvon  VII  deux  fils  seulement.  Selon  le  Gartulaire  de 
Saint-Serge,  il  en  aurait  eu  quatre  : 

V"  Foulques,  seigneur  de  la  Jaille-en-NoelIet,  près  Segré,  che- 
valier de  la  bannière  de  Guillaume  de  Thouars,  seigneur  de 
Candé,  qui  lui  fit  don,  en  1212,  en  récompense  de  ses  bons  ser- 
vices d*une  rente  de  12  livres  à  toucher  sur  les  péages  de  Candé  (5). 
Foulques  avait  épousé  Péironille  de  Chazé  et  mourut  sans 
enfants,  avant  1234,  comme  le  prouve  un  accord  passé  à  cette 
date  entre  Nicolas  son  frère  et  Guillaume  Gri fier,  second  mari  de 
Pétronille  (6)  ;  —  2*»  Gfoffroy,  clerc  ;  —  3°  Philippe,  Ces  deux  der- 
niers donnent  leur  consentement  à  la  cession,  aux  moines,  de 
Téglise  de  Combrée,  en  1212  (7);  —  3°  Nicolas,  qui  fit  de  môme, 
puis,  en  1234,  passa  un  accord  avec  Pétronille  de  Chazé,  ainsi 
que  nous  venons  de  le  dire.  Marié  (d'après  Ghevillard)  h  Huèerfr 
de  beaumont,  Nicolas  serait  le  père  de  1**  Yvon  qui  suit  ;  —  2*  de 
Jeanne,  épouse  de  Beaudouin  de  Beauveau  (8). 

(i)  n  figure  en  iit\^,  dans  un  accord  entre  André  de  Vitré,  père  d'Annt;, 
et  Guillaume  de  la  Guerche.  (Dom  Morice,  Preuves ^  t.  I,  780)  et  dans  une 
charte  du  même  André  de  Vitré  à  Jérusalem. 

(2)  Dom  Morice,  Preuves,  t.  I,  786  :  «  Yvone  Monasteriis  »  en  laoo. 

(3)  Villehardouin,  ch.  aa,  3o,  89  ;  Bernard  le  trésorier,  pp.  a64)  aO&.  3^ 
femme  Hurtense  ne  5erait-elle  pas  une  fille,  ou  sœur  d'Olivier  de  Vrit^  'l 

(4)  Archives  de  la  Mayenne,  H,  Registre  de  la  Roë,  i65. 

(5)  «  In  ohemino  mea  de  Candeio  )>  (Dom  Morice,  Preuves ^  l,  88a.) 

(6)  Dom  Morice,  Preuves,  I,  88a. 

(7)  Cariulaire  de  Saint-Serge,  pp.  118  et  410.  —  D.  Vuïlleville,  fran^^iab, 
SiqSi. 

(8)  Arrêt  du  Parlement,  en  1159. 


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260  REVUE  DE  BRETAGNE 

XII.  —  YyoN  VIII,  seigneur  de  la  Jaille-Yvon,  dès  1244,  et  de  ta 
Jaille-en-Noellet,  après  son  pèrp,  apparaît,  dès  1248,  (avant  la 
CAisade)  comme  auteur  d'une  libéralité  qu'il  recouvre  de  son 
sceau  portant  «  Un  lion  passant  »  (1).  Yvon  VIII  était,  çûmme  son 
père,  attaché  au  sire  de  Candé.  Il  suivit  donc  Geoffroy  de  Cha^ 
teaubriand  (2)  à  la  croisade  d'Egypte,  fit  montre  devant  Damiette» 
en  1249  et  rapporta  de  son  voyage  la  coquille  de  pèlerin  qa'il  mit 
en  orle  sur  son  écu, 

Yvon  VIII  épousa,  vers  1252,  Marguerite  ou  Marquise  (3)  de 
Châteaubriant,  fille  de  Geoffroy  et  de  Sibylle,  dame  de  Porriic,  et 
renouvela  un  don  fait  à  l'abbaye  de  Beauport  par  Maiiaut,  dame 
de  Pordic,  aïeule  de  Marguerite  (4).  Il  eut  pour  fils  : 

XIII.  —  YvoN  IX,  seigneur  de  la  Jaille-Yvon,  la  Jaiîle-en- 
Noellet,  le  Pordic  et  Saint-Mars.  Yvon  IX  est  le  premier  de  sa 
maison  qui  soit  mentionné,  d'une  façon  certaine,  comme  seignetir 
de  Saint-Mars.  Cette  qualité  lui  est  attribuée  dans  aon  contrat  de 
mariage,  en  1275,  avec  Marthe  de  la  Jfo//«  (5),  dame  de  Saial- 

•  Michel,  du  Pin,  etc.  Il  mourut  le  24  juin  1294  (6)  laissant  :  1'  Yvon 
quisuit; — 2®  flnaw^,  seigneur  de  Saint-Michel,  l'un  des  curateurs, 

(i)  Dom  Hou».  XIII,  Saint-Nicolas,  n*  9796. 

(a)  Geoffroi  de  Chateaubriand  avait  succédé,  comme  seigneur  de  Gandé, 
à  Guillaume  de  Thouars,  vers  ia^3.  Celui-ci  se  trouvant  saris  poMéritéi 
légua  ses  biens  aux  Chateaubriand  à  condition  qu'iU  ôpouseraîenl:  ses 
nièces,  A.umure,  aussi  appelée  A.maurice  (Ugée,  art.  Chateaubriand)  et  Bel- 
leassez  de  Thouars  (ia43).  Après  le  retour  de  la  Croisade,  GeolTroy  de  Cha- 
teaubriand, père,  veuf  de  Sibylle,  dame  de  Pordic,  épousa  Aumure  et 
Geoffroy,  son  fils,  épousa  Belleassez.  C'est  ainsi  que  leur  advînt  Candé,  le 
Lion  d*  Angers,  Chanceaux,  etc.,  et  peut-être  également  Saint- Mars-IOUvier, 
qui,  des  Chateaubriand,  a  pu  passer  aux  de  la  Jaille  ainsi  que  la  seigneurie 
de  Pordic  par  le   mariage  dTvon  VIII  avec  Marquise  de  Chateaubriand. 

(3)  On  trouve  les  deux  noms  cités  dans  divers  auteurs,  et  dans  les  titres 
de  cette  époque  :  Chérin,  Beauchet-Filleau,  Dom  Moricedispnt  Marçaerite^ 
(Dom  Morice,  Preuves^  I,  1187),  et  le  texte  de  1  abbaye  de  Beauport  relatif 
à  une  donation  faite  à  cette  abbaye  par  Mahaut  de  Guinganip,  dame  de 
Pordic,  confirmée  en  ia63  par  Yvon  VIII,  porte  Marquise. 

(4)  B,  N.  P.  O.  Chérin  52.  —  Du  Paz,  Ménage,  Beauchet-Fllleau.  — 
Arch,  dipariementales  des  Côtes-da-Nordy  —  Titres  de  V abbaye  de  Beaapart, 

(5)  Pièce  citée  dans  une  généalogie  de  la  maison  de  ta  Motle-Baracé, 
communiquée  par  Tauteur  à  M.  de  Brisay,  et  rappelée,  avec  l'aLliance,  par 
M.  l'abbé  Bossebeuf  dans  son  intéressant  ouvrage  sur  le  château  du  Coudray- 
Montpensier,  dépôt  de  précieuses  archives.  (Note  de  itf.  le  Marquis  de  Bruay\. 

(6)  Obituaire  des  Cordeliers  d'Angers,  Français,  aa45o,  p.  a&7. 


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SAÏNT-MARS-LA-JAILLE  ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  .  261 

en  1300,  à  la  tutelle  de  sps  neveux,  Yvon,  Briant  et  Raoul  de  la 
Jaille;  acquéreur,  en  1316,  d'un  bien  près  sa  terre  du  Pm,  à 
Ampoigné,  mort  sans  hoirs. 

XIV.  —  Yvon  X,  seigneur  de  la  Jaille-Yvon,  la  Jaille-en^ 
Noôllet,  Saint-Mars  et  Pordic,  qui  mourut  en  1299,  avait  épousé 
Ysabeau  de  Coe$mes  (1)  d'où  :  !•  Yvon  qui  suit.  —  2*  et  3*  BriajU  et 
Raoul,  successivement  seigneurs  de  Saint-Michel,  dont  le  dernier 
a  fondé  la  branche  de  Saint-Michel. 

XV.  —  YvoN  XI,  seigneur  de  la  Jaille-Yvon,  la  Jaille-en-Noellet| 
Saint-Mars  et  Pordic  se  trouve,  en  1300,  mineur  sous  la  tulelle 
de  sa  mère  et  de  son  oncle  Briand  (2),  passant  un  accord  avec 
Geoffroy  de  Chateaubriand,  au  sujet  de  la  succession  de  sa 
bisaïeule  Marguerite,  accord  scellé  du  sceau  d'Ysabeau,  parlî  au 
premier  de  la  Jaille  «  un  lion  avec  six  coquilles  »  et  au  second  de 
Coesmes,  qui  est  «  six  annelets  3,  f .  f .  »  (3).  Yvon  XI  est  connu 
par  des  aveux  reçus  en  1322,  par  le  testament  de  Jean  Le  Bigot» 
en  1333,  etc.  Il  avait  épousé,  en  1317,  Marguerite  de  Rochp fort, 
fllle  de  Bon3bes  de  Rochefort,  vicomte  de  Donges  et  de  Marie 
d'Ancenis.  C'était,  dit  du  Paz,  un  chevalier  «  fort  adroit  et 
renommé  ».  Il  Ht  la  campagne  de  1336  contre  les  Anglais  et  périt 
à  la  bataille  de  la  Roche-Derrien,  le  13  juin  1347,  avec  son  ftls 
Charles, âgé  de  quatorze  ans  (4).  Du  mariage  d'Yvon  XI  et  de  Mar- 
guerite de  Rochefort  naquirent  : 

1*  Yvon,  qui  suit.—  2<>  Charles,  tué  à  la  Roche-Derrien.  — 
2*  Jean,  tué  à  la  bataille  d'Auray  (1364).  —  4^  Aliénor,  mariée  à 
Olivier  de  la  Lande.  —  b""  Isabeau,  femme  de  Silvestre  du  Ghaf- 
faut,  vicomte  de  Nantes. 

(i)  Dom  Morice,  Preaves,  I,  1137. 

(a)  Dom  Morice,  Preuves,!.  1187.  «  Accord  entre  le  seigneur  de  Châttan- 
briant  et  la  dame  de  la  Jaille  »  (i3oo). 

(5)  Ibid. 

f4)  A  la  bataille  de  la  Hoche-Derrien,  Charles  de  Blois  fut  fait  pri^nnlor 
par  les  Anglais,  et  il  y  périt  de  nombreux  seigneurs  bretons,  dont  les  prin- 
cipaux  furent  :  les  sires  de  Laval,  de  Montfort.  de  Chateaubriand,  de  Oiïrval, 
de  Rougé,  de  Qiiinlin,  de  Rais,  de  Uieux,  de  Machecoul,  de  Hostrenen,  de 
Lohéac,  de  la  Roche,  de  la  Jaille,  Guillaume  de  Quintin,  Geoffio)  de 
Tournemine  et  Thibaud  du  Boisbouexel,  ainsi  que  'plus  de  quatre  rnvUe 
hommes  d'armes.  (Dom  Nforice,  Ilist.  de  B'reiagne,  t.  I,  f»  276). 

Au  sujet  de  ce  seigneur,  voir  d'autre  part  :  Le  Château  de  la  Jailif-Yoon 


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2C2  REVUB  DE  BRETAGNE 

XVI.  —  YvoN  XII,  seigneur  de  la  Jaille-Yvon,  la  Jaille-en- 
Noôllet,  Saint-Mars,  Pordia  était  né  en  1325.  Il  fit  toute  la  cam- 
pagne contre  les  Anglais,  à  l'époque  de  la  guerre  de  la  succes- 
sion de  Bretagne,  oùBlois  et  Montfort  se  disputaient  le  duché. 
Les  Anglais  furent  bientôt  maîtres  du  pays  qu'ils  saccagèrent 
durant  plusieurs  années  (1).  Sous  les  coups  de  ces  envahisseurs 
les  forteresses  de  Saint-Mars  et  de  la  Jaille-en-Noëllet  furent  en- 
tièrement détruites.  Mais  après  Tévacuation  de  l'Anjou  (traité 
de  Brétigny,  1360),  Yvon  XII  reconstruisit  son  château-fort  de  la 
Jaille-en-No61let,  dont  les  ruines,  encore  existantes,  caracté- 
risent le  XIV**  siècle,  et  celui  de  Saint-Mars,  dont  Tarchitectore 
militaire  dut  ôtre  particulièrement  remarquable,  car  les  histo- 
riens des  siècles  suivants  le  signalent  comme  une  place  très  forte. 

Cette  circonstance  s'explique  en  ce  que  cette  forteresse,  située 
dans  un  lieu  absolument  plat,  avait,  pour  principal  moyen  de 
défense»  l'immense  marais  qui  l'entourait,  et  ne  devait  6tre 
reliée  à  la  terre  ferme  que  par  une  chaussée  amplement  défen* 
due  par  de  multiples  travaux  d'approche. 

Ce  château  était,  sans  doute,  très  remarquable  :  une  sorte  de 
merveille  du  genre,  puisque  son  (possesseur  en  est  déclaré  le  sei- 
gneur, avec  une  particulière  intention, spmble-t-il,  dans  son  témoi- 
gnage au  procès  de  canonisation  de  Charles  de  Biois,  en  1371  (2). 

On  peut  considérer  Yvon  XII  de  la  Jaille  comme  Tun  des  prin- 
cipaux capitaines  de  son  temps  dans  TOuest  de  la  France,  , 
puisque  J-'an  II,  en  accédant  au  trône,  lui  adressa  en  1350  des 
«  lettres  closes  »  pour  Tavertir  de  se  tenir  prêt  à  prendre  les 
armes  pour  son  service.  Ceci  se  passait  l'année  de  la  surprise  de 
Loudun  par  les  Angio-Navarrais  et  de  la  reprise  de  cette  ville 
par  les  chevaliers  angevins  et  tourangeaux. 

Yvon  XII  épousa,  vers  1344,  Marie  de  Matliaz,  dame  du  Bou- 
chaud,  dont  il  eut  : 

par  A.  Joubert  ;  —  Dom  Housseau.t.  XVI,  34i  ;  —D.  Vaille  ville, /honc.  SigSi. 
—  BourdigDéjC/ironiçuecf  Afy'oa  et  Maine;  Laroque,  Traité  des  bans  el  arrière 
bans  de  France, 

(i)  Rimer  raconte  que  le  fort  de  la  Roche  d'Iré  fut  le  centre  de  leurs 
opérations. 

(a)  «  Mobilis  vir  D.  Yvo  de  Jailla  miles  Dominus  dicti  loci  et  Domious 
Castri  sancti  Marsij  Nan.  Dioc.  etatis  XLVI  ann.  deponit  de  Domiuica  de 
Grangia  quondam  euxore  D.  Pétri  Broesbin  miiitis  defuncti  sanata*  »  {Dom 
Morice.  Preuvetf  II,  col.  3i.) 


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SAIKT-HARS-LA^JAILLË  ET  SB5  AHCIËNS  SEIGNEURS  £68 

i*  Yvon,  qui  suit,  —  2°  Charles,  tué  devant  SaiDt-Jaiiies*  — 
3*  Marguerite,  dame  du  Bouciiaud,  unie,  1*  à  Jean  de  Châ- 
teau briand,  sans  hoirs.  —  2^  à  Hardouin  /^"^  de  la  Porte,  seigaeur 
de  Vezins  en  1363  —  4"  Marie ^  femme  de  Pierre  de  Rmtrenen.  — 
5**  Béatrîx.  —  6^  Jean^  seigneur  «  de  Saint- Mars  at  de  la  Jaille  en 
ta  même  paroisse  "(i),  \ 

j£AN  OU  Jrhan  os  la  Jaillic,  selgncur  de  Saint-Mars,  est 
connu  en  1395  par  des  démêlés  qu'il  eut  avec  Jean  de  Rongé 
démôlés  tranchés  par  un  arrêt  du  Parlement  de  Bretagoe^  en 
1395  (2)  ;  en  139Ô,  par  sa  dt^scenle  en  Angleterre.  Il  fut,  en  1404, 
m&îTre  d'hôtel  du  duc  de  Bretagne,  et,  dei420à  1429,  employé  aux 
guerres  et  à  la  Garde  de  Bretagne  appointé  sur  les  comptes  de 
Jean  Dronyou  (3).  li  passa,  le  23  décembre  1399,  un  accord  avec 
Jeanne  de  Guignen  «  pour  son  douaire(4).  »  Il  mourut  avant  1430- 

XVTL  —  YvoN  XIIL  seigneur  de  la  Jaille-Yvon  de  la  Jaille-fnT- 
Noëllet  et  de  Pordic,  se  confond  avec  son  pèredans  les  services  de 
guerre.  On  peut  admettre,  cependant,  que  c'est  lui  qui  oo  m  man- 
dait, en  second,  la  compagnie  de  Pierre  de  la  Hunaudaid,  dans  )a 
célèbre  campagne  de  Duguesclin  en  1370  (5). 

YVoN  XIU  mourut,  peu  avant  1389.  laissant,  de  son  union  avec 
Jeanne  de  Guiguen  :  V  ïvon  qui  suit.  ^  2'  Charles,  mort  en  1392, 


tO  Ce  Jean  de  la  Jaille  dût  naître  tardivement,  car  11  a  vécu  Juiqu'en 
i4a9.  11  9fi  connu  à  la  cour  de  Ctiarles  VI^  comme  seigneur  de  Saint- Mars* 
portant  un  léopard  dan»  sa  bannière.  Saint- Mars  ne  prU  que  vers  cette 
époque  le  nom  de  iSainl-Mars  et  la  Jailte.  formant  alors  deux  fiefs  distincts  : 
l'un  païuissial,  Tautre  léodal,  dans  ta  même  paroisse  qui  était  encore  désl- 
gri(^e  sous  son  ancien  nom  de  &alnl*Mars  roiwUrf  alors  que  le  château 
s'appelait  déjà  château  de  la  JaUlé.  C'est  de  l'union  de  ces  deni  noms  ; 
Saint-Mars  et  la  JaiiU  qu'est  venu  le  nom  détinitif  de  la  commune  de 
Saint  -  Ma  rs  -  ta  -Ja  ille . 

[a)  Ûom  Morice  :  Preuves,  11,  65 1.  Ce»  difîlcullés  ont  trait  à  la  tutelle, 
de  Jean  de  Eougé*  Jeban  de  la  JalUe  fui  condamné  aux  dépem,  (Dom  Mo- 
rt ce,  Pr€\iues,  IJ,  087-^611.; 

(3)  Dom  Lobînoau  ■  le  M*  de  Ha  y  eux  ;  Dom  Morice,  Hrmvet,  M,  io6ô- 
1061,  etc».. 
*     (4)  Du  Pas  :  //ts(.  génialogiqae  de  plusieurs  maisons  de  Bretagne^ 

(5)  Dom  Morice.  Preuves,  1,  i640.  .^fonsire  de  Pierre  y  sire  de  la.  Hunaadakj 
Pom  Mortce  écrit  Eon  pour  Kt^o/u 


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26ft  RBVCE  DE  BRETAGNE 

—  3<>  Marguerite,  mariée  en  1400  au  château  de  la  Jaille  (i)  avec 
Hardouinll  de  la  Porte  Vézins,  fils  de  Hardoinn  1"^  et  de  Mar' 
guérite  de  la  Jaille,  dame  du  Bouchaud,  et  par  consëqueat  son 
cousin  germain,  futur  iiéritierdes  biens  de  la  maison  de  la  Jaille  ^ 

—  4<»  Aliéner^  unie  à  Henri  du  Juch,  bénéficiaire  d'un  don  du  duc 
de  Bretagne  en  1424  (2). 

XVIII.  —  Yvon  XIV,  seigneur  de  la  Jaille-Yvon,  la  Jaille  en 
Noôllet,  lePordici  en  minorité,  dès  1389,  sous  la  tutelle  de  sa 
mèi^e,  Jeanne  de  Guiguen,  qui  reçoit,  à  cette  date»  les  aveux  des 
vassaux  de  la  Jaille-Yvon,  au  nom  de  son  fils  (3),  ainsi  qu'en  1392. 
Yvon  XIV,  mourut,  avant  1395  non- marié,  et,  par  suite,  ne  lais- 
sant d'autre  héritier  que  l'aînée  de  ses  sœurs,  Marguerite,  femme 
d'Hardouin  II  de  la  Porte,  baron  de  Vezins. 

Jeanne  de  Guiguen,  leur  mère,  conserva  en  douaire  la  terre  de 
La  Jaille-Yvon,  dont  elle  portait  le  titre,  avec  celui  de  Guiguen, 
dans  les  actes  de  sa  seconde  union.  Elle  s'était,  en  eflat,  remariée, 
peu  après  1400,  à  Guillaume  de  la  Lande,  La  Jaille-Yvca  fut  en- 
suite acquise,  avant  1450,  par  un  gentilhommâ  poitevin,  Guillau- 
me d'Orvines,  dont  les  descendants  la  possédèrent  jusqu'à  la 
Révolution. 

Haroouin  II  de  la  Porte- Vezins  devint  possesseur  de  la  terre 
^de  Saint-Mars-la-Jaille  par  sa  femme  qui  Teut  en  héritage  à  la 
mort  de  son  oncle  Jean,  fils  de  Yvon  XII  et  de  Marie  de  Mathaz. 
héritage  qui  lui  échut  en  1429.  Marguerite  s^î  trouvait  par  la 
mort  de  ses  frères,  Yvon  et  Charles,  seule  et  dernière  héritière 
de  la  branche  aînée  des  sires  de  la  Jaille.  G'esl  aiusi  qu'Blle  porta 
les  terre  et  seigneurie  de  Saint-Mars  et  de  la  Jaille  en  la  maison 
de  la  Porte- Vezins. 

[A   suivre,)  J.  Baudry. 


(i)  Le  château  de  la  Jaille,  dont  il  est  ici  question,  est'  sans  doute  celui 
de  la  Jaille -en-Nocllet,  puisque  la  Jaille- Saint-Mars  appartenait  encore,  en  ce 
moment,  à  Jean'de  la  Jaille,  ci-dessus  indiqué^  qui  ne  mourut  qu'en  j4i9> 

(a)  Dom  Morice,  Preuves,  II,  1196  :  Compte  de  Jean  Dronyou  ce  a  Dame 
Aliénor  de  la  Jaille,  Dame  da  Juch,  sur  le  rachat  de  Mestire  Jehan  du  Jucht 
son /Ils j  da  5  Janvier  i^2ù,  cent  livres  ». 

(3)  Rememb.  G.  fol.  16,  citation  de  M.  A.  Joubert. 


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BIBLIOGRAPHIE 


HISTOIRE 

Chronique  et  Histoires  des  Bretons,  par  Pierre  Le  Baud, 
publiées  par  le  V'«  Ch.  de  la  Lande  de  Calan.  Tome  I  (Edition 
de  la  Société  des  Bibliophiles  Bretons,  1907). 

Le  sympathique  et  dévoué  Président  de  la  Société  des  Bibliophiles 
Bretons  est  un  des  savants  qui  connaissent  le  mieux  notre  histoire 
nationale  et  un  des  mieux  placés  pour  en  faire  connaître  les  passages 
ignorés  et  redresser  les  erreurs  qui  Tont  malheureusement  déparée 
jusqu'ici.  Poursuivant  Tœuvre  des  Lobineau,  des  Morice  et  des  La 
fiorderie,  on  le  trouve  toujours  5ur  la  brèche,  soit  qu'il  mène  le  bon 
combat  la  plume  à  la  main,  soit  qu'il  communique  ses  découvertes 
dans  des  conférences  où  il  est  passé  maître  incontesté.  11  lui  a  semblé 
que,  se  trouvant  «  À  l'honneur  »  dans  la  Société  des  Bibliophiles  Bretons^ 
il  devait  y  être  aussi  t  à  la  peine  ;  et  que  la  présidence  ne  pouvait  être 
pour  lui  une  sinécure.  C'est  ainsi  qu'il  vient  de  publier  pour  ses 
Bibliophiles  la  première  rédaction  inédite  de  l'Histoire  de  Bretagne  par 
Pierre  Le  Baud,  avec  des  éclaircissemenst,  des  observations  et  des 
notes  qui  font  de  cette  publication  l'œuvre  la  plus  complète  qu'il  ait 
donnée  jusqu'ici.  Pierre  Le  Baud  est  le  plus  ancien  de  nos  historiens  ; 
son  histoire  inédite  date  de  1480,  précédant  de  34  ans  les  Chroniques 
d'Alain  Bouchart;  on  peut  juger  par  suite  de  Tintérêt  qu'elle  offre 
pour  les  Bretons.  Le  tome  I  s'arrête  à  l'empereur  Maxime  (383)  et 
comprend  230  pages.  M.  de  Calan  y  a  versé  les  trésors  d'une  érudition 
toujours  sûre  et  bien  guidée.  Tous  les  dires  de  Le  Baud  sont  analysés, 
expliqués,  réfutés  dans  des  introductions  et  des  observations  qui  pré-< 
cèdent  et  suivent  les  chapitres  du  texte  original  et  dont  les  principales 
concernent  la  guerre  de  Troie,  l'élément  armoricain  dans  Gaufroî  de 
Monmouth  et  les  Romans  de  la  Table  Ronde,  les  origines  bretonnes 
d'après  les  triades  galloises,  Jules  César  en  Grande  Bretagne,  la 
légende  de  Maxime,  etc.  —  Nous  attendons  avec  impatience  le  tome  IL 

Les  Relations  du  Pouvoir  Central  et  de  la  Province  ds 
Bretagne  dans  la  seconde  moitié  du  règne  de  Louis  XtV« 
Correspondance  des  Contrôleurs  Généraux  avec  la  Pro- 
vince DE  Bretagne,  1689-1715,  publiée  par  J.  Letaconnoux, 
(Edition  de  la  Société  des  Bibliophiles  Bretons,  1907). 

On  connaît  mal  les  relations  qui  ont  existé  entre  la  Bretagne  et  le 
Ministère  à  la  fin  du  règne  de  Louis  XIV,  parce  que  cette  période  a 
été  peu  étudiée  jusqu'ici.  M.  Letaconnoux  a  eu  Theureuse  idée  de 
dépouiller  consciencieusement  la  Correspondance  du  Contrôle  Général 
qui  existe  aux  Archives  Nationales,  entre  1689  et  1715  ;  puis  il  a  publié 
ou  résumé  celles  des  pièces  qui  lui  ont  parti  avoir  quelque  intérêt 


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266  REVUS  W  BRISTAGNB 

pour  la  Bretagne.  On  verra  avec  quel  absolutisme  le  ministre  Colbert 
savait  faire  plier  les  Etats  de  Bretagne  à  ses  volontés,  et  on  sera  heii* 
reux  de  constater  les  résistances  de  ceux-ci. 

La  Bretagne  et   les  Bretons  au  xvi*  siècle,  par  le  V**Ch. 
de  là  Lande  de  Calan  (Rennes,  Bahon*Rault,  1908K 

'  Je  viens  de  lire  en  son  entier  avec  infiniment  de  plaisir  la  reproduc- 
tion fidèle  des  Conférences  que  fit  M.  de  Calan  il  j  a  quelques  aDDées 
à  la  Faculté  des  Lettres  de  Rennes  quand  TUniversité  de  cette  ville 
le  chargea  d'y  professer  le  cours  libre  d'Histoire  de  Bretagne.  Suc- 
cédant dans  cette  chaire  à  notre  si  regretté  maitre  Arthur  de  la  Borderie, 
le  Jeune  et  brillant  conférencier  pouvait  craindre  de  ne  pas  avoir  un 
auditoire  aussi  nombreux  et  aussi  choisi  que  son  devaBcier.  H  n'en 
fut  rien.  Dès  la  première  leçon,  le  public  Rennais,  qui  avait  répondu 
avec  empressement  à  son  appel»  fut  conquis,  et,  pendant  5  ans,  M  de 
Calan  put  constater  que  son  succès  allci  toujours  en  s'accentuant. 
Aussi,  cédant  aux  instances  de  ses  amis,  a-t-il  bien  voulu  écrire  ses 
(Conférences  et  les  livrer  à  Fimpression.  Depuis  le  mariage  de  la 
Duchesse  Anne  avec  Charles  VIII  (6  décembre  1491],  jusqu'à  la  fin  du 
XVI*  siècle,  les  événements  qui  se  sont  écoulés  eu  Bretagne  sont 
passés  en  revue;  et,  comme  il  s'agit  d'une  des  périodes  les  plus 
mouvementées  de  notre  histoire,  période  qui  comprend  T union  de  la 
Breti^gne  à  la  France,  le  règne  de  la  Heine  Anne,  les  découvertes  des 
navigateurs  en  Amérique,  le  Protestantisme  et  la  Ligue,  on  jugera  aisè- 
]!nent  comment  le  nouvel  ouvrage  de  M.  de  Calan  a  conquis  aussi 
tlte  la  faveur  du  public. 

Etudes  et  Documents  sur  l*Histoire  de  Bretagne  (XIII*- 
XVI*  siècles)  par  Tabbé  G.  Mollat  (Paris,  Champion.  1907)- 
Prix  :  6  fr.  —  Prix  de  faveur  pour  les  abonnés  de  la  Bévue  de 
BnUgne  ;  5  fr,  net  et  franco. 

M.  Tabbé  Mollat,  ayant  été  «mené  à  faire  des  recherches  dans  la  Bî- 
bliothàque  et  les  Archives  du  Vatican,  a  eu  la  bonne  inspiration  de 
copier  SQ  passage  les  pièces  inédites  concernant  le  pays  breton  qui 
lui  tombaient  sous  la  main.  Il  les  a  traduites,  exposées  et  annotées» 
èi  en  a  composé  un  recueil  très  intéressant  qui  apporte  une  contribu- 
tion importante  à  Vhistoire  générale  et  locale  de  Bretagne.  Les  docu> 
ments  en  question  (dont  on  trouvera  la  table  aux  annonces  du  présent 
fascicule  de  la  Revue  de  Bretagne)^  au  nombre  de  32,  sont  datés  des 
XIII»,  XIV,  XV«  et  XVI»  siècles,  (la  plupart,  du  XI VO  et  î^auteur  les 
a  fait  suivre  d'une  table  alphabétique  des  noms  de  personnes  et  d  e 
lieux  cités  qui  simplifiera  singulièrement  les  recherches,  M.  Tabbé 
Mollat  me  pardonnera  quelques  petites  critiques  qui  ne  sont  pas  pour 
diminuer  la  valeur  de  ses  Etudes  et  Documenta.  Au  lieu  dec  SanctiTre- 
mori  de  Brahes  i»  (p.  188),  il  faut  lire  «  Sancti  Tremori  de  Kerahes  w 
(Carhaix),  ^  «  Capella  béate  Marie  de  la  Bouetardaye  *  (p.  205)  au 
diocèsa  de  Saint-Malo,  n'est  certainement  pas  N.D.  delaBouhourdaie 


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ÔIBLlOORAfHIB  2«7 

en  SaiDtvDomineuc,  mais  sûrement  la  chapelle  du  nianoir  de  la  Bou>* 
tardaye  en  Pipriac.  -  Pages  218  et  219  «  fiaz  »  n'eat  pas  Batz  (i.oire- 
Inférieure)  mais  une  mauvaise  lecture  ou  forma  dr  Bain  (Bains,  Ille«  / 
et-Vilaine)  ;  »  Brinium»  n'est  pas  Brains  (Morbihan)  vu  qu'il  n*j  a  pas 
df  Braira  dau»  cç  département,  mai9  bien  Brain  (lUo^t tWilaîQt  i 
«  Longam»  est  Langou  (Ille-ett- Vilaine)  ;  «  ViUam  saucti  Guiduali  » 
n'est  sûrement  pas  Saint  Thual  ou  Saint  Tugdual  mais  bien  Saint 
Gudwal.  maintenant  Locoal( Morbihan);  «  Yillam  sanctiCagoti  i  n'est 
pas  Saint  Gado  (Morbihan)  mais  jSaint  Gorgon  (même  département) 
dont  la  forme  ancienne  est  Saint  Goco  ou  Gogo  ;  c  More  »  ne  peut  être 
Maure  (Ille-et- Vilaine),  mais  Mouais  (Loire-Jnférieure)  autrefoie  i  Moe, 

Les  Litres  de  Saint  Patrice,  apôtre  de  (.'Irlande.  Iptro* 
duction,  traduction  et  notes,  par  Georges  Dottin,  professeur 
à  l'Université  de  Rennes.  (Paris,  Bloud,  1908). 

Le  culte  de  saint  Patrice  n'est  guère  répandu  ches  nous,  mM 
plusieurs  de  ses  disciples  y  sont  vénérés.  Sa  vie  doit  donc  nous  inté* 
resser  doublement.  Parmi  les  documents  sur  lesquels  elle  s'étsblit»  11 
en  est  deux  «  dont  on  a  aucune  raison  de  suspecter  l'authenticité  » 
(p,  3).  et  qui  sont  Tœuvre  du  saint  ;  il  s'a^git  de  la  Confession  dt  saiM 
Patrice  et  de  VEpîlre  à  Corotiçus.  Le  premier  de  ces  livres  contient  le 
récit  de  Tapostolat  de  l'Irlande  ;  le  second  est  une  accusation  contre 
les  soldats  de  Corotiçus  et  leurs  malversations.  De  plus,  trois  courtes 
phrases  sont  également  attribuées  à  Patrice  ainsi  qu'une  prière  en 
gaélique.  «  Deux  des  dits  de  saint  Patrice  semblent  authentiques  ; 
quant  à  la  prière,  elle  est  en  tout  état  de  cause  d'une  haute  antiquité  » 
(p.  4).  M.  Dottin  a  traduit  et  annoté  ces  précieux  vestiges  et  les  a  fait 
suivre  d'une  hymne  du  IX*  siècle.  Ces  traductions,  leurs  notes  et  les 
détails  fournis  sur  l'Irlande  au  V«  siècle,  sur  l'histoire  et  la  légende 
de  saint  Patrice,  font  de  son  petit  livre  Tune  des  meilleures  études 
qui  soient  d'hagiographie  celtique.  * 

Un  Bataillon  de  Volontaires  (Troisième  Bataillon  db 
Maine-et-Loire,  1792-1790),  par  Xavier  de  Pétîgny.  (Angers^ 
GermaÎD  et  Grassin,  1908). 

C'est  la  monographie  complète,  d'après  une  source  provenant  d*aii 
fonds  particulier,  d'un  bataillon  de  gardes  nationaux  volontaires 
formé  en  1792  et  qui  combattit  contre  la  Chouannerie  en  Bretagne* 
L^auteur  explique  son  mode  de  recrutement,  son  organisation,  ses 
qualités  etses  défauts,  et  donne  de  nombreux  renseignements  sur  ses 
officiers,  ses  sous-officiers,  leur  instruction,  leur  habillement,  leur 
solde.  Ce  qui  nous  touche  plus  particulièrement  c'est  le  récit  (les  opé- 
rations de  ce  bataillon  dans  nos  départements  bretons  notamment 
à  ï\ochefort- en-Terre  (démolition  du  château),  Vannes,  Nantes* 
Malestroit^  Redon,  Belle- Isle,  Concarneau,  Rennes,  Dinan.  Ce  livro 
jette  un  jour  nouveau  sur  l'histoire  des  bataillons  volontaires  d»  Ui 


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268  .  REVUE  DE  BRE'I;AGNE 

première  République  et  sur  celle  des  guerres  de  TOuest,  histoires  qui 
jusqu*ici,  dit  l'auteur,  ont  été  dénaturées.  Il  apporte  donc  un  précieux 
appoint  à  ce  que  nous  savons  de  Tépoque  révolutionnaire  en  Bretagne. 

Annales  de  la  Marine  Nantaise  (Des  origines  a  1830),  par 
Paul  Legrand  (Nantes,  Héron,  1908).   Prix  :  4  fr. 

La  revue  Pays  d'Arvor  a  pris  à  Nantes  une  importance  considérable. 
Grâce  au  dévouement  de  ses  directeurs  qui  ont  su  s'entourer  d'une 
pléiade  d'excellents  écrivains,  tous  animés  du  plus  pur  esprit  breton, 
il  est  devenu  Tun  des  organes  attitrés  de  notre  régionalisme  provin- 
cial. L'un  de  ces  principaux  rédacteurs,  M.  Paul  Legrand,  à  l'occasion 
de  la  grande  Semaine  Nautique  dont  les  fêtes  ont  eu  lieu  au  mois 
d'août  dernier,  a  réuni  des  documents  inédits  sur  l'histoire  $ie  la 
Marine  Nantaise  et  publié  un  beau  volume,  imprimé  et  illustré  avec 
luxe  qui  fait  grand  honneur  à  son  auteur  et  au  Pays  d'Arvor,  L'un  et 
l'autre  méritent  les  félicitations  de  nos  lecteurs  qui  n'hésiteront  certai- 
nement pas  à  enrichir  leur  bibliothèque  des  Annales  de  la  Marine 
Nantaise, 

t3NE  Seigneurie   du   Porhoet.    Tregranteur,    les    origines- 
ET  LE   DOMAINE,    par  le    V'«   Hervé   du    Halgouet   (Rennes, 
Simon,  1907). 

.  Notre  excellent  ami  et  collaborateur,  le  V*«  Hervé  du  Halgouet,  pour- 
suivant les  recherches  qu'il  a  commencées  sur  le  Porhoët,  nous  donne 
sous  ce  titre  l'histoire  d'une  seigneurie  de  cet  important  Cîomté.  Tre- 
granteur appartint  successivement  aux  familles  de  Tréganteur, 
de  Ouélen,  Bonin  de  la  Villebouquais  et  de  Poulpiquet  du  Halgouet. 
M.  du  Halgouet  a  dressé  les  tableaux  généalogiques  de  ces  diverses 
familles  et  écrit  l'histoire  de  chacune  d'elles  Le  tout  est  terminé  par 
une  description  du  domaine  seigneurial  et  des  différentes  terres  qui 
en  firent  partie  et  par  une  carte  explicative.  Je  ne  saurais  assez  faire 
réloge  du  nouveau  travail  de  M.  du  Halgouet  :  clair,  intéressant,  il  est 
écrit  dans  un  style  d'où  la  sécheresse  est  bannie.  On  le  lit  avec  infi- 
niment de  plaisir,  mais  on  le  lit  le  crayon  à  la  main,  car,  à  tout 
instant,  on  se  trouve  en  présence  de  trouvailles  à  noter. 

Baronnie  de  la  Hunaudaye  et  Chatellenies  de  Montafi- 
LANT ,  Plancoet  ET  MoNBRAN ,  par  le  M**  de  Bellevue. 
(Rennes,  Simon,  1908). 

Excellente  monographie  de  ces  quatre  grandes  seigneuries  du 
pays  de  Lamballe  dans  laquelle  on  trouvera,  avec  des  renseignements 
sur  chacune  d'elles,  les  généalogies  des  familles  qui  les  ont  possédées. 
Elle  est  présentée  avec  la  netteté  qui  caractérise  les  études  historiques 
de  l'auteur. 


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BIBLIOGRAPHIE  269 


DRAME  ET  POÉSIE 

NoMiNoÉ,  drame  en  cinq  actes,   e;n  vers,  par  Louis  Tiercelin. 
(Paris,  Lemerre,  1906).  Prix  :  5  fr. 

L'éminent  directeur  de  V Hermine  voudra  bien  me  pardonner  d'avoir 
mis  tant  de  temps  à  rendre  compte  de  son  Nominoé,  J'arrive  certaine, 
ment  bon  dernier  dans  la  liste  des  chroniqueurs  qui  ont  parlé  de  ce 
drame,  Tun  des  plus  poignants  qui  ait  été  jamais  écrits  par  une  plume 
bretonne.  Mais  j'ai  voulu  le  lire  et  le  relire  plusieurs  fois  afin  de  me 
faire  à  son  égard  une  opinion  bien  personnelle.  A  différentes  reprises 
j'ai  commencé  des  notices  où  j'exprimais  des  critiques  :  j'ai  tout  dé- 
chiré et  je  m'avoue  vaincu.  Nominoé  est  magnifique^sincèrement  breton- 
profondément  vrai  ;  le  rôle  du  héros  est  tracé  de  main  de  maître,  daus 
une  unité  de  caractère  qui  ne  se  dément  pas  un  instant.  Que  dire  du 
style  ?  C'est  du  pur  Tiercelin.  Vers  riches,  souples,  atteignant  souvent 

les  hauteurs  cornéliennes Je  ne  reproche  qu'une  chose  à  l'auteur: 

pourquoi  a-t-il  hésité  à  appeler  Saint  Conwoïon  par  son  nom  ?  Je  sais 
qu'il  lui  a  répugné  de  mettre  en  scène  un  personnage  que  l'Ëglise  a 
placé  sur  ses  autels.  Mais  je  ne  comprends  pas  ce  scrupule  que  pour  ma 
part  je  trouve  exagéré.  Comme  je  voudrais  voir  jouer  cette  belle  pièce 
sur  nos  scènes  bretonnes  !  Hélas  !  je  crains  bien  que  Nominoé  n'ait  pas 
encore  été  représenté.  Est-il  donc  injouable  ?  Le  nombre  des  person- 
nages est-il  trop  considérable  ?  N'en  croyez  rien  ;  mais  le  mouvement 
breton  n'est  pas  encore  assez  fort  pour  imposer  le  patriotisme  dans  nos 
théâtres,  et  voilà  pourquoi  Nominoé  restera  dans  la  coulisse  pendant 
quelque  temps.  Espérons  qu'il  en  sortira  le  jour  où  l'on  dressera  sur 
Tune  des  places  de  Redon  la  statue  du  fondateur  de  l'indépendance  bre- 
tonne^ du  vainqueur  de  Ballon,  qui  inspira  à  Tiercelin  l'un  des  meil- 
leurs drames  de  notre  début  de  siècle. 

Sous  LES    Brumes    du  Temps,  par  Louis   Tiercelin,    (Paris^ 
Lemerre,  1907).  Prix  :  3  fr.  50. 

Des  sombres  pages  de  l'histoire  de  Bretagne  passons  aux  bonheurs 
calmes  de  la  famille.  Sous  les  Brumes  du  Temps,  c'est  le  carnet  du 
penseur  breton,  c'est  le  livre  de  grand-père,  c'est  un  bouquet  cueilli 
pour  des  amis,  c'est  enfin  une  ode  à  la  patrie.  On  ne  saurait  assez 
exprimer  le  charme  qui  émane  du  nouveau  livre  de  M.  Tiercelin, 
charme  pénétrant  qui  souvent  amène  les  larmes  aux  yeux,  charme 
captivant  qui  empêche  de  le  fermer  quand  on  l'a  commencé.  Mes 
pages  préférées  sont  celles  où  l'auteur  détaille  si  finement  les  premières 
syllabes  balbutiées  par  sa  petite-fille  et  où  il  tremble  quand  elle 
essaie  ses  premiers  pas.  C'est  tout  bonnement  délicieux,  et  je  sais 
bien  des  personnes  qui  ne  se  lassent  de  méditer  ces  vers  de  Tiercelin, 
modèle  des  aïeuls,  des  Chrétiens  et  des  Bretons. 

Novembre  1908  iu 


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â70  ABVUB  DE  BRKTAGNB 

Le  Rêve  du  LycÉfcN,  par  O.  de  GourcuflF  (Nantes,  imprimerie 
de  Nantes  Mondain,  1908;. 

M.  de  Gourcuff  a  fait  jouer  le  mardi  2  juin,  à  la  salle  des  fêtes  du 
«c  Journal  »,  une  saynète  en  un  acte,  en  vers,  à  Toccasion  du  centenaire 
du  Lycée  de  Nantes.  Il  y  a  mis  tout  son  esprit,  tout  son  cœur  et  son 
admirable  talent  de  poète.  L'ample  moisson  d*applaudissements  qui 
l'ont  accueillie  est  le  meilleur  éloge  qu'on  puisse  en  faire. 

LITTÉRATURE         / 

La  Foi  en  Bretagne  hier  et  aujourd'hui,  par  l'abbé  Millon. 
(Rennes,  Plihon  et  Hommay,  1908).  Prix  :  4  fr. 

Lsi  Foi  en  Bretagne  est  ce  qu'on  pouvait  attendre  de  l'auteur  cons- 
ciencieux et  du  styliste  admirable  qu'est  M.  Tabbé  Millon.  Ce  serait 
faire  injure' aux  abonnés  de  la  Revue  de  Bretagne  que  de  leur  présenter 
l'ami  toujours  fidèle,  des  bons  comme  des  mauvais  jours,  qui  voulut 
bien  écrire  pour  eux  pendant  quelques  années  une  chronique  si  re- 
marquée et  que  des  occupations  multiples,  toutes  dirigées  vers  l'ex- 
pansion de  la  Foi  dans  l'amour  de  Bretagne  Tem péchèrent  seules  de 
continuer.  Notre  pays  est  avant  tout  et  surtout  un  pays  de  croyants» 
la  Foi  est  entrée  dans  sa  formation,  elle  a  saturé  son  âme,  pénétré 
dans  ses  demeures,  élevé  ses  églises,  inspiré  la  construction  de  ses 
monuments,  organisé  ses  pèlerinages  :  la  Bretagne  et  la  Foi  sont  unies 
par  des  liens  que  le  temps  ne  saura  briser  Voilà  ce  que  M.  Tabbé  Millon 
a  montré  à  ses  compatriotes  pour  leur  faire  aimer  encore  plus  cette 
terre  de  granit  où  Ton  déteste  les  traîtres.  Son  livre  est  l'œuvre  d'un 
apôtre  enflammé.  La  Revue  de  Bretagne  lui  souhaite  la  continuation  du 
succès  qui  l'a  salué  à  son  apparition. 

Passions    Celtes,  par  Charles  Le   Goffic,    (Paris,   Nouvelle 
Librairie  Nationale,  1908). 

Recueil  de  dix  nouvelles  plus  dramatiques  et  plus  curieuses  les 
unes  que  les  autres  où  Tauteur  a  mis  en  pleine  action  le  caractère 
celte  avec  toutes  ses  qualités  mais  aussi  tous  ses  défauts.  Quelques- 
unes  d'entre  elles  —  au  fait,  pourquoi  ne  pas  dire  la  totalité?  —  sont 
de  purs  chef-d'œuvre.  Impossible  de  les  lire  sans  émotion,  soit  que 
Fauteur  mette  en  scène  la  vengeance  (le  Marquis  Bouge,  Bozmor  et  TU- 
Ouis) ,  la  nostalgie  du  pays  (ï Irlandaise J,  Tamour  (Vlmagier)  , 
Tamour  conjugal  (le  Drap  noir),  Tamour  maternel  (Le  Cœur  de  cirej,  la 
passion  du  braconnage  (Plat  de  Carême),  la  peur  des  revenants  (Lr 
Maison  des  Mines),  Décidément  M.  Le  Goffic  est  actuellement,  de  tous 
nos  écrivains  bretons,  celui  qui  connaît  le  mieux  le  caractère  de  sa 
race  et  sait  le  mieux  le  décrire. 

Sous  le  Ciel  gris,    nouvelles   bretonnes,  par  Simon  Davau- 
gour.  (Paris,  Bloud,  1907)*  Prix  :  1  fr.  Franco  :  lfr.20. 
M.   François  Coppée  qui  a  bien  voulu  écrire  la  préface  de  ces 


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BIBLIOGRAPHIE  271 

jolies  nouvelles*  si  bretonnes  de  cœur  et  d'esprit,  disait  :  v  Combien 
M.  Simon  Davaugour  a  raison  de  célébrer  sa  petite  patrie  :  cela  ne 
fait  aucun  tort  à  la  grande.  Il  approuve  comme  moi,  j'en  suis  sûr, 
cette  excellente  parole  d'un  félibre,  de  Félix  Gras,  si  je  ne  me  trompe  : 
u  J*aime  ma  province  plus  que  ta  province.  J'aime  mon  villag^^  plus 
que  ton  village.  J'aime  la  France  plus  que  tout.  »  -  Il  est  certain 
qu'il  est  difficile  d'aimer  plus  la  Bretagne  que  ne  le  fait  M.  Davaugour 
Ses  nouvelles,  qui  contiennent  des  illustrations  parfaites,  sont  le 
type  du  livre  à  offrir  comme  prix  dans  les  écoles.  A  ce  titre  et  à  bien 
d'autres  encore,  nous  le  recommandons  à  nos  amis. 

L'abbé  Guérande,  par  Joseph  Brydon.  (Paris,  Tassel,  44,  rue 
Monge,  1908).  Prix:  3fr. 

VAbbé  Guérande  est  à  classer  parmi  les  œuvres  fortes  et  bien  suivies 
de  ces  derniers  temps.  Le  sujet  est  loin  d'en  être  banal.  Çà  et  là.  les 
descriptions  de  Nantes  et  de  Pomic  enferment  l'œuvre  dans  un  cadre 
de  grand  coloris.  Mais  ce  qui  me  frappe  surtout,c'est  la  grande  justesse 
des  caractères  et  la  façon  toute  naturelle  avec  laquelle  M.  Brydon  les 
a  tracés.  Guérande  est  on  ne  peut  plus  sympathique.  La  mort  du 
jeune  Desmares,  une  scène  tragique  des  plus  poignantes;  le  mariage 
de  sa  sœur,  une  idylle  que  les  circonstances  rendent  presque  dou- 
loureuse. M"«  Guérande,  M™*  Desmares  sont  vécues.  Mais...  il  y  a  un 
mais.  Que  devient  le  pauvre  Abbé  ?  A-t-il  caché  son  chagrin  dans  un 
cloître?  Est-il-mort  ?  Tout  cela  manque  un  peu  de  conclusion. 

Iannik  a  l'Exposition  de  1900,  par  J.  Brélivet.  (Paris,   chez 
l'auteur,  2,  place  du  Louvre,  1904).  Prix  :  3fr.50. 

Elle  est  bien  amusante  cette  suite  d'aventures  arrivées  au  groupe 
breton  dont  fait  partie  lannik  pendant  une  visite  à  Paris  lors  de  la 
dernière  exposition  Gageons  que  les  uns  et  les  autres  ne  désireront 
plus  quitter  leur  pays  de  Bretagne  pour  courir  les  grandes  villes.  Le 
mariage  du  héros  avec  sa  douce  fiancée  Marie-Jeanne  nous  laisse  sur 
une  gracieuse  impression  de  bonheur  calme  et  durable  auquel  nous 
avons  aspiré  tant  que  nous  lisions  ce  livre  agité.  Le  parallèle  que  M. 
Brélivet  a  voulu  établir  entre  les  dangers,  les  bruits  et  les  embarras 
de  la  capitale  et  la  tranquillité  du  sol  natal,  du  sol  de  chez  nous,  est 
vivement  sentie.  La  Revue  de  Bretagne  n'hésite  pas  à  faire  tous  ses 
compliments  à  l'auteur. 

Les    Littératures    Provinciales,   par  Charles-Brun.    (Paris, 
Bloud).  Prix  :  1  fr.  Franco  :  1  fr.  20. 

M.  Charles-Brun  dont  les  régionalistes  ont  pu  à  maintes  reprises 
apprécier  la  compétence  sur  tout  ce  qui  regarde  la  lutte  librement 
engagée  contre  la  centralisation  et  toutes  ses  manifestations,  oou^ 
^ait   un  joli  tableau   du  renouveau  des  littératures  provinciales  et 


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272  hEVUE  DE  BRETAGNE 

montre  qu'elles  peuvent,  sinon  surpasser,  du  moins  égaler  la  littérature 
parisienne.  L*ouvrage  se  clôt  sur  une  esquisse  de  géographie  littéraire 
de  la  France  par  M.  de  Beaure paire- Froment. 

Histoire  Critique  de  la  Renaissance  méridionare  au  xix* 
SIÈCLE,  par  J.  Aurouze,  docteur  ès-lettres.  La  Pédagogie  Ré- 
gionaliste.  (Avignon,  Seguin,  1907).  Prix  :  7  fr.  50.  Pour  les 
abonnés  de  la  Revue  de  Bretagne:  5  fr. 

Nos  langues,  où  le  bruit  de  nos  grèves  domine, 
Ne  vibrent-elles  pas,  comte,  du  même  son, 
Ainsi  que  deux  métaux,  nés  dans  la  même  mine, 
Rendent  l'accord  à  Tunisson  I 

Tels  sont  les  jolis  vers  que  M.  Aurouze  a  placés  en  tête  de  l'exem- 
plaire de  sa  Pédagogie  régionaliste  qu'il  m'a  envoyé .  Les  aspirations 
du  provençal  sont  les  mêmes  que  celles  du  breton,  et  les  deux  langues 
ont  droit  au  même  respect;  les  moyens  de  conserver  Tune,  sont  les 
mêmes  que  ceux  de  sauver  Tautre.  Voilà  pourquoi,  nous  autresBretons, 
nous  avons  tout  à  gagner  à  lire  la  Pédagogie  régionaliste  et  faire  notre 
profit  de  ses  instructions.  M.  Aurouze  n'est  pas  un  séparatiste  ;  il  est 
excellent  français,  mais  il  aime  sa  petite  patrie  la  Provence  et  a  voulu 
montrer  aux  Provençaux,  comme  aux  habitants  des  autres  pays  qui 
composent  la  France,  la  nécessité  d'apprendre  le  passé,  les  coutumes, 
les  traditions  de  la  terre  où  iJs  sont  nés,  la  nécessité  aussi  d'apprendre 
le  français  à  Taide  de  la  langue  que  parlaient  leurs  mères.  On  le  voit» 
la  Pédagogie  régionaliste  de  M.  Aurouze  est  à  propager  en  Bretagne  ;  je 
sais  qu'elle  y  est  déjà  connue.  A  nos  amis  de  U  méditer  et  de  la  ré- 
pandre autour  d'eux. 

LANGUE  BRETONNE 

Grammaire  bretonne  du  dialecte  de  Tréguier,  par  Tabbé  L. 
Le  Clerc  (St-Brieuc,  Prud'homme  ;  et  chez  l'auteur,  à  Tinsti- 
tution  Notre-Dame  de  Guingamp,  1908).  Prix  :  2  fr.  50.  F»  2  75. 

M.  l'abbé  Le  Clerc,  à  qui  nous  devions  déjà  Ma  BeaJ  Jeruza^^ 
hm,  écrit  dans  un  breton  des  plus  purs  et  qui  est  devenu  classique, 
vient  de  rendre  à  ses  compatriotes  du  Trégorun  service  inappréciable. 
Marchant  sur  les  traces  de  MM.  les  abbés  Guillevic  et  Le  Goff  qui  ont 
ouvert  le  chemin  pour  le  breton  de  Vannes,  et  adoptant  leur  méthode 
et  leur  plan,  le  distingué  professeur  fait  paraître  une  grammaire 
du  dialecte  de  Trégruier  dont  la  clarté  et  la  concision  transfor- 
ment en  passe-temps  charmant  les  débuts  jadis  si  rébarbatifs  de 
l'étude  de  la  langue  bretonne.  Bientôt  paraîtront  les  exercices  sur  la 
grammaire,  et,  dans  un  avenir  très  rapproché,  les Trégorrois  n'auront 
plus  rien  à  eovier  aux  Vannetais.  Voilà  de  la  belle  et  bonne  besogne^ 
et  je  suis  heureux  de  constater  que  les  prêtres  de  Bretagne  élèvent 
sans  bruit  des  monuments  durables  et  merveilleux  à  la  langue  de 
leur  patrie. 


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V^A    ,\T-  ;\\'f^-*=^'ril^'l\>-'-'   >*7.-''' 


BIBLIOGRAPHIE  273 

Vocabulaire  Breton-Français  et  Français-Breton  du  dia- 
lecte DE  Vannes,  par  MM.  les  abbés  A.  Guillevic  et  P.  Le 
Goff  (Vannes,  Lafolye,  1907). 

Je  yeux  revenir  sur  ce  vocabulaire  qui  est  la  perfection  du  g'enre. 
Depuis  qu'il  a  vu  le  jour  j'ai  eu  maintes  fois  l'occasiou  de  m'en  servir 
et  j'ai  pu  m'assurer  qu'il  n'existe  pas  de  meilleur  ouvrage  pour  [a 
confection  d'un  thème  ou  la  préparation  d'un  sermou  en  breton  vao- 
netais.  Je  suis  convaiucu  que  tous  les  ecclésiastiques  du  pays  de 
Vannes  et  tous  ceux  qui  ont  occasion  de  s'y  servir  de  notre  idiome 
national  ont  en  main  ce  précieux  petit  livre,  ce  véritable  modèle.  Avec 
la  Grammaire  et  les  Exercices  des  mêmes  auteurs,  il  forme  un  tout 
qu'aucune  école  primaire  vraiment  bretonne  ne  peut  se  dispenser  de 
posséder. 

BoMBARD  Kerne.  Jabadao  HA  Kaniri,  par  Prosper  Proux. 
(Guiogamp,  Le  Goffic,  1866). 

La  Revue  de  Bretagne  a  déjà  annoncé  que  M.  Maurice  Le  Dault, 
l'aimable  directeur  de  la  Librairie  Bretonne  (76,  rue  Saint-Germain,  à 
Nanterre,  Seine)  s'était  rendu  acquéreur  de  tous  les  exemplaires 
encore  à  vendre  des  Bombard  Kerne,  Jabadao  ha  Kaniri  de  Prosper 
Proux.  Ces  jolies  pièces,  avec  traduction  française  en  regard,  datant 
de  1866,  sont  restées  aussi  fraîches  qui!  y  a  40  ans  et  elles  méritent 
toujours  les  appréciations  élogieuses  qu'en  firent  alors  La  Villemarquê 
et  Luzel  quand  ils  les  déclarèrent  «  d'une  originalité,  d'une  justesse  et 
d'une  vérité  que  les  vrais  connaisseurs  ne  peuvent  trop  admirer  »  et 
€  d'un  mérite  hors  ligne  ».  Or  La  Villemarqué  et  Luzel  s'y  con- 
naissaient. 

A  LIRE 

Un  livre  d  histoire,  par  André  Oheix  (Vannes,  Lafolye,  1908),  excellent 
compte  rendu  critique  des  Mélanges  d^ histoire  bretonne  de  F.  Lot. 

Premier  inventaire  des  Lettres  imprimées  de  Dom  Mabillon,  par  A .  J . 
Corbierrc,  archiviste  sigillographe.  (Paris,  chez  l'auteur,  7  rue  Cas- 
sette). Dressé  à  l'occasion  du  200«  anniversaire  de  la  mort  de  Mabillon 
par  un  prêtre  qui  se  dispose  à  écrire,  la  vie  «  du  religieux  le  plus 
humble  et  le  plus  savant  du  règne  de  Louis  XIV  »,  et  souhaite  que 
les  archivistes  lui  communiquent  ce  qu'ils  possèdent  sur  ce  sujet. 

Les  Prisons  du  Mont  Saint-Michel^  par  Elienne  Dupont  (Nantes, 
Purance,  1908).  L'auteur  qui  connaît  supérieurement  le  Mont  Saint- 
Michel  dont  il  a  fait  la  bibliographie  générale,  retrace  ici  l'histoire 
des  Prisons  de  la  célèbre  abbaye  depuis  le  temps  du  cardinal 
La  Balue  jusqu'à  celui  des  prisonniers  politiques  du  XIX«  siècle.  Il 
montre  le  peu  de  véracité  des  légendes  qui  ont  couru  sur  leur  compte* 

Lamballe,  Pays  de  Lamballedu  II'^  au  XIII''  siècle,  par  H.  J.-L.,  recteur 
de  Tréméven  (Saint-Brieuc,  Prudhomme,  190S).  Monographie  sur  ie 
Pays  de  Lamballe  lue  au  Congrès  de  l'Association  Bretonne  en  1907. 


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274  RBVUR  DE  BRETAGNE 

Saint  Melaine  est-il  né  à  PléUu/f  ;  origine  d^une  tradition,  par  A.  Oheix 
(Nantes,  Durance,  1908).  C'est  le  5«  article  d'une  suite  d'études  hagio- 
graphiques commencée  en  1900.  M.  Oheix  y  démontre  que  saint 
Melaine  est  bien  né  à  Brain-sur-Vilaine  et  non  à  Plélauff. 

Histoire  de  Notre-Dame  de  Rostrenen  et  de  son  pèlerinage  par  J,  Baudry, 
(Vannes,  Lafolye,  1908).  Etude  historique  et  bretonne  que  nos  amis 
ont  lue  et  appréciée  à  juste  titre  ici  même. 

Nous  avons  reçu  du  baron  G.  de  Wismes  le  récit  du  Cinquantaire  de 
la  Revue  de  Bretagne  et  du  Trentième  anniversaire  de  la  Société  des  Biblio- 
philes Bretons,  qu'on  a  pu  lire  dans  la  Revue  de  Bretagne  ;  —  Chez  leê 
Carmélites  de  Nantes,  visite  des  commissaires  de  la  municipalité  pour 
l'application  de  la  loi  du  14  octobre  1790,  avec  des  notes  nobiliaires  et 
autres  très  intéressantes  ;  ~  enfin  Tallocution  charmante  prononcée 
par  l'auteur  lors  de  sa  prise  de  possession  de  la  présidence  de  la  Société 
Académique  de  Nantes  le  20  janvier  1908. 

La  Bretagne  à  travers  les  âges  (Vannes,  Lafolye,  1901),  épopée  historique 
en  onze  tableaux  par  MM.  de  L'hommeau  et  A.  de  la  Signe,  avec  illus- 
trations, musique  et  arguments.  A  faire  jouer  par  des  enfants  et  tout 
à  fait  de  nature  à  développer  le  sentiment  breton 

Bruyères  pourpres  et  ajoncs  dor  par  Joseph  Angot  (Nantes,  édition 
du  Pays  d'Arvor)  légende  bien  écrite  et  bien  «  celtique  ». 

Jules  Tcr/ie,  (Amiens,  Yvert  et  Tellier,  1908).  Discours  de  réception 
prononcé  à  la  séance  du  10  février  1908  par  M.  Ch.  Lemire  à  l'Aca- 
démie des  Lettres,  Sciences  et  Arts  d'Amiens,  et  qui  est  un  éloge  élo- 
quent et  juste  de  notre  grand  compatriote. 

Documents  sur  le  F.  Martinien  du  Lude,  avec  des  extraits  de  ses  lettres 
(1759-1830)  par  le  P.  Ubald  d'Alençon.  Notice  biographique  sur  un 
frère  lai  capucin  correspondant  de  La  Mennais. 

Autour  du  rachat  de  VOuest  et  de  Brest  Transatlantique,  par  Jean  Cho- 
leau  (Lorient,  édition  du  Pays  Breton,  73,  rue  du  Morbihan,  1908). 
Examen  du  pour  et  du  contre  dans  la  question  du  rachat  intégral  ou 
partiel  de  la  Compagnie  de  l'Ouest,  et  celle  de  l'établissement  d'un 
port  transatlantique  à  Brest.  L'auteur  conclut  naturellement  et  avec 
infiniment  de  justesse  contre  le  rachat  et  pour  le  port. 

La  Séparation  de  V Eglise  et  de  VEtat  dans  un  grand  diocèse  (1800-1802), 
par  F.  Uzureau,  directeur  de  V Anjou  Historique  (Sueur  Charruzy,  Arras 
Paris,  41,  rue  de  Vaugirard).  Bonne  étude  angevine  de  notre  éminent 
confrère  et  ami. 

A  lire  enfin,  de  Y.  Morvran  Goblet,  dans  le  Bulletin  de  VUnion  des 
Associations  des  anciens  élèves  des  écoles  supérieures  de  commerce  (n*  du 
5  mai  1908)  un  article  sur  les  possibilités  du  Commerce  franco-irlandais; 
—  et  dans  la  Revue  (ancienne  Revue  des  Revues)  15  septembre  et  1*'  oc- 
tobre, une  étude  très  remarquée  sur  la  Liltératare  Celtique  au  XX*  siècle 
en  grande  et  petite  Bretagne  et  en  Irlande,  C'est  sérieux  et  approfondi. 
L'examen  est  très  complet  et  la  conclusion  encourageante  pour  l'avenir. 
M .  Y.  Morvan  Goblet  est  un  des  Bretons  qui  portent  le  plus  haut  le 

glorieux  drapeau  d'Arvor.  Honneur  à  lui. 

R.  PS  Laigub. 


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Librairie  Honoré  CHAMPION,  Éditeur 
5,  quai  Halaquals,  PARIS. 

Abbé  MOLLAT 


ETUDES  ET   DOCUMENTS 

SUR  L'HISTOIRE  DE  DRETAGNE 

(xiii'-xvi*  siècle) 

Fort  volume  in-8<*  de  300  pages 6  fr. 

Prix  de  faveur  poar  les  abonnés  à  la  Revue  DE  Bretagne  :  bfr.  net  et  franco 


TABLE  DES  MATIERES 

I.  —  Les  démêlés  de  Guillaume  Ouvrouin,  évèque  de  Rennes,  et  de 

Jean  II,  vicomte  de  Beaumont  (1341  1313) 3-21 

II.  —  La  date  du  martyre  des  saints  Donatien  et  Rogatien  .     .     .        21^29 

III.  —  Le  règlement  de  la  succession  de  Jean  II,  duc  de  Bretagne, 

en  faveur  de  la  Terre  Sainte  (1305-1324) ,        30-i2 

IV.  —  Le  testament  d'Arthur  II  et  son  exécution  (1313-1327).     .     ,        42-46 

V.  —  Mariages  à  la  cour  de  Bretagne  (1329-1331) 46-51 

VI.  —  Le  mausolée  d'Isabelle  de  Castille,  duchesse  de  Bretagne,  à 
l'abbaye  de  Prières 51-53 

VII.  —  Le  chancelier  de  Bretagne  Mathieu  Le  Bart  (1317-1352)  .     .        54-55 

VIII.  —  Une  tragique  visite  pastorale  de  l'évèque  de  Nantes  au 
prieuré  de  Saint-Nicolas-de-Redon  (1317-1318) 56-62 

IX.  —  La  fondation  des  Carmes  à  Nantes  (1318-1347)  .....        62-58 

X.  —  L'évèque  de  Nantes  et  le   droit  de  procuration  à  la  fin  du 

XIV- siècle ^  .     .        68-80 

XI.  -*  Institution  d'un  pénitencier  breton  dans  la  basilique  de 
Saint-Pierre-de-Rome  (22  novembre  1421) 81-83 

XII.  —  Tentative  d'échange  entre  l'abbaye  de  Sainte-Croix  de 
Quimperlé  et  le  duc  Jean  III  au  sujet  de  Beile-Isle-en-Mer 
(1328-1329) S4-S9 

XIII.  —  Les  fondations  pieuses  d'Olivier  de  Montauban  et  de 
Julienne  de  Tournemine  à  la  Gacilly  (1317-1320)     i     .     .     .     .     .        89-90 

XIV.  —  Confirmation  d'une  charte  instituant  une  prébende  dans 

la  cathédrale  de  Dol 91-94 

XV.  —  Union  à  la  mense  épiscopale  de  Rennes  des  paroisses  de 
Parigny,  Noyal-sur-Seiche,  Argentré  et  Saint-Georges-de-Rein- 
tembault  (21  mai  1329) %-97 


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276  REVUE  DE  BRETAGNE 

XVï.  —  Compétition  de  Guillaume  de  Trébiguet  et  de  Guillaume 

L(^  Houx  au  siège  abbatial  de  Saint-Sauveur-de-Redon  (1393-1397).      97-105 
XV\h  —  Chronologie  des  abbés  de  Redon  au  XIV-  siècle.     .     .     .    105-125 
XVUl.  —  La  captivité  de  Jean  de  Bretagne,  comte  de  Richemont, 
en  Ecosse  (1322-1324) 125-129 

XIX,  —    La   fondation   du   couvent   des  Augustins   à  Lamballe 

(7  juillet  1317) 129-131 

XX.  —  Les  deux  chartes  des  évèques  Guillaume  et  Durand  en 
faveur  du  chapitre  de  la  cathédrale  de  Nantes  (1276-1287)  .     .     .    131-146 

XXL  —  Transaction  passée  entre  Girard  V  Chcbot,  sire  de  Retz,  et 
Robert  Paynel,  évèque  de  Nantes,  au  sujet  du  rachat  d'une  rente 
de  soixante  livres  tournois  (1358-13i;3) 146-155 

XXn.  —  Constitution  de  Grégoire  XI  en  faveur  du  chapitre  de  la 
cathédrale  de  Nantes  (21  décembre  1373) .     156-157 

XX Ul.  —  Une  cabale  à  Tabbaje  de  Saint  «Sulpice- des -Bois 
(1321-1323) ' 157-167 

XXIV.  —  Les  approvisionnements  de  la  cour  pontificale  dans  les 
provinces  de  TOuest  et  du  Nord  de  la  France  sous  Grégoire  XL    168-171 

XXV.  —  La  fondation  des  Dominicain-  à  Guérande  (1404-1409).     .     172-174 

XXVI.  —  La  reconstruction  du  campanile  de  Saint-Aubin  de  Gué- 
rande (1515)  175-177 

XXVII.  —  L'envoi  d'une  ambassade  bretonne  à  Benoît  XIII  en  1407.     177-184 

XXVIII.  —  Les  désastres  de  la  Guerre  de  Cent-Ans  en  Bretagne.    184-217 

XXIX.  —  Grégoire  XI  vidime  une  bulle  de  Grégoire  X  en  faveur  de 

1  abbaye  de  Saint-Sauveur-de-Redon  (31  mars  1372) 217-221 

XXX.  —  Laumônerie  du  Roset  au  diocèse  de  Nantes  (1314-1321)   .    221-223 

XXXI.  —  Le  temple  de  Clisson  et  l'aumône  de  la  Comtesse  (2  mars 

1321) 223-224 

XXXII.  —  La  perception  de  Tannate  dans  le  diocèse  de  Nantes    .  224-2^ 

Table  alphabétique  des  noms  de  lieux  et  de  personnes 241-^2 

Table  des  matières , 253-254 


Le  Gérant  :  F.  Chevalibr. 


Vannes.  —  Imprimerie  LAFOLYE  Frères,  2,  place  des  Lices. 


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REVUES  BRETONNEb 


L*HERMinE  :  18*  ann.  Mensuel.  1  an  12  fr.  Union  postale  15  fr. 
Le  numéro  1  fr.  25.  Les  abonnements  partent  du  20  octobre. 
Directeur  :  Louis  Tiercelin,  àParamé  (I Ile-et-Vilaine). 

Les  ânmales  de  Bretagne  :  22*  ann.  Trimestriel.  1  an  iû  Ir. 
Union  postale  12  fr.  50.  Publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de 
Rennes.  Rédacteur:  G.  Dottin,  37,  rue  de  Fougères,  Rennes. 

Le  Clocher  Breton  :  14»  anA  Mensuel,  1  an  5  fr.  50.  Directeurs  : 
René  Saib  et  Madeleine  Desroseaux.  Bureaux,  29,  rue  Belle-Fon- 
taine, Lorient. 

Bulletin  de  la  cohmission  diocésaine  D'ARCHrrECTURB  et  d'archéo- 
logie DU  DIOCÈSE  DE  QuiMPER  ET  DE  LÉON  :  6*  aun.  Tous  les  deux 
mois.  1  an  5  fr.  Ouimper. 

La  Revue  Morbihannaise  :  11  «  ann.  1  an  5  fr.  Directeurs  : 
J.  BuLÉON,  V*  de  la  Grancière,  E.  Sageret.  Chez  Lafolye,  Vannes, 

La  Paroisse  Bretonne  de  Paris  :  9*  ann.  Mensuel,  1  an,  2  fr.  25* 
Directeur  :  M.  l'abbé  Cadic,  13,  rue  Littré,  Paris  (Vl«  ar'). 

La  Jeune  Bretagne:  5*  ann  mensuel,  1  an,  2  fr.  pour  la  Bre- 
tagne, 2  fr.  50  pour  le  reste  de  la  France.  Bulletin  d'études  et  d'ac- 
lion  sociales.  Rennes,  30,  rue  Hoche. 

Feiz  ha  Breiz  :  8*  année.  Tous  les  naois.  1  an  3  fr.  Les  abonne- 
ments partent  du  1*' janvier.  S'adressera  M.  Cardinal,  recteur  de 
Saint- Vougay,  par  Plouzévédé  (Finistère), et  pour  les  abonnements 
à  M.  Caroff,  vicaire  aux  Carmes,  Brest  (Finistère). 

Bretoned  Paris.  Bulletin  de  la  Société  «  La  Bretagne  »,  4*  année. 
1  an,  2  fr.  50.  Direction  :  40,  rue  du.  Cherche-Midi,  Paris. 

Revue  du  Pays  d'Aleth  :  4*  année,  mensuel.  1  an,  3  tr.  Diret, 
teur  :  Jules  ilaize,  rue  Jacques  Cartier,  Saint-Servan. 

Le  Pays  d'Arvor  :  2«  année,  1  an,  5  fr.  Directeur  -.  Jacques  Pohier, 
à  Ancenis  (Loire-Inférieure).  Administration  et  Bureaux, 25,  Haute 
Grande  Rue,  Nantes. 


Revue  du  Tjraditionnisme.  —  Rev,  iniern,  du  folk-lore  —  mens 
1  an,  10  fr.  N",  1  fr.  --  Directeur  :  M.  de  Beaurepaire-Froœent 
Paris,  60.  quai  des  Orfèvres. 

Revue  du  Bas-Poitou,  20*  année,  trimestrielle  ;  1  an  :  8  f r 
N®  2  fr.  50.  —  /)'  M.  René  Vallette,  à  Footenay-le-Comte. 

L'Anjou  historique  —  1*  ann.  tous  les  2  mois.  1  an  :  6  fr.  i*" 
M.  Tabbé  Uzureau,  aumônier,  à  Angers.  Edit^  :  M.  Siraudeau 
4,  Chaussée  Saint-Pierre,  Angers. 

Revue  des  Traditions  populaires,  22«  ann.  mens.  1  an.  15  li. 
N<»  1  fr.  50.  Direct,  M.  Paul  Sébillot,  KO,  boulev.  St-Marcel  Paris, 

La  Revue  Bleue,  15,  rue  des  Saints-Pères,  Paris. 

La  Vendée  historique.  —  (Revue  de  la  Vendée  militaire)*  Tous 
les  quinze  jours  ;  11»  année.  —  Edit.  sur  papier  fort,  6  fr.  50  \  édit. 
ord.  5  fr.  —  D'  Henri  Bourgeois,  à  Luçon  (Vendée). 

Revue  de  l'Anjou,  57«  année,  12  fr.  par  an.  —  Librairie  Germain 
et  Grassin,  Angers. 

La  Revue  Héraldique,  fondée  en  1862.  Mensuel,  Directeur 
V*  de  Mazières-Mauléon.  Bureaux  :  8  rue  Daumier,  Paris 


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7-  Vs 


,J/       CHEMTiiS    DE    FER    DE    L'OUEST 

Voyage  circulaire  en  bretâgm 


La  Comp^ni«  des  Clietnins  de  fer  de  l'Ouest  fftit  dêtr^rferj 
l'année  par  se»  gares  et  bureaui  de  Ville  de  Paris,  des  billets  il^eioiir* 
aion  de  1'"  et  d^  2'  clauses,  valables  30  jours,  aui  pi*iï  trè^  rédaita  d^  : 
\  65  francs  en  1*»  classe  et  50  fmacs  en  2*  clause 

^yPerrnettBnt  de  Taire  le  tour  de  la  presfiu'ilft  bretonne, 
Irltiijérolre  :  Bénites,  Saint-Malo-Samt- Servant  Dinard-J^aiat-Eaogat,, 
Dinjini  Sain  t-B  ri  eue,  Guiriiraïup,  i.anRipn,  Morlaii,  Rç|coir,  Breat,^^^ 
(J[Ti^per,    Douarnenez,    Font'J'ubbê,    Cortadmeaii,    Lori0nt,    Aiiray*;-^' 
^Ûïiberop,  Vannes,   Savenay,  Le  Croiîiic^  Guépâude,  SMnt^Kazaire; 
f^o  n  t-  C  h  àte  a  n ,  Red  o  n ,  ke  n  n  es ,  '>^_ 

Ces  bUlete  peuvent  <^tr^  prolongée  trois  fois  d'une  p^lod^  de 
10  jours  moyennant  le  pHiement,  pour  chaque  prolongation^  d'un 
suppléaient  de  10  **/«  d«-prii  primitif 

ILei-t  délivré,  en  môipe  tempa  que  Le  billet  eîfculaîpe,  un  jbjllet  de 
parcours  complémentaire  pormeitant  de  rejoitidr^  ritinéràÏTf  du 
v(^ya|îe  circulaire  et  comportant  une  réduction  de  40f'*/,  euï!  lèf  |>rii 
diîstarif  grénëral,  '^ 

*L&  ûîém©  réduction  est  accordée  à  l'excursïonniste  après  l*^ccom- 
pliBsement  du  voyage  cireulalre,  pour  rentrer  à  son  point  de  départ 
ou  se  rendre  eur  toute  autre  garé  di«B  réseau  i  de  TOuest  et  d'Orléans . 


/ 


'^ 


- — ~ir- 

CHEMIK    DE 


FER    DORLEANS 


STATIONS  THERMALES  ET  HIVERNA 

des  Pyrénées,  du  GoJfe  de  Gascogne  et  du  Roussillon 

Arcacbon,   Biarritz,   Dax,    Pau,   Salies-de-Béarn,    Veroet  les 

Bains,  Amélie-les-Bains,  fianyuU*sur-Mer,  etc. 


\ 


\ 


} 


BiUetB  d^aller  et  retour  individuel  s  poar  les  stations  thermalaSv 
%t  bivernaleSt  délivré»  toute  Tannée  de  toutes  les  ^ares  du  réseau*/ 
valabieB  33  purs  avec  faculté  de  prolon^^ati^n  et  coïQpartitit  uiie'^. 
réduction  de  2r>  ^/ç  en  1^*  classe  et  de  20  '', ^  en  2=  et  "à"  cli*e?, 
:  Billets  d'alUr  et  retour  de  famille  pour  les  îitaiiaas  tbermales 
et  bîvernaies,  délivrés  toute  Tannée  de  toutes  les  stations  du  réseau 
sous  condition  d'un  minimum  de  parcours  de  30Q  kiiomèttes  aller^t 
retour,  réduction  de  20  à  40^/,,  euivant  le  nombre  de  p«r«o[y^s. 
validité  35  jours  arec  facu4té;ë%  prolongation.  ,  (   "v  ' 

Billets  d'ezcurdîon  délivra  toute  l'année  au  à^^SA  ^  Paris 
avec  3  itinéraires  dlilérents/r^Â  Bordeaux  ou,76é{Grt|fe,  pf  mettant 
de  visiter  Bordeaux»  Ar(!8chon,  Oax.  Bs^oone  (BiarriteX  >Pati« 
Lourdes,  tuchon,  etc.,  validité  30  jours  Jcreoif^uttÂde  projMjt^tioB. 
Prix,  P'  et  3"  itinéraires  :  V'^  omisse,  104  /r.  TO  ;  S/gias^e.  tS3  fit*.  — 
Prir,  2«  itinéraire  :  l'«  clu^s^'  163  tr.  50  ;  2«  cl^^  122  0^- 


Vannes 


k  -*  Jmprimci'îe  L^jieftttE  frèrev'^»  okice  des  Lices. 


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D^CE/bRE    ,908.    Tome  XL  X.^ 


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''"^  ^     ^       Historique  Je  tOutêi 


4^^^agneetJeV\iJifi 

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REVUE 


M-  VVESTOÙÏMBEI LLON,  à>û:W  '  "'         ' ^)}y    \\ 


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SOMMAIRE 


K  —  I^  Congrès  Breton  de  £908^  —  R,  L,     .     ,     ,      ,     <     .     27T 
H.  ^  Méianfje^  historiques  (suite).  —  XX[.  Le  Roi  Henri  (T Angle- 

Le  fim  Biehard  ei  l& 


,-^L.VCT— 


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LE  CONGRÈS  BRETON  DE  1908 


Ainsi  que  nous  le  souhaitions,  le  Congrès  de  1908  pourra  mar- 
quer dans  les  fastes  de  VAssociaiion  Bretonne,  car  il  a  laissé 
derrière  lui  tous  ceux  de  ces  dernières  années  tant  par  l'impor- 
tance des  mémoires  qui  ont  été  apportés  que  par  celle  des  déci- 
sions qui  ont  été  prises.  La  vieille  Association  s'est  lancée  dans 
une  voie  toute  nouvelle  et  plus  active,  conforme  d'ailleurs  à  ses 

(traditions  et  à  Tesprit  qui  animait  ses  fondateurs.  Aussi  croyons- 
nous  intéresser  nos  lecteurs  en  leur  donnant  un  compte-rendu 
fidèle  et  détaillé  des  neuf  séances  qui  composèrent  le  Congrès 
i  de  Fougères.  Laissant  de  côté  les  discours  prononcés  aux  séances 
f  d'ouverture  et  de  clôture  et  le  résultat  des  élections,  nous  nous 
f  en  tiendrons  exclusivement  aux  travaux  de  la  section  d'Histoire 
^  et  d'Archéologie  qui  rentrent  dans  le  cadre  de  la  Revue  de  Bre- 
l  tagne  et  nous  essaierons  de  dégager  la  physionomie  particulière 
i       qui  caractérisa  chacune  des  réunions  du  Congrès. 

La  présidence  de  la  Section  avait  été  confiée  à  Téminent  doyen 
de  la  Faculté  des  Lettres  de  Rennes  qui,  avec  une  bonne  grâce 
charmante  et  une  compétence  hors  ligne  en  a  dirigé  presque  tous 
les  travaux.  Aussi,  quand  le  samedi  matin,  M.  le  comte  Lanjui- 
nais  remercia  M.  f^oth  de  son  dévouement  et  de  son  amabilité, 
Tassistance .  entière  témoigna  par  ses  applaudissements  qu'elle 
s'associait  de  tout  cœur  aux  paroles  du  Directeur  général  de 
V  Association. 

Première  S^angb  du  lundi  7  sbptbmbes 

M.  LE  V*  Le  BouTEiLLBR  étudic  les  voies  romaines  au  pays  de 
Fougères,  notamment  celles  d'Avranches  à  Angers, d'Avrariches 
vers  Bordeaux,  d'Avranches  à  Nantes,  le  Chemin  des  Sauniers 
enfin  le  Chemin  Chastes  qui,  d'après  les  paysans,  conduiL  à, 
Rennes  et  s'appelait  au  Woyen- Age,  d'après  une  ancienne  charte 
de  l'Abbaye  de  Savigny,  Rua  Caroli  Magni  ou  Rua  Redo^ieusis. 
Le  fameux  paladin  Roland,  neveu  de  Charlemagne,  si  Ton  s'en 
rapporte  au  texte  d'Eginhard,  aurait  pu  ôtre  préposé  aux  routes 
de  Bretagne  sur  les  Marches. 

Décembre  1908.  3tf 


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21S  REVUE  DU.  BRETAGNE 

MM.  LB  COMTB  D8  LmOUB^   JoUON   DBS   LONGRAIS  et  le  ViCOUTB 

DB  Galan  parlent,  à  ce  propos,  du  souvenir  laissé  par  Eolaa  i  en 
Bretagne.  M.  de  Galan  fait  remarquer  que  les  6 ratons  jouant  un 
rôle  important  dans  le  roman  d'Aspremont  et  que  la  Chaiison  de 
Ao/an(if  a  été  probabl.ement  composée  —  c'était  du  moins  l'idée 
de  Gaston  Paris  —  dans  le  pays  ga'lo  d*Ille-et-Vilame. 

M.  LB  GoMTB  Lanjuinais  demande  si  les  petitâ  cFimps  ro- 
mains que  Ton  rencontre  fréquemment  en  Bretagne  n'atiraient 
pas  fait  Toffice  de  blockhaus  ? 

M.  LB  ViooMTB  Lb  BoutkillIbr.  —  Ils  out  dû  servir  à  ramasser 
des  chariots  ou  des  outils. 

M.  l'Abbé  Millon.  —  Il  y  en  a  pourtant  de  très  considérables 
qui  ont  dû  avoir  pour  destination  un  but  de  défense. 

M.  LoTH.  —  Tous  ces  «  camps  »  ne  ^ont  pas  romains. 

M.  LoTH  remercie  M.  le  Vicomte  Le  Bouteiller  de  son  remar- 
quable et  consciencieux  travail  qui  ne  manquera  pas  d'ôtre  Tuq 
des  plus  beaux  ornements  du  Bulletin  de  cette  année. 

M.  l*Abbé  Gorbibrrb  expose  son  intention  de  créer  un  réper- 
toire d'Archéologie  pour  la  Bretagne.  Il  va  commencer  la  partie 
qui  concernera  llUe -et- Vilaine. 

M.  l'Abbâ  Bossaro  a  la  parole  pour  un  examen  des  lieux-dits 
au  pays  de  Goglais.  Les  Geltes  furent  sans  doute  les  premiers  à 
donner  des  noms  aux  lieux  :  les  rivières,  les  montagnes  furent 
les  premières  nommées.  Sous  Auguste,  d'après  d'Arbois  de 
Jubainviiie,  de  collective  la  propriété  devint  individuelle  et  les 
domaines  reçurent  les  noms  de  leurs  propriétaires.  En  ce  qui 
nous  concerne,  CoglaU  vient  de  Culiacencis  pagus.  L'oratear 
donna  plusieurs  autres  étymologies  et  fait  remarquer  qu'à  la 
suite  des  exactions  financières  romaines  une  partie  de  notre 
département  fut  dépeuplé  et  surnommé  Désert.  Les  Bretons  se 
sont  très  peu  répandus  dans  le  pays  de  Fougères  :  k  peine  relève- 
t-on  quelques-unes  des  traces  de  leur  passage. 

M.  LoTH,  après  avoir  remercié  M.  l'abbé  Bossard,  contesta 
une  partie  des  étymologies  de  celui-ci.  Les  mots  Beuuron  et 
Nançon  ne  sont  pas  des  mots  composés  dans  lesquels  on  voudrait 
dire  eau;  on  devant  ôtr'3  considéré  seulement  comme  un  sufâxe. 
De  même  il  ne  faut  pas  décomposer  Couesnon  en  Coet-Nen  sous 
prétexte  que  Vicenonia  doit  être  décomposé  en  Vice  et  Nùma^ 
car  il  est  prouvé  aujourd'hui  qu3,  dans  le  nom  de  la  Vilaine, 
onia  est  un  simple  suffixe  ajouté  à  la  racine  Wnikinnos^  nom 


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LE  CONGRES  BRETON  DE  1908  i7tl 

propre  qui  signifie  :  Celui  qui  combat.  —  Ue  mdme,  Chatonge 
vient  de  Calumnia  et  non  de  Colonia  ;  Masure,  de  mansura  el 
non  de  mensura  qui  a  fait  mesure. 

SbgONDB  S6ANGff. 

M.  Bahon-Rault,  l'éditeur  bien  connu,  annonce  qu'it  va 
publier  des  notices  sur  les  Saints  de  Bretagne.  M,  le  camte 
de  Laigue  et  plusieurs  autres  érudits  bretons  se  chargent  de  les 
écrire.  La  souscription  est  ouverte.  On  vulgarisera  l'œuvre  en  en 
donnant  des  extraits  à  très  bon  marché  pour  les  écoles  et  les 
catéchismes.  Les  notices  pourront  âtre  traduites  en  breton, 

M.  Tâbbé  Millon  fait  Téloge  de  Téditeur  et  des  auteurs.  Il  est 
persuadé  de  la  réussite  de  cette  œuvre  essentiellement  in  étonne 
et  absolument  nécessaire. 

M.  LB  Marquis  de  l'Estourbbillon,  après  s'ôtre  déclaré  par- 
tisan  de  ces  Notices,  démontre  combien  il  est  triste  de  voir  que 
les  Saints  Bretons  soient  aussi  peu  connus. 

M.  LB  ViGOMTB  de  Galan  s'excuse  de  détruire  encore  une 
légende  en  parlant  de  Raoul  de  Fougères,  mais  c'est/pour  venger 
ce  personnage  des  imputations  qui  le  représentent  comme  un 
brouillon  changeant  continuellement  de  parti.  La  campagne  de 
1154  où  il  aurait  soutenu  Eudon  de  Porhoôt  est  une  pure  Table  ; 
il  n'eut  donc  pas  à  changer  d'opinion  pour  défendre  en  lioO 
Gonan  IV  dont  les  prétentions  au  Duché  étaient  tout  au^isi  jus- 
tifiées que  celles  d'Budon.  Si^n  1164  et  iidô  il  combattit  le  Roi 
d'Angleterre,  c'était  pour  soutenir  une  thèse  juridu{ue  itonL 
Henry  II  reconnut  plus  tard  le  bien  fondé  lorsqu'elle  lui  fut 
avantageuse,  et  s'il  combattit  le  môme  prince  en  1173,  ce  fut  afin 
que  la  Bretagne  obtint  le  plus  tôt  possible  un  souverani  spécial 
en  la  personne  du  jeune  GrîOlTroy.  Ses  actes  sont  dooc  [jarfaite- 
ment  cohérents  et  s'expliquent  tout  naturellement. 

M.  LoTH  demande  si  les  sympathies  de  Raoul  de  Fougères  puur 
Gonan  IV  n'auraient  pas  eu  pmr  cduse  ce  fait  que  le  premier 
avaitdesdomainesimportdnts  en Angleterreet subissait  parîiuae 
l'influence  anglaise.  A  la  bataille  d'Hastings,  le  tiers  de  Tarcnée 
conquérante  était  breton,  et  les  Bretons  acceptèrent  racilemenl 
la  sazeraireté  anglo-normande  d'abord  nominale  puis  e(Ti;-^Uvti. 

M.  LB  ViGOMTB  oifi  Galan  répond  que  cette  raison  qui  est  réelle 
n'est  pourtant  pas  suffisante,  car  Hervé  de  Léon,  par  extïniple, 


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2S0  REVUE  DE  BRETAGNE 

qui  possédait  lui  aussi  des  biens  en  Angleterre  s'est  posé  en 
adversaire  du  Roi  Henry  II  dès  que  celui-ci  a  voulu  exercer  son 
autorité  en  Bretagne. 

M.  LoTH  félicite  l'orateur  de  la  belle  page  d'histoire  qu'il  vient 
d'exposer. 

M.  LB  Vicomte  Lb  Boutbillbr  retrace  l'histoire  de  l'église 
Saint-Sulpice  de  Fougères.  Le  premier  sanctuaire,  dit-il,  établi 
sur  notre  territoire  fut  la  chapelle  Sainte-Marie  dont  on  ignore 
l'emplacement.  Un  autre  la  remplaça  après  1166.  Saint-Sulpice 
fut  fondé  vers  1060  par  Méen  II  pour  subvenir  aux  besoins 
spirituels  delà  population  qui  allait  toujours  en  augmentant.  La 
statue  de  Notre-Dame  des  Marais,  qui  se  trouvait  dans  l'antique 
chapelle  Sainte-Marie,  fut  retrouvée  parmi  les  décombres  des 
ruines  de  1166  et  déposée  dans  l'église. 

M.  LoTH  remercie  M.  Le  Bouteiller. 

M.  l'Abbé  Mathurin  a  adressé  au  Congrès  une  étude  sur  les 
croix  de  la  campagne  en  Ille-et-Vilaine,  où  l'on  retrouve  toutes 
les  qualités  d'historien  et  d'écrivain  qui  caractérisent  le  savant 
collaborateur  de  la  Semaine  Religieuse  de  Rennes  où  il  a  remplacé 
le  si  regretté  chanoine  Guillotin  de  Çorson. 

M*  LoTH  parle  de  la  renaissance  de  la  langue  bretonne.  Mal- 
heureusement le  peuple  breton  n'a  plus  conscience  de  son 
histoire.  Il  est  indispensable  de  sauver  la  première  et  de  pro- 
pager la  seconde.  A  ce  propos,  l'histoire  de  Bretagne  en  20  pages 
de  M.  le  Vicomte  de  Galan  est  excellente  à  divulguer  dans  les 
écoles  et  les  milieux  populaires. 

Première  Séance  du  mardi  8  septembre. 

M.  LB  COMTE  DE  Laioub^  qui  a  déjà  publié  les  Réformations  et 
les  Montres  de  l'Ëvôché  de  Vannes,  fait  connaître  que  la  suite  de 
cet  ouvrage  va  concerner  TEvôché  de  Rennes.  Il  en  extrait  ce  qui 
concerne  les  faubourgs  de  Fougères  qui  dépendaient  de  Lecousse 
et  de  Laignelet.  Malheureusement  ces  deux  paroisses  n'ont  été 
réformées  qu'en  1513  comme  d'ailleurs  leurs  voisines. 

M.  LE  VICOMTE  DE  Calan.  L'abseucc  de  réformation  au  XV* 
siècle  dans  le  puys  de  Fougères  ne  viendrait-il  pas  de  ce  que  le 
duc  d'Alençon  aurait  refusé  de  laisser  percevoir  le  fouage  dans 
sa  seigneurie  ?  A  remarquer  que  l'exemption  des  fouages  obtenue 
par  les  bourgeois  de  Fougères  après  le  siège  de  1449  s'étendait 


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-.^L^ii 


LE  CONGRÈS  BRETON  DE  1908  281 

aux  biens  qu'ils  possédaient  en  dehors  de  la  ville  proprement 
dite. 

A  l'occasion  de  la  contimunication  de  M.  le  comte  de  Laigue,  ce 
dernier  et  MM.  Loth,  Bossard  et  Corbiisrrb  signaient  les  singu- 
larités qui  frappent  les  noms  de  famille  aux  pays  français  et 
bretonnant. 

M.  LE  viGOMTB  Lb  Boutbillbr  douue  dos  notes  sur  les  d|  (Té- 
rentes  époque  où  furent  faites  les  constructions  du  château  de 
Fougères  et  montre  les  caractères  présentés  par  chacune  d'elles* 

Plusieurs  membres  du  Congrès  demandent  que  les  communi- 
cations de  M.  Le  Bouteiller  soient  publiées  au  Bulletin,  au  besoin 
à  Texclusion  de  toutes  autres,  étant  donné  leurintérét^leur  valeur 
et  l'immense  travail  qu'elles  lui  ont  coûté. 

M.  LE  GOMTB  Lanjuinais.  La  question  sera  examinée  avec  la 
plus  grande  faveur  par  le  bureau. 

M.  LE  viQOMTB  DB  Galan  prend  la  parole  sûr  le  roman  de  ^^- 
lusine.  Ce  roman,  dont  il  ne  nous  est  parvenu  qu'une  version  en 
prose  de  la  fin  du  XIV*  siècle  due  à  un  nommé  Jehan  d'Arras,  lui 
paraît  avoir  été  composé  en  trois  fois.  Une  première  rédaction,  à 
laquelle  il  faut  attribuer  les  épisodes  qui  se  passent  dans  les  Iles 
Britanniques,  aurait  été  faite  en  Angleterre  par  un  écrivain  anglo- 
breton.  Les  Armoricains  en  auraient  eu  connaissance  soit  quand 
ils  se  réfugièrent  au  X*  siècle  auprès  d*Athelstane^  soit  quand  ils 
suivirent  Guillaume  le  Conquérant  au  XP,  et  c'est  ainsi  qu'ils  au- 
raient rapporté  dans  leur  pays  la  légende  de  Merlusine.  C'est  là 
qu'au  XIIP  un  trouvère  breton,  désireux  de  flatter  la  famille 
poitevine  de  Lusignan,  devenue  bretonne  par  un  mariagep  eut 
l'idée  de  décomposer  Merlusine  en  mère  Lusine  et  d'en  faire  la 
mère  de  tous  les  Lusignan  ;  à  moins  que  ce  soit  un  trouvère 
poitevin  aux  gages  des  Lusignan  qui,  ayant  accompagné  ses 
maîtres  en  Bretagne,  y  entendit  conter  la  légende  et  eui  l'idée  de 
la  leur  appliquer.  Il  est  d'ailleurs  curieux  que  Mélusine,  femme 
de  Raymond  de  Lusignan  dans  le  roman,  y  a  la  réputation  d'une 
grande  b&tisseuse  et  que  Jeanne  de  Fougères,  femme  historique 
de  Hugues  de  Lusignan,  a,  dans  l'histoire,  la  môme  réputation. 
—  Enfin  une  troisième  rédaction  aurait  été  composée  à  la  fin  du 
XIV*  siècle  pour  flatter  la  famille  de  Luxembourg  en  la  faisant 
descendre  aussi  de  Merlusine. 

Répondant  à  une  question  de  M.  le  vicomte  Le  Boutbillbr,M.  le 
VICOMTE  DE  Calan  dit  qu'jl  n'est  fait  aucune  allusion  dans  la  ro< 


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2«2  REVUE  DE  BRETAGNE 

man  de  Mélusine  au  pays  de  Fougères  ;  toute?  les  allusions  se 
rapportent  aux  pays  de  Vannes  et  de  Nantes^  mais  il  ne  faut  pas 
oublier  que  les  Lusignan  ont  possédé  le  Porhoôt,  ce  serait  donc 
plutôt  dans  ces  t)arages  qu'il  faudrait  chercher  Tauteur  de  la  ré" 
dactioD  armoricaine. 

M.  LoTH  croit  très  vraisemblable  l'opinion  de  M.  de  Calan  ; 
il  pense  cependant  que,  d'une  façon  générale,  les  légendes  bre- 
tonnes insulaires  étaient  déjà  connues  des  Bretons  lorsqu'ils 
émigrèrent  en  Armorique^  et  que  c'est  beaucoup  plus  à  Tépoque 
de  Ouillaume  le  Conquérant  qu'à  celle  d'Athelstane  qu'ils  ont 
rajeuni  ces  premiers  souvenirs.  Il  ajoute  que  Ton  a  tort  de  croire 
parfois  que  la  population  bretonne  a  été  exterminée  dans  l'Ile 
de  Bretagne  par  les  Anglo-Saxone.  Il  est  sûr  qu'un  peu  partout 
(en  laissant  de  côté  les  parties  restées  celtiques  jusqu'aux®  siècle 
ef  plus  tard,  quelques-unes  jusqu'à  nos  jours  :  Galles,  Cornwal, 
royaume  de  Strat  Glyde^  etc.),  notamment  en  Wessex,  les  Bre- 
tons vaincus  se  sont  fondus  avec  les  Anglo-Saxons.  J'ai  prouvé, 
dit-il,  qu'en  Sommersetshire  notamment,  les  deux  langues  bre« 
tonne  et  saxonne  étaient  toutes  les  deux  parlées  à  la  fin  du  VII* 
siècle  et  sans  doute  encore  au  Vlll*  {Revue  Celtique  :  Le  Breton 
en  Sommerset).  Les  Bretons  émigrés  en  Armorique  furent  nom- 
breux,mais  je  ne  suis  pas  du  tout  partisan  de  la  théorie  incompa- 
tible avec  les  faits  qui  suppose  TArmorique  à  peu  près  déserte 
à  l'arrivée  des  Bretons.  Le  zèle  chrétien  de  ces  derniers  et  le  pa- 
ganisme farouche  des  Anglo-Saxons  ont  dû  contribuer  à  donner 
à  la  lutte  entre  ces  deux  peuples  une  particulière  âpreté.  Mais,  en 
dehors  de  toute  question  de  religion,  ce  fut  pour  les  Bretons  un 
combat  pour  l'existence  en  tant  que  nation,  et,  pour  les  maîtres 
du  sol,  la  dépossession  et  l'esclavage  en  perspective. 

Seconde  Séance 

M.  LB  VICOMTE  DE  Galan  traite  la  question  du  Protestantisme 
au  pays  de  Fougères.  Il  expose  que,  si  de  tous  les  déparlements 
bretons,  rille-et-Vilaine  est  celui  où  les  protestants  firent  Te  plus 
d'adeptes  dans  Ihs  hautes  classes,  l'arrondissement  de  Fougères 
figure,  avec  ceux  de  Saint-Malo  et  de  Montfort,  parmi  les  pays 
où  ils  en  firent  le  moins.  Les  conversions  furent  dues  presque 
toujours  soit  à  l'influence  des  grandes  familles  sur  les  gentils- 
hommes qui  vivaient  dans  leur  intimité,  soit  à  l'hostilité  des 


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LK  CONGRES  BRETON  DE  1908  .  283 

magistrats  contre  les  juridictions  ecclésiastiques  qui  leur  a  Tdit 
voir  avec  sympathie  un  christianisme  supprimant  la  hiérarchie, 
les  évèques,  et  par  suite  les  tribunaux  ecclésiastiques. 

M.  LoTH  adresse  ses  félicitations  à  l'orateur  et  donne  la  parole 
àM.Lefas. 

M.  Lffas,  député  de  Fougères,  entretient  le  congrès  des  dé- 
couvertes de  trésors  et  montre  combien  il  serait  utile  d^intéresser 
davantage  l'inventeur  du  trésor  sans  léser  toutefois  les  droits 
du  propriétaire.  Cette  causerie  charmante  et  pleine  de  verve  du 
sympathique  député  a  recueilli  une  ample  moisson  d'applau- 
dissements. 

M.  LB  coMTB  DB  Laigue  revient  sur  la  question.  M.  Lefas  ayant 
cité  les  trésors  récemment  découverts  à  Pipriac  et  à  Limogea 
(trésor  des  Templiers),  il  déclare  que  le  premier  était  très  im- 
portant. La  Revue  Numismatique  en  parle  en  ces  termes  :  «  A  la 
Tenille,  près  Pipriac  (arrond^  de  lledon,  Ille-et- Vilaine),  section 
G.,  dite  de  V Alleu,  parcelle n*  2057  du  cadastre,  en  juin  1008,  en 
élargissant  un  chemin,  les  ouvriers  onj  découvert  un  vase  c^e 
terre  qui  a  été  brisé.  Il  contenait  environ  600  mt)nnaie8  de  billon, 
dont  464  examinées  par  M.  Paul  Banéat.  Parmi  ces  dernières, 
36t  appartiennent  à  la  série  armoricaine,  avec  le  sanglier  k 
gauche  sous  l'androcéphale à  gauche  ;  8de  ces  pièces  présentent 
sur  le  sanglier  une  sorte  de  globule  en  relief  qui  le  cache  presque 
entièrement  et  qui  rappelle  un  peu  un  buste  humain  tourné  à 
gauche  ;  deux  pièces,  sans  le  globule,  du  même  diamètre  que 
les  autres,  ont  été  frappées  avec  des  coins  sensiblement  plus 
petits.  91  exemplaires  ont  randrocc'phale  à  droite,  et  au-dessous 
un  homme  couché  à  droite  (je  pense  quMl  s'agit  de  pièces  ana- 
logues à  celles  de  la  série  aîtribuée  aux  Diabiintes  par  Hucher)- 
Cinq  pièces  portent  une  roue  à  quatre  rayons  sous  le  cheval, 
2  ont  un  sanglier  à  droite  sous  l'androcéphale  à  droite.  On  a  si- 
gnalé? pièces  d'or  comme  faisant  partie  du  trésor  ;  et,  en  efTel, 
il  y  en  avait  une  avec  la  main  sous  le  cheval,  qui  doit  être  un 
statère  d'or  bas  des  Pictones.  La  présence  de  cette  pièce  en 
Armorique  ne  doit  pas  nous  étonner,  car  on  a  déjà  fait  des  trou- 
vailles du  même  genre  au  nord  de  la  Loire  ;  un  exemplaire  s<.^ 
trouvait  dans  le  dépôt  de  Sens-de-Bretagne, dans  le  nord  de  lille- 
eUWïlSime  (Voy.  mon  Traité  des  M.  Gaul,  p.  296J.  Le  trésor  de 
Pipriac  est  certainement  un  de  ceux  dont  une  étude  complète 
est  souhaitable.  » 


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2^4  REVUE  DE  BRETAGNE 

M.  LoTH  fait  alors  remarqtier  l'intérêt  qu'offrent  les  pièces  trou- 
vées à  Pipriacdans  un  pays  ayant  fait  partie,  très  voisin  en  tout 
cas,du  territoire  des  Vénètes  dont  on  neconnaltpasles  monnaies, 
li  souhaiterait  qu*une  question  fût  posée,  àlaChambre  des  Dépu- 
tés, à  M.  le  Ministre  de  i'InstrucUon  Publique  pour  que  des  Instruc- 
tions fussent  données  dans  les  écoles  primaires  afin  d'empôchrr 
la  perte  totale  ou  partielle  forcée  de  telles  trouvailles. 

Après  quelques  observations  de  M.  le  baron  de  Wismbs 
qui  signale  les  efforts  de  M.  le  marquis  de  Montaigu  pour  sau- 
ver les  objets  découverts  chez  nous. 

M.  JouoN  DBS  LoNGRAis  retrace  l'histoire  de  Fougères  pen- 
dant la  Ligue.  Cette  ville,  presque  seule  ligueuse  dans  Tévèché 
de  Rennes,  resta  jusqu'à  la  fin  fidèle  au  duc  de  Mercœur  ;  et 
l'orateur  discute  et  résout  les  multiples  petits  problèmes  qui  se 
présentent  au  long  de  cette  page  si  mouvementée  et  si  troublée 
du  passé  de  l'antique  cité  que  l'Association  Bretonne  a  choisie 
pour  en  faire  en  1908  le  siège  de  ses  Assises.  Beaucoup  de  dé- 
tails inédits  donnent  à  cette  communication  remarquable  beau- 
coup d'entrain  et  de  bonne  humeur.  M.  Jouon  des  Longrais  est 
vivement  félicité  par  M.  Loth. 

Première  Sâangb  du  mercredi  9  septembre. 

M.  LE  vicomte  Alain  du  Gleuziou  rappelle  les  cérémonies  du 
couronnement  des  ducs  de  Bretagne  à  Rennes  :  veillée  à  Saint- 
Pierre,  procession  depuis  le  logis,  cérémonie  à  la  cathédrale,  etc. 
Le  tout  d'après  le  Pontifical  et  d'Argentré. 

M.  Loth  remercie  M.  du  Cieuziou.  Puis  MM.  le  vicomte  db 
ViLLERS  et  le  vicomte  de  Galan  présentent  quelques  observations. 
D'Argentré  s'est  inspiré  du  Pontifical  dont  a  parlé  M.  du  Gleu- 
ziou. 

M.  LE  vicomte  du  Halooubt  communique  une  étude  des  plus 
curieuses  sur  les  Garillons  et  Roues  de  Fortune  en  Bretagne.  Ges 
roues,  dont  l'usage  remonte  aux  Romains,  étaient  des  instru- 
ments destinés  à  signaler  aux  fidèles  certaines  parties  des  céré- 
monies de  l'Eglise.  Depuis  on  leur  a  attaché  des  pratiques 
superstitieuses  malgré  le  Glergé,  et  on  a  fini  par  les  appeler 
a  Roues  de  Fortune  ».  Elles  disparaissent  actuellement  et  c'est  à 
peine  si  Ton  peut  en  compter  deux  ou  trois  encore  chez  nous. 

M.  LE  vicomte  ou  HALGouETy  à  qui  l'on  doit  plusieurs  ouvrages 


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LE  CONGRÈS  BRETON  DE  4918  2^ 

sar  le  comté  de  Porhoët  et  ses  seigneuries,  a  obtenu  un  vif 
succès  et  on  Ta  félicité  chaleureusemenl. 

M.  Annb-Duportal  a  trouvé  dans  les  archives  du  chat<mu  dt* 
Montmuran,  aujourd'hui  perdues  et  dispersées^  qu^h^ues  pièces 
qui  jettent  un  jour  tout  nouveau  sur  la  vie  à  la  campagne  vers 
la  Sn  du  XVI*  siècle.  Il  leur  a  joint  des  notes  et  des  explicitions 
qu'il  lit  au  Congrès. 

Après  avoir  exprimé  au  dernjer  orateur  les  remerciements  du 
bureau. 

M.  Loth  fait  une  véritable  Gonfârbngb  su^  l'ofiiginb,  l«  dêve- 

LOPPBMENT    ET    LE    RECUL    DU  BRBTON  AR^ORIQAIX.    A  quel  grOUpe 

appartient  cet  idiome?  Tous  les  celtistes  compétents  sont 
d'accord  pourafflrmer  que  le  breton  a  été  importé  par  les  émi- 
grations d'outre-mer  :  c'est  aussi  l'avis  de  dom  Lobineau  et  de 
La  Borderie.  Au  moment  de  ces  émigrations,  on  ne  parlait  en 
Ârmorique  comme  dans  le  reste  de  la  Gaule  romaine  (en  excep- 
tant les  langues  des  envahisseurs  germains:,  qu'une  seule 
langue:  le  roman^  ou,  si  l'on  veut,  le  latin  en  évolution  régulière' 
Le  roman  a  continué  à  être  parlé  exclusivement  dam  Us  parties 
qui  n'ont  pas  été  envahies  par  les  Bretons  avant  le  milieu  dtt 
IX^  siècle.  U  a  été  parlé  concurremment  avec  le  hrvion,  langue 
des  émigrants  insulaires,  dans  le  reste  de  l'Armorique,  plus  ou 
moins  longtemps.  —  Je  le  répète,  dit  M.  Loth>  au  moment  de 
l'arrivée  des  Bretons  en  Armorique  tout  y  était  roman  :  on  n'y 
parlait  plus  la  langue  gauloise;  c'est  prouvé  par  les  noms  de 
lieux.  Mais  quel  rapport  y  a-t-il  entre  le  breton  et  le  gaulois  ? 
C'est  ce  qu'on  ignore.  Le  calendrier  de  Coligny  et  deux  Inscrip- 
tions des  Deux-Sèvres  sur  plomb  (si  elles  étaient  gauloises) 
prouveraient  que  le  gaulois  était  très  éloigné  du  breton. 

La  ligne  de  démarcation  du  roman  et  du  breton  au  IX**  siècle 
donnée  par  Auréiien  de  Gourson  sur  sa  carte  est  erronée  i  elle 
n'indique  en  effet  aucun  îlot  roman  dans  la  parLie  bretonne.  tUn 
étudiant  les  noms  de  lieux  et  le  cadastre  des  Liitlérontes  com- 
munes, je  crois  pouvoir  dès  maintenant  rectifier  cette  li^ne  :  elle 
part  de  la  Loire  à  l'est  de  Donges  en  renglobanl,  laisse  à  droite 
Savenay,  Nozay  en  englobant  Blain,  le  Gâvre,  traverse  Marsac, 
Luzioger  en  passant  entre  Conquereuil  et  Jana,  liisse  un  peu  à 
droite  Bain,  Poligné,  Pléchâtel,  Bourg  des  Comptes,  Laillé,  Pon- 
iréan,  Bruz,  Moigné,  le  Rheu,  l'Hermitage,  ParUjHna^^  Grjvezé, 
Vrgnoc;  traverse  Langouet,  Saiot-Gondran,  Siint-Sympho  ien, 


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286  REVUE  D£  BRBTAQNB 

GuipeU  Bazouge-sous-Hédé,  Marcillé- Raoul,  Noyal-sons-Ba* 
zoDges  (en  les  laissant  à  droite),  Guguen  ;  laisse  un  peu  à  droite 
Trans,  Plaine-Pougères,  Saips  ti  va  aboutir  à  la  mer,  à  l'est  de 
Roz-snr-Couesnon.  Il  ne  faudrait  pas  croire  toutefois  qu'il  n'y 
ait  pas  eu  des  Bretons  à  Test  de  cette  ligne.  Après  les  conquêtes 
de  Nomenoé  et  Ërispoé,  les  Bretons  s'établissent  dans  les  zones 
françaises  du  Nantais  et  du  Rennais,  surtout  sur  les  frontières 
où  ils  fondent  de  puissantes  seigneuries  et  où  ils  nous  appa- 
raissent entourés  de  gens  de  leur  langue  :  c'est  ce  que  La  Bor- 
derie  a  parfaitement  mis  en  lumière  dans  sa  Géographie  féodale 
de  la  Bretagne, 

Maintenant,  pourquoi  la  langue  bretonne  a-t-elle  reculé  aussi 
brusquement  du  X*  aux  XI*-XII*  siècle  ?  On  n'a  répondu  à  cette 
question  que  par  des  tiypothèses  en  l'air.  U  faut  évidemment  re- 
pousser la  solption  proposée  par  La  Borderie  et  d'autres  d'après 
lesquels  ce  recul  sera;it  dû  à  la  conquête  normande  du  X'  siècle. 
C'est  une  erreur.  Une  partie  importante  de  la  population  émigra 
en  Angleterre  et  en  France  :  tous  ne  revinrent  pas  évidemment. 
Mais  ce  fut  surtout  l'élément  guerrier  et  riche  qui  fut  amoindri  : 
lespauperes  Britanni,  le  peuple  resta  sous  la  domination  étran- 
gère. Il  est  invraisemblable  que  môme  la  partie  de  la  population 
qui  avait  émigré  et  qui  était  revenue  eût  oublié  sa  langue  natio- 
nale et  rapporté  le  français  en  une  espace  de  temps  très  court.  Il 
faut  ajouter  que  lus  chefs  émigrèrent  plutôt  en  Angleterre  ;  quant 
aux  pauperes  Britanni,  si  leur  langue  s'était  modifiée,  c'est  qu'ils 
auraient  appris  un  peu  de  normand.  —  Non.  Dans  la  zone  qui, 
du  X*  aux  XIP-XIII^  siècle,  perdit  le  breton,le  roman  n'avait  pas 
dû  cesser  d'être  parlé.  L'élément  breton  par  la  domination  nor- 
mande y  fut  affaibli  au  profit  de  Télément  roman.  Une  autre  cause 
d'affaiblissement  plus  importante  peut  être,  c'est  la  conquête  du 
pays  français  de  Rennes  et  de  Nantes  :  les  chefs  bretons  s'y  éta- 
blirent  et  se  francisèrent. 

Un  simple  coup  d*œil  jeté  sur  la  carte  de  la  zone  bretonnante 
du  IX*  siècle  nous  montre,  dans  l'intérieur  de  cette  zone,  des 
paroisses  dont  le  nom  a  subi  l'évolution  romane  et  française, 
quoique  la  langue  bretonne  y  fût  en  partie  parlée.  Ce  sont  juste- 
ment aujourd'hui  des  paroisses  où  l'on  parle  français.  Il  y  avait 
donc  là  une  population  de  langue  romane  puis  française  au 
milieu  de  la  population  de  langue  bretonne.  M.  Loth  appuie  ses 
affirmations  par  une  foule  d'exemples  et  termine  sa  conférence 


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LE  CONGRÈS  BRETON  DE  1908  287 

en  donnant  la  ligne  de  démarcation  entre  la  zone  mixte  romano- 
bretonne  et  ki  zone  bretonnante  pure  :  il  la  fait  partir  de  Saint- 
Nazaire,  passer  par  le  territoire  de  Saint  André-des-Eaox,  Fa 
Chapelle-des-Marais,  Nivillac,  entre  Limerzel  et  Caden,  en»n». 
Questembert  et  Malansac,  par  les  terres  de  Pluherlin,  ^M^lac, 
Saint-Guyomard,  Sérent,Lizio,  Saint-Servant,  Guégon,  lantillac, 
Pleugrifr'f,Rohan,Saint-Samson,  Saint-Barnabe,  laPrénessaye, 
la  Motte,  Uzei,  l'H^-rmitage,  Saint-Brandan,  Plaine  Hau^e.Saint- 
Donan,  Plerneuf,  Tremuson,  Tréméloir,  puis  passer  entre  Jré- 
gomeur  et  Pordic  et  aboutir  à  la  mer  un  peu  à  Test  de  Blnic, 

La  Revue  de  Bretagne  a  voulu  s'étendre  longuement  sur  cette 
conférence  car,  à  elle  seule,  elle  constitue  tout  un  chapitre  de 
l'Histoire  de  Bretagne. 

Skcondb  Séangk. 

M.  l'Abbé  Gobbierrb  lit  des  lettres  inédites  de  dom  Mabillon 
à  dom  Du  Chemin,  prieur  de  Notre-Dame  de  Vitré,  à  dom  Lepel- 
letier,  etc.  On  sbit  que  t'om  Lepelletier  composa  un  Dictionnaire 
de  la  lai'gue  bretonne  :  dom  Mabillon  eut  recours  à  lui  pour 
obtenir  des  éclaircissements  sur  les  mots  bretons  qui  figuraient 
dans  les  chartes  consultées  pour  les  Acta  Sanctorum  Ordinis 
Sancti  Benedicti, 

M.  LB  CovTB  Lb  Gonidbg,  président  de  la  séance,  reiûercie 
chaleureusement  M.  l'abbé  Corbierre  de  son  intéressante  com- 
munication. 

M.  LB  CoMTB  DB  Laigub  fait  observer  que  M.  Tabbé  Corbierre, 
un  ancien  élève  du  collège  de  Redon,  a  publié  un  recueil  choi-i 
de  pensées  de  dom  Mabillon  qui  montre  que  le  savant  béné- 
dictin ne  travaillait  que  pour  la  gloire  de  Dieu. 

M.  Plihon  donne  un  aperçu  des  fastes  de  l'imprimerie  à  Fou- 
gères laquelle  ne  date  réellement  que  du  XIX"*  siècle. 

M.  Lbpas  fait  remarquer  que  le  premier  ouvrage  sur  des 
usages  locaux  départementaux  fut  imprimé  en  1839  à  Fougères. 

M.  l'Abbé  Gorbibrrb  souhaite  que  les  bibliothèques  publiques 
se  procurent  les  livres  imprimés  dans  les  localités  mdmes. 

MM.  Plihon  elle  Baron  db  Wismes  montrent  quelques  livres 
sortis  des  presses  fougeraises. 

M.  LB  CoMTB  Lb  Gonideg  dit  que  Taperçu  donné  par  M.  Plihon 
a  vivement  intéressé  le  Congrès. 


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288  REVUE  DE  BRETAGNE 

M.  Lbfas  conte  l'histoire  d'une  ancienne  croix  de  la  paroisse 
de  Chasné,  aujourd'hui  disparue,  mais  au  pied  de  laquelle  on 
trouva  des  squelettes  enterrés  dans  des  sarcophages  de  brique. 
Cette  croix  qui  n'était  pas  éloignée  d'une  voie  romaine,  avoisinait 
un  champ  appelé  la  Madeleine. 

Il  résulte  de  la  discussion  qui  s*ouvre  au  sujet  de  la  commu- 
nication de  M.  Lefas  qu'on  dut  se  trouver  en  présence  d'un 
ancien  cimetière  de  lépreux  ou  de  pestiférés. 

M.  LB  CoMTB  DE  Laioub' explique  à  ce  propos  les  rapports  qui 
ont  existé  entre  les  Minihis  et  les  Madeleines^  les  premiers 
ayant  été,  au  pays  bretonnant,  des  lieux  d'asiles  et  les  secondes, 
des  refuges  de  lépreux  substitués  souvent  aux  Minihis. 

M.  LB  CoMTB  Lb  Oonidbc  se  fait  l'écho  de  toute  l'assistance  en 
félicitant  M.  Lefas. 

PrÉMIÈRB   S6ANGB    DU   VBNDRBDI   11   8BPTBMBRB. 

M..  Trévédy,  —  dont  la  mort  vient  de  plonger  dans  le  deuil 
le  monde  littéraire  breton  —  a  envoyé  un  mémoire  sur  trois 
duchesses  de  Bretagne  :  Catherine  de  Luxembourg,  Isabeau 
d'Ecosse  et  Françoise  d'Amboise.  Ce  mémoire,  Tun  des  derniers 
travaux  qu'aura  écrits  lé  consciencieux  auteur,  est  frappé  au 
coin  de  la  meilleure  érudition. 

M.  l'Abbé  Hbluet,  qui  n^a  pu  aussi  lui  assister  au  Congrès, 
s'y  est  fait  remplacer  par  une  notice  sur  Pontrieux  et  ses 
processions. 

M.  LB  Comte  Lb  Gonidbg  regrette  que  ces  deux  auteurs  n'aient 
pu  lire  eux-mêmes  leurs  communications,  puis  il  fournît  des 
détails  sur  Pontrieux  et  ses  environs  qu'il  connaît  particulière- 
ment. 

M.  LB  Baron  db  Wismbs  produit  et  commente  l'inventaire  de 
la  succession  mobilière  de  Charles  Le  Pennée  de  Boisjolan 
(1701-1702), qui  donne  des  renseignemens  sur  la  situation  d'une 
grande  famille  guérandaise  au  début  du  XVill''  siècle.  —  II 
annonce  que  M.  Pied  est  en  train  de  faire  la  table  générale  de 
la  Revue  de  Bretagne  qui  comprendra  depuis  la  fondation 
52  années. 

Hélas,  depuis  le  Coogrès,  M.  Pied  a  lui  aussi  rendu  son  âme  à 
Dieu  1 

MM.  LB  CoMTB  Lb  Qoniobg,  lb  Comtb  db  Laigub  et  Jouon  dbb 


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LE  CONGRÈS  BRETON  DE  1908  3ft9 

L0NORAI8  ajoutent  quelques  observations  au  point  de  vue  de  la 
lenteur  de  confection  de  l'inventaire  LePendbc  et  en  soulignent 
les  parties  les  plus  curieuses. 

M.  JouoN  DIS  LoNGRAis,  qui  sait  si  bien  l'histoire  des  Etats  de 
Bretagne,  raconte  avec  beaucoup  de  détails  les  assises  qui  se 
tinrent  à  Fougères  en  1653.  Les  diverses  tenues  des  Etats  sont 
en  général  mal  connues  et  Ton  ne  saurait  assez  encourager  les 
chercheurs  bretons  à  suivre  l'exemple  de  M.  Jotion  des  Longrais 
en  nous  en  faisant  connaître  les  côtés  oubliés. 

Seconde  Séance. 

M.  le  Comte  Le  Oonidec  parle  d'une  ancienne  chanson  : 
Le  Confiteor,  écrite  pendant  la  Révolution  contre  les  prêtres 
jureurs  et  qui  est  attribuée  à  l'abbé  Stévan  de  Saint-Martin  de 
Vitré,  mort  vers  1825  ;  il  la  tient  de  sa  vieille  bonne  qui  était  née 
8  ans  avant  la  Terreur.  A  la  demande  de  M.  le  comte  Lanjuinais. 
M.  Lé  Gonidec  veut  bien  en  chanter  un  couplet.  Une  autre 
chanson  satirique  de  la  môme  époque  célèbre  rinfaillibilitédu 
Pape  dans  des  termes  à  peu  près  identiques  à  ceux  qu'employa 
plus  tard  le  Concile  du  Vatican. 

M.  le  Vioohtb'Le  Boutbiller  cite  une  autre  chanson  patrio- 
tique dirigée  aussi  contre  les  prêtres  jureurs  sur  l'air  û^  la 
€  bonne  aventure  »,  ainsi  qu'un  Supplément  du  Catéchisme  de 
Trois  Etoiles  contre  les  mêmes  prêtres  constitutionnels  qui ^  on 
le  voit,  étaient  loin  d'être  populaires. 

M.  le  Comte  Lanjuinais  remercie  les  deux  orateurs. 

M.  le  Vicomte  de  Galan  expose,  en  ce  qiiii  concerne  rille  et- 
Vilaine,  le  résultat  des  recherches  entreprises  par  lui,  de  concert 
avec  M.  le  comte  de  Laïque  sur  les  raisons  qui  ont  dicté  le  choix 
des  patrons  des  paroisses  bretonnes.  Il  y  a  évidemment  parmi  eux 
des  saints  locaux  objets  d'un  patronage  spécial  dans  les  endroits 
où  ils  ont  vécu  ;  mais  il  y  a  aussi  des  saints  de  TÉglise  univer- 
selle. Or,en  étudiant  la  façon  dont  les  différentes  dévotions  se  èont 
succédé,  on  peut  suivre  la  répercussion  qu'elles  ont  eue  dans 
notre  pays.  Â  l'époque  des  persécutions,  c'est  saint  Etienne, 
premier  martyr,  qu'on  propose  à  la  vénération  des  fidèles.  An 
V*  siècle  un  commencement  de  dévotion  à  la  Sainte  Vierge  est 
récho  des  grands  conciles  d'Ephèse  et  de  Chalcédoine.  Au 
VI®  siècle,  le  culte  de  saint  Pierre  a  pour  but  d'affirmer  l'uni ié  de 


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290  REVUE  Dfl  BRETAG^K 

i 

TËglise  catholique  en  présence  de  la  multiplicité  des  royaumes 
barbares  créés  sur  les  ruines  de  TEmpire  Romain.  Au  IX*  siècle 
le  culte  du  Saint-Sauveur,  au  XI*  siècle  celui  de  la  Sainte  Tri- 
nité ont  pour  but  TafOrmation  des  grands  mystères  de  la  Ré- 
demption et  de  la  Sainte  Trinité.  Enfin,  à  partir  du  XII*  siècle,  le 
culte  prédominant  est  celui  de  la  Sainte  Vierge. 

Répondant  à  une  question  de  M.  le  gomtb  Lb  Goniobc,  M.  de 
Galan  estime  que  la  dévotion  à  la  Sainte  Crois  est  contemporaine 
des  grands  pèlerinages  du  XI*  siècle  en  Terre  Sainte.  En  ce  qui 
concerne  saint  Martin,  il  faut,  suivant  Topinion  de  M.  Maître, 
restituer  à  saint  Martin  de  Vertou  beaucoup  de  paroisses  aujour 
d'huidédiéesà&aintMarlindeTours.  Orladévotion  àsaiotMartin 
de  Vertou  a  été  installée  par  les  moines  des  abbayes  fondées  par 
ce  saint,  c'est-à-dire  aux  VII*  et  VIII*  siècle  ;  et  la  dévotion  à  saint 
Martin  de  Tours  n'a  été  propagée  en  Bretagne  que  par  les  moines 
de  Marmouiier  lorsqu  ils  sont  venus  dans  ce  pays  c*est-à-dire 
à  partir  du  XI*  siècle. 

M.  ie  GoMTB  LB  GoNiDBC  demande  s*il  n'est  pas  exact  qu'on  ait 
substitué  saint  Pierre  à  des  saints  bretons. 

M.  LE  GoMTB  OB  Laigub.  Le  fait  a  été  affirmé  mais  on  n'a 
apporté  à  l'appui  de  cette  assertion  aucune  preuve  sérieuse. 

M.  LB  ViGOMTB  Alain  ou  Glbuziou  fait  remarquer  que  les 
saints.bretons  ont  placé  les  églises  qu'ils  fondaient  sous  le  vo- 
cable de  saints  de  l'Église  universelle. 

M.  le  GoutTB  DE  Laigub  fait  un  rapport  sur  les  curiosités  à 
visiter  au  bourg  de  Laogon  (lUe-et- Vilaine)  :  temple  de  Vénus 
devenue  chapelle  de  saint  Vener  puis  de  sainte  Agathe,  encore 
debout  avec  sa  peinture  païenne  représentant  Vénus  sortant  de 
l'eau  ;  —monument  mégalithique  dit  les  Demoiselles  de  Langon; 
— -  l'église  romane  dans  letquelle  on  a  trouvé  une  fresque  de  la 
môme  époque  ;  —-  chapiteau  romain  ;  —  sarcophages  mérovin- 
giens, etc. 

Sur  la  proposition  de  M.  le  gompb  Lanjuinaiô  le  Congrès  vole 
un  vœu  en  faveur  de  la  démolition  d'une  partie  de  la  Digue  du 
Mont  Saint-Michel. 

M.  l'abbé  Corbibrre  a  bien  voilu  se  charger  de  faire  le 
compte-rendu  de  l'excursion  de  jeudi  au  Mont  Saint-Michel.  Il 
s'acquitte  de  cette  tâche  avec  une  éloquence  et  un  esprit  qui  lui 
valent  des  bravos  unanimes. 

M.  LB  Vigomtb  Le  Boutbillbr  observe,  à  ce  propos,  que,  d'après 


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LE  CONGRÈS  BRETON  DE  190$  H| 

M.  rarchitecte  du  Mont  Sàint-Michei,  ce  mont  vu  du  dehors 
avant  Tincendie  de  1152  avait  exactement  l'apparence  qu'on  lut 
voit  sur  la  tapisserie  de  Bayeux.  Il  en  résulterait  que  cette 
tapisserie  serait  antérieure  &  cette  date  et  que  les  images  qu^elle 
nous  donne  de  Dinan  et  de  Dol  entre  autres  auraient  chances 
d'être  exactes. 

A  la  séance  de  clôture  MM.  lb  Gomtb  du  Laïque,  lr  Comtk  db 
LA  RiBoi8iÈRB,L'ABB6GoRBiBRRB  s'occupent  de  l'état  des  dncien  nés 
croix  bretonnes  éparses  dans  la  campagne.  Puis  Y  A  ssociaiion^ 
Bretonne  décide  d'accorder  son  patronage  otQciel  au  concours 
que  va  ouvrir  la  Jeunesse  Catholique  Bretonne  en  vue  d'améliorer 
dans  un  sens  vraiment  national  le  répertoire  de  théâtre  des 
groupes  catholiques  et  patronages  bretons. 

Avant  de  clore  le  Congrès,  M.  lb  Comte  Lanjuinais  déclare 
que  les  Assises  de  1909  auront  lieu  à  Ploôrmel.  On  y  célébrera 
le  sixième  centenaire  de  l'organisation  des  Etats  de  Hreldgtie 
qui  justement  fut  réglée  dans  cette  ville  en  1809  par  raiijonction 
des  membres  du  Tiers  aux  représentants  du  Clergé  et  de  la 
Noblesse. 

La  Revue  de  Bretagne  engage  vivement  toas  ses  arnîs  à  se 
donner  rendez-vous  en  foule  à  Ploôrmel  au  pois  de  st^pLembre 
prochain  dans  un  grand  élan  de  patriotisme  breton. 

R.  L, 


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MÉLANGES  HISTORIQUES 

(Suite)  (1) 

XXI.  --  Lb  Roi  Hbnri  II  d'Anglbtbrrb  et  la  Bretagne 

Les  événements  qui,  dans  la  seconde  moitié  du  XIP  siëcie^mo- 
diflërent  si  profondément  les  destinées  de  la  Bretagne  ont  été 
jugés  de  façons  très  différentes  par  les  historiens  anciens  et  par 
les  historiens  modernes.  Les  premiers  ont  raconté  la  substitution 
qui  se  produisit  alors  d'une  dynastie  çngevine  à  une  dynastie 
bretonne  sans  s*émouvoir  outre  mesure  de  cette  substitution,  tan- 
dis que  les  seconds  y  ont  vu  une  calamité  nationale,  le  recul  du 
génie  celtique,  un  pas  décisif  dans  la  voie  odieuse  de  la  franci- 
sation. Cette  conception  romantique  remonte  en  droite  ligne  à 
Augustin  Thierry.  C'est  à  son  école  que  beaucoup  de  nos  histo- 
riens modernes  ont  appris  à  s'enthousiasmer  en  Thonneur  d*in- 
iurgés  transformés  par  eux  en  patriotes  irréductibles,  en  cham- 
pions jamais  lassés  de  la  défense  nationale,  tandis  qu'ils  prodi- 
guent les  épithètes  flétrissantes  au  duc  Conan  IV,  «  ce  lâche  et 
a  imbécile  prince  qui  livra  sans  coup  férir  la  Bretagne  au  joog 
«c  anglais  »^  dont  «  Thistoire  n'a  pas  assez  châtié  le  crime  en  appli- 
quant au  coupable  Tépithète  de  Conan  le  petit  »  alors  que,  «  c'est 
«  Conan  le  traître,  Conan  le  Judas  qu'il  faut  dire,  puisque  l'âme 
«  et  le  corps  de  son  peuple  qu'il  avait  charge  et  mission  de  dé- 
«  fendre  au  péril  de  sa  vie,il  les  livra  au  pire  ennemi  de  ce  peuple 
«  et  à  un  affreux  tyran.  «  Conan  IV  a-t-il  en  réalité  «  vendu  son 
pays,  y  a-t-il  «  peu  de  traits  aussi  ignobles  dans  l'histoire»  ? 

Pour  apprécier  de  façon  équitable  l'acte  de  Conan  IV,  il  faut 
tenir  compte  de  la  situation  rëelie  de  la  Bretagne  à  cette  époque. 
Depuis  près  de  deux  siècles  notre  pays  subissait  de  façon  plus  ou 
moins  directe  Tinfluence  des  ducs  de  Normandie,  et  quoique  les 

(I)  Voir  la  Rtvue  d'octobre  1908* 


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I  lyMii'.m  ■■' 


MÉLANGES  filStORlQUES  293 

prétentions  dé  ces  derniers  prissent  leur  point  d*appui  dahs  un 
fait  matériellement  faux,  la  prétendue  cession  de  la  Bretagne  faite 
par  le  roi  Charles  le  Simple  au  duc  RoUon,  les  princes  normands 
avaient  réussi  à  imposer  en  fait  leur  suzeraineté  aux  comtes  de 
Rennes  et  à  faire  reconnaître  cet  état  de  choses  par  les  rois  de 
France.  Pendant  un  temps  les  princes  bretons  avaient  pu  espérer 
échapper  aux  conséquences  de  cette  suzeraineté  en  s'appuyant 
sur  les  comtes  d'Anjou  :  mais,  au  milieu  du  XIP  siècle,  un  prince 
angevin  se  trouva,  par  une  série  d'événements,  réunir  entre  ses 
mains  près  de  la  moitié  de  la  France,  Normandie,  Maine,  Anjou; 
Touraine,  Poitou,  Guyenne  et  Gascogne,  et  joindre  à  ces  posses- 
sions la  souveraineté  de  l'Angleterre.  Comment  veut>on  que  le 
comte  de  Bretagne  essayât  d'engager  contre  un  prince  aussi  puis- 
sant une  lutte  nécessairement  inégale?  11  a  cherché  à  négocier 
au  mieux  des  intérêts  de  son  payi  en  mariant  sa  fllle  à  Tun  des 
fils  d'Henri  II  ;  il  ne  sacrifiait  pas  Tindépendance  de  la  Bretagne, 
il  n'en  faisait  point  une  province  de  l'État  angevin  ;  en  tous  cas,  il 
ne  la  livrait  pas  aux  Anglais,  alors  gouvernés  par  des  rois  fran- 
çais et  par  une  aristocratie  française.  Mieux  encore  que  la 
duchesse  Anne»  il  tirait  le  moins  mauvais  parti  possible  d'une 
situation  difUcile.  Il  y  a  donc  vraiment  trop  de  sévérité  dans  le 
jugement  que  portent  sur  Gonan  IV  nos  plus  récents  histo- 
riens bretons. 

Il  y  a  de  même  quelque  partialité  dans  l'appréciation  unifor- 
mément élogieuse  de  l'attitude  des  vicomtes  de  Léon  vis-à-vis  de 
Henri  II  et  de  son  fils  Geofroi.  Certes,  je  ne  veux  paâ  entreprendre 
la  réhabilitation  du  monarque  anglais  dont  les  grandes  qualités 
administratives  ne  feront  jamais  oubUer  les  vices,  et  si  c'était 
uniquement  contre  lui  que  les  vicimtes  de  Léon  avaient  levé 
l'étendafd  de  la  révolte,  on  pourrait  peut-être  saluer  en  eux  de 
magnanimes  insurgés  ;  mais  quand  on  les  voit  combattre  Geofroi^ 
c'est-à-dire  leur  souverain  légitime,  devenu  très  breton  de  cœur  et 
nullement  inféodé  à  la  politique  de  son  père,  on  conclut  tout  natu- 
rellement que  ces  prétendus  patriotes  ne  sont,  comme^  le  disent 
les  chroniqueurs  contemporains,  que  des  esprits  turbulents  et 
agités,  impatients  de  toute  autorité,  quelle  qu'elle  soit,  régulière 
ou  irrégulière,  honnête  on  tyrannique. 

A  côté  de  cette  apprc! dation  d'ensemble, il  est  un  certain  nombre 
de  points  de  détail  sur  leiquels,après  un  examen  minititux,  il  ne 
m'est  pas  possible  d'accepter  les  conclusions  de  l'érudition  mo*^ 

Décembre  1908  ii 


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294  RKVUE!  DE  BRBtAGNB 

derne.  Nos  historiens  me  paraissent  avoir  é*é  induits  en  erreur 
par  la  confiance  exagérée  qu'ils  ont  accordée  aux  récils  de  Pierre 
Le  Baud.  Or  il  faut  se  défier  de  ce  chroniqueur.  Il  lui  arrive  de  se 
tromper  de  temps  en  temps  sur  la  date  des  événements  ;  il  place 
par  exemple  en  1147  la  mort  de  Gooan  lll,  qui  est  en  réalité  de  1148, 
en  1159  la  mort  de  6<îofroi  d'Anjou^  qui  est  de  1158,  de  sorte  que^ 
lorsqu'il  est  le  seul  garant  de  Texactitude  d'une  date,  il  est  impru- 
dent de  8*y  fier  aveuglément. 

De  plus,  il  existe  dans  ses  récits  des  erreurs  manifestes  ou  des 
invraisemblances  qui  ne  nous  permettent  pas  de  les  accepter 
sans  discussion.  Lo  sque  par  exemple,  il  fait  jouer  un  rôle  à 
André  de  Vitré  dans  les  événements  de  1154,  alors  qu'André  ne 
devint  seigneur  de  Vitré  qu'en  1173,  il  est  évident  que  cette 
mention  inexacte  est  due  au  désir  de  flatter  les  seigneurs  de 
Vitré  dont  Le  Baud  était  l'historiographe,  mais  nous  voici  en 
môme  temps  prévenus  contre  l'historicité  de  toute  cette  partie  de 
la  narration.  Lorsque  Le  Baud  parle  en  1156  des  opérations  mili- 
taires qui  ont  eu  lieu  autour  de  Montfort-sur-Meu,  quelques 
lignes  après  avoir  fait  ressortir  toute  Timportance  du  rôle  de 
Robert  de  Montfort,  si  Ton  vient  à  remarquer  que  ce  personnage, 
que  Le  Baud  prend  pour  un  seigneur  breton,  efit  un  baron  nor- 
mand, seigneur  de  Montfort-sur-RisIe,  le  rôle  militaire  de  la 
ville  de  Montfort-sur-Meu  nous  paraît  là  encore  inventé  pour 
grossir  le  rôle  des  seigneurs  de  Vitré,  possesseurs  au  XV^  siècle 
de  Montfort*sur-Meu. 

Reprenons  maintenant  sous  le  bénéfice  de  ces  observations  le 
récit  des  événements  qui  s'écoulèrent  entre  l'expulsion  de  Hoêl 
et  la  mort  de  Henri  II  (1156-1189). 

C'est  seulement  en  1156  et  non  deux  ans  plus  tôt,  comme  tous 
nos  historiens  l'ont  répété  d'après  Le  Baud,  que  Gonan  IV  fit  son 
apparition  sur  la  scène  politique.  Le  silence  de  Robert  deTorigni 
est  déjà  un  premier  argument  contre  le  fait  de  cette  prétendue 
campagne  de  1154;  le  rôle  manifestement  inventé  que  Le  Baud 
y  fait  jouer  à  André  de  Vitré  en  est  un  second  ;  enfin  si  l'on 
s'explique  la  volte-face  qui,  dans  l'opinion  commune,  fit  après  la 
mort  de  Jean  de  Dol  abandonner  à  Raoul  de  Fougères  le  parti  de 
Gonan  IV  pour  celui  d'Eudon ,  on  ne  s'explique  pas  du  tout 
pourquoi  après  avoir  soutenu  le  vicomte  de  Porhoôt  en  1154,  il 
Taurait  abandonné  en  1156  sur  les  conseils  de  son  beau-frère 
Raoul   de    Montfort,    faisant    preuve    ainsi    d'une    versatilité 


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I H'.I^WW 


MÉLANGES  HISTORIQUES  295 

pea  vraisembluble.  Il  est  donc  probable  que  la  campagne 
de  1154  doit  être  reléguée  dans  le  domaine  des  fables  et 
que  o*est  seulement  en  1156  que  les  Bretons  furent  appelés  & 
se  prononcer  entre  les  deus  compétiteurs.  Que  Jean  de  Dol  ait 
à  ce  moment  soutenu  Ëudon,  cela  est  certain^  puisque  Robert 
de  Torigni  le  dit  formellement:  qu'Alain  de  Dinan  ait  suivi  le 
mâme  parti,  cela  est  possible,  quoique  Le  Baud  soit  le  seul  à  le 
dire  ;  mais  qu'il  faille  ajouter  à  ces  deux  noms  celui  de  Hervé  de 
Léon,  cela  ne  me  paraît  guère  vraisemblable,  puisque  six  ou 
sept  ans  après,  Conan  IV  soutenait  énergiquement  ce  seigneur 
contre  son  voisin  le  vicomte  du  Faou,  ce  qui  ne  se  compren- 
drait  pas  s'il  ne  s'agissait  d'un  ancien  partisan;  Hervé  de  Léon 
ne  me  paraît  avoir  pris  le  parti  d'Ëudon  que  lorsque  plus  tard 
un  mariage  unit  les  intérêts  des  deux  familles. 

C'est  donc  en  1156  que  Gonan  quitta  l'Angleterre,  où  il  avait 
été  élevé  dans  le  comté  paternel  de  Richement,  pour  faire  valoir 
ses  prétentions  sur  la  Bretagne.  D'où  lui  venaient  ces  préten- 
tions ?  Le  Baud,  qui  mentionne  à  ce  moment  la  mort  de  Berte, 
s'imagine  évidemment  que  Conan  s'est  jugé  appelé  par  le  décès 
de  sa  mère  à  recueillir  sa  succession  ;  mais  nous  savons,  par 
deux  chartes  de  1158,  que  Berte  vivait  encore  à  cette  époque.  Le 
Baud  s'est  donc  trompé  sur  la  date  de  la  mort  de  cette  princesse, 
et  il  faut  chercher  un  autre  motif  aux  réclamations  de  Conan  IV. 
Ce  qui  paraît  le  plus  probable,  c'est  qu'il  venait  d'atteindre  à  ce 
moment  sa  majorité  féodale  et  que  nombre  de  Bretons  jugeaient 
à  cette  époque  que  les  femmes,  aptes  à  transmettre  un  fief,, 
étaient  inaptes  à  le  gouverner,  du  moment  où  elles  avaient  un 
héritier  masculin  en  âge  de  les  remplacer;  car  il  semble  bien 
qu'à  la  fin  du  XIP  siècle  on  en  ait  jugé  pour  Constance  et  pour 
Artur  comme  beaucoup  en  jugèrent  au  milieu  de  ce  siècle  pour 
Bdrte  et  pour  Conan  IV.  Des  événements  de  la  campagne  de 
1156,  que  nous  savons  par  une  charte  de  l'abbaye  de  Montfort 
avoir  été  inaugurée  au  mois  de  septembre  (1),  un  seul  est  attesté 
par  les  chroniques  contemporaines  et  par  conséquent  certain,  la 
prise  de  Rennes  par  Conan.  Comme  je  l'ai  dit,  la  mention  de 
Montfort  semble  une  pure  invention  ;  de  môme  ce  qui  est  dit  de 
Hédô  et  de  Montmuran  est  un  calque  de  la  campagne  de  1168  et 
doit  ôtre  rayé  de  la  liste  des  faits  historiques. 

(1)  Morice,  Preuves ^  tome  I,  col.  618. 


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29t;  RBVUK  DE  BRETAGNE 

Je  passe  sur  les  événements  de  ii58  que  tous  nos  historiens 
modernes  racontent  exactement  d'après  Robert  de  Torigni^ 
négligeant  avec  raison  les  embellissements  que  Le  Baud  a  cru 
bon  d'ajouter  à  cette  partie  de  son  récit  ;  et  après  avoir  mentionné 
la  campagne  faite  en  1159  par  le  roi  Henri  contre  le  comte  de 
Toulouse,  campagne  daiis  laquelle  le  contingent  breton  figure 
dans  son  armée  comme  il  y  figurait  en  1151,  j'arrive  au  récit  des 
démêlés  entre  le  vicomte  de  Léon  et  le  vicomte  du  Faou.  Guil- 
laume le  Breton,  le  seul  chroniqueur  qui  nous  en  parle,  leur 
assigne  la  date  de  1163,  laquelle  a  été  adoptée  par  Dom  Morice  ; 
mais  il  faut  observer  que  ces  démêlés  sont  antérieurs  à  la  grande 
famine  qui  désola' la  Bretagne,  laquelle  aurait  eu  lieu  en  1162, 
suivant  le  témoignage  concordant  des  chroniqueurs  de  Quim- 
perlé,  de  Rhuys  et  de  Penpont.  Il  est  donc  probable  qu'il  faut 
corriger  la  chronologie  de  Guillaume  le  Breton,  laquelle  d^ail- 
leurs  est  souvent  fautive  et  placer  la  guerre  féodale  du  vicomte 
de  Léon  et  du  vicomte  du  Faou  en  1162. 

Une  affaire  de  plus  grave  conséquence  fut  le  conflit  de  législa- 
tion qui  mit  alors  le  roi  Henri  II  aux  prises  avec  Raoul  de  Fou- 
gères. En  droit  féodal,  notamment  en  droit  normand,  le  suzerain 
était  de  droit  le  tuteur  de  tous  les  mineurs  possesseurs  de  fiefs  ; 
Henri  II,  suzerain  de  la  Bretagne,  se  considérait  donc  comme  le 
suzerain  de  tous  les  seigneurs  bretons  ;  or  il  ne  semble  pas  que 
ceux-ci  aient  eu  la  même  conception,  puisque  en  1162  Jean  de 
Dof,  ne  laissant  en  mourant  qu'une  fille  mineure,  en  confia  la 
tutelle  à  Raoul  de  Fougères,  et  que  celui-ci,  tout  en  s*inclinant  à 
demi  devant  les  prétentions  royales,  prétendit  garder  l'adminis- 
tration d'une  partie  des  biens  qui  lui  avaient  été  confiés.  Henri  II 
ne  s'appropriait  d'ailleurs  probablement  c^tte  thèse  juridique 
que  pour  les  besoins  de  sa  cause,  car  en  1186  lorsque  son  fils 
Geofroi  mourut,  ne  laissant  qu'une  fille  en  bas  âge,  et  que  le  roi 
de  France  réclama  la  tutelle  de  cette  enfant,  Henri  II  la  lui  refusa 
niant  ainsi  les  droits  du  seigneur  supérieur  qu'il  affirmait  vis- 
à-vis  de  la  fille  de  Jean  de  Dol,  soit  qu'il  prétendit  agir  vis  à-vis  de 
sa  petitC'-fille  comme  proche  parent  ou  comme  seigneur  immédiat. 

Or,  en  1164,  les  prétentions  de  Henri  II  ne  violaient  pas  seule- 
ment la  volonté  d'un  défunt,  elles  lésaient  les  droits  de  Gonan 
IV,  seigneur  immédiat  de  l'héritière  de  Dol  et  comme  tel  beau- 
coup plus  qualifié  que  Henri  II  pour  réclamer  la  tutelle  féodale  de 
la  jeune  fille,  du  moment  où* on  l'enlevait  à  celui  que  son  père 


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MÉLANGES  HISTORIQUES  297 

avait  choisi.  Aussi  je  me  demaQde  si  nos  historiens  modernes 
ont  été  bien  inspirés  en  supposant  que  Gonan  IV  soutint  Henri  II 
dans  les  campagnes  de  1164  et  de  1166  et  s*il  ne  serait  pas  plus 
naturel  de  supposer  que  Gonan  soutint  dans  cette  circonstance 
son  ancien  ami.  On  s'expliquerait  ainsi  que  le  roi  d'Angleterre 
vainqueur  ait  imposé  à  un  vassal,  sur  la  fidélité  duquel  il  ne 
pouvait  plus  compter,  la  convention  matrimoniale  de  1166  qui 
mettait  la  Bretagne  à  sa  merci. 

De  cette  convention  matrimoniale  de  1166  stipulant  les  Aan* 
cailles  de  Gonstance  de  Bretagne  et  de  Geofroi  d'Anjou^  je  ne 
dirai  qu'un  mot,  c'est  que  nos  historiens  l'interprètent  comme 
une  abdication  de  Gonan  IV,  lequel  d'après  eux  n'aurait  conservé 
que  le  comté  de  Guingamp.  G'est  évidemment  ce  que  semblent 
dire  les  chroniquei^rs,  mais  il  suffit  d'étudier  les  chartes  de  cette 
époque  pour  se  convaincre  qu'une  pareille  interprétation  est 
inexacte.  Non  seulement  Gonan  conserve  le  titre  de  duc  de 
Bretagne  dans  la  charte  de  fondation  de  l'abbaye  de  Gamoét, 
laquelle  est  au  plus  tôt  de  1168,  ainsi  que  dans  une  charte  de  1170 
en  faveur  du  mont  Saiot-Michel,  mais  la  fondation  de  Garnoôt 
en  plein  pays  cornouaillais  indique  que  l'autorité  de  Gonan 
continuait  à  s'exercer  en  dehors  des  limites  du  comte  de  Guin- 
gamp. Dès  lors,  ne  faudrait-il  pas  entendre  le  texte  de  Robert  de 
Torigoi  en  ce  sens  que  Gonan  abandonna  à  sa  fille  la  plus 
graode  partie  de  ses  domaines,  se  réservant  le  droit  de  disposer 
du  comté  de  Guingamp  en  faveur  des  autres  enfants  qu'il 
pourrait  avoir  dans  l'avenir  ? 

Nos  historiens  empruntent  à  la  chronique  de  Robert  de 
Torigni  le  récit  des  événements  de  1167  et  de  1168,  et  je  n'ai  par 
conséquent  aucune  observation  à  présenter  à  ce  sujet.  Mais 
après  avoir  raconté  l'entrevue  de  Montmirail  (6  janvier  1169) 
entre  les  rois  de  France  et  d'Angleterre,  ils  ajoutent  que  Roljand 
de  Dinan  refusa  d'abord  de  reconnaître  pour  souverain  le  roi 
Henri  II,  mais  que  celui-ci  ayant  pris  et  détruit  le  chftteau  de 
Lehon,  le  baron  fut  obligé  de  se  soumettre.  Le  point  de  départ  de 
ce  récit  se  trouve  dans  deux  phrases  du  Chronicon  Britannicum 
qui,  ïious  Tannée  1169,  s'exprime  ainsi  :  Castrum  Leonense  mit, 
Concordia^  inter  Angliœ  regem  et  RoUandum  Dinanensem 
facta  (1).  On  en  a  conclu  naturellement  que  ces  événements  de 

(1)  Morice,  Preuves^  tome  I,  p.  t04. 


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298  REVUE  DB  BRETAGNE 

1160  devaient  être  postérieurs  à  l'entrevue  de  Montmirail. 
Or,  on  n'a  pas  réfléchi  que  ces  deux  événements  sont  suivis 
dans  le  Chronicon  Britannicum  de  deux  autres,  une  donation 
faite  par  Hervé  de  Léon  à  l'abbaye  de  Saint-Mathieu,  laquelle 
est  au  plus  tard  de  1168,  puisque  ce  seigneur  mourot  cette  môme 
année,  et  la  mort  de  l'évoque  Bernard  de  Nantes,  qui  eut  lieu 
dans  les  premiers  jours  de  Tannée  1160,  suivant  le  comput  de 
Robert  de  Torigni»  qui  commence  Tannée  à  Noël,  c'est-à-dire 
dans  les  derniers  jours  de  Tannée  1168,  suivant  notre  usage 
actuel  de  commencer  Tannée  au  1^  janvier.  Donc  la  chute  du 
ch&teau  de  Léon  et  la  soumission  de  Rolland  de  Dinan  ont  eu 
lieu  eo  1168,  avant  et  non  après  l'entrevue  de  Montmirail. 

Il  n'est  môme  pas  certain  que  la  phrase  «  Catirum  Leoneme 
fuit  »  ait  le  sens  qu'on  lui  attribue.  S'agit-il  bien  du  ch&teau  de 
Lehon  ?  C'est  évidemment  l'orthographe  adoptée  par  Le  Baud 
dans  sa  traduction  de  ce  passage  du  Chronicon  Britannicum^ 
mais  ce  dernier  document,  qui  a  appelé  plus  haut  Lehonium  la 
localité  de  Lehon,  près  Dinan,  réserve  la  forme  Leonensis  pour  le 
pays  de  Léon  ?  De  plus,  le  mot  mit  indique-t-il  une  destruction 
faite  de  main  d'homme  ou  ne  pourrait-il  pas  signifier  une  des- 
truction accidentelle?  Le  Baud  dit  simplement  que  le  ch&teau  de 
Lehon  chut,  ce  qui  semble  appuyer  la  seconde  hypothèse. 

La  plupart  de  nos  historiens  modernes  ont  passé  sous  silence 
Timportante  série  de  mesures  prises  par  Henri  II  en  1169  pour 
rattacher  étroitement  la  Bretagne  à  la  Normandie  :  février  1160, 
hommage  prôté  par  Geofroi  comme  futur  souverain  de  la  Bre- 
tagne &  son  frère  Henri,  investi  du  duché  de  Normandie;  mai  1160, 
voyage  de  Qeofroi  à  Rennes  où  il  se  fait  reconnaître  par  les 
Bretons;  août  1160, réunion  des  barons  bretons  en  Normandie  à 
la  cour  de  Henri  II  ;  décembre  1160,  voyage  de  Henri  II  à  Nantes. 

De  plus,  iis  placent  en  1170  la  campagne  dirigée  par  Conan  IV 
contre  le  Vicomte  de  Léon.  Sans  doute,  cette  date  nous  est  fournie 
par  la  Chronique  de  Quimperlé  ;  mais  Guillaume  Le  Breton, 
écrivain  plus  ancien  et  par  conséquent  plus  digne  de  foi,  quoi- 
qu'il ne  soit  pas  toujours  exempt  d'erreur,  donne  la  date  de  1160. 
Les  Chroniques  Annaux  placent  Tévénement  en  1170  ;  mais  leur 
témoignage  n'a  pas  de  valeur,  car  des  deux  événements  qu'elles 
racontent  ensuite,  le  couronnement  du  jeune  roi  Henri  et  la 
nomination  de  l'évoque  Robert  de  Nantes,  le  premier  est  bien  de 
1170,  mais  le  second  est  placé  par  Robert  de  Torigni  aux  environs 


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MÉLANGES  HISTORIQUES  299 

de  Noôl  1170,  c'est-à-dire  suivant  notre  manière  de  compter  aux 
environs  de  Noël  1160(1). 

Les  autres  événements  qui  sont  censés  s'ôire  passés  en  1170 
ont  encore  moins  lieu  d'ôtre  rapportés  à  cette  date»  Le  Baod  a 
admis  sur  le  témoignage  de  la  Chronique  de  Penpont  et  non, 
comme  on  l'a  dit,  sur  le  témoignage  de  la  Chronique  de 
Ruis,  que  cette  année  Henri  II  avait  opéré  la  soumission  de  la 
Bretagne,  s'était  emparé  de  Josselin  et  avait  écrasé  Eudon  de 
Porhoôt.  Or,  comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  il  s'agit  simplement  ici 
de  la  campagne  de  1168,  mal  datée  par  un  chroDiqueur  ignorant. 
En  tous  cas,  ces  événements  ne  sauraient  être  de  1171,6omme  le 
disent  nos  historiens  modernes,  puisque  dans  la  Chronique  de 
Penpont  ils  sont  antérieurs  à  la  mort  de  saint  Thomas  de  Can- 
torbéry  qui  eut  lieu  à  la  fin  de  1170.  Si  les  Chroniques  Annaux 
les  placent  à  cette  date,  après  la  mdrt  de'  Conan  IV^  c'est  parce 
que  le  compilateur  de  ces  annales  s'est  imaginé  qu'Eudon  avait 
succédé  à  Conan,  et  que,  par  conséquent»  ces  événements  od 
Eudon  jouait  le  principal  rôle  avaient  dû  se  passer  après  la  mort 
de  Conan. 

Le  Baud  attribue  encore  à  Tannée  1170  le  récit  d'une  guerre 
entre  Eudon  et  Conan  IV,  qui  se  serait  terminée  par  l'eipulsion 
du  premier,  et  qui  n'est  en  réalité  qu'une  pure  invention  desti- 
née à  expliquer  comment  Eudon  se  trouvait  en  1173  hors  de 
Bretagne.  Le  Baud  prétend  de  plus  avoir  trouvé  dans  Robert  de 
Torigni  l'indication  d'un  voyage  de  Henri  II  en  Bretagne  en  1170 
dont  on  ne  retrouve  pas  trace  dans  le  texte  de  ce  chroniqueur. 

L'erreur  de  Le  Baud  s'explique  probablement  par  un  emprunt 
plus  ou  moins  direct  à  quelque  chroniqueur  d'Outre-Manche. 
Les  chroniqueurs  anglais  contemporains  ne  sont  pas  en  effet 
renseignés  exactement  sur  les  événements  de  Bretagne.  Un 
trouve  par  exemple  dans  Benoît  de  Peterborough  qu'au  début  de 
1170,  l'année  anglaise  commençant  à  Noël,  comme  je  l'ai  déjà 
dit^  «  le  roi  Henri  tint  sa  cour  à  Nantes  en  Bretagne  le  jour  de 
«  Noô',  lue  son  fils  Gaufroi,  comte  de  Bretagne,  fut  là  avec  lui 
<f  et  qu'ils  y  donnèrent  une  tôle  solennelle  ;  après  l'achèvement 
«  de  laquelle  le  roi  et  son  fils  Gaufroi  firent  le  tour  des  châteaux 
«  de  Bretagne,  recevant  les  féautés  et  les  hommages  iligentias) 


(1)  Robert  de  Torigni  commence  en  effet  l'année  à  Noël,  ce  dont  Le  Baad  ne 
se  doute  pas. 


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300  REVUE  DE  BRETAGNE 

«^  des  comtes,  des  baroas,  et  des  homcnes  libres  de  Bretagne 
u  dont  ils  ne  les  avalent  pas  reçus  précédemtnent.  Alors  donc  le 
«  roi  condamna  (implacitavit)  le  comte  Eudon  et  le  dépouilla  de 
«  presque  toutes  les  dignités  et  possessions  {honor  et  potestas) 
«  qu'il  avait  précédemment  en  Bretagne.^  Raoul  de  Dlcet  raconte 
également  qu'à  Noël  1170:  «  le  roi  tint  sa  cour  dans  [la  ville  de 
«  Nantes,  en  présence  des  évoques  et  des  barons  de  toute  la 
<c  Bretagne  qui  y  jurèrent  fidélité  conjointement  au  roi  et  à  son 
a  fils  Gaufroi.  »  Or,  il  est  attesté  par  Robert  de  Torigni  que  le 
roi  Henri  célébra  réellement  à  Nantes  la  fôte  de  Noël  1169,  sui- 
vant notre  façon  actuelle  de  compter,  le  voyage  de  Gaufroi  en 
Bretagne  et  les  serments  de  fidélité  qui  lui  furent  prêtés  sont  anté- 
rieurs de  plusieurs  mois  et  se  placent  en  réalité  au  mois  de 
mai  1169,  la  spoliation  d'Eudon  est  de  116S,  et  les  serments  de 
fidélité  prêtés  à  Henri  II  par  les  Bretons  le  furent  en  1166  (1). 
Quoique  les  chroniqueurs  anglais  s'expriment  de  façon  très 
inexacte  sur  les  circonstances  qui  amenèrent  rétablissement 
d'une  dynastie  angevine  en  Bretagne,  il  est  cependant  intéres- 
sant d'examiner  ce  qu'ils  en  disent,  car  ils  nous  donnent  l'impres- 
sion que  ces  événements  produisaient  chez  les  sujets  insulaires 
du  roi  Henri.  Guillaume  de  Newbridge  paraît  avoir  pris  Tannée 
1166,  où  furent  conclues  les  fiançailles  deGeofroietde  Constance, 
comme  l'année  décisive  pour  la  politique  de  Henri  II,  car  c'est 
très  probablement  à  cette  date  qu'il  écrit  les  lignes  suivantes  : 
«  Le  roi  Henri  rêvait  de  faire  de  son  fils  Gaufroi  le  souverain  de 
«  la  Bretagne  et  cherchait  à  y  parvenir  par  la  force  et  par  la  ruse 
a  {artibus  et  viribus).  Il  avait  déjà  deux  portes  d'entrée  toutes 
«  prêtes  en  cette  province,  la  cité  de  Nantes  et  te  château  de  Dol. 
«  Or  il  arriva  que  Conan,  comte  de  Richemont,  qui  régnait  sur 
«  la  plus  grande  partie  de  la  Bretagne,  vint  à  mourir^  laissant 
<c  de  la  sœur  du  roi  des  Ecossais  une  fille  unique  pour  héritière 
<c  que  le  roi  maria,  encore  non  nubile,  à  son  hls  impubère,  rédui- 
«  santen  son  pouvoir  tous  les  droits  de  la  jeune  fille.  Or  il  y  avait 
«  en  Bretagne  certains  nobles  tellement  riches  et  puissants  qu*ils 
«  n'avaient  jamais  daigné  se  soumettre  à  l'autorité  de  personne. 

(1)  De  môm6f  Benoit  de  Peterboroug^h  s'est  très  probablement  trompé  lorsqnVn 
parlant  da  partage  de  ses  domaines  fait  par  le  roi  Henri  JI  vers  la  Saint-Laurent 
(10  Août  tl70s  il  dit  qu*il  donna  à  Oaufroi  la  Bretagne  à  tenir  du  roi  de  France, 
puisque  tous  les  chroniqueurs  nous  montrent  au  contraire  que  la  grande  préoc- 
cnpation  de  Henri  II  était  de  rattacher  la  Bretagne  à  la  Normandie. 


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MÉLANGES  HISTORIQUES  301 

«  Depuis  nombre  d'années  ils  se  faisaient  la  guerre  par  passion 
«  de  dominer  et  par  incapacité  d'obéir  (impatientia  serviendi),  et 
<t  ils  avaient  tellement  déchiré  et  affaibli  cette  province  jadis 
«  illustre  (prœclara)  que  les  campagnes  les  plus  opulentes 
<c  étaient  changées  en  vastes  solitudes.  Les  petites  gens  [inferio- 
«  tes)  étant  opprimés  par  les  plus  puissants  et  espérant  uq  se- 
<c  cours  du  roi  des  Anglais,  se  soumirent  spontanément  à  son 
«  autorité.  Celui-ci,  leur  prêtant  son  appui  d*un  esprit  prompt  et 
<c  sans  regarder  à  la  dépense,  soumit  jusqu'aux  chefs  qui  se^ 
a  croyaient  jusque-là  Invincibles'par  la  grandeur  de  leurs  forces 
ce  et  la  nature  de  leurs  domaines  difficilement  accessibles.  S'em- 
(c  parant  ainsi  rapidement  de  toute  la  Bretagne  et  chassant  ou 
«  domptant  tous  Tes  perturbateurs,  il  y  installa  un  tel  ordre  dans 
«  toutes  ses  parties  [ita  disposuitatque  composuit)^  que,  le  peuple 
<i  vivant  en  paix,  les  déserts  se  changèrent  peu  à  peu  en  terres 
#t  fertiles.  » 

Si  Guillaume  de  Newbridge  s'imagine  que  Çonan  IV  est  mort 
en  1166,  parce  qu'il  lui  a  semblé  impossible  que,  du  vivant  du 
comte  breton  le  roi  Henri  ait  pu  agir  en  souverain  en  Bretagne, 
Raoul  de  DicBt  aeu  la  même  idée,  mais  en  parlant  de  la  mort  du 
comte  breton  à  une  époque  plus  récente^  au  moment  de  l'insur- 
rection que  Henri  H  eut  à  réprimer  en  1168.  Voici  en  effet  ce 
qu'il  dit  à  cette  date  :  «  Depuis  que  la  petite  Bretagne  avait  cessé 
tt  d'être  régie  par  des  rois,  deux  comtes  avaient  commencé  à  y 
«  exercer  leur  autorité.  Mais,  comme  tout  pouvoir  est  toujours 
«  impatient  de  se  sentirun  rival,  ils  se  faisaient  souvent  la  guerre 
«  (sese  variis  sœpe  dissensionibus  afflixerunt).  Enfin,  Conan  ayant 
tt  réuni  les  deux  comtés  par  droit  héréditaire,  vint  à  mourir  lais- 
«  sant  pour  héritière  de  la  sœur  du  roi  des  Ecossais,  une  fille 
«  que  le  roi  des  Anglais  maria  à  son  fils  G  iufroi,  et  celui-ci  s'ap- 
«  pliquant  en  parcourant  la  Bretagne  à  y  faire  régner  la  paix,  se 
«  concilia  les  sympathies  du  clergé  et  du  peuple  de  ce  pays  »  (1). 

Tous  nos  historiens  ont  emprunté  à  Rob=5rt  de  Torigni  ce  qu'il 
dit  de  la  mort  de  Tévêque  Hamon  et  ducomte  Conan  (2),  mais  ils 

(1)  Roger  de  Hoveden  a  inséré  textuellement  ce  passage  dans  sa  chronique  à 
la  date  de  1169,  mais  quoique  la  chronologie  de  Raoul  de  Dicet  ne  soit  pas  tou- 
jours exempte  d*erreur,  elle  est  cependant  très  supérieure  ^  celle  de  Roger  de 
Uoveden . 

(*^)  Il  faut  remarquer  qu*iot  encore  Le  Baud  n'a  pas  compris  la  façon  de  comp- 
ter de  Robert  de  Torigni  :   il   s*est  imaginé  que  ces  événements  de  janvier    et 


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302  RBVUfi  DE  BRETAGNE 

omettent  de  signaler  trois  faits  très  importants  qui  rentrent  dans 
le  cadre  des  mesures  dont  j*ai  parlé  plus  haut  :  la  nomination  à 
la  mort  de  Gonan  IV  en  1171  comme  sénéchal  de  Bretagne  d'un 
grand  seigneur  normand,  Guillaume,  fils  de  Hamon^  la  présence 
en  décembre  1171  de  Geofroi  et  du  sénéchal  Guillaume  à  la  pre- 
mière cour  plénière  du  duc  de  Normandie  ;  la  convocation  en 
septembre  1172  à  Avranches  d'une  sorte  de  concile  interprovin- 
ciâl  où  les  évoques  bretons  siégèrent  à  côté  des  évoques  nor- 
mands (1).  En  revanche  ils  s'imaginent  qu'à  la  suite  d'une 
nouvelle  campagne,  Eudon  firt  encore  chassé  de  Bretagne  par 
Henri  11  en  1172,  quoique  le  silence  des  chroniqueurs  contem- 
porains nous  fasse  douter  de  l'existence  de  cette  campagne. 
Sans  doute  la  Chronique  de  Penponl  et  les  Chroniques  Annaux 
mentionnent  à  cette  date  l'expulsion  d'Eudon  par  Henri  II,  et  il 
est  possible  qu'il  y  ait  une  part  de  vérité  dans  ce  que  disent  les 
Chroniques  Annaux,  d'engagements  pris  en  Vers  Eudon  en  cas  de 
prédécès  de  Gonan  IV,  quoique  Tauteur  de  cette  compilation  se 
discrédite  lui-môme  en  faisant  d'Eudon  le  père,  et^on  le  beau- 
père  de  Gonan,  ce  qui  tendrait  à  faire  croire  que  ces  arrangements 
n'existent  que  dans  son  imagination.  En  tous  cas,  il  semble  bien 
quMI  ne  s'agit  là  que  d'une  sentence  de  bannissement  prononcée 
en  dihors  de  toute  guerre,  relegatus  est  in  exilium,  dit  la  Chro^ 
nique  de  Penpont^  et  que  la  date  de  1171  convienne  mieux  à  cet 
événement  que  la  date  de  1172,  puisque  c'est  en  1173  qu'eut  lieu 
d'après  Robert  de  Torigni  le  retour  d'Eudon,  daté  de  1174  par  la 
Chronique  de  Penpont,  mais  placé  au  milieu  d'événements  qui  se 
sont  passés  en  1173. 

Je  suis  étonné  que  nos  historiens  n'aient  pas  fait  ressortir 
l'originalité  de  la  révolte  de  1173.  II  ne  s'agit  pas  ici  de  vassaux 
qui  s'insurgent  contre  leur  suzerain.  La  prise  d'armes  a  presque 
un  caractère  national,  non  pas  sans  doute  que  le  mouvement 

fétrier  1i71  étaient  postérieurt  au  31  décembre  1171,  Buivant  Tasage  fateton  en 
▼iguear  au  XVl*  siècle.  Il  faut  remarquer  également  que  la  Chronique  de  Quitn" 
perlé  place  à  tçrt  la  mort  de  Conan  avant  celle  de  Hamon. 

(1)  Il  n*y  aurait  même  rien  d'impossible,  quoique  Robert  de  Torigni  n'en  parle 
pas.  à  ce  que  Henri  II  ait  «éjourné  quelque  peu  en  Bretagne  en  1172,  car  Benott 
de  Peter borough  après  avoir  mentionné  le  débarquement  du  roi  en  Normandie 
aux  environs  de  l'Ascension,  puis  son  voyage  i  Gaen,  nous  le.  montre  résidant 
[faciens  moram)  en  Bretagne,  puis  quelques  temps  après,  vers  la  Saint-Mathieu 
(21  septembre)  revenant  de  Bretagne  ;  car  rien  ne  vient  contredire  la  possibilité 
de  ee  voyage. 


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j;. 


MÉLAN6RS  HISTORIQUES  303 

soit  universel,  puisque  Rolland  de  Dinan  et  André  de  Vitré  par 
exemple  s'abstiennent  d'y  prendre  part,  mais  parce  que  le  but 
des  insurgés  est  d'obliger  le  roi  Henri  à  se  dessaisir  de  Tadmi- 
nisiration  du  pays  en  faveur  d'un  duc  national  qui  gouverne 
avec  des  administrateurs  nationaux;  il  s'agit  d'en  finir  avti:  Ih 
domination  du  roi  angevin  et  des  fonctionnaires  normands.  Or* 
cette  manifestation  du  sentiment  national  est  tellement  puis^aDte 
que  Henri  If  est  en  réalité  obligé  de  capituler,  qu'il  lui  faut  se 
dessaisir  d'une  partie  de  ses  pouvoirs  en  faveur  de  son  nis 
(Geofroi  1174),  et  abandonner  la  direction  de  l'administration 
bretonne  à  un  seigneur  breton  jadis  son  adversaire,  Rolland  de 
Dinan.  Désormais^  ceux  des  Bretons  qui  relèvent  l'étendard  de 
la  révolte  ne  sont  plus  des  patriotes,  ce  sont.des  rebelles  insurgés 
contre  un  duc  breton  et  contre  un  ministre  breton  ;  passer  sous 
silence  cette  transformation  des  événements,  c'est  déformer 
complètement  Thislbire  de  cette  période.  Je  sais  bien  que  de 
1175  à  1181  la  situation  de  Oeofroi  est  une  situation  indécise. 
C'est  lui  qui. parait  dans  toutes  les  affaires  de  Bretagne,  mais  il 
n'agit  en  réalité  que  comme  le  lieutenant  de  son  père,  et  quand 
il  a  terminé  le  règlement  des  affaires  urgentes,  en  1175,  il77, 
1179,  il  va  retrouver  son  père  et  ses  frères  et  les  accompagne  en 
Angleterre.  Ce  n'est  qu'en  1181  que  la  célébration  de  son  mariage 
avec  Constance  en  fait  positivement  un  souverain  breton. 

Eudon  de  Porhoët  était  rentré  de  France  en  1173  et  a  éUM. 
remis  en  possession  de  ses  domaines,  nous  dit  le  chroniqueur 
contemporain  Robert  deTorigni,  qui  ne  mentionne  aucun  change- 
ment dans  sa  situation  jusqu'à  l'acte  de  1175,  par  lequel  Geofrui 
réunit  au  domaine  ducal  les  portions  de  ce  domaine  possédera 
par  Eudon.  Il  n'y  eut  donc  de  campagne  dirigée  contre  Ëtidnii 
ni  en  1173,  ni  en  1174,  et  il  n'eût  pas  à  reprendre  deux  fois  de  plus 
le  chemin  de  la  France. 

Y  eut-il  lutte  en  1175  entre  Euion  et  Geofroi  ?  On  ne  peut  le  con- 
clure du  texte  de  Robert  de  Torigni,  mais  il  semble  bien  que  l^  s 
termes  employés  par  Benoît  de  Peterboroughappuientrhypolbiise 
d'une  résistance  de  la  part  du  vicomte  de  Porhoôt,  car,après  notss 
avoir  montré  le  roi  Henri  envoyant  son  fils  en  Bretagne  avMnî 
les  fêtes  de  Pâques,  il  raconte  que  «  Gaufroi,  comte  de  Breti^gne, 
«  détruisit  les  châteaux  qui  avaient  été  fortifiés  contre  son  père. 
«  et  fit  beaucoup  de  maux  aux  hommes  de  ce  pays  qui  avhieikt 
«  combattu  son  père  nu  temps  de  la  guerre  ».  De  la  révolta  de 


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304  RBVCB  DE  BRETAGNE 

1177  je  n'ai  rien  à  dire,  Robert  de  Torigni  étant  ici  la  source  de 
tous  nos  historiens  ;  quant  à  celle  de  1179,  je  ferai  simplement 
remarquer  qu*il  n'est  pas  prouvé  que  ce  soit  Geof roi  qui  ait  favo- 
risé le  cadet  au  détriment  de  ratoé,  en  réglant  à  son  gré  le  partage 
de  la  succession  du  vicomte  de  Léon,  car  on  trouverait  de  pareil- 
les inégalités  dans  des  partages  amiables,  dans  celui  qui  eut  lieu 
après  la  mort  du  duc  Geof  roi  I  ou  dans  celui  qui  eut  lieu  après  la 
mort  d'Eudon  I  de  Porboët. 

La  correction  que  M.  Delisle  a  apportée  à  la  chronologie  de 
Robert  de  Torigni  en  plaçant,  d'après  des  documents  authenti- 
ques, en  1181,  le  mariage  de  Geofroi  et  de  Constance,  que  ce 
chroniqueur  met  en  1180,  doit  ôtre  généralisée.  L'événement  n'est 
pas  mal  placé,  mais  le  point  de  départ  de  Tannée  1181  a  été  dépla- 
cé par  quelque  copiste.  Il  suit  de  là  que  T*on  peut  donner  posi- 
tivement la  date  de  1182  comme  étant  celle  de  la  rupture  entre  le 
roi  Henri  et  Geofroi,  et  par  conséquent  de  l'incendie  de  Rennes. 

Il  est  enfin  poss'ble  de  préciser  un  peu  plus  qu'on  ne  l'a  fait 
^  généralement  la  datte  des  derniers  rapports  de  Henri  II  aveô  les 
Bretons.  Son  expédition  de  1187  en  Bretagne  où  il  reprit  Morlaix, 
dont  Hervé  de  Léon  s'était  emparé,  non  pas  à  la  nouvelle  de  la 
naissance  d'Arthur,  comme  on  l'a  dit,  mais  à  la  nouvelle  de  la 
mort  de  Geofroi,  est  postérieure  au  mois  de  septembre,  date  de 
la  réconciliatioa  du  roi  et  de  son  fils  Richard,  laquelle  eut  lieu  à 
Angers.  C'est  ce  que  dit  positivement  Benoît  de  Peterborough . 
Le  vicomte  de  Léon  ne  garda  d'ailleurs  pas  rancune  au  roi  d'An- 
gleterre, car  Tannée  suivante,  à  Tattaque  de  Mantes  (septembre 
1188J,  son  frère  Guiomar  et  lui  se  distinguent  parmi  les  plus 
braves  soldais  de  Tarmée  anglaise,>»i  témoignagne  non  suspect 
de  Guillaume  le  Bpetm.  Enfin,  d'après  Benoît  de  Peterborough  t 
c'est  au  mois  de  janvier  1189.  après  la  Saint-Hilaire,  que  les  Bre- 
tons se  soulevèrent  contre  Honrilletsejoignirentauroi  Philippe 
et  au  comte  Richard,  qui  promireat  de  ne  pas  traiter  sans  eux. 

XXII.  —  Le  Roi  Richard  et  la  Bretagne 

Nos  historiens  modernes  se  sont  peu  occupés  des  rapports  du 
roi  Richard  d'Angleterre  et  de  la  Bretagne.  11  eût  cependant  été 
utile  de  faire  remarquer  que  la  politique  de  ce  chevaleresque 
personnage  avait  été  identiqueà  celle  de  son  père,  et  que,  comme 
lui,  il  a  prétendu  à  la  fois  exercer  sur  notre  jeune  duc  Artur  ses 


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MELANGES  HISTORIQUES  305 

droits  de  tutelle  et  de  suzeraineté.  Aussitôt  apr&s  son  couronne- 
ment en  1189,  il  semble  bien  être  venu  à  Nantes^  comme  dit  Le 
Baud,  pour  organiser  Tadministration  du  pays;  pendant  son 
séjour  en  Terre-Sainte  il  se  préoccupe  sans  doute  de  l'avenir  de 
son  neveu,  afflrme.en  écrivant  au  pape  (11  oclobi^e  1190)qu'Artur 
est  son  héritier  et  négocie  pour  lui  un  projet  de  mariage  avec 
Tune  des  filles  du  roi  Tancrède  de  Sicile  (11  novembre  1190)  ; 
mais  il  oblige  en  môme  temps  le  roi  de  France  Philippe-Auguste  à 
reconnaître  que  la  Bretagne  constitue  un  flef  normand  (mars 
1191);  si  bien  que,  lorsque  Philippe,  revenu  en  France  cherche  à 
s'entendre  avec  Jean,  le  frère  de  Richard,  c'est  à  la  fois  contre 
celui-ci  et  contre  Artur,  dont  tous  les  droits  sont  sacrifiés,  qu'est 
dirigée  Talliance  des  deux  princes. 

C'est  seulement  en  1194  que  Richard  rentra  en  Angleterre:  La 
guerre  qu'il  eut  à  soutenir  aussitôt  contre  le  roi  dé  France  l'oc- 
cupa pendant  près  de  deux  ans,  et  ce  n'est  qu'au  début  de  1196 
qu'il  pût  s'occuper  des  affaires  de  Bretagne,  oti  forcément  pen- 
dant son  absence  son  autorité  avait  en  fait  cessé  d'être  re- 
connue. 

Nous  possédons  sur  les  dissentiments  qui  se  produisirent  alors 
entre  le  roi  Richard  et  les  Bretons  un  certain  nombre  de  rensei- 
gnements. 

Quatre  faits  sont  certains  :  l'emprisonnement  de  Constance» 
le  soulèvement  des  Bretons,  le  pillage  de  la  Bretagne  par  l'armée 
de  Richard  et  la  soumission  des  Bretons  ;  mais  les  dates  de  ces 
diverses  péripéties  sont  loin  d'être  fixées. 

Tous  nos  historiens  modernes  sont  d'accord  pour  placer  en 
1196  le  début  des  hostilités,  et  l'emprisonnement  de  Constance 
qui  en  fut  le  signa!  ;  ils  suivent  ainsi  l'opinion  des  chroniqueurs 
anglais  contemporains,  notamment  de  RÔger«  de  Hdveden,  et 
rejettent  la  date  de  1198  donnée  par  la  chronique  bretonne,  dite 
Chronique  de  Penpont^  dont  on  connaît  d'ailleurs  le  peu  d'exac- 
titude chronologique  ;  comme  le  Chrontcon  BrUannicum  a  copié 
la  Chronique  de  Penpont,  il  n'y  a  lieu  d'attacher  aucune  impor- 
tance au  fait  qu'elle  reproduit  la  date  de  1198,  laquelle  est  d'ail- 
leurs en  contradiction  avec  celle  de  1196  que  la  même  chronique 
donne  plus  haut  à  un  récit  différent  des  mêmes  événements. 
Tous  nos  historiens  admettent  également  le  récit  de  Hoveden 
relativement  aux  circonstances  qui  accompagnèrent  l'emprison- 
nement de  Constance  et  rejettent  avec  raison  comme  fabuleux 


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306  RBVUB  DE  BRETAGNE 

les  deux  voyagres  que,  d'après  Le  Baud,  le  roi  Richard  aurait 
faits  à  ce  moment  eu  Bretagne . 

Après  l'emprisonnement  de  Constance,  Le  Baud  raconte  que 
les  barons  bretons  se  réunirent  à  Saint-Malo-de-Beignon  et  pro- 
clamèrent pour  leur  duc  le  jeune  Ârtur.  Il  semble  bien  qu'il  y 
ait  un  écho  de  hes  faits  dans  le  récit  de  Guillaume  de  Newbridge 
qui  aous  montre  les  grands  seigneurs  bretons,  après  avoir  refusé 
de  reconnaUre  Richard  comme  tuteur  de  son  neveu,  emmenant 
le  jeune  prince  dans  l'intérieur  de  la  Bretagne.  Certains  érudita 
intervertissent  ici  Tordre  des  faits  et  placent  l'assemblée  de 
Saint-Malo-de-Beignon  avant  Temprisonnement  de  Constance, 
mais  il  n'est  guère  vraisemblable  que  les  barons  aient  agi  de  ta 
sorte  tant  que  leur  duchesse  était  au  milieu  d'eux,  tandis  que 
cette  réunion  est  une  réponse  toute  naturelle  à  Temprisonnement 
arbitraire  de  Constance  par  Richard.  M.  Trévédy  (1)  a  essayé  de 
justifier  cette  interversion  en  faisant  remarquer  que  Le  Baud  ne 
donne  pas  le  titre  de  vicomte  à  Alain  de  Rohan,  dofht  il  signale  la 
présence  à  cette  assemblée,  ce  qui  indique^  dit-il,  que  son  père 
vivait  encore  et  que  par  conséquent  la  réunion  de  Saint-Malo  de 
Beignon  est  au  plus  tard  de  1195  ;  mais  cet  argument,  pour  être 
décisif,  supposerait  chez  Le  Beau  une  précision  que  ce  chroni- 
queur est  loin  de  posséder  toujours.  Parmi  les  autres  seigneurs 
dont  la  présence  est  mentionnée  à  la  môme  réunion  se  trouve  un 
Amaury  de  Montfort  que  M.  Trévédy  a  pris  pour  un  seigneur  de 
Montfort-sur^Meu.  Il  y  a  là  une  erreur  certaine.  Gomme  nous 
l'apprend  M.  Tabbé  Guillolin  de  Corson,  le  seigneur  de  Montfort 
sur-Meu  qui  vivait  à  cette  date  s'appelait  Guillaume.  Il  n'y  avait 
à  ce  moment  qu'au  seul  Amaury  de  Montfort  :  c'était  un  baron 
français,  seigneur  de  Montfort  TAmaury  près  Paris.  Aussi  sa 
présence  en  Bretagne  est-elle  assez  inexplicable.  De  tous  les 
chroniqueurs  contemporains,  Roger  de  Hoveden  est  le  seul  qui 
nous  montre  Artur,  après  l'échec   des  négociations   engagées 
pour  obtenir  la  liberté  de  sa  mère,   envahissant  les  terres 
du  roi  son  oncle  et  y  portant  l'incendie.  Je  ne  sais  sll  faut 
prendre   cette    assertion    au    pied    de   la   lettre   et  je   serais 
plutôt   tenté   d'y    voir  une  allusion   à    la   guerre   qui  éclata 
entre  les  Bretons  partisans  d'Artur  et  les  Bretons  partisans 


(I)  La  Bataille  contre  les  Anglais  auprès  de  Garhaix  (ii98)  (Association 
bretonne^  année  1900).  . 


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i\  !  ■*:  '<i  ^  ''  ^'  I 


MÉLANGES  HISTORIQUES  . .  307 

de  Richard,  car  pas  plus  en  1196  qu'au  temps  de  Henri  II,  la 
Bretagne  n'était  unanime  dans  sa  résistance  aux  prétentions 
des  rois  angevins.  La  prise  et  la  destruction  de  Montfort  par 
Alain  de  Dinan  me  paraissent  Ôtre  un  des  épisodes  de  cette 
guerre  civile  Je  pense,  avec  M.  Trévédy,  que  Le  Baud  a  eu  tort 
de  ranger  Alain  de  Dinan  parmi  les  partisans  de  Richard,  puisque 
Guillaume  le  Breton,  auteur  contemporain,  nous  montre  ce 
personnage  luttant  sous  les  murs  d*Aumaie  à  la  fin  de  cette 
même  année  1196  contre  le  roi  d'Angleterre  ;  mais  je  ne  saurais 
partager  Topinion  de  cet  éru  lit  lorsqu'il  place  en  1197  la  destruc- 
tion de  Montfort  et  qu'il  prétend  qu'Alain  de  Dinan  ne  ruina 
cette  ville  que  pour  l'empécher  de  tomber  aux  mains  de  Richard. 
Ce  qui  a  conduit  Mp  Trévédy  à  cette  supposition  un  ppu  hasardée, 
c'est  qu'il  a  cru  trouver  dans  Le  Baud  la  preuve  que  le  seigneur 
de  Montforl-sur-Meu  était  un  partisan  dévoué  du  jeune  Artur. 
Mais,  comme  je  Tai  dit,  le  seigneur  deMontfort-sur-Meu  s'appelait 
alors  Guillaume  et  il  n'y  a  pas  de  Guillaume  de  Montfort  dans  le 
camp  du  duc  de  Bretagne.  On  y  trouve  un  Amaury  de  Montfort, 
mais  c'est,  comme  je  l'ai  indiqué,  on  baron  français  ;  on  y  trouve 
également  un  Raoul  de  Montfort,  mails  celui-ci  est  en  réalité  un 
seigneur  de  Oaôl.  Il  est  donc  beaucoup  plus  logique  de  conclure 
que  Guillaume  t)e  Montfort  suivait  le  parti  du  roi  Richard. 

Après  avoir  différé  pendant  quelque  temps,  te  roi  d'Angleterre 
se  décida  à  agir  énergiquement  contre  la  Bretagne,  et  à  y 
envoyer  une  armée  que,  d'après  Roger  de  Hoveden,  Guillaume 
le  Breton  et  Gervais  dé  Gantorbéry,  il  conduisait  eu  personne. 
D'après  les  chroniqueurs  anglais^  les  Bretons,  consternés  des 
ravages  que  cette  armée  aurait  exercée  dans  leur  pays,  se  seraient 
vus  contraints  de  faire  leur  soumission  et  de  replacer  Artur  sous 
la  tutelle  de  Richard.  Seul,  Guillaume  le  Breton  prétend  que  le 
roi  d'Angleterre  ne  put  triompher  de  la  résistance  bretonne, 
mais  il  est  probable  que  son  patriotisme  lui  a  fait  dissimuler  la 
vérité,  et  tous  les  historiens  modernes  acceptent  en  gros  le  récit 
des  chroniqueurs  anglais.  Cependant,  tandis  que  ceux-ci  ne 
parlent  que  d*une  seule  expédition  anglaise  en  Bretagne,  nos  his- 
toriens modernes  en  admettent  deux:  Tune  dirigée  par  Richard, 
l'autre  par  le  routier  Marcadé.  M.  de  La  Borderie  place  la  pre- 
mière en  1196  et  la  seconde  en  1197  ;  M. Trévédy  leur  attribue  res- 
pectivement les  dates  de  1197  et  1198.  Cela  tient  à  ce  que  M.  Tré- 
védy croit  que  Richard  ravagea  la  Bretagne  la  semaine  sainte, 


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308  REVUE  DE  BRETAGNE 

comme  semble  le  dire  Guillaume  le  Breton  ;  il  ne  pourrait  évidem- 
ment s'agir,  en  ce  cas,  que  de  la  semaine  sainte  de  1197,  l 's  hos- 
tilités paraissant  bien  ne  s'être  engagées  qu'après  le  15  août  1196. 
Mais  il  est  certain^  d'autre  part,  que  la  soumission  des  Bretons 
eut  lieu  en  1197,  comme  le  dit  M.  de  la  Borderie,  et  non  en  1198 
comme  le  dit  M.  Trévédy.  Roger  de  Hoveden  donne  positivement 
cette  date  et  l'appuie  de  ce  synchronisme  qu'elle  est  contempo- 
raine de  l'évolution  qui  porta  les  Flamands  de  l'alliance  du  roi  de 
France  à  celle  du  roi  d'Angleterre,  et  si  quelques  chroniqueurs 
contemporains,  comme  Guillaume  de  Newbridge  par  exemple, 
adoptent  une  autre  date,  c'est  pour  placer  la  soumission  des  Bre- 
tons encore  plus  tôt,  à  la  fin  de  1196.  Il  n'y  a  donc  aucune  raison 
de  corriger  les  dates  données  par  M.  de  la  Borderie. 

Mais  il  faut  alors  admettre  que  Guillaume  le  Breton  a  confondu 
les  deux  expéditions  des  troupps  anglaises  en  Bretagne.  D'un 
côté,  en  effet  il  place,  comme"je  l'ai  dit,  les  ravages  de  l'armée  de 
Richard  pendant  une  semaine  sainte  qui  ne  peut  être  que  celle 
de  1197  ;  de  l'autre,  il  les  raconte  entre  la  surprise  de  Nonencourt 
par  Richard  et  le  combat  d'Âumale,  deux  événements  qui  au  dire 
de  tous  les  chroniqueurs  se  placent  en  1196.  Guillaume  le  Breton 
a  donc  attribué  à  l'armée  de  Richard  des  excès  dont  l'armée  de 
Marcadé  doit  porter  la  responsabilité.  Celui-ci,  (\m  guerroyait  le 
19  mai  1197  sur  la  frontière  franco-normande  contre  Pévôque  de 
Beauvais,  pouvait  fort  bien  être  en  Bretagne,  au  mois  d'avril,  et 
s'il  y  a  été  envoyé,  comme  le  dit  la  Chronique  de  Penponiy  après 
la  mort  d'Alain  de  Dinan,  c'est  donc  qi^é  celui-ci  est  mort  au 
plu?  tard  au  commencement  de  1197,  comme  le  dit  M.  l'abbé 
Guillotin  de  Corson  (1)  et  non  en  1198  comme  le  dit  M.  Trévédy. 
Or,  nous  savons,  par  Guillaume  le  Breton^  qu'Alain  de  Diaan 
se  trouvait  dans  l'armée  française  lors  du  combat  d'Aumale  oh 
il  eût  la  gloire  de  désarçonner  le  roi  Richard,  et  que,  de  plus 
il  s'y  trouvait  en  fugitif,  le  roi  d'Angleterre  l'ayant  récemment 
dépouillé  de  ses  domaines  patrimoniaux,('«o/t<mct/î  7iuper  aviium 
Richardi  injuste  abstulerat  violentia  régis). 

Mais  si  c'est  en  apprenant  la  mort  d'Alain  que  Richard  envoya 
Marcadé  en  Bretagne,  ne  serait-ce  pas  qu'Alain  venait  de  rentrer 
dans  son  pays,  d'y  remporter  quelques  succès,  par  exemple  de 
prendre  Montfort,  et  que  sa  mort  paraissait  au  roi  d'Angleterre 

(I)  Les  Grandes  Seigneuries  de  Haute^Bretagne^  tome  II,  page  35* 


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MÉLANGES  HISTORIQUES  309 

avoir  suffisamment  affaibli  son  parti  pour  qu'il  pût  aisément  en 
triompher.  Richard  aurait  donc  confisqué  les  domaines  d'Alain 
de  Dinan  au  moment  où  il  se  saisissait  de  la  personne  de  Cons- 
tance^ dont  Alain  avait  été  et  était  peut-être  encore  Thomme  de 
confiance,  le  sénéchal. 

Ogée,  parlant  de  Garmoët  dans  son  Dictionnaire  de  Bretagne, 
place  sur  le  territoire  de  cet'e  commune  la  bataille  livrée  en  911 
entre  les  païens  d'une  part,  les  duc»  Richard  et  Robert  de  Tau- 
tre.  Or  dans  celle  mention  MM.  de  Blois,  Jollivetet  Trévédy  ont 
vu  un  souvenir  plus  ou  moins  défiguré  de  la  défaite  de  Marcadë 
aux  environs  de  Garhaix.  Il  i^'en  est  rien,  et  il  sufiit  de  se  repor* 
ter  aux  chroniques  du  X®  siècle  pour  voir  que  la  bataille  dont  il 
ici  question  n'est  aulre  que  la  victoire  remportée  sur  les  Norlh- 
mands  par  les  ducs  Robert  de  France  et  Richard  de  Bourgogne 
près  de  Carnutes  (Chartres),  dont  Ogée  a  cru  fort  mal  à  propos 
retrouver  le  nom  dans  Carmoôt. 

Enfin  Guillaume  le  Breton,  après  avoir  raconté  la  dévasiation 
de  la  Bretagne  par  le  roi  Richard,  ajoute  que  les  Bretons  ne  vou- 
lurent jamais  remettre  Artur  entre  ses  mains  et  qu'ils  le  con- 
fièrent au  roi  de  France,  lequel  le  fit  élever  à  sa  cour,  avec  son 
fils  Louis.  Certains  érudits  en  ont  conclu  qu'Arlur  avait  été 
remis  aux  mains  de  Philippe-Auguste,  du  vivant  de  Rinhard, 
puis  qu'il  était  revenu  en  Bretagne  après  la  conclusion  de  la  paix 
et  que  sa  mère  Tavait  confié  une  seconde  fois  en  1199  au  roi  de 
France.  Ces  allées  et  venues  d'Artur  sont  en  elles-mêmes  assez 
invraisemblables  ;  aucun  document  ne  les  atteste,  et  il  semble 
bien  qu'Arlur  ne  se  rendit  qu'une  eeule  fois   près  du  roi  de 
France  et  cela  en  1199.  Si  Guillaume  le  Breton  parle  de  cet  évé- 
nement à  une  date  plus  ancienne,  c'est  parce  qu'à  cet  endroit  il 
exquisse  à  Tavance  la  carrière  du  jeune  prince,  à  la  mort  duquel 
il  fait  môme  allusion  dans  les  lignes  qui  suivent. 

(A  suivre.)  V**  Ch.  db  la  Landb  dk  Calan* 


1^^ 


Dêtembre  1908  #A 


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CONTES  DE  GRAND'MÈRES 

(Suite)  {\y 


IIVTONNE  EST  MORTB 


Il  y  avait  une  fois  uq  ralon  et  une  ratoane  qui  demeuraient 
dans  une  petite  mai  on  au  coin  d'un  champ.  R^itoa  partait  tous 
les  matins  pour  son  travail  et  Ratontle  restait  au  logis  pour  faire 
son  ménage  et  sa  cuisine. 

Un  soir  que  Raton  rentrait  chez  lui,  la  journée  faite,  il  trouva 
sur  son  chemin  un  bel  épi  de  blé.  Ah  !  la  bonuB  affaire,  se  dit-il, 
je  vais  le  porler  à  Ra'onne  qui  le  donnera  à  moudre  au  meunier 
et  nous  fera  une  bonne  bouillie. 

Et  Rdtonne  porta  le  blé  uu  meunier  pour  qu'il  le  fit  moudre  et» 
quand  le  blé  fut  moulu,  elle  emporta  sa  farine.  Ça  ne  faisait  pas 
un  bien  gros  tas,  mais  Raton  et  Ratonne  n'étaient  pas  bien  gros 
non  plus. 

Le  lendemain  matin,  Raton  partit  travailler  comme  d*habitude. 
—  «  Tu  m'appelleras  dès  que  la  bouillie  sera  cuite,  dit-il  à 
Ratonne,  pour  qu'on  la  mange  bien  chaude  »  ;  et  Ratonne  le  lui 
promit. 

Une  voisine  prêta  un  bassin  pour  faire  la  bouillie.  Ratonne  la 
démêla  bien  démêlée  et,  quand  elle  la  trouva  cuite,  appela  Raton 
de  toute  ses  forces.  —  Mais  Raton  n'entendait  point. 

Alors  Ratonne^  voulant  se  hausser  pour  que  sa  voix  portât  plus 
loin,  ne  trouva  rien  de  mieux  que  de  grimper  sur  le  bord  du 
bassin  de  bouillie.  Le  pied  lui  glissa,  la  voilà  dans  la  bouillie... 

Pendant  ce  temps-là  Raton  attendait  toujours  que  sa  Ratonne 
rappelât,  comme  elle  l'avait  promis.  Voyant  que  le  temps  passait 
et  que  rien  ne  venait,  il  se  décida  à  rentrer  pour  ne  pas  risquer 
de  laisser  refroidir  son  dîner. 

(I)  Voir  la  Revue  de  septembre  1908. 


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"S- 


GONTBS  DE  ORANDICÉRIS  SU 

Bû  arrivant  à  la  maison  il  vit  bien  la  bouillie  toute  prdte,  mais 
point  de  Ratonne. 

—  «  Je  vais  toujours  commencer  à  manger  en  l'attendant  »« 
se  dit-ii,  mais  comme  il  allait  tremper  sa  cuiller  dans  le  bassin^ 
M  aperçut  dedans  le  corps  de  la  pauvre  Ratonne. 

^  «  Ah  !  cria-t-il,  Ratonne  est  morte  !  » 

—  «  Ratonne  est  morte,  dit  le  balai  qui  était  dans  un  coin^  alors 
je  vais  balayer  la  place  »  ;  et  le  balai  se  mit  à  balayer  tout  seul. 

*—  «  Que  fais-tu  là,  dit  la  porte  étonnée,  et  pourquoi  balayes- 
tu  comme  c&  tout  seul  ?  » 

—  «  Tu  ne  sais  donc  pas,  dit  le  balai,  Ratonne  est  morte 

Quand  j'ai  vu  ça,  je  me  suis  mis  à  balayer.  » 

—  «  Eh  bien,  dit  la  porte,  moi  je  vais  me  dégoûter  »  ;  et  la 
porte  se  mit  à  se  dégonter  pendant  que  le  balai  balayait. 

Arrive  une  charrette  traînée  par  deux  grands  bœufs  noirs, 
«  Que  fais-tu  là,  dit-elle  à  la  porte,  et  pourquoi  te  dégontes-tu 
comme  cela  ?  » 

—  «  Tu  ne  saisdpnc  pas,  dit  la  porte,  Ratonne  est  morte,  balai 
qui  balaye  ;  alors  moi  je  me  suis  mise  à  me  dégonter.  » 

—  c  Bh  bien,  dit  la  charrette,  moi  je  vais  m'en  aller  à  reculons*  » 
Et  la  charrette  de  retourner  d'où  elle  venait,  entraînant  a^rès  elie 
les  bœufs  qui  n'y  comprenaient  rien  du  tout. 

Par  là  passa  une  bande  d'enfants  qui  allnient  s'amuser.  Us 
avaient  chacun  un  joli  petit  potuau  (i)  qu*on  leur  avait  donné* 
Us  furent  bien  étonnés  de  voir  une  charrette  qui  marchait  en 
arrière  en  traînant  les  bœufs  après  elle. 

-  «  Que  faites  vous  comme  ça  »,  lui  dirent-ils  ? 

—  «  Vous  ne  savez  donc  pas,  dit  la  charrette,  Ratoane  est 
morte,  balai  qui  balaye,  la  porte  qui  se  dégonte,  alors  moi  je  me 
suis  mise  à  aller  à  reculons.  » 

—  c  Eh  bien  nous,  dirent  les  enfants,  nous  allons  casser  dos 
petits  potuaux  »  ;  et  là  dessus  ils  allèrent  chercher  des  pierres 
pour  casser  leurs  petits  potuaux. 

Un  femme  passa  par  là  avec  une  binelle  pleine  de  pâte  qu'elle 
portait  au  four. 

--  «  Que  faites-vous  là,  petits  sots,  dit-elle  aux  t^nTant^, 
pourquoi  cassez-vous  ces  jolis  petits  potuaux  avec  lesquels  vous 
pourriez  bien  vous  amuser  ?  » 

(1)  Potuau,  petit  pot. 


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312  REVUS  DE  BRETAGNE 

—  €  Voua  ne  savdz  donc  pas,  dirent  Jes  enfants,  Ratonne  est 
morte,  balai  qui  balaye,  la  porte  qui  se  dégonte,  la  charrette  qui 
va  à  reculons;  alors  nous  nous  sommes  mis  à  casser  nos  petits 
potuaux.  » 

—  ce  Sh  bien,  dit  la  bonne  femme,  moi  je  vais  jeter  ma  pâte 
au  cochon  »  ;  et  elle  s'en  alla  porter  sa  pâte  au  coction. 

Un  tiomme  passait  par  là. 

—  «  Que  faites  vous  là,  ma  bonne  femme,  dit^il  ;  étesvous 
folle  de  jeter  votre  pâte  au  cochon  au  lieu  d'en  faire  un  boa 
pain?  » 

—  ti  Vous  ne  savez  donc  pas,  dit  la  bonne  femme,  Ratonne  est 
morte,  balai  qui  balaye,  la  porte  qui  se  dégonte,  la  charrette  qui 
vaàreculons,  les  enfants  qui  cassent  leurs  petits  potuaux... 
alors  moi  Je  suis  allée  jeter  ma  pâte  au  cochon.  » 

—  «  Ëh  bien,  dit  l'homme,  moi  je  vais  aller  abattre  ma  maison*  ^ 
Et  il  s'en  alla  abattre  sa  maison. 

Et  tout  cela,  mes  enfants,  parce  que  la  pauvre  Ratonne  était 
morte* 

(A  suivre-] 

A.  D.  RoAZOUN, 


ii 


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SAINT-MARS-LÀ-JAILLE 

ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS 

(Suite  *). 

DE  LA  PORTE-VEZINS 

«  De  gueules  à  4  croissant  montant  d'hermines^  resarceli 
(for  »  (2). 

La  maison  de  la  Porte,  «  de  Porta  »,  possède,  au  moins  dès  le 
XIP  siècle,  le  flef  et  château  fort  de  Vezins  en  Anjou.  On  trouve 
parmi  ses  membres  : 

Gausbert  de  la  Porte,  (seigneur  de  Vezins)  qui  figure,  en  1061, 
parmi  les  témoins  d'un  accord  passé  entre  Geoffroy  le  Barbu, 
comte  d'Anjou,  et  les  moines  de  Saint-Florent-le-Vieil  (3). 

Hardouin  de  la  Porte,  croisé  eu  1191  (4)  ;  Jean  de  la  Porte  en 
1224  (5)  ;  Gervais  de  la  Porte  en  1228  (6). 

Beaudown  de  la  Porte,  époux  de  Marie  de  Lusignan,  dont  la 
fille.  Barbe  épousa,  en  1335,  Geoffroy  d'Andigné  (7). 

Jean  /•'  de  la  Porte,  chevalier,  que  le  lieutenant  d'Anjou,  Guil- 
laume de  Graon,  autorise,  en  1357,  à  requérir  les  habitants  de 
Vezins  <c  pour  faire  le  guet  et  garde  et  restaurer  son  chastel, 
ouquel  a  moult  grant  et  belle  forteresse  (8)  ». 

Aucun  de  ses  seigneurs  n'a  possédé  Saint-Mars-la-Jaille,  non 
plus  qn'Hardouin,  V  du  nom,  marié,  comme  nous  Tavons  vu, 
k  Marguerite  de  laJaille,  dame  du  Bouchaud.  Leur  fils, 

(i)  Voir  la  Revue  de  novembre  1908. 

(a)  Célestin  Port,   Dictionnaire  historique  de  Maine-et-Loire.  Art.  Vezins. 

(3)  Bibliothèque  deVEcoledes  Chartes,  année  1876,  P.  897. 

(4)  P.  Potier  de  Gourcy.  Nobiliaire  et  Armoriai  de  Bretagne. 

(5)  Célestin  Port,  DicL  hist.  de  Maine-et-Loire.  Art.  Vezins. 

(6)  îbid. 

(7)  Généalogie  de  la  Maison  de  Saisy  de  Kerampail  (comtesse  du  Laz). 

(8)  Archives  de  Maine-et-Loire,  G,  io5,  f.  43. 


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314  REVUE  DE  BRETAGNE 

Hardouin  II  de  la  Porte,  baron  de  Vezins,  chevalier,  devient 
l'héritier  de  cette  terre  et  châtellenie  par  son  mariage,  en  1400, 
avec  Marguerite  de  la  Jaillb  sa  cousine  germaine,  dame  de  la 
Haie,  paroisse  de  Saint-Mars-Lolivier  et  de  la  Provostière,  en 
Bonnoeuvre,  flile  de  Yvon  XIII  de  la  Jailie  et  de  Jeanne  du 
Guignen. 

Héritière  des  possessions  de  son  oncle,  Jean  de  la  Jailie,  et  des 
autres  biens  de  la  branche  atnée  de  sa  maison,  Marguerite  ap- 
porta à  la  maison  de  la  Porte,  outre  les  terres  nommées  ci-des- 
sus, la  seigneurie  de  Saint-Mars-la-Jaille,  celles  de  la  Jailie  en 
Noellet  et  de  Pordic,  La  Jaille-Yvon  demeurait  en  douaire  à 
Jeanne  de  Guignen  (1). 

En  1400  (2)  Hardouin  II  reçut  pour  sa  femme  les  aveux  des 
vassaux  de  la  Jailie  parmi  lesquels  Taveu  de  Jean  de  Quatre" 
barbes,  pour  la  terre  de  Bouille,  relevant  de  la  châtellenie  de  la 
Jaille-Yvon  (3).  Ils  n'entrèrent  toutefois  en  possession  de  la  terre 
de  Saint-Mars  qu'après  la  mort  de  Jean  de  la  Jailie,  en  1429  (4)* 
Hardouin  II  et  Marguerite  laissaient  deux  fils,  1^  Jean  qui  suit» 
et  2*  François  de  la  Porte. 

Jean  II  de  la  Porte,  sire  de  Vézins  et  de  la  Jailie,  en  Anjou^ 
seigneur  de  Saint-Mars,  de  Montgrison  et  de  la  Sernière,  pa- 
roisse de  Saint-Médard^  ou  Saint-Mars  de  l'Olivier,  baron  du 
Pordic  et  sieur  de  la  Ville-Saliou  en  Pordic,  etc.  (5)  épousa  Afarie 
de  Bieux,  tiuiiièxne  euid^ni  du  deuxième  mariage  de  Jeanne  de 
Rochefort  et  d'Ancenis  avec  Jean  II  de  Rieux.  D'après  du  Paz  ce 
mariage  eut  lieu  en  1435  (6)  de  Jean  de  la  Porte  et  Marie  de  Rieux 
naquit  une  seule  fille,  Béatrix^  décédée  vers  1459,  sans  postérité. 

François  de  la  Porte  se  trouva,  eu  1478,  seigneur  de  Vézins 
et  de  la  Jailie,  châtelain  de  Saint-Mars,  dans  la  possession  des- 
quelles seigneuries  il  était  entré  par  suite  du  décès  de  la  fllle  de 

(i)  Notice  communiquée  par  M.  le  marquis  deBrisay,  sur  la  maison  de  la 
Jailie. 
(a)  Archiva  de  la  Loir û'Ir\Jér leur e^  E,  272. 

(3)  Biblioiftèque  Nationale,  Mss.  P.  0,  dossier  Quatrebarbe, 

(4)  Notice  communiquée  par  M.  le  marquis  de  Brisay. 

(5)  P.  Potier  de  Courcy,  Nob.  et  Arm.  de  Bretagne. 

(6)  Du  Paz,  Hist.  généalogique  de  plusieurs  maisons  de  Bretagne.  Dans  son 
contrat  de  mariage,  Jean  de  la  Porte  est  gratifié  des  titres  de  seigneur  de 
Saint-Mars-la- Jailie,  de  la  Jaille-Yvon  et  du  Pordic. 


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SAINT-MARS-LA-JAILLB  BT  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  31S 

son  frère  Jean  meotionné  ci-dessus.   François  mourut  avant 
1503  (1)  son  fll8, 

Jean  III  ob  la  Port^,  lui  succéda  en  ses  titres  et  possessions, 
comme  sire  de  Vezins,  de  la  Porte,  de  la  Jaille,  baron  de  Pordic 
et  châtelain  de  Saint-Mars.  Il  en  est  seigneur  en  i513  (2)  assiste 
en  1531  à  la  consécration  de  Féglise  paroissiale  (3)  et  figure  éga- 
lement en  1533  dans  la  liste  des  seigneurs  relevant  de  la  baron- 
nie  d'Âncenis  :  «  Jehan  de  la  Porte  et  sa  compagne,  sieur  et 
dame  de  Saint-Mars  et  du  Tremblay.  »  (4)  Jean  III  dp  la  Porte  ne 
conserva  qu'une  filie  de  son  mariage  avec  Jeanne-ThomaB  a'Or^ 
son,  ce  fut  : 

Marthb  de  la  Ports,  dame  de  Vézins^  de  la  Jaille,  de  Pordic, 
de  Saint-Mars  et  autres  lieux,  héritière  de  la  branche  atnée  des 
delà  Porte,  qui  épousa,  par  contrat  du  15  juin  1535,  «  le  mesme 
jour  que  furent  faites  leurs  fiançailles  au  ch&teau  de  la  Jaille  »  (5). 
François  Le  Porc,  seigneur  de  l'Archapt,  paroissç  de  Romagné, 
de  Villeneuve,  du  Plessis  de  Casson,  du  Moulin  de  Nort,  baron 
de  Charné  et  connétable  de  Nantes,  en  1549  (6).  Une  des  condi»- 
tions  du  contrat  fut  que  les  enfanta  qui  naîtraient  de  cette  union 
joindraient,  au  nom  et  aux  armes  des  Le  Porc,  le  nom  et  les 
armes  de  La  Porte. 

Les  Le  Porc  portaient  «  d'or  au  sanglier  de  sable  en  furie 
(sceau  1420)  (7).  Alias  ;  «  d'argent  au  porc  de  sable  défendu  et 
clarine  d'argent  i»  (8). 

(i)  Archives  de  la  Loire-Injérienre,  E,  274.  —  Du  Paz,  HUt.  généalogique 
précitée. 

(a)  Archivés  de  la  Loire-  Inférieure^  B,  ai,  f.  i3. 

(3)  Arch.  de  la  Loire-Injérieure,  G,  58a.  Un  titre  de  cette  époque  le  men- 
tionne comme  seigneur  temporel  du  lieu  de  Saint-Mars-de-la-Jailie. 

(4)  Blancs- Manteaux,  t.  47,  p.  337. 

(5)  Du  Paz,  Hlsloire  généalogique  précitéo.  Ce  château  de  la  Jaille  ne 
peut  être  antre  que  celui  de  Saint- Mars,  pui.^que  la  Jaille- Yvon  n'avait  pas 
d'habitation,  et  que  la  Jaille  en  Noellet  appartenait  déjà  aux  d'Avoines. 

(6)  Archives  de  la  Loire-Inférieure,  série  B,  1367  ;  et  Du  Paz,  Hisi.  généa- 
logique, etc. 

(7)  P.  Potier  de  Courcy,  Nob.  et  Armoriai  de  Bretagne. 

(8)  G.  Port,  Dictionnaire  généalogique  et  biographique  de  Maine-et-Loire, 


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316  REVUE  DE  BRETAGNE 


MAISON  LE  PORC  DB  LA  PORTE 

«  D'or  au  sanglier  de  sable. en  furie  »  (sceau  1429),  alias  : 
€  Ecartelé  de  la  Porte-Vezins,  »  alias  :  «  Ecartelé  au  i  du  Porc, 
au  2  (for  à  la  fasce  crénelée  de  gueules,  qui  est  la  Tour-Landry  ; 
au  S  de  la  Porte,  au  4  de  Rohan  (1).  » 

Cette  nouvelle  branche  naquit,  ainsi  que  nous  venons  de  le 
voir,  de  la  fusion  des  de  la  Porte  Vezins  et  des  Le  Porc,  par  le 
mariage  de  Marthe,  héritière  de  la  branche  aînée  des  barons  de 
Veains,  avec  François  Le  Porc,  seigneur  de  TArchapt.  Ce  ma- 
riage eut  lieu  le  15  juin  1535.  François  rendit  aveu  au  baron 
d'Ancenis  pour  sa  terre  de  Saint- Mars  de  la  Jaille,  le  12  avril 
1548  (2).  François  Le  Porc  et  Marthe  de  la  Porte  eurent  six  en- 
fants :  deux  garçons  et  quatre  filles  dont  Tune  épousa  Mathurin 
de  la  Bruneterie,  seigneur  du  Plessis  de  Oesté.  L'aîné  des  flts  et 
l'héritier  de  François  fut  : 

Jacques  Le  Porc  de  la  Porte,  baron  de  Vezins,  seigneur  de 
TArchapt,  de  Villeneuve,  du  Plessis  de  Gasson,  du  Moulin  de 
Nort,  baron  de  Gharné,  et  seigneur  de  Saint-Mars-la-Jaille  (3).  Il 
épousa  !•  le  17  juin  1556,  Marguerite -Claudine- Anne  de  la  Noue, 
sœur  du  brave  La  Noue  Bras-de-fer  ;  —  2*  le  6  avril  1578,  Louise 
de  Maillé  de  Lathan,  veuve  de  Louis  Legay.  De  son  premier 
mariage,  Jacques  Le  Porc  eut  trois  enfants  : 

René,  dont  nous  raconterons  la  romanesque  histoire  ; 

Judith,  qui  épousa  Huger,  seigneur  de  la  Mancelière  (4)  ; 

Isabeau  qui  eut,  comme  époux,  Gilles  de  Bomillé,  seigneur  de 
Pontglou  (5). 

Du  second  mariage  de  Jacques,  avec  Louise  de  Maillé,  na- 
quirent : 

l""  Jeany  qui  mourut  sans  postérité  (6). 

2<*  Marquise  Le  Porc  db  la  Porta,  qui  porta  la  terre  de  Saint- 
Mars-la-Jaille  dans  la  maison  Bourigan  du  Pé,  par  son  mariage 

(i)  P.  Potier  de  Gourcy,  Nobiliaire  et  Armoriai  de  Bretagne. 
(a)  Archives  de  la  Loire-Inférieure,  E,  a6o. 

(3)  Archives  delà  Loire-lnjérieure,  E,  683. 

(4)  E.  Bonnemère,   Une  Famille  bretonne -angevine. 

(5)  Ibid, 

(6)  Archives  de  la  Loire-Injérieure,  E,  683. 


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SAiNT-MARS-LA-JAILLB  ET  SBS  ANCIENS  SEIGNEURS  117 

avec  Glaudb  db  Bouriqan  du  Pé,  seigaeuR  d'OrvauIt,  de  la  Ctia- 
pelle-sur-Erdre,  ds  la  Gascherie  et  autres  lieux  (1). 

Louise  de  Maillé  de  Lathan,  devenue  veuve  de  Jacques  L,e 
Porc  de  la  Porte^  se  remaria,  ainsi  que  nous  le  verrons,  pour  la 
troisième  fois,  avec  Laurent  de  la  Crilloire. 

LE  ROMAN  DE  RENÉ  LE  PORC  DE  LA  PORTE 

Jacques  Le  Porc,  baron  de  Vezins,  détestait  sa  première  femme 
et  haïssait  les  enfants  nés  de  cette  union.  Cette  aimable  disposi- 
tion lui  inspira  un  jour  le  désir  de  se  défaire  au  moins  de  ceux  ' 
ci.  Il  fit  donc  conduire  ses  deux  filles,  Isabeau  et  Judith,  chez  un 
de  ses  fermiers  de  Bretagne,  à  qui  il  ordonna  de  les  élever  en 
simples  paysannes,  en  les  habituant  aux  travaux  des  champs. 
Elles  vécurent ^ainsi,  sous  le  chaume,  jusqu'en  1573,  époque  de 
la  mort  de  leur  mère.  Nous  verrons  bientôt  ce  qui  leur  adviat 
par  la  suite. 

Quant  à  leur  frère  René,  son  père  l'envoya,  dès  l'âge  de  trois 
ans,  à  la  Rochebernard  (prèi  de  Gbâteaudun)  dani  une  de  sas 
terres.  Après  l'y  avoir  fait  garder  à  vue  pendant  quelque  temps, 
il  chargea,  un  jour^  deux  serviteurs  dévoués  à  ses  ordres  d'aller 
prendre  l'enfant,  sous  prétexte  de  le  conduire  à  son  château  du 
Plessis-Cassôn,  dans  Tévôché  de  Nantes,  puis  de  le  perdre  ea 
chemin,  de  l'égarer,  de  le  faire  disparaître,  en  un  mot,  d'ucie 
manière  quelconque...  ou  autrement... 

Mais,  malgré  l'éloquence  sonnante  et  trébuchante  des  argu- 
ments pleins  de  rondeur  que  le  seigneur  de  la  Porte  avait  su 
mettre  en  œuvre  pour  les  décidera  agir,  les  deux  domestiques, 
reculèrent  devant  l'horreur  d'une  pareille  mission  et  ramenèrent 
secrètement  le  jeune  enfant  en  Anjou,  après  avoir  imaginé  un 
ngénieux  stratagème  pour  faire  croire  au  biron  de  Vezins  qu'ils 
avaient  accompli  ses  ordres  cruels. 

S'étant  donc  arrêtés  dans  la  petite  ville  des  Rosiers,  sur  les 
bords  de  ia  Loire,  ils  firent  dire  à  Jacques  Le  Porc  que  René, 
saisi  par  une  maladie  subite,  était  décédé  en  cette  ville,  le  19  oc- 
tobre 1563.  Ils  mirent  ensuite  une  bûche  dans  la  bière  pour  si- 
muler le  corps  de  l'enfant,  et  le  curé  des  Risiers.  ignorant  nu 
complice,  célébra  digaement  les  obsèques    du    jeune    gentil- 

(i)  Archives  de  la  Loir e-injér leur e^  E,  684. 

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31S  REVUE  DE  BRETAGNE 

homme,  pais  délivra  aux  deux  serviteurs  le  certificat  bien  et 
dûment  signé  de  son  décès  et  de  son  inhumation. 

Cette  pièce  fut  remise  au  baron  de  Vexins  avec  les  vêtements 
de  son  fils.  Les  domestiques^  sauvés,  par  cette  supercherie,  des 
représailles  de  leur  terrible  maître,  remirent  Tenfant  entre  les 
mains  d'un  homme  de  confiance,  en  lui  recommandant  de  ca- 
cher soigneusement  à  tous  son  nom  et  sa  naissance.  Ce  brave 
campagnard  était  fermier  de  la  terre  de  TArchapt,  près  de  Fou- 
gères. Il  prit  grand  soin  de  René  qu'il  fit  passer  aux  yeux  de 
tout  le  monde  pour  un  pauvre  orphelin  recueilli  par  charité. 

Il  va  sans  dire  que  Claudine  de  la  Noue  n'avait  pas  supporté 
avec  patience  Tenlèvementde  ses  trois  enfants,  dont  elle  ignorait 
absolument  le  sort.  Ce  rapt  lui  servit  de  motif  pour  rompre  ou- 
vertement avec  son  époux.  Elle  le  quitta  donc  et  se  retira  près  de 
sa  mère  qui  habitait  alors  le  domaine  de  la  Gascherie,  non  loin 
de  Nantes.  Au  bout  de  quelques  anpées  cependant,  Claudine 
revint  à  Vezins,  oti  elle  mourut  en  1573,  après  une  réconciliation 
plus  ou  moins  sincère  avec  le  baron  son  mari* 

Jacques  Le  Porc  de  la  Porte,  étant  débarrassé  de  sa  compagne, 
résolut  d'en  finir  aussi  une  bonne  fois  avec  ses  enfants.  Il  fit 
donc  enlever  ses  filles  au  fermier  qui  les  avait  élevées,  les  con- 
duisit i  Cancale  et  s'apprêtait  à  les  faire  passer  en  Angleterre 
(ou  à  les  noyer  au  cours  de  la  traversée)  lorsqu'elles  réussirent, 
enfin,  à  faire  connaître  au  procureur  général  du  Parlement  de 
Bretagne  l'odieuse  conduite  de  ce  père  dénaturé.  Poursuivi  en 
conséquence,  le  baron  de  Vezins  fut  condamné,  par  arrêt»  à 
payer  la  pension  de  ses  filles  au  couvent  de  Saint-Georges  à 
Rennes,  où  elles  résidèrent  jusqu'à  leur  mariage.  Isabeau  épousa 
Gilles  de  Romilléy  seigneur  de  Pontglou  et  Judith,  Huger,  sei- 
gneur de  la  Mancelière. 

Le  baron  de  Vezins,  cependant,  ayant  conçu  un  vague  soupçon 
de  l'existence  de  son  fils  René,  le  faisait  rechercher  de  tous 
côtés.  René  avait  treize  ans  et  vivait  paisiblement  chez  le  brave 
fermier  qui  l'avait  recueilli,  quand  un  jour,  en  1575  il  fut  mysté- 
rieusement enlevé  à  son  tour  par  des  inconnus,  et  remis  à  un 
marchand  qui  le  conduisit  à  Genève  et  le  plaça,  en  qualité  d'ap- 
prenti, chez  un  cordonnier  de  cette  ville. 

Après  cette  noble  conduite,  le  baron  de  Vezins  crut  avoir 
enfin  fait  maison  nette  et  table  rase  de  sa  première  union  et  de 
ses  conséquences,  et  songea  à  se  créer  un  nouveau  foyer.  Il 


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SAINT-MARS-LA-JAILLE  ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  319 

épousa,  le  6  avril  1578,  Louise  de  Maillé^  fille  de  Louis  de  Maillé 
seigneur  de  Lathan,  qui  lui  donna  deux  enfants,  Jean  etA/ar- 
quise.  L'histoire  ne  dit  pas  si  cette  union  fut  plus  heureuse  que 
la  précédente. 

Quelques  années  se  passèrent  encore,  pendant  lesquelles  le 
jeune  René  fut  considéré  comme  mort,  ou,  tout  au  moins, 
comme  bien  définitivement  perdu.  Mais  la  Providence  veillait 
sur  lui.  L'enfant  devait  bientôt  reparaître,  grâce  à  Tun  dr*  ces 
hasards  étranges,  plus  fréquents  dans  le  roman  que  dans  la  vie 
réelle,  et  qui,  cette  fois  se  produisit à  propos  de  bottes. 

he  vaillant  et  hardi  capitaine  La  Noue  BraS'de-fer,  au  cours 
d*une  de  ses  pérégrinations  à  travers  TEurope,  s'arrêta  un  jour  à 
Qenôve,  et,  entrant  chez  un  cordonnier,  se  commanda  une  paire 
de  chaussures. 

A  quoi  tient  parfois  une  destinée  ?...  Ce  cordonnier  était  préci- 
sément le  patron  du  jeune  René^etcefut  ce  dernier  qui,  quelques 
jours  après,  alla  porteries  bottosà  son  nouveau  client.  Or  La  Noue 
n'avait  jamais  été  bien  persuadé  de  la  soi-disant  n^ort  de  son 
neveu  :  il  pensait  qu'il  devait  encore  exister  quelque  part,  mais 
où?...  Frappé  de  la  ressemblance  extraordinaire  qui  existait,  et 
pour  cause,  entre  le  jeune  cor  Jonnier  et  le  terrible  Jacques  Le 
Porc,  La  Noue  interroge  l'enfant  sur  son  pays,  sa  famille 
et  ses  origines.  René,  sans  se  faire  prier,  raconte  tout  ce 
que  le  temps  n'a  pu  effacer  de  sa  mémoire,  touchant  les  événe- 
ments douloureux  de  son  enfance  agitée,  et  La  Noue  acquiert 
ainsi  la  certitude  qu'il  se  trouve  bien  en  présence  du  fils  de  sa 
malheureuse  sœur. 

Faisant  immédiatement  quitter  à  René  ses  habits  misérables 
et  son  métier  de  cordonnier,  il  l'attache  à  sa  personne,  le  fait 
instruire  dans  les  lettres  et  les  armes,  et  le  garde  près  de  lui,  se 
promettant  bien^  à  la  prochaine  occasion,  de  le  faire  rentrer 
dans  ses  droits. 

A  cet  effet,  il  commence  par  présenter  le  jeune  homme  à  du 
Plessis-Gesté,  époux  de  Marthe  Le  Porc  de  la  Porte,  sœur  du 
fameux  Jacques,  oncle,  par  conséquent,  du  jeune  René  qu'il 
n'hésite  pas  à  reconnaître  comme  étant  son  neveu 

René  se  trouvait  donc  avoir  pour  protecteurs  deux  de  ses 
oncles,  lorsque,  le  28  décembre  1585,  son  père,  le  baron  de 

Vezins,  rendit  sa  vilaine  âme  à  Dieu ou  au  diable  qui,  sans 

doute,  la  guettait  au  passage. 


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320  REVUE  DE  BRETAGNE 

C'est  alors  que  René,  fort  de  l'appui  de  ses  oncles,  se  présenta 
devant  la  veuve  de  son  père,  Louise  de  Maillé,  pour  revendiquer 
les  privilèges  attachés  à  sa  qualité  d*aîné  de  la  famille.  D'abord 
traité  d'imposteur,  il  ne  fut  même  pas  reconnu  par  ses  propres 
sœurs,  qui  sacrifièrent  la  vérité  à  leurs  intérêts,  mais  n'en  pro- 
fitèrent pas  longtemps  car  elles  moururent  toutes  deux  l'année 
suivante,  dans  la  même  semaine,  et  furent  intiumées  à  Nantes 
en  l'église  des  Carmes. 

Cependant,  malgré  toutes  les  difficultés  qui  surgissaient  sur 
ses  pas,  René,  grâce  à  l'appui  de  ses  oncles,  et  avec  l'aide  du 
crédit  de  La  Noue,  réussit,  enfin,  à  faire  prévaloir  ses  droits.  Il 
dut  pour  cela  supporter  les  frais  d'un  long  procès  qui  ne  dura 
guère  moins  de  quinze  années,  puisqu'il  se  termina  seulement  le 
5  août  1600,  par  un  arrêt  du  Parlement  rétablissant  René  dans 
tous  les  biens  de  son  père.  Ce  procès  avait  coûté  100,000  livrea 
qui  en  vaudraient  de  nos  jours  400.000  !..... 

Mais  l'opinion  publique,  plus  prompte  à  se  prononcer  que  les 
arrêts  de  la  justice,  s'était  tout  de  suite  montrée  favorable  à 
René,  qui,  dès  l'année  1589,  le  10  juin,  avait  pu  épouser  noble 
demoiseWe  Anne  de  Maillé  delà  Tour- Laîidn/,  fille  de  François 
de  Maillé  de  la  Tour-Landry  et  de  Diane  de  Rohan. 

René  rentra  donc  dans  la  possession  de  tous  les  biens  des 
barons  de  Vézins,  sauf  le  ctiâteau  de  ce  nom,  occupé  par  les  pro- 
testants^ à  titre  de  place  de  sûreté,  pendant  près  de  trente  ans. 
Comme  le  château  de  Saint-Mars,  il  était  du  reste  inhabitable, 
ayant  été  ruiné  à  la  suites  des  guerres  de  la  Ligue  (1).  René  et  sa 
jeune  épouse  se  fixèrent  au  château  de  la  Tour-Landry,  qu'ils 
firent  rebâtir  et  où  naquirent  leurs  enfants,  parmi  lesquels  Fran- 
çois, Charlotte,  André,  Marthe,  Madeleine,  dont  nous  parlerons 
tout-à-rheure. 

René  Le  Porc  de  la  Porte,  baron  dr  Vezins  et  de  Pordic,  sei- 
gneur de  l'Archapt,  de  Villeneuve,  du  Plessis  de  Casson,  de  la 
Noue-Brioni  el  autres  lieux,  possédait,  dans  sa  terre  de  Vezins, 
une  seigneurie  importante,  qualifiée,  dès  le  XVI*  siècle,  de  ba- 
ronnie,  et  plus  tard  de  marquisat,  et  donnant  la  seigneurie  des 
paroisses  de  Vezins,  Chanlelou,  Saint-Hilaire  du-BoisetNuaillé; 


(i)  Voir  plus  loin  Thistoire  de  la  prise  du  château  de  Saint-Mars,  qui, 
d'ailleurs,  fut  attribué  en  partage  à  iMarquise  Le  Porc  de  la  Porte,  sa  demi- 
sœur. 


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SAINT-MARS-LA-JAILLE  ET  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  321 

la  présentation  de  cinq  chapelles,  droit  de  prévôté  dans  le  bourg 
de  Vezins,  haute,  moyenne  et  basse  justice.  La  mouvance  rele- 
vait primitivement  du  château  d'Angers,  puis  fut  attribuée  à  la 
baronnie  de  Viiiers,  pour  le  château  et  les  droits  honorifiques, 
et,  pour  le  reste,  retenue  en  franc-alleu,  puis  concédée  à  Passa- 
vant.  Au  XVIIl*  siècle  la  baronnie  (ou  le  marquisat)  de  Vezins 
comprenait  encore,  outre  de  nombreux  flefs,  vingt-trois  roélaî- 
ries,  trois  moulins,  trois  étangs,  une  forôt  de  six  à  sept  lieues 
de  tour,  la  seule  du  pays,  et  des  revenus  estimés,  toutes  charges, 
payées  d'une  valeur  de  15  à  16  mille  livres  (1). 

René  mourut  en  1616,  sans  avoir  pu  entrer  dans  le  manoir 
patrimonial.  Jamais  il  n'avait  oublié  les  mauvais  jours  de  ^a 
jeunesse,  ni  l'humble  métier  auquel  il  avait  dû  sa  subsistance* 
Le  riche  baron  de  Vezins  avait  fait  exécuter,  en  argent,  tous  les 
instruments  de  travail  d'un  cordonnier  et  dans  ses  jours  de 
belle  humeur,  il  les  montrait  à  ses  amis,  ou  s'en  servait  pour 
produire  un  chef-d'œuvre  (2). 

Le  16  mars  1616,  le  prince  de  Condé  accorda  par  lettres  à  la 
dame  de  Vezins,  veuve  de  René  Le  Porc  de  la  Porte,  qu'il  quali- 
fie «  comtesse  »  l'exeipption  du  logement  des  gens  de  guerre, 
pour  son  bourg  et  son  château  de  la  Tour-Landry.  En  1622  seu- 
lement, le  capitaine  de  la  Perrière,  qui  commandait  le  château 
de  Vezins,  le  remit,  le  21  janvier  aux  mains  de  M.  de  Vendôme, 
moyennant  une  somme  de  18000  livres  payée  par  la  veuve  de 
René  et  son  fils  François  qui,  rentrés  en  leur  demeure,  se  hâ- 
tèrent d'en  faire  abattre  et  raser  toutes  les  fortiflcations,au  grand 
soulagement  du  pays,  rançonné  par  les  gens  de  guerre  (3), 

ANDRÉ  LE  PORC  DE  LA  PORTE 

EVÊQUE  DE   SaINT-BrIEUC 

André  Le  Porc  de  la  Porte  de  Vezins^  second  flls  de  René,  fat 
évêquede  Saint-Brieuc.  Né  en  1593,  et  appelé,  dès  les  premiers 
jours  de  1619,  à  l'évôché,  il  célébra  sa  première  messe  épiscopale 

(i)  G.  Port.  DicL  de  Maine-et-Loire,  —  Ayrault,  }/ie  de  la  Noue,  —  Posquet 
de  Livonnière,  Coat.  d'Anjou,  t.  lï  —  Bodin,  Angers,  t.  i,  p.  207.  —  Figuier, 
Hist.  du  Merveilleux,  p.  1 17.  —  Dict.  des  Merveilles  de  la  Nature,  t.iir,  p.  :iiji'S53. 

(a)  Jbid,  Pocquet  de  Livonnière,   G.    Port,  ûict,  de  Maine-et-Loire,  elc» 

(3)  G.  Port.  Diel  de  Maine-et-Loire^  art.  Vezins, 


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S22  REVUS  DE  BaBTAGNS 

à  Saint-Maurice  d'Angers,  le  30  mars  de  la  môme  année.  Sa 
consécration  solennelle  eut  lieu  en  1620. 11  publia  des  statuts  en 
1624,  et  appela,  en  1626,  les  Ùusulines  à  Saint-Brieuc,  oil  il  les 
installa.  Pour  leur  instruction,  il  composa  un  ouvrage,  resté 
inachevé,  sous  ce  titre  :  Pratique  irUérieure  et  journalière^  tirée 
du  Cantique  des  Cantiques i  Kn  1626,  André  Le  Porc  de  la  Porte  fit 
également  venir  en  sa  ville  épiscopale,  les  religieuses  Calvai- 
riennes»  mais  il  échoua  devant  toutes  les  résistances  des  fidèles, 
et  môme  du  clergé,  dans  sa  tentative  d'introduction  des  Pères 
Minines.  Il  établit  définitivement  le  rite  romain  dans  son  diocèse. 
André  mourut,  le  22  juin  1632^  par  suite,  dit-on,  de  l'ignorance 
de  ses  médecins  qui  le  laissèrent  périr  de  fdim. 

Voyant  venir  sa  dernière  heure,  André  ât  un  testament  par 
lequel  il  léguait  tous  ses  biens  aux  pauvres.  Son  corps  fut  inhu- 
mé dans  la  chapelle  des  Ursulines,  d'où  sa  tombe  a  été,  après 
deux  siècles,  le  17  novembre  1833,  transférée  dans  la  cathédrale 
de  Saint-Brieuc.  Sa  statue  y  figure  couchée,  mitrée,  les  mains 
jointes,  le  bras  droit  soutenant  la  crossse,  Técusson  sculpté  sur 
la  face  du  socle  :  icartelé  au  i ,  d'argent,  au  porc  de  sable  défendu 
dargent  et  clarine  d'argent, qui  est  des  Le  Porc  ;  auJiy  de  guetUes 
à  un  croissant  montant  d'hermines  resarcelé  dor,  qui  est  de  la 
Porte  ;  au  3,  de  la  Tour-Landry  ;  et  au  4,  de  Rohan  (1). 

LES  SECONDES  NOCES  DE  LOUISE  DE  MAILLÉ 

(1587) 

A  la  mort  de  Jacques  Le  Porc,  seigneur  de  Vézins,  Louise 
de  Maillé  sa  veuve,  demeura  au  château  de  Vézins  dont  elle 
avait  la  possession,  comme  garde  noble  de  ses  deux  enfants, 
Jean  et  Marquise,  car,  en  l'absence  de  René,  Jean  passait  pour 
l'aîné  de  la  famille  et  le  principal  héritier  des  barons  de  Vézins, 
seigneurs  de  TArchapt,  de  Villeneuve,  du  Plessis-Casson,  de 
Saint-Mars,  etc.. 

Louise  de  Maillé  entretenait  dans  son  château  une  forte  gar- 
nison, à  cause  des  terribles  guerres  de  religion  qui  désolaient 
alors  le  pays.  Vezinsétait  d'ailleurs  une  place  très  forte  et  pouvait 

(i)  Mémoires  de  la  Soc.  d'Agr,  Se.  et  Arts  d'A.,i858,p.  ao5.— Louvet^i^^vutf 
d'Anjou^  i855,  p.  287.  -  Ogée,  Difiionnaire  de  BretagMy  9iti.  Saint-Brieuc. 


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SàINT-MàRS-LA-JAILLE  El  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  323 

braver  plus  d'une  attaque.  Un  gentilhomme,  dont  les  terres 
touchaient  cellns  de  Louise  de  Maillé  et  qui,  en  ce  moment, 
guerroyait  pour  le  roi  de  Navarre,  Pierre  Laurent  seigneur  de 
la  Grilloire,  eut  un  jour  la  fantaisie  d'arrondir  ses  domaines  en 
épousant  la  ch&telaine  de  Vézins.  Toutefois,  comme  il  était  très 
mal  vu  dans  le  pays,  il  avait  lieu  de  craindre  que  la  veuve  de 
Jacques  Le  Porc,  elle-môme,  repouss&t  ses  avances.  Aussi 
résolut-il,  non  de  lui  proposer,  mais  de  lui  imposer  ce  nouvel 
hymen.  En  ce  temps  de  troubles  et  de  guerre  civile  tous  les 
brigandages  étaient  faciles  et  les  soudards  des  deux  partis  ne 
sVn  faisaient  pas  faute.  Donc,  sous  divers  prétextes,  Laurent 
introduisit  .dans  la  garnison  et  le  personnel  de  st;rvice  du 
château  de  Vézios,  un  certain  nombre  de  sicaires  dévoués  à 
toutes  ses  volontés^  prêts  à  toute  besogne.  Puis,  quand  il  jugea 
le  moment  propice  à  ses  desseins,  le  17  avril  1587,  il  vint  lui- 
môme,  avec  une  suite  nombreuse,  sous  prétexte  de  faire  à  la 
châtelaine  une  visite  de  bon  voisinage.  Une  fois  dans  la  place, 
s*y  trouvant  en  force,  le  sire  de  CHiloirô  se  saisit  des  clefs  du 
château,  tue  ou  chasse  tous  ceux  qui  tentent  quelque  résis»tance, 
et,  le  pistolet  au  poing,  pénètre  de  plain  pied  dans  la  chambre 
de  la  châtelaine,  à  qui  il  signifie  qu'elle  doit  l'épouser  sur  l'heure.' 

Louise  de  Maillé,  outrée  de  ces  peu  galants  procédés,  se  récrie 
sur  la  brusquerie  de  cette  démarche  et  demande  le  temps  de  la 
réflexion.  La  nuit  lui  est  accordée  pour  réfléchir,  mais  comme  le 
lendemain  elle  persiste  dans  son  refus,  Laurent  de  la  Grilloire, 
qui  n'a  point  de  temps  à  perdre,  la  fait  traîner  de  force  dans  la 
chipelle  du  château  et  contraint  le  chapelain  de  Vézinsàleur 
ilonner,  séance  tenante,  la  bénédiction  nuptiale. 

Le  nouvel  époux  s'établit  alors  en  maître  au  château  de  Ve- 
zins,  mais  quelques  serviteurs  fldèles  de  Louise  de  Maillé 
avaient  prévenu  les  parents  et  amis  de  celle-ci  des  violences  et 
de  la  captivité  qu'elle  subissait.  Aussi  s'apprôtaient-ils  à  venir 
assiéger  le  château.  D'autre  part,  Louise  démontra  au  sire  de 
Grilloire  que,  tant  qu'il  la  tiendrait  ainsi  prisonnière,  leur  ma. 
riage^serait  nul  devant  la  loi,  que,  s'il  voulait  lai  rendre  sa  liber- 
té, elle  accéderait  à  ses  désirs,  en  faisant  régulariser  au  grand 
jour  cet  hymen  auquel  il  l'avait  contrainte,  que,  donc,  il  avait 
tout  à  gagner  à  faire  de  bon  gré  ce  que,  sans  doute,  il  serait 
obligé  de  faire  de  force,  grâce  à  l'intervention  des  parents  de  la 
veuve  de  Vezins.  Pierre  se  rendit  aux  raisonnements  de  la  rusée 


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su  REVUE  Dis  BRETAGNE 

châteloinEî  et  la  remit  en  liberté  après  onze  jours  de  captivité. 
Louise  se  retira  à  Angers  et  s'empressa  de  porter  à  la  connais- 
sance de  qui  de  droit  une  plainte  relative  aux  violences  dont 
elle  Hvait  été  l'objet,  de  la  part  du  sire  de  Crilloire. 

La  justice  se  mit  en  mouvement,  mais  Laurent  n'attendit  pas 
les  conséquences  de  son  enquête  :  il  quitta  Vezins  à  la  hâte  et 
regagna  l'armée  du  roi  de  Navarre,  le  futur  Henri  IV.  Il  ne  devait 
pas,  néanmoins,  échapper  longtemps  au  châtiment  mérité  par 
son  odieuse  conduite  :  pris  dans  une  embuscade,  il  fut  fait  pri- 
sonnier et  traduit  devant  le  présidial  d'Angers,  qui  le  condamna 
à  avoir  ta  fête  tranchée.  Cette  exécution  eut  lieu  le  7  mai  1588(1). 

LES  «  MARIAGES  »  DU  COMTE  DE  LA  PORTE 

Le  terrible  Jacques  avait  un  frère  puîné,  Claude  Le  Porc  de  la 
Porte,  gentilhomme  que  sa  qualité  de  cadet  destinait^  selon  Tu- 
sage  du  temps  aux  fonctions  ecclésiastiques.  Mais  sa  mère, 
Marthe  de  la  Porte,  dernière  héritière  de  !a  bninche  aînée  de  sa 
maison,  ainsi  qu'on  Ta  vu  plus  haut,  f)i  à  ce  f)ls  de  considérables 
donations,  à  charge  de  prendre  le  nom  et  les  armes  de  la  Porte. 
Claude  y  consentit  volontiers,  se  maria  et  eut,  en  1630,  un  .flls, 
Armand^  connu  sous  le*  nom  de  chevalier,  puis  comte  de  la  Porte, 
et  qui,  au  dire  de  Pocquet  de  Livonnière(2),  deviei\t  bientôt»  aussi 
célèbre  par  ses  mariages  extraordinaires,  que  par  sa  naissance 
et  son  rare  mérite.  » 

Ce  chevalier  débuta  pour  avoir  «  de  grandes  privautés  »  avec 
la  Damoîselle  Anne  Legras,  fille  de  Antoine  Legras,  écuyer,  sei- 
gneur de  Langardière,  et  ces  «  privautés  furent  suivies  de  la  nais- 
sance d'un  enfant  ».  Le  sieur  de  Langardière  poursuivit  aussitôt 
le  chevalier  pour  crime  de  rapt  et  de  séduction.  Le  jeune  Armand 
eut  bien  volontiers  coupé  court  à  toute  difficulté,  en  épousant  la 
damoîselle,  qui  était  fort  belle,  mais  la  comtesse  de  Vezins,  sa 
mère,  s'y  opposa  formellement  et  l'en  détourna.  Elle  prétendit 
môme  retourner  l'accusation  en  disant  que  son  flls,  qui  était 

(i)  Pocquet  de  Livonnières,  Coutumes  d* Anjou,  i,  u,  col.  ii^g.  Il  existe 
de  ces  faits  une  autre  version  relatant  renlèvement  de  la  jeune  veuve  par 
Laurent  de  Crilloire,  qui  l'aurait  fait  marier  de  force  par  un  prêtre,  à  la 
chapelle  du  château  de  Crinoire.  Mais  la  relation  que  nous  reproduisons 
somhle  la  plus  vraisemblable  des  deux. 

(a)  Pocquet  de  Livonnière,  Coutumes  d'Anjou,  pages  ii34,  ii46, 1169. 


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SAINT-MARS-LA-nIAILLB  et  SKS  anciens  seigneurs  325 

aussi  mineur,  avait  été  séduit  par  les  parents  de  la  fille  pour  pro 
curer  à  celle-ci  une  union  avantageuse* 

L'affaire  fut  réglée  par  un  procès  qui,  comme  tous  les  procès 
de  ce  temps-là,  dura  longtemps  et  coûta  fort  cher.  Commencé  en 
1656,  il  se  termina  le  20  août  1660  par  un  arrêté  condamnant  le 
chevalier  à  une  amende  de  800  livres  destinées  à  a  aumôner  le 
pain  aux  prisonniers  »,  et,de  plus,  au  paiement  de  12000 livres  à 
la  damoiselle  de  Langardière  et  de  8000^  livres  à  son  enfaot. 
Chargé  en  outre  de  tous  les  dépens  et  contraint,  par  la  détention 
de  sa  personne,  au  paiement  intégral  de  ces  sommes,  le  pauvre 
chevalier,  qui  ne  les  possédait  pas,  se  préparait  tristement  à  en- 
trer à  la  Conciergerie,  lorsque  «  un  monsieur  de  Lorme,  qu'il  ne 
connaissait  que  de  réputation  »,  lui  fit  remettre  20  800  livres  par 
un  de  ses  commis,  avec  ordre  de  n'en  point  prendre  de  reçu. 

Pendant  que  la  Providence  des  amoureux  venait  ainsi  en  aide 
au  chevalier, elle  intervenait,  sous  une  autre  forme,  en  faveur  da 
la  demoiselle  de  Langardière^  qui^  ayant  arrondi  sa  dot  aux  dé- 
pens de  son  honneur,  ne  tarda  pas  à  en  trouver  le  placement 

c  Elle  épousa  le  sieur  de  Grand-Champ,  gentilhomme  de  Nor- 
mandie »,  raconte  Pocquet  de  Livonnière  qui  ajoute  :  «  Et  parce 
que  la  demoiselle  Chabot,  après  Tarrôt  rendu  contre  le  sieur 
Ghevrier,  que  nous  avons  rapporté  ci-:!evant,  a  aussi  épousé  le 
sieur  Duval  de  Rely,  gentilhomme  de  Normandie,  les  filles  de 
l'Anjou  ont  cru  quelque  temps  qu'elles  pouvaient  pécher  impu- 
nément et  qu'elles  trouveraient  en  Normandie  des  réparateurs 
de  leur  honneur.  » 

«  En  Tannée  1660  —  dit  encore  le  jurisconsulte  angevin  —  ie 
chevalier  de  la  Porte,  &gé  alors  de  trente  ans,  robuste  et  bien  fait, 
donna  dans  la  vue  de  dame  Catherine  Pouquet  de  la  Vareniie, 
veuve  du  comte  de  Vertu,  dont  les  mémoires  du  temps  ne 
parlent  pas  comme  d'une  dame  d'une  austère  vertu.  Elle  était 
alors  âgée  de  soixante-douze  ans.  Pour  plaire  au  chevalier  de  la 
Porte  et  réparer  l'inégalité  des  âges,  elle  fit  deux  choses  :  la 
première  de  passer  un  contrat  de  mariage  par  lequel  elle  recon- 
nut que  le  chevalier  lui  avait  apporté  et  mis  en  dépôt  une  somme 
de  30,000  livres,  et  lui  donnait  tout  ce  que  les  coutumes  de  l'or- 
donnance lui  permettaient  de  donner  ;  la  seconde,  qui  ne  se 
trouve  que  dans  les  mémoires  du  temps,  de  lui  faire  voir  une 
cassette  où  il  y  avait  150,000  livres  en  or,  avec  ofire  de  lui  don- 
ner 10  louis  d'or  pour  chacune  de  ses  caresses.  Il  y  eut  ensuite 

Décembre  i9Q8  U 


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M  ilBVUE  DE  BRKTAG^^K 

un  prétendu  mariage  célébré  eatre  eux,  dans  la  ohapelîe  de  la 
comtesse  de  Vertu,  par  un  prêtre  inconnu,  dont  on  rapportait 
un  certificat.,  » 

Mais  la  comtesse  avait  plusieurs  enfants  qui  se  nommaient  : 
les  comtes  d'Âvaugour  et  de  Goèslo,  les  demoiselles  de  Vertu, 
de  Glisson,  de  Gbantocé  et  de  Goôslo,  et  voyaient  d*un  fort  mau- 
vais œil  les  clauses  de  ce  contrat  de  mariage,  pensant^  non  sann 
quelque  raison,  que  le  chevalier  aurait  vite  épuisé  la  fameuse 
cassette,  et  que  sa  tendre  épouse  lui  ferait  ensuite  des  donations 
qui  consommeraient  leur  ruine. 

Ils  attaquèrent  donc,  devant  le  Parlement  de  Paris,  le  prétendu 
mariage  de  leur  mère  et  parvinrent  à  en  faire  prononcer  la  nullité 
par  défaut  de  forme  a  sauf  aux  parties  à  réitérer,  si  bon  leur 
semble,  leur  mariage  devant  le  curé  de  leur  paroisse  et  à  faire 
un  nouveau  contrat  ».  Mais  le  chevalier  et  son  antique  épouse 
renoncèrent  à...  «  réitérer  »  et  les  enfants  de  Catherine  Pouquet 
payèrent  cette  rupture  au  chevalier  assez  généreusement. 

Celui-ci  se  plaisait  ensuite  à  dire  que  cet  hymen  l'avait  ample-> 
ment  dédommagé  des  frais  occasionnés  par  son  éphémère  union 
avec  la  damoiselle  de  Langardiëre. 

Le  chevalier  Armand  se  remaria  deux  fois  encore  :  il  épousa, 
en  1622,  demoiselle  Catherine  Boisiève,  fille  de  Henri  Boislève, 
seigneur  de  la  Maurousière,  qui  refusa,  pendant  neuf  ans,  son 
consentement  au  mariage  de  sa  fille.  Ici  encore  intervint  le  Par- 
lement qui,  par  arrôt  du  19  août  1673,  interdit  ce  mariage,  puis, 
par  un  autre  arrôt  rendu  sur  appel,  Tautorisa  le  17  juillet  1682. 

Devenu  veuf,  il  se  maria  une  quatrième  fois,  et  eut  un  fllS| 
Simon  de  la  Porte  Vezins,  qui  épousa  Madeleine  Laurent  de 
Crilloire. 

Armand  de  la  Porte  mourut,  vers  1720,  à  la  Thibaudière,  en 
Juigné  (1). 

SAINT-MARS-LA-J AILLE  PENDANT  LA  LIGUE 

C'est  vers  1561.  dès  le  règne  de  Charles  IX,  que  débutèrent  les 
terribles  guerres  de  religion,  qui,  durant  une  si  longue  période^ . 
devaient  porter  la  ruine  et  la  désolation  dans  les  plus  belles  pro- 
vinces du  royaume  de  France.  Toutefois  la  Ligue   proprement 

(i)  Pocquetde  Livûnnière,  Coulâmes  d'Anjou^  p.  ii34,  ii46,  1169. 


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SAINT-MARS-LA-JAILLE  KT  SES  ANCIENS  SEIGNEURS  3^ 

dite  ne  se  forma  en  Bretagne  que  vers  1589.  Son  caractère  fui 
d^abord  bien  franchement  religieux,  mais,  ensuite,  la  lutte 
contre  les  huguenots  devint,  pour  la  Bretagne,  dont  la  popula- 
tion était  demeurée  en  majorité  catholique,  le  prétexte  et  rocoa* 
sioo  d'une  lutte  sérieuse  contre  la  royauté  française.  Le  duc  de 
MercŒur,  Philippe-Emmanuel  de  Lorraine,  plus  tard  baron 
d'Ancenis,  nommé  par  Henri  III,  en  1582,  gouverneur  de  Bre- 
tagne, ne  tarda  pas  à  détourner  à  son  profit  le  mouvement  popu^ 
laire,  qui,  soulevant  la  France  entière,  avait  entraîné  notre 
province^ 

Au  début  des  guerres  de  religion,  le  chftteau  fort  de  Saint- 
M^rs-Ia-Jaille  appartenait  au  fameux  Jacques  Le  Porc  de  la 
Porte,  époux  de  Claude  de  la  Noue,  sœur  du  brave  La  Noue 
Bras-de-Fer,  hardi  capitaine,  huguenot  convaincu  et  seigneur 
de  la  Gascherie,  près  la  Ghapelle-sur-Erdre.  Jacques  Le  Porc,  k 
l'exemple  de  son  beau-frère,  embrassa-t-il  avec  ardeur  la  cause 
du  Béarnais?...  Toujours  est-il  que  le  chftteau  de  Saint-Mars*la- 
Jaille  tenait  pour  le  roi,  en  1590,  quand  le  prince  de  Dombes^ 
gouverneur  de  Bretagne,  y  plaça  une  garnison    royaliste  (2). 

Jacques  Le  Porc  et  sa  famille  habitaient  alors  leur  chJlleau  de 
Vezins,  en  Anjou,  et  le  capitaine  de  la  garnison  de  Saint-Mars 
fut  le  sieur  de  Lousche,  au  moins  jusqu'aux  débuts  de  1591  (3), 

A  cette  époque,  ou  peu  après,  la  forteresse,  longtemps  assié- 
gée, tomba  entre  les  mains  des  Ligueurs,  car  le  duc  de  Mercœur, 
par  brevet  du  15  mars  1591,  nommait  gouverneur  de  cette  place 
Claude  Simon,  écuyer,  seigneur  du  Mortier-Garnier,  de  la  Sau- 
laye,  de  Vritz(4)  qui,  dès  le  mois  suivant  dut  défendre  son 
propre  château  de  la  Saulaie  contre  l'attaque  du  comte  de  Ho- 
chepot qui  s'en  empara  pour  le  roi,  le  feu  ayant  pris  aux  poudres 
des  assiégés. 

(i)  Il  acheta  la  baronnie  d'Âncenis  en  iSgô. 

(a)  Guillotin  de  Gorson,  Les  Grandes  Seigneuries  de  Haaier Bretagne^ 

(3)  Archives  d^Iile-el- Vilaine^  f.  des  Etats,  1.  M  cote  A.  Etat  proiïlsQire  des 
dépenses  des  garnisons  royales  dressé  par  M.  Y.  Choppin  délégué  des  Irésùrien 
de  l'extraordinaire  des  guerres  : 

u  A  la  garnison  de  Saint-Mars-Ia-Jaille  sous  la  charge  du  skur  de 
Lousche,  capitaine  dudit  château  970  écus  a/3  pour  4  mois  du  t*"^  janvier  au 
3i  mai  à  raison  de  i6q  écus  a/3  par  mois.  » 

(4)  Claude  Simon  avait  acheté,  le  11  avril  i58a,  la  ch&tellenie  de  Vritz  de 
Etienne  HaUay,  époux  de  dame  de  Goëtquen.  (Noie  de  M.  le  marquitàê  CBi- 
peronnière,  propriétaire  actuel  de  la  Saulaye). 


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^M  REVUE  DE  BRETAGNE 

La  Saulaie,  cliÂteau  situé  dans  la  commune  de  Preigné,  mais 
aiix  portes  de  la  ville  de  Candé,  appartient  aujourd'hui  à  la  fa- 
mille de  l'Esperonnière,  par  suite  du  mariage  de  la  fille  unique 
de  Claude  Simon^  dit  «  le  capitaine  La  Stmlaie  »^  Renée  Simon, 
qui  époasa,  en  1612,  François  de  VEêperonntire,  fils  d*An^otne, 
seigneur  du  Pineau  et  de  la  Roche-Bardoul. 

Claude  Simon,  après  la  perte  de  la  Saulaie,  s'enferma  avec  ses 
troupes  au  château  de  Sdint-Mars-la-Jaille  et  défendit  cette  place 
durant  fort  longtemps;  contre  les  attaques  réitérées  des  royaux» 
tandis  que  ses  soldats  faisaient  des  courses  jusqu'aux  portes 
d'Angers  et  entretenaient  des  communications  avec  tous  les 
ligueurs  des  environs. 

Désespérant  de  reprendre  Saint-Mars  par  la  force>  les  partisans 
du  Roi 'résolurent  d'y  parvenir  par  la  ruse.  Dans  leurs  rangs 
marchaient  deux  jeunes  et  vaillants  officiers,  Tes  frères  Malaguet, 
dont  la  mère  habitait  à  la  Leverie,  maison  noble  située  près  de 
là  (1).  Ils  en  avaient  fait  un  petit  quartier  général  de  huguenots, 
en  relations  permanentes  avec  les  autres  partisans  du  Rôi.  Les 
Malaguet  assemblèrent  secrètement  des  troupes,  dans  la 
demeure  de  leur  mère,  et,  à  la  faveur  des  ténèbres  de  la  nuit, 
allèrent  s'embusquer  avec  leurs  soldats  dans  un  champ  couvert 
de  grands  genôts,  situé  près  du  ch&teau. 

C'était  le  15  décembre  1505,  un  dimanche  matin.  Bientôt  les 
cloches  du  village  appelèrent  à  l'office  divin  tous  les  habitants  de 
la  paroisse,  y  compris  les  principaux  chefs  de  la  garnison  et  une 
partie  des  soldats  de  la  forteresse.  C'était  le  moment  attendu 
pour  la  surprise  projetée.  Le  plus  jeune  des  Malaguet,  déguisé 
en  fille,  s'achemina  vers  le  château,  et,  l'air  éploré,  fondant  en 
larmes,  se  présenta  à  l'entrée  du  pont-levis  demandant  à  parler 
au  capitaine  La  Saulaye.  Emu  de  l'expression  désolée  de  cette 
pauvre  fille,  qui,  disait-elle,  voulait  implorer  appui  et  justice, 
contre  des  soldats  qui  maltraitaient  son  vieux  père,  la  sentînell» 
alla  conférer  avec  le  capitaine.  La  Saulaye  répondit  que  «  jamais 
il  n'avait  fermé  son  cœur,  ni  sa  porte,  aux  larmes  d'une  femme  ». 
Ordre  fut  donc  donné  d'introduire  la  jeune  fille.  Deux  soldats 
déguisés  en  paysans  venaient  de  la  rejoindre.  Sans  défiance^  la 
sentinelle  abattit  alors  le  pont-levis  pour  leur  donner  entrée  au 

(i)  Il  s'y  trouve  est  un  champ  appelé  encore  aujourd'hui  «Champ  des  Hu- 
guenots n  et  un  petit  chemin  portant  le  même  notn  «  le  «hemin  des  Hu- 
guenots ». 


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SAINT-MARS-LA-JAILLE  ET  SES  ANCIEWS  SErGNï^URS  tm 

ch&teau.  Mais  un  cri  retentit  soudain^  puis  la  détonation  d'une 
arme  à  feu,  et  le  corps  inerte  derinfortuné  soldai  Ja  tète  fra- 
cassée d*un  coup  de  pistolet,  fut  pré^pité  dans  le  fossé,  tandis 
que  l*aîné  des  Malaguet,  suivi  de  ses  troupes,  pénétrait  à  soo 
tour  dans  la  forteresse.  La  Saulaye  fut  fait  prisonnier,  ainsi 
qu'une  partie  de  la  garnison  et  la  place  fut  soumise  au  Roi, 
malgré  les  protestations  du  malheureux  gouverneur.  Gel  ut-ci,  en 
effet,  déclara  que  cette  surprise  n'était  pas  de  bonne  guerre, 
attendu  qu'il  observait,  en  ce  moment,  la  trêve  conclue  el  publiée 
entre  le  roi  et  le  duc  de  Mercosur,  et  que,  dans  celte  sécurité,  il 
avait  cru  pouvoir  permettre  à  la  plus  grande  partie  de  sa  garnison 
d'assister  à  la  messe  de  la  paroisse.  «  La  raison  du  plus  fort  est 
toujours  la  meilleure  -b,  et  Thistoire  nous  apprend  que  le  Conseil 
de  guerre,  réuni  à  Reniles  pour  trancher  ce  différend,  jugea 
la  Saulaie  de  bonne  prise  et  déclara  qu'il  ne  recouvrerait  la 
liberté  que  par  échange,  contre  du  Goût,  demeuré  prisonnier 
après  la  prise  de  Blain  dont  il  était  gouverneur  (1). 

Trois  ans  après,  la  rançon  de  du  Goûl  fut  réduite  à 4000  écus  et 
les  héritiers  de  Claude  Simon  furent  déchargés  des  représdlles 
du  gouverneur  de  Blain,  par  l'article  28  du  traité  signé  à  Angers 
entre  Henri  IV  et  la  duchesse  de  Mercœur,  le  20  mars  1598  {%). 

Mais^  dans  Tintervalle^  en  1597,  le  château  de  Saint-Mars  avait 
été  repris  parle  duc  de  Mercœur (3).  Les  fortiflcaiions  en  furent 
démolies  par, ordre  du  roi,  en  loi 8  (4),  après  ie  rétablissement 
définitif  de  la  paix  (5). 

(i)  Moreau.  Histoire  de  la  Ligue  en  Bretagne,  \\y   ao5-ao6.  —  Maillard, 
Hist.  dAneenis  et  de  ses  barons^  p.  86. 
(a)  Ogée,  Dictionnaire  de  Bretagne,  notes  de  la  deuxième  édition 

(3)  Maillard,  Hist.  d'Ancenis  et  de  ses  barons. 

(4)  Revue  historique  de  VOuest,  Mémoires,  II,  55a. 

(5)  Récemment  un  afTaissement  du  terrain  s'étant  produit  dans  une  allée, 
située  à  gauche  du  château  actuel  de  8ahit-Mars-la-Jaille,  fit  découvrir  un 
reste  de  Tancienne  forteresse  qui  n'avait,  sans  doute,  été  rasée  qu'au  niveau 
du  sol. 


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M.  A.  Travers  nous  communique,  avec  prière  d'insérer,  la  note 
suivante.  Nous  accédons  à  son  désir,  en  faisant  toutefois  nos  plus 
expresses  réserres  sur  la  question  d'histoire  qui  le  met  en  désaccord 
avec  notre  éminent  et  savant  ami,  M.  Loth.  doyen  de  la  Faculté  des 
Lettres  de  Rennes.  (N.  D.  L.  R  ) 

NOTE 

A  propos  d'un  article  sur  des  questions  d'histoire  bre- 
tonne, paru  dans  le  Bulletin  de  la  Sociéjté  Archéolo- 
gique dlUe-et- Vilaine,  (1908,  l'«  partie). 


Je  viens  de  lire  dans  le  dernier  bulletin  de  la  Société  Archéo- 
logique (tllle-et-Vilaine  l'article  de  M.  Loth  sur  mes  deux 
opuscules  :  ^  De  la  persistance  de  la  langue  celtique  en  Basse- 
Bretagne  et  les  Inscriptions  Gauloises  et\  le  Celtique  de  Basse' 
Bretagne  ». 

Mon  attention  a  été  d'autant  plus  frappée  par  les  critiques  de 
M.  le  doyen  de  la  Faculté  des  Lettres  de  Rennes,  qu'elles  portent 
sur  des  études  qui  m'intéressent  vivement  et  dont  les  traits  qui 
m'ont  été  décochés  ne  me  détourneront  pas. 

Le  point  de  vue  particulier  domine  toutefois  beaucoup  trop 
dans  l'analyse  faite  de  mon  travail,  les  questions  d'histoire  qui 
ont  donné  lieu  à  cette  controverse  ne  pouvant  qu'être  rabaissée^ 
par  une  polémique  personnelle. 

Le  champ  où  je  me  suis  placé  est  plus  vaste  ;  le  patriotisme 
et  la  vérité  historique  peuvent  s'y  mouvoir  facilement  sans  se 
heurter.  N'humilions  pas  les  Bretons,  en  les  excluant  de  la 
famille  Gauloise,  et  en  leur  donnant  pour  berceau  les  barques  de 
fuyards  qui,  n'ayant  pas  su  défendre  leur  patrie,  se  seraient 
emparé  du  .territoire  d 'autrui  et  auraient  imposé  leur  langue  à 
ses  habitants.  Le  bon  sens,  la  philologie,  la  glorieuse  histoire 
de  Bretagne,  l'esprit  de  ses  populations,  les  écrits  de  la  plupart 
de  nos  grands  historiens  tant  Français  que  Bretons,  tout  contredit 
de  pareilles  assertions,  tout  dément  une  si  piteuse  origine.  Ma 
thèse  qui,  sans  nier  l'hospitalité  donnée  aux  Emigrés  insulaires, 
reconnaît  les  Bretons  pour  les  vrais  descendants  des  Gauiois- 
Armc^ricains,  a  l'honneur  de  compter  de  sérieux  partisans  que 
je  suis  heureux  de  remercier  ici.  Bretons  de  cœur  et  de  langage, 
ils  ont  conservé  intacte  leur  foi  dans  la  vieille  race  armoricaine, 
et  ils  seront  très  surpris  d'apprendre  que  leur  esprit  «  a  été 
troublé  par  un  appareil  d'érudition  »  que  l'auteur  de  l'article  en 
question  a  bien  voulu  m'accorder. 

Mais  je  reprendrai  mon  sujet,  aussitôt  que  mes  "  loisirs  "  me 
rendront  la  chose  possible,  et  me  permettront  de  faire  paraîtra 
le  travail  que  je  prépare. 

Prest,  2i  Novembre  i  90 S,  Albbrt  TRAlVPRS, 


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TABLE  ANALYTIQUE  ET  ALPHABÉTIQUE 


TOMK  XXXIX    —    DEUXIEME  SEMESTRE 

BAUoar  (X).  fiaJïit'Mars- La- Jaîlle et aes  anciens selgneura.  1   Septembre-  i4i- 

—  IL  Oclobre^  2o5.  —  IIL  .Novembre.  367    —  IV.  Décembre.  3i3. 

De  La  BiijîjH  (Paul).  Combouretsea  seiifneura.  IV,  JuilieL  g.  —  V.AoùL  57, 

—  VI.  Septembre.  î3i,  -  Vil.  Octobre.  189.  —  Vl!L{Fm}  Novembre. 

De  Calaït  (V^*^  Charles)-  Mélanges  historiques.  XI  IL  La  succession  du  dac 
GeotTroL  Juillet.  18.  —  \1V.  Les  abbés  Félii  de  Ruis  et  Teudon  de 
Redon.  Juillet.  3a.  —  XV.  Alain  lU  et  la  Normandie.  Juillet.  *J5.  — 
XVI.  Le!i  fausses  chartes  d'Alain  Le  Long.  d'Alain  Pergent  et  d'Ëudon. 
Août.  76.  —  XVU,  Les  vassam  légendaires  du  Roi  Salomon.  Août-  81. 

—  XVllL  Le  i^omte  de  Nantes  Mathiaa  IL  Octobre.  179.  —  XIX,  Le 
duc  Hoel  II,  Octobre,  iSo.  —  XX.  L^a  chronoïogie  dea  Annales  bre- 
tonnes. Octobre.  tB3.  —  XXL  Le  Rot  Henri  II  d'Angleterre  et  la  Bre- 
tagne ^  Décembre.  393,  —  XXII,  Le^Roi  Richard  et  la  Bretagne, 
Dèœmbre.  3o4- 

Camp[o?4  (L.).  L'enceinte  romaine  d'Alet.  Octobre,  i€5. 

De  Gourcuff  (Vte  Olivier).  Mélanges,  par  Mme  N.  Dondel  du  Faouëdic;  Le 
PaganUmg  contemporain  chez  iespeapîes  ceUo4atins,  par  Paul  Sébillot; 
La  Hoi  G  ration  j  par  L.  Michaud  d'blumiac  ;  Procès  verbal  de  la  visité 
des  commissaires  de  la  MunkipaUté  aa  Coauent  des  Carmélile^  de  Nantei 
en  i790j  parle  baron  G.  de  Wismes;  Comple-rend  a  des  Jetés  du  Cinquan- 
tenaire de  la  fievue  de  Bretagne,  par  le  même  ;  A  Itûcution  d'entrée  de 
jV.  le  baron  G.  de  Wismes  à  ta  Société  Académique  de  Nantes  (2o  jan- 
vier 1908);  —  La  revue  a  Les  Argonautes  ft.  Octobre. 

Le  Gouvello  (Vie  Hippoljte)-  Galerie  des  liluatrationa  bretonnes.  Le  cardi- 
nal Rictiard.  Octobre,  ao:». 

Db  Laigui  (Cte  René).  Le  Congrès  Breton  de  1908.  Décembre.  ^77.  Chro* 
niqae  et  Ilistùires  des  Bretons  par  Pierre  Le  Baud,  par  le  Vte  Ch.  de 
Calaa  ;  Les  He talions  da  Pouvoir  centrât  et  de  la  Province  de  Bretagne 
dans  ta  seconde  moitié  du  règne  de  Louis  Xl\\  Correspondance  des  Con^ 
■  trôleurs  Générawjc  anec  ta  Province  de  Bretagne^  1689-171'^,  publié  par 
J.  Letaconnouiî  La  Bretagne  et  les  Breioru  au  A' 17=  siècle ,  parle  Vte 
Ch.  de  L'alan  ;  Eludes  et  documents  sur  V Histoire  de  Bretagne  (XUI"- 
*  A'^/t'*sitfC^ei),  par  r abbé  G.  Mollat; — Les  Livres  de  Saint-Patrice^  apôtre 
de  tir  lande.  întroduatLon^  traduction  et  notes  par  Georges  Dot  tin  ;  Un 
BataitiQn  de  Yoioniaires  f  Troisième  bataillon  de  Maine^ei- Loire,  f  792- 


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332  RBVUE  DE  BRETAGNE 

1796),  par  Xavier  de  Pétigny  ;  Annales  de  la  Marine  Nantaise,  des  ori^ 
gines  à  1830,  par  Paul  Legrand  ;  Une  seigneurie  du  Porhoêt  .'Tregran- 
leur,  les  origines  et  le  domaine,  par  le  Vte  Hervé  du  Haigouet  ;  Baron* 
nie  de  la  Hunaudaye  et  Châtellenies  de  Montafilanl,  Planeoêi  et  Monbran, 
par  le  Marquis  de  Believue;  Nominoê,  par  L.  Tierce' in  ;  Sous  les  Brames 
du  Temps,  par  L.  Tiercelin  ;  LeRêue  du  Lycéen,  par  O.  de  Gourcufl  ;  La 
Foi  en  Bretagne,  hier  et  aujourd'hui,  par  Tabbé  Millon  ;  Passions  Celtes, 
par  Charles  Le  Goffic  ;  Sous  le  Ciel  gris,  par  Simon  Davaugour  ;  L  Ab- 
bé Guérande,  par  Joseph  Brydon;  lannick  à  l'Exposition  en  1900,  par 
J.  Brélivet;  Les  Littératures  Provinciales,  par  Charles- Rrun  ;  Histoire 
critique  de  la  Renaissance  Méridionale  au  XI X"  siècle,  par  J.  Aurouze  ; 
Grammaire  bretonne  du  dialecte  de  Tréguier,  par  iabbé  L.  Le  Clerc; 
Vocabulaire  breton-français  et  Jrançais- breton  du  dialecte  de  Vannes. 
par  les  abbés  A..  Guillevic  et  P.  Le  Goff;  Bombard  Kerne,  Jabadao  ha 
Kaniri,  par  Prospcr  Proux  ;  Un  livre  d'histoire,  par  André  Oheix  ;  Pre~ 
mier  inventaire  des  Lettres  imprimées  de  dom  Mabillon,  par  A..  J.  Cor- 
bierre  ;  Les  Prisons  du  Mont- Sauxt- Michel,  par  Etienne  Dupont  ;  Lam- 
balle.  Pays  de  Lamballe  du  JV«  au  XIW  siècle,  par  H.  J.-L.  ;  Saint» 
A^elaine  est-il  né  à  Plélauff?  Origine  d'une  tradition  par  André  Oheix; 
Histoire  de  Notre-Dame  de  Rosir enen  et  de  son  pèlerinage ^  par  J.  Bau- 
dry  ;  La  Bretagne  à  travers  les  âges,  par  de  Lhommeau  et  A.  de  la 
Bigne  ;  Bruyères  pourpres  et  Ajoncs  d'or,  par  Joseph  Angot  ;  Jules 
Verne,  par  Lemire  ;  Documents  sur  le  F  Martinien  du  Lude,  par  le  P. 
Ubald  d'Alençon  ;  Autour  du  rachat  de  VOuesl  et  de  Brest  Transatlan- 
tique, par  Jean  Choleau  ;  La  Séparation  de  V Eglise  et  de  VElai  dans  un 
grand  diocèse,  par  F.  Uzureau  ;  Le  Commerce  franco-irlandais,  par 
Y.  Morvran-Gobiet  ;  La  Littérature  celtique  au  XX"^  siècle  en  Grande  et 
Petite  Bretagne  et  en  Irlande,  par  le  même  ;  Cinquantenaire  de  la  Revue 
de  Bretagne  et  Trentième  anniversaire  de  la  Société  des  Bibliophiles  Bre» 
tons,  par  le  baron  G.  de  Wismes  ;  Chez  les  Carmélites  de  Nantes,  par 
le  même  ;  Allocution  prononcée  par  le  baron  de  Wismes  à  la  Société  aea- 
démique  de  Nantes  le  20  Janvier  4908  en  prenant  possession  du  fauteuil 
de  la  présidence. 

hUssERON  (Alexandre).  Anne  de  Bretagne  au  Folgoat.  Août.  83. 

OaAiN  (Adolphe).  Devant  l'Atre.  I.  Juillet.  4a.  —  IL  Fin.  Août.  96. 

EoâJeouiN(A.-D.).  Contes  de  grand'mères.  L  Septembre.  i59.  —  IL  Décem- 
bre. 3 10. 

Taavsbs  (Albert).  Note.  Décembre.  33o. 

TnAvÉDT  (J  ).  Attentats  des  Penthiévre  contre  le  doc  Jean  V  (li^o-Hia) .  II. 
Septembre.  109.  —  III.  Novembre,  aai. 

OzuRBAU  (F.).  Un  voyage  en  Bretagne  (178a).  Juillet.  87. 

Chronique  des  Bibliophiles  Bretons.  Octobre. 


Le  Gérant  :  P.  Chevalier. 


Vunnes.  —  [mpriinerie  LaFOLYK  Frères,  2,  place  des  Lices. 


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REVUES  BRETONNES 


L*HERMnfB  :  18*  ann.  Mensuel.  1  an  12  fr.  Union  postale  15  fr. 
Le  numéro  1  fr.  25.  Les  abonnements  partent  du  20  octobre. 
Directeur  :  Louis  Tiercelin,  à  Paramé  (I Ile-et-Vilaine). 

Les  Annales  de  Bretagne  :  22*  ann.  Trimestriel,  i  an  10  fr. 
Union  postale  12  fr.  50.  Publiées  par  la  Faculté  des  Lettres  de 
Rennes.  Rédacteur:  G.  Dottin,  37,  rue  de  Fougères,  Rennes. 

Le  Clocher  Breton  :  14«  auA  Mensuel*  1  an  5  fr.  50.  Directeurs  : 
René  Saib  et  Madeleine  Desroseaux.  Bureaux.  29,  rue  Belle-Fon- 
taine, Lorient. 

Bulletin  de  la  commission  diocésaine  d'architecture  et  d'archéo- 
logie DU  diocèse  DE  Ouimper  ET  DE  LÉON  :  6«  auu.  Tous  les  deux 
mois.  1  an  5  fr.  Quimper. 

La  Revue  .  MoRBmANNAiSE  :  11«  ann.  1  an  5  fr.  Directeurs  : 
J.  BuLÉON,  V»  de  la  Grancière,  E.  Sageret.  Chez  Lafolye,  Vannes. 

La  Paroisse  Bretonne  de  Paris  :  9«  ann.  Mensuel,  1  an,  2fr.  25. 
Directeur  :  M.  l'abbé  Cadic,  13,  rue  Littré,  Paris  (VI*  ar*). 

La  Jeune  Bretagne  :  5*  ann.  mensuel,  1  an,  2  fr.  pour  la  Bre- 
tagne, 2  fr.  50  pour  le  reste  de  la  France.  Bulletin  d'études  et  d'ac- 
tion sociales.  Kennes,  30,  rue  Hoche. 

Feiz  ha  Breiz  :  8«  année.  Tous  les  mois.  1  an  3  fr.  Les  abonne- 
ments partent  du  1»»  janvier.  S'adressera  M.  Cardinal,  recteur  de 
Saint- Vougay,  par  Plouzévédé  (Finistère), et  pour  les  abonnements 
à  M.  Caroff,  vicaire  aux  Carmes,  Brest  (Finistère). 

Bretonçd  Paris.  Bulletin  de  la  Société  «  La  Bretagne  »,  4*  année. 
1  an,  2  fr.  50.  Direction  :  40^  rue  du  Cherche-Midi,  Paris. 

Revue  du  Pats  d'Aleth  :  4«  année,  mensuel.  1  an,  3  tr.  Direc 
teur  :  Jules  Haize,  rue  Jacques  Cartier,  Saint-Servan. 

Le  Pats  d'Arvor  :  2«  année^  1  an,  5  fr.  Directeur  :  Jacques  Pohier, 
à  Ancenis  (Loire-Inférieure).  Administration  «t  Bureaux,  25,  Haute 
Grande  Rue,  Nantes. 


Revue  du  Tradition  nisme.  —  Rev.  intem,  du  folk-lore  —  mens 
1  an.  10  fr.  N",  1  fr.  --  Directeur  :  M.  de  Beaure paire-Froment 
Paris,  60,  quai  des  Orfèvres. 

Revue  du  Bas-Pottou,  20*  année,  trimestrielle  ;  1  an  :  8  fr 
No  2  fr.  50.  —  i>'  M.  René  Vallette,  à  Fontenay-le-Comte. 

L'Anjou  historique.  —  7"  ann.  tous  les  2  mois.  1  an  :  6  fr.  D' 
M.  TabtDé  Uzureau,  aumônier,  à  Angers.  Edit'  :  M.  Siraudeau 
4,  Chaussée  Saint-Pierre,  Angers. 

Revue  des  Traditions  populaires,  22*  ann.  mens.  1  an,  15  li. 
No  1  fr.  50.  Direct.  M.  Paul  Sébillot,  HO,  boulev.  St-Marcel,  Paris. 

La  Revue  Bleue,  15,  rue  des  Saints-Pères,  Paris. 

La  Venpée  historique.  —  (Revue  de  la  Vendée  militaire).  Tous 
les  quinze  jours  ;  11»  année.  —  Edit.  sur  papier  fort,  6  fr.  50  ;  édit, 
ord.  5  fr.  —  D'  Henri  Bourgeois,  à  Luçon  (Vendée). 

Revue  de  l'Anjou,  57»  année,  12  fr.  par  an.  —  Librairie  Germain 
et  Grassin,  Angers. 

La  Revue  Héraldique,  fondée  en  1862.   Mensuel,  Directeur 
V*»  de  Maziêfes-Mauléon.  Bul-eaUx  :  8  rue  Daumier,  Paris 

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1! 


CHEMINS   DE   FER^^tJE^^'feiÛUESt 


4^K  dÂiiti^Xtotit» 

(Us  Mllétâ  d^xcnr- 

ItrM  réduits  46: 

8*  cl]»»«fr-^"  ■  --  ., 


l'Année  p^sèâ  ifareâ  et  b 
éîoA  dei^^i 

Perni^ttant  de  ûiire  t^iàur  de  la  presqulle  bretogpev--^^_ 
ItiûéfiLîre  :  Rennes,  Sitttt-Mato-Saint-Servan.  Dinara-Saict^SlfSJ^ 
Dlôaoy'Saint-Blietttî,  ^Gulrtgamp.  Lannion,  Morlali^Bcoff.  Brest, 
'^    ilaéw*^-  ÇoiÏMmTOerr.:94>nt->iW^    ConcanteAO^JUûrMI,  ^nfay, 
»rdh/  Vannes,  SaTem^^^^d'otsto,  Qii^Ai^mi,  âmf4(azaitar'  ^ 
»;Chàt0aQ,  Redon^  kenj^es.^   ;„-        -  ;;  *  Jh     '   '  "    • 

k  Mileta.. Mil veat  être  prpTbngés  troia-feia  A'tiny^ggMOde  .de 


ilet^.-praveat  être  prpTbnuéa  troi»-few  d'uny^ySfiode 
tm  BiûyennV^t  la^paiensient^  po  ' 

léfbJlfiVd^saJSiro  fu  pi4^  primitif. 


jotm  BiûyennV^t  la^paiensienC  P^or  c^«e'yrtlenfâti<m,  d*ivi 

lupplélbîhV  diSO-ifa  %fx  pï4^  primitif.      /  -'  '  /-  *  v  *     '^ 

t  est  dAtMcrô,  en  mèlEâ  teinps  que  ^  SUfet  âfriwtinr,  tm  UHét  dé 

arcours  dbmilémentai^vn^mettai^  de  rejdmd?l^^rittp^rairé  d^ 

oyage  circuUird^t  compomm  tiod^êdiiotlottiae  40<*/»Trarle9  pri^ 

da tarif géndra|.     >  s.y.-^  *;  C^ 

La  Béme  rédftçtioh  eal  accpni^  à  l'e^;0tfrB|amtsV  a>rès  l'a:è«Mti* 

Beot  éa  Toy^e)eif6tK$ifèv^.ar  fenkit  A  son'^poiia  de  départ^ 

rendre  sur  tOQMH^J^jre'ganB  dès  raâral  4^  TOu^K  e^  d'Orféans.  \ - 


CHEMIN  DE  FER  pXl^éAJiÔ^J^ 


'X 


-x:r 


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1  FÊtrariiûËL  i^f  )> 


//  VAUWT* 


^itEft  et  RETOUR  C/^ 


N 


J^'^iChtàitÈion  de»  Fètea  de  il)^%G«  ei-^jrrtfrî^ter  de>ÀVifqtir^ 
\  la  CSgipiignta^ilQrtéans  rendra  NuiiWê        Mflrrrftti  «^  PéomBJhrèrtfctt 


■^rath^duaUrcM^  6  lanvTOr;  les  Biiîett^iWierfftTKroMr 
aires  à  pï^  -rWjlitflC  d^Hyrés  aux  prix/  ^^updltfons  des  TàrilÉ 
>*daux1^y.  n<>2e^ip2\  //      ViN^^  1    1 

Ces  Billet^^pem^rveronMeiit  duré^  t^male  œ  vMiU^lor^ 
fetpifera  aprèk  le  «sJanrîer.  \\     x,-  j        ^^^^     / 


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3 


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CHEMINS   DE 


a:; 


per^<I)ë^wuiest 


Utlémtiagiiia  4èH  Che^inS  de 
l'Année  pai^  ses  gà^reâ  et  btir^ttx  di 
sloA  dé  1"^  et  de  ^  éiftsées^  VMtlil^M 
.05'ffanc«  eûJt^^^WSse 


,rffe8  billets  «icnr- 
grftxtrM  réduits  4e: 


Pern^^ttarit  dû  faire  tuteur  de  la  presqulle  breto»pev — ^^ \ 

Itiû^ire  :  Kenncs,  Sîmt-Mato-Salnt-Servan,  Dinard-SaiQt--8iRfSVf; 
Dloair/ Saint- Brietté,  bulrtgamp,  Lannion,  Morlaîi.Rr>acoff,  Brest,  . 
'^  "^qapap^   Uouatii«n02/>:*pnt->^a*bé,  Concartieau,  ^Apfaot,  ^uray,  •' 
berc^n.  Vannes,  SaTem^  Jyiw  CS^otsie,  QuéviMe,  SâtR|4(azai|!af^' 
tâ/fbAteaQ ,  RedOHj,  ReD)le8.^    ^-    -— .  ;."  '  V  ^    .  •  "  v 

$H.JnUeU  peuvent  être  prplt^niîéa  troi^- W8-'è^ln9^  tii^^e  ^de 
10  joH}^  Blbyenâtat  la^paiemenC  pour  c)iaqife'y^Idngatf<m,  d'an 
unpléâMm%  dïniO.-îy«  fyi  pïiy  primitif,       /y  - ,  r  s  »      . 

11  est  dmi^rôy  en  mèlttç  telnps  que  te  bUfet  wçsit^VB,  tm  billet  dé 
arcours  dbâtplémentalrèvnàrmettai^'de  reJàmd^^Tklii^rairé  dp 
oyagre  circutaire^^t  compomà(  tioe\rediiotlOtt;de  4R)  <v^nrârl^  prit 
da  tarif  srénéral.     ^  n.,.-  »'  fX 

Béme  rédbçtioh  est  accoutre  à  re^oirraioiiiitsV»  â>rèii  rà^icb0« 
ment  to  vom[e)ci^ctii^fèY'ftoiir  fenkgr  A  son^'ooil^t  de  départ;^ 
rendre  sur  toijte^l|f^|re'gaffB  dès  tmfM  4^  TÛttà^  e^  d'Orléana.  \  - 


p  y-Sîi^  ■ 


\_- 


CHEMIN  DE  FER  J>XiïltéAîjâk,(^  // 

\  !  FÊTE^BOËL  \^-f\     . 

'/    VALIDITÉ  BXOTftriONNELLBJœBIlXBp- •--,, 

AtLER  et  RETOUR  .V  ^- 

O'    :-'— '-'^ — ^'^^'\"7t^^ ^-->  '  '^  ' 

Î^^OlWïôasIon  de»  Fètea  de  K(Jë^  19^  ei^an^naier  deVi^ifgé,^' 


(dernier  :^ramjii^rX^  ^^  Biiiets-A«er«tTKrowr\r^- 

'  »8  à  pNx  irédtfitfitTd^Kyrés  aux  prix,  eK éditions  des  Tàrifis 

taux  ^  y .  no  2  e^i()2>,  ^y  ^>;^  .^^^  T    ] 

B  Biliet^N^em^rveronNeih^  durée  t^maleœvmdîté^lorsqi^ellf 

•eraaprè\le\Janrier.\\     /^^  *     ^^      ^^^/    / 


Vannce.  —  ffïl 


v>-,^^^       Vannce. 


.  —  rnljjj*J^rHi^A^LYr>fi4resy!YjM^      dé^^i^. 


■\ 


!Q.A;foLYr^i4res^!YjKûce  dé^i 

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